🎙Po Na Biso

🎙Po Na Biso

By Ebuteli et le Groupe d'étude sur le CongoNewsNews Commentary
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🎙Po Na Biso episodes

  • RĂ©conciliation Katumbi - Kabila, et aprĂšs ?

    Ils ne se sont plus parlĂ©s depuis l’épisode du « troisiĂšme faux penalty » fin 2014. PrĂšs de huit ans plus tard, le dimanche 22 mai, ils se sont serrĂ© la main. Joseph Kabila et MoĂŻse Katumbi se rĂ©concilient. En tout cas, c’est ce que voudrait dĂ©montrer le « rite de rĂ©conciliation » organisĂ© ce jour-lĂ  Ă  leur intention, Ă  l’issue du forum sur l’unitĂ© et la rĂ©conciliation des Katangais, tenu du 17 au 19 mai Ă  Lubumbashi. Et aprĂšs ?


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    5 min
  • Tshisekedi et les FARDC : des accusations, mais peu de rĂ©formes

    « On ne peut pas continuer Ă  compter les morts comme si nous Ă©tions incapables de dĂ©fendre nos compatriotes qui sont lĂąchement assassinĂ©s (
) Soit notre armĂ©e est incapable. Soit ces Codeco, conglomĂ©rat de malfaiteurs, bĂ©nĂ©ficient de complicitĂ©s de nos officiers. C’est inacceptable ».


    L’homme qui s’exprime ainsi n’est pas un militant antimilitariste. C’est le chef des armĂ©s lui-mĂȘme, le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi, qui a prononcĂ© ces mots devant le groupement des Ă©coles militaires, Ă  Kinshasa, le 12 mai. Depuis plusieurs mois, et encore plus ces derniers jours, le chef de l’État congolais multiplie les saillies visant ses propres soldats. Pourquoi ?

    Bonjour et bienvenue dans ce 12e  Ă©pisode de la saison 2 de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, coordonnateur des recherches sur la violence d’Ebuteli, le partenaire du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York. Nous sommes le vendredi 20 mai et cette semaine, Ă  l’occasion de la journĂ©e de la rĂ©volution des FARDC, nous nous intĂ©ressons aux relations entre le prĂ©sident Tshisekedi et son armĂ©e.

    Lorsqu’il a accĂ©dĂ© Ă  la prĂ©sidence, en janvier 2019, il n’était pas forcĂ©ment Ă  l’aise en tant que chef des armĂ©es. Contrairement Ă  son prĂ©dĂ©cesseur, Joseph Kabila, il n’a pas d’expĂ©rience militaire. Et tous les officiers Ă©taient redevable Ă  l’ancien chef de l’Etat pour leur nomination, ce qui exerçait une certaine pression sur lui.

    Tshisekedi a d’abord tentĂ© d’amadouer la troupe avec des mesures sociales. Et puis, il s’est fortement appuyĂ© sur les FARDC dans sa politique contre l’insĂ©curitĂ© Ă  l’Est. OpĂ©ration de grande envergure contre les ADFs, Zaruba ya Ituri contre les Codeco, Ă©tat de siĂšge
 À chacune de ces annonces, de l’argent a Ă©tĂ© dĂ©caissĂ© ; des postes, distribuĂ©s. 


    Mais le ton a changĂ© en juin 2021. En visite en Ituri, le prĂ©sident dĂ©nonce alors la « mafia » au sein de l’armĂ©e. Cette rhĂ©torique, s’est accĂ©lĂ©rĂ©e ces derniers jours, d’abord devant la communautĂ© congolaise d’Abidjan – Tshisekedi a dĂ©noncĂ© la « complicité » de la police et de l’armĂ©e, et puis, le 12 mai dernier, comme nous l’avons vu en prĂ©ambule. 

    Le constat est plutĂŽt vrai. De nombreux rapports ont, par le passĂ©, pointĂ© les alliances de FARDC avec des groupes armĂ©s, voire mĂȘme, parfois, leur participation Ă  des massacres.

    Mais on peut s’interroger sur le changement de discours du prĂ©sident Ă  cet Ă©gard. Pourquoi les accuser maintenant et surtout pourquoi le faire publiquement ? 

    Il y a sans doute, la volontĂ© de rejeter sur autrui la responsabilitĂ© des Ă©checs. Ce procĂ©dĂ©, Tshisekedi l’a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© employĂ© Ă  plusieurs reprises, y compris contre son propre gouvernement, comme lors du discours sur l’état de la nation, en dĂ©cembre 2021. Or, sur le terrain sĂ©curitaire, l’échec est particuliĂšrement patent : la violence n’a cessĂ© d’augmenter depuis son arrivĂ©e au pouvoir, dĂ©passant mĂȘme les niveaux enregistrĂ©s Ă  la fin de l’ùre Kabila.

    Mais ces discours peinent Ă  occulter les responsabilitĂ©s du prĂ©sident dans la situation actuelle. Il a certes procĂ©dĂ© Ă  des nominations, en juillet 2020, mais celles-ci n’ont pas changĂ© fondamentalement le fonctionnement de l’armĂ©e. Cela fait plus d’un an qu’il dispose de son propre gouvernement, ce qui lui donne, au moins sur le plan lĂ©gal, le pouvoir de remplacer des personnes au plus haut niveau de l’appareil militaire pour impulser le changement. Or plusieurs figures du “kabilisme” demeurent Ă  ce jour en poste. C’est aussi le prĂ©sident Tshisekedi qui a dĂ©cidĂ© de l’état de siĂšge, et il dispose du pouvoir de le lever Ă  tout moment, ce qu’il n’a pas fait Ă  ce jour, malgrĂ© les faiblesses identifiĂ©es de longue date.

    Peut-ĂȘtre le prĂ©sident compte-t-il renouveler les effectifs au moyen de formations militaires dispensĂ©es notamment par des pays Ă©trangers, comme la Belgique et la France avec qui de nouveaux accords ont Ă©tĂ© signĂ©s, pour renouveler les effectifs. Mais ce type de formation a dĂ©jĂ  eu lieu par le passĂ©, sans rĂ©soudre les problĂšmes structurels des FARDC. L’implĂ©mentation d’une stratĂ©gie de rĂ©forme profonde de l’armĂ©e congolaise reste plus que jamais nĂ©cessaire pour amĂ©liorer durablement la situation sĂ©curitaire du pays. 

    Pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre téléphone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C,  ou « Ebuteli » au +243 894 110 542. A bientÎt !

    4 min
  • Renouvellement de la Cour constitutionnelle en RDC : retour sur une procĂ©dure contestĂ©e

    Le lundi 9 mai 2022, le greffier en chef de la Cour constitutionnelle Ă©crit un « communiquĂ© de service », indiquant que, sur instruction du prĂ©sident de la RĂ©publique, un tirage au sort d’un membre par groupe de juges qui composent la Cour sera effectuĂ© le mardi 10 mai. À la suite de cette annonce, le tirage est effectuĂ©, avec seulement quatre des huit juges en fonction prĂ©sents. Le prĂ©sident de la Cour, DieudonnĂ© Kaluba, ainsi que le juge Évariste-Prince Funga sont tous les deux obligĂ©s de quitter leurs fonctions. Alors, que nous inspire cette procĂ©dure contestĂ©e ?

    Bonjour ! Vous Ă©coutez le 11e numĂ©ro de la saison 2 de Po na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et d’Ebuteli, son partenaire de recherche en RDC, qui tente d'Ă©clairer les questions d’actualitĂ© congolaise. Je suis Joshua Walker, le directeur de programme du GEC. Nous sommes le vendredi 13 mai 2022.



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    5 min
  • Ce qu'il faut retenir de la table ronde de Lubumbashi

    Samedi dernier, une table ronde sur la réconciliation intercommunautaire a été clÎturée à Lubumbashi aprÚs huit jours de discussions. Il s'agissait d'une initiative du président Félix Tshisekedi, avec une participation impressionnante : le Premier ministre, des gouverneurs, plusieurs ministres nationaux et provinciaux ont pris part à ces assises. Quelle était la raison de cette réunion ? A-t-elle réussi ?

    C'est le sujet du dixiÚme épisode de la saison 2 de Po na GEC, la capsule audio du Groupe d'étude sur le Congo (GEC) et d'Ebuteli, son partenaire de recherche en RDC, qui tente d'éclairer l'actualité du pays. Je suis Jason Stearns, directeur du GEC. Nous sommes le vendredi 6 mai 2022.



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    5 min
  • RĂ©forme de la loi Ă©lectorale : les raisons d’un difficile consensus

    AprĂšs 2011, 2015 et 2017, la loi Ă©lectorale va connaĂźtre  une nouvelle modification. L’examen du texte est en cours Ă  l’AssemblĂ©e nationale : plus de 100 dĂ©putĂ©s ont pris la parole pendant les trois jours de dĂ©bat gĂ©nĂ©ral. Mais l’opposition rĂ©clame des concertations politiques avant l’adoption de cette proposition de loi. Ce que le pouvoir refuse. Pourquoi est-il si difficile de trouver un consensus sur la question Ă©lectorale en RDC ?

    Bonjour et bienvenue Ă  ce 9e Ă©pisode de la saison 2 de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et d’Ebuteli, son partenaire de recherche en RDC, qui tente d'Ă©clairer les questions d’actualitĂ© congolaise. Je suis Ange Makadi Ngoy, chercheuse Ă  Talatala, baromĂštre de l’activitĂ© parlementaire et de l'action du gouvernement en RDC. Nous sommes le vendredi 29 avril 2022. 

    Le 14 avril, l’AssemblĂ©e nationale a dĂ©butĂ© l’examen de la proposition de loi modifiant la loi Ă©lectorale. C’est un texte co-initiĂ© par 10 dĂ©putĂ©s - deux devenus depuis ministres, Christophe Lutundula et Patrick Muyaya, et un autre dĂ©cĂ©dĂ©, Henri-Thomas Lokondo. 

    Cette proposition de loi du G13 propose 18 grandes innovations, entre autres la suppression du seuil de reprĂ©sentativitĂ©, l’interdiction aux candidats d’avoir des supplĂ©ants membres de leur famille, le non cumul des mandats, l’obligation de publier les rĂ©sultats des scrutins bureau de vote par bureau de vote, la sanction Ă  l’encontre des membres de la Commission Ă©lectorale nationale indĂ©pendante (Ceni) en cas de fraude.

    Comme pour la loi organique sur la Ceni, certaines parties prenantes au processus Ă©lectoral appellent Ă  un consensus sur cette rĂ©forme de la loi Ă©lectorale. Les dĂ©putĂ©s du Front commun pour le Congo (FCC) - bien que minoritaires - ont d’ailleurs refusĂ© de prendre part au dĂ©bat gĂ©nĂ©ral sur ce texte Ă  l’AssemblĂ©e nationale  et exigent un dialogue en dehors des institutions afin de dĂ©gager, disent-ils, un consensus autour du processus Ă©lectoral en cours. Le 22 avril, des militants de l’EcidĂ©, parti politique de Martin Fayulu, ont mĂȘme manifestĂ© contre l'examen en cours de la proposition de loi Ă©lectorale.  

    Dans son programme d’actions prĂ©sentĂ© Ă  l’AssemblĂ©e nationale fin avril 2021, le gouvernement s’était engagĂ© de convenir consensuellement, Ă  l'issue des « concertations politiques ad hoc », des dispositions Ă  modifier notamment dans la loi Ă©lectorale. Promesse dĂ©sormais abandonnĂ©e ?

    En tout cas aujourd’hui, au sein de l’Union sacrĂ©e de la nation, l’on campe sur le « large consensus » obtenu autour de la proposition de loi du G13. Plus question donc pour la majoritĂ© au pouvoir d’ouvrir des concertations politiques sur la rĂ©forme Ă©lectorale en dehors du cadre institutionnel.

    Pour le pouvoir, cette position lui Ă©viterait de tomber dans le possible piĂšge d’ouvrir la brĂšche Ă  des nĂ©gociations qui pourraient se retrouver sur le terrain de Martin Fayulu et confirmer de fait qu’il y a une crise politique en RDC. Les rĂ©sultats des Ă©lections de 2018 Ă©taient, en effet, trĂšs controversĂ©s. Et Martin Fayulu porte, depuis trois ans, une  « proposition de sortie de crise » qui appelle Ă  la crĂ©ation d’un « Haut-conseil national des rĂ©formes institutionnelles (HCNRI) » en vue d’opĂ©rer des « rĂ©formes urgentes et nĂ©cessaires, notamment celles liĂ©es Ă  la restructuration de la Ceni, au juge Ă©lectoral et Ă  la loi Ă©lectorale elle-mĂȘme ».  

    Mais, s’asseoir pour rĂ©flĂ©chir et convenir de maniĂšre consensuelle des rĂ©formes Ă©lectorales ne plaisent pas toujours aux tenants du pouvoir. Souvenez-vous de l’initiative du professeur Bob Kabamba d’organiser un forum sur la question avec les parties prenantes au processus Ă©lectoral. À l’époque, fort de sa majoritĂ© parlementaire, le FCC s’était montrĂ© rĂ©ticent Ă  discuter sur des rĂ©formes Ă©lectorales en dehors du cadre institutionnel. 

    Le consensus paraĂźt enfin difficile sur cette question Ă  cause des agendas cachĂ©s des uns et des autres. Au Congo, la table du dialogue est souvent l’occasion de se repositionner politiquement que de rĂ©former rĂ©ellement. 

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    4 min
  • Les raisons de l’adhĂ©sion de la RDC Ă  la CommunautĂ© des États d'Afrique de l'Est

    Le chef de l'État kĂ©nyan, Uhuru Kenyatta, prĂ©sident en exercice de la CommunautĂ© des États d'Afrique de l'Est (EAC), a officialisĂ© l'adhĂ©sion de la RDC comme 7e membre, lors d'un sommet extraordinaire en ligne des dirigeants des États membres organisĂ© fin mars.

    Alors, pourquoi la RDC a-t-elle souhaitĂ© rejoindre cette communautĂ© composĂ©e principalement des pays anglophones et plus industrialisĂ©s qu’elle ? Quelle est la vision stratĂ©gique de la RDC dans cette dĂ©marche ?


    Bonjour et bienvenue dans ce nouvel Ă©pisode de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Jimmy Kande, chercheur en gouvernance Ă  Ebuteli, le partenaire de recherche du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York. Nous sommes le vendredi 22 avril et aujourd’hui nous nous intĂ©ressons Ă  l’adhĂ©sion de la RDC Ă  l’EAC.

    DĂšs son arrivĂ©e au pouvoir en 2019, le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi avait indiquĂ© que l’un des objectifs de son mandat Ă  la tĂȘte de la RDC serait l’intĂ©gration Ă  ce bloc Ă©conomique et commercial est-africain. L’objectif Ă©tait de permettre Ă  la RDC de bĂ©nĂ©ficier des avantages qu’offre une telle intĂ©gration sous-rĂ©gionale, non seulement dans le cadre de la circulation des personnes et des Ă©changes de biens, mais Ă©galement dans les domaines sĂ©curitaire et politique.

    La RDC, deuxiĂšme pays d’Afrique en termes de superficie, au cƓur du continent, est un territoire stratĂ©giquement positionnĂ© avec neuf pays voisins et dotĂ© d'importantes ressources minĂ©rales. Elle partage des frontiĂšres avec tous les États membres de l’EAC, Ă  l'exception du Kenya. Et elle reprĂ©sente une entrĂ©e de choix pour cette organisation, qui devrait dĂ©sormais bĂ©nĂ©ficier d’une façade maritime sur la cĂŽte ouest de l’Afrique, via la ville portuaire de Banana.

    La RDC est dĂ©jĂ  membre de trois autres organisations commerciales rĂ©gionales : la Comesa (MarchĂ© commun de l'Afrique orientale et australe), la SADC (CommunautĂ© de dĂ©veloppement d'Afrique australe) et la CommunautĂ© Ă©conomique des pays des Grands Lacs (CEPGL). Pourquoi a-t-elle choisi d’adhĂ©rer Ă  une autre organisation ? 

    PremiĂšrement, du point de vue Ă©conomique et commercial, les provinces de l’est de la RDC sont plus souvent tournĂ©es vers les pays de l’Afrique de l’Est que sur le reste du pays. La plupart des biens de premiĂšre nĂ©cessitĂ© sont donc importĂ©s du Rwanda, de l’Ouganda, de la Tanzanie et du Kenya. Il est dĂšs lors important de faciliter ces Ă©changes par la libre circulation des biens et des services qu’apporte cette adhĂ©sion.

    DeuxiĂšmement, l’enjeu sĂ©curitaire dans l’est du Congo a certainement guidĂ© le prĂ©sident Tshisekedi Ă  solliciter cette adhĂ©sion. Cette partie de la RDC est en proie Ă  des violences depuis plus de trois dĂ©cennies sans qu’une solution viable n’ait Ă©tĂ© trouvĂ©e. Le gouvernement congolais veut alors jouer le pari des affaires : attirer plus d’investisseurs des pays de l’Afrique de l’Est en RDC en espĂ©rant que leurs États s’investissent Ă©galement Ă  promouvoir la paix et la sĂ©curitĂ© dans cette partie de la RDC. 

    L'accord signĂ© cette semaine avec les pays de l'EAC pourrait ĂȘtre un pas dans cette direction. Il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© qu’une force rĂ©gionale de lutte contre les forces nĂ©gatives va ĂȘtre mise en place et sera immĂ©diatement opĂ©rationnelle sous la direction de la RDC. Par contre, il n'est pas clair sur la diffĂ©rence entre les nouvelles opĂ©rations annoncĂ©es et celles dĂ©jĂ  en cours avec l'armĂ©e ougandaise en Ituri et au Nord-Kivu, avec l'armĂ©e kenyanne au sein de la Monusco et l'armĂ©e burundaise qui est sur place au Sud-Kivu.

    TroisiĂšmement, cette adhĂ©sion peut Ă©galement ĂȘtre justifiĂ©e par la lĂ©thargie de la CEPGL. Cette autre organisation sous-rĂ©gionale a perdu de sa superbe auprĂšs de l’opinion rĂ©gionale.  Et son efficacitĂ© pour assurer la mission d’intĂ©gration Ă©conomique a Ă©tĂ© impactĂ©e nĂ©gativement par la crise politique et sĂ©curitaire que traverse la rĂ©gion des Grands Lacs. Face Ă  cette lĂ©thargie, plusieurs observateurs avaient proposĂ© soit son Ă©largissement Ă  d’autres États, soit sa fusion avec l’EAC.

    Ces raisons ne sont cependant pas suffisantes au regard de la fragilitĂ© de l’économie congolaise et du manque de vision stratĂ©gique du cĂŽtĂ© congolais. Kinshasa semble n’avoir en effet jouĂ© que le pari de la sĂ©curitĂ©. La RDC est un pays peu industrialisĂ©, peu bancarisĂ©, son Ă©conomie est trĂšs extravertie et souffre d'un dĂ©ficit d'infrastructures. Sans production interne rĂ©pondant aux besoins commerciaux en termes d’exportations, le pays, Ă  travers cette adhĂ©sion, s’offre comme un marchĂ© oĂč les autres États ayant des surplus de productions importants viendront Ă©couler leurs produits. Et cela risque d’ĂȘtre au grand  dĂ©savantage du fisc congolais. Car la libre circulation des biens et services appelle Ă  une rĂ©duction des frais, taxes et impĂŽts douaniers, pourtant une source importante des ressources financiĂšres du pays.

    De mĂȘme, les rares entreprises congolaises qui ont rĂ©sistĂ© risquent d’ĂȘtre asphyxiĂ©es par cette libre concurrence avec les produits Ă©trangers. La Brasserie de limonades Ă  Bukavu connaĂźt d’ailleurs quelques difficultĂ©s ces derniĂšres annĂ©es Ă  la suite de l’affluence des produits concurrents venant des pays voisins, comme le Burundi avec ses biĂšres Amstel beer et Bock.

    Si la RDC s’active fortement sur le volet sĂ©curitaire impliquant son adhĂ©sion Ă  l’EAC, l’on se pose des questions sur le volet Ă©conomique et commercial. Nous ne notons aucune prĂ©paration de la part des autoritĂ©s congolaises, aucune Ă©tude pour Ă©valuer l’impact de la suppression ou de la rĂ©duction des tarifs douaniers dans les postes frontaliers en ce qui concerne la mobilisation des recettes,  aucune anticipation sur la mise en place d’un fonds censĂ© soutenir les entrepreneurs locaux pour les aider Ă  faire face Ă  la future concurrence. 

    Dans la perspective de l’adhĂ©sion de la RDC Ă  l’EAC, le Kenya par exemple a organisĂ© une mission commerciale afin d’étudier les opportunitĂ©s pour les investisseurs kenyans. L’Ouganda, quant Ă  elle, a lancĂ© la construction de 223 km de routes en RDC pour faciliter les Ă©changes. La RDC devra vite rĂ©flĂ©chir sur les moyens Ă  mettre en place pour profiter Ă©conomiquement et commercialement de cette adhĂ©sion.

    En attendant, pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C,  ou « Ebuteli » au +243 894 110 542. À bientĂŽt !

    6 min
  • Vers l’acquittement de Kamerhe ?

    La Cour de cassation a cassĂ© le lundi 11 avril la dĂ©cision de la cour d’appel de Kinshasa/Gombe condamnant Vital Kamerhe Ă  13 ans de travaux forcĂ©s. L'arrestation de Kamerhe, il y a exactement deux ans, avait provoquĂ© une onde de choc sur la scĂšne politique congolaise. Alors, comment interprĂ©ter cette dĂ©cision ?

    C’est le sujet du septiĂšme Ă©pisode de la saison 2  de Po na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo(GEC) et d’Ebuteli, son partenaire de recherche en RDC qui tente d’éclairer l’actualitĂ© du pays. Je suis Jason Stearns, directeur du GEC. Nous sommes le vendredi 15 avril 2022. 

    Contre toute attente, l'affaire Vital Kamerhe refait surface. Pour rappel : Kamerhe avait Ă©tĂ© condamnĂ© avec Jammal Samih, un homme d’affaires, suite Ă  un dĂ©tournement prĂ©sumĂ© de prĂšs de 50 millions de dollars amĂ©ricains dans le cadre du programme de 100 jours, le premier programme phare du prĂ©sident Tshisekedi. Les deux accusĂ©s ont Ă©copĂ© d’une peine de 20 ans de prison, prononcĂ©e par le tribunal de grande instance de la Gombe.Cette peine a Ă©tĂ© ensuite ramenĂ©e Ă  13 ans par la cour d'appel de Gombe. C'est cette derniĂšre dĂ©cision qui est aujourd'hui annulĂ©e.

    Vital Kamerhe n'est donc pas totalement libre, bien qu'il ait été autorisé à quitter le pays pour se faire soigner en Europe depuis décembre 2021. La décision de la Cour de cassation laisse subsister la peine initiale, encore plus sévÚre, de 20 ans de prison. En effet, la Cour a déclaré que la cour d'appel avait commis une erreur de procédure; elle ne s'était pas prononcée sur le fond des accusations  portées contre Kamerhe. L'affaire retourne maintenant devant la cour d'appel, avec des juges différents, dans les semaines à venir. 

    Les experts politiques ont rapidement Ă©tabli un lien entre cette dĂ©cision et les Ă©lections imminentes de l'annĂ©e prochaine, ainsi que les problĂšmes au sein de la coalition au pouvoir. Le parti politique de Kamerhe, l'Union pour la nation congolaise (UNC), est un alliĂ© clĂ© de la coalition au pouvoir de Tshisekedi. Alors que l'UNC est restĂ©e dans la coalition malgrĂ© l'arrestation de son leader, certains experts suggĂšrent que Kamerhe doit ĂȘtre physiquement prĂ©sent pour faire campagne pour la réélection de Tshisekedi l'annĂ©e prochaine. D'autres sources confirment qu'il pourrait effectivement y avoir un remaniement ministĂ©riel prochainement, ce qui pourrait permettre Ă  Kamerhe  d'accroĂźtre le nombre des membres de son parti au gouvernement et mĂȘme d’entrer lui-mĂȘme au gouvernement.

    Le prĂ©sident Tshisekedi, cependant, aurait du mal Ă  concilier la libĂ©ration de Kamerhe - peut-ĂȘtre mĂȘme sa rĂ©intĂ©gration au gouvernement - avec sa lutte contre la corruption, une prioritĂ© de son administration. Le procĂšs de 100 jours a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© comme l'une des principales rĂ©alisations de son administration dans ce domaine, un signe que personne n'Ă©tait au-dessus de la loi. Deux ans plus tard, de nombreuses personnes arrĂȘtĂ©es par le gouvernement de Tshisekedi pour corruption ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©es : Modeste Makabuza et Benjamin Wenga, un homme d'affaires congolais et l’ancien directeur de l'Office des voiries et drainage, ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d'une grĂące prĂ©sidentielle en janvier 2021 ; l'ancien ministre de l'Éducation Willy Bakonga, condamnĂ© pour blanchiment d'argent, a bĂ©nĂ©ficiĂ© de la mĂȘme mesure en novembre 2021 et a retrouvĂ© son mandat de dĂ©putĂ© Ă  l’AssemblĂ©e nationale ; l'ancien ministre de la SantĂ© Eteni Longondo a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en aoĂ»t 2021 pour mauvaise gestion prĂ©sumĂ©e de la riposte Covid-19 mais a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une libertĂ© provisoire quelques semaines plus tard ; Abdallah Bilenge, l’ancien directeur de la RĂ©gie des voies aĂ©riennes (RVA) a Ă©tĂ© condamnĂ© pour avoir dĂ©tournĂ© 15 millions de dollars amĂ©ricains l'annĂ©e derniĂšre mais a pu ĂȘtre libĂ©rĂ© le mois dernier lorsque sa peine a Ă©tĂ© annulĂ©e. 

    Dans ce contexte, il ne sera pas surprenant de voir Kamerhe acquittĂ©. Mais cela pourrait ĂȘtre Ă  la fois un handicap politique et un atout pour Tshisekedi. Quelle dĂ©cision prendra-t-il ? Ou bien la politisation du systĂšme judiciaire a-t-elle Ă©tĂ© exagĂ©rĂ©e et cette dĂ©cision est-elle vraiment et seulement entre les mains de la cour d'appel ?

     En attendant, l’ouverture du procĂšs, pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C,  ou « Ebuteli » au +243 894 110 542. À bientĂŽt !

    5 min
  • Quelles rĂ©ponses doit-on rĂ©server aux revendications du M23 ?

    Le 6 avril, les Forces armĂ©es de la RĂ©publique dĂ©mocratique  du Congo (FARDC) ont lancĂ© une offensive pour reconquĂ©rir les positions occupĂ©es par les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23). Depuis quelques mois, le groupe armĂ© s’est rĂ©organisĂ©. Il a commencĂ© par des attaques visant les gardes parcs de Virunga et les positions isolĂ©es des FARDC avant d’engager des affrontements plus consĂ©quents qui l'ont emmenĂ© de sa base du mont Sabyinyo jusqu’à conquĂ©rir plusieurs villages sur la route Bunagana-Rutshuru. AprĂšs avoir essuyĂ© un revers au poste frontalier de Bunagana par l’armĂ©e ougandaise, le M23 a dĂ©crĂ©tĂ© un cessez-le-feu unilatĂ©ral le 1er avril 2022 et a demandĂ© des nĂ©gociations. Que va faire Kinshasa ?

    Bonjour. Vous Ă©coutez le sixiĂšme Ă©pisode de la saison 2  de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo et d’Ebuteli, son partenaire de recherche en RDC, qui tente d’éclairer l’actualitĂ© congolaise. Je suis Reagan Miviri, chercheur au BaromĂštre sĂ©curitaire du Kivu. Nous sommes le vendredi 8 avril 2022

    Fraßchement nommé, le général Peter Chirimwami a repris le commandement des opérations des FARDC avec comme mission immédiate : faire face à la menace que fait peser le M23 sur la partie sud-est de la province du Nord-Kivu depuis quelques semaines. 

    Au mĂȘme moment, un sommet est annoncĂ© Ă  Nairobi avec au programme la question du M23, entre autres. Il est prĂ©vu que les prĂ©sidents ougandais, kĂ©nyan et congolais y prennent part. Il n’est pas encore clair s’il y aura des pourparlers directs avec le M23. Toutefois, nos sources indiquent que ses reprĂ©sentants seront Ă  Nairobi avec un cahier des charges. 

    Historiquement, le M23 peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme hĂ©ritier des rĂ©bellions du Rassemblement congolais pour la dĂ©mocratie (RCD) et du CongrĂšs national pour la dĂ©fense du peuple (CNDP) dont il a rĂ©cupĂ©rĂ© la plupart des revendications, notamment le retour des rĂ©fugiĂ©s se trouvant en Ouganda et au Rwanda, l'intĂ©gration des combattants dans l'armĂ©e et la reconnaissance de leurs grades. 

    En RDC, l'intĂ©gration des combattants des groupes armĂ©s au sein des FARDC et la reconnaissance des grades est un schĂ©ma classique de tous les processus de paix depuis l’accord global et inclusif de Sun City auquel a participĂ© le RCD. 

    En 2008, Ă  l’issue du dialogue de paix de Goma, le CNDP, auquel le M23 a succĂ©dĂ©, avait aussi obtenu de l’ancien prĂ©sident Joseph Kabila l'intĂ©gration dans l’armĂ©e avec reconnaissance de grades.


    À ceux qui Ă©taient critiques au sujet de l'intĂ©gration des rebelles dans l'armĂ©e, Kabila avait rĂ©pondu que pour lui  « le choix est clair :  la paix et la sĂ©curitĂ© du Nord-Kivu passent avant toute chose »">le choix est clair :  la paix et la sĂ©curitĂ© du Nord-Kivu passent avant toute chose ».

    Manifestement, c’est la justice qui avait Ă©tĂ© sacrifiĂ©e au nom de la paix. Pourtant, ce choix politique n’avait pas empĂȘchĂ© que soit créé le M23 par les mĂȘmes militaires qui ont dĂ©cidĂ© de quitter l’armĂ©e quatre ans aprĂšs leur rĂ©intĂ©gration. 

    En 2013 et en 2019, la RDC avait encore promis de rĂ©intĂ©grer ces combattants. D’ailleurs, le M23 reproche au gouvernement de n’avoir pas, notamment, tenu cet engagement. Le groupe armé  affirme que sa dĂ©lĂ©gation a passĂ© plusieurs mois Ă  Kinshasa en attente de cette mise en Ɠuvre sans aucun rĂ©sultat. 

    Aujourd'hui, le nouveau programme de démobilisation, désarmement, relÚvement communautaire et stabilisation (P-DDRCS)">programme de démobilisation, désarmement, relÚvement communautaire et stabilisation (P-DDRCS), a décidé de mettre fin à l'intégration collective des combattants issus des groupes armés dans les FARDC. Les accords précédents  prévoyant cette intégration sont devenus ainsi caduques car contraires aux principes du nouveau programme. 

    Politiquement, l'intĂ©gration des rebelles dans l’armĂ©e reste impopulaire dans l’opinion congolaise. La sociĂ©tĂ© civile du Nord-Kivu s’y est d’ailleurs dĂ©jĂ  opposĂ©e dans un communiquĂ© rendu public le 4 avril 2022.">un communiquĂ© rendu public le 4 avril 2022. Dans le contexte politique actuel, le gouvernement congolais peut accepter le retour des membres du M23 mais il lui sera difficile d’intĂ©grer les combattants dans l’armĂ©e. ConsidĂ©rant le poids politique des Ă©lecteurs de l’est du pays, le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi y perdrait beaucoup Ă  prĂšs d’un an de l'Ă©lection prĂ©sidentielle s’il accĂ©dait Ă  cette revendication du M23

    Une question demeure : à défaut de leur offrir l'intégration, le gouvernement sera-il capable de les contraindre à déposer les armes ? 

    En attendant, pour recevoir Po Na GEC chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C,  ou « Ebuteli » au +243 894 110 542. À bientĂŽt !

    5 min
  • Quelles rĂ©ponses accordĂ©es aux revendications du M23 ? - Écoutez Po Na GEC

    Le 6 avril, les Forces armĂ©es de la RĂ©publique dĂ©mocratique  du Congo (FARDC) ont lancĂ© une offensive pour reconquĂ©rir les positions occupĂ©es par les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23). Depuis quelques mois, le groupe armĂ© sñ€™est rĂ©organisĂ©. Il a commencĂ© par des attaques visant les gardes parcs de Virunga et les positions isolĂ©es des FARDC avant dñ€™engager des affrontements plus consĂ©quents qui l'ont emmenĂ© de sa base du mont Sabyinyo jusquñ€™Ă  conquĂ©rir plusieurs villages sur la route Bunagana-Rutshuru. AprĂơs avoir essuyĂ© un revers au poste frontalier de Bunagana par lñ€™armĂ©e ougandaise, le M23 a dĂ©crĂ©tĂ© un cessez-le-feu unilatĂ©ral le 1er avril 2022 et a demandĂ© des nĂ©gociations. Que va faire Kinshasa ?

    Bonjour. Vous Ă©coutez le sixiĂơme Ă©pisode de la saison 2  de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe dù€™Ă©tude sur le Congo et dñ€™Ebuteli, son partenaire de recherche en RDC, qui tente dù€™Ă©clairer lñ€™actualitĂ© congolaise. Je suis Reagan Miviri, chercheur au BaromĂơtre sĂ©curitaire du Kivu. Nous sommes le vendredi 8 avril 2022

    FraĂĆșchement nommĂ©, le gĂ©nĂ©ral Peter Chirimwami a repris le commandement des opĂ©rations des FARDC avec comme mission immĂ©diate : faire face Ă  la menace que fait peser le M23 sur la partie sud-est de la province du Nord-Kivu depuis quelques semaines. 

    Au mĂȘme moment, un sommet est annoncĂ© Ă  Nairobi avec au programme la question du M23, entre autres. Il est prĂ©vu que les prĂ©sidents ougandais, kĂ©nyan et congolais y prennent part. Il nñ€™est pas encore clair sñ€™il y aura des pourparlers directs avec le M23. Toutefois, nos sources indiquent que ses reprĂ©sentants seront Ă  Nairobi avec un cahier des charges. 

    Historiquement, le M23 peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme hĂ©ritier des rĂ©bellions du Rassemblement congolais pour la dĂ©mocratie (RCD) et du CongrĂơs national pour la dĂ©fense du peuple (CNDP) dont il a rĂ©cupĂ©rĂ© la plupart des revendications, notamment le retour des rĂ©fugiĂ©s se trouvant en Ouganda et au Rwanda, l'intĂ©gration des combattants dans l'armĂ©e et la reconnaissance de leurs grades. 

    En RDC, l'intĂ©gration des combattants des groupes armĂ©s au sein des FARDC et la reconnaissance des grades est un schĂ©ma classique de tous les processus de paix depuis lñ€™accord global et inclusif de Sun City auquel a participĂ© le RCD. 

    En 2008, Ă  lñ€™issue du dialogue de paix de Goma, le CNDP, auquel le M23 a succĂ©dĂ©, avait aussi obtenu de lñ€™ancien prĂ©sident Joseph Kabila l'intĂ©gration dans lñ€™armĂ©e avec reconnaissance de grades.

    À ceux qui Ă©taient critiques au sujet de l'intĂ©gration des rebelles dans l'armĂ©e, Kabila avait rĂ©pondu que pour lui  « le choix est clair :  la paix et la sĂ©curitĂ© du Nord-Kivu passent avant toute chose »">le choix est clair :  la paix et la sĂ©curitĂ© du Nord-Kivu passent avant toute chose ».

    Manifestement, cñ€™est la justice qui avait Ă©tĂ© sacrifiĂ©e au nom de la paix. Pourtant, ce choix politique nñ€™avait pas empĂȘchĂ© que soit créé le M23 par les mĂȘmes militaires qui ont dĂ©cidĂ© de quitter lñ€™armĂ©e quatre ans aprĂơs leur rĂ©intĂ©gration. 

    En 2013 et en 2019, la RDC avait encore promis de rĂ©intĂ©grer ces combattants. Dñ€™ailleurs, le M23 reproche au gouvernement de nñ€™avoir pas, notamment, tenu cet engagement. Le groupe armé  affirme que sa dĂ©lĂ©gation a passĂ© plusieurs mois Ă  Kinshasa en attente de cette mise en Ɠuvre sans aucun rĂ©sultat. 

    Aujourd'hui, le nouveau programme de dĂ©mobilisation, dĂ©sarmement, relĂơvement communautaire et stabilisation (P-DDRCS)">programme de dĂ©mobilisation, dĂ©sarmement, relĂơvement communautaire et stabilisation (P-DDRCS), a dĂ©cidĂ© de mettre fin Ă  l'intĂ©gration collective des combattants issus des groupes armĂ©s dans les FARDC. Les accords prĂ©cĂ©dents  prĂ©voyant cette intĂ©gration sont devenus ainsi caduques car contraires aux principes du nouveau programme. 

    Politiquement, l'intĂ©gration des rebelles dans lñ€™armĂ©e reste impopulaire dans lñ€™opinion congolaise. La sociĂ©tĂ© civile du Nord-Kivu sñ€™y est dñ€™ailleurs dĂ©jĂ  opposĂ©e dans un communiquĂ© rendu public le 4 avril 2022.">un communiquĂ© rendu public le 4 avril 2022. Dans le contexte politique actuel, le gouvernement congolais peut accepter le retour des membres du M23 mais il lui sera difficile dñ€™intĂ©grer les combattants dans lñ€™armĂ©e. ConsidĂ©rant le poids politique des Ă©lecteurs de lñ€™est du pays, le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi y perdrait beaucoup Ă  prĂơs dñ€™un an de l'Ă©lection prĂ©sidentielle sñ€™il accĂ©dait Ă  cette revendication du M23

    Une question demeure : Ă  dĂ©faut de leur offrir l'intĂ©gration, le gouvernement sera-il capable de les contraindre Ă  dĂ©poser les armes ? 

    En attendant, pour recevoir Po Na GEC chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C,  ou « Ebuteli » au +243 894 110 542. À bientÄ‚Ćœt !

    5 min
  • Comprendre la mobilisation politique autour des LĂ©opards

    Les Congolais y croyaient. PrĂšs d’un demi-siĂšcle aprĂšs la premiĂšre participation de la RDC, alors ZaĂŻre, Ă  une coupe du monde, les LĂ©opards espĂ©raient reproduire l’exploit. Et l’adversaire Ă©tait « prenable">prenable », comme l’affirmait FĂ©lix Tshisekedi aux joueurs devant la presse. Et pourtant, si Ă  l'aller, dans le vibrant stade des Martyrs, l’équipe congolaise avait sorti son plus beau jeu sans toutefois arriver Ă  gagner le match, au retour, pĂ©niblement, les supporteurs congolais voyaient s’éloigner leur rĂȘve. Au final, 4-1, les LĂ©opards sont disqualifiĂ©s. Nous n’irons pas au Qatar. Que retenir de la mobilisation autour de l’équipe nationale de la RDC ?

     

    Bonjour et bienvenue dans ce cinquiĂšme Ă©pisode de la saison 2 de Po Na GEC">Po Na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Fred Bauma, secrĂ©taire exĂ©cutif d’Ebuteli">Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence et partenaire de recherche du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York. Nous sommes le vendredi 1er avril 2022, et aujourd’hui, je vous parle du football. Mais pas que.

     

    À Casablanca, le 29 mars, le pays a subi une dĂ©faite qui fait mal. Et ce n’est pas seulement pour des raisons purement sportives. Plus qu’un sport, le football et, surtout, les LĂ©opards sont un enjeu national qui unit autant qu’il divise. On se rappelle encore la finale du championnat d’Afrique de nations en 2016 au Rwanda lorsque le terrain de foot s’était transformĂ© en champ politique. Sur la pelouse synthĂ©tique du stade Amahoro se jouait alors un combat pour l’honneur : les LĂ©opards devaient venger le pays des humiliations subies sur le terrain militaire. Mission accomplie. Ils Ă©taient d’ailleurs accueillis triomphalement Ă  Goma avant d’ĂȘtre dĂ©corĂ©s">dĂ©corĂ©s par le chef de l’État.

    Cette fois-ci, le match Ă©tait tout aussi politique. Alors que plusieurs initiatives de la coalition au pouvoir tournent au ralenti, une victoire des LĂ©opards aurait pu offrir un  gain politique au rĂ©gime en place. Le dĂ©cor Ă©tait plantĂ© pour parvenir Ă  cette fin. PrĂ©sidents du SĂ©nat et de l’AssemblĂ©e nationale, ministres, parlementaires, et autres politiciens ont publiĂ© des banniĂšres de soutien aux LĂ©opards. Un groupe de dĂ©putĂ©s a mĂȘme fait le dĂ©placement de Casablanca aux frais du contribuable pour assister au match. Non sans susciter de la controverse. FĂ©lix Tshisekedi, le chef de l’État, lui, avait promis d’ĂȘtre prĂ©sent au Maroc pour le match, avant de changer d’avis. Serge Nkonde, ministre des Sports, a produit une chanson regroupant plusieurs artistes congolais. Un morceau musical qui Ă©graine, entre autres, les noms des membres influents de l’entourage du chef sous forme des mabanga, ces dĂ©dicaces trop prĂ©sentes dans la chanson congolaise. Serge Nkonde a aussi  affrĂ©tĂ© un avion privĂ© pour aller suivre le match. 

    Cet engouement autour de l’équipe nationale de football masculin contraste avec la faible mobilisation Ă  l’égard d’autres sĂ©lections nationales pourtant plus performantes. Fin 2021, les LĂ©opards dames qui devaient jouer contre la GuinĂ©e aux Ă©liminatoires de la CAN fĂ©minine ont Ă©tĂ© Ă©liminĂ©s faute d’avoir fait le dĂ©placement. Toujours l’annĂ©e derniĂšre, l’équipe congolaise de dames de moins de 20 ans a dĂ» passer la nuit dans la rue aprĂšs avoir Ă©tĂ© chassĂ© de leur hĂŽtel faute de pouvoir rĂ©gler la facture. L’équipe nationale de basketball qui devait participer aux Ă©liminatoires de la coupe du monde a quant Ă  elle dĂ» prendre des billets Ă  crĂ©dit">crĂ©dit. Cette sĂ©lection avait pourtant remportĂ©">remportĂ© l'Afrocan en 2019. 

    En fait, en RDC, plutÎt que la performance,  la mobilisation populaire et la propension à la politisation semblent déterminer le soutien politique envers une  sélection nationale. 

    HĂ©las, en football comme en politique, la dĂ©faite est orpheline. Mais contrairement Ă  la politique, le manque de rĂ©sultat au football se paye cash, et parfois avec brutalitĂ©. Ainsi, Ă  l’aller, l’arbitre avait Ă  peine sifflĂ© la fin du match que des bouteilles d’eau, sous forme de projectiles, Ă©taient lancĂ©es contre l’équipe nationale de la RDC. Au retour, selon radio Okapi">selon radio Okapi, les LĂ©opards ont passĂ© la nuit Ă  l’aĂ©roport de Casablanca sans aucune information sur leur vol. 

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    4 min

About 🎙Po Na Biso

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Chaque vendredi, Ebuteli et le Groupe d'Ă©tude sur le Congo (GEC) vous proposent « Po Na Biso (anciennement Po Na GEC) ». Il s’agit d’une capsule audio en format court (4 minutes maximum) qui rĂ©sume, explique et donne le point de vue du GEC et d'Ebuteli sur les questions d’actualitĂ© en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo.

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