Mission encre noire

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Mission encre noire episodes

  • Émission du 27 octobre 2020

    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 339. La bienveillance des ours, une correspondance entre François Lévesque et Virginia Pesemapeo Bordeleau paru en 2020 aux éditions du Quartz dans la collection Forêts. Lors d'une première rencontre initiée au salon du livre de l'Outaouais à l'occasion d'une table ronde, les deux interlocuteurs de ce projet de correspondance, originaire de Senneterre en Abitibi-Témiscamingue, ne se doutaient pas encore à quel point, par l'intermédiaire d'un livre, leur retrouvaille, serait si marquante. Car ces, désormais, deux ami.e.s, ne prennent pas cette invitation à la légère. François Lévesque et Virginia Pesemapeo Bordeleau ont beau être né.e.s à des époques différentes et avoir grandi dans le même patelin, ce livre s'ouvre comme la porte d'un magasin général, «un sapin illuminé et des guirlandes de toutes les couleurs dans la vitrine.» Cette correspondance fait du bien, elle se veut accueillante, avec en toile de fond l'écho de ce qui habite les souvenirs , les héritages, leur rapport à l'écriture et bien entendu de pouvoir parler, avec passion, de ce que la vie apporte en général. Malgré le vide qui s'ouvre sous les pas de ceux qui ont le courage d'aborder des thèmes qui font mal, ces confidences partagées à un.e autre comme soi sont un vrai régal. Je reçois, Virginia Pesemapeo Bordeleau et François Lévesque à Mission encre noire, ce soir.

    Extrait: « Je me souviens de ce qu'avait dit mon père une dizaine d'année avant sa mort à propos de la dégradation de la planète et, par extension, de la fin de l'humanité. Il avait un côté visionnaire, réfléchissait et lisait beaucoup. Donc il m'avait dit: « Il reste 50 ans avant la fin, si c'est pas la pollution qui tue l'humanité, ce sera un virus, on est rendu tellement pu capables d'endurer un bobo, tu suite un antibiotique!»» (...) « Le soleil de fin d'après-midi inonde la pièce en ce vendredi. Le weekend qui a d'ores et déjà commencé...L'image est idyllique. Et pourtant, j'ai le coeur serré. J'ai peur. Ce coronavirus a transformé notre monde en un de ces films d'horreur dont j'ai dû voir toutes les versions et variations. Ça vient par vagues. Je pratique le télétravail, tout le journal ayant été délocalisé, et l'obligation de me concentrer sur mes sujets durant la semaine m'est bénéfique. Je pense alors moins à ce qui se passe dehors, ou à ce qui pourrait s'y passer.»

    Brasiers de Marc Ménard paru en 2020 aux éditions Tête première. Philippe se frotte les yeux pour pouvoir y croire, le retour de son vieux complice tant attendu est devenu réalité. Même diminué par une hépatite C, l'homme garde une rage intacte. 15 années sans donner signe de vie, et pourtant Mora ne faiblit pas, l'heure des comptes est arrivée. Leur ennemi de toujours Hans Wolf a été libéré. C'est une nouvelle chasse à l'homme qui débute. Il faut retourner vers les années 80, à Montréal et à Paris pour comprendre cette colère essentielle qui ronge les deux hommes. Après avoir parcourus l'Europe à la poursuite de néonazis et de leur chef, une chose est sûre, le mal est proche. Enterré au fin fond d'un repère secret en forêt de Lanaudière, un gang d'élite attend son heure pour frapper. La haine peut se répandre comme une traînée de poudre et provoquer une décharge à ciel ouvert. Philippe ne le sait que trop bien. C'est aussi une fièvre dont on peut devenir cruellement dépendant. Marc Ménard compose un suspense haletant, mené par une plume endiablée et des mots au claquement métallique. Il faut bien ça pour pister un fauve sanguinaire, est-ce que cela sera suffisant ? Je reçois Marc Ménard, à Mission encre noire.

    Extrait: « La nuit porte conseil, dit-on. Philippe, dont la dernière nuit avait été blanche, ne savait trop que penser de ce dicton. De ses cogitations nocturnes, il n'avait récolté qu'un malaise prégnant, un sentiment de culpabilité aigu. Madeleine avait raison: toute cette histoire était ridicule. Oui, il se sentait redevable à Mora d'un dernier coup de main, et oui, le désir de vengeance le taraudait. Il n'en demeurait pas moins un père de famille, pour être plus précis. Avant de quitter la maison, à l'aube, il avait quand même pris le temps de déposer un baiser sur le front de ses enfants, de leur ébouriffer les cheveux, de leur dire que papa partait en voyage et qu'il serait de retour dans deux ou trois jours. Promis. Une promesse qu'il comptait tenir. Les enfants s'étaient aussitôt rendormis, avec l'insouciance que seule l'enfance autorise, et Philippe s'était retrouvé en tête-à-tête avec ses remords.»

    1 hr 1 min
  • Émission du 27 octobre 2020
    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 339. La bienveillance des ours, une correspondance entre François Lévesque et Virginia Pesemapeo Bordeleau paru en 2020 aux éditions du Quartz dans la collection Forêts. Lors d'une première rencontre initiée au salon du livre de l'Outaouais à l'occasion d'une table ronde, les deux interlocuteurs de ce projet de correspondance, originaire de Senneterre en Abitibi-Témiscamingue, ne se doutaient pas encore à quel point, par l'intermédiaire d'un livre, leur retrouvaille, serait si marquante. Car ces, désormais, deux ami.e.s, ne prennent pas cette invitation à la légère. François Lévesque et Virginia Pesemapeo Bordeleau ont beau être né.e.s à des époques différentes et avoir grandi dans le même patelin, ce livre s'ouvre comme la porte d'un magasin général, «un sapin illuminé et des guirlandes de toutes les couleurs dans la vitrine.» Cette correspondance fait du bien, elle se veut accueillante, avec en toile de fond l'écho de ce qui habite les souvenirs , les héritages, leur rapport à l'écriture et bien entendu de pouvoir parler, avec passion, de ce que la vie apporte en général. Malgré le vide qui s'ouvre sous les pas de ceux qui ont le courage d'aborder des thèmes qui font mal, ces confidences partagées à un.e autre comme soi sont un vrai régal. Je reçois, Virginia Pesemapeo Bordeleau et François Lévesque à Mission encre noire, ce soir.
    Extrait: « Je me souviens de ce qu'avait dit mon père une dizaine d'année avant sa mort à propos de la dégradation de la planète et, par extension, de la fin de l'humanité. Il avait un côté visionnaire, réfléchissait et lisait beaucoup. Donc il m'avait dit: « Il reste 50 ans avant la fin, si c'est pas la pollution qui tue l'humanité, ce sera un virus, on est rendu tellement pu capables d'endurer un bobo, tu suite un antibiotique!»» (...) « Le soleil de fin d'après-midi inonde la pièce en ce vendredi. Le weekend qui a d'ores et déjà commencé...L'image est idyllique. Et pourtant, j'ai le coeur serré. J'ai peur. Ce coronavirus a transformé notre monde en un de ces films d'horreur dont j'ai dû voir toutes les versions et variations. Ça vient par vagues. Je pratique le télétravail, tout le journal ayant été délocalisé, et l'obligation de me concentrer sur mes sujets durant la semaine m'est bénéfique. Je pense alors moins à ce qui se passe dehors, ou à ce qui pourrait s'y passer.»
    Brasiers de Marc Ménard paru en 2020 aux éditions Tête première. Philippe se frotte les yeux pour pouvoir y croire, le retour de son vieux complice tant attendu est devenu réalité. Même diminué par une hépatite C, l'homme garde une rage intacte. 15 années sans donner signe de vie, et pourtant Mora ne faiblit pas, l'heure des comptes est arrivée. Leur ennemi de toujours Hans Wolf a été libéré. C'est une nouvelle chasse à l'homme qui débute. Il faut retourner vers les années 80, à Montréal et à Paris pour comprendre cette colère essentielle qui ronge les deux hommes. Après avoir parcourus l'Europe à la poursuite de néonazis et de leur chef, une chose est sûre, le mal est proche. Enterré au fin fond d'un repère secret en forêt de Lanaudière, un gang d'élite attend son heure pour frapper. La haine peut se répandre comme une traînée de poudre et provoquer une décharge à ciel ouvert. Philippe ne le sait que trop bien. C'est aussi une fièvre dont on peut devenir cruellement dépendant. Marc Ménard compose un suspense haletant, mené par une plume endiablée et des mots au claquement métallique. Il faut bien ça pour pister un fauve sanguinaire, est-ce que cela sera suffisant ? Je reçois Marc Ménard, à Mission encre noire.
    Extrait: « La nuit porte conseil, dit-on. Philippe, dont la dernière nuit avait été blanche, ne savait trop que penser de ce dicton. De ses cogitations nocturnes, il n'avait récolté qu'un malaise prégnant, un sentiment de culpabilité aigu. Madeleine avait raison: toute cette histoire était ridicule. Oui, il se sentait redevable à Mora d'un dernier coup de main, et oui, le désir de vengeance le taraudait. Il n'en demeurait pas moins un père de famille, pour être plus précis. Avant de quitter la maison, à l'aube, il avait quand même pris le temps de déposer un baiser sur le front de ses enfants, de leur ébouriffer les cheveux, de leur dire que papa partait en voyage et qu'il serait de retour dans deux ou trois jours. Promis. Une promesse qu'il comptait tenir. Les enfants s'étaient aussitôt rendormis, avec l'insouciance que seule l'enfance autorise, et Philippe s'était retrouvé en tête-à-tête avec ses remords.»
    0 min
  • Émission du 20 octobre 2020

     Mission encre noire Tome 29 Chapitre 338. 2030 de Philippe Djian paru en 2020 aux éditions Flammarion. Le beau-père de Lucie est furieux contre les tags injurieux sous les fenêtres des laboratoires SveOda. Lucie s'en fout, elle ne connaît pas la demi-mesure. Surtout depuis sa rencontre avec cette jeune femme de 30 ans, qui, sans ses nattes, ressemble plus aujourd'hui à Naomi Klein. D'autant que celui-ci, aidé par son beau-frère, permet encore la circulation du Montrazol, un poison que certains vaporisent dans les champs. Puis arrive le moment où Anton et Greg surent avec certitudes que la zone de turbulences, provoquée par une enquête administrative, serait ici pour durer. Et il ne fait aucun doute que l'un et l'autre auront beaucoup à perdre. Il fait chaud, vous allez cuire même, en cette année 2030. Vous avez l'air surpris et pourtant Greta Thunberg, ici vieillie de quelques années de plus, vous avait prévenu. Philippe Djian nous plonge au milieu d'un drame familial autour de six personnages. Un résumé d'une humanité en déroute, où même l'amour est une maison qui brûle et où la jeunesse fonce tout droit vers un drôle de vol plané. Qu'on se le dise: le business comme le sexe continuent de faire tourner le monde. L'auteur fait tinter une sonnette d'alarme pour celles et ceux qui en douteraient encore: le futur c'est déjà aujourd'hui, en pire. Philippe Djian sème parfaitement le trouble, il est notre invité, ce soir, à Mission encre noire.

    Extrait: « Lucie était assise au milieu du tapis, devant la baie ouverte. La nuit tombait, il faisait lourd, oh pour ça il ne faisait pas froid, mais elle se demandait depuis combien de temps elle n'avait pas vu le soleil, un rayon danser dans le salon, une lumière directe traversant le ciel bleu. Il s'était planté devant Lucie tandis qu'elle examinait la question. respire un d'air et dis-moi ce que tu sens, déclare-t-il. Concentre-toi. Ferme les yeux. Je l'ai senti tout de suite en arrivant, j'ai même tendu la main avant de descendre. Tu veux parier avec moi, lança Aude en pivotant sur son fauteuil. Il ne va pas tomber une seule goutte dans les jours qui viennent. Tu paries. je ne vais parier de l'argent avec toi. C'est celui que je te donne. La partie manque déjà de piment, pour moi, avant même de commencer. Tu paries, oui ou non. Pas une goutte avant trois jours. Rien avant samedi soir, minuit. Lucie nous servira de juge. Très bien. On est d'accord. En tout cas, je ne sens rien du tout, annonça Lucie.»

    Avec un poignard de Mathieu Leroux paru en 2020 aux éditions Héliotrope. «Welcome to fabulous Las Vegas Nevada». L'enseigne du Las Vegas Blvd est sans ambiguïté, le narrateur attend que l'image s'inscrive dans le cadre blanc du Polaroid, pour prendre conscience du glam qui l'entoure. Même si Jax, son amant actuel à Montréal, caresse encore l'idée de retrouvailles ici dans le désert, ce n'est pas son cas. Pas encore. Depuis qu'il a officialisé son projet et sa date de départ, il ne rêve que d'une chose: défier cette ville, qu'il déteste à priori. Il y a perdu son ex, et il fallait bien ça, comme distance, pour échapper aussi à la voix chétive de son père atteint d'Alzheimer. Puisque les soirées endiablées s'accélèrent, autant immerger la bête qui sommeille en lui jusqu'à la moelle. Mathieu Leroux se charge de la course. La visite alternative de la ville sera aussi, sous une apparence déboutonnée, folle et éreintante, l'occasion d'une sévère remise en question. S'il échoue dans la quête de son père, épuisé, groggy sous l'égide combinée de deux archanges improbables que sont David Bowie et Franz kafka, c'est bien à Berlin qu'il se réveille. Avec un poignard est un splendide roman qui s'offre à nous comme une proposition de trip, où il est question de liberté chèrement acquise. je reçois, Mathieu Leroux à Mission encre noire.

    Extrait: « La ville semble aux prises avec un étrange mal-être, une crise d'identité perpétuelle. Trop aseptisée pour être encore interdite, trop adulte pour qu'un enfant s'y retrouve. Over-the-top, sans réussir à être complètement flamboyante. Une showgirl de papier mâché. Avec les hommes de mon téléphone, j'entretiens quelques conversations qui, faute d'être pleinement enrichissantes, ont l'avantage d'être sans complications. Pas de service après-vente, personne à blesser. Quelquefois, les échanges deviennent assez intéressants pour se rendre à une baise. Jamais une deuxième. Je bargain. Je deale le sexe comme Sab troque ses produits MAC. J'utilise les gens pour découvrir la ville et en retirer ses richesses - comme n'importe quel autre voyageur utilise son argent pour jouir d'une ville avant de la quitter.»

    1 hr
  • Émission du 20 octobre 2020
    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 338. 2030 de Philippe Djian paru en 2020 aux éditions Flammarion. Le beau-père de Lucie est furieux contre les tags injurieux sous les fenêtres des laboratoires SveOda. Lucie s'en fout, elle ne connaît pas la demi-mesure. Surtout depuis sa rencontre avec cette jeune femme de 30 ans, qui, sans ses nattes, ressemble plus aujourd'hui à Naomi Klein. D'autant que celui-ci, aidé par son beau-frère, permet encore la circulation du Montrazol, un poison que certains vaporisent dans les champs. Puis arrive le moment où Anton et Greg surent avec certitudes que la zone de turbulences, provoquée par une enquête administrative, serait ici pour durer. Et il ne fait aucun doute que l'un et l'autre auront beaucoup à perdre. Il fait chaud, vous allez cuire même, en cette année 2030. Vous avez l'air surpris et pourtant Greta Thunberg, ici vieillie de quelques années de plus, vous avait prévenu. Philippe Djian nous plonge au milieu d'un drame familial autour de six personnages. Un résumé d'une humanité en déroute, où même l'amour est une maison qui brûle et où la jeunesse fonce tout droit vers un drôle de vol plané. Qu'on se le dise: le business comme le sexe continuent de faire tourner le monde. L'auteur fait tinter une sonnette d'alarme pour celles et ceux qui en douteraient encore: le futur c'est déjà aujourd'hui, en pire. Philippe Djian sème parfaitement le trouble, il est notre invité, ce soir, à Mission encre noire.
    Extrait: « Lucie était assise au milieu du tapis, devant la baie ouverte. La nuit tombait, il faisait lourd, oh pour ça il ne faisait pas froid, mais elle se demandait depuis combien de temps elle n'avait pas vu le soleil, un rayon danser dans le salon, une lumière directe traversant le ciel bleu. Il s'était planté devant Lucie tandis qu'elle examinait la question. respire un d'air et dis-moi ce que tu sens, déclare-t-il. Concentre-toi. Ferme les yeux. Je l'ai senti tout de suite en arrivant, j'ai même tendu la main avant de descendre. Tu veux parier avec moi, lança Aude en pivotant sur son fauteuil. Il ne va pas tomber une seule goutte dans les jours qui viennent. Tu paries. je ne vais parier de l'argent avec toi. C'est celui que je te donne. La partie manque déjà de piment, pour moi, avant même de commencer. Tu paries, oui ou non. Pas une goutte avant trois jours. Rien avant samedi soir, minuit. Lucie nous servira de juge. Très bien. On est d'accord. En tout cas, je ne sens rien du tout, annonça Lucie.»
    Avec un poignard de Mathieu Leroux paru en 2020 aux éditions Héliotrope. «Welcome to fabulous Las Vegas Nevada». L'enseigne du Las Vegas Blvd est sans ambiguïté, le narrateur attend que l'image s'inscrive dans le cadre blanc du Polaroid, pour prendre conscience du glam qui l'entoure. Même si Jax, son amant actuel à Montréal, caresse encore l'idée de retrouvailles ici dans le désert, ce n'est pas son cas. Pas encore. Depuis qu'il a officialisé son projet et sa date de départ, il ne rêve que d'une chose: défier cette ville, qu'il déteste à priori. Il y a perdu son ex, et il fallait bien ça, comme distance, pour échapper aussi à la voix chétive de son père atteint d'Alzheimer. Puisque les soirées endiablées s'accélèrent, autant immerger la bête qui sommeille en lui jusqu'à la moelle. Mathieu Leroux se charge de la course. La visite alternative de la ville sera aussi, sous une apparence déboutonnée, folle et éreintante, l'occasion d'une sévère remise en question. S'il échoue dans la quête de son père, épuisé, groggy sous l'égide combinée de deux archanges improbables que sont David Bowie et Franz kafka, c'est bien à Berlin qu'il se réveille. Avec un poignard est un splendide roman qui s'offre à nous comme une proposition de trip, où il est question de liberté chèrement acquise. je reçois, Mathieu Leroux à Mission encre noire.
    Extrait: « La ville semble aux prises avec un étrange mal-être, une crise d'identité perpétuelle. Trop aseptisée pour être encore interdite, trop adulte pour qu'un enfant s'y retrouve. Over-the-top, sans réussir à être complètement flamboyante. Une showgirl de papier mâché. Avec les hommes de mon téléphone, j'entretiens quelques conversations qui, faute d'être pleinement enrichissantes, ont l'avantage d'être sans complications. Pas de service après-vente, personne à blesser. Quelquefois, les échanges deviennent assez intéressants pour se rendre à une baise. Jamais une deuxième. Je bargain. Je deale le sexe comme Sab troque ses produits MAC. J'utilise les gens pour découvrir la ville et en retirer ses richesses - comme n'importe quel autre voyageur utilise son argent pour jouir d'une ville avant de la quitter.»
    0 min
  • Émission du 13 octobre 2020

    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 337. la revue Moebius 165. Le nouveau numéro de la revue littéraire québécoise Moebius est disponible dans vos kiosques préférés. Voici l'occasion de découvrir l'envers du décor. Une magnifique édition vient d'être publiée, avec une couverture en forme de trophée de chasse, une nature morte admirablement ciselée par l'artiste en résidence Éléonore Golberg. Yara El-Ghadban, écrivaine en résidence pour quatre numéro fait feu de tout bois avec un texte poignant, elle qui cherche du regard Saffoureh le village disparu de sa grand-mère. Vous saurez tout ce qui attend votre lecture de ce splendide numéro dont la phrase thème est cette fois-ci tirée d'un texte de Vladimir Slepian paru en 1974 (Fils de chien, Paris, revue Minuit): «Écoutez ! Je serai votre chien, un bon chien, mieux que tout autre chien». Avec des textes de Pascale Bérubé, David Clerson, Anna Quinn, Julien-Pier Boisvert, Maude-Éloise Brault, Élise Turcotte, Mathieu Hachebé, Fidélie Camirand, Cédric Trahan, Mathieu Dubé, Thomas Désaulniers-Brousseau, Benedetg Zumthor, Pascale Beauregard, Ludovic Champagne, Emilie Pedneault, Patrice Lessard, Yara El-Gadban et Maude Veilleux. Pour enflammer cette présentation, je reçois la direction littéraire bicéphale, inédite, de ce Moebius 165, Olivia Tapiero et Marc-André Cholette-Héroux sont mes invité.e.s, ce soir, à Mission encre noire.

    Extrait : « La faim me travaille comme si sa vie en dépendait. Lors d'épisodes de manque délirants, dans la lueur d'un espoir débridé, j'aspire à devenir un vieux fossiles de chien gâteux et gâté, traînant avec lui sa peau dégueulasse, ses yeux crottés et coulant d'une matière brune et indélébile, la gueule dégoulinant de bave, claudiquant au bout d'une ficelle tenue du bout des doigts par quelques maîtresse bien parfumée. Je me vois entrer dans leur maison où les formes de mon corps retrouveraient leurs traces sur un lit, un fauteuil de cuir, une ottomane. Puis, dans une autre pièce, le son des croquettes dans la gamelle, mon nom dit tout haut. Mon appétit serait contrôlé avec discipline et tendresse. » Benedetg Zumthor, Dies Irae, Moebius 165.

    Parenthèse suisse de Jules Clara paru en 2020 aux éditions Triptyque. Une jeune femme met sa vie entre parenthèse entre Montréal et Fribourg. À peine envisage-t-elle le paysage qui la guette au détour d'une tunnel: Majestueux. Pourtant, cette ville nouvelle qui l'accueille, l'a fait parfois vaciller. Éperdue de solitude, oui, elle voulait quitter sa ville, plier bagage. Savait-elle seulement ce qui l'attendait par-delà les Alpes suisses: Un amour déçu ? une ville séductrice ? une vie silencieuse ? D'autres moeurs difficiles à appréhender ? Une déclaration d'amour ? Un peu de tout ça rétorquerait la narratrice, un oeil glissant vers les déclinaisons de lumière du paysage, puis vers les rues noires qui avalent ses pensées. Roman gigogne, Parenthèse suisse fascine. Cette nouvelle vie ailleurs de Montréal, est le prétexte de façonner un portrait kaléidoscope d'une femme, d'un pays, d'une ville. L'autrice nous emporte dans un habile jeu d'écriture atypique où l'imagination et les fantasmes règnent en maîtres absolus. Je reçois Jules Clara, à Mission encre noire.

    Extrait: « C'était une rencontre parmi la foule qui s'abandonne à la gare. Il l'attendait comme ça, un bâton planté dans la rivière, le temps en cascade sur sa droite. Sur sa gauche. J'étais pour ma part debout, à l'écart de la scène, mais je ne l'étais pas assez. ce que j'ai vu, c'est une jeune femme descendre du train comme un rayon, dans la mesure où elle taillait les lieux couleur topaze autour d'elle. La séquence de leur rencontre diffusait une chaleur sans patience, qui cheminait sur le béton comme un tapis déployé pour eux seuls. Il y avait cet homme, de dos. Son habit sobre me rappelait l'époque du noir et du blanc. Nimbé d'une lumière qui me semblait irréelle, la femme du rendez-vous arborait quant à elle un visage comme une pomme citronnée. Rond, même ovale, avec des cheveux bruns. Ou étaient-ils blonds ? Une sorte de brume empêchait que l'air de ma vue ne s'éclaircisse entièrement. J'avais la certitude, pourtant, que cette femme rencontrait d'abord la Suisse et non l'homme.»

    1 hr
  • Émission du 13 octobre 2020
    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 337. la revue Moebius 165. Le nouveau numéro de la revue littéraire québécoise Moebius est disponible dans vos kiosques préférés. Voici l'occasion de découvrir l'envers du décor. Une magnifique édition vient d'être publiée, avec une couverture en forme de trophée de chasse, une nature morte admirablement ciselée par l'artiste en résidence Éléonore Golberg. Yara El-Ghadban, écrivaine en résidence pour quatre numéro fait feu de tout bois avec un texte poignant, elle qui cherche du regard Saffoureh le village disparu de sa grand-mère. Vous saurez tout ce qui attend votre lecture de ce splendide numéro dont la phrase thème est cette fois-ci tirée d'un texte de Vladimir Slepian paru en 1974 (Fils de chien, Paris, revue Minuit): «Écoutez ! Je serai votre chien, un bon chien, mieux que tout autre chien». Avec des textes de Pascale Bérubé, David Clerson, Anna Quinn, Julien-Pier Boisvert, Maude-Éloise Brault, Élise Turcotte, Mathieu Hachebé, Fidélie Camirand, Cédric Trahan, Mathieu Dubé, Thomas Désaulniers-Brousseau, Benedetg Zumthor, Pascale Beauregard, Ludovic Champagne, Emilie Pedneault, Patrice Lessard, Yara El-Gadban et Maude Veilleux. Pour enflammer cette présentation, je reçois la direction littéraire bicéphale, inédite, de ce Moebius 165, Olivia Tapiero et Marc-André Cholette-Héroux sont mes invité.e.s, ce soir, à Mission encre noire.
    Extrait : « La faim me travaille comme si sa vie en dépendait. Lors d'épisodes de manque délirants, dans la lueur d'un espoir débridé, j'aspire à devenir un vieux fossiles de chien gâteux et gâté, traînant avec lui sa peau dégueulasse, ses yeux crottés et coulant d'une matière brune et indélébile, la gueule dégoulinant de bave, claudiquant au bout d'une ficelle tenue du bout des doigts par quelques maîtresse bien parfumée. Je me vois entrer dans leur maison où les formes de mon corps retrouveraient leurs traces sur un lit, un fauteuil de cuir, une ottomane. Puis, dans une autre pièce, le son des croquettes dans la gamelle, mon nom dit tout haut. Mon appétit serait contrôlé avec discipline et tendresse. » Benedetg Zumthor, Dies Irae, Moebius 165.
    Parenthèse suisse de Jules Clara paru en 2020 aux éditions Triptyque. Une jeune femme met sa vie entre parenthèse entre Montréal et Fribourg. À peine envisage-t-elle le paysage qui la guette au détour d'une tunnel: Majestueux. Pourtant, cette ville nouvelle qui l'accueille, l'a fait parfois vaciller. Éperdue de solitude, oui, elle voulait quitter sa ville, plier bagage. Savait-elle seulement ce qui l'attendait par-delà les Alpes suisses: Un amour déçu ? une ville séductrice ? une vie silencieuse ? D'autres moeurs difficiles à appréhender ? Une déclaration d'amour ? Un peu de tout ça rétorquerait la narratrice, un oeil glissant vers les déclinaisons de lumière du paysage, puis vers les rues noires qui avalent ses pensées. Roman gigogne, Parenthèse suisse fascine. Cette nouvelle vie ailleurs de Montréal, est le prétexte de façonner un portrait kaléidoscope d'une femme, d'un pays, d'une ville. L'autrice nous emporte dans un habile jeu d'écriture atypique où l'imagination et les fantasmes règnent en maîtres absolus. Je reçois Jules Clara, à Mission encre noire.
    Extrait: « C'était une rencontre parmi la foule qui s'abandonne à la gare. Il l'attendait comme ça, un bâton planté dans la rivière, le temps en cascade sur sa droite. Sur sa gauche. J'étais pour ma part debout, à l'écart de la scène, mais je ne l'étais pas assez. ce que j'ai vu, c'est une jeune femme descendre du train comme un rayon, dans la mesure où elle taillait les lieux couleur topaze autour d'elle. La séquence de leur rencontre diffusait une chaleur sans patience, qui cheminait sur le béton comme un tapis déployé pour eux seuls. Il y avait cet homme, de dos. Son habit sobre me rappelait l'époque du noir et du blanc. Nimbé d'une lumière qui me semblait irréelle, la femme du rendez-vous arborait quant à elle un visage comme une pomme citronnée. Rond, même ovale, avec des cheveux bruns. Ou étaient-ils blonds ? Une sorte de brume empêchait que l'air de ma vue ne s'éclaircisse entièrement. J'avais la certitude, pourtant, que cette femme rencontrait d'abord la Suisse et non l'homme.»
    0 min
  • Émission du 6 octobre 2020

    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 336. Le lièvre d'Amérique de Mireille Gagné paru en 2020 aux éditions La Peuplade. Principalement herbivore, le lièvre d'Amérique n'hiberne pas. En bon survivaliste, il ingère certaines de ses déjections pour en récupérer les derniers nutriments. Toujours aux aguets, il fait partie des animaux qui dorment le moins. C'est exactement ce qu'il faut pour Diane pour calmer son anxiété de performance. Elle décide de subir une intervention chirurgicale pour se faire inoculer le gène du lepus americanus. Elle devient rapidement l'employée modèle. Cependant, bientôt des cauchemars récurrents l'agitent. Au fil des jours, elle remarque des dizaine de cheveux roux dans sa chevelure. Peu à peu, elle se souvient du traversier de son adolescence, celui qui la menait vers l'Isle-aux-Grues. Les marées, le ciel qui s'illumine dans toute sa blancheur, elle avait oublié tout ça et...Eugène. Je vous invite à découvrir un fantastique roman mutant, une fable animalière néolibérale signée Mireille Gagné. L'autrice est notre invitée, ce soir, à Mission encre noire.

    Extrait: « Toujours ce vague souvenir de fuite en quittant le sommeil. de plus en plus fort chaque matin. La même forêt. L'hiver. Un cri. Quelqu'un la hèle. Derrière elle. Elle n'arrive plus à bouger. À se retourner. Paralysée. Stratifiée. Elle entend des pas s'approcher. Crissement dans la neige. Murmures. Branches cassées. Elle voudrait voir qui approche. Une ombre. Immense. Une main dans son dos. Mais le mirage s'étiole. Ses yeux voient flou. Elle se réveille. Essoufflée. Chasse les souvenirs oppressants de la nuit. Le cadran indique 4h32. Elle a dormi seulement quelques minutes de moins qu'hier."

    À train perdu de Jocelyne Saucier paru en 2020 aux éditions XYZ. Une vieille dame, Gladys Comeau monte à bord du Northlander, le 24 septembre 2012. Cette ligne de chemin de fer couvre , avec le Polar Bear express, la liaison de Toronto à Monsonee, sur la Baie James. Elle disparaît subitement de la circulation. La population et les proches du village de Swastika sont en émoi. Elle laisse derrière elle une fille aux pensées suicidaires. Qu'est-ce qui a bien pu se passer dans la tête de Gladys, cette femme courageuse, hors du commun, une mère dévouée, une force de la nature ? Fort de ces informations, un narrateur de Senneterre, en Abitibi, décide de consacrer quatre ans de sa vie à cette enquête. Jocelyne saucier retrouve la plume et la verve de son roman précédent, Il pleuvait des oiseaux, pour nous conter une histoire singulière. Celle des gens itinérants, de la forêt, des habitants du nord qui ont bâti tout un réseaux d'entraides et d'amitiés autour des School train d'antan. À vous de découvrir un roman anticonformiste remarquable, qui finira probablement par vous convaincre que vieillir peut être une tout autre aventure que prévue. Jocelyne Saucier est invitée de Mission encre noire.

    Extrait: « Pourquoi ne suis-je pas devenu cheminot comme mon père, mes oncles et tous les jeunes hommes qui se cherchaient un avenir pas trop loin ? Probablement parce que c'était des hommes plus grands que nature dans mon esprit. Mon père qui n'était pourtant pas un colosse prenait des allures de géants quand j'allais le voir dans la cour de triage. Je le cherchais parmi tous ces hommes qui marchaient pesamment entre les longs convois de marchandises et, quand je l'avais repéré, je ne le quittais pas des yeux, petit homme devenu géant car de sa seule main il démembrait un convoi. Tous ses gestes, le levier qu'il détendait, les boyaux de frein qu'il découplait, tous ses gestes répétés d'un wagon à l'autre, je les connaissais et c'était chaque fois le même ravissement de voir les wagons se séparer, glisser sur le rail, s'abouter à un autre convoi grâce aux mains expertes de mon père, de mes oncles, de tous ces hommes qui activaient ce lent et lourd ballet éléphantesque.» 

    1 hr
  • Émission du 6 octobre 2020
    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 336. Le lièvre d'Amérique de Mireille Gagné paru en 2020 aux éditions La Peuplade. Principalement herbivore, le lièvre d'Amérique n'hiberne pas. En bon survivaliste, il ingère certaines de ses déjections pour en récupérer les derniers nutriments. Toujours aux aguets, il fait partie des animaux qui dorment le moins. C'est exactement ce qu'il faut pour Diane pour calmer son anxiété de performance. Elle décide de subir une intervention chirurgicale pour se faire inoculer le gène du lepus americanus. Elle devient rapidement l'employée modèle. Cependant, bientôt des cauchemars récurrents l'agitent. Au fil des jours, elle remarque des dizaine de cheveux roux dans sa chevelure. Peu à peu, elle se souvient du traversier de son adolescence, celui qui la menait vers l'Isle-aux-Grues. Les marées, le ciel qui s'illumine dans toute sa blancheur, elle avait oublié tout ça et...Eugène. Je vous invite à découvrir un fantastique roman mutant, une fable animalière néolibérale signée Mireille Gagné. L'autrice est notre invitée, ce soir, à Mission encre noire.
    Extrait: « Toujours ce vague souvenir de fuite en quittant le sommeil. de plus en plus fort chaque matin. La même forêt. L'hiver. Un cri. Quelqu'un la hèle. Derrière elle. Elle n'arrive plus à bouger. À se retourner. Paralysée. Stratifiée. Elle entend des pas s'approcher. Crissement dans la neige. Murmures. Branches cassées. Elle voudrait voir qui approche. Une ombre. Immense. Une main dans son dos. Mais le mirage s'étiole. Ses yeux voient flou. Elle se réveille. Essoufflée. Chasse les souvenirs oppressants de la nuit. Le cadran indique 4h32. Elle a dormi seulement quelques minutes de moins qu'hier."
    À train perdu de Jocelyne Saucier paru en 2020 aux éditions XYZ. Une vieille dame, Gladys Comeau monte à bord du Northlander, le 24 septembre 2012. Cette ligne de chemin de fer couvre , avec le Polar Bear express, la liaison de Toronto à Monsonee, sur la Baie James. Elle disparaît subitement de la circulation. La population et les proches du village de Swastika sont en émoi. Elle laisse derrière elle une fille aux pensées suicidaires. Qu'est-ce qui a bien pu se passer dans la tête de Gladys, cette femme courageuse, hors du commun, une mère dévouée, une force de la nature ? Fort de ces informations, un narrateur de Senneterre, en Abitibi, décide de consacrer quatre ans de sa vie à cette enquête. Jocelyne saucier retrouve la plume et la verve de son roman précédent, Il pleuvait des oiseaux, pour nous conter une histoire singulière. Celle des gens itinérants, de la forêt, des habitants du nord qui ont bâti tout un réseaux d'entraides et d'amitiés autour des School train d'antan. À vous de découvrir un roman anticonformiste remarquable, qui finira probablement par vous convaincre que vieillir peut être une tout autre aventure que prévue. Jocelyne Saucier est invitée de Mission encre noire.
    Extrait: « Pourquoi ne suis-je pas devenu cheminot comme mon père, mes oncles et tous les jeunes hommes qui se cherchaient un avenir pas trop loin ? Probablement parce que c'était des hommes plus grands que nature dans mon esprit. Mon père qui n'était pourtant pas un colosse prenait des allures de géants quand j'allais le voir dans la cour de triage. Je le cherchais parmi tous ces hommes qui marchaient pesamment entre les longs convois de marchandises et, quand je l'avais repéré, je ne le quittais pas des yeux, petit homme devenu géant car de sa seule main il démembrait un convoi. Tous ses gestes, le levier qu'il détendait, les boyaux de frein qu'il découplait, tous ses gestes répétés d'un wagon à l'autre, je les connaissais et c'était chaque fois le même ravissement de voir les wagons se séparer, glisser sur le rail, s'abouter à un autre convoi grâce aux mains expertes de mon père, de mes oncles, de tous ces hommes qui activaient ce lent et lourd ballet éléphantesque.»
    0 min
  • Émission du 29 septembre 2020

    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 335. École pour filles par Ariane Lessard paru en 2020 aux éditions La mèche. Plusieurs élèves et leurs institutrices sont pris par la neige six mois par année dans un pensionnat pour jeunes filles, isolé dans une vaste forêt. Dans un décor angoissant, les unes et les autres, certaines plus vieilles, d'autres disparues...accumulent les savoirs. Chacune pose sa voix, page après page, pour composer un chant pluriel. Chemin faisant, les pièces orales composent un fascinant jeu d'écriture, en forme de rebus circulaire, autour du cycle des saisons. Parfois caresses, tantôt gifles, les mots que l'autrice donnent à entendre flattent autant qu'ils procurent des frissons à l'échine. Ariane Lessard n'a pas son pareil pour harmoniser les différents styles de parole d'une oeuvre chorale qui célèbre l'écologie, le féminisme et les savoirs occultes. Entre colère et violence, c'est la vie qui veut éclore dans ce couvent fermé comme un poing. Rendu à l'âge de la puberté, de ces jeunes filles qui aiment habiter le silence où affirmer de rompre avec les bonnes manières, se dégage un exercice de remise en question des choix et des limites, dans un univers extérieur menaçant. L'autrice se prête au jeu de ces multiples visages, autant de miroirs, qui malgré les failles se refusent à briser. Préparez-vous à descendre à la cave d'un univers ensorcelant où la vérité sourd de dalles blanches dans une langue furieusement habitée. je reçois Arianne Lessard, ce soir, à Mission encre noire.

    Extrait: « Je m'amuse à suivre la trace laissée par Jeanne au sortir de la grande salle. Dame Angoisse me tend la serpillière. Ce n'est pas à moi de ramasser ses gouttes. L'eau rouge coule sur le carrelage. L'eau rouge se terre entre les craques du plancher. J'ai gardé ma queue en tissu, l'ai ramenée à ma chambre sous le toit, l'ai roulée en boule et l'ai glissée dans mon pantalon. Si les plus vieilles n'y étaient pas, ce serait moi le roi.»

    Les Rosemonteries de Sébastien Ste-Croix Dubé paru en 2020 aux éditions Triptyque dans la collection Novella. Que dire de l'ambition d'un jour de St-jean d'Adam, de se glisser dans son hamac avec une bière dans le gosier, des écouteurs et un Dostoïesvski ? Si ce n'est qu'une pièce défectueuse pour réparer un fermenteur à Mabrasserie va diablement changer sa routine. Soixante-cinq jours de travail non-stop dans la vie d'un brasseur de bière qui carbure à la cervoise et à une galaxie de pilules en tout genre, ça use. Gagner sa vie en ruinant son couple n'est pas si payant. Effondré, Adam s'invite alors en enfer, sous le soleil tapant dans dédale des rues rosemontoises à la recherche de la pièce manquante ou de lui-même. Dans la moiteur d'un quartier de Montréal en pleine mutation, l'auteur nous embringue dans une dérive gonzoesque, en gougounes, à travers le regard avisé de son personnage principal. Prêt pour un road-trip sous acide au coeur du quartier Rosemont ? J'accueille Sébastien Ste-Croix Dubé à Mission encre noire.

    Extrait: « Je monte jusqu'à la rue Beaubien pour me rendre au parc Molson. Ça me donne l'impression d'aller dans la bonne direction. Je m'effondre sur une table de pique-nique. Ici, les festivités cessent peu à peu, il reste seulement quelques âmes errantes qui gueulent ou se frenchent. Pas loin, un gars crie bonne Saint-Jean, tabarnaque !, je pense d'abord que c'est dirigé contre moi, qu'on m'accuse. Mais non, il poursuit son chemin en chancelant et en hurlant. De l'autre côté de la rue, le Cinéma Beaubien expose sa tête lumineuse. Les ampoules font une chorégraphie bizarre autour des affiches ; chaque lumière y va de sa petite danse improvisée ; chaque lumière est une émotion. Le riz frit, c'était ton plat préféré. Quand t'as appris que t'allais crever d'un cancer, t'es venu me voir. Tu souriais, mon crisse. Tu disais que t'avais même pas peur. Que de toute façon, il fallait juste s'assurer de faire ce qu'on aime avec les gens qu'on aime et de pas gaspiller le temps qu'on a.»

    1 hr
  • Émission du 29 septembre 2020
    Mission encre noire Tome 29 Chapitre 335. École pour filles par Ariane Lessard paru en 2020 aux éditions La mèche. Plusieurs élèves et leurs institutrices sont pris par la neige six mois par année dans un pensionnat pour jeunes filles, isolé dans une vaste forêt. Dans un décor angoissant, les unes et les autres, certaines plus vieilles, d'autres disparues...accumulent les savoirs. Chacune pose sa voix, page après page, pour composer un chant pluriel. Chemin faisant, les pièces orales composent un fascinant jeu d'écriture, en forme de rebus circulaire, autour du cycle des saisons. Parfois caresses, tantôt gifles, les mots que l'autrice donnent à entendre flattent autant qu'ils procurent des frissons à l'échine. Ariane Lessard n'a pas son pareil pour harmoniser les différents styles de parole d'une oeuvre chorale qui célèbre l'écologie, le féminisme et les savoirs occultes. Entre colère et violence, c'est la vie qui veut éclore dans ce couvent fermé comme un poing. Rendu à l'âge de la puberté, de ces jeunes filles qui aiment habiter le silence où affirmer de rompre avec les bonnes manières, se dégage un exercice de remise en question des choix et des limites, dans un univers extérieur menaçant. L'autrice se prête au jeu de ces multiples visages, autant de miroirs, qui malgré les failles se refusent à briser. Préparez-vous à descendre à la cave d'un univers ensorcelant où la vérité sourd de dalles blanches dans une langue furieusement habitée. je reçois Arianne Lessard, ce soir, à Mission encre noire.
    Extrait: « Je m'amuse à suivre la trace laissée par Jeanne au sortir de la grande salle. Dame Angoisse me tend la serpillière. Ce n'est pas à moi de ramasser ses gouttes. L'eau rouge coule sur le carrelage. L'eau rouge se terre entre les craques du plancher. J'ai gardé ma queue en tissu, l'ai ramenée à ma chambre sous le toit, l'ai roulée en boule et l'ai glissée dans mon pantalon. Si les plus vieilles n'y étaient pas, ce serait moi le roi.»
    Les Rosemonteries de Sébastien Ste-Croix Dubé paru en 2020 aux éditions Triptyque dans la collection Novella. Que dire de l'ambition d'un jour de St-jean d'Adam, de se glisser dans son hamac avec une bière dans le gosier, des écouteurs et un Dostoïesvski ? Si ce n'est qu'une pièce défectueuse pour réparer un fermenteur à Mabrasserie va diablement changer sa routine. Soixante-cinq jours de travail non-stop dans la vie d'un brasseur de bière qui carbure à la cervoise et à une galaxie de pilules en tout genre, ça use. Gagner sa vie en ruinant son couple n'est pas si payant. Effondré, Adam s'invite alors en enfer, sous le soleil tapant dans dédale des rues rosemontoises à la recherche de la pièce manquante ou de lui-même. Dans la moiteur d'un quartier de Montréal en pleine mutation, l'auteur nous embringue dans une dérive gonzoesque, en gougounes, à travers le regard avisé de son personnage principal. Prêt pour un road-trip sous acide au coeur du quartier Rosemont ? J'accueille Sébastien Ste-Croix Dubé à Mission encre noire.
    Extrait: « Je monte jusqu'à la rue Beaubien pour me rendre au parc Molson. Ça me donne l'impression d'aller dans la bonne direction. Je m'effondre sur une table de pique-nique. Ici, les festivités cessent peu à peu, il reste seulement quelques âmes errantes qui gueulent ou se frenchent. Pas loin, un gars crie bonne Saint-Jean, tabarnaque !, je pense d'abord que c'est dirigé contre moi, qu'on m'accuse. Mais non, il poursuit son chemin en chancelant et en hurlant. De l'autre côté de la rue, le Cinéma Beaubien expose sa tête lumineuse. Les ampoules font une chorégraphie bizarre autour des affiches ; chaque lumière y va de sa petite danse improvisée ; chaque lumière est une émotion. Le riz frit, c'était ton plat préféré. Quand t'as appris que t'allais crever d'un cancer, t'es venu me voir. Tu souriais, mon crisse. Tu disais que t'avais même pas peur. Que de toute façon, il fallait juste s'assurer de faire ce qu'on aime avec les gens qu'on aime et de pas gaspiller le temps qu'on a.»
    0 min

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