Minuit dans le siècle

Minuit dans le siècle

By Ugo PalhetaSociety & CultureScience
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Minuit dans le siècle episodes

  • Aux sources du vote FN/RN (2) : concurrences et solidarités dans les campagnes en déclin
    Il faut évidemment refuser le discours dominant selon lequel les classes populaires seraient passées à l'extrême droite. Tenu aussi bien par des néolibéraux que par des idéologues ou des politiciens proches du FN/RN, ce discours valide les prétentions de ce parti : être devenu le parti du peuple, des ouvriers, des gens "modestes", de la classe travailleuse. Du côté du pouvoir néolibéral et de ses porte-voix, il s'agit - dans un mépris de classe évident - de renvoyer les classes populaires à une forme d'incompétence culturelle et de déviance politique : le peuple serait prompt à succomber comme un seul homme à l'autoritarisme et au racisme (alors même que c'est un gouvernement néolibéral qui mène actuellement des politiques autoritaires, anti-migrant·es et islamophobes). Pour autant, on ne devrait pas faire l'autruche en prétendant que les classes populaires seraient allergiques à l'extrême droite : il y a des franges de ces classes et des territoires populaires dans lesquels on vote assez largement - ce qui ne veut pas dire unanimement - pour le FN/RN. Il n'y a pourtant pas grand-chose de "social" dans le programme du FN/RN, et encore moins de propositions qui amélioreraient nettement les conditions de vie des classes populaires. Il importe donc d'interroger les logiques sociales qui conduisent malgré tout à voter à l'extrême droite. C'est de ces logiques dont on discute dans cet épisode avec le sociologue Benoît Coquard, spécialiste des classes populaires rurales et auteur d'un livre marquant il y a quelques années, "Ceux qui restent" (éditions La Découverte), où il relate une enquête par immersion et de long terme dans ce qu'il nomme les campagnes en déclin. Ayant rencontré en chemin la question de la politisation et du vote, sa recherche permet de comprendre comment, dans des territoires ruraux désindustrialisés, la politisation se construit en grande partie dans le cadre des "bandes de potes", c'est-à-dire dans les formes de solidarité qui naissent et s'entretiennent en bonne partie pour résister à la précarisation, à la montée des concurrences et des incertitudes, ou encore dans les processus de construction des masculinités ou de marginalisation des femmes (sur le marché du travail ou dans les sociabilités). C'est tout cela, sur fond de légitimation du racisme et de stigmatisation des "assistés" dans l'espace public, qui conduit concrètement à rendre l'extrême droite quasi-hégémonique dans certains territoires populaires, à amener certain·es à penser que voter pour le FN/RN c'est se ranger du côté des "gens biens".
    1 hr 19 min
  • Inde : que veulent Modi et les ultranationalistes hindous ?
    Narendra Modi et les ultranationalistes hindous sont au pouvoir depuis 2014, et ils aspirent à s'y maintenir en gagnant les prochaines élections législatives qui auront lieu en 2024. Mais cette mouvance n'est pas réductible à Modi et à son parti le BJP : celui-ci est l'incarnation sur le terrain politico-électoral d'une organisation : le RSS, l'Organisation des Volontaires nationaux. Créé dès les années 1920 sur le modèle notamment des fascismes européens, ce mouvement de masse est largement implanté dans la société indienne et extrêmement ramifié, puisqu'il a engendré au cours du 20e siècle un vaste réseau d’organisations satellites (réseau que l’on nomme le « Sangh Parivar ») : des organisations culturelles et religieuses comme le VHP (qui signifie en français le Conseil hindou mondial), des organisations de jeunes, de femmes, syndicales, d’éducation populaire, des think tanks, des coopératives, des médias, mais aussi des milices et le BJP qui en constitue une sorte de front politique et de vitrine électorale. C'est sur ce mouvement, son histoire et son idéologie, ses objectifs et son mode de fonctionnement, que nous revenons dans cet épisode avec le chercheur Christophe Jaffrelot, l'un des plus grands spécialistes au niveau mondial de l'extrême droite indienne et auteur de nombreux livres sur cette question, en particulier "L’Inde de Modi. National-populisme et démocratique ethnique" (publié en 2019 aux éditions Fayard).
    1 hr 25 min
  • Nazis dans la rue, RN à l’Assemblée : c’est toute l’extrême droite qu’il faut combattre
    Nouvel épisode de "Minuit dans le siècle", court et sans invité, pour aborder un point qui a beaucoup agité les médias ces dernières semaines : les agissements de la mouvance dite "ultra-droite". Attaque contre le maire de Saint-Brévin, défilé dans Paris le 6 mai, colloque de l'Action française, hommage à Dominique Venner organisé par l'Institut Iliade, marche aux flambeaux à Annecy, etc., les militants néofascistes, royalistes et ultra-réactionnaires sont à l'offensive. J'essaie dans cet épisode d'expliquer pourquoi cette catégorie d'ultra-droite est une mauvaise piste, en montrant qu'il s'agit plutôt de la frange extraparlementaire et militante d'une extrême droite qui a aussi une branche institutionnelle (le RN), avec laquelle elle partage une vision du monde. Je tente également de donner quelques éléments de compréhension concernant les fonctions de l'extrême droite extraparlementaire, et d'avancer enfin des pistes sur la riposte en abordant la question qui fâche : faut-il soutenir des dissolutions et des interdictions ?
    21 min
  • Retraites : le FN/RN de Marine Le Pen, l’autre parti du capital
    Le Front national devenu récemment Rassemblement national (FN/RN) a indéniablement conquis une frange de l'électorat populaire au cours des quatre dernières décennies. Pour autant, défend-il un programme favorable aux intérêts matériels des classes populaires ? Pas le moins du monde, comme on le montre dans cet épisode avec l'économiste Denis Durand. Après avoir promu des politiques violemment néolibérales pendant les deux premières décennies de son histoire, il défend depuis - avec des évolutions selon l'actualité - une variété particulière de néolibéralisme : hostile au droit de grève et aux syndicats, à la cotisation sociale (donc à la protection sociale) et aux fonctionnaires (donc aux services publics). Plus fondamentalement, le FN/RN se situe dans la continuité de toutes les idéologies d'extrême droite : en défense des hiérarchies supposées naturelles (dont la domination du patron sur les travailleur·ses) et de la liberté des capitalistes d'exploiter sans entraves (sous le faux nez de la "libre entreprise"), contre la fiscalité progressive et l'imposition forte des bénéfices des entreprises, etc. Et contrairement à une idée reçue le FN/RN ne défend nullement la retraite à 60 ans pour tou·tes à taux plein. Loin de là d'ailleurs puisqu'au vu de ses propositions, certain·es devraient attendre 67 ans pour toucher une retraite pleine. S'il prétend ainsi soutenir la mobilisation actuelle qui s'oppose à la contre-réforme des retraites, espérant profiter de l'hostilité à Macron pour se poser en alternative crédible et populaire, il n'a cessé de s'opposer au mouvement réel, notamment en dénonçant la grève reconductible et en défendant les innombrables violences policières contre les manifestant·es.
    39 min
  • Face à la progression des forces ouvrières, le nazisme fut une contre-révolution
    90 ans après l'arrivée de Hitler au pouvoir, le 30 janvier 1933, ce nouvel épisode de "Minuit dans le siècle" revient sur un moment historique un peu oublié mais qui contribua à électriser contre lui les forces nationalistes allemandes (dont les nazis constituaient la frange la plus extrême) : l'instauration de la République en novembre 1918, l'émergence de conseils d'ouvriers et de soldats partout dans le pays, et la possibilité réelle d'une révolution communiste. Avec l'historien Jean-Numa Ducange, autour de son livre récent "La République ensanglantée" (paru aux éditions Armand Colin), on discute également du cas autrichien, qui vit le parti socialiste le plus puissant au monde conquérir la capitale, Vienne, et la gouverner pendant plus d'une quinzaine d'années, puis être vaincu militairement par ce qu'on nomma l'austrofascisme. On essaie ainsi de comprendre comment les mouvements ouvriers les mieux organisés et les plus imposants au monde ont pu être défaits - sans combattre véritablement dans le cas allemand - par différentes variétés du fascisme, en rappelant l'origine et l'ampleur des sectarismes croisés entre socialistes et communistes qui les empêchèrent de bâtir un front uni face au danger mortel qu'ils affrontaient. Cet épisode permet ainsi d'aborder certains des débats stratégiques centraux pour l'antifascisme d'hier, mais aussi d'aujourd'hui.
    1 hr 8 min
  • Trajectoires du fascisme en Turquie
    Le meurtre récent en plein Paris de trois membres de la communauté kurde, ainsi que la grande manifestation en l’honneur de Fidan Doğan, Sakine Cansız et Leyla Söylemez, trois militantes du mouvement kurde assassinées il y a dix ans à Paris également, réclamant qu’enfin justice soit faite, est venue rappeler la brutalité de la persécution que subissent les populations kurdes en Turquie, de la part du régime de Recep Tayyip Erdoğan, mais aussi des mouvements d’extrême droite. Avec Emre Öngün, militant franco-turc et docteur en science politique, nous revenons dans ce nouvel épisode sur les trajectoires du fascisme en Turquie. Celui-ci est principalement incarné, depuis près d’un demi-siècle, par une organisation : le MHP (parfois connu à travers son symbole, le « loup gris »). Mais il trouve ses racines intellectuelles chez Nihâl Atsiz, un écrivain qui fut proche du nazisme et qui élabora les principaux fondements idéologiques du fascisme turc. Le MHP est depuis 2015 un allié d'Erdoğan, qui se trouve lui-même engagé depuis une dizaine d'années dans un processus de fascisation marqué par une répression féroce des mouvements kurdes, l'enfermement de milliers de militant·es (notamment du HDP), la suppression de nombreux médias indépendants du pouvoir, le licenciement de centaines de milliers d'employé·es de la fonction publique n'ayant rien à voir avec la tentative de coup d'État, et plus profondément la concentration des pouvoirs dans les mains du chef, la soumission de la justice, etc. Ainsi se nouent au sein du pouvoir turc une droite conservatrice en voie de fascisation et une extrême droite fasciste ancrée dans l'histoire du pays.
    1 hr 12 min
  • L’ère des rebelles réactionnaires ? Plongée au coeur de l’extrémisation des droites
    On invoque souvent, à raison, le déclin des gauches et du mouvement ouvrier pour expliquer la montée des extrêmes droites. Mais on ne devrait pas sous-estimer ce qui se joue depuis au moins dix ans du côté des droites traditionnelles - libérales ou conservatrices - et de leurs électorats. Après tout, Trump et le trumpisme sont apparus dans l'orbite du Parti Républicain, sur un terrain préparé par le Tea-Party, des franges de la droite radicalisées par l'arrivée au pouvoir de Barack Obama. On voyait ainsi déjà progresser ce qui se présentait comme une "droite alternative" (alt-right). Ce qui était alors embryonnaire s'est développé et a fait de Trump, Bolsonaro ou Orbán les leaders d'un combat contre le mal : un cosmopolitisme progressiste qui chercherait à détruire tous les fondements de l'ordre traditionnel. Avec Pablo Stefanoni, auteur récent du livre "La rébellion est-elle passée à droite ?" (éd. La Découverte), c'est à comprendre ces dynamiques politiques et culturelles, qui pourraient bien devenir centrales au sein des droites à l'échelle mondiale, que nous nous consacrons dans cet épisode.
    1 hr 10 min
  • Au coeur du nouveau militantisme féminin d’extrême droite
    On n'a sans doute pas assez insisté sur le rôle de la Manif pour tous, en France, dans le renouveau des extrêmes droites, dans la radicalisation de franges de la droite conservatrice mais aussi dans la stimulation d'un nouveau militantisme féminin ancré dans la sphère des droites radicales, identitaires et néofascistes. Dans ce nouvel épisode, on discute avec Magali Della Sudda de cette question à partir de son dernier livre, intitulé "Les nouvelles femmes de droite" et paru aux éditions Hors d'atteinte. On y évoque la création de nouveaux collectifs féminins, le socle éthique et politique qui les unit mais aussi les clivages qui les séparent, notamment entre antiféminisme et "féminisme identitaire". On revient sur les trajectoires, les propriétés sociales et les aspirations politiques de ces femmes - généralement jeunes - qui font le choix de militer dans ces collectifs. On parle enfin des nouvelles stratégies, communicationnelles et militantes, qu'elles mettent en oeuvre et la manière dont elles contribuent ainsi à la bataille culturelle.
    1 hr 11 min
  • Aux sources du vote FN/RN (1) : la fabrique d’un "peuple de droite"
    Dans ce nouvel épisode, on discute avec la sociologue Violaine Girard du vote pour l'extrême droite mais sous un angle un peu inhabituel : celui des politiques industrielles et d'aménagement urbain qui ont contribué à façonner un "peuple de droite". Dans son livre "Le vote FN au village" (éd. Le Croquant), elle montre en effet à quel point le vote pour le FN/RN doit être lu en lien avec ce qui se joue au travail mais aussi dans l'espace résidentiel. Elle insiste également sur le fait que les pouvoirs publics ont façonné une classe ouvrière conservatrice en implantant de nouvelles industries dans des territoires marqués par une faiblesse des solidarités collectives (notamment syndicales), mais ont aussi mené - sans le dire - des politiques de peuplement visant à construire ou maintenir un entre-soi blanc.
    Si l'éloge de la "valeur travail" et de la "méritocratie" mais aussi la stigmatisation des "assistés", de l'immigration et des quartiers populaires avaient permis à Nicolas Sarkozy de s'attirer les votes d'une partie des travailleurs·ses de ces territoires, la déception et la défiance vis-à-vis des élites politiques traditionnelles les a fait pencher largement depuis vers Marine Le Pen et l'extrême droite. On voit donc moins ici le basculement des classes populaires de la gauche vers l'extrême droite que la radicalisation d'un "peuple de droite", dans un contexte de montée des concurrences sur le marché du travail et dans l'espace résidentiel.
    59 min
  • Fratelli d’Italia : qui sont les néofascistes aux portes du pouvoir ?
    Le parti Fratelli d'Italia caracole en tête des sondages d'opinion pour les élections qui doivent se dérouler dans quelques jours. Giorgia Meloni, sa présidente et principale figure publique, pourrait ainsi prendre la tête d'une coalition des droites - avec Forza Italia de Silvio Berlusconi et la Lega de Matteo Salvini - et diriger le prochain gouvernement italien. Ce n'est pas la première fois que l'extrême droite figurerait dans un gouvernement, notamment en Italie, mais c'est la première fois qu'elle dominerait une coalition au pouvoir dans un des principales puissances capitalistes européennes. Avec David Broder, responsable éditorial de la revue Jacobin et historien spécialiste de l'Italie, nous revenons sur les origines, le projet et la stratégie de Fratelli d'Italia, et nous tentons de comprendre comment ce parti peut être actuellement la force dominante dans le champ politique italien. Nous nous interrogeons enfin sur ce qui pourrait déboucher d'une telle expérience, dans un pays où la gauche semble désespérément incapable de renouer un lien avec les classes populaires et d'entraver l'ascension des néofascistes.
    1 hr 12 min

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Tous les quinze jours, Ugo Palheta décortique le fascisme, non par fascination morbide pour les pires tendances de notre monde, mais pour regarder en face le danger, sans jamais séparer cette exploration de la lutte pour un autre monde.

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