Mission encre noire

Mission encre noire

By CHOQ.caArtsBooks
Download on the App Store

Mission encre noire episodes

  • Émission du 25 mai 2021

    Mission encre noire Tome 31 Chapitre 359. Josée Yvon: Danseuses-mamelouk paru en 2020 aux éditions Les Herbes rouges, Travesties-kamikaze paru en 2019 aux éditions Les Herbes rouges, Maîtresses-cherokees paru en 2021 aux éditions Les Herbes rouges. L'oeuvre de Josée Yvon paraît aux herbes rouges en 1976, avec son premier livre, Filles-commandos bandées, suivi de peu par Travesties-kamikaze. Depuis le réédition des trois premiers volumes de son oeuvre, le nom d'Yvon revient plus souvent comme une référence incontournable pour toute une nouvelle génération d'écrivaines au Québec. je vous propose de partir à la rencontre de Josée Yvon, dont les mots sont restés longtemps introuvables en librairie et en bibliothèque. Denis Vanier, son compagnon durant dix huit ans dit d’elle en postface de Danseuses-Mamelouk:«une des voix les plus lucide d’Amérique comme un film de monstres, de bowling et parfum/c’est une fille d’en dedans/de folie sauvage; une écriture dangereuse/comme un gun dans le corps bandé du silence.» Pour nous parler de la «fée des étoiles », à travers la réédition de ces trois recueils, je reçois la directrice des éditions Les Herbes rouges Roxanne Desjardins, à Mission encre noire.

    Extrait:«mais nous nous sommes le désir/nos vieilles femmes défient le rhéostat des veines/font bander toutes les cicatrices/et se parlent à l'orifice des corps./notre folie n'annule pas l'efficacité du scandale/les buveurs dartre à la frontière des os/pissent la danseuse/off de leur tête/encerclées aux morsures de la Menterie/il faut s'habituer à partir tous les jours./les petites filles bandées dangereuses/sèment la mort sur l'autoroute.»

    Tisser de Jean-Luc Raharimanana paru en 2021 aux éditions Mémoire d'encrier. Au commencement il y eu Ralanitra le ciel, le principe mâle, qui créa les étoiles et la terre: Ratany, le principe femelle. Une terre sans vie informe. Ainsi débute le mythe malgache qui modèle la naissance de notre monde. Une mythologie millénaire qui se présente ici à nous, dans un formidable texte entre fable et philosophie qui se décline par delà les époques, à travers la voix d’un ancêtre, un enfant mort-né, qui va nous raconter la genèse de l'humanité comme vous ne l’avez certainement jamais lu. Traversée et brisée par l’esclavage, la colonisation et la mondialisation, cette parole empreinte aux mythes fondateurs anciens une trame qui sert de boussole à cette voix. Cet esprit qui s’adresse à nous est le fil qui tisse le récit de ce livre étonnant. Issue du continent africain et de multiples autres influences, on le trouve dans toutes les langues, dans les proverbes, les contes, les littératures, le jazz, la peinture. Contre toute attente, les mythes anciens pourraient nous communiquer un moyen de déconstruire nos absurdités collectives pour reconstruire le monde autrement. Je vous propose de partir à la rencontre d’un imaginaire renversant qui se donne à lire comme fibres à tisser d'une autre humanité possible. Je reçois Jean-Luc Raharimanana, ce soir à Mission encre noire.

    Extrait:« Depuis trop longtemps, la pensée africaine est phagocytée, avalée, presque digérée. Mais cette pensée n'est pas morte. Elle est dans les langues, dans les proverbes, contes,mythes, littératures, musiques, peintures, dans les arts, dans l'artisanat, dans les rites d'initiation, dans les philosophies et autres visions du monde qu irriguent les cérémonies, les folklores, les liens familiaux, sociaux, etc. Les siècles de domination successive empêchent un libre récit des relations avec le monde, mais ces temps n'ont pas à vrai dire pu effacer ce récit de la société des Vivants. L'Afrique est là, l'Afrique est en nous, elle est aussi en les autres, dans le jazz et dans la musique moderne, dans la peinture, dans l'alimentation, dans l'imaginaire, dans le sang même de l'humanité. Elle a à célébrer cette résilience, à comprendre comment ses enfants, pour survivre, ont dû investir l'Autre et s'y déposer intacts. car si l'oppresseur porte atteinte à la victime, il n'en sort pas indemne non plus, la teinture ne choisit pas forcément qui colorer quand divers tissus se mêlent et s'emmêlent.»

     

    1 hr
  • Émission du 25 mai 2021
    Mission encre noire Tome 31 Chapitre 359. Josée Yvon: Danseuses-mamelouk paru en 2020 aux éditions Les Herbes rouges, Travesties-kamikaze paru en 2019 aux éditions Les Herbes rouges, Maîtresses-cherokees paru en 2021 aux éditions Les Herbes rouges. L'oeuvre de Josée Yvon paraît aux herbes rouges en 1976, avec son premier livre, Filles-commandos bandées, suivi de peu par Travesties-kamikaze. Depuis le réédition des trois premiers volumes de son oeuvre, le nom d'Yvon revient plus souvent comme une référence incontournable pour toute une nouvelle génération d'écrivaines au Québec. je vous propose de partir à la rencontre de Josée Yvon, dont les mots sont restés longtemps introuvables en librairie et en bibliothèque. Denis Vanier, son compagnon durant dix huit ans dit d’elle en postface de Danseuses-Mamelouk:«une des voix les plus lucide d’Amérique comme un film de monstres, de bowling et parfum/c’est une fille d’en dedans/de folie sauvage; une écriture dangereuse/comme un gun dans le corps bandé du silence.» Pour nous parler de la «fée des étoiles », à travers la réédition de ces trois recueils, je reçois la directrice des éditions Les Herbes rouges Roxanne Desjardins, à Mission encre noire.
    Extrait:«mais nous nous sommes le désir/nos vieilles femmes défient le rhéostat des veines/font bander toutes les cicatrices/et se parlent à l'orifice des corps./notre folie n'annule pas l'efficacité du scandale/les buveurs dartre à la frontière des os/pissent la danseuse/off de leur tête/encerclées aux morsures de la Menterie/il faut s'habituer à partir tous les jours./les petites filles bandées dangereuses/sèment la mort sur l'autoroute.»
    Tisser de Jean-Luc Raharimanana paru en 2021 aux éditions Mémoire d'encrier. Au commencement il y eu Ralanitra le ciel, le principe mâle, qui créa les étoiles et la terre: Ratany, le principe femelle. Une terre sans vie informe. Ainsi débute le mythe malgache qui modèle la naissance de notre monde. Une mythologie millénaire qui se présente ici à nous, dans un formidable texte entre fable et philosophie qui se décline par delà les époques, à travers la voix d’un ancêtre, un enfant mort-né, qui va nous raconter la genèse de l'humanité comme vous ne l’avez certainement jamais lu. Traversée et brisée par l’esclavage, la colonisation et la mondialisation, cette parole empreinte aux mythes fondateurs anciens une trame qui sert de boussole à cette voix. Cet esprit qui s’adresse à nous est le fil qui tisse le récit de ce livre étonnant. Issue du continent africain et de multiples autres influences, on le trouve dans toutes les langues, dans les proverbes, les contes, les littératures, le jazz, la peinture. Contre toute attente, les mythes anciens pourraient nous communiquer un moyen de déconstruire nos absurdités collectives pour reconstruire le monde autrement. Je vous propose de partir à la rencontre d’un imaginaire renversant qui se donne à lire comme fibres à tisser d'une autre humanité possible. Je reçois Jean-Luc Raharimanana, ce soir à Mission encre noire.
    Extrait:« Depuis trop longtemps, la pensée africaine est phagocytée, avalée, presque digérée. Mais cette pensée n'est pas morte. Elle est dans les langues, dans les proverbes, contes,mythes, littératures, musiques, peintures, dans les arts, dans l'artisanat, dans les rites d'initiation, dans les philosophies et autres visions du monde qu irriguent les cérémonies, les folklores, les liens familiaux, sociaux, etc. Les siècles de domination successive empêchent un libre récit des relations avec le monde, mais ces temps n'ont pas à vrai dire pu effacer ce récit de la société des Vivants. L'Afrique est là, l'Afrique est en nous, elle est aussi en les autres, dans le jazz et dans la musique moderne, dans la peinture, dans l'alimentation, dans l'imaginaire, dans le sang même de l'humanité. Elle a à célébrer cette résilience, à comprendre comment ses enfants, pour survivre, ont dû investir l'Autre et s'y déposer intacts. car si l'oppresseur porte atteinte à la victime, il n'en sort pas indemne non plus, la teinture ne choisit pas forcément qui colorer quand divers tissus se mêlent et s'emmêlent.»
    0 min
  • Émission du 11 mai 2021

    Mission encre noire Tome 31 Chapitre 358. La désidérata par Marie-Hélène Poitras paru en 2021 aux éditions Alto. Alouette, gentille alouette, Alouette, je te plumerai. Aliénor sourit malicieusement, elle a soif de justice. Depuis le bois, elle observe le domaine de Malmaison, elle, qui fait jaillir la vie animale et végétale de ses mains. Un lourd secret entoure le village de Noirax. Un silence drape l’héritage de la lignée des pères Berthoumieux, tous, l'exacte réplique du même homme. Les alcools et la bonne chair ne font qu’illusion, l’éternel souvenir de la dernière épouse repose dans la maison aux parfums, fermée à double tour sur une vérité qui dérange et menace. Pampelune, la bougresse, Héléna, la Pimparela, connaissent bien le cycle des amours déçus, des chagrins qui rongent, des enfants illégitimes. D'espoirs en défaites, c'est une rengaine d'une grande tristesse. Cependant, la rumeur se propage au village, le charme d'Aliénor agit comme un puissant parfum et se répand comme une fièvre. Le fils Berthoumieux s'en émoustille déjà. Un nouveau règne est en marche. Presque dix ans après la publication de Griffintown, Marie-Hélène Poitras lève le rideau sur ces voix que l’on tente de bâillonner. Je vous propose de nous faufiler au travers des secrets entortillés autour des racines de cette forêt et d’en animer ses marionnettes d’une main tremblante. L'autrice l'affirme : les loups sont parmi nous ! Je reçois Marie-Hélène Poitras, à Mission encre noire.

    Extrait:« Il y a quelques années, quand Jeanty avait quatorze ans, une nuit alors que son père dormait, il était monté au grenier et était tombé nez à nez avec un grand miroir ovale sur pied. Ce qu'il découvrit dans le reflet de la psyché le dégoûta. La ressemblance avec son père s'installait. En plus de la couleur des yeux et du nez aquilin, sur son visage les traits distinctifs des Berthoumieux commençaient à l'emporter sur la douceur de ceux de Pampelune. Le duvet au-dessus de sa lèvre, la carrure plus marquée des épaules, l'élargissement du muscle trapèze et, surtout, ce je-ne-sais-quoi d'un peu débile que les pères Berthoumieux affichaient sur leur portrait, tous ces attributs étaient en train de poindre en lui. Le constat était inévitable, la transformation bien amorcée: il ressemblait à son père. N'en pouvant plus, Jeanty tourna la psyché à l'envers. Ce qu'il découvrit de l'autre côté du miroir l'émerveilla.»

    La revue Moebius 168-169, Depuis la crise. Enfin ! Il est annoncé depuis quelques mois déjà, le numéro double de la revue Moebius est désormais disponible. Cette nouvelle édition, avec à la barre Stéphanie Roussel et Nicholas Dawson, se propose de renverser les tendances et de bousculer les idées reçues. À travers un thème de circonstance: Depuis la crise, le duo se propose de résister à l’isolement, de briser «les fils invisibles des confinements successifs», pour en faire un moment de solidarité et d'ouverture. Autant dire que le pari est amplement réussi par la qualité des textes publiés, mais également par le souci de variétés des sujets et des expériences de lecture offert par le comité de rédaction. Au programme de ce Moebius: Rébecca Déraspe, Katia Belkhodja, Dalie Giroux, Sandrine Galand, Marie-Christine Lemieux-Couture, Kama La Mackerel, Mishka Lavigne, Laurence Olivier, Cato Fortin, Emmanuella Feix, Si Poirier, Sophie Bélair Clément nous parle de création en temps de crise. Moebius accueille dans ses pages, pour quatre numéros, Ouanessa Younsi et Awa Banmana, en tant qu'écrivaine et artiste en résidence. Et enfin Marie-Ève Lacasse se charge de la traditionnelle lettre à une écrivaine vivante. Pour en savoir plus sur ce sommaire Stéphanie Roussel et Nicholas Dawson sont invité.e.s à Mission encre noire.

    Extrait:« Je fais une liste de ce que la décapitation n'est pas: une fusillade, un attentat à la voiture piégée, une bombe, un démembrement, un égorgement, une plainte académique. Je fais une liste de ce que la décapitation n'est pas, ça commence comme beaucoup de listes à cause des journaux et des statuts dans lesquels personne, jamais, n'a eu peur d'être décapité. Là où j'ai grandi, les embaumeurs apprenaient à recoudre les têtes sur les cadavres. Là où j'ai grandi, des barbus se transformaient en guillotines, on les appelait nos frères.» katia Belkhodja, Moutabarridja, p45, Moebius 168-169.

    1 hr
  • Émission du 11 mai 2021
    Mission encre noire Tome 31 Chapitre 358. La désidérata par Marie-Hélène Poitras paru en 2021 aux éditions Alto. Alouette, gentille alouette, Alouette, je te plumerai. Aliénor sourit malicieusement, elle a soif de justice. Depuis le bois, elle observe le domaine de Malmaison, elle, qui fait jaillir la vie animale et végétale de ses mains. Un lourd secret entoure le village de Noirax. Un silence drape l’héritage de la lignée des pères Berthoumieux, tous, l'exacte réplique du même homme. Les alcools et la bonne chair ne font qu’illusion, l’éternel souvenir de la dernière épouse repose dans la maison aux parfums, fermée à double tour sur une vérité qui dérange et menace. Pampelune, la bougresse, Héléna, la Pimparela, connaissent bien le cycle des amours déçus, des chagrins qui rongent, des enfants illégitimes. D'espoirs en défaites, c'est une rengaine d'une grande tristesse. Cependant, la rumeur se propage au village, le charme d'Aliénor agit comme un puissant parfum et se répand comme une fièvre. Le fils Berthoumieux s'en émoustille déjà. Un nouveau règne est en marche. Presque dix ans après la publication de Griffintown, Marie-Hélène Poitras lève le rideau sur ces voix que l’on tente de bâillonner. Je vous propose de nous faufiler au travers des secrets entortillés autour des racines de cette forêt et d’en animer ses marionnettes d’une main tremblante. L'autrice l'affirme : les loups sont parmi nous ! Je reçois Marie-Hélène Poitras, à Mission encre noire.
    Extrait:« Il y a quelques années, quand Jeanty avait quatorze ans, une nuit alors que son père dormait, il était monté au grenier et était tombé nez à nez avec un grand miroir ovale sur pied. Ce qu'il découvrit dans le reflet de la psyché le dégoûta. La ressemblance avec son père s'installait. En plus de la couleur des yeux et du nez aquilin, sur son visage les traits distinctifs des Berthoumieux commençaient à l'emporter sur la douceur de ceux de Pampelune. Le duvet au-dessus de sa lèvre, la carrure plus marquée des épaules, l'élargissement du muscle trapèze et, surtout, ce je-ne-sais-quoi d'un peu débile que les pères Berthoumieux affichaient sur leur portrait, tous ces attributs étaient en train de poindre en lui. Le constat était inévitable, la transformation bien amorcée: il ressemblait à son père. N'en pouvant plus, Jeanty tourna la psyché à l'envers. Ce qu'il découvrit de l'autre côté du miroir l'émerveilla.»
    La revue Moebius 168-169, Depuis la crise. Enfin ! Il est annoncé depuis quelques mois déjà, le numéro double de la revue Moebius est désormais disponible. Cette nouvelle édition, avec à la barre Stéphanie Roussel et Nicholas Dawson, se propose de renverser les tendances et de bousculer les idées reçues. À travers un thème de circonstance: Depuis la crise, le duo se propose de résister à l’isolement, de briser «les fils invisibles des confinements successifs», pour en faire un moment de solidarité et d'ouverture. Autant dire que le pari est amplement réussi par la qualité des textes publiés, mais également par le souci de variétés des sujets et des expériences de lecture offert par le comité de rédaction. Au programme de ce Moebius: Rébecca Déraspe, Katia Belkhodja, Dalie Giroux, Sandrine Galand, Marie-Christine Lemieux-Couture, Kama La Mackerel, Mishka Lavigne, Laurence Olivier, Cato Fortin, Emmanuella Feix, Si Poirier, Sophie Bélair Clément nous parle de création en temps de crise. Moebius accueille dans ses pages, pour quatre numéros, Ouanessa Younsi et Awa Banmana, en tant qu'écrivaine et artiste en résidence. Et enfin Marie-Ève Lacasse se charge de la traditionnelle lettre à une écrivaine vivante. Pour en savoir plus sur ce sommaire Stéphanie Roussel et Nicholas Dawson sont invité.e.s à Mission encre noire.
    Extrait:« Je fais une liste de ce que la décapitation n'est pas: une fusillade, un attentat à la voiture piégée, une bombe, un démembrement, un égorgement, une plainte académique. Je fais une liste de ce que la décapitation n'est pas, ça commence comme beaucoup de listes à cause des journaux et des statuts dans lesquels personne, jamais, n'a eu peur d'être décapité. Là où j'ai grandi, les embaumeurs apprenaient à recoudre les têtes sur les cadavres. Là où j'ai grandi, des barbus se transformaient en guillotines, on les appelait nos frères.» katia Belkhodja, Moutabarridja, p45, Moebius 168-169.
    0 min
  • Émission du 4 mai 2021

    Mission encre noire Tome 31 Chapitre 357. Le fond des choses de Thomas Desaulniers-Brousseau paru en 2021 aux éditions Les herbes rouges. Un jeune journaliste plonge dans le récit sordide du passé pédophile d'un éminent peintre national  Michel S. Painchaud. Sans toutefois réaliser l'ampleur que cela prendrait, il se sent, malgré lui, investi d'une mission. Il profite de son accointance avec le biographe, un ancien professeur à l’université, pour s’emparer du sujet. Ravi d’échapper à son angoissante solitude et son sentiment de vide, il rejoint une victime dans un village aux environs de Thetford Mines. Promis à une brillante carrière dans le journalisme, rien n'est simple, le narrateur oscille, alors, un peu plus entre désespoir sans fond et un optimisme immodéré. Comment rapporter avec justesse les propos de cette personne? Le journaliste semble se perdre en conjectures devant le succès croissant de son enquête. Le sujet, ici, ne vous y trompez pas, sert plutôt de faux-fuyant pour entamer un dialogue avec le texte, dans une métafiction qui construit, déconstruit, forme, déforme, les faits, les personnages, et permet à l’auteur de multiplier les points de vue et les angles de lecture qui interrogent le rapport de la fiction à la réalité ou bien est-ce l’inverse. Drôle et débridé ce premier roman fascine. Le fond des choses a peut-être à voir avec l'effrayante incertitude qui gronde en nous parfois, aussi difficile à saisir qu'un chat noir dans une pièce sombre. Je reçois Thomas Desaulniers-Brousseau à Mission encre noire.

    Extrait:« Au bout d'un moment mes paupières devenaient lourdes, et mes propres pensées prenaient le pas sur celles de Daniel ; mes yeux parcouraient les phrases sans les lire, ne percevant dans leur succession, page après page, que le tracé coulant qui les portait, ininterrompu, plus proche du sirop que du rectiligne. Comme pour la première fois depuis mon enfance - alors que, sachant lire pourtant, je scrutais chaque mot des carnets que ma mère laissait traîner partout, hypnotisé par leur forme et rien d'autre - j'étais attentif aux lettres non plus en tant que symboles, mais pour la sensualité qu'elles pouvaient exprimer. J'apprenais une chose dont j'avais toujours eu l'intuition: en s'éloignant des formes parfaites vers lesquelles on nous disait devoir tendre, les lettres perdaient en lisibilité mais acquéraient, peut-être, une sorte d'authenticité. Les pensées ne sont jamais si limpides qu'on prétend. Souvent, le chat roux étendu sur les cuisses, je m'endormais.»

    L’instruction par Antoine Brea paru en 2021 aux éditions Le Quartanier, dans la série QR. Patrice Favre suit les traces de son père, il sera magistrat. Nommé temporairement juge d’instruction en banlieue parisienne, le narrateur entame le parcours obligé d’un novice dans un quotidien morne et gris. Malgré le privilège de l'héritage, quelque chose craque dans l'univers du jeune homme, au contact des coulisses de la justice française. L'illusion s'effrite au contact d'un milieu froid, impersonnel, où occasionnellement les intérêts personnels s'entrecroisent avec une forme de paranoïa politique. Favre devra bien vite adopté un langage et une posture qui ne sied pas tout à fait à sa timidité et à son caractère. Le meurtre d’un détenu emprisonné pour crime sexuel va happer le juge. D’autant plus que son prédécesseur s’est suicidé, et que d’étranges rumeurs courent autour de cette singulière affaire. Le roman emprunte à la fois au documentaire et à une manière de polar. L’instruction puise allègrement sa source dans la langue judiciaire, carcérale et policière, pour décrire la vie prégnante et épuisante au cœur du système judiciaire français. Anti-polar, objet de critique de la société française contemporaine sous un angle inédit, L'instruction captive et inquiète. Au-delà de nos petits narcissismes moraux et politiques, comment ne pas prendre acte du malaise croissant de l'enquêteur pour un refus de se résigner à accepter la position qui nous a été assignée dans cette société de contrôle ?  Antoine Brea est invité à Mission encre noire.

    Extrait:« Christian-Hervé Maréchal était un être grand, massif, empâté mais qui en imposait, il avait le cheveu grisonnant qui tranchait avec son teint sombre, méditerranéen presque, son nom de guerre quand il prenait part à l'action de près était Nous voilà, rapport à son patronyme, a-t-il glissé dans un sourire en feignant d'espérer ne pas choquer, on sentait le policier désormais plus soucieux de ce qui se trouvait au-dessus de lui qu'au même niveau ou en dessous, et on devinait qu'il avait avec ses supérieurs, avec les gens qui servaient son ascension - les cadres du ministères, ceux de la préfecture - mais seulement avec eux des rapports d'habileté, de souplesse, d'empressement, des rapports où il s'attachait plutôt à les satisfaire qu'à parfaire sa bonne réputation par l'exercice consciencieux de ses fonctions. Il s'est excusé de devoir laisser chuinter la grosse radio posée sur l'appui d'une des fenêtres, mais une opération de démantèlement d'un réseau de trafic s'était précipitée le matin, raison pour laquelle le groupe «stupéfiants» de la Sûreté n'avait pu se rendre disponible pour un entretien, lui-même devait rester à l'écoute (un commissaire central en argot de flics c'est un œil - ce fameux œil, le redoutable emblème de la police, comme écrit Balzac - mais dans les faits c'est surtout une oreille, s'est-il gargarisé l'air matois), avec ma permission il laisserait donc le soin à Pérault et à Harounian de me présenter leur service et de me faire visiter les locaux si j'y tenais. Déjà les présentations étaient finies, il ne m'avait pas fait asseoir. Je n'en étais pas mécontent, moi qui m'étais retenu tout le temps de tousser ou d'éternuer.»

    1 hr
  • Émission du 4 mai 2021
    Mission encre noire Tome 31 Chapitre 357. Le fond des choses de Thomas Desaulniers-Brousseau paru en 2021 aux éditions Les herbes rouges. Un jeune journaliste plonge dans le récit sordide du passé pédophile d'un éminent peintre national  Michel S. Painchaud. Sans toutefois réaliser l'ampleur que cela prendrait, il se sent, malgré lui, investi d'une mission. Il profite de son accointance avec le biographe, un ancien professeur à l’université, pour s’emparer du sujet. Ravi d’échapper à son angoissante solitude et son sentiment de vide, il rejoint une victime dans un village aux environs de Thetford Mines. Promis à une brillante carrière dans le journalisme, rien n'est simple, le narrateur oscille, alors, un peu plus entre désespoir sans fond et un optimisme immodéré. Comment rapporter avec justesse les propos de cette personne? Le journaliste semble se perdre en conjectures devant le succès croissant de son enquête. Le sujet, ici, ne vous y trompez pas, sert plutôt de faux-fuyant pour entamer un dialogue avec le texte, dans une métafiction qui construit, déconstruit, forme, déforme, les faits, les personnages, et permet à l’auteur de multiplier les points de vue et les angles de lecture qui interrogent le rapport de la fiction à la réalité ou bien est-ce l’inverse. Drôle et débridé ce premier roman fascine. Le fond des choses a peut-être à voir avec l'effrayante incertitude qui gronde en nous parfois, aussi difficile à saisir qu'un chat noir dans une pièce sombre. Je reçois Thomas Desaulniers-Brousseau à Mission encre noire.
    Extrait:« Au bout d'un moment mes paupières devenaient lourdes, et mes propres pensées prenaient le pas sur celles de Daniel ; mes yeux parcouraient les phrases sans les lire, ne percevant dans leur succession, page après page, que le tracé coulant qui les portait, ininterrompu, plus proche du sirop que du rectiligne. Comme pour la première fois depuis mon enfance - alors que, sachant lire pourtant, je scrutais chaque mot des carnets que ma mère laissait traîner partout, hypnotisé par leur forme et rien d'autre - j'étais attentif aux lettres non plus en tant que symboles, mais pour la sensualité qu'elles pouvaient exprimer. J'apprenais une chose dont j'avais toujours eu l'intuition: en s'éloignant des formes parfaites vers lesquelles on nous disait devoir tendre, les lettres perdaient en lisibilité mais acquéraient, peut-être, une sorte d'authenticité. Les pensées ne sont jamais si limpides qu'on prétend. Souvent, le chat roux étendu sur les cuisses, je m'endormais.»
    L’instruction par Antoine Brea paru en 2021 aux éditions Le Quartanier, dans la série QR. Patrice Favre suit les traces de son père, il sera magistrat. Nommé temporairement juge d’instruction en banlieue parisienne, le narrateur entame le parcours obligé d’un novice dans un quotidien morne et gris. Malgré le privilège de l'héritage, quelque chose craque dans l'univers du jeune homme, au contact des coulisses de la justice française. L'illusion s'effrite au contact d'un milieu froid, impersonnel, où occasionnellement les intérêts personnels s'entrecroisent avec une forme de paranoïa politique. Favre devra bien vite adopté un langage et une posture qui ne sied pas tout à fait à sa timidité et à son caractère. Le meurtre d’un détenu emprisonné pour crime sexuel va happer le juge. D’autant plus que son prédécesseur s’est suicidé, et que d’étranges rumeurs courent autour de cette singulière affaire. Le roman emprunte à la fois au documentaire et à une manière de polar. L’instruction puise allègrement sa source dans la langue judiciaire, carcérale et policière, pour décrire la vie prégnante et épuisante au cœur du système judiciaire français. Anti-polar, objet de critique de la société française contemporaine sous un angle inédit, L'instruction captive et inquiète. Au-delà de nos petits narcissismes moraux et politiques, comment ne pas prendre acte du malaise croissant de l'enquêteur pour un refus de se résigner à accepter la position qui nous a été assignée dans cette société de contrôle ?  Antoine Brea est invité à Mission encre noire.
    Extrait:« Christian-Hervé Maréchal était un être grand, massif, empâté mais qui en imposait, il avait le cheveu grisonnant qui tranchait avec son teint sombre, méditerranéen presque, son nom de guerre quand il prenait part à l'action de près était Nous voilà, rapport à son patronyme, a-t-il glissé dans un sourire en feignant d'espérer ne pas choquer, on sentait le policier désormais plus soucieux de ce qui se trouvait au-dessus de lui qu'au même niveau ou en dessous, et on devinait qu'il avait avec ses supérieurs, avec les gens qui servaient son ascension - les cadres du ministères, ceux de la préfecture - mais seulement avec eux des rapports d'habileté, de souplesse, d'empressement, des rapports où il s'attachait plutôt à les satisfaire qu'à parfaire sa bonne réputation par l'exercice consciencieux de ses fonctions. Il s'est excusé de devoir laisser chuinter la grosse radio posée sur l'appui d'une des fenêtres, mais une opération de démantèlement d'un réseau de trafic s'était précipitée le matin, raison pour laquelle le groupe «stupéfiants» de la Sûreté n'avait pu se rendre disponible pour un entretien, lui-même devait rester à l'écoute (un commissaire central en argot de flics c'est un œil - ce fameux œil, le redoutable emblème de la police, comme écrit Balzac - mais dans les faits c'est surtout une oreille, s'est-il gargarisé l'air matois), avec ma permission il laisserait donc le soin à Pérault et à Harounian de me présenter leur service et de me faire visiter les locaux si j'y tenais. Déjà les présentations étaient finies, il ne m'avait pas fait asseoir. Je n'en étais pas mécontent, moi qui m'étais retenu tout le temps de tousser ou d'éternuer.»
    0 min
  • Émission du 27 avril 2021

    Mission encre noire Tome 31 Chapitre 356. Ville contre Automobiles, redonner l’espace urbain aux piétons par Olivier Ducharme Paru en 2021 aux éditions Écosociété dans la collection Polémos Combattre, débattre. Dans la ville de demain, la voiture n'aura pas lieu d'être. Pour vous en convaincre Olivier Ducharme se propose de remettre les pendules à l'heure avec cet essai courageux et lucide. L'automobile est un piège dans lequel un pan entier de la planète est tombé. L'auteur livre un état des lieux exhaustif des dégâts  causés sur la ville et notre environnement direct par ce qu'il faut bien reconnaître comme l'invasion grandissante de ces «requins d'acier». L'automobile est devenue, à notre corps défendant, l'étalon de mesure de la planification urbaine, au détriment de la tranquillité de ses habitants. Sur le modèle de certaines métropoles européennes, Olivier Ducharme réclame ni plus ni moins que le bannissement des autos au profit du transport collectif, et de la marche, pour remettre la vie de quartier et une réelle transition écologique au coeur de nos préoccupations. Je reçois Olivier Ducharme à Mission encre noire.

    Extrait:« Broadacre City ressemble à une énorme banlieue qui s'étend à la grandeur du pays. Il devient difficile d'appeler cela une ville ; nous sommes plutôt devant un découpage du territoire divisé en unités d'une acre et traversé par un circuit d'autoroutes et de superautoroutes. Broadacre City est demeurée une vue de l'esprit. Nous ne sommes toutefois pas trop dépaysés face au portrait offert par Wright. Le parallèle avec la vie de banlieue actuelle est frappant. En plus de voir son utopie demeurer lettre morte, Wright a constaté que sa critique générale de la place de l'automobile dans les villes n'a pas été entendue. Pour Wright, la ville traditionnelle est trop étroite pour accueillir du matin au soir un flot continu d'automobiles. Il fallait repartir sur de nouvelles bases pour que les villes s'adaptent à la vitesse des automobiles et à leur constant besoin d'espace.»

    Faut-il en finir avec la civilisation, primitivisme et effondrement, par Pierre Madelin, paru en 2021 aux éditions Écosociété dans la collection Polémos Combattre, débattre. Et si les sources de la crise écologique actuelle se trouvaient quelques part il y a une dizaine de milliers d'années ? Est-il raisonnable de penser que c'est notre sédentarisation qui marquerait le début de la destruction de la nature ainsi que de celui de notre soumission à des systèmes de pensée écocides? Pour les partisans des théories primitivistes la réponse est oui. Pierre Madelin examine à la loupe ces propositions, dans l'urgence, comme s'il pressent le danger de tomber dans un piège idéologique se drapant dans les valeurs et les idéaux d’un monde moderne aux abois et avide de solutions à court terme. En contrepoint, l'auteur se consacre au rapport que les sociétés occidentales entretiennent avec la nature, à travers le «culte de la wilderness» (nature sauvage) par le biais de l'histoire de la création des grands parcs nationaux américains au XIXeme siècle et la rencontre de figures marquantes du mouvement tels Edward Abbey, John Muir et Henry David Thoreau. Pierre Madelin est invité à Mission encre noire.

    Extrait:« Sur le plan littéraire, c'est sans doute dans le Désert solitaire d'Edward Abbey, publié en 1968, que s'exprima avec la plus grande vigueur - mais aussi avec un sens de l'humour décapant - la critique déjà ancienne des parcs nationaux et de leur aménagement. Alors qu'il était employé saisonniers du parc national des Arches dans l'Utah, Abbey décrivit avec amertume tout ce qu'une zone naturelle protégée par l'État «comporte de policiers, d'administrateurs, de routes goudronnées, d'itinéraires aménagés pour les voitures, de points de vue panoramiques officiels, de terrains de camping obligés, de laveries automatiques, de cafétérias, de distributeurs de Coca-cola, de toilettes à chasse d'eau et de droits d'admission». Mais ce sont indéniablement les voitures, qu'il nomme selon les pages «coquilles métalliques», «mollusques à roulettes» ou fauteuils roulants motorisées», qui suscitèrent ses critiques les plus acerbes. Aussi appelle-t-il les visiteurs à quitter leurs voitures, à délaisser un rapport purement spectaculaire aux paysages afin de renouer avec une expérience physique, charnelle du monde: «soulevez vos derrières en caoutchouc-mousse, levez-vous, tenez-vous droit comme des hommes ! comme des femmes! comme des êtres humains! et marchez - marchez - MARCHEZ sur votre terre douce et bénis !». »

     

    1 hr 1 min
  • Émission du 27 avril 2021
    Mission encre noire Tome 31 Chapitre 356. Ville contre Automobiles, redonner l’espace urbain aux piétons par Olivier Ducharme Paru en 2021 aux éditions Écosociété dans la collection Polémos Combattre, débattre. Dans la ville de demain, la voiture n'aura pas lieu d'être. Pour vous en convaincre Olivier Ducharme se propose de remettre les pendules à l'heure avec cet essai courageux et lucide. L'automobile est un piège dans lequel un pan entier de la planète est tombé. L'auteur livre un état des lieux exhaustif des dégâts  causés sur la ville et notre environnement direct par ce qu'il faut bien reconnaître comme l'invasion grandissante de ces «requins d'acier». L'automobile est devenue, à notre corps défendant, l'étalon de mesure de la planification urbaine, au détriment de la tranquillité de ses habitants. Sur le modèle de certaines métropoles européennes, Olivier Ducharme réclame ni plus ni moins que le bannissement des autos au profit du transport collectif, et de la marche, pour remettre la vie de quartier et une réelle transition écologique au coeur de nos préoccupations. Je reçois Olivier Ducharme à Mission encre noire.
    Extrait:« Broadacre City ressemble à une énorme banlieue qui s'étend à la grandeur du pays. Il devient difficile d'appeler cela une ville ; nous sommes plutôt devant un découpage du territoire divisé en unités d'une acre et traversé par un circuit d'autoroutes et de superautoroutes. Broadacre City est demeurée une vue de l'esprit. Nous ne sommes toutefois pas trop dépaysés face au portrait offert par Wright. Le parallèle avec la vie de banlieue actuelle est frappant. En plus de voir son utopie demeurer lettre morte, Wright a constaté que sa critique générale de la place de l'automobile dans les villes n'a pas été entendue. Pour Wright, la ville traditionnelle est trop étroite pour accueillir du matin au soir un flot continu d'automobiles. Il fallait repartir sur de nouvelles bases pour que les villes s'adaptent à la vitesse des automobiles et à leur constant besoin d'espace.»
    Faut-il en finir avec la civilisation, primitivisme et effondrement, par Pierre Madelin, paru en 2021 aux éditions Écosociété dans la collection Polémos Combattre, débattre. Et si les sources de la crise écologique actuelle se trouvaient quelques part il y a une dizaine de milliers d'années ? Est-il raisonnable de penser que c'est notre sédentarisation qui marquerait le début de la destruction de la nature ainsi que de celui de notre soumission à des systèmes de pensée écocides? Pour les partisans des théories primitivistes la réponse est oui. Pierre Madelin examine à la loupe ces propositions, dans l'urgence, comme s'il pressent le danger de tomber dans un piège idéologique se drapant dans les valeurs et les idéaux d’un monde moderne aux abois et avide de solutions à court terme. En contrepoint, l'auteur se consacre au rapport que les sociétés occidentales entretiennent avec la nature, à travers le «culte de la wilderness» (nature sauvage) par le biais de l'histoire de la création des grands parcs nationaux américains au XIXeme siècle et la rencontre de figures marquantes du mouvement tels Edward Abbey, John Muir et Henry David Thoreau. Pierre Madelin est invité à Mission encre noire.
    Extrait:« Sur le plan littéraire, c'est sans doute dans le Désert solitaire d'Edward Abbey, publié en 1968, que s'exprima avec la plus grande vigueur - mais aussi avec un sens de l'humour décapant - la critique déjà ancienne des parcs nationaux et de leur aménagement. Alors qu'il était employé saisonniers du parc national des Arches dans l'Utah, Abbey décrivit avec amertume tout ce qu'une zone naturelle protégée par l'État «comporte de policiers, d'administrateurs, de routes goudronnées, d'itinéraires aménagés pour les voitures, de points de vue panoramiques officiels, de terrains de camping obligés, de laveries automatiques, de cafétérias, de distributeurs de Coca-cola, de toilettes à chasse d'eau et de droits d'admission». Mais ce sont indéniablement les voitures, qu'il nomme selon les pages «coquilles métalliques», «mollusques à roulettes» ou fauteuils roulants motorisées», qui suscitèrent ses critiques les plus acerbes. Aussi appelle-t-il les visiteurs à quitter leurs voitures, à délaisser un rapport purement spectaculaire aux paysages afin de renouer avec une expérience physique, charnelle du monde: «soulevez vos derrières en caoutchouc-mousse, levez-vous, tenez-vous droit comme des hommes ! comme des femmes! comme des êtres humains! et marchez - marchez - MARCHEZ sur votre terre douce et bénis !». »
    0 min
  • Émission du 13 avril 2021

    Mission encre noire Tome 30 Chapitre 355. La révolution d'Agnès de Jean-Michel Fortier paru en 2021 aux éditions La Mèche. Émoi à Percé, un mystérieux cuirassé vient de mouillé l'ancre face au rocher, toutes ses tourelles et ses canons parés pour l'assaut. Il aura suffit que l'animatrice Patricia Denis, annonce l'évènement au téléjournal pour que la ville prenne un air grave. Il n'y a pas de panique, pas encore. Nous sommes à la fin des années 60, les gens se salue dans les rues, une veille dame en bigoudis sous son fichu promène son chien. À la pension Sergerie, Agnès et sa logeuse contemplent comme au théâtre cet étrange ballet. Elle, qui passe ses soirées, dans sa chambre orange, à fixer la mer, perdu dans ses rêveries, voit dans l'arrivée du navire de guerre et de son bataillon de femmes comme un message d'espoir. Défendu avec élégance par une plume rêveuse caractéristique du style de l'auteur, ce roman raffiné nous invite à une révolution pas comme les autres. Petit à petit le nuage du mystère s'estompe pour dévoiler un projet féministe aussi inouï que secret. Jean-Michel Fortier est invité à Mission encre noire.

    Extrait:« Agnès allume la télévision. Tout le monde se tait pendant que se disperse la neige de l'écran et qu'apparaît ce visage fin surmonté d'un front luisant, lui-même surmonté d'un chignon. Une voix s'élève, grave, mesurée, lénifiante: il est onze heure du soir et Patricia Denis s'empare des ondes. Elle va encore parler de nous, vous allez voir, elle va parler de nous, écoutez bien, vous verrez ! scande madame Sergerie, un ongle carminé entre les dents. Vous l'observez de profil, son agitation vous trouble. D'un geste discret, vous demandez à Harold si elle a vidé une bouteille avant votre arrivée. Il secoue la tête, il s'oublie et répond tout haut: non, à ce que je sache, elle a tété une tisane toute la soirée. Patricia Denis se tape le dessus de la tête comme pour replacer une barrette qu'elle n'a pas. Elle ne s'est pas interrompue, ne s'interrompt jamais, elle est un canal clair, une décharge; laissez l'information me traverser, semble-t-elle toujours souhaiter placidement. Les phrases coulent de sa bouche dans une musique de dictée. Les téléspectateurs se bercent, trouvent leur rythme, tantôt butant sur le dernier mot, tantôt espérant le prochain, si bien que chacun se replonge dans es jours de petite école, si bien que tous qu'ils soient, croient possible de voir Patricia Denis se lever de son fauteuil, étirer un bras, leur coller une étoile dorée au front. mais elle reste là, assise au fond de son studio, à Montréal, très loin de la pension de Madame Sergerie, à parler comme une française.»

    Pauvreté sous la direction de Stéphanie Roussel paru en 2021 aux éditions Triptyque. L'autrice ne s'attendait probablement pas à constater à quel point son entourage littéraire direct était composé de transfuge de classe. C'est quoi être pauvre ?  Par la voix familière de sa mère, qui a élevé seule deux enfants: la pauvreté c'est dans la tête. On devine, depuis, que cette question a souvent taraudé l'esprit de la jeune autrice. Pourtant Stéphanie Roussel refuse de se laisser embarquer plus loin dans cette lecture fataliste des choses de la vie. Dans la préparation de ce livre, elle se hasarde à inviter une partie de ses proches à lui confier des textes. Puis, bien décidée à mettre fin au sort qui s'acharne, elle étend sa demande à un cercle élargi: As-tu déjà été pauvre ? Douze autrices et auteurs répondent oui. Marie-Célie Agnant, Jennifer Bélanger, Pascale Bérubé, Marilou Craft, Nicholas Dawson, Jean-Guy Forget, Jonathan Lemire, Mariève Maréchale, Alex Noël, Emmanuelle Riendeau, Karine Rosso se joignent au projet. Mises à nu, ces voix s'exposent sous formes de poèmes, de récits et de nouvelles pour mieux déjouer l'expérience qui les a contraint.e.s au manque. Je reçois, Stéphanie Roussel à Mission encre noire.

    Extrait:« depuis que je suis petite, je vois des femmes pauvres, sans éducation, provenant de la classe ouvrière en faire plus avec leurs cheveux/elle doivent crêper, boucler, monter, gaufrer, alourdir de fixatif/j'entends ma mère me parler de ses cheveux, le fer à friser dans une main et un peigne à queue dans l'autre, me dire qu'ils sont trop plats, qu'ils n'ont pas assez de volume, qu'ils font dur, qu'elle a l'air d'une vraie folle et qu'elle n'est jamais, jamais satisfaite de sa tête/toutes ces femmes compensent par leurs cheveux ce qu'elles n'ont pas ailleurs ; l'épaisseur du porte-monnaie ou l'aisance à vivre. entre autres/la hauteur des talons est importante aussi, toutes ces choses ne dépendent pas de la présence physique de l'argent mais du désir d'être dans une féminité totale. les produits et les matériaux sont de mauvaise qualité mais l'effet est là ; elles sont présentes. prennent de la place. au-dessus de tout avec leurs cheveux et leurs talons même invisibles.»

    1 hr 1 min
  • Émission du 13 avril 2021
    Mission encre noire Tome 30 Chapitre 355. La révolution d'Agnès de Jean-Michel Fortier paru en 2021 aux éditions La Mèche. Émoi à Percé, un mystérieux cuirassé vient de mouillé l'ancre face au rocher, toutes ses tourelles et ses canons parés pour l'assaut. Il aura suffit que l'animatrice Patricia Denis, annonce l'évènement au téléjournal pour que la ville prenne un air grave. Il n'y a pas de panique, pas encore. Nous sommes à la fin des années 60, les gens se salue dans les rues, une veille dame en bigoudis sous son fichu promène son chien. À la pension Sergerie, Agnès et sa logeuse contemplent comme au théâtre cet étrange ballet. Elle, qui passe ses soirées, dans sa chambre orange, à fixer la mer, perdu dans ses rêveries, voit dans l'arrivée du navire de guerre et de son bataillon de femmes comme un message d'espoir. Défendu avec élégance par une plume rêveuse caractéristique du style de l'auteur, ce roman raffiné nous invite à une révolution pas comme les autres. Petit à petit le nuage du mystère s'estompe pour dévoiler un projet féministe aussi inouï que secret. Jean-Michel Fortier est invité à Mission encre noire.
    Extrait:« Agnès allume la télévision. Tout le monde se tait pendant que se disperse la neige de l'écran et qu'apparaît ce visage fin surmonté d'un front luisant, lui-même surmonté d'un chignon. Une voix s'élève, grave, mesurée, lénifiante: il est onze heure du soir et Patricia Denis s'empare des ondes. Elle va encore parler de nous, vous allez voir, elle va parler de nous, écoutez bien, vous verrez ! scande madame Sergerie, un ongle carminé entre les dents. Vous l'observez de profil, son agitation vous trouble. D'un geste discret, vous demandez à Harold si elle a vidé une bouteille avant votre arrivée. Il secoue la tête, il s'oublie et répond tout haut: non, à ce que je sache, elle a tété une tisane toute la soirée. Patricia Denis se tape le dessus de la tête comme pour replacer une barrette qu'elle n'a pas. Elle ne s'est pas interrompue, ne s'interrompt jamais, elle est un canal clair, une décharge; laissez l'information me traverser, semble-t-elle toujours souhaiter placidement. Les phrases coulent de sa bouche dans une musique de dictée. Les téléspectateurs se bercent, trouvent leur rythme, tantôt butant sur le dernier mot, tantôt espérant le prochain, si bien que chacun se replonge dans es jours de petite école, si bien que tous qu'ils soient, croient possible de voir Patricia Denis se lever de son fauteuil, étirer un bras, leur coller une étoile dorée au front. mais elle reste là, assise au fond de son studio, à Montréal, très loin de la pension de Madame Sergerie, à parler comme une française.»
    Pauvreté sous la direction de Stéphanie Roussel paru en 2021 aux éditions Triptyque. L'autrice ne s'attendait probablement pas à constater à quel point son entourage littéraire direct était composé de transfuge de classe. C'est quoi être pauvre ?  Par la voix familière de sa mère, qui a élevé seule deux enfants: la pauvreté c'est dans la tête. On devine, depuis, que cette question a souvent taraudé l'esprit de la jeune autrice. Pourtant Stéphanie Roussel refuse de se laisser embarquer plus loin dans cette lecture fataliste des choses de la vie. Dans la préparation de ce livre, elle se hasarde à inviter une partie de ses proches à lui confier des textes. Puis, bien décidée à mettre fin au sort qui s'acharne, elle étend sa demande à un cercle élargi: As-tu déjà été pauvre ? Douze autrices et auteurs répondent oui. Marie-Célie Agnant, Jennifer Bélanger, Pascale Bérubé, Marilou Craft, Nicholas Dawson, Jean-Guy Forget, Jonathan Lemire, Mariève Maréchale, Alex Noël, Emmanuelle Riendeau, Karine Rosso se joignent au projet. Mises à nu, ces voix s'exposent sous formes de poèmes, de récits et de nouvelles pour mieux déjouer l'expérience qui les a contraint.e.s au manque. Je reçois, Stéphanie Roussel à Mission encre noire.
    Extrait:« depuis que je suis petite, je vois des femmes pauvres, sans éducation, provenant de la classe ouvrière en faire plus avec leurs cheveux/elle doivent crêper, boucler, monter, gaufrer, alourdir de fixatif/j'entends ma mère me parler de ses cheveux, le fer à friser dans une main et un peigne à queue dans l'autre, me dire qu'ils sont trop plats, qu'ils n'ont pas assez de volume, qu'ils font dur, qu'elle a l'air d'une vraie folle et qu'elle n'est jamais, jamais satisfaite de sa tête/toutes ces femmes compensent par leurs cheveux ce qu'elles n'ont pas ailleurs ; l'épaisseur du porte-monnaie ou l'aisance à vivre. entre autres/la hauteur des talons est importante aussi, toutes ces choses ne dépendent pas de la présence physique de l'argent mais du désir d'être dans une féminité totale. les produits et les matériaux sont de mauvaise qualité mais l'effet est là ; elles sont présentes. prennent de la place. au-dessus de tout avec leurs cheveux et leurs talons même invisibles.»
    0 min

About Mission encre noire

From the publisher's feed

Mission encre noire parle de littérature tous les mardis soir en direct à 19h00 sur Choq.ca et vous donne l'envie de lire

More shows like Mission encre noire

Mutations by CHOQ.ca

Mutations

1 Listeners

Les Oubliettes by CHOQ.ca

Les Oubliettes

1 Listeners

Histoire de passer le temps by CHOQ.ca

Histoire de passer le temps

0 Listeners

Du Vanguard au Savoy by CHOQ.ca

Du Vanguard au Savoy

0 Listeners

Ouïedire by CHOQ.ca

Ouïedire

0 Listeners

Le grand maître des jeux by CHOQ.ca

Le grand maître des jeux

0 Listeners

Les petites pépites by CHOQ.ca

Les petites pépites

0 Listeners

Opération beurre de cinoche by CHOQ.ca

Opération beurre de cinoche

0 Listeners

D'amour et de sexe by CHOQ.ca

D'amour et de sexe

2 Listeners

2fxfslematin by Pivot

2fxfslematin

1 Listeners

Génération 1.5 by CHOQ.ca

Génération 1.5

0 Listeners

AcademiA by CHOQ.ca

AcademiA

0 Listeners

Album Club by CHOQ.ca

Album Club

0 Listeners

La 3ème demie by CHOQ.ca

La 3ème demie

0 Listeners

Questions de Feeling by CHOQ.ca

Questions de Feeling

0 Listeners

Tout le monde en jazz by CHOQ.ca

Tout le monde en jazz

0 Listeners

Du fleuve à la mer by CHOQ.ca

Du fleuve à la mer

0 Listeners

Sortie de route by CHOQ.ca

Sortie de route

0 Listeners

Dans les coulisses de l'histoire by CHOQ.ca

Dans les coulisses de l'histoire

0 Listeners

L'UQAM en info by CHOQ.ca

L'UQAM en info

0 Listeners