Mission encre noire

Mission encre noire

By CHOQ.caArtsBooks
Download on the App Store

Mission encre noire episodes

  • Émission du 26 juin 2018

    Tome 23 Chapitre 287 Mission encre noire Une émission spéciale polar cette semaine. Missing: Germany de Don Winslow traduit par Philippe Loubat-Delranc paru en 2018 aux éditions du Seuil. Frank Decker est pris, une nouvelle fois, dans un couloir obscur. Un de ces fameux «entonnoirs de la mort», un jeu fatal de pile ou face pour vous ou ceux qui vous suivent. Nous sommes pour un temps, à Miami, en Floride. Decker retrouve son frère d'arme, Charlie Sprague dont la femme, Kim a disparu. Il part à sa recherche. Bien vite il se trouve à être confronté à un circuit de prostitution clandestin de la mafia russe en Europe. La visite des arrières cours allemandes ne sera pas de tout repos. Don Winslow renoue, ici avec le genre classique, en s'inspirant d'un personnage de Raymond Chandler. Toujours aussi pertinent à nous révéler l'envers du décor, après Cartel, l'auteur s'attaque cette fois-ci aux mécanismes de la mafia russe. Trahison et miroir aux allouettes, ce n'est pas à un vieux singe que l'on apprend à faire des grimaces. Decker a aperçu un rai de lumière sous la porte du couloir. Il n'a que quelques secondes. Chopin. Il entre. Frank Decker retrouve des personnes disparues.

    Extrait:« On nous appelait une «unité d'élite» - doux euphémisme. Nous étions des tueurs. D'abord nous partions en mission faire des repérages sur le terrain afin de localiser nos cibles, puis nous y retournions pour  les «éliminer». Nous nous entraînions exprès pour le faire, et nous le faisions. Au fusil à lunette, au pistolet, au couteau, à mains nues, tous les moyens étaient bons. À mon retour aux États-Unis, j'avais raconté à tout le monde, même à Laura, que j'avais fait partie d'une «unité d'élite», et les gens se le tenait pour dit - de toute façon, personne n'avait envie de parler de l'Irak. Mais Charlie et moi savions les actes que nous y avions commis. On s eracontera ce qu'on voudra, mais «la guerre contre le terrorisme», c'est ce genre de conflit. Des assassinats en série.»

    7/13 de Jacques Saussey paru en 2018 aux éditions Toucan noir. Hiver 2015, deux cadavres sont découvert. Un dans le nord de la France, l'autre par l'identité judiciaire dans une maison cossue en banlieue parisienne. Daniel Magne est en charge de l'enquête, il y a un détail inédit qui le chicote. La Lieutenante Lisa Heslin, sa compagne, à la ville, se remet péniblement de leur dernière aventure. Elle aussi bute sur des broutilles. L'intrigue qui se dessine ici, se déploie subtilement, vers d'autres territoires orageux. En 1944 alors qu'il pleut sur l'Angleterre, un homme déjà célèbre s'apprête à devenir une énigme non résolue de l'Histoire. C'est à partir des souvenirs de la seconde guerre, de son père, que Jacques Saussey manoeuvre en eaux troubles. Les enquêteurs du quai des Orfèvres vont devoir trouver des liens tragiques entre un mystère époustouflant datant de la guerre et deux des sujets les plus brûlant de l'époque. Vérifiez bien votre porte d'entrée, une dernière fois, avant de dévorer 7/13. Les romans de Jacques Saussey se passent près de chez vous.

    Extrait:«Le type qui nous ouvre la porte au premier coup de sonnette a l'air de tout sauf d'un criminel, mais je me méfie toujours de cette première impression qui peut marquer une enquête de son empreinte indélébile. Les tueurs les plus endurcis se dissimulent parfois sous les atours de l'innocence la plus pure. ce sont le splus dangereux, les plus difficiles à appréhender. pas rasé, et apparemment pas lavé non plus, l'homme se tient dans l,encadrement d ela porte en chaussons et en peignoir, une cigarette au bout des doigts, aussi emprunté que s'il s eretrouvait soudain tout nu en plein milieu des Galeries Lafayette à l'heure du déjeuner. Je prends du recul, examine son visage désemparé qui se met à pendouiller sous des yeux cernés par l'angoisse. à nos mines d'enterrement, il a déjà compris qu'i est désormais veuf. J'observe Pelletier du coin d el'oeil. Il se tient en retrait, le regard vif posé sur l'expression ravagée du type qui ne sait pas s'il doit nous faire entrer ou s'écrouler sur le paillasson.»

    En sacrifice à Moloch de Asa Larsson traduit par Caroline Berg paru en 2017 aux éditions Albin Michel. Un thriller scandinave de haute tenue par une auteure qui a grandit près du cercle polaire arctique, star du polar suédois. Tué un ours dans ces contrées arides et crépusculaires, ce n'est pas surprenant, l'animal renifle depuis toujours près des villages. Y retrouver les restes d'un homme dans sa panse l'est beaucoup plus. L'avocate Rebecka Martinsson s'allie à son ami Krister Eriksson accompagné de leur chiens pour remonter le cour du temps. Kiruna, ville minière champignon du début du vingtième siècle, va être le théatre d'événements qui auront des répercutions jusque dans l'estomac du grand ursidé. Les deux compagnons devront lutter, non seulement, contre une étrange malédiction qui frappe une famille, mais aussi se confronter à l'arrogance de l'ambitieux chef d'instruction revanchard: Carl Von Post. Fausses pistes et poursuites haletantes, Asa Larsson expose un pan de l'histoire de son pays, au prise avec un pouvoir discrétionnaire, machiste et puritain.

    Extrait: «On est à la fin du mois de mai 1915. Mademoiselle Elina Pettersson revient de l'auditorium où l'on vient de donner une projection du film d'Isaac Grünewald, réservé aux adultes, dans lequel il danse le one-step. Nombreux sont ceux qui dénigrent le one-step, le jugeant choquant et répugnant, et qui l'accusent de dénaturer la danse, une activité qui se doit de rester l'expression saine et naturelle de la joie de vivre. les mêmes esprits chagrins conseillent à toute personne aayant la responsabilité d'enfants et désireuse de les cultiver et de leur inculquer une éducation distinguée, y compris dans le domaine du divertissement, de bannir résolument cette gymnastique obscène du cercle familial. Isaac Grünewald leur répond par le biais cinématographique, défendant ardemment son propos en dansant devant la caméra avec sa propre épouse. C'est la danse de la jeunesse, dit-il. Tout comme le tango. Et toute chose nouvelle est d'abord perçue comme indécente et inesthétique. Qu'y-a-t-il de plus indécent en effet que l'art moderne? Questionne-t-il ?» 

    Stand by Saison 1 Tome 2 de Bruno Pellegrino, Aude Seigne, Daniel Vuataz paru en 2018 aux éditions Zoé. Voici la suite de Stand By, du collectif de l'AJAR, association de jeunes écrivain-e-s suisses. Remettre la verve et l'énergie du feuilleton au goût du jour, sous la forme dynamique d'épisodes à l'image de vos séries favorites. Retrouvons Alix qui non seulement ne part plus pour New York et échappe de peu à un attentat en Gare de Lyon à Paris. Vasco accompagné de Nora et Virgile, arrivent, enfin à destination dans ce Monténégro qui a le parfum tragique des souvenirs d'enfance. Rebondissement spectaculaire au Groenland, où la jeune équipe européenne de recherche sur le climat, se trouve en mauvaise posture alors que l'arrivée de l'hiver menace. Ce qui est génial dans ce projet: observer la colision des récits d'auteur-e-s qui se donnent comme contrainte première, l'irruption dévastatrice d'un volcan dans la baie de Naples aux conséquences écologiques et humanitaires au niveau planétaire. Partant de ce postulat, l'expérience se charge de bousculer les clichés du genre et de livrer un projet foisonant d'idées et multipliant les styles d'écritures.

    Extrait: «Le vent glisse le long de T1 - tente allongée dont la stucture voûtée amplifie les hululements, les rends presque mélodiques, humains. Des voix, murmurées, émanent de plusieurs endroits, mais le vacarme du dehors les sépare, les coupe les unes des autres, interdit aux Green Teens de constituer un seul clan. Pascaline et Florence étaient à bout de souffle en arrivant ici, elles se sont littéralement effondrées à quelques mètres du camp, à côté du corps inanimé d'Éric. luca est debout au milieu de la tente, les regards convergent vers lui. Un stéthoscope autour du cou et une main gantée sur la poitrine d'Éric, il écoute les poumons se remplir avec difficulté, se vider en sifflant, sinistre redondance des bourrasques qui balaient l'extérieur. L'instructeur a le visage violacé.»

    1 hr
  • Émission du 26 juin 2018
    Tome 23 Chapitre 287 Mission encre noire Une émission spéciale polar cette semaine. Missing: Germany de Don Winslow traduit par Philippe Loubat-Delranc paru en 2018 aux éditions du Seuil. Frank Decker est pris, une nouvelle fois, dans un couloir obscur. Un de ces fameux «entonnoirs de la mort», un jeu fatal de pile ou face pour vous ou ceux qui vous suivent. Nous sommes pour un temps, à Miami, en Floride. Decker retrouve son frère d'arme, Charlie Sprague dont la femme, Kim a disparu. Il part à sa recherche. Bien vite il se trouve à être confronté à un circuit de prostitution clandestin de la mafia russe en Europe. La visite des arrières cours allemandes ne sera pas de tout repos. Don Winslow renoue, ici avec le genre classique, en s'inspirant d'un personnage de Raymond Chandler. Toujours aussi pertinent à nous révéler l'envers du décor, après Cartel, l'auteur s'attaque cette fois-ci aux mécanismes de la mafia russe. Trahison et miroir aux allouettes, ce n'est pas à un vieux singe que l'on apprend à faire des grimaces. Decker a aperçu un rai de lumière sous la porte du couloir. Il n'a que quelques secondes. Chopin. Il entre. Frank Decker retrouve des personnes disparues.
    Extrait:« On nous appelait une «unité d'élite» - doux euphémisme. Nous étions des tueurs. D'abord nous partions en mission faire des repérages sur le terrain afin de localiser nos cibles, puis nous y retournions pour  les «éliminer». Nous nous entraînions exprès pour le faire, et nous le faisions. Au fusil à lunette, au pistolet, au couteau, à mains nues, tous les moyens étaient bons. À mon retour aux États-Unis, j'avais raconté à tout le monde, même à Laura, que j'avais fait partie d'une «unité d'élite», et les gens se le tenait pour dit - de toute façon, personne n'avait envie de parler de l'Irak. Mais Charlie et moi savions les actes que nous y avions commis. On s eracontera ce qu'on voudra, mais «la guerre contre le terrorisme», c'est ce genre de conflit. Des assassinats en série.»
    7/13 de Jacques Saussey paru en 2018 aux éditions Toucan noir. Hiver 2015, deux cadavres sont découvert. Un dans le nord de la France, l'autre par l'identité judiciaire dans une maison cossue en banlieue parisienne. Daniel Magne est en charge de l'enquête, il y a un détail inédit qui le chicote. La Lieutenante Lisa Heslin, sa compagne, à la ville, se remet péniblement de leur dernière aventure. Elle aussi bute sur des broutilles. L'intrigue qui se dessine ici, se déploie subtilement, vers d'autres territoires orageux. En 1944 alors qu'il pleut sur l'Angleterre, un homme déjà célèbre s'apprête à devenir une énigme non résolue de l'Histoire. C'est à partir des souvenirs de la seconde guerre, de son père, que Jacques Saussey manoeuvre en eaux troubles. Les enquêteurs du quai des Orfèvres vont devoir trouver des liens tragiques entre un mystère époustouflant datant de la guerre et deux des sujets les plus brûlant de l'époque. Vérifiez bien votre porte d'entrée, une dernière fois, avant de dévorer 7/13. Les romans de Jacques Saussey se passent près de chez vous.
    Extrait:«Le type qui nous ouvre la porte au premier coup de sonnette a l'air de tout sauf d'un criminel, mais je me méfie toujours de cette première impression qui peut marquer une enquête de son empreinte indélébile. Les tueurs les plus endurcis se dissimulent parfois sous les atours de l'innocence la plus pure. ce sont le splus dangereux, les plus difficiles à appréhender. pas rasé, et apparemment pas lavé non plus, l'homme se tient dans l,encadrement d ela porte en chaussons et en peignoir, une cigarette au bout des doigts, aussi emprunté que s'il s eretrouvait soudain tout nu en plein milieu des Galeries Lafayette à l'heure du déjeuner. Je prends du recul, examine son visage désemparé qui se met à pendouiller sous des yeux cernés par l'angoisse. à nos mines d'enterrement, il a déjà compris qu'i est désormais veuf. J'observe Pelletier du coin d el'oeil. Il se tient en retrait, le regard vif posé sur l'expression ravagée du type qui ne sait pas s'il doit nous faire entrer ou s'écrouler sur le paillasson.»
    En sacrifice à Moloch de Asa Larsson traduit par Caroline Berg paru en 2017 aux éditions Albin Michel. Un thriller scandinave de haute tenue par une auteure qui a grandit près du cercle polaire arctique, star du polar suédois. Tué un ours dans ces contrées arides et crépusculaires, ce n'est pas surprenant, l'animal renifle depuis toujours près des villages. Y retrouver les restes d'un homme dans sa panse l'est beaucoup plus. L'avocate Rebecka Martinsson s'allie à son ami Krister Eriksson accompagné de leur chiens pour remonter le cour du temps. Kiruna, ville minière champignon du début du vingtième siècle, va être le théatre d'événements qui auront des répercutions jusque dans l'estomac du grand ursidé. Les deux compagnons devront lutter, non seulement, contre une étrange malédiction qui frappe une famille, mais aussi se confronter à l'arrogance de l'ambitieux chef d'instruction revanchard: Carl Von Post. Fausses pistes et poursuites haletantes, Asa Larsson expose un pan de l'histoire de son pays, au prise avec un pouvoir discrétionnaire, machiste et puritain.
    Extrait: «On est à la fin du mois de mai 1915. Mademoiselle Elina Pettersson revient de l'auditorium où l'on vient de donner une projection du film d'Isaac Grünewald, réservé aux adultes, dans lequel il danse le one-step. Nombreux sont ceux qui dénigrent le one-step, le jugeant choquant et répugnant, et qui l'accusent de dénaturer la danse, une activité qui se doit de rester l'expression saine et naturelle de la joie de vivre. les mêmes esprits chagrins conseillent à toute personne aayant la responsabilité d'enfants et désireuse de les cultiver et de leur inculquer une éducation distinguée, y compris dans le domaine du divertissement, de bannir résolument cette gymnastique obscène du cercle familial. Isaac Grünewald leur répond par le biais cinématographique, défendant ardemment son propos en dansant devant la caméra avec sa propre épouse. C'est la danse de la jeunesse, dit-il. Tout comme le tango. Et toute chose nouvelle est d'abord perçue comme indécente et inesthétique. Qu'y-a-t-il de plus indécent en effet que l'art moderne? Questionne-t-il ?» 
    Stand by Saison 1 Tome 2 de Bruno Pellegrino, Aude Seigne, Daniel Vuataz paru en 2018 aux éditions Zoé. Voici la suite de Stand By, du collectif de l'AJAR, association de jeunes écrivain-e-s suisses. Remettre la verve et l'énergie du feuilleton au goût du jour, sous la forme dynamique d'épisodes à l'image de vos séries favorites. Retrouvons Alix qui non seulement ne part plus pour New York et échappe de peu à un attentat en Gare de Lyon à Paris. Vasco accompagné de Nora et Virgile, arrivent, enfin à destination dans ce Monténégro qui a le parfum tragique des souvenirs d'enfance. Rebondissement spectaculaire au Groenland, où la jeune équipe européenne de recherche sur le climat, se trouve en mauvaise posture alors que l'arrivée de l'hiver menace. Ce qui est génial dans ce projet: observer la colision des récits d'auteur-e-s qui se donnent comme contrainte première, l'irruption dévastatrice d'un volcan dans la baie de Naples aux conséquences écologiques et humanitaires au niveau planétaire. Partant de ce postulat, l'expérience se charge de bousculer les clichés du genre et de livrer un projet foisonant d'idées et multipliant les styles d'écritures.
    Extrait: «Le vent glisse le long de T1 - tente allongée dont la stucture voûtée amplifie les hululements, les rends presque mélodiques, humains. Des voix, murmurées, émanent de plusieurs endroits, mais le vacarme du dehors les sépare, les coupe les unes des autres, interdit aux Green Teens de constituer un seul clan. Pascaline et Florence étaient à bout de souffle en arrivant ici, elles se sont littéralement effondrées à quelques mètres du camp, à côté du corps inanimé d'Éric. luca est debout au milieu de la tente, les regards convergent vers lui. Un stéthoscope autour du cou et une main gantée sur la poitrine d'Éric, il écoute les poumons se remplir avec difficulté, se vider en sifflant, sinistre redondance des bourrasques qui balaient l'extérieur. L'instructeur a le visage violacé.»
    0 min
  • Émission du 19 juin 2018

    Mission encre noire Tome 23 Chapitre 286 La marquise sort à cinq heures de Frankétienne paru en 2017 aux éditions Vents d'ailleurs. Lire Frankétienne est une expérience visuelle, sonore et textuelle surprenante et revigorante. L'écriture se fait paysage,  elle se modèle des corps femme/planète/terre pour mieux appréhender la lutte. La marquise a fui son époux misogyne et scélérat. Elle se réfugie dans son château pour mieux aiguiser ses sens, ses lames de mots pour résister aux assauts des mâles prédateurs. Ce chant est un voyage «visant à renouveler le corps social pourri proche de la gangrène». Frankétienne, c'est de la littérature tripante. Un texte qui se veut orgasme, jouissance de tout, un hymne orgiaque à la vie, à l'amour, au sexe. La liberté de ton qui enlace ces pages fait de ce texte un endroit luxuriant, tragique et charnel. Libre à vous d'en dénouer les liens savoureux. L'auteur haïtien vous invite en son île imaginaire.

    Extrait:«D'un sanglot prolongé la même alarme bruyante en un défi d'orage. L'oeil et l'oeuf crucifiés, écrasés, pulvérisés en une gestuelle d'attente, une posture de douleur pour une aube en supplice. L'exubérance du corps pour que frappe le désir et que saigne le néant, le rien giclant du vide en une tension fébrile haussant le paradoxe, le contraste des orties, des candélabres, des cactus et des fleurs. Le sang et le lait brassés en mélange d'utopies et d'envies débridées. L'écorce du corps bourgeonne sous le bourdonnement de l'âme. Un incendie de fleurs traverse le temps dévoilé, décrypté, dénudé. Et l'énigme s'effrite, se dissout, s'évapore dans la béance d'une faille mystérieuse.»

    Un féminisme musulman, et pourquoi pas? de Malika Hamidi paru en 2017 aux éditions de l'Aube. Alors qu'au milieu des années 2000 la question du foulard islamique émerge en France, c'est aussi le cas, ici au Québec. Un débat houleux s'installe des deux côtés de l'Atlantique et provoque des retombées politiques considérables et des manifestations assez violentes. Cet essai, bien que centré sur la France, arrive à point nommé pour aborder le thème du féminisme musulman et permettre un autre regard que celui de la peur. Oui, il existe une réflexion féminisme dans l'aire musulmane. Un mouvement de pensée qui s'est construit autour de colloques important au long des années 1990 à aujourd'hui. Il réclame un retour aux sources, aux origines de l'islam, aux rôles clés joués par de nombreuses femmes de pouvoir. Il se compose d'universitaires et d'intellectuelles qui travaillent à relire et retraduire les textes du prophète pour une égalité entre les sexes et contre les lois discriminatoires. La tâche n'est pas si facile, le patriarcat endémique défend son territoire, tout comme une large partie des courants féministes occidentaux, en réaction contre toute forme de religion monothéiste. Malika Hamidi n'évite pas la controverse, elle nous invite même à mettre en avant la femme musulmane et non pas seulement la religion.

    Extrait: «Enfin le foulard islamique représente aussi le symbole identitaire de leur islamité contre une société européenne «désislamisante» qui tend à les discriminer. Il devient une façon valorisante d'affirmer une identité distincte de celle de la majorité, à laquelle il leur est de toute façon difficile de s'intégrer. Cette affirmation identitaire s'inscrit généralement dans un scénario de rupture avec les valeurs qui caractérisent la société occidentale, marquée par l'émancipation des femmes et par un certain «libéralisme» (terme employé par les enquêtées) sur le plan de la sexualité. La nouveauté, ces dernières années, concerne l'argument politique dans la lutte pour les droits des femmes jusque dans les mouvements féministes. Le foulard islamique revêt alors une dimension politique et devient le symbole d'une lutte contre l'impérialisme de la société française néocoloniale.»

    1 hr
  • Émission du 19 juin 2018
    Mission encre noire Tome 23 Chapitre 286 La marquise sort à cinq heures de Frankétienne paru en 2017 aux éditions Vents d'ailleurs. Lire Frankétienne est une expérience visuelle, sonore et textuelle surprenante et revigorante. L'écriture se fait paysage,  elle se modèle des corps femme/planète/terre pour mieux appréhender la lutte. La marquise a fui son époux misogyne et scélérat. Elle se réfugie dans son château pour mieux aiguiser ses sens, ses lames de mots pour résister aux assauts des mâles prédateurs. Ce chant est un voyage «visant à renouveler le corps social pourri proche de la gangrène». Frankétienne, c'est de la littérature tripante. Un texte qui se veut orgasme, jouissance de tout, un hymne orgiaque à la vie, à l'amour, au sexe. La liberté de ton qui enlace ces pages fait de ce texte un endroit luxuriant, tragique et charnel. Libre à vous d'en dénouer les liens savoureux. L'auteur haïtien vous invite en son île imaginaire.
    Extrait:«D'un sanglot prolongé la même alarme bruyante en un défi d'orage. L'oeil et l'oeuf crucifiés, écrasés, pulvérisés en une gestuelle d'attente, une posture de douleur pour une aube en supplice. L'exubérance du corps pour que frappe le désir et que saigne le néant, le rien giclant du vide en une tension fébrile haussant le paradoxe, le contraste des orties, des candélabres, des cactus et des fleurs. Le sang et le lait brassés en mélange d'utopies et d'envies débridées. L'écorce du corps bourgeonne sous le bourdonnement de l'âme. Un incendie de fleurs traverse le temps dévoilé, décrypté, dénudé. Et l'énigme s'effrite, se dissout, s'évapore dans la béance d'une faille mystérieuse.»
    Un féminisme musulman, et pourquoi pas? de Malika Hamidi paru en 2017 aux éditions de l'Aube. Alors qu'au milieu des années 2000 la question du foulard islamique émerge en France, c'est aussi le cas, ici au Québec. Un débat houleux s'installe des deux côtés de l'Atlantique et provoque des retombées politiques considérables et des manifestations assez violentes. Cet essai, bien que centré sur la France, arrive à point nommé pour aborder le thème du féminisme musulman et permettre un autre regard que celui de la peur. Oui, il existe une réflexion féminisme dans l'aire musulmane. Un mouvement de pensée qui s'est construit autour de colloques important au long des années 1990 à aujourd'hui. Il réclame un retour aux sources, aux origines de l'islam, aux rôles clés joués par de nombreuses femmes de pouvoir. Il se compose d'universitaires et d'intellectuelles qui travaillent à relire et retraduire les textes du prophète pour une égalité entre les sexes et contre les lois discriminatoires. La tâche n'est pas si facile, le patriarcat endémique défend son territoire, tout comme une large partie des courants féministes occidentaux, en réaction contre toute forme de religion monothéiste. Malika Hamidi n'évite pas la controverse, elle nous invite même à mettre en avant la femme musulmane et non pas seulement la religion.
    Extrait: «Enfin le foulard islamique représente aussi le symbole identitaire de leur islamité contre une société européenne «désislamisante» qui tend à les discriminer. Il devient une façon valorisante d'affirmer une identité distincte de celle de la majorité, à laquelle il leur est de toute façon difficile de s'intégrer. Cette affirmation identitaire s'inscrit généralement dans un scénario de rupture avec les valeurs qui caractérisent la société occidentale, marquée par l'émancipation des femmes et par un certain «libéralisme» (terme employé par les enquêtées) sur le plan de la sexualité. La nouveauté, ces dernières années, concerne l'argument politique dans la lutte pour les droits des femmes jusque dans les mouvements féministes. Le foulard islamique revêt alors une dimension politique et devient le symbole d'une lutte contre l'impérialisme de la société française néocoloniale.»
    0 min
  • Émission du 12 juin 2018

    Mission encre noire Tome 23 Chapitre 285 Front criminel, Une histoire du polar américain de 1919 à nos jours de Benoît Tadié paru en 2018 aux éditions PUF. Le polar est un genre majeur de la littérature aujourd'hui. Un livre sur quatre est un polar. Le genre s'est très vite popularisé aux États-unis, en réaction à l'avènement d'une société industrielle qui édifie sa fortune sur un état d'esprit très éloigné de ses pères fondateurs.  Le polar c'est le «soleil noir» qui se lève sur ce monde. Benoît Tadié s'immerge dans cet univers de violence sociale pour nous raconter son histoire du polar américain. L'ouvrage regorge de références inédites, d'écrivain-e-s à redécouvrir, l'auteur nous ouvre la voie vers les arcanes d'une littérature subversive et innovatrice. Dashiell Hammett, Chester Himes, Raymond Chandler, Jim Thompson êtes-vous là ? Nous recevons Benoît Tadié à Mission encre noire pour faire tourner les tables et parler aux fantômes légendaires du polar américain.

    Extrait: «Ce qui se perd dans ce jeu de métamorphoses, c'est l'essence de l'individu et des choses, leur identité, leur intégrité, dans un univers où l'apparence prend le pas sur l'essence, où le character disparaît au profit d'une personality interchangeable, qu'on peut acheter ou fabriquer de toutes pièces. Le discours intérieur de Philip Marlowe, qui déconstruit la machine à falsifier de Hollywood, est lui-même une manifestation de ce character: sa résistance à une civilisation mensongère est le vrai sujet des récits de Chandler.»

    La mort du petit coeur de Daniel Woodrell paru en 2018 aux éditions Rivages/Noir. Pour reprendre la classification de Benoît Tadié, ce roman culte américain, republié chez Rivages, est à classer entre le Tobacco road façon Erskin Caldwell et la chronique noire de James Ellroy. La violence sociale qui s'exprime dans ce Missouri rural est l'image d'une Amérique abîmée dans ses rêves de grandeur. Shug traverse son adolescence sur un fil. Son père/beau-père, Red Akins est un truand à la petite semaine. Il sort de prison. Avec Basil Powney, les deux lascars parachèvent l'éducation de Shuggy à force de braquages minables pour trouver de la drogue ou de l'alcool. ce n'est pas la famille improbable Akins qui y changera grand-chose. Sa mère le pourra-t-elle, l'envoûtante Glenda ? Personnage fantastique et symbolique de cette Amérique déchue, le couple Glenda/Shuggy incarne le crépuscule de la famille idéale américaine. Le rêve américain est mort, le saviez-vous ? oserez-vous y croire ? Attention, Denis Lehane vous aura prévenu: « Je ne connais personne qui ait lu ce roman et qui n'ait été saisi et transformé par lui.»

    Extrait: «Nous n'avons jamais eu peur, Glenda et moi, de vivre à proximité du champ des morts de notre bourgade, vu que nous ne leur avons jamais fait de crasses. C'était l'idée générale, tout du moins. Et Glenda l,a ressassée je ne sais combien de fois, aussi loin que je me rappelle. Elle le répétait particulièrement fréquemment quand j'étais petit, à l'heure où j'allais me coucher: « Ils sont tous sous terre, chéri, et ils n'ont rien contre toi.» Toutes nos fenêtres, y compris celle qui se trouvait près de mon lit, donnaient sur ces tombes. Il me semble que toutes les aubes et tous les crépuscules que j'ai passé à les contempler depuis cette fenêtre me poussaient de plus en plus à la solitude et à la malfaisance. Il y avait aussi des chênes majestueux et des pins sentinelles dans ce cimetière, et des écureuils cavalaient librement au milieu des trépassés, mais ce sont ces funèbres rangées de tombes qui impriment le plus durablement leur marque dans votre mémoire. C'est très exactement ce qu'on voit en les regardant: les morts d'hier et d'avant hier, les morts d'aujourd'hui, et tous ceux qui sont morts dans l'intervalle.»

    Quand se lève le brouillard rouge de Robin Cook paru en 2018 aux éditions Rivages/Noir. Cette fois-ci nous sommes en Angleterre, avec Robin Cook, le plus francophile des écrivains britanniques qui nous a quitté en 1994. Quand se lève le brouillard rouge est son ultime roman, republié aux éditions Rivages. Gust sort de prison. Pour tenter de se refaire la cerise rapidement, il accepte un dernier casse: mettre la main sur deux mille passeports britanniques qui valent son pesant d'or sur le marché noir. Alors que les cadavres s'empilent autour de lui, Gust voit son destin se lier, avec celui d'ex-agents du KGB, de la pègre londonienne, de son ex-amoureuse Petal, les services secret britanniques ou d'un étrange policier, qu'il a, pour fâcheuse habitude de rencontrer dans des bars mal famés. Oubliez l'internet ou le cellulaire dans ce Londres des années 90! Robin Cook n'a pas son pareil pour décrire la descente aux enfers d'un homme, qui y vit déjà. Même si la saleté des bas fonds de la capitale vous rebute, sachez que l'auteur rive son clou à une société Thatcherienne qu'il déteste. Gust lance son avis de défaite cinglant: Je suis cette Angleterre, c'est moi. Et ça fait mal. Robin Cook un écrivain à lire d'urgence.

    Extrait: «Gust sortit dans l'après-midi ; il pleuvait à verse. Les rares SDF de Frith Street restaient accroupis sous les entrées d'immeubles, le plus loin possible de la rue, immobiles sous leurs couvertures, leurs sacs en plastique près de leurs genoux, le regard fixé sur une autre planète ; des cadres pressés pataugeaient à la recherche d'un taxi, le Standard sur la tête. mais Gust ne faisait pas attention à la pluie. Il avait besoin de réfléchir, et cela lui était plus facile à l'extérieur que dans l'appartement, où tout lui rappelait Petal. Elle incarnait un certain aspect de la situation où il se trouvait ; mais il y avait un autre aspect - Manny, Sladen - qu'il ne parvenait pas à cerner. S'il voulait s'en sortir indemne, il allait devoir comprendre ce qui lui arrivait, et surtout ne pas se tromper dans ses conclusions.»

    1 hr
  • Émission du 12 juin 2018
    Mission encre noire Tome 23 Chapitre 285 Front criminel, Une histoire du polar américain de 1919 à nos jours de Benoît Tadié paru en 2018 aux éditions PUF. Le polar est un genre majeur de la littérature aujourd'hui. Un livre sur quatre est un polar. Le genre s'est très vite popularisé aux États-unis, en réaction à l'avènement d'une société industrielle qui édifie sa fortune sur un état d'esprit très éloigné de ses pères fondateurs.  Le polar c'est le «soleil noir» qui se lève sur ce monde. Benoît Tadié s'immerge dans cet univers de violence sociale pour nous raconter son histoire du polar américain. L'ouvrage regorge de références inédites, d'écrivain-e-s à redécouvrir, l'auteur nous ouvre la voie vers les arcanes d'une littérature subversive et innovatrice. Dashiell Hammett, Chester Himes, Raymond Chandler, Jim Thompson êtes-vous là ? Nous recevons Benoît Tadié à Mission encre noire pour faire tourner les tables et parler aux fantômes légendaires du polar américain.
    Extrait: «Ce qui se perd dans ce jeu de métamorphoses, c'est l'essence de l'individu et des choses, leur identité, leur intégrité, dans un univers où l'apparence prend le pas sur l'essence, où le character disparaît au profit d'une personality interchangeable, qu'on peut acheter ou fabriquer de toutes pièces. Le discours intérieur de Philip Marlowe, qui déconstruit la machine à falsifier de Hollywood, est lui-même une manifestation de ce character: sa résistance à une civilisation mensongère est le vrai sujet des récits de Chandler.»
    La mort du petit coeur de Daniel Woodrell paru en 2018 aux éditions Rivages/Noir. Pour reprendre la classification de Benoît Tadié, ce roman culte américain, republié chez Rivages, est à classer entre le Tobacco road façon Erskin Caldwell et la chronique noire de James Ellroy. La violence sociale qui s'exprime dans ce Missouri rural est l'image d'une Amérique abîmée dans ses rêves de grandeur. Shug traverse son adolescence sur un fil. Son père/beau-père, Red Akins est un truand à la petite semaine. Il sort de prison. Avec Basil Powney, les deux lascars parachèvent l'éducation de Shuggy à force de braquages minables pour trouver de la drogue ou de l'alcool. ce n'est pas la famille improbable Akins qui y changera grand-chose. Sa mère le pourra-t-elle, l'envoûtante Glenda ? Personnage fantastique et symbolique de cette Amérique déchue, le couple Glenda/Shuggy incarne le crépuscule de la famille idéale américaine. Le rêve américain est mort, le saviez-vous ? oserez-vous y croire ? Attention, Denis Lehane vous aura prévenu: « Je ne connais personne qui ait lu ce roman et qui n'ait été saisi et transformé par lui.»
    Extrait: «Nous n'avons jamais eu peur, Glenda et moi, de vivre à proximité du champ des morts de notre bourgade, vu que nous ne leur avons jamais fait de crasses. C'était l'idée générale, tout du moins. Et Glenda l,a ressassée je ne sais combien de fois, aussi loin que je me rappelle. Elle le répétait particulièrement fréquemment quand j'étais petit, à l'heure où j'allais me coucher: « Ils sont tous sous terre, chéri, et ils n'ont rien contre toi.» Toutes nos fenêtres, y compris celle qui se trouvait près de mon lit, donnaient sur ces tombes. Il me semble que toutes les aubes et tous les crépuscules que j'ai passé à les contempler depuis cette fenêtre me poussaient de plus en plus à la solitude et à la malfaisance. Il y avait aussi des chênes majestueux et des pins sentinelles dans ce cimetière, et des écureuils cavalaient librement au milieu des trépassés, mais ce sont ces funèbres rangées de tombes qui impriment le plus durablement leur marque dans votre mémoire. C'est très exactement ce qu'on voit en les regardant: les morts d'hier et d'avant hier, les morts d'aujourd'hui, et tous ceux qui sont morts dans l'intervalle.»
    Quand se lève le brouillard rouge de Robin Cook paru en 2018 aux éditions Rivages/Noir. Cette fois-ci nous sommes en Angleterre, avec Robin Cook, le plus francophile des écrivains britanniques qui nous a quitté en 1994. Quand se lève le brouillard rouge est son ultime roman, republié aux éditions Rivages. Gust sort de prison. Pour tenter de se refaire la cerise rapidement, il accepte un dernier casse: mettre la main sur deux mille passeports britanniques qui valent son pesant d'or sur le marché noir. Alors que les cadavres s'empilent autour de lui, Gust voit son destin se lier, avec celui d'ex-agents du KGB, de la pègre londonienne, de son ex-amoureuse Petal, les services secret britanniques ou d'un étrange policier, qu'il a, pour fâcheuse habitude de rencontrer dans des bars mal famés. Oubliez l'internet ou le cellulaire dans ce Londres des années 90! Robin Cook n'a pas son pareil pour décrire la descente aux enfers d'un homme, qui y vit déjà. Même si la saleté des bas fonds de la capitale vous rebute, sachez que l'auteur rive son clou à une société Thatcherienne qu'il déteste. Gust lance son avis de défaite cinglant: Je suis cette Angleterre, c'est moi. Et ça fait mal. Robin Cook un écrivain à lire d'urgence.
    Extrait: «Gust sortit dans l'après-midi ; il pleuvait à verse. Les rares SDF de Frith Street restaient accroupis sous les entrées d'immeubles, le plus loin possible de la rue, immobiles sous leurs couvertures, leurs sacs en plastique près de leurs genoux, le regard fixé sur une autre planète ; des cadres pressés pataugeaient à la recherche d'un taxi, le Standard sur la tête. mais Gust ne faisait pas attention à la pluie. Il avait besoin de réfléchir, et cela lui était plus facile à l'extérieur que dans l'appartement, où tout lui rappelait Petal. Elle incarnait un certain aspect de la situation où il se trouvait ; mais il y avait un autre aspect - Manny, Sladen - qu'il ne parvenait pas à cerner. S'il voulait s'en sortir indemne, il allait devoir comprendre ce qui lui arrivait, et surtout ne pas se tromper dans ses conclusions.»
    0 min
  • Émission du 29 mai 2018

    Mission encre noire Tome 23 Chapitre 284 Que la guerre est jolie de Christian Roux paru en 2018 aux éditions Rivages. Guillaume Apollinaire publie le poème «Merveille de la guerre» dans Calligrammes, poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916), qui se révèle un concentré de noirceur lumineuse qui confond la Grande guerre, même si elle est horrible, dans sa puissance lyrique. C'est un des tour de force de ce roman de Christian Roux, révéler le sens tragique de la guerre, ici, au coeur du territoire français. Il ne s'agit pas de terrorisme, soyons clair. Non, cette guerre s'insère, vicieusement, dans notre quotidien. Elle concerne, soudainement, tout le monde. Charles Caspiani, maire depuis 20 ans de Larmont, une petite ville située à une heure de Paris veut livrer un quartier populaire aux mains d'un conglomérat d'entrepreneurs. Pour cela tous les moyens sont bons: Mercenaire, truands, pyromane, dealers etc...Les habitants ne voient pas les choses de la même manière. Un collectif d'artistes en tout genre squattent l'ancienne usine aux structures métalliques datant du début du vingtième siècle. Ce lieu va devenir le catalyseur des affrontements au coeur même de l'agglomération. Que cette guerre est jolie, elle n'épargne personne. Le monstre engendré par l'avidité du maire a faim, les personnages complexes et attachants de Christian Roux ouvrent de longues bouches pâles. Ils vous invitent à partager le tragique festin de ce roman aux relents prémonitoires. 

    Extrait: «L'Usine est occupée par des artistes peintres, des plasticiens, quelques musiciens, mais le pilier auquel tous s'accrochent, c'est la compagnie À tout prendre. Elle est composée de trois comédiens, trois comédiennes, deux techniciens-régisseurs-décorateurs-sonorisateurs-créateurs de lumières et d'un metteur en scène, Bernard Salmon. Ce dernier, originaire de Larmon, lorgnait depuis longtemps l'Usine Vinaigrier, tout en n'osant pas franchir le pas de l'occupation. Jusqu'en 2003, année où la compagnie, comme des centaines d'autres, a fait grève à Avignon pour sauvegarder le régime de l'intermittence du spectacle. Malgré une mobilisation sans précédent, qui a conduit à l'annulation de nombre de prestigieux festivals, trahis par les syndicats, les artistes et les techniciens du spectacle vivant ont perdu. Mais contrairement à beaucoup d'autres, bien qu'exsangue, la compagnie À tout prendre a survécu à l'épreuve. Et elle en est ressortie déterminée à défendre un théâtre militant. Un théâtre qui s'empare, et non pas qui quémande. Bernard Salmon se montrait particulièrement virulent. À l'époque, il répétait en boucle: « Dès lors qu'elles ne vous respectent pas, les institutions sont faites pour être violées.»

    Plus jamais seul de Caryl Férey paru en 2018 aux éditions Gallimard dans la collection Série noire. Caryl Férey tient sans doute son Pierrot le fou, dans ce personnage de Mc Cash, cette gueule de pirate, ancien flic, borgne et libertaire. Déjà croisé dans Plutôt crever (Série noire) et La jambe gauche de Joe Strummer (Folio Policier), l'homme n'a pas dérogé à ses bonnes habitudes: NO FUTURE. Si ce n'était la présence d'Alice. Sa fille, qu'il récupère à la sortie du collège, pour les vacances. À peine débarqués en rade de Brest, l'annonce de la mort en mer, présumée, de son vieux pote Marco et de son ex-femme, va sérieusement entamer le programme des réjouissances. Mc cash enquête et il déteste ça. Élevé à rendre coups pour coups, l'ex policier, met le cap sur la Grèce. De toute la série, Plus jamais seul, est sans doute l'un des plus réussis. Pour riposter à un monde malade et désespérant, Caryl Férey allie cynisme, humour brut, amitié fraternelle et ultra violence. Mc Cash cassera forcément toute la porcelaine sur son passage, plus amer que jamais, le héros tendre au coeur dur vous réserve un saudade bien senti.

    Extrait: « Je te préviens, je suis nul en gosses, avait-il dit. Alice avait haussé les épaules-comme si elle était bonne en parents... Enfin, en six mois ils avaient appris à se connaître, et s'il ne ressemblait à aucun père, Alice l'aimait comme il était, bougon, comique, désabusé, grand coeur, une sorte de montagne russe interdite au moins de treize ans. Mc Cash composait avec la partition qu'il avait entre les mains ; cette gamine ne s'exprimait pas avec un débit de mitraillette et des expressions incompréhensibles comme les filles de son âge, faisant preuve d'une maturité qu'il découvrait au fil des jours. Lui qui n'avait pas de prénom ne savait pas comment l'appeler: «ma puce» ça faisait vraiment minus, «mon chaton» c'était déjà pris, «moucheron» ça lui aurait pas plu, le reste des animaux il s'en battait l'oeil. Va pour Alice.»

    Offshore de Petros Markaris paru en 2017 aux éditions du Seuil dans la collection Cadre noir. Nous restons en Grèce, le commissaire Charitos, héros récurrent d'une dizaine de romans de Petros Markaris, a traversé la crise comme il peut. Sa femme, Adriani, cordon bleu reconnu, a su accommoder les restes pour faire rentrer les petits plats dans les grands. Oui, vous le trouvez aussi assez étonnant, il se peut que la crise soit devenu un vieux souvenir! Les Mercedes et les Jeep ne se font plus rares, les athéniens fréquentent de nouveau les restaurants et surtout les embouteillages monstres de la capitale refont surface. C'est un peu trop soudain pour notre fin limier. Ce que confirme une étrange vague de meurtres qui survient à Athènes, Charitos ne peut admettre que les assassins soient si facile à appréhender. Pourquoi sa nouvelle hiérarchie s'obstine-t-elle à classer si rapidement le dossier ? Y-a-t-il un lien avec le nouveau parti au pouvoir ? L'économie grecque est à vendre, et ça, Petros Markaris ne peut l'admettre. Offshore est un polar efficace qui apporte un éclairage aguerri des nouveaux mécanismes qui se mettent en place en Europe, au mépris des droits les plus fondamentaux. Ni de droite, ni de gauche, tous et toutes pour le fric ! Ça vous rappelle quelque chose ?

    Extrait: «Le mystère a duré près d'un mois, jusqu'à la première conférence de presse. On a vu alors sur l'écran un groupe de politiciens quadragénaires nous annonçant la fondation d'un nouveau parti. ETSI n'était cependant pas issu de la scission d'un parti existant, comme il arrive en général. Ces quadras avaient quitté tous les partis pour fonder le leur. Ils déclaraient n'être séparés par aucun désaccord idéologique, ceux-ci ayant d'ailleurs perdu toute signification, mais qu'ils étaient unis par un seul but: sauver le pays. L'autre point commun: aucun d'eux n'était député. On avait là des cadres de divers partis, tous écoeurés par les intrigues partisanes. ETSI ne proposait aucun programme, ne s'engageait à rien de précis, ne promettait rien. Tous ses cadres, sans exception, répétaient la même question: «Et si...?» sans entrer dans les détails. À toute question ils donnaient la même réponse: Nous demandons trois mois. Si nous échouons, nous partons. Naturellement, les autres partis ont débiné ETSI et ses cadres. Mais les médias leur offraient tous les jours la place d'honneur, sans pour autant les prendre au sérieux: ils voyaient là une proie facile.»

    Agenda: Vous n'étiez pas du show des Melvins au théâtre Corona ? Je vous raconte.

    1 hr
  • Émission du 29 mai 2018
    Mission encre noire Tome 23 Chapitre 284 Que la guerre est jolie de Christian Roux paru en 2018 aux éditions Rivages. Guillaume Apollinaire publie le poème «Merveille de la guerre» dans Calligrammes, poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916), qui se révèle un concentré de noirceur lumineuse qui confond la Grande guerre, même si elle est horrible, dans sa puissance lyrique. C'est un des tour de force de ce roman de Christian Roux, révéler le sens tragique de la guerre, ici, au coeur du territoire français. Il ne s'agit pas de terrorisme, soyons clair. Non, cette guerre s'insère, vicieusement, dans notre quotidien. Elle concerne, soudainement, tout le monde. Charles Caspiani, maire depuis 20 ans de Larmont, une petite ville située à une heure de Paris veut livrer un quartier populaire aux mains d'un conglomérat d'entrepreneurs. Pour cela tous les moyens sont bons: Mercenaire, truands, pyromane, dealers etc...Les habitants ne voient pas les choses de la même manière. Un collectif d'artistes en tout genre squattent l'ancienne usine aux structures métalliques datant du début du vingtième siècle. Ce lieu va devenir le catalyseur des affrontements au coeur même de l'agglomération. Que cette guerre est jolie, elle n'épargne personne. Le monstre engendré par l'avidité du maire a faim, les personnages complexes et attachants de Christian Roux ouvrent de longues bouches pâles. Ils vous invitent à partager le tragique festin de ce roman aux relents prémonitoires. 
    Extrait: «L'Usine est occupée par des artistes peintres, des plasticiens, quelques musiciens, mais le pilier auquel tous s'accrochent, c'est la compagnie À tout prendre. Elle est composée de trois comédiens, trois comédiennes, deux techniciens-régisseurs-décorateurs-sonorisateurs-créateurs de lumières et d'un metteur en scène, Bernard Salmon. Ce dernier, originaire de Larmon, lorgnait depuis longtemps l'Usine Vinaigrier, tout en n'osant pas franchir le pas de l'occupation. Jusqu'en 2003, année où la compagnie, comme des centaines d'autres, a fait grève à Avignon pour sauvegarder le régime de l'intermittence du spectacle. Malgré une mobilisation sans précédent, qui a conduit à l'annulation de nombre de prestigieux festivals, trahis par les syndicats, les artistes et les techniciens du spectacle vivant ont perdu. Mais contrairement à beaucoup d'autres, bien qu'exsangue, la compagnie À tout prendre a survécu à l'épreuve. Et elle en est ressortie déterminée à défendre un théâtre militant. Un théâtre qui s'empare, et non pas qui quémande. Bernard Salmon se montrait particulièrement virulent. À l'époque, il répétait en boucle: « Dès lors qu'elles ne vous respectent pas, les institutions sont faites pour être violées.»
    Plus jamais seul de Caryl Férey paru en 2018 aux éditions Gallimard dans la collection Série noire. Caryl Férey tient sans doute son Pierrot le fou, dans ce personnage de Mc Cash, cette gueule de pirate, ancien flic, borgne et libertaire. Déjà croisé dans Plutôt crever (Série noire) et La jambe gauche de Joe Strummer (Folio Policier), l'homme n'a pas dérogé à ses bonnes habitudes: NO FUTURE. Si ce n'était la présence d'Alice. Sa fille, qu'il récupère à la sortie du collège, pour les vacances. À peine débarqués en rade de Brest, l'annonce de la mort en mer, présumée, de son vieux pote Marco et de son ex-femme, va sérieusement entamer le programme des réjouissances. Mc cash enquête et il déteste ça. Élevé à rendre coups pour coups, l'ex policier, met le cap sur la Grèce. De toute la série, Plus jamais seul, est sans doute l'un des plus réussis. Pour riposter à un monde malade et désespérant, Caryl Férey allie cynisme, humour brut, amitié fraternelle et ultra violence. Mc Cash cassera forcément toute la porcelaine sur son passage, plus amer que jamais, le héros tendre au coeur dur vous réserve un saudade bien senti.
    Extrait: « Je te préviens, je suis nul en gosses, avait-il dit. Alice avait haussé les épaules-comme si elle était bonne en parents... Enfin, en six mois ils avaient appris à se connaître, et s'il ne ressemblait à aucun père, Alice l'aimait comme il était, bougon, comique, désabusé, grand coeur, une sorte de montagne russe interdite au moins de treize ans. Mc Cash composait avec la partition qu'il avait entre les mains ; cette gamine ne s'exprimait pas avec un débit de mitraillette et des expressions incompréhensibles comme les filles de son âge, faisant preuve d'une maturité qu'il découvrait au fil des jours. Lui qui n'avait pas de prénom ne savait pas comment l'appeler: «ma puce» ça faisait vraiment minus, «mon chaton» c'était déjà pris, «moucheron» ça lui aurait pas plu, le reste des animaux il s'en battait l'oeil. Va pour Alice.»
    Offshore de Petros Markaris paru en 2017 aux éditions du Seuil dans la collection Cadre noir. Nous restons en Grèce, le commissaire Charitos, héros récurrent d'une dizaine de romans de Petros Markaris, a traversé la crise comme il peut. Sa femme, Adriani, cordon bleu reconnu, a su accommoder les restes pour faire rentrer les petits plats dans les grands. Oui, vous le trouvez aussi assez étonnant, il se peut que la crise soit devenu un vieux souvenir! Les Mercedes et les Jeep ne se font plus rares, les athéniens fréquentent de nouveau les restaurants et surtout les embouteillages monstres de la capitale refont surface. C'est un peu trop soudain pour notre fin limier. Ce que confirme une étrange vague de meurtres qui survient à Athènes, Charitos ne peut admettre que les assassins soient si facile à appréhender. Pourquoi sa nouvelle hiérarchie s'obstine-t-elle à classer si rapidement le dossier ? Y-a-t-il un lien avec le nouveau parti au pouvoir ? L'économie grecque est à vendre, et ça, Petros Markaris ne peut l'admettre. Offshore est un polar efficace qui apporte un éclairage aguerri des nouveaux mécanismes qui se mettent en place en Europe, au mépris des droits les plus fondamentaux. Ni de droite, ni de gauche, tous et toutes pour le fric ! Ça vous rappelle quelque chose ?
    Extrait: «Le mystère a duré près d'un mois, jusqu'à la première conférence de presse. On a vu alors sur l'écran un groupe de politiciens quadragénaires nous annonçant la fondation d'un nouveau parti. ETSI n'était cependant pas issu de la scission d'un parti existant, comme il arrive en général. Ces quadras avaient quitté tous les partis pour fonder le leur. Ils déclaraient n'être séparés par aucun désaccord idéologique, ceux-ci ayant d'ailleurs perdu toute signification, mais qu'ils étaient unis par un seul but: sauver le pays. L'autre point commun: aucun d'eux n'était député. On avait là des cadres de divers partis, tous écoeurés par les intrigues partisanes. ETSI ne proposait aucun programme, ne s'engageait à rien de précis, ne promettait rien. Tous ses cadres, sans exception, répétaient la même question: «Et si...?» sans entrer dans les détails. À toute question ils donnaient la même réponse: Nous demandons trois mois. Si nous échouons, nous partons. Naturellement, les autres partis ont débiné ETSI et ses cadres. Mais les médias leur offraient tous les jours la place d'honneur, sans pour autant les prendre au sérieux: ils voyaient là une proie facile.»
    Agenda: Vous n'étiez pas du show des Melvins au théâtre Corona ? Je vous raconte.
    0 min
  • Émission du 15 mai 2018

    Mission encre noire Tome 23 Chapitre 283. La porte entrouverte de Jean Bello paru en 2018 aux éditions Sémaphore. Méfiez-vous de La Luna Rossa, elle change l'humeur des gens, elle excite les animaux et puisque exceptionnellement, elle tombe un lundi, en ce 9 septembre 1957, elle prête aux confidences. Amalia voit bien les correspondances qui se jouent autour des événements de la dernière année. Le départ de la Baronessa, la disparition de Caperina, le silence du Muet sont autant de bouts éparses d'elle-même à raccommoder. Ce qui lui en coûtera une neuvaine. Qu'est-ce qui peut bien justifier une pénitence aussi longue dans ce village de l'arrière pays napolitain, où, sous le ciel bleu javellisé, on ne plaisante pas avec les jours saints au calendrier? Jean Bello prends possession du réel en cette année 1957. Il nous invite à parcourir une Italie mal connue, repliée sur elle-même, qui vit des heures d'après guerre difficiles face à l'exil des hommes vers l'Amérique. L'auteur met en place une autre dimension qui s'inscrit au coeur du quotidien de cette famille italienne, à majorité féminine, tressée serrée. Dans ce décor magnifiquement rendu, il faut croire que le cadeau d'une simple petite chèvre blanche puisse entraîner une amitié et tout un village dans l'aventure. Cette porte entrouverte s'incarne, quant à elle, dans un miroir florentin, véritable objet d'accélération des désirs. Il se pourrait bien que les Belles croisent la Bête ! Il aurait été délicieux de rencontrer Jean Bello autour d'un café ajusté de grappa et de sambuca, sous un ciel empereur, l'auteur est, ce soir, à Mission encre noire.

    Extrait: «J'ai accompagné Mattia chez le Muet à Castello le samedi de la Présentation. Je m'en souviens très bien, j'avais noté la coïncidence. J'allais chez lui sans y être invitée, sans m'annoncer et sans savoir à quel accueil j'aurai droit. Nous nous connaissions si peu. Peu nombreux sont ceux qui doivent en savoir beaucoup plus que moi sur son compte. Même les rares personnes qui le fréquentent ne semblent pas en connaître tellement plus sur lui que les généralités qui circulent. Certains prétendent qu'il est Croate ou Albanais. Les mauvaises langues disent qu'il ferait ses petites affaires avec des brebis, mais ces ragots en bas de la ceinture ne font oublier à personne qu'il a un don de guérisseur, dont même ces colporteurs de cancans ont pu tirer avantage. Ce qui est avéré, c'est qu'il est arrivé avec une bande de gitans. Après la guerre, des groupes d'ouvriers nomades débarquaient au village pour les fenaisons et repartaient Dieu seul sait où aussitôt les moissons finies. Le Muet est resté à cause de don'Usebia.»

    Je suivrai tes yeux noirs de Martyne Rondeau paru en 2018 aux éditions Triptyque. Est-ce l'imagination d'olivine, barmaid, au comptoir d'un bar JetLite d'un aéroport?Puisqu'elle a parfois imaginé sa présence. Bien avant. Cheveux noirs. ce regard. Il parlerait britannique. Delko est bien là. Il prend tout l'espace. Olivine serait-elle en quête personnelle, maladroite, d'un amant d'un soir ? Ce serait trop simple. Martyne Rondeau prend le beau risque d'écrire sur la violence du désir, c'est cru, sans fard. Audacieusement ses personnages s'engagent dans un duel au sommet, sous forme de partie de tennis virtuelle, qui mettra leur chair et leur âme au supplice et les bouleversera. Marguerite Duras, Claude Gauvreau, Georges Bataille, Catherine Mavrikakis, cité-e-s dans le livre, permettent une rencontre fraternelle autour de l'envoûtante relation entre violence et désir. Ne serait-ce que pour mieux vous ensorceler davantage, l'autrice accompagne son texte de multiples références pop, telles PJ Harvey, The National ou Jesuslesfilles. Osez risquer d'être dérouté, Osez la brutalité du désir, Osez franchir les frontières. C'est très fort. Il y a la vie, le désir sexuel, la mort possible et puis l'écriture. Martyne Rondeau est invitée à Mission encre noire.

    Extrait: «Angoisse dans la gorge mais elle est sûre qu'il n'est pas un personnage de roman. Sa présence, son corps n'est pas en papier, ses doigts sur le comptoir, plaque d'ardoise ocre, et ses yeux sont ses entrailles. Il est en muscles et en peau ; n'a pas de tache d,encre au visage. Il boit vite et ne soupire pas. S'il n'était jamais venu en fait? Si elle avait imaginé cette rencontre? Elle vacillerait, car ces yeux-là lui proposent quelque chose. Cherchent en aveugle la sortie de secours. La barmaid a vu ça. Elle porte ses mains à ses joues. Son visage maigre son souffle écorché ses lèvres tremblotantes: il y a urgence. Elle ne peut pas se tromper. Elle sait trop l'urgence. Comme le sexe. le sexe ça remplit. Ça remplace l'amour, ça devient passion. Ça empêche de penser. Ça ravive les feux la braise de la blessure affective. Ça sauve de l'insomnie.»

    1 hr
  • Émission du 15 mai 2018
    Mission encre noire Tome 23 Chapitre 283. La porte entrouverte de Jean Bello paru en 2018 aux éditions Sémaphore. Méfiez-vous de La Luna Rossa, elle change l'humeur des gens, elle excite les animaux et puisque exceptionnellement, elle tombe un lundi, en ce 9 septembre 1957, elle prête aux confidences. Amalia voit bien les correspondances qui se jouent autour des événements de la dernière année. Le départ de la Baronessa, la disparition de Caperina, le silence du Muet sont autant de bouts éparses d'elle-même à raccommoder. Ce qui lui en coûtera une neuvaine. Qu'est-ce qui peut bien justifier une pénitence aussi longue dans ce village de l'arrière pays napolitain, où, sous le ciel bleu javellisé, on ne plaisante pas avec les jours saints au calendrier? Jean Bello prends possession du réel en cette année 1957. Il nous invite à parcourir une Italie mal connue, repliée sur elle-même, qui vit des heures d'après guerre difficiles face à l'exil des hommes vers l'Amérique. L'auteur met en place une autre dimension qui s'inscrit au coeur du quotidien de cette famille italienne, à majorité féminine, tressée serrée. Dans ce décor magnifiquement rendu, il faut croire que le cadeau d'une simple petite chèvre blanche puisse entraîner une amitié et tout un village dans l'aventure. Cette porte entrouverte s'incarne, quant à elle, dans un miroir florentin, véritable objet d'accélération des désirs. Il se pourrait bien que les Belles croisent la Bête ! Il aurait été délicieux de rencontrer Jean Bello autour d'un café ajusté de grappa et de sambuca, sous un ciel empereur, l'auteur est, ce soir, à Mission encre noire.
    Extrait: «J'ai accompagné Mattia chez le Muet à Castello le samedi de la Présentation. Je m'en souviens très bien, j'avais noté la coïncidence. J'allais chez lui sans y être invitée, sans m'annoncer et sans savoir à quel accueil j'aurai droit. Nous nous connaissions si peu. Peu nombreux sont ceux qui doivent en savoir beaucoup plus que moi sur son compte. Même les rares personnes qui le fréquentent ne semblent pas en connaître tellement plus sur lui que les généralités qui circulent. Certains prétendent qu'il est Croate ou Albanais. Les mauvaises langues disent qu'il ferait ses petites affaires avec des brebis, mais ces ragots en bas de la ceinture ne font oublier à personne qu'il a un don de guérisseur, dont même ces colporteurs de cancans ont pu tirer avantage. Ce qui est avéré, c'est qu'il est arrivé avec une bande de gitans. Après la guerre, des groupes d'ouvriers nomades débarquaient au village pour les fenaisons et repartaient Dieu seul sait où aussitôt les moissons finies. Le Muet est resté à cause de don'Usebia.»
    Je suivrai tes yeux noirs de Martyne Rondeau paru en 2018 aux éditions Triptyque. Est-ce l'imagination d'olivine, barmaid, au comptoir d'un bar JetLite d'un aéroport?Puisqu'elle a parfois imaginé sa présence. Bien avant. Cheveux noirs. ce regard. Il parlerait britannique. Delko est bien là. Il prend tout l'espace. Olivine serait-elle en quête personnelle, maladroite, d'un amant d'un soir ? Ce serait trop simple. Martyne Rondeau prend le beau risque d'écrire sur la violence du désir, c'est cru, sans fard. Audacieusement ses personnages s'engagent dans un duel au sommet, sous forme de partie de tennis virtuelle, qui mettra leur chair et leur âme au supplice et les bouleversera. Marguerite Duras, Claude Gauvreau, Georges Bataille, Catherine Mavrikakis, cité-e-s dans le livre, permettent une rencontre fraternelle autour de l'envoûtante relation entre violence et désir. Ne serait-ce que pour mieux vous ensorceler davantage, l'autrice accompagne son texte de multiples références pop, telles PJ Harvey, The National ou Jesuslesfilles. Osez risquer d'être dérouté, Osez la brutalité du désir, Osez franchir les frontières. C'est très fort. Il y a la vie, le désir sexuel, la mort possible et puis l'écriture. Martyne Rondeau est invitée à Mission encre noire.
    Extrait: «Angoisse dans la gorge mais elle est sûre qu'il n'est pas un personnage de roman. Sa présence, son corps n'est pas en papier, ses doigts sur le comptoir, plaque d'ardoise ocre, et ses yeux sont ses entrailles. Il est en muscles et en peau ; n'a pas de tache d,encre au visage. Il boit vite et ne soupire pas. S'il n'était jamais venu en fait? Si elle avait imaginé cette rencontre? Elle vacillerait, car ces yeux-là lui proposent quelque chose. Cherchent en aveugle la sortie de secours. La barmaid a vu ça. Elle porte ses mains à ses joues. Son visage maigre son souffle écorché ses lèvres tremblotantes: il y a urgence. Elle ne peut pas se tromper. Elle sait trop l'urgence. Comme le sexe. le sexe ça remplit. Ça remplace l'amour, ça devient passion. Ça empêche de penser. Ça ravive les feux la braise de la blessure affective. Ça sauve de l'insomnie.»
    0 min

About Mission encre noire

From the publisher's feed

Mission encre noire parle de littérature tous les mardis soir en direct à 19h00 sur Choq.ca et vous donne l'envie de lire

More shows like Mission encre noire

Mutations by CHOQ.ca

Mutations

1 Listeners

Les Oubliettes by CHOQ.ca

Les Oubliettes

1 Listeners

Histoire de passer le temps by CHOQ.ca

Histoire de passer le temps

0 Listeners

Du Vanguard au Savoy by CHOQ.ca

Du Vanguard au Savoy

0 Listeners

Ouïedire by CHOQ.ca

Ouïedire

0 Listeners

Le grand maître des jeux by CHOQ.ca

Le grand maître des jeux

0 Listeners

Les petites pépites by CHOQ.ca

Les petites pépites

0 Listeners

Opération beurre de cinoche by CHOQ.ca

Opération beurre de cinoche

0 Listeners

D'amour et de sexe by CHOQ.ca

D'amour et de sexe

2 Listeners

2fxfslematin by Pivot

2fxfslematin

1 Listeners

Génération 1.5 by CHOQ.ca

Génération 1.5

0 Listeners

AcademiA by CHOQ.ca

AcademiA

0 Listeners

Album Club by CHOQ.ca

Album Club

0 Listeners

La 3ème demie by CHOQ.ca

La 3ème demie

0 Listeners

Questions de Feeling by CHOQ.ca

Questions de Feeling

0 Listeners

Tout le monde en jazz by CHOQ.ca

Tout le monde en jazz

0 Listeners

Du fleuve à la mer by CHOQ.ca

Du fleuve à la mer

0 Listeners

Sortie de route by CHOQ.ca

Sortie de route

0 Listeners

Dans les coulisses de l'histoire by CHOQ.ca

Dans les coulisses de l'histoire

0 Listeners

L'UQAM en info by CHOQ.ca

L'UQAM en info

0 Listeners