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Or


Pour compléter notre discussion autour du tatouage et de la question de savoir s'il s'agit, ou non, d'œuvres d'art à part entière, nous échangeons par téléphone avec Barth Johnson, directeur de la Wilde Gallery à Genève. La galerie expose régulièrement Wim Delvoye, un artiste Belge qui a créé la polémique en tatouant des cochons vivants, pour ensuite les vendre, une fois morts, tels des œuvres d'art dont la valeur est estimée autour des 65'000 euros. Mais il a également tatoué un humain, Tim Steiner, dont le tatouage a ensuite été vendu à un collectionneur. Résultat: Steiner doit régulièrement se rendre disponible pour des expositions, et, à sa mort, la peau de son dos sera conservée. Le tatouage serait-il donc bien une œuvre d'art?
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C’est quoi ce bazar avec le tatouage? Sérieux, qu’est-ce qu’ils ont tous? Pour vous dire, les zèbres de la génération X, dont je suis, n’avaient jamais connu ça. Du temps de notre folle jeunesse, le tatouage, c’était encore l’apanage du biker, du taulard, du mauvais garçon quoi. Ou à la limite du môme qui mâchait un Malabar et se gravait sur l’épaule, par décalcomanie, le tatouage contenu dans l’emballage du chewing-gum. Et là attention, on n'était pas sur du poignard sanglant ou du symbole de gang, hein, on était sur du Disney, du Mickey, du nounours. En somme le tattoo, c’était bandit ou Bambi. Imagine l’innocence qui était la nôtre et notre degré subséquent d’impréparation…
J'étais pas prêt à l’épidémie de tatouage qui a suivi, dans les années 1990-2000, et qui a semé des symboles tribaux maoris ou des carpes koï sur les hanches de Joséphine de la compta ou les pecs un peu flasques de Gégé, le pote du fitness! En un éclair, l’épiderme de la moitié de l’humanité s’est retrouvé décoré d’enluminures. De quoi cette mode était-elle le nom? Et pourquoi, face à la majorité de ces motifs encrés dans la viande, on peut radicalement déplorer les ravages de l’alcoolisme sur le sens esthétique de nos contemporains?
Alors je ne dis pas que je n'apprécie pas les tattos, au contraire! Certains sont de véritables œuvres d’art, sans débat. Par contre pour ce qui est des symboles tribaux mondialisés, vus et revus, j’émets une ou deux réserves; et, goût personnel, c’est carton rouge pour les kékés qui se tatouent des phrases inspirantes et se transforment ainsi, au choix, soit en une foutue fiche de lecture à ciel ouvert, soit en un profil LinkedIn farci de citations sur l’art de rebondir X fois après un échec ou autres scies de la pensée managériale. Là, c’est non, Punkt Schluss. Et non aussi, faut-il le préciser, non au tattoo «défi post-beuverie»: en général, quand on se réveille le lendemain après-midi, le résultat peut réserver quelques surprises pas toujours bonnes. On le répétera jamais assez: après quelques verres, le sens de l’esthétique… s’assouplit, voilà. S’assoupit aussi. On peut plus vraiment s’y fier. Mais autrement, vive le tatouage! J’y ai d’ailleurs songé moi-même.
Alors après la fiche, voici le conseil de lecture: L’homme illustré de Ray Bradbury. Un recueil de nouvelles de SF paru en 1951, quand le tattoo était encore réservé aux freaks, aux marginaux. Le propos? Le narrateur rencontre un homme recouvert de tatouages dont il essaie en vain de se débarrasser depuis des années. Pourquoi? Parce que ces illustrations prédisent l’avenir et sont particulièrement malaisantes. Au final, chaque tatouage donnera le motif d’une nouvelle où l’on retrouve l’ironie douce-amère de Bradbury. Extrapolons: et si le tattoo était une sorte de prophétie autoréalisatrice? Si le tsunami de tatouages depuis les années 90-2000 était le symptôme d’une société individualiste et déboussolée, où afficher les signes extérieurs de son originalité serait une manière de forcer le destin, de prouver qu’on existe?
En guise de démonstration, j’en reviens pour finir à mon cas personnel, car mes tatouages ont bel et bien prédit l’avenir. J'en ai un pour chaque fesse. Sur la gauche, trois lettres: L, J, S. Pour Libertés et Justice Sociale. Le mouvement d’un certain Pierre sur lequel on s’aventurerait pas à construire une Eglise. Et sur la fesse droite, le circuit où se court le Grand Prix de F1 d'Abu Dhabi, dont le même Pierre est particulièrement friand. Or ces deux tatouages ont été faits avant l’élection au Conseil d’Etat du week-end passé. Ils prédisent donc correctement la résurrection de Pierre Maudet et nous invitent à ne pas le croire sur parole quand il évoque un retour aux affaires sans… affaires, au sens de combinazioni. La démonstration est imparable: deux simples tatouages peuvent remplacer Madame Soleil et les commentaires de n’importe quel politologue. Le seul qui soit irremplaçable, c’est notre ami Pierrot on dirait…
En mars dernier Rachel Maisonneuve s’est rendu au premier Tattoo Show Geneva organisé au Village du soir. Elle a sondé les participants pour savoir une fois pour toute si un tatouage est, ou n'est pas, une oeuvre d’art. Immersion dans l’univers du tatouage et découvertes de ses multiples pratiques qui en font un art de plus en plus prisé.
Par téléphone depuis Montréal, Yann Black participe à notre emission du jour consacrée à l'essor du tatouage. Considéré comme l'un des pionniers du tatouage graphique – appelation regroupant plusieurs styles inspirés de la peinture moderne – cet artiste travaille sur la peau comme sur le papier.
Dans cet épisode de Midi Bascule, on parle tatouage: un art ancestral et universel qui n’a jamais été autant pratiqué qu’aujourd’hui. En Europe, une personne sur cinq serait tatouée. Un chiffre qui passe à une sur trois chez les canadiens entre dix-huit et trente-cinq ans. Certains spécialistes lient le développement de ce nouveau phénomène culturel à l’individualisme de notre temps. Une peau encrée exprimerait une volonté de se distinguer d’autrui. Une évolution particulière, si on se rappelle qu’autrefois, ces dessins corporels montraient plutôt l’appartenance à un gang ou à une tribu. Les styles graphiques se sont diversifiés. Les salons se sont multipliés, ces dernières années. Le nom romand le plus célèbre du milieu est celui des Leu. Cette famille d’artistes et de tatoueurs, sur plusieurs générations, a fait le tour du monde. Le Musée Tinguely, à Bâle, leur a même consacré une exposition.
Est-ce que les œuvres réalisées sur un support humain seraient en train de devenir œuvres d’art à part entière?
Pour en débattre, nous recevons, en studio, l’auteur de Swiss Tattoo, un livre tout récent sur la scène actuelle du tatouage helvétique, Clément Grandjean. Nous recevrons au téléphone deux invités supplémentaires: Yann Black, fameux tatoueur français qui est parti s’installer à Montréal, au grand dam de ses fans européens, puis le galeriste Barth Johnson qui a cofondé, en 2015, la galerie d’art contemporain Wilde. Nous ferons également un tour au premier tattoo show proposé par le Village du Soir grâce à un reportage de Rachel Maisonneuve. Et pour compléter cette émission, nos chroniqueurs Olivier Mottaz et José Lillo partagent leurs états d’âme avec nous.
Mon Dieu, c’est à moi.
Et quand je dis Mon dieu, je vous en prie, ne comprenez pas ça littéralement, comme un témoignage impromptu de foi chrétienne, ou comme une soudaine pulsion de militantisme monothéiste judéo-chrétien et une atteinte à la laïcité sur une antenne de radio-libre, mais comme une simple locution de langage dont la fonction signifiante est d’exprimer un désarroi, au même titre que, par exemple, «Saperlipopette», du temps où l’expression était encore en usage, pour autant qu’elle n’ait jamais été en usage, ce que j’ai du mal à concevoir (à part pour de gens comme Macron – qui emploit aussi Perlinpinpin… mais ce n’est pas le sujet). D’autres exemples d’expressions contemporaines du désarroi me venaient en tête, plus explicites, usitées et triviales, mais je ne voudrais pas perdre trop de temps dans les 4 minutes imparties sur la distinction entre signifiant et signifié telle qu’établie par Ferdinand de Saussure, le précurseur de la linguistique structuraliste –est-ce vraiment utile de le rappeler - dans son fameux Cours de Linguistique générale, il y a de cela à peu près un siècle, et qui a donné, comme tout le monde le sait, sa consistance à la psychanalyse lacanienne, mais aussi à la déconstruction de la métaphysique du signe inaugurée par Jacques Derrida, laquelle a abouti au désasujetissement de la contemporanéité actuelle des limites conceptuelles de la modernité qui l’a historiquement précédée. Ou si vous préférez: postmodernité. Bon. Banalités que tout ça.
Enfin, bref. L’objet de l’émission de ce jour étant l’intelligence, d’où, vous le comprenez maintenant, mon désarroi de départ et mon interjection inaugurale. N’est-ce pas prendre le risque inconsidéré de faire la démonstration de son propre déficit intellectuel lorsqu’on est qu’un simple chroniqueur et de passer à chroniqueur simplet.
L’objet de cette émission étant, pour être plus spécifique encore: l’intelligence artificielle, il m’a semblé pourtant nécessaire à mi-parcours de tenter à mes risques et périls de définir les contours de ce que toutes et tous nous nommons à priori intelligence. Afin de nous assurer que nous possédons effectivement à son propos, dans ce studio ainsi que pour qui nous écoute, un minimum de conceptions communes pour point de départ. Avant de nous lancer dans l’hypothèse de la possibilité d’une extension de l’intelligence au domaine de la machine – au sens Terminator 1 et 2 du terme, pas juste tracteur ou tondeuse à gazon – et nous garantir autant que possible contre un éventuel excès d’anthropomorphisme appliqué à l’ingénierie computationnelle, même si ce biais cognitif permet à Hollywood de faire des blockbusters divertissants et lucratifs.
Ça va, vous me suivez? Allez, on va dire que oui, au pire faites semblant, c’est la meilleure des stratégies quand on est largué dans une conversation; ce qui arrive à tout le monde, moi-même je ne suis pas très sûr de bien comprendre ce que j’avance et où je vais mais qu’importe. On s’en fout.
Bien. Ceci posé, pour autant qu’à ce stade j’ai posé quelque chose et pas seulement prétendu le faire: Qu’est-ce que l’intelligence? Grand silence dans le studio. Bon, si, par exemple, je m’en réfère à l’opinion commune sur les divers réseaux sociaux, l’intelligence c’est: ce que les personnes qui parviennent à d’autres conclusions que nous sont dépourvues. Pour le dire brièvement, l’intelligence c’est: ce que l’Autre n’a pas. L’Autre, au sens de celui qui diffère de moi. Qui n’est pas identique à moi. Qui ne pense pas comme moi.
Il semble y avoir actuellement là-dessus un large consensus qui va du compte anonyme bourrin sur Twitter jusqu’à l’actuel président de la République française, dans une sorte de transversalité territoriale du commun, du rageux derrière son écran à l’Élysée, abolissant ainsi enfin en France la séparation entre élite et populace. Cependant, cette simple définition aujourd’hui majoritairement partagée ne nous dit toujours pas ce qu’est l’intelligence. Elle nous informe simplement que la condition de l’intelligence c’est de penser comme moi. A savoir comme le locuteur détenteur d’intelligence, détenteur par une sorte de ressenti de la détention de l’intelligence, qui n’a pas à s’expliquer ni à débattre mais peut se contenter simplement de sanctionner les divergences et les oppositions.
Inversement, on trouve également des individus souhaitant être débarrassés de ce qu’ils éprouvent comme un fardeau de l’intelligence. C’est ainsi qu’un récent sondage a révélé que nombre de chefs d’entreprises ont émis le souhait que l’intelligence artificielle prenne désormais les décisions stratégiques à leur place en raison du fait que le monde est devenu trop complexe et éprouvant pour une simple intelligence humaine patronale.
Une intelligence un peu trop vive et mal intentionnée pourrait là tirer argument de la démonstration interne de la faillite du néolibéralisme qui par ses excès aboutit à la disqualification anthropologique des agents qui sont censés en tirer les meilleurs avantages les plongeant à la fois et dans la richesse et dans la détresse existentielle de leur nullité au sein même de la structure idéologique dont ils sont censés tirer les profits ontologiques majeurs, à savoir: la légitimité à se penser meilleur que les autres. Je suis sûr que ChatGPT, faux-cul comme il, est essaierait de contrarier ce que j’avance. Mais bon, ayant été conçu pour simuler, faut pas s’étonner qu’il simule.
A ce stade de notre démonstration et afin d’y voir clair, rappelons qu’au sens classique du terme, l’intelligence c’est la faculté de connaître et d’agir en fonction des buts qu’on se propose, mais aussi d’élaborer un système de signes permettant les échanges et les relations, les spéculations et le choix de l’auto-détermination relative et/ou effective au sein d’un système de contraintes paradoxales complexes régulièrement mouvantes auquel d’autres organismes vivants ont également part. Bon, j’ai volontairement grossièrement simplifié la définition pour qu’elle soit synthétique, et historico-socio-philosophico-culturellement performative, mais c’était pour vous permettre de répondre à la question de savoir si oui ou non l’intelligence artificielle s’inscrit elle aussi dans cette perspective.
Alors, à votre avis?
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À la recherche d’artistes oeuvrant avec l’Intelligence Artificielle, Lucie Eidenbenz s’est rendue au Musée de la Main à Lausanne, où Carolina Liebling, directrice adjointe, lui a présenté quelques oeuvres exposées ainsi que leurs enjeux. Elle a ensuite capturé des extraits du spectacle «Simple Machines» du chorégraphe belge Ugo Dehaes, présenté au festival Antigel en février dernier. Reportage.
Tammara Leites est programmeuse et media designer, entre autres casquettes. Diplômée de la Haute école d’art et de design de Genève, elle officie comme directrice des nouvelles technologies chez Transmii Studio. Elle a récemment collaboré avec l’artiste genevois Simon Senn autour de l’œuvre dSimon, qui témoigne du potentiel créatif des algorithmes et des intelligences artificielles, tout en posant des questions assez vertigineuses. Elle passe cette heure d'émission avec nous pour parler de l'émergence de l'IA dans les milieux culturels.
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Vous rappelez-vous le mois de novembre 2022? C’est tout proche, n’est-ce pas? Et pourtant, qui n’a pas l’impression que le monde a changé en profondeur depuis qu’OpenAI a mis à la disposition du grand public son agent conversationnel ChatGPT, qui d’un seul coup a relégué Siri ou Alexa parmi les antiquités de l’âge numérique?
Depuis, c’est une déferlante. YouTube regorge de tutos qui expliquent comment écrire un livre avec cet outil, comment monter un business, rédiger le script d’une vidéo ou produire des lignes de code. Les médias s’emballent. C’est qu’il n’y a pas que le texte qui est en jeu. D’autres IA comme Dall-e, Midjourney ou Stable Diffusion permettent, à l’aide de simples requêtes textuelles, de créer des images d’un photoréalisme stupéfiant. Sérieux, le pape se balade en doudoune fashion? Macron fait les poubelles? Trump est coursé par la police et capturé manu militari? OK, si de telles mises en scène suscitent bien vite le scepticisme, que dire de cette «photo» montrant un homme âgé molesté par des policiers lors d’une manif en France contre la réforme des retraites? Quantité d’internautes ont pris cette image pour argent comptant. Devant elle, même certains experts vacillaient…
Et si, pour y voir plus clair, nous observions comment les artistes s’emparent de tels outils? Après tout, la question du rapport au réel n’obsède-t-elle pas les artistes depuis la Renaissance au moins, depuis qu’Alberti a imaginé le modèle du tableau comme fenêtre ouverte sur le monde?
Pour en parler, nous avons le plaisir de recevoir Tammara Leites, programmeuse et media designer. Par téléphone, nous échangeons également avec le photographe Matthieu Gafsou, qui a exposé des oeuvres composées à l’aide de Dall-e. Un reportage de Lucie Eindenbenz nous emmène au Musée de la Main à Lausanne, sur les traces d’artistes œuvrant avec l’IA, ainsi qu’au festival Antigel, à la rencontre de robots dansants. Sans oublier Candice Savoyat et José Lillo pour leur chronque de la semaine.
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Vous avez vu l’allocution télévisée du premier de cordée l’autre soir? Combien de citoyens alpinistes n’ont plus eu, après visionnage de la performance présidentielle, que l’envie de dévisser pour finir en ratatouille dans une congère, plutôt que de continuer l’ascension sous la houlette du Frison-Roche élyséen? Mais laissons Macron reposer en paix, et chanter des chansons en ville avec des choristes qui utilisent l’appli Canto. Un président qui pousse la chansonnette, c’est pas banal, non?
Bon, pour ceux qui n'ont pas suivi, je vous explique. Ça me permettra aussi de rompre une lance en faveur de Manu, parce que cet homme est injustement vilipendé. Oui, aujourd’hui je fais mon coming out macroniste.
Lundi passé, après la promulgation en loucedé de la loi sur la réforme des retraites, qui redéfinit magistralement la notion du «Cause toujours tu m’intéresses», après l’allocution déjà évoquée, qui redéfinit magistralement les codes de la rhétorique politique et pourrait même favoriser la reconnaissance de l’immersion forcée de poisson comme discipline olympique, Manu avait envie de se dégourdir les jambes. Allez zou, petite promenade nocturne, et v’là-t’y pas que le Président avise un chœur de bonhommes qui interprètent Le Refuge en pleine rue. Alors c’est quoi Le Refuge? C’est une chanson d’un compositeur pyrénéen vieille d’un demi-siècle. D’où l’on peut déduire deux choses: petit 1, les Pyrénées, ça ne produit pas que des montagnards, ça produit aussi d’affreuses scies musicales; petit 2, le Jupiter français est moins snob que moi, puisque lui, Le Refuge, il adore! D’ailleurs que fait-il ce soir-là? Il se joint aux chanteurs, il fend l’armure, il lâche les chevaux et il… chante, alléluia! Moi, je trouve que ça veut dire beaucoup. Par exemple qu’on a une image trompeuse de Manu. Ce type-là est tout le contraire d’un dirigeant sourd à son peuple. C’est un mec sensible, créatif, à l’écoute, un mec qui pratique le carpe diem et qui sait profiter des opportunités quand elles se présentent. C’est comme son truc de président, là: il était pas dévoré d’ambition, il passait simplement devant l’Elysée, il a vu de la lumière, il est entré et il s’est installé. Basta! Manu, c’est le gars qui hésite pas à traverser la rue pour décrocher un nouveau job. Ou pour chanter avec un chœur de catholiques enjoués. Et on va pas chipoter si ces sympathiques crooners du lundi utilisent une appli, Canto donc, qui met à l’honneur toute une foultitude de ritournelles militaires et qui plaît beaucoup à la bourgeoisie d’extrême droite. D’ailleurs hein, on parle financement aujourd’hui, alors je vous le demande: le Projet Canto, qui donne son nom à l’appli, serait-il soutenu par le Ministère de la culture s’il n’était pas pleinement inclusif? S’il ne rendait pas justice au patrimoine musical fasciste également? Hein?
Non moi je vous dis, on mésestime cet homme-là. Il écoute, il observe, il comprend. La désindustrialisation est une plaie? Il relance l’industrie de la matraque. L’obésité progresse en France? Il lance ses brigades de répression motorisées contre les manifestants, contraints de détaler au pas de course s’ils ne veulent pas tâter de la matraque susmentionnée. Et hop, fitness pour tous, et gratos en plus! Manu c’est un sentimental au fond, un romantique hyperlaxe. C’est comme le truc de sa blonde, là: il voulait pas manger de la cougar, il passait simplement devant sa prof de théâtre, il a vu de la lumière dedans, il est entré et il s’est installé. Fin de l’histoire.
Pour conclure, y a qu’une seule chose qui me dérange chez lui: ses compétences musicales et son oreille absolue font passer nos conseillers fédéraux pour des charlots. Manu, il chante, il donne de sa personne. Ces derniers mois en Suisse, alors qu’une petite épicerie bancaire rejouait Titanic, Ueli Maurer et Karin Keller-Sutter ont juste pu démontrer qu’ils savaient jouer du pipeau. Ma foi, on a les solistes qu’on mérite.
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En 2020, Radio Vostok, la chaîne indé qui décape les oreilles, et le Théâtre Forum Meyrin, une scène qui porte haut l’étendard du spectacle vivant, créaient Radio Bascule, plateforme de podcasts plus accueillante encore qu’une auberge espagnole. Et comme l’appétit vient en mangeant, il n’était pas question de s’arrêter en si bon chemin. Pourquoi ne pas lancer une émission?
Le rêve se concrétise en 2021. Son ambition? Proposer un espace de réunion et d’échange, à l’heure où la pandémie fait encore planer la menace d’un retour à la distanciation sociale. Être le sismophone des changements à venir, à la fois détecteur, porte-voix et acteur. Et surtout, sans jargon, dans un esprit curieux et convivial, réfléchir à l’impact des crises à répétition sur les interprètes, les techniciens, les créateurs – sur toutes ces bonnes volontés coalisées sans lesquelles l’art n’existerait pas.
Tandis que les fronts se durcissent, que les réseaux sociaux nous libèrent autant qu’ils nous enferment dans des bulles cognitives, que la défiance lamine les autorités politiques et scientifiques, que chacun ou presque s’intronise seul maître à bord et que d’aucuns, toute honte bue, n’ont à la bouche que le credo «Tout pour ma gueule, et merde aux autres», il est plus que jamais urgent de s’entendre. Écouter, échanger, inventer, débattre, rire et rêver: n’est-ce pas ce qui, sur l’aile du son, fait la beauté irremplaçable de la radio?
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De septembre 2023 à juin 2024, Midi Bascule est produite en collaboration avec le Service de la culture de Meyrin.