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Mission encre noire Tome 24 Chapitre 290 Birdie de Tracey Lindberg traduit par Catherine Ego paru en 2018 aux éditions Boréal. Le premier roman de L'autrice a atteint la finale du concours Canada reads en 2016, voici enfin sa traduction. La voix de Bernice Meetoos traverse la page avec force. Héroïne, malgré elle, Bernice quitte son Alberta natale pour Gibson en Colombie Britannique. Une lente dérive, pour fuir les remous tumultueux d'un passé marqué par de nombreux abus. Munie de sa valise galeuse, d'un sac et d'un tube de carton, elle s'installe au Paradis des pâtisseries de Lola. Elle tombe dans un comas profond. Tracey Lindberg qui est professeure de droit à l'université Athabasca en Alberta, use habilement de la tradition orale des contes et du pouvoir rédempteur des songes sur l'esprit. L'autrice vous met la langue Cri des montagnes rocheuses en bouche pour enrichir son propos. Vous devriez vous perdre dans les sinuosités inédites des contes et des fables pour mieux nourrir l'arbre de vie, Pimatisewin, agissant comme le poul de la communauté. Dans ce magnifique livre, il est, tout comme Bernice, dans un triste état. Grâce à la force des femmes de sa vie, de sa famille, qui vont la soigner, Bernice dit Birdie: la petite chouette qui fonce droit dans l'oeil de l'homme, entame un nouveau voyage. Tracey Lindberg trace un sentier pour relier les silences de Bernice à notre regard de lectrice/teur. Alors comme son ElleOiseau et tous les autres animaux venus entourer le petit arbre, écoutez son appel. J'existe, nous existons, voici notre langue, voici notre musique, voici mon histoire. Elle vous concerne aussi.
Extrait:« Son premier Blanc, c'était au secondaire. Phil Filmore. Elle l'a cherché sur Facebook l'année dernière et l'a trouvé: un chauve au teint blême qu'elle n'aurait pas reconnu en le croisant dans la rue. Il était comme tous les moniawak qui sortent avec des Indiennes, du moins tous ceux qu'elle a connus: marginal, un peu à part, fasciné par l'exotisme, mais insistant sans cesse sur ce qu,elle et lui avaient en commun. Il était aussi excessivement doux. Tellement passif que son souvenir s,est gravé pour toujours dans la mémoire de Freda. Il exprimait son affection seulement quand elle le voulait bien, osait un geste spontané seulement quand elle l'ignorait.»
Les spectres de la terre brisée de S.Craig Zahler paru en 2018 traduit par Janique Jouin-de Laurens aux éditions Gallmeister. Romancier et scénariste, l'auteur, qui est également fan de métal, dépoussière le genre western. Déjà croisé, ici, avec Une assemblée de chacals (Gallmeister), nous retrouvons le désert aride mexicain, l'été 1902. Les soeurs Plugford, Dolores et Yvette, ont été enlevées et violées par des membres d'une sombre confrérie, avec à leur tête, l'implacable Gris. Elles demeurent désormais à la merci des clients qui paient pour leurs services. Victimes, à leur corps défendant d'une dette de jeu, elles sont détenues dans une forteresse aztèque nommée Catacumbas. Le père, John Lawrence Plugford, ancien chef de gang, rassemble une furieuse horde sauvage et se lance à leur poursuite. Les soeurs auront leur mot à dire. Scotch et tequila, les lignes qui suivent vous brûlent la gorge, les spectres du titre jonchent les pages mieux que n'importe quelle série de zombies. Enjouée et colérique, la plume de S.Craig Zahler se manie du six coups aussi facilement que des dialogues grotesques et crus qui ne dénoteraient pas chez Erskine Caldwell ou Quentin Tarentino. Le monde de la famille Plugford vole en éclat. Cette traque impitoyable révèle un monde incorrigiblement violent, et que, la rédemption a un prix. Moralisateur ! avez-vous dit ? Le western revisité par S.Craig Zahler vous plante ses griffes de loup-garou et s'approche de l'horreur moderne.
Extrait:« Les gentlemen approchaient d'un carré rouge orangé qui tranchait sur le reste des ruines gris ocre et, peu après, Nathaniel vit que la décoloration provenait des briques modernes et du mortier utilisés pour sceller la vaste entrée d'origine de la ziggourat. Au milieu de la zone rénovée se trouvait une unique porte en fer. Tous les gentlemen discutaient filles, jeu, alcool et feuilles de tabac, hormis le gringo qui n'était capable de rien d'autre que fixer l'entrée en métal, dont dix pas de plus révélèrent qu'elle était couverte de rangées de gros clous en acier saillants. Nathaniel était habité de sérieux doutes quant aux chances des Plugford - même avec l'aide de leur autochtone entraîné et du tireur impitoyable - de pouvoir sauver leurs parentes captives d'un tel endroit. Les Hopis et les prisonniers de la guerre hispano-américaine incarcérés à Alcatraz semblaient aussi faciles à atteindre qu'une personne enfermée à l'intérieur de Catacumbas.»
Désinhibée de Emmanuelle Riendeau paru en 2018 aux éditions de l'Écrou. Born to be vulgaire, Emmanuelle Riendeau est une voix singulière et puissante de la poésie québécoise. L'autrice mixe Drake, Simone de Beauvoir et Miley Cyrus dans le texte. Maximum fun et derniers crachats, il serait facile de prendre au premier degré cette langue sauvage et indomptée. Outrageusement biographique, on y parle de sang froid, des femmes en marge, de baise, de dope, de boisson, de vomi, de tristesse, de solitude, de désamour et d'écriture, rappelant l'éructation d'autres Filles-missiles. Emmanuelle Riendeau pète des verres, altière et met ses tripes sur la table. Âpres et percutants, ses textes sont un chiffon rouge agité à la face des esprits tièdes aux mains baladeuses. Posture arrogante ou pas, l'autrice s'installe dans le paysage et ça fait du bien. Que la fureur soit sous les pancartes électorales ! I.N.D.I.S.P.E.N.S.A.B.L.E
Extrait:« Shut'em all/vomir dangereusement/je vous attends à la sortie/de la librairie/un ouvre-bouteille/en guise d'argument.»
Moebius 158 Un numéro très réussi est déjà en kiosque. La citation thème est tirée de Personne de Gwenaelle Aubry paru en 2009 aux éditions Mercure de France: «Filles, soeurs et complices de ceux qui vont pieds nus à l'envers de la vie». Le magazine réunit une diversité de textes autour de la résistance et de la révolte à des assignations que depuis toujours on attribue aux unes et aux autres. Ces femmes et complices évoluent à l'envers des pouvoirs, à l'envers des codes et préfèrent les enjeux de l'entre-deux, comme une danse qui interroge l'autre et l'inclut. On règle ses comptes et on désobéit. Dirigé par Chloé Savoie Bernard et Karianne Trudeau Beaunoyer, je vous recommande la lecture du nouveau Moebius, pour la richesse de tous ces textes, mais également, par choix personnel, celui, splendide, signé par Julie Delporte, dans sa Lettre à Patti O' Green.
Extrait:« C'est d'ici que je regarde la catastrophe. Je compte les oiseaux qu'il nous reste. J'envoie des dessins à des poètes et des poèmes dans l'univers pour exister encore un peu. Sébastien B. Gagnon écrit qu'il connaît «des mots simples pour convaincre les oiseaux qu'ils pourront revenir.»» Julie Delporte, Lettre à Pattie O'Green, Moebius 158
Mission encre noire Tome 24 Chapitre 289 C'est la rentrée d'automne 2018 qui débute avec Mina parmi les ombres d'Edem Awumey paru en 2018 aux éditions Boréal. Kerim Neto vit à Montréal, il est de retour avant l'aube dans la maison des parents, quartier nord du Port. Cette ville se situe entre les eaux bouillonnantes de l'Atlantique et le nord des savanes à l'orée du Sahel. Il est revenu car Mina, sa muse, sa vie, a disparu. Il se heurte rapidement à la dure réalité d'un pays livré aux diktats de l'armée, des imams, des gourous, des apôtres, des saints, des prophètes et illuminés ou des indics. Que sont devenus les ami-e-s frondeurs du Théatre des mouches? Depuis quelques semaines des jeunes filles disparaissent en chemin pour le collège ou le marché. Et il y a cette rumeur, cette Ombre, qui gronde au creux des venelles Obscures et sales. S'agirait-il de la colère des divinités anciennes Ogun, Bunzi, Olorun, Yemaja qui mijote ? Serait-ce le foyer d'une révolte des rues qui tisonne ? Porté par une plume lyrique, l'écrivain braque le Nikon FA de Kerim sur une Afrique trouble et d'une splendeur affolante. Et dans ce dialogue muet avec l'image, il y a un visage, Elle. Mina parmi les ombres est son cinquième roman, Edem Awumey est notre invité à Mission encre noire.
Extrait: «Avec eux, j'entamais un dialogue muet, je pouvais communier comme je l'avais rarement fait dans la vraie vie, ma vie de voyeur retranché derrière son objectif. Chaque fois que j'appuyais sur le bouton pour soustraire ces visages au passage du temps je lançais un appel, Restez là, je fais partie du même monde que vous, je suis vous, ne partez pas! Chaque déclic de mon appareil photo était un souffle solitaire qui cherchait à rattraper la grande respiration du monde. Mais dans mon désert, la voix d'une femme résonnait comme l'ultime appel de ce monde que j'avais toujours fui.»
Mykonos de Olga Duhamel-Noyer paru en 2018 aux éditions Héliotrope. Vous pensez déjà à votre prochain Springbreak ? Les nuits blanches et la chaleur définitive de Mykonos sont peut-être pour vous ? L'astre solaire menaçant goûte l'air salin qui imprègne la peau des quatre jeunes hommes qui arpentent les rues bondées du Village d'Hora, rebaptisé Mykonos Town. Les filles sont classes et bronzées, les gens fument, boivent, dansent, se sentent comme des princes dans tout ce glamour. Alors que les poubelles débordent, on s'embrasse, on s'étreint au milieu des bouteilles vides et préservatifs, rien n'adoucit la morsure nonchalante du soleil. Pavel, Jules, Sebastian et Christopher fréquentent la faune de la nuit. Ils sont excités. La house frénétique les propulse à grande vitesse vers leur destin funeste. Avant cela, vous découvrirez que l'eau est encore plus pure avec le noir du crépuscule, et que le sourire avenant d'un jeune marin ou de votre barman favori dissimule autre chose de plus captivant que le kss kss ordinaire des vipères derrière les pierres. Mykonos est un roman aux couleurs turquoises, court et envoûtant, qui lentement distille son venin. Olga Duhamel-Noyer est à Mission encre noire pour en discuter.
Extrait: « Ils se sont remis à rouler, jusqu'à une plage presque déserte où ils ont posé leurs affaires et couru en hurlant pour se jeter à l'eau. Ils nagent loin. Christopher et Sebastian continuent de nager vers le large bien après que Pavel et jules sont revenus sur la plage. Ils ne s'en rendent pas compte. Ils font une sorte de course. Christopher est plus raisonnable, il dit qu'il faut revenir. Sebastian lui répond de rentrer s'il est fatigué. Depuis un moment, ils ne voient plus du tout les fonds, l'eau se fonce et les vagues grossissent. Sebastian nage encore. Plus loin, il décide enfin de faire demi-tour en s'étonnant de la distance qui le sépare désormais du rivage. Il peine même à se rapprocher de Christopher, qui semble pourtant immobile.»
Mission encre noire Tome 24 Chapitre 289 C'est la rentrée d'automne 2018 qui débute avec Mina parmi les ombres d'Edem Awumey paru en 2018 aux éditions Boréal. Kerim Neto vit à Montréal, il est de retour avant l'aube dans la maison des parents, quartier nord du Port. Cette ville se situe entre les eaux bouillonnantes de l'Atlantique et le nord des savanes à l'orée du Sahel. Il est revenu car Mina, sa muse, sa vie, a disparu. Il se heurte rapidement à la dure réalité d'un pays livré aux diktats de l'armée, des imams, des gourous, des apôtres, des saints, des prophètes et illuminés ou des indics. Que sont devenus les ami-e-s frondeurs du Théatre des mouches? Depuis quelques semaines des jeunes filles disparaissent en chemin pour le collège ou le marché. Et il y a cette rumeur, cette Ombre, qui gronde au creux des venelles Obscures et sales. S'agirait-il de la colère des divinités anciennes Ogun, Bunzi, Olorun, Yemaja qui mijote ? Serait-ce le foyer d'une révolte des rues qui tisonne ? Porté par une plume lyrique, l'écrivain braque le Nikon FA de Kerim sur une Afrique trouble et d'une splendeur affolante. Et dans ce dialogue muet avec l'image, il y a un visage, Elle. Mina parmi les ombres est son cinquième roman, Edem Awumey est notre invité à Mission encre noire.
Extrait: «Avec eux, j'entamais un dialogue muet, je pouvais communier comme je l'avais rarement fait dans la vraie vie, ma vie de voyeur retranché derrière son objectif. Chaque fois que j'appuyais sur le bouton pour soustraire ces visages au passage du temps je lançais un appel, Restez là, je fais partie du même monde que vous, je suis vous, ne partez pas! Chaque déclic de mon appareil photo était un souffle solitaire qui cherchait à rattraper la grande respiration du monde. Mais dans mon désert, la voix d'une femme résonnait comme l'ultime appel de ce monde que j'avais toujours fui.»
Mykonos de Olga Duhamel-Noyer paru en 2018 aux éditions Héliotrope. Vous pensez déjà à votre prochain Springbreak ? Les nuits blanches et la chaleur définitive de Mykonos sont peut-être pour vous ? L'astre solaire menaçant goûte l'air salin qui imprègne la peau des quatre jeunes hommes qui arpentent les rues bondées du Village d'Hora, rebaptisé Mykonos Town. Les filles sont classes et bronzées, les gens fument, boivent, dansent, se sentent comme des princes dans tout ce glamour. Alors que les poubelles débordent, on s'embrasse, on s'étreint au milieu des bouteilles vides et préservatifs, rien n'adoucit la morsure nonchalante du soleil. Pavel, Jules, Sebastian et Christopher fréquentent la faune de la nuit. Ils sont excités. La house frénétique les propulse à grande vitesse vers leur destin funeste. Avant cela, vous découvrirez que l'eau est encore plus pure avec le noir du crépuscule, et que le sourire avenant d'un jeune marin ou de votre barman favori dissimule autre chose de plus captivant que le kss kss ordinaire des vipères derrière les pierres. Mykonos est un roman aux couleurs turquoises, court et envoûtant, qui lentement distille son venin. Olga Duhamel-Noyer est à Mission encre noire pour en discuter.
Extrait: « Ils se sont remis à rouler, jusqu'à une plage presque déserte où ils ont posé leurs affaires et couru en hurlant pour se jeter à l'eau. Ils nagent loin. Christopher et Sebastian continuent de nager vers le large bien après que Pavel et jules sont revenus sur la plage. Ils ne s'en rendent pas compte. Ils font une sorte de course. Christopher est plus raisonnable, il dit qu'il faut revenir. Sebastian lui répond de rentrer s'il est fatigué. Depuis un moment, ils ne voient plus du tout les fonds, l'eau se fonce et les vagues grossissent. Sebastian nage encore. Plus loin, il décide enfin de faire demi-tour en s'étonnant de la distance qui le sépare désormais du rivage. Il peine même à se rapprocher de Christopher, qui semble pourtant immobile.»
Mission encre noire Tome 23 Chapitre 288 Qui a tué mon père d'Édouard Louis paru en 2018 aux éditions du Seuil. Ce livre est présent sur toutes les tribunes ou presque et c'est tant mieux. Édouard Louis creuse le même sillon autobiographique entamé depuis Eddy Bellegueule (Seuil 2014) et Histoire de la violence (Seuil 2016), il propose avec ce troisième roman un texte fort, court, radical: L'état est meurtrier. Soyons clair, Qui a tué mon père relate dans les grandes lignes, l'histoire de la violence étatique faîtes au corps de son père. Pour y arriver, l'auteur dresse le portrait d'un homme brisé par le système. Qui, au mieux tente d'y échapper et renonce de guerre lasse. Cet échec laisse des traces qui marqueront le déroulement de la vie de l'écrivain. Entre pudeur et colère froide ce récit est une catharsis sensible qui s'attache à démonter le socle d'un machisme malade. À force de se souvenir de ce qu'il n'a pas dit à son père, ce qu'il n'a jamais dit, Édouard Louis laisse la parole se déverser. Oui, il accuse les dominants de mépriser les classes populaires, d'ignorer les dégâts que causent leurs décisions politiques. Ce livre est un diamant brut aux arêtes coupantes, C'est quoi être masculin aujourd'hui si ce qui précède est raté ? Si ce livre est un acte de résistance, êtes-vous prêt-e camarades ? Réapproprions-nous le corps politique pour réapprendre à danser ! Livre indispensable.
Extrait: « Peter Handke dit: «devant tous les événements ma mère semblait être là, bouche ouverte.» Toi tu n'étais pas là. Tu n'avais même pas la bouche ouverte parce que tu avais perdu le luxe de l'étonnement et de l'épouvante, plus rien n'était inattendu parce que tu n'attendais plus rien, plus rien n'était violent puisque la violence, tu ne l'appelais pas violence, tu l'appelais la vie, tu ne l'appelais pas, elle était là, elle était.»
Mato Grosso de Ian Manook Paru en 2017 aux éditions Albin Michel. Que reste-t-il de nos amours ? Jacques Haret revient au Brésil après trente ans d'exil. Un pays qu'il connaît bien et qui l'a ensorcelé. Ou était-ce plutôt Angèle/Blanche ? Dans la moiteur folle du Mato Grosso, ou au coeur de l'état de Rio de Janeiro, l'aventurier va croiser des aventuriers, des trafiquants, des flics corrompus et autres tueurs à gage qui vont alimenter une histoire faussement innocente. Figueiras, son hôte, le sait parfaitement bien. Se pourrait-il que Haret s'inspire de l'illustre écrivain autrichien Stefan Zweig venu s'échouer une dernière fois avec sa femme Lotte, sur les terres sauvages des jacarès et des sucuris ? Au risque que les ficelles de ce polar intriguant ne s'enroulent autour de vos poignets, l'immersion en pleine brousse brésilienne, brutale et infréquentable, vous prouvera que l'amour est un puissant narcotique. Ian Manook nous parle de passion, d'écriture, brouille les pistes qui mènent du mensonge à la vérité. Méfiez-vous, tout de même du caïman qui veille !
Extrait: « - Je vais vous tuer, Monsieur l'écrivain, parce que vous ne méritez plus vraiment de vivre à présent. Martinho trouvera votre corps demain matin, le livre à côté de vous, et en lisant la dédicace il comprendra. Je vais vous battre comme vous avez abattu Everaldo, et nous aurons enfin écrit la fin de cette misérable histoire. Mais auparavant, pour que vous compreniez bien à quel point vous le méritez, vous allez vous asseoir à cette table et nous faire la lecture à haute voix de ce que vous avez pompeusement appelé Un roman brésilien. Nous avons toute la nuit pour cela, prenez votre temps, tout votre temps, car vous ne mourrez qu'à la fin. Lisez sans vous arrêter. Buvez si vous avez la bouche sèche mais lisez, sinon je vous tue.»
Tout est brisé de William Boyle paru en 2017 aux éditions Gallmeister traduit par Simon Baril. Bensonhurst un quartier du sud de Brooklyn, Erica est assistante de direction dans un cabinet d'urologie depuis vingt-cinq ans. Elle vient de transférer son père au centre de rééducation St Joachim & Anne de Coney Island pour se remettre d'une pneumonie. Son fils unique, qui avait fui le giron familial, est de retour, alcoolique et physiquement dans un état lamentable. Même si elle sourit à l'idée de voir Jimmy à la messe avec elle, elle aussi est hantée par les mêmes souvenirs. Il est loin le temps où son fils croyait que les fourmis rouge vivaient dans les livres et les jardins. Encensé pour son livre précédent, Gravesend, William Boyle revient au même décor. Le fond de l'air est d'une beauté sombre. Cette chronique de la vie ordinaire d'une famille de la middle class américaine, un peu paumée, est aussi magnétique, que l'attachement qui relie la mère, le fils et leur quartier. Vous débarquez à LaGuardia et l'impression d'être recraché sur un trottoir pour vous faire écraser sous la botte de quelqu'un vous assaille. Erica ne renoncera pas !
Extrait: « Lorsque Erica se mit à somnoler à la table, Jimmy et Frank montèrent à l'étage avec le scotch. Jimmy s'attendait presque à ce qu'Erica les rappelle à l'ordre, comme à l'époque où il était lycéen, mais elle s'éclipsa dans le salon, se blottissant sur le canapé avec la couverture à carreaux rouges et noirs dont se servait la grand-mère de Jimmy pour se couvrir les jambes quand elle regardait des rediffusions d'Arabesque ou de Columbo. En passant, Frank prit l'exemplaire de Lettres à un étranger posé sur une des marches. Dans la chambre de Jimmy, Frank s'assit près du radiateur et contempla l'affiche de Jeff Buckley. Jimmy alluma l'appareil stéréo. Live at Sin-é se trouvait encore dans le lecteur ; l'album reprit au milieu de la chanson «Drown in My Own Tears».»
Jeanne forever de Stéphanie Filion et Valérie Forgues paru en 2018 aux éditions Le lézard amoureux. Et si la vie de Jeanne Moreau vous était contée? Ou plutôt, si vous acceptiez l'invitation de revisiter son oeuvre à travers la matière de ses personnages les plus marquants? Ce splendide recueil de poésie est un hommage sensuel et lumineux aux différents visages de la féminité qui nous file entre les doigts, illustré par les nombreuses vignettes cinématographiques récoltées au fil des pages. Un écrin de dentelles soie et coton ici esquissé, là une moustache célèbre est convoquée pour déjouer les pièges qui guettent la condition féminine. Jeanne et quelques mots plus loin vont se glisser sur votre peau, sur votre visage, sur vos mains, et y laisser une empreinte, un regard. En quelques moments sublimes, Valérie Forgues et Stéphanie Filion dévisse le socle du mythe. Vous êtes Jeanne aux mille visages, vous êtes Jeanne forever. Somptueux !
Extrait: « Elle est un Napoléon de dentelle/une chatte déguisée en homme/qui court sa vie sur une passerelle/passe haut la main l'épreuve de la rue/elle hypnotise/elle est sans manières/faite pour l'amour/pour défoncer les portes/lentement/la moustache qu'elle s'est dessinée/s'efface.»
Mission encre noire Tome 23 Chapitre 288 Natalia Z de Chantal Garand paru en 2018 aux éditions Annika Parance Éditeur. Un silence lourd s'installe entre l'infirmière qui emmène son bébé emmailloté et Natalia Zielinska. Même si elle considère que sa tâche est terminée, en ce 07 juin 1945 à Oslo, elle sait bien qu'il est possible qu'elle ne le revoit jamais. C'est mieux ainsi. Tollef est devenu père de famille, il vit en Norvège, sa vie est belle. Sinon sous la pression de son fils Marius, il ne serait pas à découvrir le mince filet d'information du dossier du bureau des adoptions d'Oslo en 2008. Qui est sa mère ? Comment a-t-elle échappé à la guerre? Que fait-elle au Québec ? Le fils abandonné décide d'en savoir plus côute que coûte. Plus il avance plus les zones ombres s'élargissent. Natalia redoute de rouvrir de vieilles blessures, il est trop tard. Comment expliquer à Tollef, que malgré lui, elle a de nouveau aimé ? Comment lui infliger la tragique vérité ? Chantal Garand publie, à la suite de son prix du récit Radio Canada en 2015, un premier roman puissant qui se refuse d'accepter l'amnésie nécessaire aux après-guerre et choisit de se confronter au silence. Les désirs des uns ne convient pas forcément aux déchirures de l'âme des autres. Nous prenons le chemin de la Norvège pour rencontrer l'auteure à Mission encre noire.
Extrait: «J'aimerais qu'elle me fasse confiance et qu'elle me dise ce qu'elle garde caché depuis des années. Ça la libèrerait peut-être d'en parler! - La libérer, je ne sais pas. Une fois qu'un secret est révélé, on ne contrôle plus rien. Il prit sa main, l'enveloppa de la sienne. Il semblait regarder un point fixe sur le plancher - Au chapitre des secrets, dit-il, il est impossible de prévoir les vagues ou les secousses que leur dévoilement peut provoquer. Ça peut virer à la catastrophe. Il me semblait évident que si l'un de vous deux réussit à la faire parler, ce sera toi, et si cela se produit, je crois, effectivement, que ce sera au nom de l'amitié qui vous unit. Du moins, c'est la seule hypothèse plausible, car il est d'ores et déjà établi que la vieille filtre les informations qu'elle transmet à Tollef et insiste pour garder le contrôle sur la teneur et la fréquence des conversations, ainsi que sur la façon de communiquer. D'ailleurs, que ferais-tu si elle te racontait tout et te demandait de ne pas en parler à Tollef?»
Le mai 68 des caraïbes de Romain Cruse paru en 2018 aux éditions Mémoire d'encrier. Un deejay crie dans un micro, un rythme furieux de Dancehall ou de reggae explose les enceintes des Jolly Joseph frénétiquesqui roulent à batons rompus au milieu de la foule des quartiers chauds de la Jamaïque. Bienvenue dans la Caraïbe, dans la chaleur insupportable et les nuages de poussière levés par le trafic. Romain Cruse ouvre une nouvelle fenêtre sur les grands mouvements populaires des années 1960 et 1970, au coeur d'une région plus inconnue qu'il n'y paraît. Oubliez cocotiers, palmiers et hôtels de luxe, l'auteur est notre guide vers la pensée de la trace, vers les quartiers de San Juan, Kingston et Pointe-à-Pitre en révolte, vers la découverte de pays singulier comme La Grenade ou le Suriname, à la découverte de l'insoumission des Dreads à la Dominique. Le mai 68 des Caraïbes est une expérience de la rue, au contact de l'histoire populaire, un essai luxuriant, qu sonne, résonne, bouleverse et passionne. Oui, vous tenez-là une lucarne sur une version peu racontée de l'Histoire. Saviez-vous que les fameuses Rodney Riots se déclenchent sur un tarmac canadien ? Que la Grenade détient le record du monde de la révolution la plus rapide en 1979? Nous rejoignons une île sous les vents à Mission encre noire, Romain Cruse est avec nous depuis Fort-de-France en Martinique.
Extrait: « Bouterse et ses fils sont aussi impliqués dans le trafic de cocaïne et d'armes avec les réseuax brésiliens et mexicains, ainsi qu'avec le Hezbollah notamment. Il collabore notoirement avec le «Pablo Escobar du Guyana», Roger Khan - condamné à quarante ans de prison aux États-Unis, après avoir été arrêté au Suriname et extradé. En 1999, Bouterse est condamné à onze ans de prison pour trafic de coca¸ine. Mais il ne se présente pas à son procès qui se tient au Pays-Bas, préférant rester à l'abri au Suriname - qui n'a pas d,accord d'extradition - où il se fait réélire président en 2010 (poste qu'il occupe encore aujourd'hui). En tant que président du putsch de 1980 et fera de cette date un jour férié. Bouterse fait bénéficier de la grâce présidentielle l'un des garçons qu'il a élevés, Romano Meriba, condamné en 2002 à quinze ans de prison pour avoir volé et assassiné un gros commerçant chinois et pour avoir lancé une grenade sur la résidence de l'ambassadeur des Pays-Bas.»
Tome 23 Chapitre 287 Mission encre noire Une émission spéciale polar cette semaine. Missing: Germany de Don Winslow traduit par Philippe Loubat-Delranc paru en 2018 aux éditions du Seuil. Frank Decker est pris, une nouvelle fois, dans un couloir obscur. Un de ces fameux «entonnoirs de la mort», un jeu fatal de pile ou face pour vous ou ceux qui vous suivent. Nous sommes pour un temps, à Miami, en Floride. Decker retrouve son frère d'arme, Charlie Sprague dont la femme, Kim a disparu. Il part à sa recherche. Bien vite il se trouve à être confronté à un circuit de prostitution clandestin de la mafia russe en Europe. La visite des arrières cours allemandes ne sera pas de tout repos. Don Winslow renoue, ici avec le genre classique, en s'inspirant d'un personnage de Raymond Chandler. Toujours aussi pertinent à nous révéler l'envers du décor, après Cartel, l'auteur s'attaque cette fois-ci aux mécanismes de la mafia russe. Trahison et miroir aux alouettes, ce n'est pas à un vieux singe que l'on apprend à faire des grimaces. Decker a aperçu un rai de lumière sous la porte du couloir. Il n'a que quelques secondes. Chopin. Il entre. Frank Decker retrouve des personnes disparues.
Extrait:« On nous appelait une «unité d'élite» - doux euphémisme. Nous étions des tueurs. D'abord nous partions en mission faire des repérages sur le terrain afin de localiser nos cibles, puis nous y retournions pour les «éliminer». Nous nous entraînions exprès pour le faire, et nous le faisions. Au fusil à lunette, au pistolet, au couteau, à mains nues, tous les moyens étaient bons. À mon retour aux États-Unis, j'avais raconté à tout le monde, même à Laura, que j'avais fait partie d'une «unité d'élite», et les gens se le tenait pour dit - de toute façon, personne n'avait envie de parler de l'Irak. Mais Charlie et moi savions les actes que nous y avions commis. On se racontera ce qu'on voudra, mais «la guerre contre le terrorisme», c'est ce genre de conflit. Des assassinats en série.»
7/13 de Jacques Saussey paru en 2018 aux éditions Toucan noir. Hiver 2015, deux cadavres sont découvert. Un dans le nord de la France, l'autre par l'identité judiciaire dans une maison cossue en banlieue parisienne. Daniel Magne est en charge de l'enquête, il y a un détail inédit qui le chicote. La Lieutenante Lisa Heslin, sa compagne, à la ville, se remet péniblement de leur dernière aventure. Elle aussi bute sur des broutilles. L'intrigue qui se dessine ici, se déploie subtilement, vers d'autres territoires orageux. En 1944 alors qu'il pleut sur l'Angleterre, un homme déjà célèbre s'apprête à devenir une énigme non résolue de l'Histoire. C'est à partir des souvenirs de la seconde guerre, de son père, que Jacques Saussey manoeuvre en eaux troubles. Les enquêteurs du quai des Orfèvres vont devoir trouver des liens tragiques entre un mystère époustouflant datant de la guerre et deux des sujets les plus brûlant de l'époque. Vérifiez bien votre porte d'entrée, une dernière fois, avant de dévorer 7/13. Les romans de Jacques Saussey se passent près de chez vous.
Extrait:«Le type qui nous ouvre la porte au premier coup de sonnette a l'air de tout sauf d'un criminel, mais je me méfie toujours de cette première impression qui peut marquer une enquête de son empreinte indélébile. Les tueurs les plus endurcis se dissimulent parfois sous les atours de l'innocence la plus pure. ce sont les plus dangereux, les plus difficiles à appréhender. pas rasé, et apparemment pas lavé non plus, l'homme se tient dans l'encadrement dela porte en chaussons et en peignoir, une cigarette au bout des doigts, aussi emprunté que s'il se retrouvait soudain tout nu en plein milieu des Galeries Lafayette à l'heure du déjeuner. Je prends du recul, examine son visage désemparé qui se met à pendouiller sous des yeux cernés par l'angoisse. à nos mines d'enterrement, il a déjà compris qu'i est désormais veuf. J'observe Pelletier du coin de l'oeil. Il se tient en retrait, le regard vif posé sur l'expression ravagée du type qui ne sait pas s'il doit nous faire entrer ou s'écrouler sur le paillasson.»
En sacrifice à Moloch de Asa Larsson traduit par Caroline Berg paru en 2017 aux éditions Albin Michel. Un thriller scandinave de haute tenue par une auteure qui a grandit près du cercle polaire arctique, star du polar suédois. Tuer un ours dans ces contrées arides et crépusculaires, ce n'est pas surprenant, l'animal renifle depuis toujours près des villages. Y retrouver les restes d'un homme dans sa panse l'est beaucoup plus. L'avocate Rebecka Martinsson s'allie à son ami Krister Eriksson accompagné de leur chiens pour remonter le cour du temps. Kiruna, ville minière champignon du début du vingtième siècle, va être le théatre d'événements qui auront des répercutions jusque dans l'estomac du grand ursidé. Les deux compagnons devront lutter, non seulement, contre une étrange malédiction qui frappe une famille, mais aussi se confronter à l'arrogance de l'ambitieux chef d'instruction revanchard: Carl Von Post. Fausses pistes et poursuites haletantes, Asa Larsson expose un pan de l'histoire de son pays, au prise avec un pouvoir discrétionnaire, machiste et puritain.
Extrait: «On est à la fin du mois de mai 1915. Mademoiselle Elina Pettersson revient de l'auditorium où l'on vient de donner une projection du film d'Isaac Grünewald, réservé aux adultes, dans lequel il danse le one-step. Nombreux sont ceux qui dénigrent le one-step, le jugeant choquant et répugnant, et qui l'accusent de dénaturer la danse, une activité qui se doit de rester l'expression saine et naturelle de la joie de vivre. les mêmes esprits chagrins conseillent à toute personne ayant la responsabilité d'enfants et désireuse de les cultiver et de leur inculquer une éducation distinguée, y compris dans le domaine du divertissement, de bannir résolument cette gymnastique obscène du cercle familial. Isaac Grünewald leur répond par le biais cinématographique, défendant ardemment son propos en dansant devant la caméra avec sa propre épouse. C'est la danse de la jeunesse, dit-il. Tout comme le tango. Et toute chose nouvelle est d'abord perçue comme indécente et inesthétique. Qu'y-a-t-il de plus indécent en effet que l'art moderne? Questionne-t-il ?»
Stand by Saison 1 Tome 2 de Bruno Pellegrino, Aude Seigne, Daniel Vuataz paru en 2018 aux éditions Zoé. Voici la suite de Stand By, du collectif de l'AJAR, association de jeunes écrivain-e-s suisses. Remettre la verve et l'énergie du feuilleton au goût du jour, sous la forme dynamique d'épisodes à l'image de vos séries favorites. Retrouvons Alix qui non seulement ne part plus pour New York et échappe de peu à un attentat en Gare de Lyon à Paris. Vasco accompagné de Nora et Virgile, arrivent, enfin à destination dans ce Monténégro qui a le parfum tragique des souvenirs d'enfance. Rebondissement spectaculaire au Groenland, où la jeune équipe européenne de recherche sur le climat, se trouve en mauvaise posture alors que l'arrivée de l'hiver menace. Ce qui est génial dans ce projet: observer la collision des récits d'auteur-e-s qui se donnent comme contrainte première, l'irruption dévastatrice d'un volcan dans la baie de Naples aux conséquences écologiques et humanitaires au niveau planétaire. Partant de ce postulat, l'expérience se charge de bousculer les clichés du genre et de livrer un projet foisonnant d'idées et multipliant les styles d'écritures.
Extrait: «Le vent glisse le long de T1 - tente allongée dont la structure voûtée amplifie les hululements, les rends presque mélodiques, humains. Des voix, murmurées, émanent de plusieurs endroits, mais le vacarme du dehors les sépare, les coupe les unes des autres, interdit aux Green Teens de constituer un seul clan. Pascaline et Florence étaient à bout de souffle en arrivant ici, elles se sont littéralement effondrées à quelques mètres du camp, à côté du corps inanimé d'Éric. Luca est debout au milieu de la tente, les regards convergent vers lui. Un stéthoscope autour du cou et une main gantée sur la poitrine d'Éric, il écoute les poumons se remplir avec difficulté, se vider en sifflant, sinistre redondance des bourrasques qui balaient l'extérieur. L'instructeur a le visage violacé.»
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