Midi Bascule

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  • S2E26 Chronique d’Olivier - Le novlangue au secours du Crédit Suisse

    En termes de décontruction, moi, je suis en chantier depuis mon adolescence, et les travaux sont loin d’être terminés! Je suis la gare de Lausanne à moi tout seul: achèvement du gros œuvre prévu pour 2057… si tout va bien hein, avec les CFF on sait jamais. Bref: comment voulez-vous que je déconstruise quelque chose qui n’est même pas fini? Si ça se trouve, je risquerais de déconstruire un mec promis à devenir, sans ça, parfaitement fonctionnel et furieusement féministe, on en sait rien!



    L’homme déconstruit, c’est pas du novlangue ça? Bon faut d’abord que je définisse un peu le truc. Le novlangue, koitèce? C’est la langue officielle du Parti dans 1984 de George Orwell. C’est un langage paravent qui vise à brutaliser, à épurer le réel pour le faire correspondre à l’idéologie de Big Brother. C’est aussi un signe d’appartenance, un gage de conformité morale à la ligne du Parti, un sabir censé prévenir toute dissidence et qu’il est rudement conseillé de pratiquer le plus souvent possible, sous peine d’avoir affaire à la Police de la Pensée. Mmhhh… vous le sentez ce délicieux parfum d’intimidation? Et z’avez pas l’impression de vous retrouver devant la conférence de presse du Conseil Fédéral, dimanche passé?



    La disparition de Credit Suisse, quelle magnifique illustration de storytelling néolibéral! Too big to fail, importance systémique, et surtout la sacro-sainte cônfiance. Les pauvres chéris à la direction de Crédit Suisse, au conseil d’administration de Crédit Suisse, ils inspiraient plus cônfiance, z’imaginez? Et tout ça à cause de… devinez… mais oui, à cause des méchants rézosociaux qui faisaient rien qu’à critiquer les managers géniaux de l’établissement (authentique, certains ont cette lecture de l’événement). Car la chute de Crédit Suisse n’a aucun rapport, dans le novlangue libéral, avec un management aux fraises depuis 15 ans, qui a réussi à diviser par 100 la valeur de l’action, aucun rapport avec les bidouillages mafieux et les investissements calamiteux dont ces aigles de la finance se sont rendus coupables. C’est rien qu’une question de cônfiance détruite par de vilaines rumeurs, pigé? C’est comme d’autres pépites du novlangue libéral: la concurrence libre et non faussée ou le ruissellement par exemple. La banque zombie est bradée à UBS grâce à la garantie de centaines de milliards d’argent PUBLIC? Le ruissellement, z’avez quelques doutes? Mais enfin, on vous répète que le libéralisme illustre les vertus de la concurrence, que l’Etat c’est caca et qui faudrait mettre pédale douce sur les chicaneries légales, que ça ruisselle de partout sur vos gueules de manants, alors lâchez-nous les mocassins, à nous les top managers!



    Alors bon, moi chuis du genre charitable. J’ai donc décidé d’ajouter gratos un nouveau concept au catalogue du novlangue libéral. Ben oui, on accuse les as de la finance d’être de foutus rapaces irresponsables et dévorés par la cupidité, et c’est tellement pas gentil! Donc voici le concept, que j’appelle syndrome des popoches surnuméraires. Il m’a été inspiré par ce dialogue au début de Tenue de soirée de Bertrand Blier. Ben voilà, tout s’éclaire. Si les banksters ont besoin de tant de millions même quand ils plantent leur boîte, c’est la faute de leurs tailleurs! Ils leur font des costumes avec beaucoup trop de popoches. Et comme les banquiers sont des gens délicats, ça les angoisse, toutes ces popoches à remplir! Et en plus c’est dégueulasse visuellement, c’est pas fashion pour deux sous, ces popoches vides qui bâillent au revers d’un costard sur mesure! D’où bonus obscènes, parachutes dorés et rémunérations à huit chiffres les belles années. Bah oui quoi, faut lester le bestiau pour qu’il présente bien, surtout quand, après avoir détruit son entreprise, il va demander à papa-maman, pardon à l’Etat, tout plein de milliards pour lui sauver la mise. M’enfin, vous imaginez le CEO de Crédit Suisse aller mendier en jogging ou pire en costume H&M? Un peu de sérieux voyons!



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    Emission diffusée en direct sur Radio Vostok, le 24 mars 2023

    Publié le 27 mars 2023

    6 min
  • S2E26 Intégrale - Emission spéciale podcast: «Changer de rôle»

    Notre émission du jour est consacrée à un podcast qui s’intitule «Changer de rôle». Huit épisodes composent cette série documentaire qui aborde les masculinités au théâtre. Elle questionne ce que signifie «être un homme» à l’époque du #MeTooTheatre. Ça nous rappelle que la gent féminine n’est la seule à subir les injonctions du patriarcat.



    Il y a quelques mois, un chiffre surprenant a été publié: le taux de suicide des hommes serait trois fois plus élevé que celui des femmes. Deux causes principales expliquent cette proportion: la pression d’une réussite économique, et le refus de se confier. Considérant ce dernier point, la création sonore qu’on examine aujourd’hui est un véritable acte de rébellion: Quinze comédiens et metteurs en scène se livrent. Sans tabou ni retenue, de manière simple et sincère. Ils racontent le regard qu’ils posent sur le féminin et les changements de notre société. Ils parlent de leurs expériences au micro de Jérôme Richer, l’auteur et réalisateur de l’oeuvre.



    Changer de rôle a vu le jour en 2022, dans le cadre du deuxième appel à projets lancé aux artistes de Romandie par Radio Bascule. Pour parler de ce podcast, nous recevons son créateur, le comédien, metteur en scène et auteur: Jérôme Richer. De l’équipe Midi bascule, on retrouve Olivier Mottaz qui nous accompagne durant toute l’heure. Tout au long de l'émission, nous écoutons et commentons des extraits du podcast.



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    Emission diffusée en direct sur Radio Vostok, le 24 mars 2023

    Crédits Photo: © Isabelle Meister

    Publié le 24 mars 2023



     

    56 min
  • S2E25 Messages vocaux - Victoire Tuaillon "Refléter le monde d'une manière moins biaisée"

    Autrice, journaliste écoféministe et rédactrice en cheffe à Binge Audio, Victoire Tuaillon réalise des projets variés qui ont tous un point commun: faire entendre et circuler la pensée des chercheur·e·s et des intellectuel·le·s. Après avoir déconstruit les masculinités avec Les Couilles sur la table, elle travaille sur les relations affectives et l’amour avec Le Cœur sur la table – deux podcasts transformés en essais à succès. Son nouveau projet s’intitule Nous Faire Justice. Pour notre émission sur la thématique de la cancel culture, elle nous a envoyé des messages vocaux.



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    Emission diffusée en direct sur Radio Vostok, le 17 mars 2023

    Crédits Photo: © Marie Rouge

    Crédits Photo de Une: © Lauren Gueydon

    Publié le 23 mars 2023

    10 min
  • S2E25 Reportage - Esprit critique et censures au sein de la Manuf

    Rachel Maisonneuve est allée à la Manufacture pour rencontrer 7 étudiants de 1ère et deuxième année. Dans cette période de dénonciation comment traiter les discriminations présentes dans les textes classiques du Théâtre? Quelle place leur donner? Les futurs acteuricex partagent leur vision éclairée sur cette question.



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    Emission diffusée en direct sur Radio Vostok, le 17 mars 2023

    Crédits Photo: DR

    Publié le 23 mars 2023

     

    7 min
  • S2E25 Chronique de Candice - Qui est la plus grosse cible de la cancel culture?

    Je coupe les chansons de Michael Jackson en soirée. C’est comme ça. Du coup souvent je me fais cancel à mon tour, parce que tu comprends Billie Jean c’est quand même un super tempo.  



    Bah non je comprends pas. Et y a assez d’artistes femmes pour remplacer tous les chanteurs à problèmes dans les playlists. Mais assez parlé de moi. J’ai une question pour vous aujourd’hui: Quelle est la pétition la plus signée au monde contre une personne?



    Ce n’est pas Louie CK, Donald trump, Polanski, Kanye West, Harry Style, Bertrand Cantat, PPDA, DSK, Darius Rochebin, Gabriel Matzneff, Roald Dahl. Non. C’est Amber Heard. 4'628'125 signatures pour qu’elle soit retiré de Aquaman 2. Ambiance sur le tournage. 



    4'628'125, soit plus que la ville de Los Angeles toute entière. Ou l’île de Bali. Au choix. On parle quand même d’une nana en sirène qui doit sauver un monde sous-marin. C’est plus que la pétition pour la destitution du président américain en 2019. Est-ce qu’on est pas allés un peu trop loin internet? Bien sûr que c’est super d’avoir permis la libération de la parole des femmes avec Me Too, mais c’est aussi un énorme boulevard à masculinistes. 



    Masculiniste, mot souligné en rouge par le correcteur orthographique qui ne reconnait pas ce militantisme réactionnaire anti-féministe.En gros, c’est des mecs ils avaient pas d’amoureuse à l’école, du coup ils sont aigris à VIE. Le problème c’est qu’ils arrivent à retourner l’opinion public en imposant LEUR récit. Et ça devient dangereux. Parce qu’à force de live Twitch sur LE procès de l’année, c’est-à-dire un procès en diffamation entre Johny Depp et Amber Heard, tout le monde devient juge.



    Et les gars vous vous rendez compte qu’on est dans la sphère privée là? Nous est-ce qu’on vient vous filmer dans votre cuisine quand votre mère vous engueule parce que vous savez pas faire la vaisselle? Non, bah alors.      



    Le véritable procès s’est déroulé sur les réseaux sociaux. Par des personnes qui n’étaient même pas nées quand est sorti Pirates des Caraïbes. (C’est ça le vrai problème). Sur TikTok, déferlante de parodies, avec la vraie voix de Amber Heard qui raconte à la barre comment son ex-mari l’a violé avec une bouteille de vodka. Par des ados de 14 ans. Vous trouvez ça normal? Et pourquoi? Parce que Captain Jack Sparow! Mais moi aussi je me masturbais sur les posters de Johnny avec de l’eye liner et des tresses, mais c’est fini ça. On le sait maintenant que c’est un mec violent. Et pourtant, tout le monde prend sa défense.



    Le hashtag #JusticeForJohnnyDepp a été utilisé 21,8 milliards de fois sur TikTok. Question d’algorithme qui l’a mis en avant et de quelques 6000 bot programmés pour poster le hashtag et répondre aux commentaires. C’est génial le progrès. 



    Alors qu’on arrête de dire que c’est les féminazis qui reprennent le pouvoir et qui censurent tous les males blancs dominants qui ont un peu déconné une fois dans leur vie. 



    Pour revenir à la pétition: même avec autant de signatures, ça n’a pas marché. Warner Bros a gardé Amber Heard pour la suite d’Aquaman alors qu’ils avaient sorti Johnny Depp des Animaux Fantastiques. Bon, en réalité, ils ont pas mal diminué son rôle, au profit des personnages masculins évidemment. Comme quoi, malgré un lynchage public d’une atrocité sans nom et un appel à la haine mondial, il reste peut-être une lueur d’espoir.



    Enfin, maintenant elle est obligée de vivre sous un faux nom en Espagne.



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    Emission diffusée en direct sur Radio Vostok, le 17 mars 2023

    Publié le 21 mars 2023

    5 min
  • S2E25 Chronique de José - Malaise dans la représentation

    J’ai essayé de mettre de l’ordre dans le chaos de mes spéculations à propos d’une caractéristique majeure de l’époque que je traduirai ici de façon générique par Malaise dans la représentation. Et puis j’ai fini par me dire que le chaos était peut-être un état préférable de l’esprit et plus fécond sans doute, en règle générale, que l’ordre. Du moins, en ce qui me concerne. Comme dit David Lynch: «Je ne crois pas que les gens acceptent que la vie n’a pas de sens, ça les rend mal à l’aise.» Or, c’est bien cette absence de sens et cette nécessité dans laquelle nous sommes jetés, comme métaphysiquement, de lui en conférer, sous peine de perdre pied, qui fait l’objet de toutes les luttes, de toutes les attentions. Le sens, pourtant, on ne l’épuise pas. Aucune interprétation n’épuise les possibilités de sens, quelle que soit la détermination avec laquelle on s’y emploie. Jamais. Pire encore: Aucune démonstration aussi rigoureuse soit-elle ne peut emporter l’assentiment général par la seule force de son argumentaire. D’autres facteurs déterminants y contribuent et ils n’ont strictement rien à voir avec la véracité ou le degré de cohérence de la conviction avec laquelle l’adhésion, parfois, se fait: simple désir, conformisme, sublimation, mimétisme, identification, appartenance à un groupe. Vulnérabilité face à des techniques de sidération qui entrent en nous comme par effraction et nous emportent. Et nous voilà factions. A la fin, s’il convient que les choses changent, c’est le nombre seul qui peut l’emporter. Ou: Qui détient la force. Il n’y a pas d’autre renversement possible d’un désordre du monde quel qu’il soit. S’il s’agit effectivement de le neutraliser et de le renverser et pas seulement d’attraper un quart d’heure de gloire au passage. En laissant le monde inchangé.



    Pour que le monde change, il faut l’adhésion du grand nombre. Pas seulement du following sur le web. C’est ce qui fait sans doute que l’appropriation du système de production des représentations a toujours été un enjeu majeur dans les sociétés, quelles qu’elles soient, à quelque époque qu’on les considère, où que ce soit dans le monde. Religion, politique, culture. Trois piliers. Dans les sociétés traditionnelles, la représentation est vouée à la reproduction de l’ordre social et politique. Dans les sociétés postindustrielles de masse, à la diversion et au statu quo de l’ordre économique régnant. Dans l’ère numérique consumériste marchand mondialisée, à la fragmentation des publics-clients et à leur mise en bulle algorithmée ainsi qu’à des expérimentations numériques sur la malléabilité et le conditionnement des esprits à une intensité sans précédent dans l’histoire humaine. Comme si on avait découvert un sixième continent à piller et que ce continent était le psychisme de l’espèce humaine elle-même et qu’on pouvait inlassablement s’y livrer. Sous toutes les formes possibles. Dans l’ère numérique marchande, le monde connu n’a plus de permanence. L’impossible y advient et c’est aussitôt la banalité. Comme si plus rien n’avait de consistance. Ni le réel, ni l’imaginaire. Tout y est possible et rien ne l’est définitivement. L’impossible, c’est aussi la fin annoncée du monde et c’est aussi la seule réalité que ce monde ne parvient pas à se représenter.



    Depuis que tout est vérité, plus rien ne fait vérité. Et les hypothèses de la mécanique quantique viennent encore tout compliquer, elle qui affirme qu’il n’existe pas d’information en soi, qui serait indépendante du dispositif nécessaire à sa perception. Et débrouillez-vous avec ça. La représentation pourtant – et c’est son tragique - elle n’est pas la chose en soi, elle n’a pas réellement lieu. Elle a imaginairement lieu. Mais la représentation, c’est aussi une forme donnée au sensible. Parce que le sensible n’en a pas. Mots, images, sons, visions, scènes, rêves, le sensible a sa matérialité dans le monde, c’est la représentation. L’art est sa manifestation matérielle. Sa condition de pleine existence est la liberté. La liberté, dans la seconde moitié du vingtième siècle, a bénéficié d’un espace d’expression sans précédent – partielle et partiale, oui – mais dont l’héritage est parvenu jusqu’à nous.



    A quelle responsabilité sommes-nous dès lors tenus ?



    Je n’ai pas la réponse à cette question. Il y a des mésusages de la liberté. Il y a des trahisons. Et pour autant, on ne peut pas y renoncer. On ne peut pas contraindre. On ne peut pas forcer les convictions. Il faut coexister, faire monde commun, sans quoi tout sera dévasté. 



    Il ne fait aucun doute que les individus nouent avec les œuvres d’art des relations passionnelles. Comme dit Sheddan, dans Le Passager, de Cormac McCarthy: «Le simple fait d’avoir eu quelques dizaines de lectures communes constitue un ciment plus puissant que le sang.» Il dit aussi : «Certes, si tous les gens que je voue à l’enfer y étaient effectivement le diable devrait commander d’urgence un supplément de charbon.»



    Ce qui est un remarquable condensé de l’époque.



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    Emission diffusée en direct sur Radio Vostok, le 17 mars 2023

    Crédits Photo: © Anne Bouchard

    Publié le 21 mars 2023



     

    6 min
  • S2E25 Intégrale - Peut-on inclure sans exclure?

    Selon Dominique Ziegler, une partie de la population combat le racisme sous toutes ses formes et lutte pour l'égalité femmes-hommes ou pour l'écologie, et en réaction, l'autre veut anéantir la cancel culture. (Il l’avoue, il caricature un brin.) 



    Le terme cancel culture est plus rarement utilisé en français. Sa traduction la plus proche serait «la culture de l’annulation» ou «du bannissement». La pratique vient des Etats-unis et a pris de l’ampleur avec le mouvement Me Too. Il s’agit de dénoncer publiquement – le plus souvent, via les réseaux sociaux – une personne, une œuvre culturelle ou même une entreprise pour des mots ou des actions jugées problématiques (parce qu’homophobes ou racistes, par exemple). Certaines personnes y voient une forme d’activisme, d’autres une nouvelle censure. Les statues déboulonnées ou les salarié.e.s licenciées pour avoir tenu des propos répréhensibles sur le net sont «les victimes» de cette culture du bannissement. Les opposants et opposantes alertent sur les dérives de ce procédé, comme le non-respect de la présomption d’innocence ou des accusations sans preuve. 



    Le souci est que l’expression «cancel culture» est utilisée un peu à tout va et a perdu de son sens initial. Au printemps 2021, deux journalistes américaines critiquent une attraction de Disneyland qui vient d’être refaite. Elles s’étonnent du nom donné à la scène finale de Blanche-Neige: «le vrai baiser d’amour». Selon elles, un baiser lorsque l’un des protagonistes est endormi ne peut pas représenter l’amour vrai. Leur article soulève une polémique. Rien que ça. Ses autrices sont accusées de cancel culture, justement. Mais qu’ont-elles banni? Elles proposent une piste de réflexion sur une scène qu’elles ne jugent plus en phase avec les évolutions de la société, tout au plus. Aucune attraction n’a été interdite ni même fermée. 



    Est-ce que lorsque la culture dominante annule les autres formes d’expression, on appelle aussi cela de la cancel culture? Quelles structures permettent à des personnes d’avancer des points de vue, au détriment d’autres? Qui choisit l’histoire dont on se rappelle dans les manuels scolaires? Comment faire de la place à des figures féminines historiques sans effacer les figures masculines?

    Autrement dit, comment construire un avenir progressiste, sans retour de bâton?



    Pour en parler, nous recevons en studio Thyphaine D., autrice, comédienne, metteuse en scène et formatrice engagée dans les luttes féministe, antispéciste et écologiste entre autres. Tout au long de l'émission, nous écoutons également les messages vocaux de Victoire Tuaillon, autrice et journaliste, rédactrice en cheffe à Binge Audio. Côté Midi Bascule, on retrouve Candice Savoyat et José Lillo aux chroniques, ainsi que Rachel Maisonneuve qui est allée discuter des ces questions avec les étudiant·e·s de la Manufacture.



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    Emission diffusée en direct sur Radio Vostok, le 17 mars 2023

    Crédits Photo: Pexels

    Publié le 17 mars 2023

    57 min
  • S2E24 Interview - Jacob Berger, co-réalisateur de «La Guerre des Sexes au Chalet»

    Jacob Berger est réalisateur. Il a étudié le cinéma à New York et réalisé de nombreuses fictions et documentaires pour la télévision et le cinéma. Cette année, il signe avec Laurence Gemperlé La guerre des sexes, une télé-réalité made in Switzerland produite par la RTS et qui traite de la thématique des questions de genre. Entretien.



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    Emission diffusée en direct sur Radio Vostok, le 10 mars 2023

    Crédits Photo: © RTS

    Publié le 13 mars 2023

     

    11 min
  • S2E24 Chronique de José - Dans la peau d’un partisan de la pub

    L’heure est grave. Non, là, les amis, je n’ai pas du tout envie de plaisanter aujourd’hui.



    Je me sens comme une barrette de Toblerone sans le Cervin sur l’emballage, comme un berlingot de thé froid de la Migros dans un rayonnage de la Coop, comme une appellation gruyère sur un fromage nord-américain, il y a des matins où on n’a même plus envie de se lever de son lit Ikéa pour aller dans le monde si le monde qu’on nous prépare c’est ça. A Genève, nous sommes à 3 jours d’une votation qui risque de bouleverser à tout jamais la vie sur terre telle que nous la connaissions. Je veux parler de l’initiative qui a le projet d’interdire l’affichage de la publicité commerciale en ville. Oui, vous avez bien entendu. Voilà à quoi les suppôts du néo marxisme-léninisme anarcho bobo zadiste intersectionnel vert woke en arrivent: à vouloir ruiner la cité. J’ai oublié décolonial, cycliste, féministe et trans, mais ces gens là sont dans le coup aussi, évidemment.



    Oui, mes amis, ces gauchistes de fin du monde ne rêvent que d’une chose c’est de retrouver le paysage sinistré de pendant la pandémie, avec ses commerces en faillite, ses arcades commerciales vides et ses pancartes liquidation définitive. Voilà à quel désastre nous mènerait l’acceptation par le peuple de cette initiative irresponsable et capitalism-icide. Oui, vous n’avez pas le privilège des mots qui finissent en -cide, les verts.



    Parce que, imaginons le pire, imaginons que ça passe. Si on interdit la publicité, qui c’est qui va encore acheter des trucs? Comment on fait sans la publicité pour acheter des trucs? On est perdu, faut qu’on nous stimule un minimum, faut que le PIB tienne le coup, ça se fait pas tout seul, faut maintenir l’enthousiasme. Et qui mieux que les publicitaires pour ça, avec leur amour désintéressé de l’art et leur science de la phrase courte et éloquente: Louis Vuitton, l’invitation au voyage. Ah, j’en ai des frissons tellement c’est beau.



    Alors bien sûr, les partisans de l’initiative ironisent: Comme quoi ce qu’on voit placardé en ville c’est surtout de la pub pour les grandes marques internationales, genre Coca-Cola. Oh, deudieu, rien que de prononcer le nom ça me donne soif. J’ai le gosier qui se met à pétiller et je me vois à torse-poil sur une plage, entouré de bimbos avec des corps photoshopés en mode on-est-trop-cool, vive l’amour libre et la crème solaire en spray, rien à battre du climat, c’est l’été, on a nos Ray-ban, on s’en fout. Pardon, je m’égare, j’ai eu un flash, j’sais pas ce qui m’a pris, pardon. Et donc: que la pub profiterait surtout aux grandes marques. Hahaha, et là je me marre, non mais offrez-leur un cerveau à gauche, même en format kinder surprise, ce serait déjà ça.



    Parce que qui c’est qui vend du Coca Cola? C’est Coca qui vend du Coca? Non, c’est les commerces locaux qui vendent du Coca, les petites épiceries familiales, les kiosques, les supermarchés, les dépanneurs, les cafés, les restos, les hôtels, les cinémas. Quand une grande marque fait sa pub, ça ruisselle sur toute l’économie locale, bande de baltringues économiques de gauche là, anti-mondialistes d’opérette, bande de Lidl de la pensée… A la fin, c’est de l’emploi et du salaire et donc de la contribution sociale par l’impôt, c’est du vivre-ensemble Coca quand on regarde objectivement.



    La Mitsubishi à moteur hybride, à la fois polluante et bio, c’est le concessionnaire local qui la vend! C’est pas Amazon qui va te la livrer dans la boîte aux-lettres. Ton SUV Volvo, tu vas pas te le streamer sur Netflix ou Disney+ avec ton abo, non, ça se vend local ça, ça se vend terroir. Eh oui! Qu’on réfléchisse 2 secondes avant de voter, ce serait bien.



    Et puis, la pub, c’est aussi le droit d’être informé. Et le droit d’être informé c’est le pilier de la démocratie. D’ailleurs, je ne comprends pas pourquoi le droit d’être exposé à de la pub est pas encore inscrit dans la constitution. Comment je fais pour savoir que c’est le moment de changer mon smartphone si on me tient dans l’ignorance de l’existence du nouveau Samsung avec défilement ultrafluide ?



    Comment je fais pour choisir entre Salt, Swisscom ou Sunrise, si on ne me dit rien. J’ai le droit que je le sache quand même. J’ai le droit de me déterminer en faveur de la marque qui va le mieux capter mon temps de cerveau disponible et pour ça, il faut de la pub en ville. Je suis pour le libre choix du message subliminal moi.



    Sans pub, comment je fais pour savoir qu’il y 30% à la Coop sur les barquettes de fraises hors-saison? Que j’ai pas assez de tablettes aux abdos, et que je pue sans Dior Sauvage? Que j’ai les dents jaunes sans Colgate triple action et le slip triste sans Calvin Klein? Que ma femme est pas sortable sans sa crème hydratante, son gel anti-rides et son kit racine-retouche? Que les poils, ça s’épile. Qu’on ferait bien tous les deux de se mettre à la salle de sport si on veut optmiser nos carrières et notre couple.



    Heureusement que les standards publicitaires existent. Imagine la laideur du monde sinon. Moi j’dis, la pub, c’est de l’incitation au bonheur, c’est de la cure contre le laisser-aller inhérent à l’espèce. Les dinosaures, ils pratiquaient l’affichage commercial? Non. Et il en reste des dinosaures? Non. Je crois qu’il faut quand même pas avoir fait science-po pour être capable de discerner qu’il y a là un lien de cause à effet assez gros quand même.



    Allez, le 12 mars, on vote un grand NON à l’effondrement civilisationnel.



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    Emission diffusée en direct sur Radio Vostok, le 10 mars 2023

    Crédits Photo: © Anne Bouchard

    Publié le 13 mars 2023

    6 min
  • S2E24 Chronique de Candice - Plus de vulves à la télé

    J’adorerai vous parler de la reformation de S Club 7, groupe mythique des années 2000 qui jouait dans une sitcom américaine, en mode les anglais à Miami Beach. Quelque part, c’était un peu l’ancêtre des chtis à Mykonos, 3 mecs et 4 nanas qui bossent dans motel pourri sur la côte. Il y avait pas encore la parité, sinon il aurait fallu appeler ça S Club 8 et ça sonne beaucoup moins bien pour la télé américaine.



    Vous avez vu comment je relie le sujet à la semaine de l’égalité?



    Mais le sujet du jour c'est la Guerre des sexes au chalet, dont j'ai vu les épisodes pour cette émission. Première fois de ma vie que j’ai regardé la RTS! Et j’ai beaucoup aimé! Je dis pas ça parce que le réalisateur est assis à côté de moi en ce moment. C’est sincère. Surtout l’épisode 2, parce qu’on voit des images. Et moi les images, j’adore ça.



    Tout d’abord, on assiste à la projection très privée, dans la salle ciné du chalet de luxe, du court métrage de Camille de Pietro Blue Vulvettes. On voit quelques extraits du film à l’écran, et surtout, la réaction en direct des participantex. 



    Alors qu'est-ce que «Blue Vulvettes»? Ça commence par des bruits de plaisir solitaire féminin, puis s’ouvre un petit théâtre de marionnettes, ambiance feutrée et rideaux de velours rouge. Un visage d’homme avec des lunettes de serial killer nous annonce qu’on est là, assis tranquillement pour recevoir du divertissement. Jusqu’ici tout va bien. Et là twist, en fait, grâce à Dieu, ce qu’on va voir n’est pas drôle. On n’est pas là pour absorber sans questionnement le ramassis de conneries sexistes qu’on nous sert tous les jours.



    Première info: le sexe féminin existe.

    Premier acte: les règles et l’impureté de 7 jours décrite dans la Torah.

    Deuxième acte: typologies de vulve et chasse aux sorcières, clitoris = diable

    Troisième acte: acide phénique et libération du chant de la vulve  



    Pendant tout ce temps, c’est des vulves en gros plan qui nous parlent. Personnalisation et désexualisation de l’organe génital qui devient un être à part entière, doté de sentiments et de parole. Puis, générique de fin sur une musique originale et là les vulves prennent vie et se déguisent à la mode de la cour de louis 14 sous une boule à facette. Ambiance.



    Alors les réactions dans la salle: Clément a « l’impression d’être violé ». Il n’a pas demandé à voir des images de vulves en gros plan, et il aurait été aussi mal à l’aise si ça avait été des pénis. Mais nous non plus on aime pas recevoir des dick pics quand on n'a rien demandé. Sauf que les représentations de pénis sont bien plus généralisées que celles des vulves et participent à la normalisation du problème. Partout dans la rue, sur les arrêts de bus, dans les toilettes des bars, on voit des dessins de phallus. Et on en a marre de se règne. Il est temps d’inverser la tendance et de laisser la place aux vulves et aux clitoris. C’est ce que fait très bien Camille de Pietro dans son court métrage. J’essaie d’y participer à ma manière, comme ça fait 5 fois que je cite le mot vulve dans cette chronique. 6 fois maintenant.



    Il y a une autre séance de visionnage, cette fois ci, je cite, «de films de bonhomme». Qu’est-ce qu’un film de bonhomme? Vaste question. Ici il s’agit de deux James Bond et un Star Wars. On est sur du film grand public, pour ne pas dire culte.



    La fameuse scène de Meurs un autre jour où Halle Berry sort de l’eau en bikini orange, poitrine bombée en avant, main qui glisse au ralenti dans les cheveux. Déjà, qui fait ça dans la vraie vie? Et 007 il est là peinard, cigare au bec, adossé au comptoir, jumelles à la main. Et il la mate, à son insu, à travers ses jumelles. Et nous on voit la scène depuis son regard à lui, à travers les ronds dessinés à l’écran par les jumelles. Définition du mal gaze par excellence. Bond est scopofile selon Freud, il prend du plaisir à posséder l’autre par le regard.



    Dans la série «les forceurs du cinéma», Han Solo est pas mal non plus. Il oblige la princesse Leila à l’embrasser, tout en lui faisant croire quand fait c’est elle qui en a envie alors qu’elle vient de lui demander deux fois d’arrêter de lui caresser les mains et de lui dire qu’elle aime les hommes gentils. Ok c’est de la fiction, mais le gros problème dans tout ça c’est que ces images ont façonné la construction identitaire et sexuelle de millions de jeunes sur plusieurs générations! Et on n’a jamais vraiment montré d’autres scénarios avec des rapports de force inversés et avec le point de vue de la victime et non pas de l’agresseur.



    Les images sont de très forts véhicules de messages, alors quand est-ce qu’on commence à les utiliser pour renverser la domination patriarcale et atteindre l’égalité?  



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    Emission diffusée en direct sur Radio Vostok, le 10 mars 2023

    Publié le 13 mars 2023

    6 min

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