🎙Po Na Biso

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By Ebuteli et le Groupe d'étude sur le CongoNewsNews Commentary
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🎙Po Na Biso episodes

  • Mise aux enchĂšres des blocs pĂ©troliers : les dessous de la controverse

    Le 28 juillet 2022, le gouvernement congolais a annoncĂ©">annoncĂ© des avis Ă  manifestation d’intĂ©rĂȘt pour des appels d’offres sur l’attribution des droits d’hydrocarbures en RDC. Au total, 27 blocs pĂ©troliers et trois blocs gaziers sont mis aux enchĂšres pour le droit d’exploration. Cet appel d’offres, qui doit se clĂŽturer le 30 avril 2023, a créé une controverse : Ă  l’intĂ©rieur de certains blocs on retrouve des aires protĂ©gĂ©es ainsi que des tourbiĂšres – des rĂ©serves de carbone qui, si elles sont perturbĂ©es, pourraient faire Ă©chapper plus d’un milliard de tonnes de carbone dans l’atmosphĂšre. Mais le gouvernement de la RDC dit vouloir et avoir le droit de dĂ©velopper cette ressource pour le bien de la population congolaise. Qu’en est-il du dĂ©bat entre pro-pĂ©trole et pro-environnement ?

    Bonjour !

    Je suis Joshua Walker, le directeur de programme du Groupe d’étude sur le Congo, un centre de recherche indĂ©pendant basĂ© Ă  l’UniversitĂ© de New-York qui travaille avec Ebuteli, son partenaire de recherche en RDC. Bienvenue dans ce 23e Ă©pisode de la saison 2 de Po Na GEC, notre capsule audio qui dĂ©crit et analyse chaque semaine un sujet de l’actualitĂ© congolaise.

    L’appel d’offres publiĂ© par le gouvernement congolais fin juillet sollicite des propositions des sociĂ©tĂ©s pĂ©troliĂšres et gaziĂšres pour l’exploration de 30 blocs afin de dĂ©terminer s’il y a du pĂ©trole et si ce serait rentable de l’exploiter. Par la suite, les candidats retenus auront le droit de convertir les permis d’exploration en permis d’exploitation.

    Pour certains membres de la sociĂ©tĂ© civile congolaise et internationale, il s’agit d’un dĂ©sastre environnemental planĂ©taire">dĂ©sastre environnemental planĂ©taire Ă  venir. Pour eux, mĂȘme si les blocs ne finissent pas par ĂȘtre exploitĂ©s, l’exploration aura tout de mĂȘme des consĂ©quences : dĂ©forestation, destruction des habitats des espĂšces protĂ©gĂ©es, perturbations des communautĂ©s riveraines
 De son cĂŽtĂ©, le gouvernement assure que les aires protĂ©gĂ©es ainsi que les tourbiĂšres ne seront pas touchĂ©es, qu’il existe des technologies de pointe qui permettent des opĂ©rations « chirurgicales » pour explorer sans impact environnemental important.

    De plus, le gouvernement s’oppose par principe Ă  toute tentative d’empĂȘcher la RDC Ă  dĂ©velopper ses propres ressources naturelles, pour son propre dĂ©veloppement. D'autant qu'en vertu de la rĂ©solution 1803">rĂ©solution 1803 de l'AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l'ONU consacrant la souverainetĂ© permanente sur les ressources naturelles, la RDC a le droit d'explorer cette piste. Surtout que l’engagement de la communautĂ© internationale et des pays pollueurs en particulier, notamment lors du sommet COP 26, Ă  compenser des pays comme la RDC pour la protection de son environnement, tarde Ă  se concrĂ©tiser. Ainsi la RDC se trouve dans une situation oĂč l’exploitation pĂ©troliĂšre est potentiellement plus rentable Ă  long terme que le financement climatique pour protĂ©ger ces terres, tant que les engagements de la communautĂ© internationale ne seront pas respectĂ©s.

    Trois questions importantes se posent, cependant, Ă  l’égard de cette mise aux enchĂšres. PremiĂšrement, les critiques de cet appel d’offres s’interrogent sur la gouvernance. Jimmy Munguriek Ufoy, du Cadre de concertation de la sociĂ©tĂ© civile sur les ressources naturelles, fait la comparaison avec le secteur minier : « Si l’exploitation miniĂšre n’a pas dĂ©veloppĂ© le pays, penser que ce sont ces blocs pĂ©troliers qui vont le faire, c’est rĂȘver. » Comment la RDC Ă©viterait-elle de pareils problĂšmes de gouvernance dans le secteur pĂ©trolier ? S’agit t-il simplement d’une opportunitĂ© pour les politiques de se faire des fonds pouvant notamment financer leurs campagnes Ă©lectorales ?

    DeuxiÚmement, la production du pétrole nécessite également de gros investissements en infrastructures pouvant le transporter à des ports pour exportation. La création de ces infrastructures en RDC prendrait des années et coûterait des milliards de dollars. Quel est le plan pour ses infrastructures et sont-elles réalisables ?

    Troisiùmement, la mise aux enchùres de ces blocs serait-elle aussi un moyen pour la RDC de mettre la pression sur les bailleurs de fonds afin qu’ils respectent leurs engagements de financement contre le changement climatique ?

    En attendant les rĂ©ponses Ă  ces questions dans les mois Ă  venir, vous pouvez recevoir Po Na GEC chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone en envoyant le mot « GEC » ou « Ebuteli » au + 243 894 110 542. À bientĂŽt !

    5 min
  • Que reproche-t-on Ă  la Monusco ?

    Le 25 juillet, une série de manifestations a débuté contre la Mission des Nations unies pour la stabilisation du Congo (Monusco) dans les villes du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Au moins 23 personnes sont décédées  dont 20 civils manifestants et trois membres du personnel militaire de la Monusco. Plusieurs biens appartenant à la mission onusienne ont été volés. 

    Comment expliquer cette hostilitĂ© d’une partie des  Congolais contre la Monusco ? 

    Bonjour et bienvenue dans ce 22e Ă©pisode de la saison 2 de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Reagan Miviri, chercheur sur la violence d’Ebuteli, partenaire du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York. Nous sommes le vendredi 29 juillet, et cette semaine, nous nous intĂ©ressons aux manifestations anti-Monusco.

    Nous assistons Ă  une Ă©niĂšme mobilisation contre la mission des Nations unies. Des manifestants reprochent Ă  la Monusco avec au moins  13000 casques bleus d’avoir Ă©chouĂ© dans son mandat qui est principalement celui de la protection des civils. Ce bilan mitigĂ© a Ă©tĂ© documentĂ© dans plusieurs rapports. Pour certains, la prĂ©sence de la Monusco empĂȘcherait, dans une certaine mesure, Ă  l’État congolais d’assumer seul ses obligations. 

    La perception de la Monusco a Ă©voluĂ© avec le temps, c’est ce que montre le dernier sondage face-Ă -face rĂ©alisĂ© par BERCI, le GEC et Ebuteli. Alors qu’en 2016, 63 % pensaient que la mission faisait du bon travail pour protĂ©ger les civils ; aujourd’hui 23,6% seulement  le pensent. Alors qu’en 2016, 55,1% ont dĂ©clarĂ© qu'il n'Ă©tait pas temps pour la Monusco de partir, aujourd'hui, 44,7 % disent que la mission onusienne devrait partir maintenant (ce chiffre Ă©tait de 29,4 % en 2016). 

    Les revendications ont Ă©galement progressĂ© ces dix derniĂšres annĂ©es. Une premiĂšre manifestation organisĂ©e par la Lucha avait lieu Ă  l’occasion de la visite Ă  Goma en septembre 2013 du secrĂ©taire adjoint de l’ONU chargĂ© du maintien de la paix. À l’époque la revendication Ă©tait que la Monusco soit plus offensive contre les groupes armĂ©s">soit plus offensive contre les groupes armĂ©s. Cette mobilisation avait contribuĂ© Ă  la crĂ©ation de la brigade d’intervention (FIB) qui sera dĂ©terminante dans la dĂ©faite du Mouvement du  23 mars (M23). Avec la rĂ©surgence des  massacres Ă  Beni, des nouvelles manifestations vont s’organiser demandant Ă  la Monusco d’agir sinon de partir ! 

    Le discours contre la Monusco va se radicaliser vers 2021 avec l’exaspĂ©ration liĂ©e Ă  la poursuite des massacres. Le message Ă©tait clair : la Monusco doit partir. Avec comme consĂ©quences les manifestations rĂ©primĂ©es  Ă  Beni, Goma et Nyiragongo.  Il va s’en suivre une sorte de rĂ©signation Ă  l'Ă©gard de la Monusco. 

    En 2022, la rĂ©surgence du M23 est venue remobiliser la population contre un conflit perçu en RDC comme une agression rwandaise. Les questions sĂ©curitaires Ă©tant revenues en avant-plan, la Monusco est de nouveau dans le viseur d’une frange de la population qui est favorable Ă  son dĂ©part. La dĂ©claration de la cheffe de la  Monusco devant le conseil de sĂ©curitĂ© n’a pas Ă©tĂ© bien accueillie. Elle n’a pas indexĂ© le Rwanda et a semblĂ© avouer l’échec de la mission en disant que le M23 dispose de beaucoup des moyens et se comporte comme une armĂ©e. Une partie de la population est revenue Ă  la charge en disant que si la Monusco ne peut pas combattre le M23 alors sa prĂ©sence ne se justifie plus. 

    À ces reproches et revendications, la Monusco rĂ©pond souvent par des arguments rejetant la responsabilitĂ© au seul État congolais. Pourtant, c’est exactement parce que l'État  n'Ă©tait pas en mesure de s'occuper de la protection de civils qu’elle est venue en RDC. La Monusco pointe du doigt une supposĂ©e manipulation des populations. Il est vrai qu’il y a eu des discours des politiciens qui ont appelĂ© Ă  son dĂ©part. Tel est le cas par exemple du prĂ©sident du sĂ©nat. Cependant, il apparaĂźt que ces politiciens  sont venus profiter  des revendications anciennes et insistantes d’une population sans cesse victime de l’insĂ©curitĂ©. En mĂȘme temps, ils profitent aussi pour rediriger les frustrations qui pouvaient les viser vers la Monusco. 

    Il n’est pas certain que la Monusco va quitter la rĂ©gion Ă  la suite des Ă©vĂ©nements en cours. Le conseil de sĂ©curitĂ© de l'ONU a prolongĂ© le mandat d'une annĂ©e supplĂ©mentaire malgrĂ© les manifestations de 2021 qui ont Ă©galement Ă©tĂ© violentes. NĂ©anmoins, il existe un plan de sortie discutĂ© avec le gouvernement congolais qui est censĂ© se dĂ©rouler sur plusieurs annĂ©es. 

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    5 min
  • Jean-Marc Kabund, pourquoi un nouveau parti ?

    Au cours d’un point de presse animĂ©, le lundi 18 juillet dans sa luxueuse villa Ă  Kingabwa, l’ancien prĂ©sident intĂ©rimaire de l'Union pour la dĂ©mocratie et le progrĂšs social (UDPS), Jean-Marc Kabund, a annoncĂ© la crĂ©ation de sa formation politique : Alliance pour le changement. Ancien premier vice-prĂ©sident de l'AssemblĂ©e nationale Ă  deux reprises, ce dernier a Ă©tĂ© pendant plus de trois ans l’homme clef du rĂ©gime Tshisekedi. Du dĂ©sistement Ă  GenĂšve Ă  la crĂ©ation de l’Union sacrĂ©e de la nation. Jean- Marc Kabund aura Ă©tĂ© sur tous les fronts. Peut-il se soustraire du bilan de la gestion de FĂ©lix Tshisekedi lors de ses trois derniĂšres annĂ©es ? Quelles sont les motivations qui le poussent Ă  crĂ©er ce parti qui dit vouloir s’aligner dans la social-dĂ©mocratie comme l’UDPS ?


    Bonjour et bienvenue dans ce 21e Ă©pisode de la saison 2 de Po Na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Jimmy Kande, chercheur principal en gouvernance Ă  Ebuteli, partenaire du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de New York. Nous sommes le vendredi 22 juillet et cette semaine, nous nous intĂ©ressons Ă  la derniĂšre sortie mĂ©diatique de Jean-Marc Kabund, dĂ©nonçant les vices du rĂ©gime Tshisekedi et annonçant la crĂ©ation de son parti.


    Lors de ce point de presse, le prĂ©sident dĂ©chu de l'UDPS a prĂ©sentĂ© un tableau sombre du pouvoir en place. Un pouvoir qui, selon lui, est un club d’amis et de copains. Un pouvoir des « jouisseurs » au dĂ©triment du bien-ĂȘtre de la population congolaise. À ce sujet, Jean-Marc Kabund estime que le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi  « est un danger au sommet de l’État ». Il  dĂ©plore aussi le manque de transparence pour les futures Ă©lections gĂ©nĂ©rales prĂ©vues en 2023. Et d’alerter sur le fait que le prĂ©sident Tshisekedi prĂ©pare dĂ©jĂ , selon lui, un glissement de ces Ă©chĂ©ances Ă©lectorales.


    Comme il fallait s’y attendre, les allĂ©gations de Jean-Marc Kabund Ă  l’encontre du prĂ©sident de la RĂ©publique ont suscitĂ© beaucoup de rĂ©actions au sein de la classe politique congolaise et de la population. Si beaucoup de Congolais se montrent aussi critiques envers Tshisekedi , ils s'interrogent Ă©galement sur les motivations rĂ©elles de Kabund. Pourquoi n’a-t-il pas dĂ©noncĂ© ces travers quand il Ă©tait au pouvoir? D’autant que l’UDPS pointe aussi l’enrichissement rapide de Kabund dont les images de sa grande villa avait choquĂ© plus d’un et qui en tant que vice-prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale n’avait pas toujours pesĂ© de son poids pour inscrire ses prĂ©occupations Ă  l’ordre du jour des sĂ©ances plĂ©niĂšres.

    Cette sĂ©paration entre Tshisekedi et Kabund rappelle le divorce observĂ© en mars 2009 entre Vital Kamerhe, alors prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale, et Joseph Kabila, alors prĂ©sident de la RĂ©publique. Si cette rupture  Ă©tait due, officiellement, Ă  des divergences de  vues sur l’entrĂ©e des troupes rwandaises en RDC, celle de Kabund et de l’actuel chef de l’État semble, Ă  premiĂšre vue, ĂȘtre motivĂ©e par des intĂ©rĂȘts partisans et Ă©goĂŻstes. De  toute façon, ayant Ă©tĂ© exclu  de l’UDPS, Kabund n’avait plus de choix. 


    D’ailleurs, on s'aperçoit aussi que ce divorce n’est pas idĂ©ologique et politique. Le nouveau parti politique de Kabund va s’aligner sur la mĂȘme pensĂ©e idĂ©ologique  que son ancienne formation politique, c'est-Ă -dire des sociaux-dĂ©mocrates. Ce divorce est plutĂŽt liĂ© Ă  des guerres des Ă©gos au sein du palais. Se considĂ©rant comme le faiseur de rois du rĂ©gime, Kabund se considĂ©rait, par moments, plus puissant que le chef de l’État. Principal acteur du basculement de la majoritĂ© parlementaire en dĂ©cembre 2020 au profit de l’UDPS, Kabund continuait de gagner en influence au point sans doute de commencer Ă  faire de l’ombre Ă  Tshisekedi. Le schĂ©ma de deux chefs sur un mĂȘme siĂšge ne pouvait pas faire long feu.

    Cette guerre des Ă©gos explique mĂȘme les conditions de dĂ©mission Ă  l’AssemblĂ©e nationale de Kabund et son exclusion de l’UDPS sur des affaires purement privĂ©es, mais aussi son laxisme face Ă  ce qu’il dĂ©crit aujourd’hui quand il Ă©tait au pouvoir. À l’instar de Kabund, plusieurs autres hommes politiques, notamment le ministre Butondo Muhindo Nzangi, les dĂ©putĂ©s Claude Nyamugabo et Jean-Claude Kibala viennent Ă©galement de lancer leurs partis. Ceux-ci  s'ajoutent au nombre dĂ©jĂ  plĂ©thorique des organisations politiques existantes. Elles prĂ©tendent toutes vouloir dĂ©fendre les droits des Congolais,  mais oublient trop souvent le peuple une fois qu’elles ont accĂ©dĂ© au pouvoir.


    En attendant que cette dynamique change en RDC, pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C,  ou « Ebuteli » au +243 894 110 542. À bientĂŽt !

     

    5 min
  • Faut-il inviter les armĂ©es d’Afrique de l’Est en RDC ?

    Selon plusieurs sources diplomatiques, ce ne serait qu’une question de semaines : Ă  la fin de ce mois de juillet, une force rĂ©gionale de l’EAC, la CommunautĂ© d’Afrique de l’Est, pourrait commencer Ă  se dĂ©ployer dans la partie orientale de la RDC. Elle devrait comporter des contingents du Kenya, de l’Ouganda, du Burundi et mĂȘme du Soudan du Sud. Mais est-ce la bonne mĂ©thode ?


    Bonjour et bienvenue dans ce 20e Ă©pisode de la saison 2 de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, coordonnateur des recherches sur la violence d’Ebuteli, partenaire du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York. Nous sommes le vendredi 15 juillet, et cette semaine, nous nous intĂ©ressons Ă  la force rĂ©gionale de l’EAC.

    La crĂ©ation de cette force avait Ă©tĂ© annoncĂ©e pour la premiĂšre fois le 22 avril 2022, Ă  Nairobi, Ă  l’issue du conclave des chefs d’État de l’EAC, peu aprĂšs la signature du traitĂ© d’adhĂ©sion de la RDC. Son objectif : lutter contre les groupes armĂ©s qui refuseraient de dĂ©poser les armes. Le projet paraissait alors nĂ©buleux et incertain. Il l’est encore en partie. Mais le processus a avancĂ© depuis et un « concept d’opĂ©ration » a mĂȘme Ă©tĂ© signĂ© par les chefs d’État-major des pays de la zone, dont la RDC, le 19 juin dernier.

    Ce document, que nous avons pu consulter, pose toutefois de nombreuses questions. D’abord, celui de sa stratĂ©gie. Les chefs militaires d’Afrique orientale semblent considĂ©rer qu’une opĂ©ration militaire extĂ©rieure dĂ©cisive, sous commandement kĂ©nyan, pourrait ramener la paix en l’espace de six mois – mĂȘme si ce mandat initial pourrait ĂȘtre renouvelĂ©. L’insĂ©curitĂ© qui touche l’est de la RDC est pourtant profonde (elle dure depuis prĂšs de 30 ans) et complexe. Il est difficile d’imaginer un retour durable de la paix sans une rĂ©forme structurelle de l’État congolais, ce que ne peuvent pas faire des armĂ©es Ă©trangĂšres. Ces opĂ©rations comportent mĂȘme le risque d’aggraver la situation dans certains endroits. Le dĂ©ploiement de l’armĂ©e sud-soudanaise est par exemple prĂ©vu dans les provinces des UĂ©lĂ©, oĂč le niveau d’insĂ©curitĂ© est pourtant modĂ©rĂ©. Il paraĂźt mĂȘme moindre qu’au Soudan du Sud lui-mĂȘme, oĂč l’instabilitĂ© justifie la prĂ©sence d’une mission de l’ONU, la Minuss, depuis 2011. Comme d’autres, ce pays mĂšne aussi parfois des incursions non sollicitĂ©es sur le sol congolais. 

    La question de la collaboration de la nouvelle force avec la Monusco se pose Ă©galement. Ses concepteurs prĂ©voient une collaboration Ă©troite avec la mission onusienne, qui doit ĂȘtre intĂ©grĂ© Ă  l’état-major. Il faudrait pour cela sans doute un mandat diffĂ©rent, l’actuel ne lui permettant de mener des opĂ©rations conjointes qu’avec les FARDC. En son absence, cette collaboration pourrait davantage ressembler Ă  l’entente trĂšs imparfaite qui prĂ©vaut avec l’armĂ©e ougandaise dans la lutte contre les ADF.

    À la diffĂ©rence des autres missions de l’ONU et de l’UA, il est Ă©galement prĂ©vu que les États membres financent eux-mĂȘmes le dĂ©ploiement et l’entretien de leurs troupes. Pour rentrer dans leurs frais, les contingents pourraient ĂȘtre incitĂ©s Ă  promouvoir leur intĂ©rĂȘt, notamment Ă©conomiques, en lieu et place de celui de la RDC. Une telle dynamique pourrait aussi amener Ă  des rivalitĂ©s entre contingents. En principe, chacun aura une zone particuliĂšre de dĂ©ploiement (le Tanganyika et le Sud-Kivu pour le Burundi, qui officialiserait ainsi sa prĂ©sence, le Petit-Nord pour le Kenya, le Grand-Nord et l’Ituri pour l’Ouganda qui devrait renforcer son contingent, et les UĂ©lĂ© pour le Soudan du Sud, comme nous l’avons vu). Mais des frictions restent possibles, notamment Ă  leurs frontiĂšres.

    La rĂ©action du Rwanda paraĂźt enfin imprĂ©visible. S’il doit faire partie de l’état-major de la force (en charge notamment du renseignement), ce pays est le seul de la l’EAC dont les soldats ne sont pas autorisĂ©s Ă  opĂ©rer sur le sol congolais. Lors de l’un de ses derniers rapports, le Groupe d’étude sur le Congo et Ebuteli avaient identifiĂ© l’entrĂ©e de l’armĂ©e ougandaise au Congo, en novembre 2021, et sa rivalitĂ© avec le Rwanda comme l’un des facteurs derriĂšre la rĂ©apparition de la rĂ©bellion du M23. 

    Dans le cadre de cette nouvelle force, le contingent kĂ©nyan devrait ĂȘtre en premiĂšre ligne pour affronter ces rebelles. Mais il n’est pas certain qu’on en mesure toutes les consĂ©quences.


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    4 min
  • Quand l’AssemblĂ©e nationale fait le bilan mais ne dit pas tout

    Le lundi 4 juillet, Joseph Lembi, rapporteur du bureau de l’AssemblĂ©e nationale, s’est prĂ©sentĂ© devant la presse pour revenir sur le travail parlementaire lors de la session ordinaire de mars, clĂŽturĂ©e le 15 juin. Un seul objectif : dĂ©montrer que le bilan est positif, avec notamment 22 lois adoptĂ©es. Mais qu’en est-il vraiment ?

    Bonjour,  

    Je m’appelle TrĂ©sor Kibangula. Je suis analyste et coordonnateur des recherches sur la politique Ă  Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence. Vous Ă©coutez le 19e Ă©pisode de la saison 2 de Po Na GEC, capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche indĂ©pendant basĂ© Ă  l’UniversitĂ© de New-York, et d’Ebuteli, son partenaire de recherche en RDC. Chaque semaine, ce podcast donne notre point de vue sur une question d’actualitĂ© en RDC. 

    Nous sommes le vendredi 8 juillet 2022.

    Lorsque tout observateur avisĂ© entend le bilan officiel enjolivĂ© de la session ordinaire de mars 2022, il peut facilement percevoir beaucoup de non-dits. S’il y a eu 22 lois adoptĂ©es, ces textes concernent essentiellement des accords de prĂȘts, des ratifications des traitĂ©s et des prorogations systĂ©matiques, tous les 15 jours, de l’état de siĂšge dans le Nord-Kivu et l’Ituri.

    En fait, une seule proposition de loi a Ă©tĂ© adoptĂ©e au cours de cette session. Il s’agit de celle modifiant et complĂ©tant la loi Ă©lectorale. Rappelons que ce texte a Ă©tĂ© dĂ©posĂ© depuis le 17 septembre 2020 par 10 dĂ©putĂ©s essentiellement issus du G13. 

    Ce que l’AssemblĂ©e nationale ne dit pas non plus, c’est qu’une quarantaine de projets de loi et propositions de loi attendent depuis plusieurs mois leur adoption, voire leur examen en plĂ©niĂšre ou en commission. Dans le jargon parlementaire congolais, on les qualifie d’« arriĂ©rĂ©s lĂ©gislatifs ». Une vingtaine d’autres nouvelles matiĂšres n’ont pas connu meilleure issue.

    PrĂ©voyant sans doute les critiques sur cette improductivitĂ© lĂ©gislative, le bureau de l’AssemblĂ©e nationale explique qu’il a prĂ©fĂ©rĂ© « laisser beaucoup plus de temps » aux dĂ©putĂ©s lors de l’examen de la proposition de loi modifiant et complĂ©tant la loi Ă©lectorale « dans le seul but de rechercher le large consensus ». Ce serait la raison principale pour laquelle d’autres initiatives lĂ©gislatives n’ont pas Ă©voluĂ©, alors qu’elles nĂ©cessitent aussi la mĂȘme diligence. C’est le cas par exemple du projet de loi portant modalitĂ©s d’application de l’état d’urgence et de l’état de siĂšge, de la proposition de loi modifiant la loi de 2018 relative au statut des anciens prĂ©sidents de la RĂ©publique Ă©lus et fixant les avantages accordĂ©s aux anciens chefs de corps constituĂ©s et de la proposition de loi portant dissolution du Conseil national de suivi de l’accord et du processus Ă©lectoral (CNSA). Ces deux derniers textes auraient pu pourtant contribuer Ă  apporter des rĂ©ponses au dĂ©bat concernant la rĂ©duction du train de vie des institutions.

    L’AssemblĂ©e nationale se fĂ©licite par ailleurs d’avoir aussi traitĂ© « plusieurs initiatives » relatives au contrĂŽle parlementaire. Pour la premiĂšre fois depuis l'avĂšnement de la troisiĂšme RĂ©publique, un ministre, celui de l’Économie, a mĂȘme Ă©tĂ© destituĂ© Ă  l’issue d’un vote de dĂ©fiance. Mais rien n’est dit sur d’autres initiatives de contrĂŽle parlementaire restĂ©es lettres mortes : l’interpellation de Jules Alingete, inspecteur gĂ©nĂ©ral - chef de service de l’Inspection gĂ©nĂ©rale des finances (IGF), la motion de dĂ©fiance contre Daniel Aselo, vice-Premier ministre de l’IntĂ©rieur, et plus de 15 questions orales ou Ă©crites ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©es mais jamais programmĂ©es pour dĂ©bat. 

    Si cette session ordinaire a Ă©tĂ© marquĂ©e par un nombre Ă©levĂ© de projets de loi Ă©manant du gouvernement, elle a Ă©galement Ă©tĂ© pauvre en termes de textes de rĂ©forme structurelle. MĂȘme l’important projet de loi de programmation militaire, trĂšs longtemps attendu, n'a Ă©tĂ© dĂ©posĂ© qu’à la veille de la clĂŽture de la session. Ainsi, Ă  dĂ©faut d’une prolongation de cette session comme celle de mars 2021, l’AssemblĂ©e nationale a habilitĂ© le gouvernement Ă  lĂ©gifĂ©rer sur cette matiĂšre par ordonnance-loi. 

    DĂ©cidĂ©ment, le « temps des rĂ©formes », chaque fois annoncĂ© au dĂ©but des travaux, Ă  l’AssemblĂ©e nationale, ne pointe toujours pas son nez.

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    5 min
  • Diplomatie congolaise et crise sĂ©curitaire Ă  l'Est : quel impact ?

    On l’a senti depuis quelques semaines. La diplomatie congolaise, jusque-lĂ  plutĂŽt tacite, a rĂ©cemment haussĂ© le ton envers le Rwanda, qu’elle accuse de soutenir le groupe rebelle M23 dans l'est du pays. Est-ce que cette nouvelle approche a portĂ© ses fruits ?

    Bonjour ! Je m’appelle Joshua Walker. Je suis le directeur de programme du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche basĂ© Ă  l'UniversitĂ© de New-York. Vous Ă©coutez le 18e numĂ©ro de la saison 2 de Po na GEC, capsule audio du GEC et d’Ebuteli, son partenaire de recherche en RDC. Chaque semaine, cet audio donne notre rĂ©sumĂ© et analyse d’une question d’actualitĂ© en RDC. 

    Tout commence, le 1er juin de cette annĂ©e, devant le Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies. Le ministre des affaires Ă©trangĂšres, Christophe Lutundula, accuse directement le Rwanda de soutenir le M23 : « Qui arme le M23 et mobilise des hommes aguerris pour attaquer les troupes onusiennes ?  Qui soutient cette force nĂ©gative avec des armes lourdes au moment oĂč le processus de Nairobi prend son envol et que le peuple congolais attend la visite du pape ?  Pourquoi, Ă  chaque fois, le Rwanda apparaĂźt-il quand il est question des M23 ? »

    Depuis, d’autres autoritĂ©s congolaises ont rĂ©pĂ©tĂ© ces accusations, notamment le prĂ©sident Tshisekedi lui-mĂȘme dont la plus rĂ©cente accusation date des cĂ©lĂ©brations de l’indĂ©pendance le 30 juin, oĂč il a dĂ©noncĂ© une « Ă©niĂšme agression de la part du Rwanda ».

    En effet, si beaucoup de Congolais auraient espĂ©rĂ© voir des dĂ©clarations et actions fermes contre le Rwanda pour son soutien au M23 par diffĂ©rents acteurs de la communautĂ© internationale, ils ont Ă©tĂ©, jusqu'ici, déçus. Aucune dĂ©nonciation par le Conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU. Aucune condamnation directe par l’Union europĂ©enne ou par un de ses pays membres, ni par le Royaume-Uni ou le Canada. Au contraire, ces derniers ont, au moment oĂč se dĂ©roulent ces faits, assistĂ© au sommet du Commonwealth organisĂ© Ă  Kigali – une sorte de victoire diplomatique pour le Rwanda. Ce sont plutĂŽt les États-Unis qui ont employĂ© un ton relativement plus fort, Ă  travers un tweet">tweet le 14 juin du compte de leur ambassade Ă  Kinshasa, pointant « la prĂ©sence signalĂ©e de forces rwandaises sur le territoire de la RDC ». 

    Qu’est-ce qui explique cette relative timiditĂ© dans les rĂ©actions des partenaires ? Certains observateurs dĂ©crient une diplomatie congolaise mal adaptĂ©e : manque de cohĂ©rence de message, dĂ©sorganisation, absence d’anticipation. Mais il y a Ă©galement des questions stratĂ©giques : qui de la RDC ou du Rwanda contribue-t-il au mieux aux intĂ©rĂȘts de ces pays partenaires ? Le Rwanda, relate un diplomate onusien, s’est rendu « indispensable » : grand contributeur de troupes aux opĂ©rations de maintien de la paix, mission au Mozambique pour combattre les terroristes islamistes opĂ©rant dans une zone oĂč se trouvent de grands projets de la sociĂ©tĂ© française pĂ©troliĂšre Total, accord avec le Royaume-Uni pour recevoir ses demandeurs d’asile, mais aussi soi-disant pays modĂšle pour l’efficacitĂ© des dĂ©penses de l’aide au dĂ©veloppement. Tout ça, en plus de possĂ©der une diplomatie bien organisĂ©e qui dĂ©livre un message uniforme Ă  tous les niveaux. Une rhĂ©torique bien huilĂ©e qui ramĂšne la crise actuelle aux problĂšmes internes en RDC.

    Si la RDC veut avoir une diplomatie Ă  la taille de sa grandeur, des rĂ©formes s’imposent. Pour cela, il y a nĂ©cessitĂ© de restructurer et de former le personnel diplomatique congolais. Mais une autre question mĂ©rite d’ĂȘtre posĂ©e si la RDC veut peser dans les relations entre États : comment peut-elle se rendre stratĂ©giquement « indispensable » ? Quels sont ses leviers de pression diplomatique et politique non encore exploitĂ©s ?

    En attendant de voir la suite dans l’évolution de ce conflit politique, militaire et diplomatique, vous pouvez recevoir Po na GEC chaque semaine sur votre tĂ©lĂ©phone en envoyant « GEC » au + 243 894 110 542. À bientĂŽt !

    5 min
  • Qu’est-ce qu’il reste vraiment de Lumumba ?

    Le 17 janvier 1961, Patrice Emery Lumumba est assassinĂ© prĂšs d'Élisabethville, actuellement Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga.

    Soixante-et-un ans aprĂšs cet assasinat, le pays a remontĂ© cette semaine le cours de l’histoire. Le 22 juin, le cercueil de Lumumba est amenĂ©, pour la premiĂšre fois, Ă  son village natal, Onalua, rebaptisĂ© Lumumba-ville, dans la province du Sankuru, pour des hommages. Deux jours plutĂŽt, la Belgique a procĂ©dĂ© Ă  la restitution d’une dent, l’unique reste de sa dĂ©pouille. Mais que reste-t-il de la pensĂ©e politique de Lumumba ?

    Bonjour,  

    Je m’appelle Ange Makadi Ngoy.">Ange Makadi Ngoy. Je suis chercheuse Ă  Talatala">Talatala, baromĂštre de l’activitĂ© parlementaire et de l’action du gouvernement en RDC. Vous Ă©coutez le 17e Ă©pisode de la saison 2 de Po Na GEC, capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche indĂ©pendant basĂ© Ă  l’UniversitĂ© de New-York, et d’Ebuteli, son partenaire de recherche en RDC. Chaque semaine, ce podcast donne notre point de vue sur une question d’actualitĂ© en RDC. Nous sommes le vendredi 24 juin 2022.

    Il n'a que 35 ans lorsqu’il est assassinĂ© avec deux de ses compagnons, Maurice Mpolo et Joseph Okito. Patrice Emery Lumumba est l’éphĂ©mĂšre premier Premier ministre congolais, tuĂ© moins de sept mois aprĂšs l’indĂ©pendance. Soixante-et-un ans, c’est un Ă©vĂ©nement historique que vivent les Congolais : une dent, seule relique de ce hĂ©ros national, a Ă©tĂ© rendue Ă  sa famille. AprĂšs l’étape de Sankuru, puis celle de Kisangani, ancienne Stanleyville, puis du Haut-Katanga, ce qui constitue la dĂ©pouille de Lumumba sera inhumĂ©e le 30 juin, date anniversaire de l'indĂ©pendance du pays, Ă  la place de l’Échangeur, dans la commune de Limete, Ă  Kinshasa. 

    Alors, 61 ans aprĂšs l’assassinat de Lumumba, comment se perpĂ©tue sa pensĂ©e politique ? Comment ses idĂ©es ont-elles fait leur chemin Ă  travers le pays ?

    Au Congo, des partis et des personnalitĂ©s politiques se disputent l'hĂ©ritage de l’idĂ©ologie lumumbiste. Le lumumbisme pourrait se rĂ©sumer au travers des idĂ©aux pour lesquels Lumumba Ă©tait prĂȘt Ă  mourir. Une « synthĂšse de l’humanisme et du patriotisme », Ă©crit, en 2012, le professeur Tshiyembe Mwayila lorsqu’il essaie de ranger la pensĂ©e politique de Lumumba dans une famille idĂ©ologique. D’autant que dans ses discours, avant et aprĂšs l'indĂ©pendance, Lumumba place l’homme au centre de son action et prĂŽne la justice sociale. « Dans notre action pour la conquĂȘte de l’indĂ©pendance du Congo, nous n’avons cessĂ© de proclamer que nous n’étions contre personne, mais uniquement contre la domination, les injustices et les abus », clame-t-il d’ailleurs, le 11 dĂ©cembre 1958, lors de son discours d’Accra. Lumumba, c’est aussi le chantre de l’indĂ©pendance politique et Ă©conomique de l’Afrique et du Congo, des droit des Africains Ă  disposer de leurs richesses, Ă  choisir leur propre modĂšle de dĂ©veloppement et Ă  le rĂ©aliser.  

    AprĂšs son assassinat, des personnes se sont rĂ©clamĂ©es lumumbistes et ont prĂ©tendu  perpetuer sa pensĂ©e politique. Illustration avec Antoine Gizenga, son compagnon de lutte. Il s’est prĂ©sentĂ© comme son hĂ©ritier politique. À tort ou Ă  raison ? En tout cas,  lors de son passage Ă  la primature, Ă  l’issue des Ă©lections de 2006 et de son alliance avec Joseph Kabila, l’on s’est rendu compte que le lumumbisme n’a Ă©tĂ© qu’un moyen de se lĂ©gitimer, car aucune politique publique d’envergure n’est allĂ©e dans la direction des idĂ©aux de Lumumba. Lors de la derniĂšre prĂ©sidentielle, en 2018, Gizenga a mĂȘme appelĂ© ses partisans Ă  soutenir la candidature d'Emmanuel Ramazani Shadary, candidat d’un pouvoir qui n’a pas rĂ©ussi Ă  amĂ©liorer le bien-ĂȘtre  des Congolais ni Ă  instaurer une justice sociale aprĂšs 18 ans de rĂšgne. 

    Puisque dans l’imaginaire collectif congolais est Lumumba celui ou celle qui est prĂȘt ou prĂȘte Ă  faire passer les intĂ©rĂȘts du Congo avant tout, comme l’avait Ă©crit Lumumba lui-mĂȘme dans sa derniĂšre lettre Ă  sa femme : « Ce n’est pas ma personne qui compte, mais le Congo et notre pauvre peuple (
) ».

     Aujourd'hui encore, Patrice Lumumba reste une figure hĂ©roĂŻque des indĂ©pendances africaines.Cependant, ses idĂ©aux ont du mal Ă  percer et Ă  guider les politiques publiques. Plusieurs se rĂ©clament de son Ă©cole mais peu mettent en application ses idĂ©es. Le retour de sa relique et l'hommage Ă  venir, au-delĂ  d’un Ă©ventuel gain politique pour le pouvoir actuel, peuvent-ils enfin constituer une opportunitĂ© pour la bonne comprĂ©hension de sa pensĂ©e politique Ă  transmettre rĂ©guliĂšrement Ă  la jeune gĂ©nĂ©ration ? EspĂ©rons-le.

    En attendant, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC » ou « Ebuteli » au +243 894 110 542 pour recevoir Po Na GEC chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone. À bientĂŽt !

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  • RĂ©surgence du M23 : vers une reconfiguration des alliances rĂ©gionales ?

    Depuis le lundi 13 juin, le Mouvement du 23 mars (M23) a encore occupĂ© Bunagana Ă  la frontiĂšre avec l’Ouganda. Les Forces armĂ©es de la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo tentent depuis de reprendre le contrĂŽle de la citĂ©. Les FARDC affirment que l’armĂ©e rwandaise a participĂ© aux combats et Ă  la prise de Bunagana. D’autres sources indiquent aussi que l’armĂ©e ougandaise a facilitĂ© cette prise alors mĂȘme qu’elle participe aux cĂŽtĂ©s des FARDC dans la province de l'Ituri et Ă  Beni, au Nord-Kivu, Ă  la lutte contre des ADF, un autre groupe armĂ© actif en RDC. Sommes-nous en train d’assister Ă  une reconfiguration des alliances rĂ©gionales ?

    Bonjour ! Vous Ă©coutez le 16e numĂ©ro de la saison 2 de Po na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et d’Ebuteli, son partenaire de recherche en RDC, qui tente d'Ă©clairer les questions d’actualitĂ© congolaise. Je suis Reagan Miviri, chercheur au BaromĂštre sĂ©curitaire du Kivu. Nous sommes le vendredi 17 juin  2022, 17h10 heure de Goma.

    Plusieurs sources soutiennent qu’en appui au M23,  l’armĂ©e rwandaise aurait attaquĂ© les FARDC Ă  partir du territoire ougandais, sur lequel les soldats rwandais ont Ă©tĂ© autorisĂ©s Ă  transiter. Il y a quelques semaines, le M23 a tentĂ© de prendre Bunagana mais l'armĂ©e ougandaise est plutĂŽt intervenue contre le groupe rebelle sur le sol congolais, aidant ainsi  les FARDC Ă  le repousser hors de la citĂ©.  

    Les informations faisant Ă©tat du soutien de l'armĂ©e ougandaise au M23 n’ont pas manquĂ© de susciter l'indignation au sein de l’opinion publique congolaise. Le prĂ©sident de l'AssemblĂ©e nationale, Christophe Mboso, a dĂ©noncĂ© l’attitude de l'Ouganda">a dĂ©noncĂ© l’attitude de l'Ouganda qui est, selon lui, en contradiction avec l’accord militaire que ce pays a signĂ© avec la RDC. Christophe Mboso a aussi annoncĂ© que la ratification de l’accord militaire entre la RDC et  l’Ouganda est «gelĂ©e »">la ratification de l’accord militaire entre la RDC et  l’Ouganda est «gelĂ©e » notamment Ă  cause de l'ambiguĂŻtĂ© de Kampala et  son rapprochement avec le Rwanda. 

    Pour rappel,  le Rwanda et l’Ouganda Ă©taient en rivalitĂ© jusqu’à fermer les frontiĂšres respectives pendant prĂšs de trois ans. Ils s'accusaient mutuellement de dĂ©stabilisation. C’est dans ce contexte rĂ©gional qu’il y a eu la rĂ©surgence du M23. Ceci permettrait au Rwanda d’avoir aussi un Ɠil en RDC au moment oĂč l’Ouganda y a Ă©tĂ© invitĂ© pour participer Ă  la traque des ADF. Kampala a mĂȘme gagnĂ© un juteux marchĂ© de construction de deux routes transfrontaliĂšres et une sociĂ©tĂ© ougandaise a reçu plusieurs concessions miniĂšres en RDC">une sociĂ©tĂ© ougandaise a reçu plusieurs concessions miniĂšres en RDC. 

    Aujourd’hui, les relations entre l’Ouganda et le Rwanda se sont rĂ©chauffĂ©es. Le gĂ©nĂ©ral Muhoozi Kainerugaba, commandant de l'armĂ©e de terre et fils du prĂ©sident ougandais, est prĂ©sentĂ© comme l’un des architectes de ce rapprochement. Dans ses nombreuses sorties mĂ©diatiques via Twitter, il ne cache pas son soutien aux prises de positions rwandaises concernant la RDC. 

    Par ailleurs, les autoritĂ©s ougandaises sont aussi assez favorables, depuis des mois, Ă  des discussions entre le gouvernement congolais et le M23. Le refus de dialoguer avec celui-ci par la RDC n'aurait pas Ă©tĂ© apprĂ©ciĂ© aussi bien en Ouganda qu’au Rwanda. Au-delĂ  de leur rivalitĂ©, les deux pays semblent avoir trouver un terrain d’attente sur le cas de la RDC et de ses ressources. 

    Dans le cadre de la communautĂ© des États d’Afrique de l’Est, le prĂ©sident kenyan vient d’annoncer la mise en place de la force rĂ©gionale qui va intervenir en RDC. Pourtant, presque toutes les armĂ©es de la rĂ©gion sont dĂ©jĂ , officiellement ou officieusement, prĂ©sentes en RDC avec des intĂ©rĂȘts divergents.  À cette allure, si jamais elle passe l’étape dĂ©licate de sa constitution, cette force rĂ©gionale risque de ne pas fonctionner Ă  cause des alliances ambiguĂ«s entre États, voire entre les États et des groupes armĂ©s congolais ou Ă©trangers. 

    MĂȘme si les discours se radicalisent de toutes parts et que la logique militaire semble l’emporter, il faut espĂ©rer que les efforts diplomatiques en cours et  hors camĂ©ra porteront leurs fruits. Nous ne manquerons pas de suivre les Ă©volutions de ce conflit. 

     

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  • Rapport de l’IGF sur la GĂ©camines, et aprĂšs ?

    Dans une synthĂšse de 11 pages, l’Inspection gĂ©nĂ©rale des finances a publiĂ©, le samedi 4 juin, les conclusions de son rapport sur la gestion de la GĂ©camines. L’IGF dĂ©note plusieurs irrĂ©gularitĂ©s dans la gestion des actifs miniers de la GĂ©camines et dans la gestion de la sociĂ©tĂ© proprement dite durant la pĂ©riode allant de 2010 Ă  2020, ce aprĂšs plusieurs mois d’enquĂȘtes dans la premiĂšre sociĂ©tĂ© miniĂšre du pays. Que va faire la justice ? 


    Bonjour et bienvenue dans ce 15e Ă©pisode de la saison 2 de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Jimmy Kande, chercheur principal en gouvernance Ă  Ebuteli, le partenaire de recherche du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York. Nous sommes le vendredi 10 juin et aujourd’hui nous nous intĂ©ressons au dernier rapport de l’IGF qui dĂ©peint une situation alarmante Ă  la GĂ©camines avec une perte estimĂ©e Ă  des centaines des millions de dollars.


    En visite dans le Katanga en mai 2021, le prĂ©sident Tshisekedi a annoncĂ© son intention de renĂ©gocier les contrats miniers. Une rĂ©vision motivĂ©e par le paradoxe entre la misĂšre des Congolais et l’enrichissement des entreprises privĂ©es opĂ©rant dans le secteur minier qui gĂ©nĂšre des milliards de dollars. 

    Quelques mois plus tard, en septembre 2021, l’IGF lance l’audit de la GĂ©camines. Cette entreprise publique a toujours contribuĂ© de maniĂšre considĂ©rable au budget national et aux exportations du pays durant la colonisation et mĂȘme aprĂšs l’indĂ©pendance, avant sa faillite en 1990 qui a Ă©tĂ© Ă©galement synonyme de l’effondrement de l’économie du pays.

    Le boom minier au dĂ©but des annĂ©es 2000 avait permis aux investisseurs Ă©trangers d’arriver massivement au Katanga et a coĂŻncidĂ© avec la privatisation des actifs de la GĂ©camines sans jamais avoir le moindre impact sur le quotidien des Congolais.

    Les organisations de la sociĂ©tĂ© civile locale et internationale ont dĂ©criĂ© la gestion de la GĂ©camines lors de deux derniĂšres dĂ©cennies, en accusant cette entreprise publique d’ĂȘtre au cƓur du bradage des actifs miniers. Dans leurs rapports publiĂ©s en juillet et novembre 2017, les ONG Global Witness et Centre Carter, par exemple, estimaient dĂ©jĂ  Ă  plusieurs centaines de millions de dollars les pertes Ă  la GĂ©camines, tout en rĂ©cusant Ă©galement le management de l’époque.

    Le rapport de l’IGF vient non seulement confirmer les allĂ©gations portĂ©es par les organisations de la sociĂ©tĂ© civile mais produit aussi une analyse approfondie de la gestion au sein de la GĂ©camines. Il remet en cause :

    -        le processus de privatisation des actifs miniers, en affirmant que les rĂ©serves de l'entreprise n'ont jamais fait l’objet d’évaluation indĂ©pendante avant les transactions et ont Ă©tĂ© sous-estimĂ©es Ă  plusieurs reprises ;

    -        l’absence d’apport des capitaux propres par les partenaires qui a privĂ© le TrĂ©sor public d’importantes recettes fiscales ;

    -        les royalties qui n’ont permis de gĂ©nĂ©rer Ă  l’État congolais que 564 millions de dollars sur 35 milliards de dollars de chiffres d’affaires rĂ©alisĂ©s par les partenaires privĂ©s, soit 1,6% alors que le taux pouvait atteindre 2,5 % ;

    -        le partenariat minerais contre infrastructures estimĂ© Ă  prĂšs de 6,2 milliards de dollars qui n’a pas donnĂ© des rĂ©sultats escomptĂ©s, projet entachĂ© Ă©galement par la disparition de prĂšs de 175 millions de dollars, soit une partie de la prime Ă  la signature devant revenir Ă  la GĂ©camines ;

    -        prĂšs de 413 millions de dollars d’avances fiscales de la GĂ©camines qui n’ont pas Ă©tĂ© retracĂ©s dans le TrĂ©sor public laissant planer les soupçons sur un probable dĂ©tournement des deniers publics.

    Le rapport de l’IGF remet Ă©galement en question d'autres dĂ©cisions de gestion, notamment la mauvaise utilisation des revenus des partenariats et louage des droits miniers, la vente du patrimoine immobilier sans Ă©valuation formelle d’une expertise immobiliĂšre indĂ©pendante, la crĂ©ation d'au moins sept filiales pour diverses activitĂ©s commerciales dont une seule est actuellement productive. MalgrĂ© cela, le conseil d'administration de la Gecamines et d'autres hauts responsables ont reçu plus de 5 millions de dollars de « paiements indus » entre 2016 et mai 2020, dĂ©nonce l’IGF

    Alors, aprĂšs ce constat accablant de la gestion de la GĂ©camines, quel sera le sort  rĂ©servĂ© Ă  ceux qui ont contribuĂ© Ă  l’effondrement de ce qui Ă©tait autrefois le poumon de l’économie congolaise ? Dans ce dĂ©sastre, quelle aura Ă©tĂ© la responsabilitĂ© des diffĂ©rents ministres des Mines, des comitĂ©s de gestion et des conseils d’administration qui se sont succĂ©dĂ© ?


    Si le rapport de l’IGF se termine par une sĂ©rie des recommandations Ă  l’endroit du gouvernement, de l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’actionnaire unique et du conseil d’administration de la GĂ©camines et de l’IGF elle-mĂȘme, il reste Ă  savoir ce que sera la rĂ©action de la justice. Les conclusions de ce rapport vont-elles finir dans les tiroirs, comme la majoritĂ© de prĂ©cĂ©dents rapports de l’IGF ou la justice fera-t-elle son travail, mĂȘme s’il s’agit de « fouiner dans le passĂ© ».

    Il serait en tout cas impĂ©rieux que la justice se penche sur ce qu’a Ă©tĂ© la gestion de cette entreprise afin de lancer un signal fort tant aux mandataires publics qu’aux investisseurs privĂ©s.

    En attendant d’en savoir plus sur la suite Ă  donner Ă  ce rapport, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C,  ou « Ebuteli » au +243 894 110 542 pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone. À bientĂŽt !

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  • Rwanda - RDC : au delĂ  des condamnations, il est temps de rĂ©former l’armĂ©e

    Rassemblement Ă  la gare centrale Ă  Kinshasa un jour, devant l’ambassade du Rwanda un autre, marche de l’opposition et de la sociĂ©tĂ© civile le jour suivant, la mobilisation est totale. Le pays est agressĂ©. Et une fois de plus, c’est le Rwanda qui est pointĂ© du doigt, non sans raison. Au-delĂ  de la mobilisation et des protestations, n’est-il pas temps de se doter d’une armĂ©e dissuasive ? 

    Bonjour et bienvenue dans ce 14e Ă©pisode de la saison 2 de Po Na GEC">Po Na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Fred Bauma, secrĂ©taire exĂ©cutif d’Ebuteli">Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence et partenaire de recherche du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York. Nous sommes le vendredi 3 juin 2022. 

    De Kinshasa Ă  Bukavu en passant par Lubumbashi, Bunia et Kisangani, et mĂȘme Ă  l’étranger,  les appels Ă  mobilisation se multiplient. Dans la rue comme sur les rĂ©seaux sociaux, le message est clair: le Rwanda a une fois de plus attaquĂ© la RDC Ă  travers le M23. Deux militaires rwandais ont mĂȘme Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s en RDC. Sur le terrain, les rĂ©cents combats entre ces M23 et les FARDC, soutenues par la Monusco, ont accentuĂ© la crise humanitaire avec 70 000 nouveaux dĂ©placĂ©s, selon l’ONU, dans une rĂ©gion qui en comptait dĂ©jĂ  plus de 5 millions. Depuis la premiĂšre invasion rwandaise en 1996, le pays des mille collines a rĂ©guliĂšrement soutenu des groupes armĂ©s qui sont responsables de crimes graves en RDC. 

    Mais au-delĂ  des protestations lĂ©gitimes de la population, une autre question, bien plus importante, mĂ©rite d’ĂȘtre posĂ©e: pourquoi le Rwanda et d’autres pays de la rĂ©gion arrivent facilement Ă  « agresser » la RDC ? Car outre le Rwanda, d’autres pays limitrophes de la RDC soutiennent, ou ont soutenu par le passĂ©, des groupes armĂ©s locaux ou Ă©trangers sur le sol congolais. C’est le cas des Imbonerakure, milice du parti au pouvoir au Burundi, qui opĂšrent encore aujourd’hui au Sud-Kivu. Des armĂ©es des pays voisins ont Ă©galement occupĂ© impunĂ©ment certaines parties de la RDC, parfois pendant des mois. C’est le cas de l’armĂ©e angolaise dans le territoire Kahemba en 2007 et de Tshela en 2009 et, en 2021, de l’armĂ©e zambienne dans le territoire de Moba et Pweto en 2020 ou mĂȘme des incursions de l’armĂ©e sud-soudanaise dans le territoire d’Aru, toujours en 2020. On pourrait aussi se demander pourquoi la RDC a besoin d’armĂ©es Ă©trangĂšres pour faire face Ă  des groupes armĂ©s sur son territoire, comme c’est le cas avec l’UPDF depuis six mois au Nord-Kivu et en Ituri ou encore de certaines unitĂ©s de l’armĂ©e rwandaise entre 2019 et 2020 dans les opĂ©rations contre les FDLR et d’autres groupes rwandais au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Cette question est importante surtout lorsque, comme l’affirme un rapport du ministĂšre congolais de la DĂ©fense et Anciens Combattants, les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri comptent officiellement environ 50 000 militaires, soit plus de la moitiĂ© de l’ensemble des effectifs des FARDC. Et ce, sans compter la police nationale congolaise et les Casques bleus de la Monusco. 

    En rĂ©alitĂ©, malgrĂ© les appels incessants de la sociĂ©tĂ© civile et des bailleurs de fonds, la RDC n’a pas pu se doter de forces de dĂ©fense dissuasives. MalgrĂ© les progrĂšs initiaux entre 2005 et 2011 avec la formation de certaines unitĂ©s de l’armĂ©e et l'adoption d'un plan d'action de rĂ©formes des FARDC, les tentatives de rĂ©forme qui visent la professionnalisation de l'armĂ©e en se focalisant sur le recrutement, “la formation, l'Ă©quipement et le casernement” sont restĂ©es incomplĂštes. Elles n'ont pas rĂ©solu les problĂšmes structurels au sein des FARDC. Aussi, les diffĂ©rents accords de paix qui ont dĂ©versĂ© des combattants issus des groupes armĂ©s dans l'armĂ©e ont beaucoup affaibli ces efforts de rĂ©forme.

    Le rapport d’évaluation de l’état de siĂšge fait par le ministĂšre de la DĂ©fense et Anciens combattants de la RDC en dĂ©cembre 2021 dresse de maniĂšre lucide les consĂ©quences de l’échec de la rĂ©forme l’armĂ©e : « DĂ©ficit criant des effectifs opĂ©rationnels, inadĂ©quation entre les effectifs existants et dĂ©clarĂ©s, dĂ©ficit de renseignements, insuffisance du personnel logistique qualifiĂ© (
)». Et la recommandation du ministre de la DĂ©fense est Ă©loquente: il est urgent de « dĂ©finir et appliquer une politique de dĂ©fense de la RDC » dont l’absence « explique logiquement les faiblesses de notre systĂšme de dĂ©fense et les frĂ©quentes agressions que nous subissons. » La loi de programmation militaire dont le projet a Ă©tĂ© rĂ©cemment adoptĂ© en conseil des ministres constitue-t-elle le dĂ©but d’une vĂ©ritable rĂ©forme des FARDC ?

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Chaque vendredi, Ebuteli et le Groupe d'Ă©tude sur le Congo (GEC) vous proposent « Po Na Biso (anciennement Po Na GEC) ». Il s’agit d’une capsule audio en format court (4 minutes maximum) qui rĂ©sume, explique et donne le point de vue du GEC et d'Ebuteli sur les questions d’actualitĂ© en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo.

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