Mission encre noire

Mission encre noire

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Mission encre noire episodes

  • Émission du 8 décembre 2020

    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 344. Faire les sucres de Fanny Britt paru en 2020 aux éditions Le cheval d'Août. Adam Dumont a failli mourir stupidement à Martha's Vineyard. Sa planche de heurte salement le genou d'une jeune femme sur le bord de la plage. Il coule. Depuis, il n'a plus le goût à rien. Son restaurant branché, son émission de télé à succès, son couple, ses enfants, tout semble lui échapper brusquement. Si ce n'est le besoin viscéral de s'acheter cette érablière qui pourrait peut-être le soulager. Marion s'étonne encore de la vitesse à laquelle leur projet de famille idéale prend l'eau. Prendre un amant changera-t-il les choses ? Célia se tord de douleur, suite à l'accident, ce qui l'étonne néanmoins c'est la présence en elle d'une rage pesante comme une vague terrible et menaçante. Inquiète, elle ne manquera pas de jeter un regard cinglant sur sa situation. La plume tendre et acérée de Fanny Britt menace le fébrile château de carte élaboré par ce couple dont la vie est auréolée de succès. En multipliant avec habileté les points de vue, l'écriture corrosive nous immerge efficacement dans un univers de privilèges qui peu à peu s'étiole. Pendant ce temps, le niveau de la mer monte et personne ne sera épargné, Célia le sait si bien. je reçois Fanny Britt, ce soir, à Mission encre noire.

    Extrait: « «C'est toi le boss», disait-il invariablement. Adam s'était demandé s'il se faisait niaiser et si cette déclaration d'obéissance répétée de la part de Sylvain ne constituait pas sa façon de lui faire comprendre que tout ça était ridicule: l'érablière, la cabane à sucre, les grands projets qui prenaient les hommes de son acabit quand ils vieillissaient et avaient trop de moyens. Et la notion de boss, tout aussi risible. Si boss il y avait, c'était d'abord la forêt, le climat, puis l'union des producteurs de sirop d'érable, et loin derrière, l'acériculteur. Et Sylvain le savait, et en disant «C'est toi le boss, boss», il établissait surtout qu'Adam, lui, n'y connaissait rien.»

    Liv Maria de Julia Kerninon paru en 2020 aux éditions Annika Parance Éditeur. Élevée sur une île bretonne par un marin de commerce norvégien, amoureux de littérature et une mère tenancière de café, solide et fière, Liv Maria a plusieurs atouts pour affronter la vie. Sans destination particulière, les circonstances vont la mener à Berlin, puis sur le continent sud américain et en Irlande. Amoureuse insatiable, passionnée inlassable, elle va croquer à pleines dents dans ce que le destin lui offre de rencontres et d'expériences en tout genre. Elle accostera les rives de l'amour sous différents visages, de l'amoureuse du professeur d'été, à l'aventurière aux poignets d'or, en passant par la madone installée dans une vie d'épouse. Mais un seul visage reviendra sans cesse la hanter, malgré tout, un secret qu'elle aurait souhaité, lâchement, enfouie à jamais. Jeune berlinoise ou en demi-Norvégienne souriante et mystérieuse, Liv Maria sait que la vie ne vaut d'être vécue sans amour. Ce magnifique portrait très romanesque se déguste avec gourmandise, les doigts encore collants d'impatience. Julia Kerninon est invitée à Mission encre noire.

    Extrait: « Elle avait débarqué à Santiago du Chili avec une valise légère, un coeur lourd et un dictionnaire d'espagnol. Elle avait pris une chambre en ville. Elle avait d'abord trouvé du travail comme plongeuse dans un restaurant, ensuite, quand son espagnol était devenu meilleur, comme serveuse, et puis, des fourmis dans les jambes, elle avait quitté la capitale pour monter plus au nord, jusqu'à la région de Coquimbo, où elle avait entendu dire qu'on cherchait du monde pour la cueillette des fruits. Elle voulait utiliser ses bras. Dans la vallée d'Ovalle, elle avait cueilli du raisin et des poires, tout le temps de la récolte, avant de monter encore plus haut, vers l'Atacama, pour les myrtilles. Six semaines durant, elle s'était écroulée soir après soir sur son matelas les doigts bleu-noir, le dos brisé. Pour la première fois depuis son retour de Berlin deux ans plus tôt, elle avait recommencé à faire l'amour, avec des collègues, des journaliers, des américains en voyage. Son corps se réveillait d'un long sommeil, le jour elle le dorait au soleil et la nuit elle l'épuisait.»

    1 hr 1 min
  • Émission du 8 décembre 2020
    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 344. Faire les sucres de Fanny Britt paru en 2020 aux éditions Le cheval d'Août. Adam Dumont a failli mourir stupidement à Martha's Vineyard. Sa planche de heurte salement le genou d'une jeune femme sur le bord de la plage. Il coule. Depuis, il n'a plus le goût à rien. Son restaurant branché, son émission de télé à succès, son couple, ses enfants, tout semble lui échapper brusquement. Si ce n'est le besoin viscéral de s'acheter cette érablière qui pourrait peut-être le soulager. Marion s'étonne encore de la vitesse à laquelle leur projet de famille idéale prend l'eau. Prendre un amant changera-t-il les choses ? Célia se tord de douleur, suite à l'accident, ce qui l'étonne néanmoins c'est la présence en elle d'une rage pesante comme une vague terrible et menaçante. Inquiète, elle ne manquera pas de jeter un regard cinglant sur sa situation. La plume tendre et acérée de Fanny Britt menace le fébrile château de carte élaboré par ce couple dont la vie est auréolée de succès. En multipliant avec habileté les points de vue, l'écriture corrosive nous immerge efficacement dans un univers de privilèges qui peu à peu s'étiole. Pendant ce temps, le niveau de la mer monte et personne ne sera épargné, Célia le sait si bien. je reçois Fanny Britt, ce soir, à Mission encre noire.
    Extrait: « «C'est toi le boss», disait-il invariablement. Adam s'était demandé s'il se faisait niaiser et si cette déclaration d'obéissance répétée de la part de Sylvain ne constituait pas sa façon de lui faire comprendre que tout ça était ridicule: l'érablière, la cabane à sucre, les grands projets qui prenaient les hommes de son acabit quand ils vieillissaient et avaient trop de moyens. Et la notion de boss, tout aussi risible. Si boss il y avait, c'était d'abord la forêt, le climat, puis l'union des producteurs de sirop d'érable, et loin derrière, l'acériculteur. Et Sylvain le savait, et en disant «C'est toi le boss, boss», il établissait surtout qu'Adam, lui, n'y connaissait rien.»
    Liv Maria de Julia Kerninon paru en 2020 aux éditions Annika Parance Éditeur. Élevée sur une île bretonne par un marin de commerce norvégien, amoureux de littérature et une mère tenancière de café, solide et fière, Liv Maria a plusieurs atouts pour affronter la vie. Sans destination particulière, les circonstances vont la mener à Berlin, puis sur le continent sud américain et en Irlande. Amoureuse insatiable, passionnée inlassable, elle va croquer à pleines dents dans ce que le destin lui offre de rencontres et d'expériences en tout genre. Elle accostera les rives de l'amour sous différents visages, de l'amoureuse du professeur d'été, à l'aventurière aux poignets d'or, en passant par la madone installée dans une vie d'épouse. Mais un seul visage reviendra sans cesse la hanter, malgré tout, un secret qu'elle aurait souhaité, lâchement, enfouie à jamais. Jeune berlinoise ou en demi-Norvégienne souriante et mystérieuse, Liv Maria sait que la vie ne vaut d'être vécue sans amour. Ce magnifique portrait très romanesque se déguste avec gourmandise, les doigts encore collants d'impatience. Julia Kerninon est invitée à Mission encre noire.
    Extrait: « Elle avait débarqué à Santiago du Chili avec une valise légère, un coeur lourd et un dictionnaire d'espagnol. Elle avait pris une chambre en ville. Elle avait d'abord trouvé du travail comme plongeuse dans un restaurant, ensuite, quand son espagnol était devenu meilleur, comme serveuse, et puis, des fourmis dans les jambes, elle avait quitté la capitale pour monter plus au nord, jusqu'à la région de Coquimbo, où elle avait entendu dire qu'on cherchait du monde pour la cueillette des fruits. Elle voulait utiliser ses bras. Dans la vallée d'Ovalle, elle avait cueilli du raisin et des poires, tout le temps de la récolte, avant de monter encore plus haut, vers l'Atacama, pour les myrtilles. Six semaines durant, elle s'était écroulée soir après soir sur son matelas les doigts bleu-noir, le dos brisé. Pour la première fois depuis son retour de Berlin deux ans plus tôt, elle avait recommencé à faire l'amour, avec des collègues, des journaliers, des américains en voyage. Son corps se réveillait d'un long sommeil, le jour elle le dorait au soleil et la nuit elle l'épuisait.»
    0 min
  • Émission du 24 novembre 2020

    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 343. Radical de Tom Connan paru en 2020 aux éditions Albin Michel. Rien ne va plus en France, Nicolas n'en peut plus, il n'a plus le goût de rien sinon de s'échapper du marasme généralisé. Jeune étudiant de Science Po Paris, il vit dans une banlieue privilégiée des Yvelines. Il se sent diablement seul. Comment pouvait-il s'imaginer que le mystérieux Harry, contacté sur Tinder, allait si rapidement faire voler son monde en éclats ? Dix-huit ans et un joli minois ravive chez lui le sentiment d'un nouveau départ possible. Seulement voilà, Harry est d'extrême droite, voire même un militant reconnu et apprécié pour son engagement auprès du mouvement des Gilets jaunes. Harry l'impressionne, l'envoûte presque, lui qui semble n'avoir peur de rien. C'est à travers cette passion toxique pour un beau facho que l'auteur nous divulgue le portrait stupéfiant d'une France radicalisée. La galaxie identitaire s'affirme à visage découvert pour le pire, la jeunesse bascule dans la haine. Le génocide psychique est à l'oeuvre, et tout le monde s'en fout sauf Harry et Nicolas. Je vous propose de prendre le pouls d'une société française au bord de l'explosion en compagnie de Tom Connan, à Mission encre noire.

    Extrait: « Je me sentais mal à l'aise dans mon époque. Tout était pourtant plus facile, au quotidien, grâce aux incroyables mutations technologiques, aux nouveaux moyens de communication et avec le début d'une autre révolution qui pointait le bout de son nez: l'intelligence artificielle. Il avait aussi eu les progrès de la médecine, colossaux, à ce que j'en avais compris, des micro-ondes drôlement plus performants que ceux des années 90, et des améliorations en termes d'isolation des logements. On pouvait également, en tant que classe modeste, se taper des vacances à Barcelone ou même en Thaïlande, avec de l'argent d'un job d'été chez McDo, et le porno était disponible à profusion, gratuitement, sur Internet. L'homme occidental avait de quoi se réjouir.»

    Futurs sous la direction de Mathieu Villeneuve paru en 2020 dans la collection Satellite aux éditions Triptyque. Futurs est un recueil de nouvelles qui propose d'explorer ce que l'avenir nous réserve. À vrai dire, vous l'avez constaté, comme tout le monde, la fin d'une ère a commencé depuis longtemps. Les dix autrices et auteurs de ce projet s'emparent de notre imaginaire collectif pour mieux tordre nos dernières résistances: oui le pire est à venir et vous n'avez encore rien vu. Sylvie Bérard, Patrick Brisebois, Simon Brousseau, Catherine Côté, Charles-Étienne Ferland, Ariane Gélinas, Ayavi Lake, Rich Larson, Mathieu Villeneuve et Élisabeth Vonarburg empruntent des chemins qui mènent vers des univers inédits et encore peu fréquentés. À tort sans nul doute ! J'accueille Mathieu Villeneuve, ce soir, à Mission encre noire, pour nous parler d'un genre qui a méchamment le vent en poupe depuis quelques années. Soyez des nôtres pour ne pas être en retard sur votre futur !

    Extrait: « Et ils font la fête. Schorr le présente à un tas d'unités, parmi lesquelles il reconnaît certaines à leur étiquette, puis toute la bande engloutit d'un coup un cocktail d'amphétamines et prend le gratuibus vers un amphithéâtre. Schorr projette son bioscan sur toute la surface intérieure du bus, affichant pour le plaisir de tous l'image du virus hérissé qui s'implante dans son corps, et après s'être fait prier un peu, Default projette le sien à ses côtés. Tout le monde l'acclame quand il repère la première boursouflure sur son cou. »

    1 hr 1 min
  • Émission du 24 novembre 2020
    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 343. Radical de Tom Connan paru en 2020 aux éditions Albin Michel. Rien ne va plus en France, Nicolas n'en peut plus, il n'a plus le goût de rien sinon de s'échapper du marasme généralisé. Jeune étudiant de Science Po Paris, il vit dans une banlieue privilégiée des Yvelines. Il se sent diablement seul. Comment pouvait-il s'imaginer que le mystérieux Harry, contacté sur Tinder, allait si rapidement faire voler son monde en éclats ? Dix-huit ans et un joli minois ravive chez lui le sentiment d'un nouveau départ possible. Seulement voilà, Harry est d'extrême droite, voire même un militant reconnu et apprécié pour son engagement auprès du mouvement des Gilets jaunes. Harry l'impressionne, l'envoûte presque, lui qui semble n'avoir peur de rien. C'est à travers cette passion toxique pour un beau facho que l'auteur nous divulgue le portrait stupéfiant d'une France radicalisée. La galaxie identitaire s'affirme à visage découvert pour le pire, la jeunesse bascule dans la haine. Le génocide psychique est à l'oeuvre, et tout le monde s'en fout sauf Harry et Nicolas. Je vous propose de prendre le pouls d'une société française au bord de l'explosion en compagnie de Tom Connan, à Mission encre noire.
    Extrait: « Je me sentais mal à l'aise dans mon époque. Tout était pourtant plus facile, au quotidien, grâce aux incroyables mutations technologiques, aux nouveaux moyens de communication et avec le début d'une autre révolution qui pointait le bout de son nez: l'intelligence artificielle. Il avait aussi eu les progrès de la médecine, colossaux, à ce que j'en avais compris, des micro-ondes drôlement plus performants que ceux des années 90, et des améliorations en termes d'isolation des logements. On pouvait également, en tant que classe modeste, se taper des vacances à Barcelone ou même en Thaïlande, avec de l'argent d'un job d'été chez McDo, et le porno était disponible à profusion, gratuitement, sur Internet. L'homme occidental avait de quoi se réjouir.»
    Futurs sous la direction de Mathieu Villeneuve paru en 2020 dans la collection Satellite aux éditions Triptyque. Futurs est un recueil de nouvelles qui propose d'explorer ce que l'avenir nous réserve. À vrai dire, vous l'avez constaté, comme tout le monde, la fin d'une ère a commencé depuis longtemps. Les dix autrices et auteurs de ce projet s'emparent de notre imaginaire collectif pour mieux tordre nos dernières résistances: oui le pire est à venir et vous n'avez encore rien vu. Sylvie Bérard, Patrick Brisebois, Simon Brousseau, Catherine Côté, Charles-Étienne Ferland, Ariane Gélinas, Ayavi Lake, Rich Larson, Mathieu Villeneuve et Élisabeth Vonarburg empruntent des chemins qui mènent vers des univers inédits et encore peu fréquentés. À tort sans nul doute ! J'accueille Mathieu Villeneuve, ce soir, à Mission encre noire, pour nous parler d'un genre qui a méchamment le vent en poupe depuis quelques années. Soyez des nôtres pour ne pas être en retard sur votre futur !
    Extrait: « Et ils font la fête. Schorr le présente à un tas d'unités, parmi lesquelles il reconnaît certaines à leur étiquette, puis toute la bande engloutit d'un coup un cocktail d'amphétamines et prend le gratuibus vers un amphithéâtre. Schorr projette son bioscan sur toute la surface intérieure du bus, affichant pour le plaisir de tous l'image du virus hérissé qui s'implante dans son corps, et après s'être fait prier un peu, Default projette le sien à ses côtés. Tout le monde l'acclame quand il repère la première boursouflure sur son cou. »
    0 min
  • Émission du 17 novembre 2020

    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 342. Bermudes de Claire Legendre paru en 2020 aux éditions Leméac. La narratrice qui débarque en 2011, en provenance de Prague, à Montréal, y a perdu une histoire d'amour. Elle se lance sur les traces d'une écrivaine disparue dans les eaux glacées du Saint-Laurent en 2005, entre Natashquan et Labrador. Alors qu'elle vient de quitter les cendres chaudes chaudes de sa rupture douloureuse en Europe, elle poursuit le fantôme d'une autrichienne qui lui ressemble. Petit à petit, elle prend la mesure de ce double d'elle-même, qui la fascine et l'attire, jusqu'à revivre certains aspects de son histoire. Elle prend la mesure d'un voyage énigmatique qui la conduit de Montréal à la côte nord, où elle fera la rencontre d'un homme politique séducteur, d'un musicien à la gloire montante et de naufragé.e.s de la vie exilé.e.s sur des îles glacées d'une grande beauté. Qui sait ce qui l'attend sur le quai de l'archipel de Saint-Augustin, le fleuve couvert de glace ? Va-t-elle se laisser prendre ? En 2019, Claire Legendre a réalisé sur l'île d'Anticosti un film documentaire, Bermudes (nord) qui sera l'amorce de ce roman, dans lequel figure quelques-uns de ses personnages. Nous partons à la recherche de Nicole Franzl désespérément en compagnie de Claire Legendre à Mission encre noire.

    Extrait: « Franza n'a jamais pris ce cargo. En 2005, c'était le Nordik, un express, celui qu'on appelait « le bateau de la poste », qui prenait les cargaisons mais moins de passagers, et qui avait moins de cabines surtout. Je me demande si elle en avait une, jusqu'où elle comptait aller, et si elle avait réservé. Je l'ai imaginée en princesse mais je me trompe sûrement. Elle était peut-être casse-cou et peut-être capable de ne pas se doucher d'une semaine, peut-être qu'elle était au bout, vraiment au bout du désespoir et à ce moment-là est-ce qu'on se soucie encore de l'odorat des autres? J'ai peut-être un surmoi trop développé pour me laisser aller au désespoir. Quand j'ai envie de mourir je me demande qui va trouver le cadavre et je ne peux me résoudre à être vue sans consentement, à laisser mon visage hors de contrôle. Si je me noie il me faut du fond de teint waterproof.»

    Abandon de Joanna Pocock traduit par Véronique Lessard et Marc Charron paru en 2020 aux éditions Mémoire d'encrier. Joanna Pocock, son mari et sa fille de six ans découvrent Missoula, une ville universitaire d'environ 65 000 habitants, sous un soleil de plomb, ses routes larges, ses cours d'eau pollués, une vision bien éloignée de ce à quoi elle s'attendait. Ils resteront deux ans dans l'ouest américain. À l'aube de ses 50 ans, elle quitte sa vie londonienne pour tenter de refaire sa vie ailleurs, différemment. L'Amérique qui s'ouvre à elle, dans ses derniers territoires sauvages, est bien plus complexe qu'il n'y paraît. En quête d'une réinvention personnelle, le Montana représente une porte d'entrée inédite vers un vaste éventail de cultures et de pensées propres à l'Ouest: des chasseurs de loup, des survivalistes, des milices d'extrême droite, des charognards, des réensauvageur.e.s nomades, des écoguerrier.e.s, des écosexuel.l.e.s etc... Consciente de l'écoanxiété qui habite son livre, Joanna Pocock envisage ce voyage intérieur vers l'Ouest américain et ses extrêmes, comme un rite de passage consenti vers d'autres modes de vie envisageables. Et si c'était possible ? Rien n'indique pourtant qu'elle n'y trouvera pas sa place, et vous ? J'accueille, ce soir, à Mission encre noire, l'équipe de traduction, Véronique Lessard et Marc Charron.

    Extrait: « Finisia Medrano était devenue une obsession. Je googlais à son sujet jusque tard dans la nuit à la table de la cuisine dans notre petit bungalow humide de Missoula. les champignons qui poussaient sur nos tapis florissaient. Les araignées clochardes continuaient à se prendre dans mes pièges et j'examinais leurs corps gras et rayés avant de les jeter à la poubelle. Les guêpes qui infestaient le plafond de la cuisine étaient sorties de leur hibernation avec le début de l'été et bourdonnaient fort au-dessus de ma tête, comme un rasoir électrique. En tapant sur mon MacBook pro, j'avais conscience de l'arsenic et du cuivre qu'il contenait, deux minerais probablement extraits au Chili. Je savais que leur processus d'extraction tuait des villages entiers et empoisonnait les rivières. Au congo, des enfants d'à peine sept ans extraient le cobalt de la terre à mains nues. On écourtait leur vie pour allonger celle de ma pile. Même chose pour le bismuth du Mexique, le gallium de Guinée, le cadmium, le chrome, le manganèse et le platine d'Afrique du Sud, le lithium du Zimbabwe, le mercure de la seule mine de mercure au monde au Kirghizstan, le vanadium du Kazakhstan, l'antimoine du Tadjikistan, et ainsi de suite.»

    1 hr 1 min
  • Émission du 17 novembre 2020
    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 342. Bermudes de Claire Legendre paru en 2020 aux éditions Leméac. La narratrice qui débarque en 2011, en provenance de Prague, à Montréal, y a perdu une histoire d'amour. Elle se lance sur les traces d'une écrivaine disparue dans les eaux glacées du Saint-Laurent en 2005, entre Natashquan et Labrador. Alors qu'elle vient de quitter les cendres chaudes chaudes de sa rupture douloureuse en Europe, elle poursuit le fantôme d'une autrichienne qui lui ressemble. Petit à petit, elle prend la mesure de ce double d'elle-même, qui la fascine et l'attire, jusqu'à revivre certains aspects de son histoire. Elle prend la mesure d'un voyage énigmatique qui la conduit de Montréal à la côte nord, où elle fera la rencontre d'un homme politique séducteur, d'un musicien à la gloire montante et de naufragé.e.s de la vie exilé.e.s sur des îles glacées d'une grande beauté. Qui sait ce qui l'attend sur le quai de l'archipel de Saint-Augustin, le fleuve couvert de glace ? Va-t-elle se laisser prendre ? En 2019, Claire Legendre a réalisé sur l'île d'Anticosti un film documentaire, Bermudes (nord) qui sera l'amorce de ce roman, dans lequel figure quelques-uns de ses personnages. Nous partons à la recherche de Nicole Franzl désespérément en compagnie de Claire Legendre à Mission encre noire.
    Extrait: « Franza n'a jamais pris ce cargo. En 2005, c'était le Nordik, un express, celui qu'on appelait « le bateau de la poste », qui prenait les cargaisons mais moins de passagers, et qui avait moins de cabines surtout. Je me demande si elle en avait une, jusqu'où elle comptait aller, et si elle avait réservé. Je l'ai imaginée en princesse mais je me trompe sûrement. Elle était peut-être casse-cou et peut-être capable de ne pas se doucher d'une semaine, peut-être qu'elle était au bout, vraiment au bout du désespoir et à ce moment-là est-ce qu'on se soucie encore de l'odorat des autres? J'ai peut-être un surmoi trop développé pour me laisser aller au désespoir. Quand j'ai envie de mourir je me demande qui va trouver le cadavre et je ne peux me résoudre à être vue sans consentement, à laisser mon visage hors de contrôle. Si je me noie il me faut du fond de teint waterproof.»
    Abandon de Joanna Pocock traduit par Véronique Lessard et Marc Charron paru en 2020 aux éditions Mémoire d'encrier. Joanna Pocock, son mari et sa fille de six ans découvrent Missoula, une ville universitaire d'environ 65 000 habitants, sous un soleil de plomb, ses routes larges, ses cours d'eau pollués, une vision bien éloignée de ce à quoi elle s'attendait. Ils resteront deux ans dans l'ouest américain. À l'aube de ses 50 ans, elle quitte sa vie londonienne pour tenter de refaire sa vie ailleurs, différemment. L'Amérique qui s'ouvre à elle, dans ses derniers territoires sauvages, est bien plus complexe qu'il n'y paraît. En quête d'une réinvention personnelle, le Montana représente une porte d'entrée inédite vers un vaste éventail de cultures et de pensées propres à l'Ouest: des chasseurs de loup, des survivalistes, des milices d'extrême droite, des charognards, des réensauvageur.e.s nomades, des écoguerrier.e.s, des écosexuel.l.e.s etc... Consciente de l'écoanxiété qui habite son livre, Joanna Pocock envisage ce voyage intérieur vers l'Ouest américain et ses extrêmes, comme un rite de passage consenti vers d'autres modes de vie envisageables. Et si c'était possible ? Rien n'indique pourtant qu'elle n'y trouvera pas sa place, et vous ? J'accueille, ce soir, à Mission encre noire, l'équipe de traduction, Véronique Lessard et Marc Charron.
    Extrait: « Finisia Medrano était devenue une obsession. Je googlais à son sujet jusque tard dans la nuit à la table de la cuisine dans notre petit bungalow humide de Missoula. les champignons qui poussaient sur nos tapis florissaient. Les araignées clochardes continuaient à se prendre dans mes pièges et j'examinais leurs corps gras et rayés avant de les jeter à la poubelle. Les guêpes qui infestaient le plafond de la cuisine étaient sorties de leur hibernation avec le début de l'été et bourdonnaient fort au-dessus de ma tête, comme un rasoir électrique. En tapant sur mon MacBook pro, j'avais conscience de l'arsenic et du cuivre qu'il contenait, deux minerais probablement extraits au Chili. Je savais que leur processus d'extraction tuait des villages entiers et empoisonnait les rivières. Au congo, des enfants d'à peine sept ans extraient le cobalt de la terre à mains nues. On écourtait leur vie pour allonger celle de ma pile. Même chose pour le bismuth du Mexique, le gallium de Guinée, le cadmium, le chrome, le manganèse et le platine d'Afrique du Sud, le lithium du Zimbabwe, le mercure de la seule mine de mercure au monde au Kirghizstan, le vanadium du Kazakhstan, l'antimoine du Tadjikistan, et ainsi de suite.»
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  • Émission du 10 novembre 2020

    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 341. Brève histoire de la gauche politique au Québec par François Saillant avec une préface d'Alexandre Leduc paru en 2020 aux éditions Écosociété. D'après Alexandre Leduc, le député d'Hochelaga-Maisonneuve, membre fondateur de Québec Solidaire, ce livre «une remarquable pièce manquante dans notre historiographie politique». Abolition du travail des enfants, assurances chômage et maladie, droit à l'avortement, équité salariale, garderies publiques, gel des frais de scolarité, décriminalisation de l'homosexualité...font parti des fruits de luttes trop souvent oubliées, portées ou appuyées par la gauche politique. François Saillant, figure importante de la gauche québécoise des trente dernières années nous donne enfin la chance de pouvoir appréhender le récit controversé des années de 1880 à aujourd'hui, jusqu'à l'élection de 10 député.e.s solidaires en 2018. L'ancien coordonnateur et porte parole du FRAPRU pendant 38 ans et membre fondateur de Québec solidaire soumet la gauche à l'épreuve de son histoire. Cet essai s'interroge sur ses origines, ses acquis, ses échecs et les nombreux débats auxquels elle doit s'affronter pour  investir le terrain électoral et parlementaire. Ce livre s'avère une précieuse boussole en ces temps difficiles, alors que la plupart des partis européens de la gauche ont connu de récents reculs. Québec solidaire, en digne héritier de cette culture, est un exemple unique de succès en Amérique du nord. François Saillant est invité à Mission encre noire.

    Extrait: « Pour s'unir, il faut d'abord se démarquer.» Cette conception héritée de Lénine n'a pas seulement eu cours dans les organisations marxistes-léninistes des années 1970 qui , à force de vouloir afficher leurs différences, en venaient à s'exclure mutuellement en se traitant de « révisionnistes » ou d'« opportunistes »: elle a aussi marqué la gauche en général. Comment expliquer par exemple que, dans les années 1980, le Mouvement socialiste et le Regroupement pour le socialisme se soient longtemps ignorés ou méprisés, avant d'entamer un dialogue beaucoup trop tardif? Même quand des organisations se disaient prêtes à collaborer, elles étaient tout au plus disposées à parler d'unité d'action ou de coalitions électorales provisoires. Québec solidaire a emprunté le chemin inverse au moment de sa naissance et il continue encore aujourd'hui à le faire. Au lieu de chercher ce qui la divise, la gauche qui  y est regroupée mise sur ce qui la rassemble, sur ce qu'elle a en commun. Les débats de fond ne sont pas escamotés, ils sont généralement empreints du même esprit d'unité.» 

    Atlas littéraire du Québec sous la direction de Pierre Hébert, Bernard Andrès et Alex Gagnon paru en 2020 aux éditions Fidès. Pour mettre en route un tel projet il a fallu réunir des dizaines de chercheuses et de chercheurs durant trois années, provenant du Québec et d'ailleurs, y ajouter plus de 150 collaboratrices et collaborateurs. De cet odyssée téméraire à l'origine est né un magnifique objet n'ayant pour but éclairé que de vous proposer un voyage inédit et détaillé au coeur des lettres québécoises. 512 pages vous offrent la chance exceptionnelle de naviguer entre les récits de voyage, les courants littéraires, tendre la main sur des mots de Samuel Champlain, repartir sur les traces de Nelly Arcan, retracer les nouvelles tendances de chaque époque, chez les éditeurs, les poètes, les romanciers ainsi que de redécouvrir une liste non exhaustive des écrivaines et des écrivains qui ont fait et font le Québec littéraire. Drôle, curieux, surprenant, cet atlas vous donne à lire le monde littéraire québécois comme vous ne l'avez jamais encore lu auparavant. Pour comprendre l'ambition des auteurs autour de ce projet, je vous propose de parcourir cette histoire et ses multiples territoires, ses capsules et ses encadrés en compagnie de Bernard Andrès et Alex Gagnon à Mission encre noire.

    Extrait: « Capsule 157: France Théoret: être femme, c'est être à l'écoute de sa voix intérieure profonde. Femme libre et féministe engagée, France Théoret (née en 1942) a collaboré tour à tour è la barre du jour, Têtes de pioches et Spirale. Elle a publié, individuellement ou collectivement, de nombreux poèmes (vertiges, Intérieurs, La nuit de la muette, etc.), essais (entre raisons et déraison, Écrits au noir, etc.), morceaux pour le théâtre (« L'échantillon » dans la Nef des sorcières, Transit) récits de fiction courts (L'homme qui peignait Staline, etc.) et romans (Laurence, La femme du stalinien, Hôtel des quatre chemins, L'été sans erreur, Va et nous venge, etc.). Son oeuvre prolifique et protéiforme, commencée dans les années 1970 et couronnée en 2012 par le prix Athanase-David, se nourrit de son combat social, de ses rencontres, de ses expériences et de ses connaissances tout autant que de sa grande indépendance d'esprit et de sa sensibilité profonde. »

    1 hr
  • Émission du 10 novembre 2020
    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 341. Brève histoire de la gauche politique au Québec par François Saillant avec une préface d'Alexandre Leduc paru en 2020 aux éditions Écosociété. D'après Alexandre Leduc, le député d'Hochelaga-Maisonneuve, membre fondateur de Québec Solidaire, ce livre «une remarquable pièce manquante dans notre historiographie politique». Abolition du travail des enfants, assurances chômage et maladie, droit à l'avortement, équité salariale, garderies publiques, gel des frais de scolarité, décriminalisation de l'homosexualité...font parti des fruits de luttes trop souvent oubliées, portées ou appuyées par la gauche politique. François Saillant, figure importante de la gauche québécoise des trente dernières années nous donne enfin la chance de pouvoir appréhender le récit controversé des années de 1880 à aujourd'hui, jusqu'à l'élection de 10 député.e.s solidaires en 2018. L'ancien coordonnateur et porte parole du FRAPRU pendant 38 ans et membre fondateur de Québec solidaire soumet la gauche à l'épreuve de son histoire. Cet essai s'interroge sur ses origines, ses acquis, ses échecs et les nombreux débats auxquels elle doit s'affronter pour  investir le terrain électoral et parlementaire. Ce livre s'avère une précieuse boussole en ces temps difficiles, alors que la plupart des partis européens de la gauche ont connu de récents reculs. Québec solidaire, en digne héritier de cette culture, est un exemple unique de succès en Amérique du nord. François Saillant est invité à Mission encre noire.
    Extrait: « Pour s'unir, il faut d'abord se démarquer.» Cette conception héritée de Lénine n'a pas seulement eu cours dans les organisations marxistes-léninistes des années 1970 qui , à force de vouloir afficher leurs différences, en venaient à s'exclure mutuellement en se traitant de « révisionnistes » ou d'« opportunistes »: elle a aussi marqué la gauche en général. Comment expliquer par exemple que, dans les années 1980, le Mouvement socialiste et le Regroupement pour le socialisme se soient longtemps ignorés ou méprisés, avant d'entamer un dialogue beaucoup trop tardif? Même quand des organisations se disaient prêtes à collaborer, elles étaient tout au plus disposées à parler d'unité d'action ou de coalitions électorales provisoires. Québec solidaire a emprunté le chemin inverse au moment de sa naissance et il continue encore aujourd'hui à le faire. Au lieu de chercher ce qui la divise, la gauche qui  y est regroupée mise sur ce qui la rassemble, sur ce qu'elle a en commun. Les débats de fond ne sont pas escamotés, ils sont généralement empreints du même esprit d'unité.» 
    Atlas littéraire du Québec sous la direction de Pierre Hébert, Bernard Andrès et Alex Gagnon paru en 2020 aux éditions Fidès. Pour mettre en route un tel projet il a fallu réunir des dizaines de chercheuses et de chercheurs durant trois années, provenant du Québec et d'ailleurs, y ajouter plus de 150 collaboratrices et collaborateurs. De cet odyssée téméraire à l'origine est né un magnifique objet n'ayant pour but éclairé que de vous proposer un voyage inédit et détaillé au coeur des lettres québécoises. 512 pages vous offrent la chance exceptionnelle de naviguer entre les récits de voyage, les courants littéraires, tendre la main sur des mots de Samuel Champlain, repartir sur les traces de Nelly Arcan, retracer les nouvelles tendances de chaque époque, chez les éditeurs, les poètes, les romanciers ainsi que de redécouvrir une liste non exhaustive des écrivaines et des écrivains qui ont fait et font le Québec littéraire. Drôle, curieux, surprenant, cet atlas vous donne à lire le monde littéraire québécois comme vous ne l'avez jamais encore lu auparavant. Pour comprendre l'ambition des auteurs autour de ce projet, je vous propose de parcourir cette histoire et ses multiples territoires, ses capsules et ses encadrés en compagnie de Bernard Andrès et Alex Gagnon à Mission encre noire.
    Extrait: « Capsule 157: France Théoret: être femme, c'est être à l'écoute de sa voix intérieure profonde. Femme libre et féministe engagée, France Théoret (née en 1942) a collaboré tour à tour è la barre du jour, Têtes de pioches et Spirale. Elle a publié, individuellement ou collectivement, de nombreux poèmes (vertiges, Intérieurs, La nuit de la muette, etc.), essais (entre raisons et déraison, Écrits au noir, etc.), morceaux pour le théâtre (« L'échantillon » dans la Nef des sorcières, Transit) récits de fiction courts (L'homme qui peignait Staline, etc.) et romans (Laurence, La femme du stalinien, Hôtel des quatre chemins, L'été sans erreur, Va et nous venge, etc.). Son oeuvre prolifique et protéiforme, commencée dans les années 1970 et couronnée en 2012 par le prix Athanase-David, se nourrit de son combat social, de ses rencontres, de ses expériences et de ses connaissances tout autant que de sa grande indépendance d'esprit et de sa sensibilité profonde. »
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  • Émission du 3 novembre 2020

    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 340. L'absente de tous bouquets de Catherine Mavrikakis paru en 2020 aux éditions Héliotrope. « Parle à ta mère, il faut continuer à parler à ta mère.» Suivant les conseils de Rodney Saint-Éloi, Catherine Mavrikakis décide de prendre le deuil de sa mère à bras le corps. Elle, cette mère, Denise, qui n'apprécie les fleurs que taillées et dressées dans un vase. Elle, qui devient, malgré tout, l'objet précieux de ce livre un après sa mort. D'elle, l'autrice cherche encore la voix, la chaleur d'une main, les éclats de rire. Dans cette partie de sa vie, sa fille, puisqu'elle est morte, ose tout lui dire, même de l'appeler maman. Denise conservera longtemps la nostalgie, comme une plaie ouverte, d'une France qui n'existe déjà presque plus, son pays natal. Catherine Mavrikakis se laisse traverser par les éclats des souvenirs, dans ce livre. Elle nous raconte sa mère, en rose cruelle, en divin laurier des âmes exilées, dans la blancheur sanglotante du lys, des gerbes chères à Mallarmé. Intime comme jamais, prête à nous faire goûter de ces bouquets de fleurs d'hiver qui arrivent à pousser malgré tout, l'autrice gifle et épouse sa douleur comme on dompte l'absence soudaine d'un amour disparu. C'est magnifique et bouleversant. Catherine Mavrikakis est invitée, ce soir, à Mission encre noire.

    Extrait: « Maman a vécu loin de la rumeur du présent. Elle refusait de se laisser porter par les malheurs de son temps. Elle n'acceptait pas que je lui parle de mon souci du monde. Il faut vivre sans penser à tout cela, autrement, tu me le disais, «on n'en finirait pas». C'est vrai qu'on n'en finit pas de veiller sur la douleur des autres, on peut passer sa vie dans cet état d'attention là. La littérature est anachronique. Elle n'a rien du journal, du quotidien livré en pâture à ceux qui s'en repaissent. Je ne sais pas si je dois aux conseils de Maman mon écart face au monde, qui m'a permis de me noyer dans la lecture. Enfants, nous ne fréquentions personne et nous vivions dans leurs passés, à elle et à Papa. Néanmoins, dans ce retrait où ton existence s'était installée, toi qui t'étais pris l'Histoire et la Grande guerre en pleine gueule de seize à vingt ans, tu m'as donné de quoi cultiver ma solitude. Je t'en sais infiniment gré.»

    Un peu en marge: Houellebecq poète par Olivier Parenteau paru en 2020 aux éditions Nota Bene collection Miniatures. Olivier Parenteau a buté par hasard sur un vers de Michel Houellebecq au détour des rayons d'une bouquinerie: « D'abord j'ai trébuché dans un congélateur». Séduit par la banalité et l'humour qui se dégage du texte, il décide de lire la suite. L'auteur propose, ici, dans un texte condensé, argumenté et illustré, d'aborder les poèmes plutôt méconnus de l'écrivain français, dont les romans font en général, systématiquement la une des médias. Si Michel Houellebecq met en valeur des lieux et des sentiments du français moyen, qui, autrement ne figurent pas ou peu en poésie, il y a un thème qui surnage par dessus tout: l'amour.  Un mot que l'auteur ne prend pas à la légère, comme nous allons le constater, puisque Olivier Parenteau est invité, à Mission encre noire.

    Extrait: « Après dix ans de fréquentation assidue, le charme des poèmes de Houellebecq opère toujours. Il y a des raisons intellectuelles à cela: les avoir souvent analysés dans le détail et les avoir fréquemment enseignés a achevé de me convaincre de leur densité sémantique et de l'originalité du regard qu'ils portent sur un monde patiemment dépecé, vers après vers, sans aucune trace de complaisance. Mais les poèmes de Houellebecq battent en brèche l'herméneute soucieux de produire des analyses académiquement recevables qu'il m'arrive d'être. Ils finissent toujours par me rappeler que si je les aime tant, c'est pour des raisons plus directement affectives. En fait, si ces poèmes me touchent, c'est parce qu'ils sont tout simplement renversants de sincérité.»

     

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  • Émission du 3 novembre 2020
    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 340. L'absente de tous bouquets de Catherine Mavrikakis paru en 2020 aux éditions Héliotrope. « Parle à ta mère, il faut continuer à parler à ta mère.» Suivant les conseils de Rodney Saint-Éloi, Catherine Mavrikakis décide de prendre le deuil de sa mère à bras le corps. Elle, cette mère, Denise, qui n'apprécie les fleurs que taillées et dressées dans un vase. Elle, qui devient, malgré tout, l'objet précieux de ce livre un après sa mort. D'elle, l'autrice cherche encore la voix, la chaleur d'une main, les éclats de rire. Dans cette partie de sa vie, sa fille, puisqu'elle est morte, ose tout lui dire, même de l'appeler maman. Denise conservera longtemps la nostalgie, comme une plaie ouverte, d'une France qui n'existe déjà presque plus, son pays natal. Catherine Mavrikakis se laisse traverser par les éclats des souvenirs, dans ce livre. Elle nous raconte sa mère, en rose cruelle, en divin laurier des âmes exilées, dans la blancheur sanglotante du lys, des gerbes chères à Mallarmé. Intime comme jamais, prête à nous faire goûter de ces bouquets de fleurs d'hiver qui arrivent à pousser malgré tout, l'autrice gifle et épouse sa douleur comme on dompte l'absence soudaine d'un amour disparu. C'est magnifique et bouleversant. Catherine Mavrikakis est invitée, ce soir, à Mission encre noire.
    Extrait: « Maman a vécu loin de la rumeur du présent. Elle refusait de se laisser porter par les malheurs de son temps. Elle n'acceptait pas que je lui parle de mon souci du monde. Il faut vivre sans penser à tout cela, autrement, tu me le disais, «on n'en finirait pas». C'est vrai qu'on n'en finit pas de veiller sur la douleur des autres, on peut passer sa vie dans cet état d'attention là. La littérature est anachronique. Elle n'a rien du journal, du quotidien livré en pâture à ceux qui s'en repaissent. Je ne sais pas si je dois aux conseils de Maman mon écart face au monde, qui m'a permis de me noyer dans la lecture. Enfants, nous ne fréquentions personne et nous vivions dans leurs passés, à elle et à Papa. Néanmoins, dans ce retrait où ton existence s'était installée, toi qui t'étais pris l'Histoire et la Grande guerre en pleine gueule de seize à vingt ans, tu m'as donné de quoi cultiver ma solitude. Je t'en sais infiniment gré.»
    Un peu en marge: Houellebecq poète par Olivier Parenteau paru en 2020 aux éditions Nota Bene collection Miniatures. Olivier Parenteau a buté par hasard sur un vers de Michel Houellebecq au détour des rayons d'une bouquinerie: « D'abord j'ai trébuché dans un congélateur». Séduit par la banalité et l'humour qui se dégage du texte, il décide de lire la suite. L'auteur propose, ici, dans un texte condensé, argumenté et illustré, d'aborder les poèmes plutôt méconnus de l'écrivain français, dont les romans font en général, systématiquement la une des médias. Si Michel Houellebecq met en valeur des lieux et des sentiments du français moyen, qui, autrement ne figurent pas ou peu en poésie, il y a un thème qui surnage par dessus tout: l'amour.  Un mot que l'auteur ne prend pas à la légère, comme nous allons le constater, puisque Olivier Parenteau est invité, à Mission encre noire.
    Extrait: « Après dix ans de fréquentation assidue, le charme des poèmes de Houellebecq opère toujours. Il y a des raisons intellectuelles à cela: les avoir souvent analysés dans le détail et les avoir fréquemment enseignés a achevé de me convaincre de leur densité sémantique et de l'originalité du regard qu'ils portent sur un monde patiemment dépecé, vers après vers, sans aucune trace de complaisance. Mais les poèmes de Houellebecq battent en brèche l'herméneute soucieux de produire des analyses académiquement recevables qu'il m'arrive d'être. Ils finissent toujours par me rappeler que si je les aime tant, c'est pour des raisons plus directement affectives. En fait, si ces poèmes me touchent, c'est parce qu'ils sont tout simplement renversants de sincérité.»
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