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Or


Alors déjà, d’avance pardon, je suis vraiment désolé de ce qui va suivre, j’aurais vraiment souhaité que l’actualité ne ressemble pas à ça et faire une chronique marrante, un peu légère, tu vois, printanière, bien dans ma vibe naturelle, qui envoie du bon feel good maintenant que les beaux jours reviennent, mais: patatras! Badaboum! Et même saperlipopette! Oui, oui, saperlipopette. Ça me dépasse tellement qu’il n’y a plus que des mots désuets qui puissent encore exprimer pleinement le désarroi dans lequel ça plonge de jeter un œil sur l’actu.
Alors non, je ne vais pas parler d’écologie. Quoique! Si on pousse le raisonnement, c’est pas forcément si éloigné, vu la façon lamentable dont on traite aussi la nature… Non, là, hélas, c’est la façon lamentable dont on traite les femmes dont il s’agit. Et quand je dis on, s’il-vous plaît, désincluez-moi de ce on, je ne veux rien avoir à faire avec ces on qui pullulent de partout, et je me permets également de parler au nom de mon camarade de chronique, Olivier, ici présent.
C’est quand même incroyable!
Cinq ans après MeToo, c’est encore pire! Dans le genre: rien à battre de rien, on se lâche. On est les rois du monde. Alors, tenez-vous bien: jeudi soir, on apprend par des élues de gauche du Grand Conseil vaudois, qui n’en peuvent plus, qu’elles sont régulièrement confrontées de la part d’élus de droite de ce même Grand Conseil vaudois à des propos sexistes du type Les belles plantes, ça s’arrose ou Faites le ménage, au lieu de crier - bon, là, on aura reconnu l’imaginaire UDC - et à des contacts physiques non consentis. Une formule un peu technico-abstraite pour pas dire tripotage, mains baladeuses ou, plus classiquement, main au cul. Mais l’apothéose, c’est le gars de droite qui balance droit dans les yeux à l’élue de gauche: Toi, tu devrais te faire dresser par un mec de droite. Mais quelle misère! Quelle beaufitude XXL! Quel degré zéro de la consistance masculine. Ça fout la honte, ça déshonore les autres mecs que des mecs soient à ce point cons et insipides. Vulgaires et attristants.
Dans la même veine: l’après-midi de ce même jeudi, on apprend qu’une jeune femme irlandaise assure avoir été droguée à son insu par des membres de Rammstein pendant une fête privée avant leur concert à Vilnius, et s’être réveillée avec des ecchymoses sur le corps et quasi aucun souvenir de la soirée. Dénonciation suivie de nombreux autres témoignages sur Twitter de jeunes femmes racontant des faits similaires relatifs à Rammstein. Bon, j’avais viré sans trop de chagrin Noir Désir de ma playlist à l’époque; ça m’avait fait un peu plus mal avec Marilyn Manson, mais là, Rammstein, si cette affaire se confirme, perso c’est un coup dur, mais vu les mœurs dans les backstages des célèbs… Bref.
Ce jeudi toujours, on apprend que l’ex-entraîneur de Swiss Tennis, Yves Allegro, est définitivement condamné par le Tribunal fédéral pour abus sexuel sur une membre de la délégation autrichienne lors d’une réunion d’entraîneurs européens en Estonie en 2014. Ah ben, ça, tennis ou metal, pour le coup, c’est kif-kif.
Bon, je passe sur l’habitante du Petit-Lancy poignardée par son mari de la veille… Là, on est plutôt dans la catégorie féminicide et c’est pas tout-à-fait le sujet…
Je commence vraiment à désespérer de la catégorie de vivant à laquelle j’appartiens, à savoir: l’homme. Mais l’Homme pas au sens générique d’humanité, ah non, ce serait lui faire trop d’honneur. Non, l’homme au sens genré de machin masculin avec bitounette à l’entrecuisse et la pulsion de baise qui lui sautille dans sa cervelle, d’un neurone à l’autre, jusqu’à proliférer et finir par occuper l’intégralité des 100 milliards de neurones que contient pourtant le cerveau humain. Comme s’il pouvait y avoir rien d’autre dans un neurone. Comme si un neurone ça servait qu’à ça, à contenir en 100 milliards d’exemplaires l’idée de tout fourrer. Non, franchement, c’est désespérant. 100 milliards de neurones dans une cervelle de mâle et pour quoi? Pour les dédier à une seule activité cérébrale: l’idée fixe de tremper son col roulé dans de la choune. À n’importe quel prix. N’importe comment. Et, surtout, sans le moindre égard ou considération pour la personne convoitée qui n’est plus réduite ici qu’à la notion de proie.
Non, vraiment, j’ai eu tort de me moquer, la semaine dernière des célibs d’extrême-droite et du site de rencontre spécialisé qui essaie de les faire se mettre ensemble, pour qu’ils soient moins tendus dans la vie et qu’ils se comblent entre eux sexuellement…
Je ne comprends pas. C’est tellement mieux quand c’est consentant. Quand les cœurs vibrent à l’unisson. Ou le simple désir. Consentons-nous les uns les autres bon sang, le reste, c’est vraiment du malheur et de la folie.
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Marie-Eve: Voici venu le moment d’Olivier, notre chroniqueur mi-grizzly pour le caractère, mi-tigre pour la férocité et la souplesse de son style. Les animaux dans l’art, il y a matière à polémique selon toi?
Alors dans l’art, je vais te dire, j’en sais rien. J’ai bien en tête quelques exemples criants de maltraitance animale dans le cinéma d’il y a 50 ou 100 ans, mais bon de toute manière, que pouvait-on attendre de temps anciens où la femelle humaine n’avait pas même le droit de vote? Alors les dauphins ou les clebs, n’en parlons pas, c’était de la chair à pellicule qu’on pouvait sacrifier sans état d’âme. Ben-Hur, en 1959, c’est une centaine de chevaux qui claquent pendant le tournage. Et 20 ans plus tard, le délicieux Cannibal Holocaust donne dans la tortue massacrée et la décapitation d’un singe. À l’écran, pas hors champ! Et sans effets spéciaux, hein. Paraît même que Deodato, le réalisateur de cette atrocité filmique, a jugé bon de faire une seconde prise pour la scène du singe raccourci…
M.-E.: Beurk! Cela dit, ta « femelle humaine » et ta comparaison avec le sort fait aux animaux, je dis beurk aussi, c’est peu élégant…
Oh hé t’abuses là! Tu me disais toi-même qu’en préparant cette émission, tu avais constaté que nous sommes au fond des animaux comme les autres. Et pis faut bien que je soigne ma réputation usurpée de mâle humain bas du front, non? Bref… pour en revenir aux animaux, j’avoue que la polémique se situe à mes yeux ailleurs que dans l’art.
M.-E.: Ah oui? Et où ça donc?
Dans la télépathie animale. Oui, tu as bien entendu. C’est une pratique très sérieuse, on trouve d’ailleurs aujourd’hui sur la Toile une flopée de spécialistes dans ce domaine, qui se décorent du titre mérité d’interprète ou de télépathe animalier. Parfaitement, mérité, n’en déplaise aux sceptiques! C’est vrai quoi, quelle folie que de refuser la parole aux bêtes! Eh oui, même les dindes, même les blaireaux peuvent parler, tenez, regardez les candidats de la téléréalité Love Island… Si c’est pas une preuve, ça.
Alors attention: quand j’évoque la télépathie, je pense à une vraie communication verbale. S’agit pas d’interpréter les ouaf ouaf ou les miaou de votre animal de compagnie, ni de faire comme ces guignols d’éthologues qui, après de longues études, ont la prétention de décoder finement le comportement animal. Pff quels cuistres! Non non non, tout télépathe animalier le sait, et tout le monde peut le savoir en devenant soi-même télépathe après un stage de trois demi-journées facturé une blinde chez l’un des éminents représentants de cette profession: les bêtes sont directement branchées sur la Nature et sont donc en mesure de s’adresser à nous en langage humain. En langage universel, devrais-je dire. Le langage animal, c’est plus fort que l’espéranto ou l’anglais globish: vous pouvez être un interprète animalier francophone qui entrave que dalle à l’allemand, vous comprendrez sans peine ce que la perruche ou le hamster d’Helmut, résident bavarois, veulent vous dire. Et qu’on me soutienne pas que je caricature et que les bébêtes envoient des images et pas des mots. Quand une poule tient un discours charpenté sur la guerre en Ukraine ou qu’un labrador vous conseille de troquer votre job chiant de secrétaire pour ouvrir un food-truck (exemples authentiques, je vous jure), z’allez pas me faire croire qu’ils se font comprendre à l’aide de simples images sans légendes transmises en une sorte de PowerPoint mental! Mais y a plus fort encore: z’avez même pas besoin d’être en présence des bestioles pour télépather à mort avec elles; ça marche aussi sur photo! OK y a parfois quelques couacs, comme le montre le youtubeur G Milgram dans une vidéo consacrée au sujet. Il a envoyé une photo de son lapin, qui était en froid avec son chat, à une interprète animalière, laquelle a retourné une transcription détaillée des pensées du sympathique lagomorphe et a annoncé à son propriétaire qu’une réconciliation avec le chat était tout à fait possible. Alors qu’en fait pas tellement: le lapin était mort et enterré bien avant que G Milgram ne sollicite la télépathe…
Pour ma part, ben j’ai encore des progrès à faire. En télépathie je veux dire. Car j’ai demandé à ma chatte Virgule de me souffler la chute de cette chronique et devinez quoi? Nada, silence radio. Alors soit je suis une brêle et faut vraiment que je vende un rein pour m’offrir un stage en communication animale, soit… y'a une autre hypothèse, horrible celle-ci. J’ose à peine…
M.-E.: Vas-y Olivier, on est prêts à tout entendre.
D’accord, tu l’auras voulu. Est-ce que la télépathie, qu’elle soit humaine ou animale, ce ne serait pas du flan par hasard?
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Né en 1966, Yann Marussich débute sa carrière dans la danse, puis s'intéresse aux arts martiaux, avant de commencer à chorégraphier lui-même ses spectacles. Directeur du Théâtre de l'Usine entre 1993 et 2000, il se consacre ensuite à la performance.
Yann Marussich revient à l'antenne de Midi Bascule sur les œuvres qui l'ont mené à côtoyer des animaux, comme l'Autoportrait d'une fourmillière en 2003. Explorant la thématique de l'immobilité, il s'enferme, allongé et nu, dans une vitrine avec une fourmillière entière. Si elles ne piquent pas, les fourmis le goûtent tout de même, sans agressivité aucune. Une performance éprouvante, tant pour ces multiples morsures que pour le corps immobile qui s'engourdit, qui marque l'artiste aujourd'hui encore. Les fourmis ne l'ont d'ailleurs jamais quitté et il s'en occupe toujours quotidiennement.
Dans L'oeuf du serpent présenté au Festival Antigel en 2011, il s'expose avec un boa 10 jours durant, semblant ainsi aller toujours plus loin dans son travail sur l'immobilité et la souffrance. Il s'approche progressivement de l'animal pour l'apprivoiser, puis parvient à le toucher en travaillant sur sa propre peur, nourrie par celle des spectateurs qui l'observent.
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Nathalie Kuttel est une comédienne renanaise qui a, tout au long de son parcours sur les planches, côtoyé des animaux. Elle est inséparable de Ziva, la chienne qui l'accompagne dans le studio du Forum Meyrin, qui l'a suivie à Buenos Aires, a tourné avec elle dans le film Le procès du chien de Laetitia Dosch et apparaît même dans un clip de Stephan Eicher.
Après avoir étudié au Conservatoire de Genève et à l’école de théâtre des Teintureries, Nathalie Kuttel joue, entre autres, sous la direction d’Emmanuel Pouilly, de Pip Simmons, d'Axel De Booseré et de Denis Maillefer. Elle collabore depuis 2009 avec la Cie Shanju, qui mêle le théâtre, le cirque et l’art équestre. Elle qui se passionne depuis sa plus tendre enfance pour les chevaux et le cirque se forme à ces deux disciplines, puis les enseigne à son tour au sein de la compagnie, en y apportant son expérience théâtrale. La Cie Shanju, c'est plus que de l'équitation pour Nathalie Kuttel, c'est apprendre à vivre avec les animaux, à les connaître et à communiquer avec eux.
Depuis, elle poursuit ce dialogue avec l'animal avec d'autres projets, comme le week-end carte blanche Être bête(s) organisé par Antoine Jaccoud au Théâtre Vidy-Lausanne en 2017. Entre 2020 et 2021, Nathalie Kuttel crée avec Stefan Kaegi et Judith Zagury le spectacle Temple du présent, Solo pour octopus au Théâtre Vidy-Lausanne, puis s'envole pour Buenos AIres où elle travaille sur la relation entre l'Homme et le chien. Elle a récemment joué le rôle d'une éthologue dans le dernier film de Laetitia Dosch, Le procès du chien, en cours de montage à l'heure où Nathalie Kuttel est à l'antenne de Midi Bascule.
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Aujourd’hui, nous nous intéressons au rapport que l'on entretient avec les autres espèces animales. Je dis «les autres», car oui, les être humains sont des animaux. Même si, convaincus de leur suprématie, ils ont parfois tendance à l’oublier. Alors que la planète se réchauffe dangereusement, par notre faute, la sixième extinction de masse est en cours avec la disparition de 75% des espèces.
L’antispécisme a surgi dans le débat et nos habitudes de vie sont remises en cause. Comment ce nouveau paradigme influence-t-il le monde culturel? Comment les artistes parlent des relations inter-espèces et comment iels intègrent l’autre dans leurs oeuvres? Le metteur en scène Rodrigo García a tué beaucoup de homards dans son spectacle Accidens en 2005. Pourrait-il le présenter aujourd’hui? On l'a invité à prendre la parole pour évoquer son œuvre avec nous. Il a refusé.
Vous entrez dans cette émission avec un extrait de Laetitia Dosch: Hate, tentative de duo avec un cheval. La comédienne a travaillé sur la question suivante: est-ce qu’on peut vraiment être l'égal d'un animal? Cette réflexion intéressante a une formulation étrange, quand on y pense bien. Une formulation tout à fait acceptée par la société qui exclut l’humain du règne animal. Cette singularité de langage – que je n’aurais même pas remarquée si je n’avais pas eu cette émission à préparer – m’a rappelé une citation de Georges Orwell:
Tous les animaux sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres.
En studio, pour aborder cette thématique, nous recevons la comédienne et formatrice, Nathalie Kuttel, qui travaille tous les jours avec différentes espèces animales. Dans le courant de l’émission, nous entendons deux autres invités: par téléphone, le performeur Yann Marussich et par messages vocaux, le photographe italien Stefano Unterthiner. Olivier Mottaz et José Lillo apportent leur pierre à l'édifice avec des chroniques qui questionnent la communication entre l'humain et l'animal ou encore le manque d'humanité dont fait trop souvent preuve l'homme.
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Les artistes vivent de leur passion et les soignants suivent leur vocation, paraît-il. Jacqueline Ricciardi ramène sur le devant de la scène la notion de travail, que l'on enlève trop souvent à ces métiers. Elle en sait quelque chose, puisqu'elle lie les deux au sein de ses dernières oeuvres et s'attelle à l'art et le care avec la Cie ENCORE PROD. Tout commence avec une lecture. Mona Chollet et son Chez soi - Une odyssée domestique inspirent Jacqueline Ricciardi à travailler sur l'espace, le dedans et le dehors, premier pas vers une réflexion poussée sur le monde de l'art et son impact sur l'extérieur, sur les autres et leur bien-être.
Lors du Festival GoGoGo en 2021, elle met en place le projet In Situ (n’existais pas). La performance ayant lieu au Théâtre du Grütli pendant la pandémie, les portes du lieu de spectacle se referment, mais le projet les dépasse. Plus actuelle que jamais, la thématique du dedans et du dehors est donc étudiée par visioconférence: Jacqueline Ricciardi s'entretient depuis le théâtre avec les spectateurs confinés. Elle traverse le mur qui sépare artiste et public et remarque rapidement qu'en dehors de l'intérêt porté aux questions explorées, ses interlocuteurs sont reconnaissants du simple déroulement des entretiens. L'écoute et l'échange les réconfortent et les soulagent, ce qui amène l'artiste à envisager l'art comme une forme de care.
Cette idée fait fleurir de nouvelles interrogations, notamment sur la nécessité de l'art, l'importance qu'il occupe hors du cocon du monde artistique, pour le commun des mortels. Jacqueline Ricciardi souhaite s'adresser aux principaux concernés, elle qui a toujours tiré du réconfort de la pratique ou de l'appréciation artistique, et découvrir ce qu'en pensent les autres, les non-initiés, et particulièrement ceux qui gravitent autour du care.
Jacqueline Ricciardi obtient entre juin 2021 et août 2022 deux bourses de la Ville et du Canton de Genève qui lui permettent de créer Who cares (about CARE)?, puis participe en mars 2023 à l'appel à projets Résidences croisées de l'Hospice général de Genève duquel découlera Who cares (about CARE)? – UN PODCAST. Le projet évolue et lui permet d'aller à la rencontre des bénéficiaires et employés du care pour leur demander leur opinion. L'art a-t-il des vertus curatrices? En ont-ils déjà bénéficié? Quelle place a-t-il dans leur vie chargée, parmi les responsabilités multiples et les problèmes à gérer? L'art peut-il prendre soin de tout un chacun ou est-il un luxe? Et avant toute chose, qu'est-ce qu'une oeuvre d'art? Jacqueline Ricciardi écoute les réponses de ses interlocuteurs qui, pour l'occasion, amènent un objet qu'ils considèrent comme artistique: les livres qui surélèvent leurs plantes à la maison, la nature ou même leur propre vie. Une dizaine de rencontres composent le podcast actuellement en cours de création dans les studios de Radio Vostok.
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Émission diffusée sur Radio Vostok en direct du Forum Meyrin, le 26 mai 2023
Pour Michèle Lechevalier, l'art dans un hôpital va au-delà d'une animation ponctuelle ou d'un décor qui donne le sourire. Chargée du Service des affaires culturelles des Hôpitaux Universitaires de Genève, elle est convaincue de l'importance d'une présence culturelle dans cet espace. «L'art au HUG existe depuis plus d'un siècle», explique-t-elle, en référence aux photos qu'elle a retrouvées dans les archives de l'établissement. Datant du début du XIXe siècle, ces images montrent des musiciens jouer dans les couloirs, des peintres décorer les chambres et des expositions habiller les murs.
Aujourd'hui, cette collaboration entre l'art et le monde de la santé se poursuit avec une approche plus transversale. L'artiste fait partie intégrante de certains projets, il ne vient pas uniquement se produire avec l'accord de l'hôpital, mais il travaille avec les équipes pour apporter un regard différend.
L'art fait du bien, Michèle Lechevalier en est persuadée et elle voit la culture comme un outil de communication supplémentaire avec les patients de tout âge qu'il est important d'amener au cœur des soins.
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Salut à toi téméraire audience du basculant midi. Comme tu sais, si tes canaux auditifs frétillent, pris d’une sensation pavlovienne de vent glacé dans les conduits au seul timbre de ma voix, j’ai la très lourde responsabilité au sein de cette émission d’aborder les sujets qui envoient l’audimat en dépression – ce qui tombe franchement assez mal quand la thématique de l’émission du jour c’est: l’art peut-il soigner? Au moins, avec moi, la réponse est claire: c’est non. Au mieux, ma chronique, ça te met tellement bas qu’après ça ton moral ne peut que remonter… Faut voir le bon côté des choses! Même si c’est pas contradictoire, je tente malgré tout de t’arracher un rire pendant que je plonge ton cerveau dans l’effroi.
Alors non, cette semaine je ne vais pas vous parler de Droite au Cœur. Mais oui, voyons, Droite au Cœur, vous savez, le nouveau site de rencontres pour fachos, pardon, pour patriotes – ma langue a fourché - qui sera lancé en juin dans la francophonie. non non, ne ricanez pas, c’est facile de se moquer là, les gauchistes partouzeurs et polyamoureux, mais il y a manifestement une réelle détresse sentimentale et sexuelle à l’extrême-droite. Avec péril d’extrême-célibat, le vieux garçonat menace les grands-remplacés.
Je veux dire, se branler dans des brassards nazis chinés aux puces dans des stands chelous de vieux surplus militaires naphtalinés, ça va un moment…
Mais à passés 40 ans, imagine un peu la détresse de l’âme et du corps, à part l’état lamentable du brassard qui en plus a complètement perdu sa valeur patrimoniale, à force. Puceau et sans aucun espoir de perpétuer sa souche, faute d’avoir rencontré un autre sang pur, ça peut mener à une forme de neurasthénie, mais genre définitive! Et, de là, à l’extinction de la race. Eh oui, rien que ça! C’est quand même une faute politique majeure quand on est un nationaliste convaincu.
Ils sont pas censés se laisser grand-remplacer comme ça, les nationolaux, sont censés copuler eux aussi. Ils sont pas censés que rager sur les réseaux et dans les urnes dans un isolement complet. Bon, en même temps, ça explique le côté amer et aigri avec cette brutalité débordante qu’on constate chez la plupart des extrêmes-droitards, mais évidemment, on comprend qu’ils soient tendus.
Alors Droite au Cœur arrive pile-poil au bon moment dans la bataille de l’échange des fluides inter-partis politiques. Non, c’est vrai. Évidemment, à gauche, on peut pas comprendre ça. À gauche, on est tout le temps fourrés ensemble, hein, c’est vrai, y’a qu’à voir dans le studio - je crois que je ne trahis aucun secret, on est vraiment dans un repère de gauchistes là, on papote, on échange, c’est plein d’opportunités. Et puis, à gauche, ça tourne dans les couples, ça s’échange parmi, ça festoie, ça communautarise, ça zade, ça squatte, ça va en manif, ça se drague, ça fornique en veux-tu en voilà. À gauche, c’est l’embarras du choix…
Non, ce qui irrite l’extrême-droite aussi, c’est qu’à gauche, les écolos se font une fierté de pas faire de gosse alors bon, il y a un abîme entre les sensibilités là. C’est limite de la provocation! Y’a ceux qui voudraient mais qui arrivent même pas à se mettre en couple et puis y’a les gâtés de la baise qui pourraient mais qui en veulent pas. À gauche, maintenant, c’est même faire un gosse qui devient une faute politique. Y’a pas plus à l’extrême opposé que les extrêmes politiques entre elles.
À l’extrême-droite, quand ton kif c’est travail – famille – patrie, que le travail de merde que tu fais te tue à petit feu, que la patrie, tu trouves qu’elle part en sucette depuis qu’il y a l’islamo-gauchisme intersectionnel partout à la télé et que ta seule famille c’est des vieilles VHS de meetings de Lepen ou de Blocher que tes parents t’ont léguées et que tu te repasses en boucle sur un magnéto Hitachi d’avant la sortie en salle de Pour la peau d’un flic de et avec Alain Delon, c’est vrai, y’a de quoi déprimer. Évidemment, tu pourrais demander l’asile politique en Italie ou en Hongrie. Des pays comme ça, ça fait envie, c’est plein de gens comme toi, mais tu serais tout de suite confronté à un problème de cohérence avec toi-même. Tu vas quand même pas abandonner la patrie et devenir migrant pour enfin t’épanouir sexuellement. Et puis pas sûr que l’étranger, ce soit toi là-bas.
Heureusement, Cœur à Droite arrive. Sauf que, je ne voudrais vexer personne, mais le cœur, dans la poitrine, il est à gauche…
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Et oui, aujourd’hui on parle de cul. Alors attention, pas de sexe, mais de fesses, de popotin, de lune, de derrière. Car oui, la thérapie par les fesses, ça existe. Ça s’appelle la Booty Therapy, parce que, comme beaucoup de choses, c’est plus sexy en anglais.
Ça a été inventé en 1996 par la chorégraphe française Maïmouna Coulibaly. Pour profiter des bienfaits de cette thérapie, il suffit de shaker son booty, c’est-à-dire de remuer ses fesses dans tous les sens. Vous allez me dire, où est la thérapie dans tout ça? Et bien tous nos traumas et nos émotions refoulées sont stockés dans nos fesses, donc le fait de les déhancher de manière virulente permet de libérer tout ça et de se sentir allégé. Fini les soucis! C’est donc bien une thérapie par le corps, la danse, le mouvement, la libération et - la grande tendance du moment - le lâcher prise.
Pour se lancer, on s’inscrit à un cours ou un stage de Booty Therapy, pour apprendre les bases. C’est souvent dans un studio de danse ou une salle de sport avec de la musique qui envoie et une prof au taquet. Mais pas trop quand même, contrairement au cours de CrossFit où on se fait gueuler dessus comme des merdes, l’idée c’est de construire un espace sain et sécurisé, entouré de personnes bienveillantes. C’est dans ces cours qu’on ressent la force du collectif. Ensemble on est plus fortes. L’énergie véhiculée par toutes ces fesses qui bougent en simultané permet déjà de se sentir moins bête que chez soi devant la glace, mais aussi de trouver du pouvoir grâce au groupe pour mieux s’affranchir personnellement: en mode thérapie collective.
C’est mieux de faire ça à plusieurs et c’est encore mieux de le faire dans l’espace public. Comme le dit Maïmouna, oui on peut ouvrir les jambes et shaker dans la rue. C’est là où la Booty Therapy devient une démarche politique: remettre le corps des femmes dans la ville. Ça passe par des Flash Mob de Booty Therapy, on sort la grosse sono, les shorts en lycra et on booty-shake à 250 en plein Paris, souvent lors de rassemblements dédiés aux violences sexuelles et sexistes. C’est une thérapie physique qui permet de guérir une partie des violences subies dans la chaire, agressions, viols, excisions, en se réappropriant son corps pour en faire un outil d’émancipation, et non plus un lieu de honte.
Cette pratique s’inspire des danses afro-urbaines et plus particulièrement du Mapouka, une danse de Côte d’Ivoire qui invoque la déesse de la fertilité. Donc ce n'est pas juste un effet de mode, il y a une vraie réflexion derrière qui permet de retrouver sa puissance naturelle. Au-delà du mouvement physique, c’est une philosophie qui permet de mieux appréhender son quotidien avec des valeurs de respect, de sororité et d’empouvoirement.
La Booty Therapy s'adresse à toutes les fesses, petites, moyennes, grosses, plates, bombées, musclées ou dodues. Certains cours sont même accessibles aux hommes. Oui, eux aussi ont des émotions coincées dans les fesses. Libérateur et cathartique, le Booty Shake permet de pousser les cris qu’on a pas eu le droit de pousser avant et de se libérer de toutes les injustices, loin de la famille, des tabous et du politiquement correct.
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Dans le reportage de Lucie Eidenbenz consacré à l’ordonnance muséale - qui permet depuis l’an passé aux médecins de prescrire à leurs patients une visite au musée - on entend Anne-Claire Schumacher, commissaire de l’exposition que le Musée Ariana dédiait en 2022 aux œuvres d’Hubert Crevoisier.
Il paraîtrait que l’art fait du bien. Entendez par là qu’il est bon pour la santé, qu’il permet de la conserver ou de la recouvrer et serait donc pour cette raison tout à fait légitime dans la pharmacopée moderne.
De prime abord, l’idée semble intuitivement plutôt juste. Si l’on prend de la hauteur, difficile en effet de ne pas reconnaître à l’art une fonction vitale: sinon Homo sapiens sapiens ne se serait pas trituré le cervelet pour se mettre, il y a au moins 40'000 ans de cela, à jouer parfois les peintres et les sculpteurs, alors que ses conditions de vie étaient baroques et que chasser, s’abriter et se défendre étaient des nécessités impérieuses pour survivre. Si l’art n’était qu’un hobby superflu, l’évolution ne s’en serait-elle pas débarrassée depuis longtemps?
Tout dépend des formes artistiques en question, me direz-vous. Le dernier album de la chanteuse autotunée à la mode vous file peut-être moins la banane que des envies de meurtre, et toute personne sensée qui tombe sur la rediffusion d’un épisode de Derrick en attrapera sans doute un blues infernal, du genre qui donne envie de creuser un trou et de s’y lover jusqu’à la fin des temps. Toutes les formes d’art n’impliquent pas forcément une avalanche de bienfaits sur le psychisme ou notre état physique.
Mais le problème de la qualité mis à part, sur le fond, sur le principe, n’est-il pas légitime de poser que l’art contribue à ce point à notre épanouissement qu’il faudrait bien in fine lui reconnaître des vertus sanitaires, voire curatives?
Pour en parler, nous avons le plaisir d'échanger avec Michèle Lechevalier, responsable du Service des affaires culturelles aux HUG et Jacqueline Ricciardi au téléphone, performeuse, dramaturge et responsable artistique de la Cie Encore Prod. Des messages vocaux de l’artiste verrier déjà cité Hubert Crevoisier, qui fut également infirmier, parsèment l’émission. Et bien sûr le redoutable tandem constitué de Candice Savoyat et de José Lillo, dont l’écoute des chroniques n’est hélas pas encore remboursée par les assurances maladie.
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En 2020, Radio Vostok, la chaîne indé qui décape les oreilles, et le Théâtre Forum Meyrin, une scène qui porte haut l’étendard du spectacle vivant, créaient Radio Bascule, plateforme de podcasts plus accueillante encore qu’une auberge espagnole. Et comme l’appétit vient en mangeant, il n’était pas question de s’arrêter en si bon chemin. Pourquoi ne pas lancer une émission?
Le rêve se concrétise en 2021. Son ambition? Proposer un espace de réunion et d’échange, à l’heure où la pandémie fait encore planer la menace d’un retour à la distanciation sociale. Être le sismophone des changements à venir, à la fois détecteur, porte-voix et acteur. Et surtout, sans jargon, dans un esprit curieux et convivial, réfléchir à l’impact des crises à répétition sur les interprètes, les techniciens, les créateurs – sur toutes ces bonnes volontés coalisées sans lesquelles l’art n’existerait pas.
Tandis que les fronts se durcissent, que les réseaux sociaux nous libèrent autant qu’ils nous enferment dans des bulles cognitives, que la défiance lamine les autorités politiques et scientifiques, que chacun ou presque s’intronise seul maître à bord et que d’aucuns, toute honte bue, n’ont à la bouche que le credo «Tout pour ma gueule, et merde aux autres», il est plus que jamais urgent de s’entendre. Écouter, échanger, inventer, débattre, rire et rêver: n’est-ce pas ce qui, sur l’aile du son, fait la beauté irremplaçable de la radio?
Midi Bascule, c'est tout cela. Un ensemble choral de reportages, d’interviews, de chroniques, de consignes créatives et de respirations musicales. Sans prétention mais avec cœur – et avec un auditoire que nous espérons considérable!
De septembre 2023 à juin 2024, Midi Bascule est produite en collaboration avec le Service de la culture de Meyrin.