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Or


Un spectacle obsolète
Les feux d'artifice sont de plus en plus critiqués et régulièrement interdits. Leur nombre d’adeptes décroît, que ce soit pour des raisons de nuisances sonores, de pollution ou de protection de la faune et de la flore. Les pièces pyrotechniques étant composées de charbon, de souffre, de salpêtre et de particules fines, il est difficile de faire pire pour le climat.
Une alternative qui divise
Au mois de mai dernier, Genève a connu le plus grand spectacle de drones d’Europe, Feu Ô Lac. Une majorité du public semble conquise : son aspect poétique et sa douceur ont été vantés. Pourtant, des interrogations subsistent quant à l'empreinte écologique de ces machines, leur fabrication, leur entretien ou encore leur durée de vie. Christophe Berthonneau, directeur artistique de Groupe F, a crée le spectacle de drone Feu Ô Lac. Il voit cette nouvelle forme de spectacle aérien comme une possibilité supplémentaire de créer avec la lumière, comme les feux d'artifice ou le mapping. Aujourd'hui, les drones se retrouvent dans les spectacles vivants, les pratiques photo et vidéo, mais aussi dans d'autres milieux : Rachel Maisonneuve se rend chez RigiTech, pour tout savoir sur la fabrication d’un drone de livraison.
D'autres sortes d'œuvres lumineuses
Le Geneva Lux Festival a mis en avant, au début de l’année, la faible consommation des pièces qu’il exposait, comme le Lotus, créé par le designer Alex Burdin-François.
Le collectif SPOT dont l'acronyme signifie en français énergie solaire en tournée, promeut les énergies renouvelables par des créations artistiques. Il présente cette œuvre trois années de suite au centre du Kiosque du Jardin Anglais. Le Lotus y sera à nouveau exposé en janvier 2024. Jennifer Herger et Charles Hieronymi, membres du collectif, expliquent le contexte de création du Lotus, son utilisation de l'énergie accumulée durant la journée et le futur de l'œuvre. Le Lotus symbolise un recentrement, un retour à une connexion entre l'humain et la nature. La lumière et la musique représentent la durée de vie de la plante, ajoutant au matériel un aspect éphémère.
Au bourdonnement des drones et aux faisceaux colorés du Lotus, José Lillo substitue les piaillements et plumes trop parsemées des assurés en Suisse. Cette actualité moins lumineuse, c'est la nouvelle hausse annoncée des primes d'assurance maladie.
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Rencontrer le haïku
Autrice, journaliste et musicienne, Magali Bossi est également chercheuse en littérature à l’Université de Genève. Elle s'est spécialisée dans le haïku, une forme de poème d'origine japonaise. Attirée depuis toujours par la culture du Japon, c'est en voyageant à Osaka qu'elle découvre ces petits poèmes, qu'elle retrouve ensuite lors d'un séminaire donné à l'UNIGE consacré au Haïku en langue française. Intriguée, elle en fait son travail de mémoire, puis sa thèse, soutenue en février 2023. Magali Bossi a récemment remporté le deuxième prix du jury de la finale genevoise Ma thèse en 180 secondes. Un temps réduit pour parler d'une forme littéraire brève, cela demande un long travail de préparation. Elle raconte d'ailleurs les aléas de la rédaction d'une thèse dans le podcast Thèsez-vous! créé lors des ateliers Radio Bascule.
La nature du haïku
Paix du vieil étang.
Ces quelques vers, traduits ici en français, ont été écrits au XVIIe siècle par Matsuo Bashō, auquel est attribuée la naissance du genre. Le haïku cherche à saisir un instant sur le vif, à transcrire l'immédiat et à plonger le lecteur dans la nature. Dix-sept syllabes, souvent réparties en trois vers de cinq, sept et cinq pieds, suffisent à transmettre bon nombre d'idées, de sensations et d'atmosphères. Écrire de la poésie si succincte demande un grand travail des mots, pour choisir le terme exact capable de transcrire le sujet souhaité. Lorsqu'on lit un haïku, on en a une compréhension instinctive très rapide, mais bien plus longue et périlleuse lorsqu'on l'analyse. Ainsi, c'est un exercice complexe de vulgariser une telle recherche :
Une forme poétique qui voyage
Formellement très codifié au départ, le haïku s'est ensuite dispersé dans le monde et a été adapté par de nombreuses plumes et dans plusieurs langues tout au long du XXe siècle jusqu'à nos jours. En littérature française, trois vagues d'inspiration, ou mondialisations, se sont succédées. La première mondialisation débute autour de 1910 et s'étend jusqu'aux années 1940. Le haïku séduit alors par son immédiateté, dépourvue d'éloquence et d'artifices, qui laisse place aux sensations. Les poètes français s'appliquent à répliquer une forme stricte en trois vers de cinq, sept et cinq pieds, traitant de la nature et du quotidien. La seconde mondialisation a lieu entre 1950 et 1980 et marque un changement de voie conséquent dans l'interprétation du haïku. Si le fond semble rester, la structure rigide des pieds est abandonnée au profit d'une liberté de mouvement plus grande. La dernière vague d'inspiration du haïku est toujours en cours et est portée par la démocratisation d'internet, espace d'expression où tout poète en herbe peut s'essayer à l'exercice poétique du haïku.
Aujourd'hui, on trouve même des haïkaï en breton ou en suisse allemand. Comme la pizza, la forme poétique se retrouve partout et a été retravaillée par de nombreuses cultures.
Participant à ce partage du haïku, Magali Bossi anime des ateliers destinés à tous les âges pour se lancer dans la poésie. Le prochain aura lieu le 30 septembre 2023 à la bilbiothèque de la Servette.
Donner le temps à la lecture
Magali Bossi aime les mots et les livres, mais est consciente que tout le monde ne partage pas sa passion. Son conseil pour lire plus ? Contrairement aux amateurs de lecture rapide, elle recommande de prendre son temps pour rentrer en amitié avec un livre : en discuter autour d'un bon café, s'installer confortablement dans le canapé entouré d'un doux plaid et se rassurer, un livre ne mord pas. Pour mieux l'appréhender, il ne faut pas hésiter à toucher l'objet sans le sacraliser, à feuilleter les pages et admirer la couverture. Comme en plongée, il y a différents niveaux à découvrir, qui se déplient page après page.
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C’est la rentrée
Appelons les choses par leur nom
Tout va mourir, tout se meurt
Place à l’ère de l’ébullition mondiale
C’est l’heure du prime time
- Comment fut l’été ?
- Il paraît que Twitter va devenir payant
- Sapere Aude
- Tiens, ça se couvre. Le ciel est noir comme l’abîme. On dirait qu’il va pleuvoir.
J’espère pas comme en Chine
Pluies torrentielles Tempêtes Déluges
Des blessés, des hospitalisés, des noyés, des morts
À Derna, en Libye, deux barrages craquent, libérant un mur d’eau de deux étages, emportant des milliers de personnes en quelques secondes
Du nord au sud de l’est à l’ouest
- C’est beau comme dans un blockbuster hollywoodien.
Sur les réseaux sociaux, j’ai partagé, effaré, la photo d’une majestueuse trombe marine balayant en septembre la côte de l’île d’Eubée, en Grèce.
Lorsque la température de la surface de la mer atteint des valeurs maximales et que les masses d’air froid créent de violents orages alors surgissent et se forment des trombes d’eau vrillées sur elles-mêmes et se hissant au plus haut du ciel.
Les températures de l'Atlantique, de la Méditerranée et de la Manche ont été de 3°C à 5°C au-dessus de la norme.
Simple à comprendre :
Plus l’eau est chaude, plus il y a d’évaporation, plus il y a d’eau disponible dans l’atmosphère et plus les pluies sont intenses et les phénomènes extrêmes.
Sapere Aude.
Il est absolument sans équivoque aucune
-Savez-vous ce que c’est qu’un consensus scientifique ?
- Je connais un influenceur qui…
J’avais tellement de larmes en moi cet été
Au-dessus de la Chine de l’Inde de Hawaï de la Sicile de l’Espagne de la Tunisie
J’aurais voulu pleurer tout ce que j’avais
Au-dessus
La végétation est trop sèche et s’embrase.
Il a fait 52 degrés à Xinjiang
À Hawaï, Lahaina a quasiment été rayée de la carte par l’incendie
Les oliviers millénaires d’Evros brûlent du dedans
C’est la guerre de l’homme contre la nature, si nous la gagnons, nous la perdons
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La lecture rapide, c’est très scolaire comme thème de rentrée non ? Allez, 22 septembre, tu vas apprendre à lire vite. Alors moi je suis dyslexique et astigmate, donc la lecture, de base, c’est pas facile. Quand je lis l’intro, les autres sont déjà à la conclusion. Lire en sautant des pages, en lisant que les voyelles et les mots à 3 syllabes des pages impaires, ok, mais dans ce cas, c’est sûr que je capte rien au bouquin. Pour lire vite sans se fatiguer et en comprenant tout, j’ai une autre solution : l’arpentage.
Quel rapport entre la technique de mesure des superficies des terres développée en Egypte ancienne pour le relevé des surfaces agricoles après les crues du Nil ? Et bien si, il y en a un. Arpenter veut aussi dire parcourir à grands pas un lieu délimité. Et bien là, c’est la même chose, mais avec un livre.
Ça commence fin XIXe siècle, dans les milieux populaires ouvriers. L’idée est simple : se réapproprier un savoir théorique de la classe dominante de manière collective. Imaginez un groupe de mecs qui se partagent un livre, au hasard, le Capital. Et on découpe le livre, littéralement, pas de pitié pour les relieurs. Chaque personne a son petit chapitre et le lit tranquillement. Alternative : on fait ça à voix haute en petits groupes, notamment avec des personnes qui ne savent pas lire. Après ça, on met en commun, dans l’ordre, les passages du livre. À tour de rôle on résume ce qu’on a lu et on raconte ce que ça nous évoque. On pose des questions, on partage des impressions, on assimile le contenu théorique. On renverse les codes : la parole circule à temps égal, il n’y a pas une personne qui délivre son savoir et les autres qui écoutent tranquillement.
Depuis, la méthode s’est transmise dans la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, dans l’éducation populaire, puis dans les milieux autogérés. C’est clair, c’est plutôt un truc de gauche. L’idée, c’est de désacraliser le savoir et l’objet livre. Libérer la parole politique et prendre conscience qu’un problème est partagé. C’est la force du collectif de faire ensemble ce qu’on ne pourrait jamais faire seul.
Par exemple, tu te dis : je vais lire Proust. Tu commences, tu t’endors. Alors que là, tu vas lire des feuilles déchirées dans un bar avec des amis, c’est quand même plus sympa. Après, ça part en discussion façon cercle de parole, chacun parle de sa madeleine et on boit des coups pour oublier. Et là, tu as gagné un an de ta vie et la possibilité de dire ouais, j’ai lu à la recherche. Tu n'as même pas besoin d’acheter le livre ! Tu vas peut-être comprendre pourquoi l’existentialisme est un humanisme, rencontrer l’âme sœur ou des partenaires de manif et repolitiser tes problèmes individuels. Alors on arpente, on se réapproprie l’espace, on est dans l’action, le collectif, on co-construit la transformation sociale. Et surtout, on a plus de temps pour jouer à Candy Crush.
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Pourquoi lire vite ?
Si les grands lecteurs lisent entre 10 et 20 livres par an, les promoteurs de la lecture rapide se targuent de terminer 700 pages en deux heures, voire en 25 à 30 minutes, pour un total de quelques centaines de livres lus par année. Les techniques de lecture rapide ne datent pas d'hier, mais leurs objectifs ont évolué. Auparavant, doubler son rythme personnel semblait suffir, il faut aujourd'hui dévorer la connaissance, sans prendre le temps de la digérer. Les informations pullulent à l'écrit comme à l'écran et, si elles sont bien plus accessibles qu'avant, il faut désormais prendre le temps de les trier pour mieux les comprendre et les intérioriser.
Une forme brève qui prend son temps
Magali Bossi, chercheuse en littérature à l’Université de Genève, s'est spécialisée dans le haïku, une forme de poème d'origine japonaise. Formellement très codifié au départ, le haïku s'est ensuite dispersé dans le monde et a été adapté par de nombreuses plumes et dans plusieurs langues tout au long du 20ème siècle jusqu'à nos jours. Dix-sept syllabes, réparties en trois vers de cinq, sept et cinq pieds, suffisent à transmettre bon nombre de choses, souvent rattachées à une idée d'immédiateté. Cette forme brève attrape des instants sur le vif pour les ancrer sur papier. Mais brièveté rime-t-elle avec rapidité ? Pour l'écriture comme la lecture ou la réception du poème, rien n'est moins sûr.
Démystifier la lecture rapide
G Milgram est un youtubeur de la sphère sceptique et rationaliste. Il a publié il y a quelques mois une vidéo consacrée à la lecture rapide, dans laquelle il interroge les techniques pratiquées. Dans Lecture rapide : les médias gobent l'arnaque, le vidéaste revient sur la petite voix intérieure qui rythme la lecture, les saccades oculaires et les régressions, autant d'attitudes naturelles ou nécessaires à la bonne compréhension d'un texte que les amateurs de lecture rapide s'efforcent de neutraliser. Il s'intéresse à la vision périphérique qui permettrait, en ne fixant que le centre de la page, d'en saisir l'entièreté, ce qui est aisément réfutable en observant l'anatomie humaine. En effet, notre œil ne peut pas saisir avec netteté plus de sept lettres à la fois.
Un vaste sujet qui inspire : Candice Savoyat s'intéresse à l'arpentage, ou comment se réapproprier un savoir théorique de la classe dominante de manière collective, tandis que José Lillo s'inspire du haïku et de sa connexion avec la nature pour livrer un constat amer de l'actualité climatique.
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Marion Duval a reçu le soutien du Label Plus Suisse Romande pour son spectacle intitulé Le spectacle de merde, qui s'est joué au Théâtre Forum Meyrin dans le cadre du festival de La Bâtie. Mettre en scène ses rêves, travailler avec et pour ses ami·e·s ayant choisi un mode de vie alternatif, s’affranchir des codes étriqués du théâtre bourgeois et surtout s’amuser, voici le parti pris de ce spectacle, autoproclamé par provocation « de merde ». Un reportage de Lucie Eidenbenz.
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Un modèle de foyer alternatif
C'était une grande fête permanente, une impulsivité joyeuse.
Poussée par cette envie de vivre différemment et en communauté, elle décide il y a une quinzaine d'années de se lancer, de vivre avec des gens et de construire des projets ensemble. C'est d'abord dans une maison qu'elle s'installe en coopérative, avant d'ajouter une, puis plusieurs roulottes pour agrandir l'espace habitable. Pour continuer à vivre ensemble malgré une maison trop petite, un terrain est trouvé pour installer les roulottes. Aujourd'hui, Maud Faucherre ne vit plus à temps plein en collectif : ça demande beaucoup d'énergie. Malgré ça, elle garde une préférence pour le quotidien en roulotte plutôt qu'en appartement.
Trouver son chemin sur scène
Le clown, une figure alternative
Le clown, c'est celui qui va mettre les pieds dans le plat, qui n'est pas adapté.
Il rate pour exister, il vit pour ses bides, il fait tout à l'envers et c'est sa raison d'être. Être clown à l'hôpital, c'est être en décalage avec le lieu. Si les visites aux enfants se sont aujourd'hui démocratisées, le principe reste en dehors de la norme et explose le cadre du quotidien et du traditionnel :
Je me réjouis qu'il y ait des clowns dans les banques ou à la Migros !
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Marie-Eve : En voici un dont on ne sait pas trop s’il fait partie du clan des alternatifs, des paléobeatniks, des bourgeois canailles ou des plumitifs faméliques, j’ai nommé Olivier bien sûr. Il te revient l’honneur d’ouvrir le bal des chroniques de cette saison 3 et on espère que tu sauras t’en montrer digne !
Tcheu la pression que tu me mets, je me sens tout liquide d’un seul coup. Heureusement que le premier nom que je vais citer aide beaucoup à ne pas se prendre trop au sérieux.
M.-E. : Oh non, tu vas pas encore nous parler de Pierre Maudet !
Mais pas du tout… Où t’es allée chercher ça ? Note bien que dans le genre rebelle en mousse, petit marquis qui se la joue proche du peuple et cynique aux crocs qui rayent le parquet, il se pose là l’ami Pierrot. Mais non, laissons-le pioncer dans sa crypte. Moi, je voudrais poser la question des modèles de comportement, des sources d’inspiration de l’éthique alternative. Je demande donc : qu’est-ce qui fait le bon jules ou la bonne souris alterno ? Allez, en vrac, quelques pistes : le rejet de ce que Pascal appelait les grandeurs d’établissement (les titres honorifiques, tous ces hochets que les puissants aiment agiter sous le nez des gueux) ; l’insoumission aux autorités politiques ; l’insertion dans des circuits économiques parallèles ; l’irrespect, la provocation, le culot ; la critique du civilisé, qui n’est souvent qu’un barbare en costume Prada. Eh bien vous mettez toutes ces qualités dans une colonne, dans une autre vous collez le nom de Diogène, et bingo ! Vous remarquez que ce diable de philosophe antique les cochait à peu près toutes.
M.-E. : Tu fais référence à Diogène de Sinope, c’est ça ? Le représentant le plus célèbre de l’école cynique ?
Oui da ! Diogène, c’est d’abord un look qui fait penser à un festivalier après cinq jours de Paléo sous la flotte. Un infâme manteau lépreux, une besace, un bâton et une grande jarre où crécher. Point barre, rien de superflu. But du philosophe : atteindre au maximum de la liberté et de l’autosuffisance. Et au passage, se payer la tête de ses contemporains, moquer les intellos et congédier les hommes ivres de leur propre gloire. C’est le genre de gars qui mendie, car pas question de s’aliéner à travailler. Qui se balade en plein jour avec une lanterne allumée en disant aux Athéniens ébahis qu’il cherche un homme (entendez : un sage). Qui ridiculise Platon en inventant le lancer de coq déplumé comme argument rhétorique qui tue. Et qui, anecdote la plus fameuse à son sujet, envoie un jour paître Alexandre le Grand himself. Imaginez : le conquérant s’approche de Diogène qui bulle dans sa jarre et lui demande ce qu’il désire. Réplique du philosophe : ben ôte-toi de mon soleil, grand sac, j’ai déjà tout ce qu’il me faut et tu me fais de l’ombre. (Seul le début est authentique hein, pour la suite j’ai brodé.)
En résumé, il y avait du punk chez cet homme-là, du voyou, de l’alterno pur sucre, on peut dire qu’il avait du chien – ce qui est, comme les choses sont bien faites, justement la racine étymologique du terme cynique. Arrivé à ce stade, j’ai envie d’aboyer par contre.
M.-E. : Mais qu’est-ce qui te met les nerfs en pelote, Olivier ?
Eh bien de voir que dans la grande lessiveuse contemporaine, les codes du cynisme sont désormais recyclés et appliqués par ceux qui devraient en être la cible ! Aujourd’hui, c’est un Nicolas le Petit (l’ex-président là, l’amateur de Rolex et de chanteuses à voix) qui donne du Casse-toi pauv’ con à un citoyen. C’est un Micron Ier qui cajole les premiers de cordée et vilipende ceux qui ne sont rien et n’auraient qu’à traverser la rue pour dégoter un taf de misère. Et même chez nous, les politiques font assaut de cynisme ! Les prix d’à peu près tout explosent ? Mais c’est facile les pauvres, arrêtez de chouiner : suffit de mettre un couvercle sur l’eau des pâtes, suffit de prendre une douche à plusieurs, suffit d’opter pour une franchise plus élevée ou de changer une énième fois de caisse en espérant ne pas, ne jamais tomber malade. Merci Guy, Karin, Viola et les autres. Non mais vous êtes sérieux au Conseil fédéral ? En fait, parmi les sept nains, y'en a un seul qui a les épaules pour faire un vrai bon cynique moderne et pas une espèce de cuistre confit de vulgarité.
M.-E. : Et qui est ce philosophe qui s’ignore ?
Oh il se reconnaîtra. Lui, son job, il s’en cogne, il est déjà parti dans sa tête. Il soigne sa dégaine de bad boy à coups de panama, de havane, de boa fuchsia et de canette de bière, il fait le zazou sur un char à la Street Parade, quand il s’amuse pas à jouer le pirate de l’air en violant l’espace aérien français aux manettes de son coucou. Alain, t’es un vrai modèle pour tous les alternatifs. Par contre sois gentil et décale-toi un chouïa, parce qu’avec ton chapeau, ton avion et tes frasques, tu fais de l’ombre et tu nous empêches de profiter du soleil.
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Recycler pour créer
Expérimenter avec le fond comme la forme
En concert, je sortais une carte de voeux musicale achetée en papeterie !
Il explore avec les outils qu'il rencontre et enregistre ses créations. Ces dernières suivent parfois le chemin de l'expérimentation emprunté avec les instruments, comme en témoigne son album de jazz improvisé One Year Off, enregistré en 2018 et sorti en 2020. Le terme lutherie sauvage lui vient de Max Vandervorst, qui la définit depuis 1988 comme une musicothérapie pour objets abandonnés. Mais les origines de la pratique remontent à plus loin et celle-ci se retrouve à différents endroits du globe :
Ce n'est pas nouveau. Ça se pratique depuis des lustres dans d'autres cultures, notamment en Afrique de l'Ouest.
Jouer ensemble à son rythme
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Être alterno aujourd'hui à Genève
Certaines choisissent d’habiter en collectivité ou en roulotte, d’aucuns élaborent des festivals qui offrent au public une expérience différente. La rebelle attitude concerne autant sa façon de consommer que celle de gérer ses relations : elle touche la vie dans son ensemble. Dans les années 80, Genève était la ville la plus squattée d’Europe. Cette époque est révolue mais des lieux autogérés existent toujours. Il y a les anciens, comme l’Usine ou la Cave 12 – qui malgré son changement d’espace a survécu – ou les nouveaux comme la Gravière ou le Motel Campo. Mais attention, ne devient pas underground qui veut ! Il ne suffit pas de quelques palettes ou de vieux meubles pour gagner cette appellation. Certaines enseignes, surfant sur l’effet de mode, ont adopté une esthétique sauvage et se retrouvent simplement avec une étiquette de bobo.
Vivre et créer hors des normes
La comédienne et clown Maud Faucherre a grandi dans une coopérative, une grande famille qui dépasse les frontières de la cellule familiale traditionnelle. En quête de liberté, elle fréquente ensuite les squats, qui lui donnent le sentiment qu'il y a une place pour chacun. Poussée par cette envie de vivre différemment et en communauté, elle décide il y a une quinzaine d'années de se lancer et emménage dans une roulotte.
Guitariste, violoncelliste, compositeur et enseignant de musique, Andreas Fulgosi a plus d'une corde à son luth. Il a co-fondé et anime avec Alexandra Tundo des ateliers qui permettent de créer un instrument de musique avec des objets recyclés, tels que des tuyaux d’arrosage ou des roues de vélo cassées. C'est ce qu'il appelle la lutherie sauvage.
Lucie Eidenbenz se promène dans les coulisses du Spectacle de merde de Marion Duval, joué entre le 13 et le 16 septembre 2023 au Festival La Bâtie. Cette dernière le définit comme le spectacle d'une communauté, celle de ses amis punks. Quant à Olivier Mottaz, il se penche sur la figure du cynique, en revenant à l'un de ses plus illustres représentants, Diogène de Sinope. Autant d'approches qui permettent d'explorer ces vies alternatives et punkeries artistiques.
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From the publisher's feed
En 2020, Radio Vostok, la chaîne indé qui décape les oreilles, et le Théâtre Forum Meyrin, une scène qui porte haut l’étendard du spectacle vivant, créaient Radio Bascule, plateforme de podcasts plus accueillante encore qu’une auberge espagnole. Et comme l’appétit vient en mangeant, il n’était pas question de s’arrêter en si bon chemin. Pourquoi ne pas lancer une émission?
Le rêve se concrétise en 2021. Son ambition? Proposer un espace de réunion et d’échange, à l’heure où la pandémie fait encore planer la menace d’un retour à la distanciation sociale. Être le sismophone des changements à venir, à la fois détecteur, porte-voix et acteur. Et surtout, sans jargon, dans un esprit curieux et convivial, réfléchir à l’impact des crises à répétition sur les interprètes, les techniciens, les créateurs – sur toutes ces bonnes volontés coalisées sans lesquelles l’art n’existerait pas.
Tandis que les fronts se durcissent, que les réseaux sociaux nous libèrent autant qu’ils nous enferment dans des bulles cognitives, que la défiance lamine les autorités politiques et scientifiques, que chacun ou presque s’intronise seul maître à bord et que d’aucuns, toute honte bue, n’ont à la bouche que le credo «Tout pour ma gueule, et merde aux autres», il est plus que jamais urgent de s’entendre. Écouter, échanger, inventer, débattre, rire et rêver: n’est-ce pas ce qui, sur l’aile du son, fait la beauté irremplaçable de la radio?
Midi Bascule, c'est tout cela. Un ensemble choral de reportages, d’interviews, de chroniques, de consignes créatives et de respirations musicales. Sans prétention mais avec cœur – et avec un auditoire que nous espérons considérable!
De septembre 2023 à juin 2024, Midi Bascule est produite en collaboration avec le Service de la culture de Meyrin.