Mission encre noire

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Mission encre noire episodes

  • Émission du 9 février 2021

    Mission encre noire Tome 30 Chapitre 349. Les carnets de l'underground de Gabriel Cholette avec des illustrations de Jacob Pyne paru en 2021 aux éditions Triptyque dans la collection Queer. Le temps d'un black out, Gabriel ne peut vraiment pas dire ce qu'il s'est passé, probablement trop de dope et de fatigue accumulée. Il reprend conscience au milieu d'une rue, à Berlin, Montréal, Miami ou Paris, peu importe. Sa gang d'allié.e.s rassure la population Instagram, ils l'ont retrouvé, un peu amoché et prêt pour la suite. Tout va très vite pour les club kids dans ce livre, un groupe de fêtards excentriques qui célèbre les soirées subversives des scènes raves clandestines d'ici et d'ailleurs. Ne vous y méprenez-pas, ces jeunes activistes de la débauche sans fin, inspirent encore la mode et les arts graphiques aujourd'hui. Gabriel Cholette choisi de revenir sur son époque d'excès en tous genres: de sexe, de drogues et de nuits d'afters dans les meilleurs clubs de la planète. Par de là les clichés moralisateurs sur ces bacchanales, ces lieux se révèlent également un espace sûr d'expression et de créativité pour une minorité marginalisée. Dans cette quête effrénée de plaisirs, ces carnets explorent volontiers la mise en place, en toute indécence, d'un discours qui vise à refuser les représentations policées de l'homosexualité. Nous descendons, ce soir, les marches d'un univers excitant et exubérant en compagnie de l'auteur, Gabriel Cholette est invité à Mission encre noire.

    Extrait:« Je pense qu'une partie de moi a collé le gars pour devenir plus proche de Manue et pour avoir des choses à raconter le lundi à l'école. Au moment même où je le sentais grinder dans mon dos, j'étais déjà bandé et ç'a pas pris de temps pour qu'il mette ses mains dans mon pantalon. Je pense pas qu'on a frenché, ç'a plutôt été complètement physique - ce qui me dérangeait pas, faut dire. J'ai à peine parlé, trop content de retourner vers Manue pour lui raconter ce qui s'était passé. Ça m'a laissé une grande impression parce qu'elle a pas réagi à mon histoire, elle qui avait déjà entendu toutes celles de Dono, de son chum au conservatoire et de JF, qui avait pas fait son coming out à l'époque, mais qui était déjà la queen du U. La soirée s'est terminée trop vite et je suis rentré chez moi par la fenêtre (ce qui était vraiment pas nécessaire parce que mon père s'inquiétait pas trop avec ces choses-là). Le lendemain, je stalkais Dono et JF sur Facebook pour me rendre compte qu'ils avaient publié des mois plus tôt une photo dans un after chez le gars qui m'avait touché, un dude random qui devait frôler la quarantaine, dont on m'a assuré par la suite qu'il était fin, mais qu'il avait le défaut de chiller avec des boys beaucoup trop jeunes faussement certifiés adultes avec leurs belles cartes en papier. J'étais pas encore conscient des questions éthiques soulevées par l'événement, j'étais juste content d'entrer dans le réseau des sluts et d'avoir été touché par quelqu'un qui avait aussi touché certains de mes amis.»

    Errance de Mattia Scarpulla paru en 2020 aux éditions Annika Parance Éditeur. Stefano vient de perdre son travail à l'International Sealines Association, une organisation patrimoniale conservant les traces du débarquement de Normandie. Le Havre est son lieu de résidence avec Sophie, sa femme et sa fille Elisa. Originaire de Gênes ou bien est-ce de Turin ? Stefano perd son temps entre des rendez-vous inutiles dans les services de Pôle emploi. Lorsqu'il accepte un programme d'études à Brest, dans le Finistère, son passé militant ressurgit soudain. Sa vie d'avant refait surface sous la forme de souvenirs encombrants. Naguère, il a fuit l'Italie pour le nord, sous la pression politique d'une police d'État aux abois. De rencontres, en découvertes, celui qui se nomme alors Bruno, va parcourir, par amour, l'échiquier de mouvements activistes des années 70-80, une période faste pour la lutte armée anti-capitaliste. Mattia Scarpulla nous invite à considérer l'éclairage sombre que projette vers nous le soleil noir des années de plomb italiennes. L'indéniable désir de vengeance qui mène la vie de Stefano se révèlera sous un autre jour une fois confronté au harcèlement de spectres dévastateurs. Ci-gît un passé loin d'être pacifié, auquel il est parfois impossible d'échapper sinon, sans doute, en prenant le risque de se heurter à sa propre folie. Errance est un premier roman à boire au goulot pour en atténuer les aspérités car la loi du choix de la violence est la même que celle de la vie: il faut savoir sauver sa peau. Mattia Scarpulla est invité, ce soir, à Mission encre noire.

    Extrait:« À l'aide de seringues miniatures, nous avons introduit des laxatifs et des analgésiques dans diverses boîtes de conserve. Nous ne nous sentons pas à l'aise avec cette action. Sam nous rassure en affirmant que les gens croiront que les effets sont provoqués par la nourriture. Les infectés porteront plainte contre les grands producteurs alimentaires. Nous choisissons les produits des marques Campbell's et Kraft. Nous faisons le tour des supermarchés de Groningue, nous les marquons d'une croix rouge sur une carte. Denise allongée entre deux rayons alimentaires. Un commis autour de la cinquantaine assis sur elle. Il lui tient les bras plaqués au sol. Sam et Samantha près de moi. Pétrifiés. Il faut agir. Maintenant. Je frappe l'homme à la tête avec une grosse boîte de petit pois Kraft. Dès qu'il s'écroule à côté d'elle, Denise, comme un chat, court à quatre pattes vers la sortie, où je la perds de vue. Je me tourne. Sam et Samantha sont encore là, immobiles. Mon énervement monte. Je les gifle, ils se réveillent, nous sommes entourés par d'autres commis, nous courons, nous bousculons les corps, nous rejoignons la sortie. Je m'arrête. Sam et Samantha sont loin devant moi. Ce n'est pas juste. Il y a quelque chose qui me met en colère chez ces gens qui travaillent au supermarché, qui nous ont entourés, qui auraient pu nous agresser. Je retourne dans le magasin, je serre à la gorge la première employée que je rencontre, je la pique avec la seringue, lui injecte le laxatif et la jette au sol. Je l'entends crier pendant que je cours au loin.»

    1 hr
  • Émission du 9 février 2021
    Mission encre noire Tome 30 Chapitre 349. Les carnets de l'underground de Gabriel Cholette avec des illustrations de Jacob Pyne paru en 2021 aux éditions Triptyque dans la collection Queer. Le temps d'un black out, Gabriel ne peut vraiment pas dire ce qu'il s'est passé, probablement trop de dope et de fatigue accumulée. Il reprend conscience au milieu d'une rue, à Berlin, Montréal, Miami ou Paris, peu importe. Sa gang d'allié.e.s rassure la population Instagram, ils l'ont retrouvé, un peu amoché et prêt pour la suite. Tout va très vite pour les club kids dans ce livre, un groupe de fêtards excentriques qui célèbre les soirées subversives des scènes raves clandestines d'ici et d'ailleurs. Ne vous y méprenez-pas, ces jeunes activistes de la débauche sans fin, inspirent encore la mode et les arts graphiques aujourd'hui. Gabriel Cholette choisi de revenir sur son époque d'excès en tous genres: de sexe, de drogues et de nuits d'afters dans les meilleurs clubs de la planète. Par de là les clichés moralisateurs sur ces bacchanales, ces lieux se révèlent également un espace sûr d'expression et de créativité pour une minorité marginalisée. Dans cette quête effrénée de plaisirs, ces carnets explorent volontiers la mise en place, en toute indécence, d'un discours qui vise à refuser les représentations policées de l'homosexualité. Nous descendons, ce soir, les marches d'un univers excitant et exubérant en compagnie de l'auteur, Gabriel Cholette est invité à Mission encre noire.
    Extrait:« Je pense qu'une partie de moi a collé le gars pour devenir plus proche de Manue et pour avoir des choses à raconter le lundi à l'école. Au moment même où je le sentais grinder dans mon dos, j'étais déjà bandé et ç'a pas pris de temps pour qu'il mette ses mains dans mon pantalon. Je pense pas qu'on a frenché, ç'a plutôt été complètement physique - ce qui me dérangeait pas, faut dire. J'ai à peine parlé, trop content de retourner vers Manue pour lui raconter ce qui s'était passé. Ça m'a laissé une grande impression parce qu'elle a pas réagi à mon histoire, elle qui avait déjà entendu toutes celles de Dono, de son chum au conservatoire et de JF, qui avait pas fait son coming out à l'époque, mais qui était déjà la queen du U. La soirée s'est terminée trop vite et je suis rentré chez moi par la fenêtre (ce qui était vraiment pas nécessaire parce que mon père s'inquiétait pas trop avec ces choses-là). Le lendemain, je stalkais Dono et JF sur Facebook pour me rendre compte qu'ils avaient publié des mois plus tôt une photo dans un after chez le gars qui m'avait touché, un dude random qui devait frôler la quarantaine, dont on m'a assuré par la suite qu'il était fin, mais qu'il avait le défaut de chiller avec des boys beaucoup trop jeunes faussement certifiés adultes avec leurs belles cartes en papier. J'étais pas encore conscient des questions éthiques soulevées par l'événement, j'étais juste content d'entrer dans le réseau des sluts et d'avoir été touché par quelqu'un qui avait aussi touché certains de mes amis.»
    Errance de Mattia Scarpulla paru en 2020 aux éditions Annika Parance Éditeur. Stefano vient de perdre son travail à l'International Sealines Association, une organisation patrimoniale conservant les traces du débarquement de Normandie. Le Havre est son lieu de résidence avec Sophie, sa femme et sa fille Elisa. Originaire de Gênes ou bien est-ce de Turin ? Stefano perd son temps entre des rendez-vous inutiles dans les services de Pôle emploi. Lorsqu'il accepte un programme d'études à Brest, dans le Finistère, son passé militant ressurgit soudain. Sa vie d'avant refait surface sous la forme de souvenirs encombrants. Naguère, il a fuit l'Italie pour le nord, sous la pression politique d'une police d'État aux abois. De rencontres, en découvertes, celui qui se nomme alors Bruno, va parcourir, par amour, l'échiquier de mouvements activistes des années 70-80, une période faste pour la lutte armée anti-capitaliste. Mattia Scarpulla nous invite à considérer l'éclairage sombre que projette vers nous le soleil noir des années de plomb italiennes. L'indéniable désir de vengeance qui mène la vie de Stefano se révèlera sous un autre jour une fois confronté au harcèlement de spectres dévastateurs. Ci-gît un passé loin d'être pacifié, auquel il est parfois impossible d'échapper sinon, sans doute, en prenant le risque de se heurter à sa propre folie. Errance est un premier roman à boire au goulot pour en atténuer les aspérités car la loi du choix de la violence est la même que celle de la vie: il faut savoir sauver sa peau. Mattia Scarpulla est invité, ce soir, à Mission encre noire.
    Extrait:« À l'aide de seringues miniatures, nous avons introduit des laxatifs et des analgésiques dans diverses boîtes de conserve. Nous ne nous sentons pas à l'aise avec cette action. Sam nous rassure en affirmant que les gens croiront que les effets sont provoqués par la nourriture. Les infectés porteront plainte contre les grands producteurs alimentaires. Nous choisissons les produits des marques Campbell's et Kraft. Nous faisons le tour des supermarchés de Groningue, nous les marquons d'une croix rouge sur une carte. Denise allongée entre deux rayons alimentaires. Un commis autour de la cinquantaine assis sur elle. Il lui tient les bras plaqués au sol. Sam et Samantha près de moi. Pétrifiés. Il faut agir. Maintenant. Je frappe l'homme à la tête avec une grosse boîte de petit pois Kraft. Dès qu'il s'écroule à côté d'elle, Denise, comme un chat, court à quatre pattes vers la sortie, où je la perds de vue. Je me tourne. Sam et Samantha sont encore là, immobiles. Mon énervement monte. Je les gifle, ils se réveillent, nous sommes entourés par d'autres commis, nous courons, nous bousculons les corps, nous rejoignons la sortie. Je m'arrête. Sam et Samantha sont loin devant moi. Ce n'est pas juste. Il y a quelque chose qui me met en colère chez ces gens qui travaillent au supermarché, qui nous ont entourés, qui auraient pu nous agresser. Je retourne dans le magasin, je serre à la gorge la première employée que je rencontre, je la pique avec la seringue, lui injecte le laxatif et la jette au sol. Je l'entends crier pendant que je cours au loin.»
    0 min
  • Émission du 2 février 2021

    Mission encre noire Tome 30 Chapitre 348. La pensée blanche de Lilian Thuram paru en 2020 aux éditions Mémoire d'encrier. À votre avis lorsque vous visualisez la découverte de l'Amérique, est-ce que vous êtes situé du côté des Arawaks ou de Christophe Colomb, l'histoire de la Constitution américaine du point de vue des esclaves, la révolution haïtienne à travers la voix de Toussaint Louverture ? La version apprise à l'école légitime, encore aujourd'hui, un schéma de supériorité et l'adoption de préjugés qui permettent l'adoption d'une construction économique, culturelle et sociale aux effets durablement nuisibles. La pensée blanche s'est répandue comme la norme à travers le monde. Lilian Thuram prend le temps de relire l'Histoire, de relier les faits entre eux, pour mieux déconstruire ce qui constitue la pensée racialiste blanche. À travers de nombreuses références, l'essai nous interroge sur qu'est-ce qu'être blanc ? Comment prendre conscience des mécanismes qui nous empêchent de contester un tel dictat au quotidien ? Le défenseur aux 142 sélections et deux buts mythiques, de l'équipe de France de soccer, lors de la coupe du monde 1998, nous convie, avec cet essai magistral, à entrer en résistance contre le racisme de la pensée blanche pour construire de nouvelles solidarités. Lilian Thuram est invité, ce soir, à Mission encre noire.

    Extrait:« Mais le plus connu des opposants à la pensée blanche est Georges Clemenceau, à l'époque député de Paris. Il a des mots définitifs sur cette hypocrisie: « Non, il n'y a pas de droits de nations dites supérieures contre les nations dites inférieures ; il y a la lutte pour la vie, qui est une nécessité fatale, qu'à mesure que nous nous élevons dans la civilisation, nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit ; mais n'essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation ; ne parlons pas de droit, de devoir ! (...) Ce n'est pas le droit: c'en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c'est joindre à la violence l'hypocrisie.» Et pourtant, bien peu de gens l'ont entendu, parce qu'il oppose aux intérêts économiques de l'époque. Cette idée commune et perverse de Jules Ferry - nous colonisons, par devoir, des peuples qui devraient nous en remercier - fait consensus. Elle est enseignée dès l'enfance aux petits français de la III ème République.»

    L'empire invisible, essai sur la métamorphose de l'Amérique de Mathieu Bélisle, paru en 2020 aux éditions Leméac. «Nous sommes tous Américains» titrait un célèbre éditorial en 2011 de Jean-Marie Colombani dans Le monde. Le 11 septembre 2001 est un événement d'une telle ampleur, absolument inconcevable à priori, qu'il marque l'entrée dans une nouvelle ère: celui de l'empire invisible. force est de constater l'emprise de l'influence étasunienne sur nos vies. D'autant plus que la pandémie du coronavirus, malgré elle, représente une occasion inespérée pour accroître une révolution déjà lancée. Bien loin du déclin annoncé dans les années 90, dotés d'un extraordinaire dynamisme et d'un pragmatisme légendaire nos voisins du sud sont à la veille d'abolir les dernières frontières résistantes à une hégémonie pas comme les autres. Mathieu Bélisle se propose de décortiquer avec brio le phénomène, lui, qui, de part son histoire familiale se sent québécois par accident et toujours un peu plus américain chaque jour. Et vous ? Mathieu Bélisle est invité à Mission encre noire.

    Extrait: « À bien des égards, de telles entreprises poursuivent sur la voie empruntée par leurs prédécesseurs, elles mènent leur offensive sur les deux fronts qui ont permis à l'Amérique d'assurer sa domination sur le monde: la culture et le commerce. Mais cette nouvelle offensive a ceci de particulier qu'elle est en train de réussir là où les tentatives précédentes ont échoué. Car, alors que pendant des siècles l'Amérique était demeurée dans l'esprit du monde une terre exotique, une sorte de paradis perdu ou retrouvé, qu'il avait fallu, pour devenir américain, s'établir en Amérique, que chaque immigrant avait dû, en vivant l'épreuve du déracinement, de la traversée de l'océan et de l'entrée sur le continent, renoncer à sa terre et à sa mémoire pour renaître dans le Nouveau Monde, la migration devient désormais chaque jour de plus en plus facultative. Ce n'est plus nous qui allons vers l'Amérique, c'est l'Amérique qui vient à nous, que nous le voulions ou pas. L'Amérique n'est plus une terre lointaine et étrangère à laquelle nous pouvons accéder au prix de sacrifices immenses ; c'est désormais la chose la mieux partagée du monde, notre bien commun, accessible de partout, où que nous nous trouvions. Inutile de la chercher, elle est déjà là, à portée de main.»

    1 hr
  • Émission du 2 février 2021
    Mission encre noire Tome 30 Chapitre 348. La pensée blanche de Lilian Thuram paru en 2020 aux éditions Mémoire d'encrier. À votre avis lorsque vous visualisez la découverte de l'Amérique, est-ce que vous êtes situé du côté des Arawaks ou de Christophe Colomb, l'histoire de la Constitution américaine du point de vue des esclaves, la révolution haïtienne à travers la voix de Toussaint Louverture ? La version apprise à l'école légitime, encore aujourd'hui, un schéma de supériorité et l'adoption de préjugés qui permettent l'adoption d'une construction économique, culturelle et sociale aux effets durablement nuisibles. La pensée blanche s'est répandue comme la norme à travers le monde. Lilian Thuram prend le temps de relire l'Histoire, de relier les faits entre eux, pour mieux déconstruire ce qui constitue la pensée racialiste blanche. À travers de nombreuses références, l'essai nous interroge sur qu'est-ce qu'être blanc ? Comment prendre conscience des mécanismes qui nous empêchent de contester un tel dictat au quotidien ? Le défenseur aux 142 sélections et deux buts mythiques, de l'équipe de France de soccer, lors de la coupe du monde 1998, nous convie, avec cet essai magistral, à entrer en résistance contre le racisme de la pensée blanche pour construire de nouvelles solidarités. Lilian Thuram est invité, ce soir, à Mission encre noire.
    Extrait:« Mais le plus connu des opposants à la pensée blanche est Georges Clemenceau, à l'époque député de Paris. Il a des mots définitifs sur cette hypocrisie: « Non, il n'y a pas de droits de nations dites supérieures contre les nations dites inférieures ; il y a la lutte pour la vie, qui est une nécessité fatale, qu'à mesure que nous nous élevons dans la civilisation, nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit ; mais n'essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation ; ne parlons pas de droit, de devoir ! (...) Ce n'est pas le droit: c'en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c'est joindre à la violence l'hypocrisie.» Et pourtant, bien peu de gens l'ont entendu, parce qu'il oppose aux intérêts économiques de l'époque. Cette idée commune et perverse de Jules Ferry - nous colonisons, par devoir, des peuples qui devraient nous en remercier - fait consensus. Elle est enseignée dès l'enfance aux petits français de la III ème République.»
    L'empire invisible, essai sur la métamorphose de l'Amérique de Mathieu Bélisle, paru en 2020 aux éditions Leméac. «Nous sommes tous Américains» titrait un célèbre éditorial en 2011 de Jean-Marie Colombani dans Le monde. Le 11 septembre 2001 est un événement d'une telle ampleur, absolument inconcevable à priori, qu'il marque l'entrée dans une nouvelle ère: celui de l'empire invisible. force est de constater l'emprise de l'influence étasunienne sur nos vies. D'autant plus que la pandémie du coronavirus, malgré elle, représente une occasion inespérée pour accroître une révolution déjà lancée. Bien loin du déclin annoncé dans les années 90, dotés d'un extraordinaire dynamisme et d'un pragmatisme légendaire nos voisins du sud sont à la veille d'abolir les dernières frontières résistantes à une hégémonie pas comme les autres. Mathieu Bélisle se propose de décortiquer avec brio le phénomène, lui, qui, de part son histoire familiale se sent québécois par accident et toujours un peu plus américain chaque jour. Et vous ? Mathieu Bélisle est invité à Mission encre noire.
    Extrait: « À bien des égards, de telles entreprises poursuivent sur la voie empruntée par leurs prédécesseurs, elles mènent leur offensive sur les deux fronts qui ont permis à l'Amérique d'assurer sa domination sur le monde: la culture et le commerce. Mais cette nouvelle offensive a ceci de particulier qu'elle est en train de réussir là où les tentatives précédentes ont échoué. Car, alors que pendant des siècles l'Amérique était demeurée dans l'esprit du monde une terre exotique, une sorte de paradis perdu ou retrouvé, qu'il avait fallu, pour devenir américain, s'établir en Amérique, que chaque immigrant avait dû, en vivant l'épreuve du déracinement, de la traversée de l'océan et de l'entrée sur le continent, renoncer à sa terre et à sa mémoire pour renaître dans le Nouveau Monde, la migration devient désormais chaque jour de plus en plus facultative. Ce n'est plus nous qui allons vers l'Amérique, c'est l'Amérique qui vient à nous, que nous le voulions ou pas. L'Amérique n'est plus une terre lointaine et étrangère à laquelle nous pouvons accéder au prix de sacrifices immenses ; c'est désormais la chose la mieux partagée du monde, notre bien commun, accessible de partout, où que nous nous trouvions. Inutile de la chercher, elle est déjà là, à portée de main.»
    0 min
  • Émission du 26 janvier 2021

    Mission encre noire Tome 30 Chapitre 347. Le printemps des traîtres de Christian Giguère paru en 2020 aux éditions Héliotrope noir. Lorsque Michaël pose son sac à la sortie du métro Longueuil, son estomac se serre. Deux ans ont passé à se tenir toujours trop loin de sa fille, dans le parloir de la prison Bordeaux. Deux ans moins un jour qu'il y pense, il faut qu'ils décampent, lui, Dominique et Justice, loin de cette banlieue, loin de la drogue, ailleurs, à l'autre bout du pays. On essaie de ne pas trop y penser, être taulard c'est quand vivre avec le poids d'une enclume autour du cou. Les flics ne le lâchent pas d'une semelle, son vieux chum Colm O'Brien veut le faire replonger, la pègre guette le bon moment pour lui mettre le grappin dessus. Longueuil est si proche du paradis perdu. En échange d'aider à faire tomber le clan McCallister, Michaël aura sa chance, à lui de la saisir. Cependant, dans ce milieu qui fleurent bon la malversation politique, au coeur d'une réélection douteuse qui concerne la circonscription Marie-Victorin, le jeu de dés est pipé. La plume implacable de Christian Giguère trempe dans le jus sale des affaires de moeurs, de corruption politique et de règlement de compte expéditifs. Si le noir, c'est «raconter la mort aux vivants» dixit Robin Cook, Christian vise juste aussi, pour lui il s'agit de «dévoiler les secrets de la nuit». Christian Giguère est invité, ce soir, à Mission encre noire.

    Extrait: « Au moment où le camion cube se rangeait sur l'asphalte lézardé devant l'hôtel dans le secteur Ville Saint-Pierre, Colm informait Happy, Aidan et Michaël que deux chambres leur avaient été réservées au deuxième étage. On s'occuperait de leur faire monter du poulet barbecue. Il viendrait personnellement les chercher à la tombée de la nuit. Question de laisser la poussière retomber, de préparer la suite et d'établir un alibi solide, loin du quartier Désormaux si jamais quelqu'un demandait des comptes, Billy avait aussi loué des chambres la veille pour lui et sa garde rapprochée. Le patron avait convié tous ceux qui étaient impliqués dans le coup à un conciliabule dans une salle de conférence au rez-de-chaussée. Par la fenêtre de sa chambre, Michaël balaya du regard les vieux garages, le salon de quilles Rosebowl et le club de stripteaseuses le long de la rue Saint-Jacques qui, à cette hauteur, ressemblait à une vieille piste d'atterrissage en béton. Il réalisa du coup qu'ils se trouvaient à quelques kilomètres à peine de l'ancien quartier général symbolique du gang de l'ouest, le Nittolo's Garden. dans les années 1980, Dunie Ryan avait l'habitude de finir ses soirées avec ses frères d'armes dans ce restaurant italien doublé d'un motel. Le bâtiment avait été rasé quelques années après que le célèbre trafiquant y avait été criblé de balles dans sa chambre préférée.»

    Brébeuf de Catherine Côté paru en 2020 aux éditions Triptyque dans la collection Policier. Montréal, octobre 1947. 9h02, un lundi matin pluvieux dans le bureau enfumé de son psychiatre, Léopold Gauthier, voudrait se débarrasser de ce mal de tête lancinant qui le réveille la nuit. Il a passé sept ans éloigné des siens, de Suzanne, sa femme, stationné en Europe avec les troupes d'occupation depuis le 13 janvier 1940. Il en a vu des horreurs, lui qui occupait le poste de détective au sein de la Sûreté de Montréal depuis un an, ne s'attendait pas à ça. Suzanne voit bien qu'il n'est plus le même homme. Devenue reporter au Montréal-Matin, elle se voit prise dans les rets d'un sombre affaire de meurtres en série au collège Jean-de-Brébeuf. À peine réveiller, Marcus O'Malley a tout juste le temps de savourer son rye dans sa tasse de café du matin, l'ancien partenaire de Léopold constate qu'il en a plein les bras. Il lui propose de le rejoindre pour enquêter sur cette sombre affaire. D'autant plus que le meurtrier semble inarrêtable. Les heures et les minutes comptent double et plus pour le duo de limiers. Catherine Côté remonte le cours du temps et plonge en eau profonde pour démêler les fils de cette intrigue. Embarquée dans une série qui aime bousculer les clichés du genre classique des polars à enquête. L'autrice impose déjà une intense puissance romanesque. Catherine Côté est, ce soir, à Mission encre noire.

    Extrait:« C'est le boisé du Mont-Royal, pas la forêt-Noire. Les frênes et les érables sont espacés, et on peut voir le ciel entre leurs branches malingres qui s'étirent comme des doigts de sorcières au-dessus des têtes. Suzanne Gauthier marche lentement, ses chaussures s'enfoncent dans la terre boueuse. Elle pense au cardigan ensanglanté, dans la boîte, à Léopold, qui est peut-être à la maison et qui refuse de répondre au téléphone, ou qui est peut-être parti faire une autre entrevue. Et aussi à tout le vin qu'elle a bu la veille. Peut-être qu'Adèle a raison, au fond. Peut-être que c'est l'un de ses frères de Brébeuf qui a fait le coup. Et que tout est presque fini. La veille, durant la nuit, Léopold parlait dans son sommeil. Il marmonnait des paroles incompréhensibles. Son agitation a réveillé Suzanne, et même après qu'il s'est calmé elle n'a pas pu se rendormir. Jusqu'à l'aube, elle l'a serré contre elle, écoutant sa lente et lourde respiration, contemplant la lumière de la lune faiblement reflétée sur les murs. Puis elle s'est levée, habillée, et a filé à la recherche d'une distraction.»

    1 hr
  • Émission du 26 janvier 2021
    Mission encre noire Tome 30 Chapitre 347. Le printemps des traîtres de Christian Giguère paru en 2020 aux éditions Héliotrope noir. Lorsque Michaël pose son sac à la sortie du métro Longueuil, son estomac se serre. Deux ans ont passé à se tenir toujours trop loin de sa fille, dans le parloir de la prison Bordeaux. Deux ans moins un jour qu'il y pense, il faut qu'ils décampent, lui, Dominique et Justice, loin de cette banlieue, loin de la drogue, ailleurs, à l'autre bout du pays. On essaie de ne pas trop y penser, être taulard c'est quand vivre avec le poids d'une enclume autour du cou. Les flics ne le lâchent pas d'une semelle, son vieux chum Colm O'Brien veut le faire replonger, la pègre guette le bon moment pour lui mettre le grappin dessus. Longueuil est si proche du paradis perdu. En échange d'aider à faire tomber le clan McCallister, Michaël aura sa chance, à lui de la saisir. Cependant, dans ce milieu qui fleurent bon la malversation politique, au coeur d'une réélection douteuse qui concerne la circonscription Marie-Victorin, le jeu de dés est pipé. La plume implacable de Christian Giguère trempe dans le jus sale des affaires de moeurs, de corruption politique et de règlement de compte expéditifs. Si le noir, c'est «raconter la mort aux vivants» dixit Robin Cook, Christian vise juste aussi, pour lui il s'agit de «dévoiler les secrets de la nuit». Christian Giguère est invité, ce soir, à Mission encre noire.
    Extrait: « Au moment où le camion cube se rangeait sur l'asphalte lézardé devant l'hôtel dans le secteur Ville Saint-Pierre, Colm informait Happy, Aidan et Michaël que deux chambres leur avaient été réservées au deuxième étage. On s'occuperait de leur faire monter du poulet barbecue. Il viendrait personnellement les chercher à la tombée de la nuit. Question de laisser la poussière retomber, de préparer la suite et d'établir un alibi solide, loin du quartier Désormaux si jamais quelqu'un demandait des comptes, Billy avait aussi loué des chambres la veille pour lui et sa garde rapprochée. Le patron avait convié tous ceux qui étaient impliqués dans le coup à un conciliabule dans une salle de conférence au rez-de-chaussée. Par la fenêtre de sa chambre, Michaël balaya du regard les vieux garages, le salon de quilles Rosebowl et le club de stripteaseuses le long de la rue Saint-Jacques qui, à cette hauteur, ressemblait à une vieille piste d'atterrissage en béton. Il réalisa du coup qu'ils se trouvaient à quelques kilomètres à peine de l'ancien quartier général symbolique du gang de l'ouest, le Nittolo's Garden. dans les années 1980, Dunie Ryan avait l'habitude de finir ses soirées avec ses frères d'armes dans ce restaurant italien doublé d'un motel. Le bâtiment avait été rasé quelques années après que le célèbre trafiquant y avait été criblé de balles dans sa chambre préférée.»
    Brébeuf de Catherine Côté paru en 2020 aux éditions Triptyque dans la collection Policier. Montréal, octobre 1947. 9h02, un lundi matin pluvieux dans le bureau enfumé de son psychiatre, Léopold Gauthier, voudrait se débarrasser de ce mal de tête lancinant qui le réveille la nuit. Il a passé sept ans éloigné des siens, de Suzanne, sa femme, stationné en Europe avec les troupes d'occupation depuis le 13 janvier 1940. Il en a vu des horreurs, lui qui occupait le poste de détective au sein de la Sûreté de Montréal depuis un an, ne s'attendait pas à ça. Suzanne voit bien qu'il n'est plus le même homme. Devenue reporter au Montréal-Matin, elle se voit prise dans les rets d'un sombre affaire de meurtres en série au collège Jean-de-Brébeuf. À peine réveiller, Marcus O'Malley a tout juste le temps de savourer son rye dans sa tasse de café du matin, l'ancien partenaire de Léopold constate qu'il en a plein les bras. Il lui propose de le rejoindre pour enquêter sur cette sombre affaire. D'autant plus que le meurtrier semble inarrêtable. Les heures et les minutes comptent double et plus pour le duo de limiers. Catherine Côté remonte le cours du temps et plonge en eau profonde pour démêler les fils de cette intrigue. Embarquée dans une série qui aime bousculer les clichés du genre classique des polars à enquête. L'autrice impose déjà une intense puissance romanesque. Catherine Côté est, ce soir, à Mission encre noire.
    Extrait:« C'est le boisé du Mont-Royal, pas la forêt-Noire. Les frênes et les érables sont espacés, et on peut voir le ciel entre leurs branches malingres qui s'étirent comme des doigts de sorcières au-dessus des têtes. Suzanne Gauthier marche lentement, ses chaussures s'enfoncent dans la terre boueuse. Elle pense au cardigan ensanglanté, dans la boîte, à Léopold, qui est peut-être à la maison et qui refuse de répondre au téléphone, ou qui est peut-être parti faire une autre entrevue. Et aussi à tout le vin qu'elle a bu la veille. Peut-être qu'Adèle a raison, au fond. Peut-être que c'est l'un de ses frères de Brébeuf qui a fait le coup. Et que tout est presque fini. La veille, durant la nuit, Léopold parlait dans son sommeil. Il marmonnait des paroles incompréhensibles. Son agitation a réveillé Suzanne, et même après qu'il s'est calmé elle n'a pas pu se rendormir. Jusqu'à l'aube, elle l'a serré contre elle, écoutant sa lente et lourde respiration, contemplant la lumière de la lune faiblement reflétée sur les murs. Puis elle s'est levée, habillée, et a filé à la recherche d'une distraction.»
    0 min
  • Émission du 19 janvier 2021

    Mission encre noire Tome 30 Chapitre 346. Métamorphoses de Charles-Étienne Ferland paru en 2020 aux éditions L'interligne. La fin du monde c'était il y a un déjà un an. Une simple vibration anodine comme un tremblement de terre a tout changé. Une nouvelle espèce de guêpes géantes est apparue et a ravagé toutes les cultures agricoles de la planète. Les hyménoptères ont faim, l'être humain fera leur affaire. Jack ne veut pas finir prisonnier dans une ruche pour servir de repas. Il dérobe alors un échantillon d'élixir au pouvoir étrange, un moyen inédit de se nourrir. Il fuit alors Montréal à pied pour retrouver sa famille, réfugiée sur l'île de Main Duck Island sur le lac Ontario. Tout devrait bien aller si ce n'est cette soif qui le taraude sans cesse. Et puis il y a la présence de cette silhouette aux yeux jaunes qui le guette et le toise de son sourire mauvais. Il croisera de nombreux réfugié.e.s dans son exil, en particulier une communauté qui vit à l'intérieur d'un dôme grillagé sous la menace d'une bête carnivore impitoyable. Véritable vampire, sa réputation le précède, le monstre sera un obstacle sérieux à la course de Jack. Charles-Étienne Ferland use de toutes les facettes d'un genre qu'il affectionne expressément pour produire une trilogie débuté en 2018 avec Dévorés. Il sait faire partager cet univers si saisissant des littératures de l'imaginaire, en épiçant une trame accrocheuse de multiples trouvailles empruntées à sa connaissance de l'entomologie et de la voile. Imaginez-vous devoir sortir pour vous nourrir seulement le soir et être tenu de surveiller le moindre rayon de lumière synonyme de mort radicale ! J'accueille, ce soir, Charles-Étienne Ferland à Mission encre noire.

    Extrait:« Les lilas de mai fleurissent. Les moustiques hantent les bois. Camp après camp, refuge après refuge, la bête se jette sur chaque homme, femme, enfant, pour se repaître de leur sang et alimenter un étrange champignon qu'elle transporte dans un sac sur son dos. L'organisme émeraude et cyan possède la forme d'un portobello avec de petites billes sous le chapeau, suspendues depuis les lamelles. C'est dans ces sphères ocre que s'accumule l'hémonectar. La nuit, la bête laisse derrière elle une traînée de spores rouges incandescentes comme un sillage de minuscules étoiles. Derrière la créature chimérique, sèchent des corps vidés. errante et presque nue, elle porte les lambeaux d'une paire de jeans. Sur sa peau épaisse, s'additionnent les cicatrices de multiples coups de feu ou de couteau. Elle flaire les survivants. Alors, ses yeux jaunes se plissent. Dès qu'une odeur de chair fraîche vient chatouiller ses naseaux, le monstre repart pour une nouvelle tournée. Le rituel meurtrier se répète.»

    Zone 51 de Christiane Lahaie paru en 2020 aux éditions Lévesque éditeur dans la collection Réverbération. Laissez ici vos à priori concernant la zone 51, cette base secrète abritant soi-disant des extraterrestres quelque part dans le désert du Nevada. Cet objet littéraire non identifié que vous tenez dans vos mains n'est pas un roman de science fiction, malgré les apparences. La jeune narratrice fouille ses souvenirs et les notes d'un carnet que tenait à jour Olivia Solès avant son énigmatique disparition, quarante ans plus tôt. Fraichement diplômée, la téméraire équipe embarque à quatre dans un périple à travers la mythique route 66 pour rejoindre la zone 51. Fasciné.e.s  par le phénomène extra-terrestres, sauf la narratrice, issue d'une famille riche et en mal d'émotions fortes, le quatuor va quitter le Québec pour une odyssée de cinq mille kilomètres en passant à travers l'Illinois, le Missouri, le nord du Kansas, l'Oklahoma, le Texas et Le Nouveau-Mexique. Au fil du voyage, les histoires de chacun se révèlent. À la fois récit personnel, road novel et réflexion documentée sur un phénomène qui magnétise l'humanité depuis la nuit des temps, Zone 51 interroge les limites du possible pour une équipée livrée à elle-même, au milieu de nulle part, à la fin des années 80. Christiane Lahaie convainc car elle émeut profondément sur la trajectoire tragique de cette jeune femme perdue. Ce roman vibre de la douce ironie qui s'empare parfois d'un texte critique à l'égard des chimères que s'inventent les êtres humains. Il vous faudra atteindre, à votre tour, les dernières pages pour qu'enfin les secrets émergent. Puisque la vérité est ailleurs, j'accueille Christiane Lahaie à Mission encre noire.

    Extrait:« Antoine avait tout consulté sur les statues de l'île de Pâques, trop lourdes pour avoir été transportées par des humains, et sur un aéronef qui serait tombé à Roswell. Il se tenait bien au fait des observations d'ovnis de par le monde, toujours suivies d'apparitions d'Hommes en noir. Les hommes en noir, ça, c'était la meilleure. Antoine tenait mordicus à me convaincre. Il prétendait qu'il s'agissait d'extraterrestres espions, chargés de faire taire ceux qui avaient envie de mettre au jour leur présence parmi nous. J'ai eu beau rétorquer que ces fameux inconnus en complets et cravates étaient apparus au début de la guerre froide, il n'a rien voulu entendre. Il avait raconté qu'en 1947, un certain Harold Dahl avait cru voir un ovni au large de Maury Island, s'en était vanté et avait aussitôt reçu une «visite».»

     

    1 hr
  • Émission du 19 janvier 2021
    Mission encre noire Tome 30 Chapitre 346. Métamorphoses de Charles-Étienne Ferland paru en 2020 aux éditions L'interligne. La fin du monde c'était il y a un déjà un an. Une simple vibration anodine comme un tremblement de terre a tout changé. Une nouvelle espèce de guêpes géantes est apparue et a ravagé toutes les cultures agricoles de la planète. Les hyménoptères ont faim, l'être humain fera leur affaire. Jack ne veut pas finir prisonnier dans une ruche pour servir de repas. Il dérobe alors un échantillon d'élixir au pouvoir étrange, un moyen inédit de se nourrir. Il fuit alors Montréal à pied pour retrouver sa famille, réfugiée sur l'île de Main Duck Island sur le lac Ontario. Tout devrait bien aller si ce n'est cette soif qui le taraude sans cesse. Et puis il y a la présence de cette silhouette aux yeux jaunes qui le guette et le toise de son sourire mauvais. Il croisera de nombreux réfugié.e.s dans son exil, en particulier une communauté qui vit à l'intérieur d'un dôme grillagé sous la menace d'une bête carnivore impitoyable. Véritable vampire, sa réputation le précède, le monstre sera un obstacle sérieux à la course de Jack. Charles-Étienne Ferland use de toutes les facettes d'un genre qu'il affectionne expressément pour produire une trilogie débuté en 2018 avec Dévorés. Il sait faire partager cet univers si saisissant des littératures de l'imaginaire, en épiçant une trame accrocheuse de multiples trouvailles empruntées à sa connaissance de l'entomologie et de la voile. Imaginez-vous devoir sortir pour vous nourrir seulement le soir et être tenu de surveiller le moindre rayon de lumière synonyme de mort radicale ! J'accueille, ce soir, Charles-Étienne Ferland à Mission encre noire.
    Extrait:« Les lilas de mai fleurissent. Les moustiques hantent les bois. Camp après camp, refuge après refuge, la bête se jette sur chaque homme, femme, enfant, pour se repaître de leur sang et alimenter un étrange champignon qu'elle transporte dans un sac sur son dos. L'organisme émeraude et cyan possède la forme d'un portobello avec de petites billes sous le chapeau, suspendues depuis les lamelles. C'est dans ces sphères ocre que s'accumule l'hémonectar. La nuit, la bête laisse derrière elle une traînée de spores rouges incandescentes comme un sillage de minuscules étoiles. Derrière la créature chimérique, sèchent des corps vidés. errante et presque nue, elle porte les lambeaux d'une paire de jeans. Sur sa peau épaisse, s'additionnent les cicatrices de multiples coups de feu ou de couteau. Elle flaire les survivants. Alors, ses yeux jaunes se plissent. Dès qu'une odeur de chair fraîche vient chatouiller ses naseaux, le monstre repart pour une nouvelle tournée. Le rituel meurtrier se répète.»
    Zone 51 de Christiane Lahaie paru en 2020 aux éditions Lévesque éditeur dans la collection Réverbération. Laissez ici vos à priori concernant la zone 51, cette base secrète abritant soi-disant des extraterrestres quelque part dans le désert du Nevada. Cet objet littéraire non identifié que vous tenez dans vos mains n'est pas un roman de science fiction, malgré les apparences. La jeune narratrice fouille ses souvenirs et les notes d'un carnet que tenait à jour Olivia Solès avant son énigmatique disparition, quarante ans plus tôt. Fraichement diplômée, la téméraire équipe embarque à quatre dans un périple à travers la mythique route 66 pour rejoindre la zone 51. Fasciné.e.s  par le phénomène extra-terrestres, sauf la narratrice, issue d'une famille riche et en mal d'émotions fortes, le quatuor va quitter le Québec pour une odyssée de cinq mille kilomètres en passant à travers l'Illinois, le Missouri, le nord du Kansas, l'Oklahoma, le Texas et Le Nouveau-Mexique. Au fil du voyage, les histoires de chacun se révèlent. À la fois récit personnel, road novel et réflexion documentée sur un phénomène qui magnétise l'humanité depuis la nuit des temps, Zone 51 interroge les limites du possible pour une équipée livrée à elle-même, au milieu de nulle part, à la fin des années 80. Christiane Lahaie convainc car elle émeut profondément sur la trajectoire tragique de cette jeune femme perdue. Ce roman vibre de la douce ironie qui s'empare parfois d'un texte critique à l'égard des chimères que s'inventent les êtres humains. Il vous faudra atteindre, à votre tour, les dernières pages pour qu'enfin les secrets émergent. Puisque la vérité est ailleurs, j'accueille Christiane Lahaie à Mission encre noire.
    Extrait:« Antoine avait tout consulté sur les statues de l'île de Pâques, trop lourdes pour avoir été transportées par des humains, et sur un aéronef qui serait tombé à Roswell. Il se tenait bien au fait des observations d'ovnis de par le monde, toujours suivies d'apparitions d'Hommes en noir. Les hommes en noir, ça, c'était la meilleure. Antoine tenait mordicus à me convaincre. Il prétendait qu'il s'agissait d'extraterrestres espions, chargés de faire taire ceux qui avaient envie de mettre au jour leur présence parmi nous. J'ai eu beau rétorquer que ces fameux inconnus en complets et cravates étaient apparus au début de la guerre froide, il n'a rien voulu entendre. Il avait raconté qu'en 1947, un certain Harold Dahl avait cru voir un ovni au large de Maury Island, s'en était vanté et avait aussitôt reçu une «visite».»
    0 min
  • Émission du 15 décembre 2020

    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 345. L'oeil du maître de Dalie Giroux paru en 2020 aux éditions Mémoire d'encrier. Je vous souhaite une excellente année 2021 à tout.e.s. «Maître chez nous»: qu'est-ce que peut bien évoquer cette idée si populaire au Québec ? Que se cache-t-il derrière une expression énoncée pour la première fois en 1962 et passée dans le langage populaire depuis ? Dalie Giroux vous propose de fouiller les ruines de la structure coloniale, de raconter les rapports de pouvoir dissimulés en catimini par cette expression loin d'être anodine. Aujourd'hui, il se pose plus que jamais la question de savoir ce qu'est un maître et quelle est l'utilité de cette forme de pouvoir dans un monde qui s'essouffle ? Dalie Giroux nous offre ici la possibilité de cheminer autrement l'histoire du colonialisme et de la décolonisation au Québec. C'est par l'intermédiaire d'une pensée inclusive, antiraciste, féministe, abolitionniste, écologiste et autochtone que s'aligne ce remarquable essai. Je vous propose de mettre un doigt dans l'oeil du maître Champlain en compagnie de Dalie Giroux, ce soir, à Mission encre noire.

    Extrait:« La question politique québéquoise pour le 21 ème siècle ne sera pas celle de trouver le chemin à emprunter pour enfin «véritablement» devenir maître chez soi, ce qui signifierait de compléter la colonisation européenne des Amériques en «notre» nom, mais de réfléchir et d'agir en fonction de l'objectif réel et impérieux d'abolir, en mode grande alliance, toutes les relations de servitude qui font la forme coloniale franco-britannique de dépossession dont nous héritons, de manière différenciée, qui que nous soyons. Comment, donc, vivre sans maître, collectivement, de manière soutenable, dans les territoires coloniaux franco-britanniques que nous avons en partage, nous, c'est-à-dire n'importe qui, n'importe quand, n'importe où?»

    L'avenir de Catherine Leroux paru en 2020 aux éditions Alto. Fort Détroit, USA: abandonnées, brûlées, les demeures qui restent encore en place se découpent sur un horizon rendu chaotique par le règne d'une nature redevenue sauvage. Gloria s'attarde dans les vestiges éventrés d'un quartier à la recherche de ses petites filles disparues à la suite du décès soudain de leur mère. Pour l'aider dans sa quête, elle va se lier d'amitié avec une communauté francophone dont l'épicentre se situe dans une résidence victorienne majestueuse. C'est vers l'étrange parc de la Rouge, à une demi-heure de là, que les premiers indices vont la guider. Un drôle d'endroit qui a la mauvaise réputation d'être le royaume d'une horde d'enfants des rues qui règne dans les arbres. Pirates, fées et bêtes sauvages peuplent joyeusement ce monde brutal, qui n'est pas sans rappeler le monde imaginaire de Peter pan. Une électrisante aventure peut alors commencer, dans un monde où vibre une mystérieuse rivière souterraine, et où la rumeur se pare d'une mosaïque linguistique rafraîchissante. Nous nous penchons, ce soir, à la fenêtre de l'avenir, accompagnés de notre invitée, Catherine Leroux.

    Extrait: « Il a plu sur le camp pendant la nuit, et ce matin le soleil tonne à travers la mouillure, le scintillement de l'eau accrochée aux branches est comme un carillon neuf. Depuis la crête, Jolie regarde, la tête bourrée des odeurs de la forêt humide, la boue, la terre et le bois qui filtrent le temps, la sève en plein élan et la rouille, un parfum ferreux qui mord ses os, qui grimpe aux noeuds de ses cheveux. C'est cette odeur qui l'a tirée de son sac de couchage et entraînée dehors si tôt, malgré la nuit passée à monter la garde. Vue de surplomb, la minutie du Ravin devient un paysage qu'on voudrait dessiner - le désordre du camp, la gloire des arbres, le fouillis des buissons, les colonnes de lumière qui pilonnent la terre. Comme toujours, Jolie voit à la fois large et petit, la grandeur du ciel et la précision des cailloux ; les trésors sont à la fois immenses et infinitésimaux.»

    1 hr 1 min
  • Émission du 15 décembre 2020
    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 345. L'oeil du maître de Dalie Giroux paru en 2020 aux éditions Mémoire d'encrier. Je vous souhaite une excellente année 2021 à tout.e.s. «Maître chez nous»: qu'est-ce que peut bien évoquer cette idée si populaire au Québec ? Que se cache-t-il derrière une expression énoncée pour la première fois en 1962 et passée dans le langage populaire depuis ? Dalie Giroux vous propose de fouiller les ruines de la structure coloniale, de raconter les rapports de pouvoir dissimulés en catimini par cette expression loin d'être anodine. Aujourd'hui, il se pose plus que jamais la question de savoir ce qu'est un maître et quelle est l'utilité de cette forme de pouvoir dans un monde qui s'essouffle ? Dalie Giroux nous offre ici la possibilité de cheminer autrement l'histoire du colonialisme et de la décolonisation au Québec. C'est par l'intermédiaire d'une pensée inclusive, antiraciste, féministe, abolitionniste, écologiste et autochtone que s'aligne ce remarquable essai. Je vous propose de mettre un doigt dans l'oeil du maître Champlain en compagnie de Dalie Giroux, ce soir, à Mission encre noire.
    Extrait:« La question politique québéquoise pour le 21 ème siècle ne sera pas celle de trouver le chemin à emprunter pour enfin «véritablement» devenir maître chez soi, ce qui signifierait de compléter la colonisation européenne des Amériques en «notre» nom, mais de réfléchir et d'agir en fonction de l'objectif réel et impérieux d'abolir, en mode grande alliance, toutes les relations de servitude qui font la forme coloniale franco-britannique de dépossession dont nous héritons, de manière différenciée, qui que nous soyons. Comment, donc, vivre sans maître, collectivement, de manière soutenable, dans les territoires coloniaux franco-britanniques que nous avons en partage, nous, c'est-à-dire n'importe qui, n'importe quand, n'importe où?»
    L'avenir de Catherine Leroux paru en 2020 aux éditions Alto. Fort Détroit, USA: abandonnées, brûlées, les demeures qui restent encore en place se découpent sur un horizon rendu chaotique par le règne d'une nature redevenue sauvage. Gloria s'attarde dans les vestiges éventrés d'un quartier à la recherche de ses petites filles disparues à la suite du décès soudain de leur mère. Pour l'aider dans sa quête, elle va se lier d'amitié avec une communauté francophone dont l'épicentre se situe dans une résidence victorienne majestueuse. C'est vers l'étrange parc de la Rouge, à une demi-heure de là, que les premiers indices vont la guider. Un drôle d'endroit qui a la mauvaise réputation d'être le royaume d'une horde d'enfants des rues qui règne dans les arbres. Pirates, fées et bêtes sauvages peuplent joyeusement ce monde brutal, qui n'est pas sans rappeler le monde imaginaire de Peter pan. Une électrisante aventure peut alors commencer, dans un monde où vibre une mystérieuse rivière souterraine, et où la rumeur se pare d'une mosaïque linguistique rafraîchissante. Nous nous penchons, ce soir, à la fenêtre de l'avenir, accompagnés de notre invitée, Catherine Leroux.
    Extrait: « Il a plu sur le camp pendant la nuit, et ce matin le soleil tonne à travers la mouillure, le scintillement de l'eau accrochée aux branches est comme un carillon neuf. Depuis la crête, Jolie regarde, la tête bourrée des odeurs de la forêt humide, la boue, la terre et le bois qui filtrent le temps, la sève en plein élan et la rouille, un parfum ferreux qui mord ses os, qui grimpe aux noeuds de ses cheveux. C'est cette odeur qui l'a tirée de son sac de couchage et entraînée dehors si tôt, malgré la nuit passée à monter la garde. Vue de surplomb, la minutie du Ravin devient un paysage qu'on voudrait dessiner - le désordre du camp, la gloire des arbres, le fouillis des buissons, les colonnes de lumière qui pilonnent la terre. Comme toujours, Jolie voit à la fois large et petit, la grandeur du ciel et la précision des cailloux ; les trésors sont à la fois immenses et infinitésimaux.»
    0 min

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