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« On s’est mis à chanter “Tout va très bien, Madame la marquise” pour signifier que cela allait très mal ». La journaliste Véronique Mortaigne nous dévoile les dessous de cette chanson humoristique.
Au très chic Lycée Janson de Sailly, Paul Misraki, compositeur français d’origine juive, a rencontré un copain, Raymond Ventura, un fils de joaillier du 9ème arrondissement de Paris, d’origine turque. Ensemble, ils ont fait orchestre, un orchestre de swing qui va renouveler en profondeur le music-hall français. En 1934, Paul compose “Tout va bien Madame la Marquise” pour son ami et son groupe les Collégiens.
“Allô, allô James, quelles nouvelles ? etc. Tout va très bien, Madame la Marquise, mais on déplore un tout petit rien : votre jument est morte. Comment ?” Dans l’incendie de l’écurie, conséquence de l’incendie du château, provoqué par Monsieur le marquis, qui s’est suicidé parce qu’il est ruiné. Plus bas, on ne peut pas tomber. Mais “A part ça, tout va très bien”. D’apparence léger, le morceau résonne comme une alerte dans une Europe au bord de la guerre mondiale.
https://www.youtube.com/watch?v=WqKMZvJ_d9Q
Après cinq générations de connaisseurs de la Marquise et de son serviteur James, son message reste toujours aussi actuel. La rappeuse Keny Arkana, par exemple, dans son morceau “Madame La Marquise”, ramène à leurs responsabilités ceux qui font l’autruche et appelle au réveil des consciences. Dans son clip, pas d’écuries, mais des voitures qui flambent.
https://www.youtube.com/watch?v=FpQI1ARQTQk
Avant de s’installer dans le Salon de Musique de Néo Géo Nova pour jouer des extraits de son nouvel album “Da Svidaniya Madame", Dan Gharibian nous emmène pour ce Classico sur les terres du Rock'N'Roll et de sa jeunesse. Il présente “Maybellene” de Chuck Berry, un morceau qui lui évoque des bons souvenirs à Lyon et ses débuts à la guitare électrique.
Aujourd’hui en trio, Dan Gharibian est le cofondateur avec l'accordéoniste Bruno Girard du groupe légendaire Bratsch, groupe pionnier français d’un “grand mix” de musiques tziganes, grecques, arméniennes, yiddish, russes et jazz, des années 70 à 2015.
https://www.youtube.com/watch?v=NIx0FyjF74s
Un an après la mort de Tony Allen, le 30 avril 2020, Bintou Simporé rend hommage au batteur nigérian de légende.
Dans ce Classico entrecoupé de propos recueillis en 2016 par le journaliste Francis Gay à Berlin, Tony Allen nous parle de sa jeunesse à Lagos avec les groupes comme Bobby Benson, et de son admiration pour Art Blakey.
Né à Lagos au Nigeria en 1940, il commence à jouer de la batterie à 18 ans, en pleine explosion de la scène highlife et influencé par le jazz américain.
Il rencontre Fela Kuti lors d’une audition en 1964, et devient son directeur musical en 1969. Le mélange d’un jeu jazz américain, highlife et avec des rythmes yorubas (et d’autres régions d’Afrique) donne au jeu de Tony Allen un caractère unique, qu’on retrouve sur les 30 albums de Fela Kuti, jusqu’en 1979, où Tony Allen quitte le group et commence une carrière solo.
Il émigre à Londres en 1984, puis se rend à Paris. Sébastien Tellier. Tony Allen collabore alors avec des artistes comme Sébastien Tellier sur le morceau “Ritournelle” en 2004, chanson à succès sortie sur l’album “Politics”. En 2006, il collabore pour la première fois avec Damon Albarn (Blur, Gorillaz…) en tant que batteur du projet “The Good, The Bad and The Queen”. En 2020, il participe au morceau “How Far” de Gorillaz aux côtés de Skepta.
Parmi les récentes productions de Tony, “Moanin” un EP de reprise d’Art Blakey, avec une version retravaillée jazz-afrobeat (2017, sur Blue Note Records). Tony Allen nous interprétait ce morceau en trio dans le Salon de Musique de Néo Géo en mai 2017 :
Album posthume, “There Is No End”, sortait le 7 mai dernier, résultat d’un projet imaginé par Tony Allen,qui souhaitait travailler avec des artistes plus jeunes, et surtout avec la nouvelle génération de rappeurs comme Skepta ou Sampa the Great.
Le Classico de la semaine, c’est “The Creator Has A Masterplan” de Pharoah Sanders, un mantra jazz bouillonnant et spirituel de plus de 32 minutes datant de 1969, où le saxophoniste nous transmet le message divin.
Pharoah Sanders est l’un des premiers à s’être engagé dans le Free Jazz. De son vrai nom Farrell Sanders, il se produit d’abord avec le groupe de Sun Ra, et ce sont les membres du groupe qui vont lui donner ce surnom de Pharoah pour Pharaon, au début des années 60. C’est au milieu de cette même décennie que Sanders va commencer à jouer avec Coltrane quand celui-ci commence à explorer ce qu’on va ensuite appeler le free-jazz.
“The Creator Has A Master Plan” est une œuvre imposante, occupant toute une face de vinyl, et qui regroupe un chant de yodel de Leon Thomas, une flûte onirique de James Spaulding, le cor d’harmonie joué par Julius Watkins, un jeu de piano céleste de Lonnie Liston Smith… bref, une éruption musicale et spirituelle que certains comparent au “Love Supreme” de Coltrane.
Pharoah Sanders, du haut de ses 80 ans, vient par ailleurs de sortir un album salué par la critique, en collaboration avec le producteur anglais Floating Points, “Promises”, sorti en mars 2021 (Luaka Bop).
https://www.youtube.com/watch?v=5XOIPp6-MwA
Pour ce classico, Bintou Simporé reçoit le chanteur et guitariste sénégalais Wasis Diop, pionnier de l'afro-psyché avec son groupe West African Cosmos. Il nous plonge 45 ans en arrière, à l’époque de Jimmy Hendrix, des stratocasters et des pattes d'eph. Il était à l’époque venu à Paris pour faire du cinéma et de la photographie, avant que la musique ne le rencontre. Il nous raconte ses premiers concerts, ses anecdotes de jeune afro-parisien des seventies et les secrets d’enregistrement de l’album “West African Cosmos” et du morceau “Émeraude”, où il avait déployé un chorus de guitare de presque 7 minutes.
Wasis Diop sort par ailleurs cette année un nouvel album, “De la glace dans la gazelle”, qui paraîtra le 16 avril (MDC/PIAS). Retrouvez le dans Néo Géo le 18 avril prochain.
Flashback en 2002, où un duo formé par la star du rock Francesco De Gregori et la chercheuse en ethnomusicologie italienne et spécialiste des musiques de lutte mais aussi compositrice Giovanna Marini a fait trembler le hit parade italien avec des hymnes révolutionnaires comme “O Venezia che sei la più bella” qui raconte l'insurrection de Venise contre la domination autrichienne en 1848 et “Il Tragico Naufragio Della Nave Sirio” qui raconte le drame du naufrage du Sirio en 1883.
Le classico de la semaine, c’est l’album insolite et magique “Il Fischio del vapore”, raconté par Véronique Mortaigne.
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