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Mission encre noire Tome 28 Chapitre 329 Tireur embusqué de Jean-Pierre Gorkynian paru en 2020 aux éditions Mémoire d'encrier. Il y a des sons familiers qui peuvent devenir obsession. Dans ce cri étouffé, ce corps qui chute dans la neige, c'est le souvenir des bombes, des balles traçantes, du sol brûlant d'Alep qui resurgit. Shams vit son premier hiver à Montréal. Il s'est lié d'amitié avec Kevin, un poké, qui fait des runs pour un dealer quand celui-ci est trop pété. Adolescent rescapé de la guerre en Syrie, Shams arrive péniblement à contenir ce monstre qui le broie de l'intérieur. Pris à parti dans une violente bagarre à l'école, il consent à suivre une psychothérapie. Le divan de Sylvain Ménard prend des allures de scènes de guerre, de zone sinistrée, Alep, la guerre civile, la mort qui rôde, les derniers éclats du souvenir de Zeina qui blesse encore...Lorsque Shams se remémore ses derniers mois syriens, il se demande s'il a vraiment quitté le pays pour de bon. Assurément la guerre civile a profondément influé sur la genèse de ce très convaincant second roman. Les portraits percutants de figures de guerre nous ramènent à une réalité qui nous échappe trop souvent. Le passé violent ne s'efface pas si facilement. Né à Montréal et originaire de Syrie, l'auteur a signé deux articles dans Le devoir relatant ses deux voyages de recherche au pays. Dans l'évocation de l'odeur âcre des éclats d'obus et de la poussière des rues dévastée, le Tireur embusqué dans les rues enneigées de Montréal n'est peut-être pas celui qu'on croit. Jean-Pierre Gorkynian est notre invité, ce soir, à Mission encre noire.
Extrait:« J'ai pris une grande inspiration. Je m'apprêtais à plonger en apnée, dans l'âme fracturée d'un désert aride. Je ne me rappelle plus du tout ce que je lui ai dit, ni dans quel ordre. Ménard se gardait bien de m'interrompre. Il voulait me donner du temps, et je l'ai pris. Et sans m'en rendre compte, les murs de cette prison se sont affaissés et la neige s'est transformée en sable. À défaut de mourir, le temps s'est suspendu. L'été était brûlant. La terre cuisait sous un soleil impitoyable. Le pays traversait sa pire sécheresse. Année après année, des récoltes toujours plus désastreuses. Partout, du Maghreb jusqu'au Levant, l'esprit de révolte qui avait su renverser des régimes de terreur quasi immémoriaux soufflait désormais sur notre pays. Comme un vent de fraîcheur, apportant avec lui son lot de rêves et d'espoirs. Le peuple exigeait plus de liberté et de dignité. Ne tolérait plus de se laisser humilier. Mais notre gouvernement ne l'entendait pas ainsi.»
Chairs sous la direction de Marie-Ève Blais et Olivia Tapiero paru en 2019 aux éditions Triptyque dans la collection Encrages. Avec des textes inédits de Mykalle Bielinski, Marie-Ève Blais, Laurence Bourdon, Philippe Dumaine, Erin Hill, Lorrie Jean-Louis, Catherine Mavrikakis, Nathanaël, Charlie Prince, Olivia Tapiero, Sarah Walou et Ouanessa Younsi ce recueil engage une réflexion passionnante à douze voix autour de la notion de chairs. Chaque texte engage sa plume, son stylet, sa pointe acérée dans le brut du corps, dans l'épaisseur de sa résistance, dans l'abandon et la mollesse parfois douloureuse d'une chair vaincue ou triomphante. Les autrices et auteurs invité.e.s viennent d'origines diverses, la danse, l'écriture, le théâtre, la chorégraphie, la musique, donnant ainsi plusieurs correspondances et un regard neuf sur un sujet méconnu. De quel espace parle-t-on lorsque l'on évoque les chairs? (dedans/dehors) Où se terre notre mémoire, nos héritages dans ses méandres sinueux? Préfère-t-on les oublier ? Quel rapport y-a-t-il entre le temps et nos chairs? Où se glissent nos désirs sur cet étal carné frémissant? Je reçois Olivia Tapiero, ce soir, à Mission encre noire. (extrait lu à l'antenne: Marquer le temps: ce que le souvenir raconte de la chair Marie-Ève Blais Chairs Triptyque (2020).)
Extrait: « La ville de Lisbonne est aujourd'hui tatouée par des milliers de graffitis, alors que chaque guide touristique me convie à visiter le Musée de l'azulejo, qui rappelle un passé où les murs n'étaient pas dénudés non plus. Ils se montraient recouverts de mosaïque colorées et tarabiscotées. Les murs de la ville à l'époque moderne ne sont pas plus gris qu'ils ne l'étaient par le passé. On les voit peints de mots, de crocodiles, de lézards, de phallus tronqués, de seins énormes, d'injures et de signatures. J'aime cette pudeur de la ville qui se refuse à se montrer sans fard. J'aime ces dessins qui se chevauchent, s'appellent. Si Lisbonne a une chair, cette chair est couverte. À Lisbonne, même les plantes et les arbres sont tatoués: j'ai vu, sur des agaves, des figuiers géants et des cactus, que Pedro aimait Maria, que Nene aimait Nana. On parle de plantes à messages dans les livres. Les humains ont-ils vraiment besoin d'incarner dans la chair des plantes les détails de leurs petites vies insignifiantes? » Viande à penser Catherine Mavrikakis Chairs Triptyque (2020).
Mission encre noire Tome 28 Chapitre 328 Guérir du mal de l'infini de Yves-Marie Abraham paru en 2019 aux éditions Écosociété Collection Polémos Combattre, débattre. « Nous sommes une armée de rêveurs (rêveuses) et pour cette raison nous sommes invincibles. » Zadistes. Le 16 octobre 2012, le gouvernement Ayrault lance « l’opération César » qui a pour but d’évacuer, par la force, Notre-Dame-des-Landes et d’en chasser les occupants qui s’opposent au projet de construction de l’aéroport. Le 17 janvier 2018, le projet est officiellement abandonné. Le succès de cette tentative de «communaliser» ce bout de territoire en France ne doit pas occulter le prix de la violence d'État qu'il aura fallu payer. L'ambition révolutionnaire qui habite cet essai est avant tout de faire prendre conscience de l'urgence de comprendre qu'il n'y aura pas de «développement durable». Le monde tel qu'il a été conçu jusqu'ici nous éloigne sans cesse des idéaux de liberté et d'égalité. Notre civilisation est en danger, ce qui la menace porte un nom: la croissance économique, voilà le «mal de l'infini». Yves-Marie Abraham jette un éclairage avisé sur ce phénomène pour tenter d'en comprendre les mécanismes. Pourquoi refuser la croissance? Comment faire ? Pour enrayer cette machine infernale l'auteur fait valoir trois principes: produire moins, partager plus, décider ensemble. Pour lui, seule la décroissance peut nous permettre de surmonter la catastrophe annoncée. Guérir du mal de l'infini fait l'éloge d'un monde fondé sur les communs, un concept qui plante son écharde dans le flanc de l'inévitable course au rendement. Je reçois Yves-Marie Abraham à Mission encre noire, ce soir.
Extrait: « Si nous voulons vraiment cesser d'aggraver la catastrophe écologique, pour éviter entre autres d'avoir à subir à court ou moyen terme une forme de décroissance subie et sauvage, conséquence du dépassement des limites biophysiques planétaires, la seule solution est de produire moins qu'on ne le fait aujourd'hui. Il faut non seulement renoncer à la croissance, mais réduire la quantité de matière et d'énergie que nous générons. Tel devrait être le premier principe de toute politique écologique digne de ce nom. Malheureusement, bien des écologistes, ceux en particulier dont l'engagement est aussi devenu un gagne-pain, continuent à ne pas faire valoir clairement cet impératif et préfèrent nourrir l'espoir que les stratégies dont il a été question dans les pages qui précèdent vont suffire à stopper le désastre. mais celles-ci n'auront une quelconque efficacité sur le plan écologique que dans la mesure où des limites auront été fixées à ce que l'on peut produire et consommer. Sinon, elles permettront au mieux de « polluer moins pour polluer plus longtemps ». Au pire, elles auront pour effet de nourrir la croissance (C'est le « paradoxe de Jevons ») et par conséquent d'accélérer la dévastation de notre planète. Il est urgent qu'au moins nos « leaders environnementaux » cessent d'être les commis voyageurs du « capitalisme vert », spécialisés dans la promotion de marchandises « propres ». »
Hollywood et la politique de Claude Vaillancourt paru en 2020 aux éditions Écosociété. « That's all folks !» C'est la phrase de la Warner Bros' classic Looney Tunes cartoon, rendu célèbre par Porky the pig. Claude Vaillancourt ne voulait pas pour autant tirer un trait final à son essai paru originellement en 2012. Dans cette version augmentée, l'histoire s'accélère et bien de nouveaux enjeux ont changé quelque peu la donne dans le milieu du cinéma aux États-Unis. L'auteur nous invite à une visite guidée au royaume d'Hollywood en envisageant la critique de ce cinéma des années 1980 à aujourd'hui. Illustré par de nombreux exemples, cet essai nous introduit au coeur de l'univers d'une industrie puissante vendue au sacro saint capitalisme. Cet ouvrage se présente comme une réflexion sur les liens entre la politique et l'imaginaire hollywoodien. À l'image du Petit cours d'autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon (Lux, 2005), Hollywood et la politique vous donne les outils pour aiguiser votre sens critique sur un cinéma qui, néanmoins, diffuse toujours un pouvoir de fascination extraordinaire sur l'ensemble du globe. Qu'est-ce qui peut bien distinguer des oeuvres comme Rocky IV de Sylvester Stallone (1985), Fight club de David Fincher (1999) et Super size me de Morgan Spurlock (2004) ? je vous incite à venir le découvrir, ce soir, à Mission encre noire, Claude Vaillancourt est notre invité.
Extrait: « Le début de Blue Velvet (1986) de David Lynch est devenu un classique pour les cinéphiles. Au retour d'une visite à l'hôpital, un jeune homme aperçoit une oreille humaine dans un terrain vague. Cette trouvaille inusitée contraste avec l'univers rassurant dans lequel évolue le jeune homme. Les premières images du film ont montré une banlieue souriante et paisible: apparaissent aux yeux du spectateur une jolie clôture blanche devant laquelle poussent des roses, un camion de pompiers qui circule lentement avec un pompier qui envoie gentiment la main, des enfants qui traversent la rue sous le regard protecteur d'une brigadière, une coquette maison avec une grosse voiture dans l'entrée. certes, un homme qui arrose sa pelouse est victime d'un arrêt cardiaque. mais il sera bien soigné par la suite. Le mal ne vient pas de là, mais de cette oreille coupée, ramassée par le jeune homme, véritable apparition de l'incongru dans un monde ordonné. L'oreille nous apprend que l'univers lisse et calme de cette banlieue ordinaire cache aussi son envers: un sadique, un fou a bel et bien coupé l'oreille d'un individu, après l'avoir violenté et tué peut-être.»
Mission encre noire Tome 28 Chapitre 327. Ghetto X une enquête de Victor Lessard de Martin Michaud paru en 2019 aux éditions Libre Expression. Le mètre quatre-vingt dix de Victor Lessard, barbe drue et les cheveux coupés en brosse considère l'homme qui ballote dans le vide au bout de ses doigts à l'extrême saillie du toit du Casino de Montréal. « Quand tu t'es déshabillé jusqu'au coeur, tu sais qui t'es vraiment », le joueur ne croit pas si bien dire, en fait sa déclaration serait presque prémonitoire pour l'ex enquêteur des crimes majeurs. Il pourrait y penser, un peu plus loin dans le temps, se relevant les mains couvertes de coupures et d'ecchymoses après l'assaut des Forces spéciales contre un baraquement qui abrite un obscur groupe armé d'extrême droite. Pour Lessard, traquer des tueurs est une seconde nature. Jacinthe Taillon, son intime partenaire de toujours au SPVM, le sait bien. Cependant, depuis Violence à l'origine et la capture du Graffiteur collaborer avec Marc Piché, le directeur du SPVM, est impossible. Travailler pour le casino fera l'affaire, le temps qu'une nouvelle affaire de meurtre éclate: Guillaume Lefebvre, 37 ans, journaliste, est abattu avec un fusil de précision par un tireur embusqué. C'est le début d'une descente en enfer pour le duo fétiche d'une série toujours aussi dynamique et accrocheuse. Martin Michaud confirme une fois de plus qu'il est bien le maître du thriller québécois. Accro à la télé série Victor Lessard ? Vous feriez une erreur de ne pas vous jeter sur le roman, l'auteur est suffisamment sagace pour vous offrir des angles inédits et d'autres sensations fortes sur le papier. Pour le prouver, je reçois Martin Michaud à Mission encre noire, ce soir.
Extrait: « Dans nos vies d'aujourd'hui, le temps fuit, le temps déborde, et il transforme les humains en automates décérébrés courant à l'aveugle et s'agitant sans savoir où ils vont, moins désireux de connaître la direction à emprunter que de continuer à courir. Mais parfois survient un événement - en règle générale un drame ou une tragédie - qui vous force à prendre conscience du poids de chaque seconde, qui crée un infra-monde où l'espace-temps se dilate, là où, brusquement, le temps s'écoule au ralenti, là où chaque milliseconde s'étire comme une goutte d'eau qui se détache de la gueule d'un robinet. Et pendant cet infini battement de cils où votre existence se trouve en suspension dans une antichambre noire et marécageuse dont vous voulez à tout prix vous échapper, vous rêvez de rejoindre le troupeau et de reprendre la course vers nulle part. Durant cette milliseconde où le temps s"est arrêté, une femme s'était mise à hurler et à gesticuler pour avertir un adolescent qui, casque d'écoute aux oreilles, absorbé par sa musique se dirigeait vers la fusillade.»
Le cercle de cendres de Félix Ravenelle-Arcouette paru en 2019 aux éditions Héliotrope Noir. Dave aimerait échapper à son destin de gangster, lui qui a péniblement obtenu ses bourses pour reprendre des études à l'université de Montréal. Quand on vient de Kahnawake ou de Kanesatake, il y a de bonnes chances que votre dossier s'enlise. Jenny le sait bien, alors qu'elle range son costume, ayant bien dansé cette fin de semaine au Pow wow annuel. Elle sait aussi que son frère est un chien fou et elle ressent un grand effroi. Dave embarque des caisses de cigarettes de contrebande dans son pick up pour le compte d'une bande de Hell's du coin. Il les charge dans sa barge et se dirige vers les côtes américaines. Ce serait de l'argent rapide et facile, si ce n'est que ses clients deviennent plus avides et lui somment de transporter un véhicule rempli de poudre. Comme le lui dit cet ancien Warrior,« le monde des blancs n'est pas pour eux », Dave est conscient d'avoir jeté un pavé dans la fenêtre de son destin et les éclats déchirent déjà ses chairs. Serait-ce le prix à payer pour retrouver la grandeur d'âme du guerrier Mohawk, mangeur d'homme, qui hurle en lui alors qu'une escouade tactique menace aux abords de la réserve ? Digne héritier de Jim Thompson et du polar européen, Félix Ravenelle-Arcouette sort sa plume de son étui et abaisse le cran de sûreté pour confronter son histoire à la réalité de la vie en territoire Mohawk, à deux pas de Montréal. Ayant passé plusieurs mois à enquêter à Kahnawake et Kanesatake, l'auteur avance en terrain connu, et prend le temps de couper la distance à nos à priori dans un récit remarquable. Félix Ravenelle-Arcouette est invité à Mission encre noire.
Extrait: « Carignan jette la cigarette à moitié fumée, passe entre ses collègues en les saluant d'un signe de tête et retourne à l'intérieur. Si le lieutenant-détective encore quelques mois devant lui pour manoeuvrer en vue du mandat élargi, il a tout de même hérité de la part ingrate de l'affaire. Sirotant son café dans son nouveau bureau, il fait défiler les pages du dossier d'une autre opération en territoire mohawk qui a eu lieu l'an dernier. Centrée grâce à lui sur les motards blancs de Kahnawake - déjà remplacés par d'autres - l'opération du Module de lutte au crime organisé de la police de Montréal aura eu le mérite d'augmenter la transparence des collaborations. Depuis ce coup du SPVM, la SQ fait pâle figure et caresse donc le projet d'une vaste opération pour démanteler le réseau de la route 344. Ils ont les noms des producteurs et des acheteurs, l'adresse du bunker où les substances sont fabriquées, les points de débarquements des marchandises, les différents acheteurs du Québec, de l'Ontario et des États-Unis. Seul manque le mode opératoire.»
Mission encre noire 326 Tome 28 Chapitre 326 Le Boys Club de Martine Delvaux paru en 2019 aux éditions du remue-ménage. Qui a vu le grand méchant loup ? C'est bien nous ! Non, le boys club n'est pas une institution du passé, ni tirée d'une comptine désuète. Il existe parmi nous, puissant, tentaculaire. Bâti sur les cendres encore chaude du succès des Filles en série: des Barbies aux Pussy Riot paru en 2013 aux éditions du remue-ménage (nouvelle édition 2018), ce nouvel essai dénonce de manière absolue les lieux de pouvoir d'une élite masculine. Un monde d'hommes, souvent blancs, âgés et fortunés qui, non seulement, s'accapare un nombre incalculable de privilèges et d'abus en tout genre, mais également exclu, pour ce faire, ce qui ne lui ressemble pas et menace son hégémonie, en particulier: les femmes et les minorités. Martine Delvaux, encore une fois, à force de courage et d'abnégation, se lance dans une vaste opération de reconquête de ce pouvoir qui nous échappe tellement, dans un geste ultime de citoyenneté. La grande supercherie des boys club est dénoncée ! Martine Delvaux décrit la structure d'une machine politique qui légitime l'abject et fabrique de l'exclusion. Parce que nos vies comptent, ce livre s'adresse d'urgence à tous, à vous, à moi, à lui, à eux. Bienvenue dans la manufacture du pouvoir !« When she talks, i hear the revolution » (Bikini Kill), Martine Delvaux est notre invitée, ce soir, à Mission encre noire.
Extrait: « Force est de constater qu'on n'honore pas les femmes en donnant leur nom à un lieu du paysage urbain, ou très peu. Peut-être parce que ce qu'elles font n,est pas considéré suffisamment honorable, ou parce que tout simplement, on ignore ce que les femmes ont accompli, et qu'on ne sent ni le besoin ni le désir de s'informer. Et la même chose peut-être dite au sujet des communautés culturelles et autochtones, nettement sous-représentées, la Ville de Montréal soutient que sa division du patrimoine fait déjà de la discrimination positive depuis une vingtaine d'années. Son plan d'action indique que, « au moment d'une désignation d'un toponyme, si le choix existe entre un nom d'homme et un nom de femme, ce dernier sera privilégié ». Mais il ne s'agit pas seulement de choisir l'une ou l'autre ; il s'agit de sortir du boys club, de ne pas faire le choix moral, éthique, et donc en quelque sorte faux - choisir une femme parce que c'est une femme et ainsi laisser entendre que le choix de l'homme était le meilleur mais a dû être écarté pour des raisons politiques.»
Théo à jamais de Louise Dupré à paraître le 05 février 2020 aux éditions Héliotrope. Qui aurait pu prédire que Théo tirerait sur son père lors d'une de ses conférence à l'université de Miami ? Il l'a pointé avec une arme et l'atteint au ventre, avant de se faire blessé, lui-même, à mort par un agent de police. Qui aurait pu prévoir ce drame, certainement pas Karl et encore moins Béatrice Hubert qui apprend la nouvelle de l'attentat de son fils, alors qu'elle travaille, ironie du sort, sur un documentaire sur les tueries de masse. Était-ce un hasard s'ils avaient un meurtrier dans la famille ? Comment affronter la tornade qui soudainement s'abat sur eux ? Qui était vraiment Théo ? Béatrice s'acharne à le découvrir, elle veut comprendre. Que faire, malgré tout, de la douleur et de la rage qui s'emparent d'elle ? Elle décide de se raconter, d'écrire comme si elle s'administrait un médicament. Écrire contre la souffrance, malgré les doutes, sans omettre la colère et la révolte, Béatrice va s'efforcer de croire, de garder foi en la vie. Issu d'elle et de Karl, Théo s'est hissé sur un piédestal, mais un erreur de taille s'est glissée. faut-il en faire un monstre pour autant ? Dans un récit lucide et puissant Louise Dupré nous parle de la douleur, cette lame de couteau qui perse au coeur de la mémoire familiale, dans l'intimité de la prise de parole d'une mère qui ose sonder de ses doigts la profondeur d'une mauvaise cicatrice. J'accueille l'autrice, Louise Dupré, ce soir, à Mission encre noire.
Extrait: « Je me suis réveillée ce matin avec de la pluie plein la tête, une pluie de novembre, une pluie folle, menaçante, un déluge comme le jour où l'appel d'Helen Gardner m'avait précipitée dans l'horreur. Deux ans maintenant, à quelques jours près, je n'en reviens pas. Un jour, aurai-je du mal à me rappeler les événements de Miami? Ils seront toujours imprimés en moi, je crois, ce n'est pas pour cette raison que j'ai entrepris ce récit. Tous les jours, j'écris dans mon lit, Darwin à mes pieds. Une bonne journée, peut-être ce besoin disparaîtra-t-il comme par enchantement. Je conserverai le dossier «Floride» un certain temps, puis je le ferai glisser dans la corbeille de mon PC. J'aurai fini de porter sur mes épaules le cadavre de Théo. Mais suis-je bien franche, oserais-je jeter mon manuscrit?»
Mission encre noire Tome 28 Chapitre 325. Ténèbre de Paul Kawczak à paraître le 23 janvier 2020 aux éditions La peuplade. Je vous souhaite à toutes et à tous une excellente année 2020. L'histoire a été lingcheifiée. C'est à coup de chicotte pour achever un homme que Henri Morton Stanley, le célèbre explorateur vous accueille. Tranchée, mutilée comme des corps humains, l'Afrique du roi des Belges Léopold II, en 1883, est la proie d'une haine implacable de la part des colons portés par un romantisme criminel. Paul Claes, un géomètre natif de Bruges est chargé d'officialiser le tracé des frontières disputées du Congo belge et français. Il embarque sur le Paquebot anglais le Victoria le 10 janvier 1890. C'est à bord du Fleur de Bruges, accompagné de travailleurs Bantous et d'un émigré chinois, ancien bourreau spécialisé dans l'art de la découpe humaine, le lingchi, que Paul Claes navigue sur le fleuve Congo. Xi Xiao sait lire l'avenir, il est adroit et précis lorsqu'il s'agit de vider un homme de son corps sans en altérer l'âme. Il suit le tracé complexe de lignes, guidé par des repères d'acupuncture et la prise de grosses doses d'opium. Certains dignitaires chinois y voyaient là une façon exquise de mourir. D'ors et déjà, Xi Xiao sait qu'il aimera le géomètre d'un amour suave. Ténèbre est un premier roman d'aventure stupéfiant qui distille un érotisme sombre. Laissez-vous glisser doucement dans l'effroi de la colonisation européenne en Afrique, osez changer de peau ! La piqûre sera subtile et atroce. Ténèbre est un livre virtuose et vénéneux au risque de franchir certaines limites. Je reçois Paul Kawczak, ce soir, à Mission encre noire.
Extrait: « l'angoisse et les fièvres revinrent. Pierre Claes remontait cette section du Congo encore inédite pour lui et qui, courbée comme une aorte ascendante, semblait pénétrer le coeur bouillonnant de l'Afrique qu'était le Congo. Pierre Claes, par moments, se sentait glisser dans le courant mauvais de la vie. Tout autour de lui mourait alors même que la quantité de vie grouillante sur et par-delà les berges paraissait ne trouver de limite que dans le poids du ciel. Pierre Claes se voyait couler dans le courant de ce sang brun comme le mauvais parasite qui lui rongeait les nerfs et l'assaillait en fièvres froides. Il coulait au coeur pour tuer l'existence et le goût de celle-ci se corrompait, s'infectait, devenait obscène. Il n'y aurait jamais de Dieu, cela était clair et jamais assez dit. La vie tuait la vie et tuer était mourir.»
Taverne nationale de Dominic Marcil et Hector Ruiz paru en 2019 aux éditions Triptyque poèmes. La taverne investi par les poètes est la plus vieille encore en fonction de Grandby, située sur la rue Principale et fondée en 1940. Vestige d'une autre époque, ce symbole de la culture populaire d'ici est observé, écouté, photographié et saisie sous l'angle inédit de deux plumes orfèvres. Armés de carnet de note et de stylos les auteurs recueillent des témoignages retranscrits sous forme de chroniques, de poésie, de conte, d'essai et de correspondance. Aussi fascinant qu'un instantané noir et blanc, chaque texte est un miroir de coin de bar, qui prend parfois l'allure d'un instant de grâce, ailleurs un silence qui en dit long. Une relation étrange s'établi alors entre vous, nous, eux, comme un dialogue d'outre-tombe avec un lieu à l'imaginaire éclaté. Nous passons, ce soir, par la porte arrière de la taverne pour recevoir Dominic Marcil à Mission encre noire.
Extrait: « La serveuse le serveur/n'ont pas le choix/de m'aimer/je ne suis/pas méchant/juste un peu/et puis j'oublie/souvent ton nom/je ne perds jamais mes clés/parfois la carte/as-tu déjà passé/un jour de l'An/seul au bar?»
Mission encre noire Tome 28 Chapitre 325. Ténèbre de Paul Kawczak à paraître le 23 janvier 2020 aux éditions La peuplade. Je vous souhaite à toutes et à tous une excellente année 2020. L'histoire a été lingcheifiée. C'est à coup de chicotte pour achever un homme que Henri Morton Stanley, le célèbre explorateur vous accueille. Tranchée, mutilée comme des corps humains, l'Afrique du roi des Belges Léopold II, en 1883, est la proie d'une haine implacable de la part des colons portés par un romantisme criminel. Paul Claes, un géomètre natif de Bruges est chargé d'officialiser le tracé des frontières disputées du Congo belge et français. Il embarque sur le Paquebot anglais le Victoria le 10 janvier 1890. C'est à bord du Fleur de Bruges, accompagné de travailleurs Bantous et d'un émigré chinois, ancien bourreau spécialisé dans l'art de la découpe humaine, le lingchi, que Paul Claes navigue sur le fleuve Congo. Xi Xiao sait lire l'avenir, il est adroit et précis lorsqu'il s'agit de vider un homme de son corps sans en altérer l'âme. Il suit le tracé complexe de lignes, guidé par des repères d'acupuncture et la prise de grosses doses d'opium. Certains dignitaires chinois y voyaient là une façon exquise de mourir. D'ors et déjà, Xi Xiao sait qu'il aimera le géomètre d'un amour suave. Ténèbre est un premier roman d'aventure stupéfiant qui distille un érotisme sombre. Laissez-vous glisser doucement dans l'effroi de la colonisation européenne en Afrique, osez changer de peau ! La piqûre sera subtile et atroce. Ténèbre est un livre virtuose et vénéneux au risque de franchir certaines limites. Je reçois Paul Kawczak, ce soir, à Mission encre noire.
Extrait: « l'angoisse et les fièvres revinrent. Pierre Claes remontait cette section du Congo encore inédite pour lui et qui, courbée comme une aorte ascendante, semblait pénétrer le coeur bouillonnant de l'Afrique qu'était le Congo. Pierre Claes, par moments, se sentait glisser dans le courant mauvais de la vie. Tout autour de lui mourait alors même que la quantité de vie grouillante sur et par-delà les berges paraissait ne trouver de limite que dans le poids du ciel. Pierre Claes se voyait couler dans le courant de ce sang brun comme le mauvais parasite qui lui rongeait les nerfs et l'assaillait en fièvres froides. Il coulait au coeur pour tuer l'existence et le goût de celle-ci se corrompait, s'infectait, devenait obscène. Il n'y aurait jamais de Dieu, cela était clair et jamais assez dit. La vie tuait la vie et tuer était mourir.»
Taverne nationale de Dominic Marcil et Hector Ruiz paru en 2019 aux éditions Triptyque poèmes. La taverne investi par les poètes est la plus vieille encore en fonction de Grandby, située sur la rue Principale et fondée en 1940. Vestige d'une autre époque, ce symbole de la culture populaire d'ici est observé, écouté, photographié et saisie sous l'angle inédit de deux plumes orfèvres. Armés de carnet de note et de stylos les auteurs recueillent des témoignages retranscrits sous forme de chroniques, de poésie, de conte, d'essai et de correspondance. Aussi fascinant qu'un instantané noir et blanc, chaque texte est un miroir de coin de bar, qui prend parfois l'allure d'un instant de grâce, ailleurs un silence qui en dit long. Une relation étrange s'établi alors entre vous, nous, eux, comme un dialogue d'outre-tombe avec un lieu à l'imaginaire éclaté. Nous passons, ce soir, par la porte arrière de la taverne pour recevoir Dominic Marcil à Mission encre noire.
Extrait: « La serveuse le serveur/n'ont pas le choix/de m'aimer/je ne suis/pas méchant/juste un peu/et puis j'oublie/souvent ton nom/je ne perds jamais mes clés/parfois la carte/as-tu déjà passé/un jour de l'An/seul au bar?»
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