
Sign up to save your podcasts
Or


Lilpulse, une application pour éviter le burn out au travail. Une première en Europe. Happiness Agency nous révèle son fonctionnement et la nécessité de prévenir des risques psychologiques. Ce tout nouveau programme sera disponible ce mois de février. Un reportage de Rachel Maisonneuve.
Amis de la good vibes, de la journée sans accrocs, de la sérénité de ta conscience, ennemis du chagrin et des abimes, c’est l’heure d’éteindre ton poste ou de te boucher les oreilles en marmonnant «Omm Omm...», ou avec tes tapis de yoga roulés en spliff dans tes conduits auditifs.
Voici que le comité éditorial de Midi Bascule m’a chargé moi, José Lillo, de commettre une chronique sur l’Happycratie, l’injonction au bonheur, à laquelle cette émission offre en ce jour maudit l’antenne. Autant te dire tout de suite, si tu suis un peu Midi Bascule, que passer de l’Horloge de l’apocalypse et la fin du monde, la semaine dernière, à l’Happycratie, quand tu fais des chroniques, c’est vraiment comme de se déchirer sauvagement les ligaments ; comme si un coach tentait de te persuader que la douleur et les limites corporelles n’ont d’autres causes que psychologiques et mentales; c’est comme si tu t’étais lancé de façon inconsidérée dans un brusque et spectaculaire grand écart, jusqu’à te ventouser le fion au sol et te claquer le sac, juste pour te prouver qu’il n’y pas que de la négativité et de la résistance chez toi mais beaucoup d’ouverture d’esprit, en supplément de l’ouverture corporelle précitée et qui sert communément de métaphore pour exprimer, lorsque les circonstances s’y prêtent, le sentiment de se faire avoir en profondeur.
Chèr.e.s auditeur.ice.s, l’happycratie, ça me claque les ligaments de mon cortex – oui, je sais il n’y a pas de ligaments dans le cortex, mais comme l’ émission du jour est dédiée à la permission de raconter tout et n’importe quoi, il n’y a pas de raison que je me prive, je veux ma part, moi aussi. Alors, allons-y, parce que je n’aurai pas trop de 5 minutes pour dire tout ce que j’ai accumulé d’exaspération depuis que le phénomène se répand massivement dans les consciences.
Et pour commencer et aller droit au but: on ne m’ôtera pas de l’idée que les coachs en développement personnel et autres personnel accompagnant du désastre ont partie liée à l’apathie collective mortifère qui précipite les choses vers leurs fins dernières, ou moins pour l’espèce appelée de façon morcelante : homme. Et qui, quand on s’intéresse un tant soit peu à l’Histoire et à l’actualité, n’a eu jusqu’à présent d’humaine que la prétention. Alors oui, c’est un peu plus dur à avaler qu’une eau citronnée, je sais.
Or, pour nous prémunir contre les formes de vertiges légitimes qui nous submergent face à la catastrophe en cours, qu’est-ce qu’on va chercher comme remède indécent? Le bonheur. Ou plutôt son dévoiement au moyen d’une vaste planification managériale à l’échelle mondiale d’happification des esprits, à seule fin de les maintenir en compatibilité avec la grande dégringolade qui aurait pourtant plutôt tendance à produire chez l’individu l’état d’âme exactement contraire: la démoralisation.
La réalité a toutes les caractéristiques d’un cauchemar? Essayez le bonheur.
Alors que de toute évidence, un réflexe collectif sain consisterait, à éprouver ensemble, une hostilité déterminée et définitive contre un modèle d’organisation économique, sociale et politique qui précipite de façon indubitable le monde vers un malheur généralisé – encore que même cette expression de malheur généralisé relève de l’euphémisme puisqu’il s’agit, à l’ordre du jour, pour le dire crûment, de l’extermination du vivant – au lieu de quoi, on voit naître une industrie concertée de la fabrication d’autruches humaines en batterie, béates et fières de l’être.
Dommage que le concept d’aliénation, pourtant si populaire durant le 19ème et tout le 20ème siècle ait été alzheimerisé dans les cervelles. A la place, on trouve désormais des énoncés qui servent à la fois de programme et de titre à toute une littérature aguicheuse et de plus en plus pullulante, tels que : La force de l’optimisme, apprendre à faire confiance à la vie.
Oui, fais-lui confiance à la vie, elle est là en train de crever sous tes yeux mais c’est parce que tu n’es pas assez optimiste; ou que ton optimisme manque de force.
Ou encore : La puissance de l’acceptation, se réconcilier avec l’autre, se pardonner à soi-même.
Je te jure, c’est pas moi, c’est l’ancienne version de moi qui l’a fait, rien à voir avec moi, tu sais, depuis que je me suis pardonné à moi-même je me suis réconcilié avec toi, allez, on fait la paix, sois puissant, accepte.
Et aussi : Rompre avec soi-même pour se créer à nouveau : où l’on apprend qu’une nouvelle science permet à tous les êtres humains de créer la réalité qu’ils souhaitent, l’auteur unit les domaines de la physique quantique, des neurosciences, de la chimie cérébrale, de la biologie et de la génétique pour nous montrer comment nous pouvons interagir sur notre ADN et ainsi combler le fossé existant entre la science et la spiritualité.
Bon, là, l’auteur risque carrément d’avoir des problèmes de droit d’auteur avec la licence Matrix, dont il a copié-collé le pitch en 4ème de couverture. Ok, Néo c’est cool, mais c’est de la fiction, les gens, Keanu il interragit pas avec son ADN, non, c’est pas la vie des vrais gens à l’écran là qui est filmée par Hollywood.
J’ai quand même du mal à comprendre comment la plupart de ces modes d’emploi, qui ont davantage d’affinités intellectuelles avec un dépliant Ikea de la refabrication de soi en parties pré-agencées et faciles à monter, le tout standardisé en millions d’exemplaires à destination de la bonne harmonie du mobilier humain pour entreprises du CAC 40, qu’avec la moindre réelle notion de spiritualité ou de philosophie; comment de tels opuscules peuvent prétendre en finir avec l’ego alors que l’individu y est constamment invité à placer au centre de sa vie et de son attention son éminente personne, au détriment du reste, au point de faire franchir au concept clinique de narcissisme des frontières comportementales qu’aucune humanité avant la nôtre n’aurait eu la témérité de valider sans annoncer dans la foulée une apocalypse générale des égos, ce dont les réseaux sociaux ont au moins le mérite d’apporter quotidiennement la preuve massive et consternante.
Évidemment, les entreprises sortent les gros budgets pour financer la mise en place de cette happycratie à laquelle elles doivent leur survie momentanée; évidemment, les entreprises ne financent pas l’activité révolutionnaire pour mettre à bas un système qui va pourtant les engloutir mais dont dépendent leur prospérité à court terme et leur objectif de croissance compulsive qui nous mènent toutes et tous à notre perte. Non. Elles financent au contraire la pure et simple fumisterie pourvu qu’elle permette d’injecter encore un peu dans les cervelles la croyance que tout n’est pas en train de craquer de partout, que les burnout ne sont pas un symptôme de dysfonctionnement du monde tel qu’il va mais du seul individu, que la montée de l’angoisse et de l’absence de sens se soignent à base de variations sur la méthode Coué et de rabâchages mentaux martelés de bonheur conditionné.
Et là j’ai envie de dire, mais quelle absurdité, mais quel acharnement dans la stupidité, pour le peu de temps qu’il reste. Et là je ne parle pas de l’écocide en cours mais de la destruction annoncée des emplois, suite aux récentes prouesses technologique des intelligences artificielles et leurs champs d’application: Hasta siempre, employés de banque et d’assurances, de comptabilité, secrétaires, caissiers et employés de libre-service, ouvriers de la manutention, etc. etc. etc. gibiers du coaching promis à l’obsolescence en raison de l’apparition de machines intelligentes.
Je ne suis pas sûr que la perspective de coacher dans un avenir proche des erzatzs de ChatGpt fasse encore un sens dans un tel contexte du marché du travail. C’est peut-être à ce moment là que les coachs auront l’occasion d’appliquer à eux-mêmes les hurluberluesques conseils par lesquels ils ont permis que le monde continue d’aller à sa perte.
---
L’invitée fil rouge de cette émission sur l’Happycratie est la coach et business mentor Fabienne Revillard, spécialiste du fonctionnement du mental, de son impact sur l’épanouissement personnel, la performance et la capacité de réaliser ce qui nous inspire, ainsi que les effets de ce mental sur la santé.
---
Pour faire suite à notre émission sur les slashers, et celle sur le phénomène de grande démission, nous cloturons cette semaine notre trilogie sur l'épanouissement personnel en abordant cette fois le thème de l’happycratie, ou «comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies». De nos jours, c’est bien vu d’avoir le sourire aux lèvres. Les réseaux sociaux nous montrent des vies idéalisées. Les livres, les podcasts de développement personnel, les coachs nous le serinent: il faut être heureux/heureuse, coûte que coûte. Et si ce n’est pas le cas, nous en sommes les seul.e.s responsables.
Elle est loin, l’époque où la mélancolie était à la mode, où les poètes se noyaient dans leur spleen pour y puiser l’inspiration. Entretemps a débarqué la psychologie positive. Elle a été nommée ainsi en 1998. Le concept avait fait son apparition en Occident dès les années 60, grâce à l’idéal de l’American Way of Life. Est-ce que le bonheur s’apprend? Est-ce que cette pression ne rendrait pas en réalité les gens plus malheureux?
Pour discuter des impacts de cette injonction sur notre santé mentale, sur les relations et sur la société dans son ensemble, Marie-Eve Musy partage cette semaine le studio avec le pessimiste de l’équipe Midi Bascule: notre satiriste José Lillo. On retrouve également Rachel Maisonneuve qui nous emmène en entreprise pour nous dévoiler une nouvelle application qui permet de cultiver l’épanouissement des employé.e.s, ou en tous cas d’éviter le burn out. Nos invité.e.s du jour sont au nombre de deux. En studio, la coach et business mentor Fabienne Revillard passera cette heure d'émission avec nous. Par téléphone, nous échangeons avec Nicolas Bressoud, enseignant spécialisé qui s’intéresse particulièrement au lien entre l’acquisition des disciplines académiques et la dimension de santé et bonheur chez les élèves et chez les pédagogues.
---
En invité fil rouge de cette émission sur le son binaural, nous recevons Maurice Engler, spécialiste dans le domaine du son qui gère le développement technique et créatif de projets chez Merging Technologies, l'un des principaux fabricants mondiaux de systèmes d'enregistrement audio numérique haute résolution. Les outils développés par cette entreprise suisse sont utilisés dans le monde entier, et les enregistrements réalisés avec reçoivent régulièrement le prestigieux Grammy® Award de l'industrie musicale. Rencontre et discussions.
---
Pour explorer les possibles du son binaural, on échange par téléphone avec Olga Kokcharova, artiste, musicienne, et paysagiste sonore qui propose notamment des parcours sonores.
---
L'invité fil rouge de cette émission sur la Grande Démission est Julien Prévieux, artiste et professeur à l’école des Beaux-Arts de Paris. En 2007, il sort son livre Lettres de non-motivation: un recueil de plus de 1’000 lettres de non-motivations qu'il a envoyées pendant sept ans – pour de vrai – à des entreprises. Il a en effet répondu à des annonces d’emploi en expliquant les raisons pour lesquelles il ne postulerait pas. Le livre a eu un gros succès, a été adapté au théâtre et ré-édité l’année dernière.
Rencontre et discussion avec cet artiste qui crée autour de l'absurdité du système dans lequel on vit.
Comme les glaces Ben&Jerry et la trilogie du samedi, toutes les bonnes choses viennent des US. La dernière importation à la mode c’est celle de la grande démission. Bien sûr il y a un hashtag qui va avec «quit my job». Je quitte mon travail. Je suis donc allée faire un tour du côté de TikTok, ce réseau social made in China, à base de vidéo, et à destination de la génération Z.
Tout à fait ma came.
Alors c’est vrai qu’en plus de créer de bons produits de consommation, les américains, et les américaines, sont très créatifs. Même dans les pires moments, quand il faut faire face à un job sous payé et à un boss toxique, ils trouvent le moyen d’en faire un truc drôle. Et bien sûr, ils le documentent. Parce qu’il faut que le reste du monde sache ce qui se passe dans les arrières cuisines des fast food paumés au bord des départementales du Kansas.
Alors il y a plusieurs catégories. Il y a les documentalistes, qui se filment en mode caméra caché en annonçant leur démission. En même temps c’est pas mal, comme ça si ça tourne mal, t’as qu’à faire croire que c’était un canular, et là y a François Damiens qui débarque. Ah non, ça marche pas aux US.
Autre option, plus light: se filmer en dansant pour aller à son dernier jour ou se filmer en rendant toutes ses affaires. A noter, ça marche aussi pour les ruptures amoureuses.
Il y a aussi les humoristes en herbes. Comme ici, en France ou en Belgique, où un employé sur deux quitte son job pour aller faire de l’humour dans une cave avec 3 peknos qui pouvaient pas sortir ailleurs, faute de pass sanitaire.
Donc les kikous lol qu’est-ce qu’ils font? Ils viennent déguisés en spiderman pour leur dernier jour de travail à la banque. Histoire de se faire repérer par Sam Raimi pour le 3ème opus de la saga. Vous non plus vous connaissiez pas le réalisateur de spider-man?
Autre option encore: ranger les boites de céréales du rayon petit-déjeuner à l’envers. Alors ça c’est plutôt pour les gens qui restent en poste mais qui essayent de foutre la merde pour souligner la perversité de la machine capitaliste néo-libérale post fordiste.
Toujours niveau bouffe, il y a l’énorme gâteau avec glacage, un grand classique, mais le plus original que j’ai trouvé c’est un pictogramme d’issue de secours. Vous voyez le mec en vert qui court de profil vers la sortie ? Voilà celui-là, avec une photo de la tête du démissionnaire à la place de la tête.
On enchaine avec les geek, qui ne sont pas dénués d’humour pour autant. C’est juste qu’ils ont des skills en plus.
Option 1: Tu créés un mail d’absence sans retour.
Bon, il y en a toujours qui sont en panne d’inspi, qui choisissent la facilité comme utiliser un meme ou écrire sa lettre sur du papier toilette. Au moins là pour le réemploi c’est cool.
Pour finir, il y a la meilleure catégorie, celle des bien vénères qui en ont gros sur la patate. Y a un mec qui a fermé une sortie d’autoroute parce qu’il s’était fait viré et qu’il avait envie de faire chier les autres.
Sinon y a toujours l’option gâteau, avec un message sympa «on se voit en enfer». Avec le nombre de colorants artificiels, ça devrait pas être dans longtemps.
Plus soft: terminer sa lettre de démission par un logo de Van Halen.
Et oui c’est beau mais c’est triste. Triste de voir à quel point le travail est source de souffrance psychologique. Triste de voir la soumission puis la libération qui suit la démission. Mais pourquoi le travail est-il si dur? Pour y répondre, revenons à l’étymologie du mot. Du latin, trepalum, qui veut dire torture. Voilà, c’est tout. C’était là sous nos yeux. Pas besoin de nous noyer dans les anglicismes des sociologues, bullshit job, burn out, bore out, brown out, quiet quitting, hustle culture. Pas la peine d’aller étudier à Harvard, fallait juste faire option latin.
Triste constat, le travail, par définition, c’est pas un truc cool. Donc forcément tôt ou tard, on se fait broyer par la perversité de la machine capitaliste néo-libérale post fordiste aliénante, déshumanisante et traumatisante.
Allez moi je vous laisse méditer là-dessus, je vais manger de la glace cookie dough devant Charmed.
---
En 2015, alors qu'elle occupait un poste confortable en banque depuis une dizaine d'années, Emilie Hawlena décide de démissionner après la prise de conscience d'un cruel manque de sens. Depuis, elle a fondé le réseau d’entrepreneuses francophones Genuine Women dont elle est la CEO. Echange autour de ce phénomène de brown out.
Oui, je sais, c’est l’heure de ma chronique, mais j’ai pas envie, j’ai pas la motive, juste envie de faire comme les invités là, du Brown Out et tout larguer moi aussi, quiter le job et pénardouiller à j’en-ai-plus-rien-à-battre-de-rien. Je sais pas si vous savez, Midi Bascule, ainsi que les invités déserteurs, mais l’horloge de l’apocalypse a été avancée à minuit moins 90 secondes mardi. Eh, pour vous faire une idée, en 1991, elle était à minuit moins 17 minutes. Putain, on a déjà grillé 15 minutes depuis que Reservoir Dogs est sorti en 1991 et que les Etats-Unis et l’Union Soviétique ont signé un accord pour une réduction de 30% des armes nucléaires. Oui, je sais, vu d’ici, j’ai l’air d’inventer mais aussi incroyable que ça puisse paraître ça s’est réellement passé. Et là, en 2023, 32 ans plus tard, qu’est-ce qu’on fait dans les pays tunés, on réinjecte des milliards dans l’armement, genre au cas où ça pète, pour que ça pète vraiment de partout et partout, et qu’on soit quand même en mesure de bombarder les ruines du monde et nos propres cendres.
90 secondes putain. Et allez, hop, que tout le monde règle sa montre sur la fin des temps. Histoire que personne ne soit pris au dépourvu. C’est hyper important qu’on soit toutes et tous sur le même fuseau horaire au moment d’y passer. Oui, je sais, désolé, mais je suis tombé mardi sur l’info, par distraction, en général j’évite tout ce qui peut me pourrir la journée, voire la semaine, juste pour pouvoir continuer à être aussi décervelé que l’époque l’exige, et, là, raté, j’ai vainement tenté de détourner le regard, genre non les yeux, non, mais, trop tard, le mal était fait, bon, j’ai d’abord cru que c’était le titre d’un nouveau roman de Stephen King: l’Horloge de l’apocalypse, et franchement ça aurait été top, tu vois, genre le plaisir du frisson littéraire dystopique, mais non, c’est vraiment comme ça que s’appelle le cri d’alarme des scientifiques. Alors d’accord, c’est déjà étonnant que des scientifiques hyper pointus en soient encore à mesurer le temps à l’horloge, non, ils auraient appelé ça, je sais pas moi, l’Apple Watch de l’Apocalypse, au moins, ça ferait déjà plus paniquer les gens. Moi, comme je suis un peu littéraire, l’Horloge de l’apocalypse, ça marche sur moi, j’ai pas besoin qu’on me bullshite avec de la marque ou des néologismes high-tech, ça me prend tout de suite aux tripes et je tripe. Et donc: L’humanité n’a jamais été aussi proche de sa propre perte, selon les scientifiques qui s’occupent de l’horloge de l’apocalypse.
Et à Genève, dans la foulée qu’est-ce qu’on prend comme mesure urgente, hein, keske c’est-y-qu’on fait à Genève?
On s’apprête à abattre une petite forêt qui longe les berges d’un chemin de promenade et où, accessoirement, hibernent des écureuils pour y faire passer un tronçon de piste cyclable. Tronçon, ça porte vraiment bien son nom. Parce que tu comprends, quand viendra l’heure de l’apocalypse, ce sera une question de vie ou de mort de pouvoir décamper à fond sur ton vélo par des pistes cyclables flambant neuves tracées par l’État protecteur. Un peu comme dans l’Histoire sans fin, quand le néant te colle aux basques, dévore Fantasia, et que tu chevauches Falkor pour lui échapper sauf que là ce sera l’apocalypse et qu’il faudra te démerder avec ton vélo électrique. Alors, tu comprends, une piste cyclable plutôt que des arbres, ça s’impose. Qu’est-ce que tu veux faire avec des arbres, rien, à part grimper aux branches, les arbres c’est chiant, ça prend de la place pour rien en plus, eh, là c’est l’apocalypse qui s’amène, c’est pas le pitbull de Kevin qui trouve que tes mollets sentent la pâtée pour chien ou le fion canin. Grimper aux branches te servira à que dalle, à part, peut-être, à te prendre la foudre vengeresse de la fin des temps, un peu comme un Claude François de l’acrobranche un soir d’orage, non, sérieux, mieux vaut une piste cyclable. Au moins, tu peux tracer et tenter de semer l’apocalypse entre Carouge et Plainpalais. Enfin, si c’était moi, je ferais plutôt Plainpalais – Carouge parce qu’à Plainpalais t’arrives vite à la plaine de Plainpalais et c’est déjà en soi un avant goût d’un paysage de désolation laissé par l’apocalypse, ça rend un peu confus et désorienté alors que c’est vraiment pas le moment, putain, tu conduis un vélo et tu essayes d’échapper à l’apocalypse, tu dois rester focus, pas penser à Pagani.
Bon, en même temps, s’il reste que 90 secondes, le créneau est quand même méchamment serré pour lui échapper à l’apocalypse, même en roulant sur une piste cyclable flambant neuve ripolinée par l’État. 90 secondes, c’est même pas la peine d’enfourcher son vélo. Même pas le temps de se griller une clope, chié. Trois taffes et c’est toi qui part en fumée. Non, là, en 90 secondes, les seuls éventuellement capables de se faire une dernière fois plaisir, au moins, histoire de s’offrir une dernière fois le grand soir, c’et les éjaculateurs précoces. Ce sera enfin leur heure. Leur revanche sur la vie. A la fin des temps, eux au moins, non contents de jouir, ils riront les derniers.
---
From the publisher's feed
En 2020, Radio Vostok, la chaîne indé qui décape les oreilles, et le Théâtre Forum Meyrin, une scène qui porte haut l’étendard du spectacle vivant, créaient Radio Bascule, plateforme de podcasts plus accueillante encore qu’une auberge espagnole. Et comme l’appétit vient en mangeant, il n’était pas question de s’arrêter en si bon chemin. Pourquoi ne pas lancer une émission?
Le rêve se concrétise en 2021. Son ambition? Proposer un espace de réunion et d’échange, à l’heure où la pandémie fait encore planer la menace d’un retour à la distanciation sociale. Être le sismophone des changements à venir, à la fois détecteur, porte-voix et acteur. Et surtout, sans jargon, dans un esprit curieux et convivial, réfléchir à l’impact des crises à répétition sur les interprètes, les techniciens, les créateurs – sur toutes ces bonnes volontés coalisées sans lesquelles l’art n’existerait pas.
Tandis que les fronts se durcissent, que les réseaux sociaux nous libèrent autant qu’ils nous enferment dans des bulles cognitives, que la défiance lamine les autorités politiques et scientifiques, que chacun ou presque s’intronise seul maître à bord et que d’aucuns, toute honte bue, n’ont à la bouche que le credo «Tout pour ma gueule, et merde aux autres», il est plus que jamais urgent de s’entendre. Écouter, échanger, inventer, débattre, rire et rêver: n’est-ce pas ce qui, sur l’aile du son, fait la beauté irremplaçable de la radio?
Midi Bascule, c'est tout cela. Un ensemble choral de reportages, d’interviews, de chroniques, de consignes créatives et de respirations musicales. Sans prétention mais avec cœur – et avec un auditoire que nous espérons considérable!
De septembre 2023 à juin 2024, Midi Bascule est produite en collaboration avec le Service de la culture de Meyrin.