J’aimerais annoncer une bonne nouvelle. Oui, une fois n’est pas coutume. Après le passage du vortex polaire qui nous est tombé dessus depuis l’Arctique, le week-end passé, alors que le printemps était à bout touchant, à porter des t-shirts et des crop top pimpants, qu’on était à ça de tomber les mérinos, de ressortir les Birkenstock et la crème anticellulite, je me suis dit, il faut un truc qui réchauffe les cœurs. Tous les cœurs. Quelque chose qui nous fédère dans un même élan de joie retrouvée, de sororofraternielité commune, qui transcende nos clivages politiques et générationnels, le temps d’une chronique au moins.
Et je l’ai trouvée. C’était là, soudain, sous mes yeux, au moment où je n’y croyais plus, où j’étais sur le point de me résoudre à traiter, une fois de plus, un sujet plombant, comme, par exemple : la destruction anthropologique de l’humanité par la société de consommation selon Pasolini. Histoire de rappeler qu’avant d’avoir foutu en l’air la planète, le capitalisme et le marketing avaient commencé par salement foutre en l’air l’espèce elle-même et à faire d’elle un grand zoo de l’inauthenticité à grand renfort de techniques publicitaires consistant à modifier nos comportements et de les rendre malléables afin de vendre n’importe quoi à n’importe qui par n’importe quel moyen et à n'importe quel prix, y compris la destruction définitive des conditions de vie sur terre.
Mais j’ai pensé que vous ne méritiez pas ça. Les temps sont trop durs et on ne peut pas vivre H24 avec la conviction que tout est foutu. Non, même moi. De temps en temps, j’dois faire un break. Genre, j’sais pas, regarder la cérémonie des Césars, n’importe quoi pourvu que le cerveau débranche. Et grâce à Bolloré ça marche. Ça marche même sur les professionnels de la profession qui animaient la soirée. C’est vraiment devenu temps de cerveau disponible 100% compatible, la petite sauterie de l’entre-soi de l’autre soir. Il paraît qu’il n’y a pas assez de scène avec des ninjas chez Godard. Et que c’est con parce que ça doperait les entrées. C’est la première fois que j’admets qu’il n’a pas eu tort de choisir Exit, Jean-Luc. Il faut savoir se retirer de la soirée avant que ça dégénère vraiment. Un prince, ce JLG. Et puis cette époque ne convient à personne, pas même à ceux qui la font.
Bon, je vous avais promis une bonne nouvelle et voilà que je vous ai plombé. Pardon, l’habitude, le galop du naturel. Bref. Alors voilà, j’y viens, vous n’aurez pas attendu pour rien, je m’apprête à vous lâcher une nouvelle qui ravira, à coup sûr, au moins une bonne moitié d’entre nous - bien malmenée depuis Me Too - à savoir: la gent masculine. Une nouvelle dont vous êtes sans doute passé à côté, Messieurs, et qui va vous rebooster le moral - que je vous sais chagrin étant donné tout ce qui se raconte sur nous en ce moment, ci et là.
Cette bonne nouvelle, on la doit à une étude menée par l’Université de Standford qui a découvert que : Ecoutez bien : La taille moyenne d’un pénis en érection a augmenté de 24% en 30 ans. 24%! En général une augmentation de 24% c’est plutôt un chiffre qu’on entend pour l’augmentation annuelle de la prime d’assurance maladie. Ou pour la majoration d’un loyer à la signature d’un nouveau bail dans le Canton de Genève. 24%, c’est le score de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle.
Et non, là, pour une fois, les 24% d’augmentation sont pile au bon endroit: dans le slip. Si c’est pas la fête ça, les gars. Si c’est pas comme si le génie de la lampe nous l’avait frottée jusqu’à ce qu’elle s’allonge de 24% sans même qu’on ait à le lui demander! Un quart de plus dans la main. Un quart de plus pour pas pisser à côté. Ce qui augmente les chances de viser juste. C’est vrai, plus c’est court, plus y’a de la distance et plus c’est dur. Là, plus d’excuses. Pour ceux qui ne sont toujours pas satisfaits: consolez-vous, les gars, ça aurait pu être pire. Rappelez-vous la y’a 30 ans. C’est peut-être toujours pas ça, mais y’a eu du gain. Et pas qu’un peu.
Moi je dis: sachons apprécier l’acquis. Je dirais même plus: l’aquiquette. Comparativement à nos ancêtres, on s’est pris un quart de plus, les mecs! Un quart. Voire nettement plus, si on se la sort et qu’on se la compare avec la statuaire grecque. Même Apollon peut plus rivaliser.
Et comment ça se fait ? Comment l’étude de Stanford explique ça, hein? La cause, scientifiquement la plus probable avancée: l’exposition chimique aux pesticides. Et là, bingo. Cagnotte. Jackpot. Libérés, délivrés. Fini les fruits et légumes bio, la barbaque bio, les restos bio qui coûtent une blinde, le vin bio qui a le goût de bio et pas le goût de vin, on va enfin pouvoir se retorcher la gueule avec du vrai, du chimique, on va retrouver les saveurs des assiettes de notre enfance. Non seulement ça fait pousser la queue mais ça fait l’effet de la madeleine de Proust. Le bonheur du temps retrouvé. Lidl nous voilà. Prépare la carte fidélité, on signe pour la vie. En plus, on va économiser un max de blé.
D’ici à ce qu’on arrive à l’âge de la retraite on aura fait doubler l’engin. Et on sera plein aux as. C’est pas beau de vieillir dans un monde de merde, les gars, franchement, si c’est pas le paradis de la bite le capitalisme agroalimentaire.
Emission diffusée en direct sur Radio Vostok, le 3 mars 2023
Crédits Photo: © Anne Bouchard