🎙Po Na Biso

🎙Po Na Biso

By Ebuteli et le Groupe d'étude sur le CongoNewsNews Commentary
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🎙Po Na Biso episodes

  • Les quatre leçons de la tournĂ©e de Tshisekedi dans le KasaĂŻ

    « Toye mpo na koyiba mboka oyo te, koboma yango te. D’ailleurs, eloko ya koboma eza lisusu te mpo esi ekufa  ». Traduisez : « Nous ne sommes pas arrivés au pouvoir pour voler ce pays ni pour le détruire. D’ailleurs, il n’y a plus rien à détruire, car tout est déjà par terre. » Ces propos du président Félix Tshisekedi à Lodja, le 5 janvier 2022, ont suscité diverses interprétations au Congo. Mais au-delà des petites phrases polémiques, quelles sont les leçons à retenir de la tournée présidentielle dans l’espace kasaïen ?

    Bonjour,

    Je suis Trésor Kibangula, analyste politique au sein du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche de l’Université de New York. Vous écoutez le 46e numéro de Po Na GEC, notre capsule audio qui analyse les questions d’actualité en RDC. Nous sommes le vendredi 14 janvier 2022. Essayons de tirer les enseignements du dernier voyage d’itinérance du président Félix Tshisekedi.

    Trois ans. Il aura donc fallu trois ans à Tshisekedi pour se rendre dans le Kasaï, en tant que président de la République. Du 24 décembre 2021 au 6 janvier 2022, le chef de l’État congolais a visité quelques villes, territoires et localités des cinq provinces du Grand Kasaï, sa région d’origine. Entre autres Mbuji-Mayi, Kabeya Kamuanga, Mupompa, Kabinda, Kananga, Tshikapa, Lodja… De ces voyages, il ressort un constat d'abandon de l’arrière-pays dans l’exécution des politiques publiques. C’est sans nul doute le premier enseignement. Une population qui croupit dans la misère, des salaires des fonctionnaires insuffisants pour faire face au coût de la vie et des infrastructures de base quasi-inexistantes. Tshisekedi aurait-il dû venir plus tôt « chez lui » pour s’en rendre compte ? Dans l’entourage du président, on évoque l’urgence sécuritaire qui l’aurait décidé à se rendre d’abord dans la partie est du pays. Aussi, se défend un proche du chef de l’État, « lorsqu’on devient président, sa province, sa tribu, c’est le Congo ».

    Mais toujours est-il que, une fois au pouvoir, Tshisekedi s’est d’abord tourné vers l’extérieur. Personne n’a oublié les allers et retours du chef de l’État à l’étranger. Si certains de ces voyages ont aidé à obtenir des financements importants de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la plupart d’entre eux n’ont pas entrainé d’investissements massifs dans le pays comme espéré. Et le temps presse. D’ici fin 2023, les Congolais vont demander des comptes. Quel sera alors le bilan du président sortant ? Dans la perspective des échéances électorales à venir, Tshisekedi compte visiter davantage l’intérieur du pays, endosser le costume d’un chef à l’écoute de son peuple, d’un chef qui veut palper du doigt les réalités locales, qui veut voir si les choses avancent dans le bon sens, ou pas. Se présenter finalement comme la solution à cet abandon de l’arrière-pays, tentant ainsi de se hisser au-dessus de la mêlée. Voilà le deuxième enseignement. 

    Le troisième enseignement, c’est ce que contient le sac de voyage du président. Un nouveau « projet phare » : le programme de développement local par territoire, autrement dénommé « programme de 145 territoires ». Sur fonds propres, le budget 2022 prévoit un peu plus de 181 millions de dollars, en attendant d’éventuels apports des partenaires extérieurs pour atteindre son coût total estimé à quelque 700 millions de dollars. L’idée consisterait à essayer de propulser le développement à la base, à partir de territoires. 

    Concrètement, il s’agira de lancer des petits projets dans chacun des 145 territoires du pays : des centres d’adduction d’eau motorisées ici, des constructions ou réhabilitations des édifices administratifs et des tronçons de routes de desserte agricole là-bas et partout des hôpitaux et des écoles de référence, … 

    Dernier enseignement, oui, vous l’avez compris, ces chantiers et projets annoncés rallongent la liste des promesses du chef de l’État. Le président Tshisekedi promet, entre autres, de relancer la Miba, d’électrifier plusieurs contrées, d’apporter de l’eau, de construire des routes, des écoles, des hôpitaux… À moins de deux ans du terme de son mandat. 

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    5 min
  • Quand l’opacitĂ© plane sur l’organisation des Jeux de la Francophonie en RDC

    Les  IXᵉ Jeux de la Francophonie se tiendront du 19 au 28 août 2022 en République démocratique du Congo. C’est un grand événement au pays en cette nouvelle année. Sur le site internet des Jeux, le compte à rebours est enclenché ">compte à rebours est enclenché et un programme préliminaire publié. À Kinshasa où s'organiseront les compétitions sportives et concours culturels, tout n’est pas prêt. À huit mois de la tenue de ces Jeux, les langues se délient et beaucoup craignent une organisation mal ficelée : des travaux de construction ou de rénovation sont presque à l'arrêt et des soupçons de détournements des fonds dédiés à ces travaux émergent. 

     

    Bonjour !

    Je m’appelle Ange Makadi Ngoy.  Je suis chercheuse au sein du Groupe d'étude sur le Congo, centre de recherche indépendant basé à l'Université de New-York. Nous sommes le vendredi 7 janvier 2022 et vous écoutez le 45e numéro de Po na GEC, notre capsule audio qui analyse l'actualité en RDC. Bienvenue à ce premier podcast de l'année 2022.

    L'inquiétude monte à Kinshasa, l’une des grandes villes francophones. Cette année, la 9e édition des  Jeux de la Francophonie s’organise dans la capitale congolaise, mais le niveau des préparations fait craindre le pire. La RDC cumule des difficultés d’ordre organisationnel, infrastructurel et financier. Pour la réussite de l’événement, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) s’appuie sur deux ­structures : le Comité international des Jeux de la francophonie (CIJF) et le Comité national des Jeux de la francophonie (CNJF). Le premier supervise les actions du second. 

    Si Isidore Kwandja Ngembo, le directeur du Comité national des Jeux de la francophonie, rassure de la tenue de ces jeux à Kinshasa en dépit des retards constatés, selon d’autres observateurs, Kinshasa n’a ni le temps ni les moyens pour accueillir de la belle manière ce grand rendez-vous culturel et sportif du monde francophone. 

    De fait, l’organisation de ces Jeux vient une fois de plus mettre à nu la question de l’impunité au sommet de l’État. Pour mieux suivre sa tenue, le président Félix Tshisekedi avait nommé, le 14 février 2021, un Haut-représentant, Didier Tshiyoyo. Près de dix mois plus tard, ce dernier a été révoqué">révoqué. Une mise à l’écart qui serait justifiée par des malversations financières, selon certaines sources. Jusque là, aucune information judiciaire n'a été ouverte.

    Cette organisation laisse aussi entrevoir le manque de transparence dans la gestion des fonds publics. L'année dernière, le rapport du Comité international des Jeux de la Francophonie alertait déjà sur des contrats conclus de gré à gré, qui ne satisfaisaient pas à l’exigence de transparence inhérente aux grands événements internationaux. Certaines factures avaient été gonflées. Selon le même rapport">rapport, le coût de la construction du village est passé de 41 à 113 millions de dollars américains. À ce stade, il est crucial que, pour des raisons de transparence, la gestion des fonds soit clarifiée et que le montant déboursé soit connu.  

    Enfin,  de l’organisation des Jeux à Kinshasa transparaît le manque d’infrastructures sportif et culturel dont souffre le pays. Au départ, c’est la Foire internationale de Kinshasa (FIKIN), qui devrait abriter les Jeux de la Francophonie. Au cœur du dispositif se trouve, en effet, le village des Jeux où 12 immeubles de 7 étages devraient être érigés pour loger les délégations. Le coût doit être entièrement financé par le budget de la RDC. Ensuite, il y a les aires de jeu où les activités doivent se dérouler. Au total, plus de 3 500 athlètes des pays francophones sont attendus. Faute de temps, les organisateurs ont opté pour le stade Tata Raphaël de la Kethule et des logements préfabriqués. Du côté du Comité, l’on pense à accueillir les athlètes dans les logements des étudiants à l'Université de Kinshasa, comme plan B. 

    En attendant la suite, vous pouvez recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre téléphone. Rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C, au +243 894 110 542. Nous vous souhaitons une heureuse année 2022 ! À bientôt !


    5 min
  • État de la nation et l’avenir du gouvernement

    Le lundi 13 décembre, le président Félix Tshisekedi a prononcé son discours annuel sur l'état de la nation. C'est la première fois que ce discours a lieu depuis que sa nouvelle famille politique, l’Union sacrée pour la nation (USN) a obtenu une majorité au parlement. Et l’un des aspects les plus frappants a été le ton quelque peu critique employé par le président pour parler de son gouvernement–le premier gouvernement entièrement acquis à cette nouvelle famille politique.

    Bonjour !

    Je m’appelle Joshua Walker. Je suis le directeur de programme du Groupe d'étude sur le Congo, centre de recherche indépendant basé à l'Université de New-York. Bienvenue à ce 44e numéro de Po na GEC, le dernier de l'an 2021.

    Dans les 23 pages du discours prononcé par le chef de l’État, quelques lignes méritent une attention particulière. Il y qualifie les mesures prises par le gouvernement en faveur de la population (eau, électricité, soins de santé et transport) comme étant « insuffisantes ». Ce sont des initiatives qui, pour reprendre encore ses mots, « souffrent d’un manque de coordination et d’une faiblesse de pilotage. [...] Ces dysfonctionnements sont inacceptables ». Et il continue : « J’interpelle ainsi tous les intervenants pour régler sans délai les problèmes et de livrer ces ouvrages pour améliorer les conditions de vie de la population ».

    Le chef de l’État semble avoir marqué publiquement, à travers un discours si important, sa déception envers la performance de l'exécutif. Pour quelles raisons ? Et quelles pourraient en être les conséquences ?

    Une explication serait la tentative du président Félix Tshisekedi de solliciter la faveur de la population–il se positionne comme un président qui s’exprime au nom de la population, comme pour exhorter ses troupes du gouvernement à mieux faire avant les prochaines échéances électorales en 2023. Mais ce faisant, il semble tenter de se dissocier personnellement du bilan de son propre gouvernement. Serait-ce donc une manière de se dédouaner d’un échec partiel dont il pourrait être accusé d’être en partie responsable ? Avec les élections en vue, cette hypothèse n’est pas à exclure. Le président pourrait avoir, tout de même, des difficultés à convaincre l’opinion : il est, par exemple, resté silencieux sur la question de la perception de la très impopulaire taxe RAM, malgré les dénonciations des deux chambres du parlement sur cette question lors de l’examen de la loi des finances 2022.

    Certes, sur le plan juridique le président n’est pas politiquement responsable devant le congrès : c’est plutôt le gouvernement–le premier ministre, les vice-premiers ministres, ministres d'État et ministres sectoriels–qui est directement responsable devant les parlementaires, plus particulièrement les députés nationaux. Mais aux yeux de la population, est-ce le gouvernement qui porte à lui seul la responsabilité politique de l'amélioration des conditions sociales des Congolais ?  Tel ne semble pas être le cas dans la mesure où le Conseil des ministres, organe de décision du gouvernement, est convoqué et présidé par le président et seulement par le Premier ministre en cas de sa délégation.

    D’aucuns soufflent que les mots du président présagent notamment un remaniement proche du gouvernement">les mots du président présagent notamment un remaniement proche du gouvernement. Ceci permettrait, en théorie, au président de faire deux choses. Il pourrait faire partir certains membres du gouvernement pas assez performants pour les remplacer et ainsi tenter d’améliorer le bilan social avant 2023, tout en permettant à d'autres de sa coalition d'accéder au pouvoir ministériel. Mais la question brûlante serait de savoir qui il pourrait nommer comme prochain premier ministre. Serait-ce une occasion pour le président de permettre à son ancien directeur de cabinet, Vital Kamerhe, d'accéder à la primature comme le prévoyait leur accord pré-électoral de Nairobi et à travers cette nomination, tenter d'amadouer l'électorat de l’est du pays ? Ce dernier ne serait pas la première personne à devenir Premier ministre tout en étant en liberté provisoire, à l’instar de Bruno Tshibala en 2017.

    En attendant la suite, vous pouvez recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre téléphone. Rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C, au +243 894 110 542. Nous souhaitons nos meilleurs vœux et bonne année à tous nos auditeurs. Le prochain rendez-vous sera le 7 janvier 2022 ! À bientôt !

     





     

    5 min
  • Les dĂ©buts compliquĂ©s de l’intervention ougandaise en RDC

    C’était le lundi 29 novembre. Le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya avait convoqué une conférence de presse pour marteler un message : « il n’y a pas de troupes ougandaises en RDC, il y a plutôt mutualisation des renseignements militaires entre les FARDC et l’armée ougandaise » a-t-il dit.

    Mais quelques heures plus tard, les propos du ministre étaient déjà contredits par les faits : l’Ouganda commençait à bombarder des positions sur le territoire congolais et ses troupes franchissaient la frontière. Comment expliquer une communication aussi contradictoire ?


    Bonjour. Je suis Pierre Boisselet, le coordonnateur du Baromètre sécuritaire du Kivu. Vous écoutez le 43e numéro de Po na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo sur l’actualité de la RDC. Et cette semaine nous nous intéressons à l’intervention ougandaise dans l’est du Congo.


    À l’heure où nous enregistrons cet épisode, cette intervention ressemble encore à une « drôle de guerre ». Le bilan des bombardements du 30 novembre n’a toujours pas été confirmé de source indépendante. Et aucun combat ne semble avoir pour l’instant opposé les ADF, Forces démocratiques alliées, et les forces ougandaises censées les pourchasser. Alors, que se passe-t-il ?


    Selon plusieurs sources diplomatiques et de terrain, les débuts de l’opération ont été paralysés par un manque de coordination entre l’armée ougandaise et l’armée congolaise. Le président Félix Tshisekedi a autorisé Kampala à intervenir, comme nous l’avions rapporté le 26 novembre">comme nous l’avions rapporté le 26 novembre. Mais l’Ouganda semble avoir interprété ce feu vert comme une autorisation à agir sans concertation. 


    Conséquence : plusieurs membres du gouvernement congolais ont été eux-mêmes surpris d’apprendre le début des bombardements sur leur sol. Cela explique pourquoi le gouvernement congolais se bornait à évoquer « des actions concertées » entre les deux armées, alors que l’Ouganda assumait une réelle intervention au Congo. Selon nos informations, ceci a eu d’autres conséquences sur le terrain : les deux forces ne sont toujours pas parvenues à s’entendre sur une stratégie conjointe face aux ADF. Faute d’anticipation, les véhicules lourds envoyés par l’Ouganda semblent aussi rencontrer des difficultés à progresser. Les routes sont en terre rendues et elles ont été rendues impraticables par une intense saison des pluies. 

    À cela s’ajoutent des problèmes de coordination avec la Monusco, la Mission de l’ONU en RDC. Son mandat ne l’autorise pas à collaborer avec une armée étrangère. Selon une source au sein de la Mission, cela signifie que les opérations qu’elle avait prévues contre les ADF, avec notamment son nouveau contingent kényan, sont pour le moment mises sur pause.

    De son côté, l’Ouganda a exprimé une grande défiance à l’égard des casques bleus par la voix de son ministre des affaires étrangères, Henry Oryem Okello, dans une interview à la chaîne NTV. « Nous n’avons pas besoin de l’aide militaire de la Monusco. Même s’ils nous offraient une tasse de thé, nous la refuserions. L’armée ougandaise a la capacité de faire ce qu’elle a à faire dans l’est de la RDC sans son assistance ». 

    Le résultat de tout cela, c’est que, sur le territoire de Beni, trois forces militaires chargées de traquer les ADF sont présentes sans réelle coordination entre elles pour le moment. 

    Mais ce manque d’organisation semble aussi toucher Washington. Alors que le Département d’Etat semble considérer cette intervention comme une composante utile dans la lutte contre le terrorisme, le département du Trésor a prononcé des sanctions contre un homme clé de cette opération : le chef des renseignements militaires ougandais, Abel Kandiho, accusé de violations de droits de l’homme commises en Ouganda.

    Ce début poussif et mal coordonné de l’intervention n’est pas une bonne nouvelle pour la lutte contre les ADF. En plus de deux décennies de présence dans l’est de la RDC, ce groupe a montré une inquiétante capacité à résister aux interventions militaires. Ces débuts hésitants risquent de lui laisser le temps de se réorganiser.

    Les différents acteurs qui prétendent lutter contre les ADF devraient se ressaisir rapidement, et mettre sur pied une stratégie complète et cohérente, s’ils veulent arriver, enfin, à les défaire.

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    5 min
  • Vers oĂą vont les relations entre la RDC et la Chine ?

    Les relations entre la République démocratique du Congo et la Chine font l'objet d'une attention croissante au cours des derniers mois. Le 20 novembre, le New York Times a publié un long article sur la façon dont le contrôle du cobalt congolais pourrait devenir l'enjeu d'une lutte de pouvoir entre la Chine et les États-Unis. Le 31 août, le célèbre journaliste Alain Foka a publié une enquête sur l'exploitation minière au Congo, qualifiant le traitement des travailleurs congolais par les entreprises chinoises de  « nouvelle traite négrière ».

    Bonjour ! 

    Je m’appelle Jason Stearns, je suis le directeur du Groupe d’étude sur le Congo, GEC. Cette semaine, le 8e Forum sur la coopération sino-africaine s'est ouvert à Dakar avec une participation par video conférence du président Felix Tshisekedi. Une opportunité pour interroger les relations entre la Chine et le Congo, ce que nous faisons dans ce 42e épisode de Po Na GEC, notre capsule audio sur l’actualité congolaise.

    Pour la RDC, les relations avec la Chine sont cruciales. La plupart des grandes mines industrielles du Congo sont maintenant détenues ou contrôlées par des entreprises chinoises ; elles représentent désormais la moitié de la production de cobalt du Congo et environ 70% de sa production de cuivre. La Chine est de loin la principale destination des exportations et la plus importante source des importations du Congo.

    Le prédécesseur du président Félix Tshisekedi, Joseph Kabila, avait misé sur cette relation pour obtenir un soutien diplomatique et économique. En 2008, les deux pays avaient convenu que les entreprises chinoises financeraient des infrastructures à hauteur de 3 milliards de dollars et construiraient un projet de cuivre et de cobalt de 3,2 milliards de dollars. Cette semaine, nous avons découvert que cet accord a également servi à enrichir certains alliés et membres de la famille de Kabila : selon l’ONG américaine The Sentry, une société créée pour aider à gérer cet accord a envoyé 31 millions de dollars à des sociétés et des personnes directement liées à Kabila. L’agence de presse Bloomberg a rapporté qu'un péage routier mis en place par une société chinoise avait généré 302 millions de dollars ; une grande partie de cette somme est allée à une société appelée SPI, appartenant à des membres de la famille Kabila.

    Deux rapports commandés par le président Tshisekedi et soumis en septembre de cette année sont peut-être tout aussi accablants. Le premier, rédigé par son ministre des Affaires étrangères, estime que depuis 2015, les 882 millions de dollars de bénéfices tirés de l'extraction de cuivre et de cobalt par les partenaires chinois ont seulement servi au remboursement des créanciers chinois. Le second, rédigé par le ministre des Infrastructures, rapporte que les Chinois n'ont investi que 969 millions de dollars sur les 3 milliards prévus pour la construction d'infrastructures. De plus, le ministre a déploré que le financement des infrastructures soit plafonné à 1 milliard de dollars par leurs partenaires chinois. Aucun des 31 hôpitaux et deux universités n'a été construit, et sur les 3 500 km de routes prévues, seuls 1 210 km ont été terminés.

    Le président Tshisekedi essaie clairement de réévaluer ses relations avec le gouvernement chinois.Son gouvernement a entrepris une révision des contrats miniers et forestiers, dont beaucoup impliquent des entreprises chinoises. Jusqu'à présent dans sa géopolitique, il a accordé la priorité à son partenariat avec les États-Unis - il s'est déjà rendu quatre fois à Washington au cours de son mandat, mais jamais à Pékin. Ayant réussi à obtenir d'importants dons et prêts du FMI et de la Banque mondiale, sera-t-il capable de restructurer également les relations de son pays avec la Chine ?

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    4 min
  • Congo Hold-up au delĂ  de l’indignation

    Depuis une semaine, un groupe de médias internationaux et d’organisations non gouvernementales, dont le Groupe d’étude sur le Congo, publie des révélations accablantes sur les malversations financières au sein de la BGFIBank RDC, lesquelles impliquent l’entourage de  Joseph Kabila.  Au total, plus de 138 millions de dollars ont été transférés par des entreprises et des organismes publics vers des sociétés proches de l’ancien président. Ces révélations ont suscité de l’indignation des Congolais. Mais au-delà de l’indignation, que peut-il vraiment se passer ?  

    Bonjour !

    Je m’appelle Fred Bauma et je suis directeur de recherche au sein du Groupe d'étude sur le Congo, centre de recherche basé à l’Université de New York. 

    Dans ce 41e numéro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente d’éclairer les questions d'actualité en RDC, je reviens sur ce nouveau scandale et l’opportunité qu’il offre dans la lutte contre la corruption et l’impunité.

    C’est une histoire de gros chiffres : 3,5 millions de documents sensibles d’une banque, la BGFIBank, analysés par 19 médias et 5 organisations non-gouvernementales pendant plusieurs mois. La plus grosse fuite de données sensibles en Afrique, selon la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF). 

    C’est aussi l’histoire des millions de dollars disparus des caisses de l'État et transférés à des particuliers et entreprises proches de l’ancien président  de la République, Joseph Kabila. Plus de 138 millions de dollars provenant de la Ceni, de l’Onu, de la Gecamines, et surtout de la Banque centrale du Congo ont atterri dans des sociétés telles que Sud Oil, Egal, Kwanza Capital, toutes liées à la famille et à des proches de Joseph Kabila. 

    Si les chiffres sont énormes, on n’est cependant pas au premier scandale qui implique l’ancien président et ses proches ou même la BGFIBank RDC, longtemps dirigée par Francis Selemani et détenue à 40 % par Gloria Mteyu, respectivement frère et sœur de Joseph Kabila.


    Et les chiffres sont toujours aussi importants, si pas bien plus. En 2016, la BGFIBank RDC avait déjà été au centre des controverses lorsqu'un de ses cadres Jean-Jacques Lumumba, avait alerté sur les pratiques douteuses au sein de cette banque. A l’époque déjà, des transferts d’ordre de plusieurs dizaines de millions de dollars s’effectuent entre la Banque centrale et Égal, une compagnie qui appartient à des hommes d'affaires proches de Kabila. 


    En 2017, une enquête du GEC donne pour la première fois un aperçu de la richesse de Joseph Kabila: un réseau de 80 entreprises détenues par sa famille et ses proches. 

    D’autres recherches avaient également fait état de transactions mafieuses au bénéfice du réseau de Joseph Kabila et au détriment de l'État congolais. Ainsi, en 2013, l’Africa progress report, dirigé par Kofi Annan, notait que l'État congolais aurait perdu jusqu’à 1,4 milliards de dollars dans des opérations orchestrées par des proches de Joseph Kabila, entre 2010 et 2012. L’organisation anglaise Global Witness affirme, quant à elle, que entre 2013 et 2015, 750 millions de dollars destinés aux taxes n’ont jamais atteint les caisses de l'État. Centre Carter, The Sentry et d’autres organisations ont également démontré des scandales du même ordre.

    Et l’alternance au pouvoir en 2018 n’a pas mis fin à ces malversations impliquant les dirigeants congolais. Ainsi, quelques mois après l'arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi, d’autres scandales financiers explosent autour du programme d’urgence des 100 premiers jours du chef de l’État.  La population congolaise, quant à elle, n’a pas vu sa situation s’améliorer. Plus de 70 % des congolais vivent encore sous le seuil de la pauvreté et 43 % d’enfants en RDC souffrent de malnutrition, selon la Banque mondiale.

    Si pour certains, Congo Hold-up est un scandale de plus, il a cependant plusieurs particularités qui offrent des opportunités pouvant permettre la fin de l’impunité. Pour la première fois, ces documents offrent un regard interne et détaillé sur les faiblesses du système bancaire congolais. Ils donnent aussi des preuves accablantes sur des pratiques financières douteuses, des preuves qui peuvent servir la justice. Enfin, il permet aussi de retracer précisément les fonds et donc de pouvoir les remettre dans la caisse de l’Etat.

    Officiellement, La ministre de la justice a instruit le parquet à ouvrir une information judiciaire sur ces « révélations de détournements de fonds publics impliquant plusieurs sociétés congolaises et internationales ». Enfin une lueur d’espoir pour la fin de l’impunité pour des crimes économiques ?   


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    5 min
  • Budget 2022 : vers la rĂ©duction du train de vie des institutions en RDC ?

    Le 15 novembre, l’Assemblée nationale a débuté l’examen du projet de loi des finances 2022, avec plus de vingt jours de retard. Elle disposait de 40 jours pour adopter ce projet de budget, déposé le 15 septembre">déposé le 15 septembre, à l’ouverture de la session, selon la loi relative aux finances publiques.

     

    Malgré ce retard, les députés nationaux ont tenu à tout prix à examiner en détails, ce projet de loi. La réduction du train de vie des institutions est l’un des thèmes abordés lors du débat général consacré à l’examen de ce projet. Divisés sur la question, les députés finiront-ils par adopter un budget qui prend en compte cette exigence de plus en plus croissante au sein de la société ?

    Bonjour, 

    Je suis Ange Makadi Ngoy, chercheuse au sein du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche de l’Université de New-York. Nous sommes le vendredi 19 novembre 2021. Vous écoutez le 40e numéro de Po Na GEC, notre capsule audio qui analyse les questions d’actualité en RDC.

    Dans quelques jours, l’Assemblée nationale doit adopter en première lecture le projet de loi de finances pour 2022. Le jeudi, le texte a été transmis à la commission économique, financière et contrôle budgétaire (écofin) pour examen approfondi. Le rapport de la commission doit être déposé au bureau de l’Assemblée nationale dans 15 jours.

    Ce projet de budget est évalué à près de 10 milliards de dollars américains, soit une augmentation de 41,8% par rapport au budget de l’exercice 2021.

    Pour ce projet du budget, près de 30 % soit trois milliards de dollars américains des recettes projetées pour 2022, seront affectées aux rémunérations. 16,77 % pour l’enseignement et 10,35 % pour la santé. La protection de l’environnement se voit allouée 0,68 %. Et la défense n’a que 3, 95 %, soit près de 400 millions de dollars. Une allocation qui ne passe pas dans le camp de ceux qui sollicitent plus des moyens en faveur de ce secteur dans le but de rétablir la paix dans l’est du pays.  Les parts consacrées à l’emploi (0,27%), à l’accès à l'électricité (1,59%), au tourisme (0,25%) demeurent aussi faibles.

    Cette redistribution des ressources prévue dans ce projet de loi a suscité des critiques au sein de l'hémicycle et sur la toile.

    Pour certains élus nationaux, la solution pourrait venir de la réduction du train de vie des institutions. En clair, il faut requalifier le budget pour que la part des institutions soit réorientée vers l’armée et le social. Dans la ligne de mire : la présidence de la République, le Parlement et le gouvernement.Plus de 73 % des personnes interrogées dans un récent sondage publié par le GEC et Berci">dans un récent sondage publié par le GEC et Berci estiment aussi qu’il était très urgent et/ou urgent de réduire le train de vie des institutions du pays, en commençant par celui du Parlement et du président de la République. Et des fonds éventuellement déduits des dépenses de ces institutions devraient être affectés à la création d’emplois, à l’éducation, à la protection sociale, à la sécurité et à la santé.

    Jean-Marc Kabund, président intérimaire de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et vice-président de l’Assemblée nationale propose, lui, que « les salaires [des] ministre[s] et [des] député[s] soient divisés en deux ».

    En août">En août, le Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde avait affiché la volonté de son gouvernement de revoir à la baisse les frais de fonctionnement des ministères et des autres institutions considérés comme budgétivores.

    Mais où en est-on concrètement ? Visiblement, nulle part. Les institutions continuent à être les mieux servies : 2,79% du budget pour la présidence, 3,11% pour le Parlement, près de 30 % pour le gouvernement. Peut-être la solution se trouverait-elle non seulement dans la réduction du train de vie des institutions, mais dans la collecte de plus de richesses et, ensuite, leur redistribution équitable, comme le suggère Al Kitenge, analyste économique ? Cela passerait surtout, à notre avis, par des réformes structurelles dans le secteur des finances publiques afin, notamment, de lutter contre les coulages des recettes et les détournements des deniers publics.

    En tout cas, bien que certaines réformes aient été enclenchées, notamment celle de la réduction de la TVA sur les denrées de première nécessité, pour beaucoup d’observateurs, ce projet de loi des finances est loin d’avoir un caractère social.

    À ce stade, théoriquement, le gouvernement n’y peut plus rien. La balle est dans le camp de l’autorité budgétaire, surtout  la commission écofin, pour revoir les prévisions budgétaires en ce qui concerne surtout la répartition des recettes aux différents secteurs sécuritaire, économique et social.

    En attendant, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC » au +243 894 110 542 pour recevoir Po Na GEC chaque vendredi sur votre téléphone. À bientôt !



    5 min
  • En RDC, c'est permis de censurer mais jusqu'Ă  quand ?

    Avez-vous écouté Lettre à ya Tshitshi du rappeur Bob Elvis, et, surtout, Nini tosali te du groupe MPR ? Les clips de ces deux titres sont visionnés en boucle sur YouTube et WhatsApp depuis leur sortie le 5 novembre. Leur point commun : des paroles très engagées. Le premier s'attaque frontalement au pouvoir en place, le second décrit le désarroi de la jeunesse congolaise qui peine à s’en sortir, peu importe les régimes politiques qui, finalement, se suivent et se ressemblent, selon les interprètes. Des textes qui ne sont pas du goût de la Commission nationale de censure des chansons et des spectacles. Cette structure a décidé, le 9 novembre, d’interdire leur diffusion, provoquant un tollé général. L’occasion d’interroger la raison d’être de la commission de censure aujourd’hui.

    Bonjour,

    Je suis Trésor Kibangula, analyste politique au sein du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche de l’Université de New York. Vous écoutez le 39e numéro de Po Na GEC, notre capsule audio qui analyse les questions d’actualité en RDC. Nous sommes le vendredi 12 novembre 2021.

    On le sait : à part la commission nationale de censure ainsi qu’une poignée de partisans du régime sur les réseaux sociaux, personne n’a assumé, publiquement, cette décision de censure. Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, a rapidement indiqué que la mesure « n’éman[ait] pas du gouvernement ». Sans risque de fâcher les autorités sur le sujet, la Délégation de l’Union européenne en RDC a déclaré « [s’associer] à l’indignation suscitée ». D’autres ambassades ainsi que le Bureau conjoint des droits humains des Nations unies ont suivi cette initiative. La censure de ces deux titres, était-elle la décision d’un haut-fonctionnaire zélé, n’ayant pas obtenu en amont l’aval du ministère de la Justice, dont dépend sa structure ? Pas si sûr. De fait, les clameurs des Congolais ont poussé à la levée de la mesure vingt-quatre heures plus tard.

    Cette interdiction de diffuser - même à titre conservatoire - a été contre-productive pour l’image du pouvoir en place, perçu à travers cet acte comme celui qui tient à faire taire toute voix discordante, à bâillonner toute critique à son égard. Peu importe si la commission de censure s’abrite derrière les textes légaux et réglementaires l’autorisant à agir de la sorte lorsqu’une chanson est mise à la disposition du public, avant son accord préalable. 

    Aussi, en 2021, avec l’émergence des réseaux sociaux et le nombre de plus en plus croissant d’utilisateurs de smartphones dans le pays, la censure devient tout simplement inefficace.

    Alors, la RDC a-t-elle encore besoin aujourd’hui de ce type de gardien de la morale publique, juge du bien et du mal, de ce qu’on a le droit de dire ou pas dans les chansons, de faire ou pas sur scène ?

    Certains pensent que oui. Face à des paroles trop érotiques et des images obscènes de certains clips, les censeurs doivent préserver les oreilles et les yeux chastes des Congolais, et ne pas laisser libre cours à la dépravation des mœurs. Ils disent qu’il y a aussi la culture congolaise à préserver. Cet ensemble de constructions sociales et valeurs façonnées notamment par les traditions locales mais aussi par l’éducation chrétienne. Ce n’est pas pour rien que des représentants des confessions religieuses siègent à la commission nationale de censure telle qu’instituée en 1996.

    D’autres, en revanche, considèrent que le temps des censeurs est révolu. On ne peut plus empêcher a priori une œuvre artistique d’être publiée avant un quelconque tampon préalable. Quitte au système judiciaire de contrôler a posteriori des contenus des chansons qui auraient violé la loi. Ce serait sans doute une manière beaucoup plus saine d’encadrer la liberté d’expression dans ce domaine. D’autant qu’il existe déjà, en RDC, des structures publiques dont les attributions semblent avoir repris et ajusté celles de la commission de censure. C’est le cas par exemple du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), « organe spécialisé destiné à réguler les médias », mis en place en 2011, qui est censé contrôler - pas censurer - a priori et a posteriori notamment l’objet et le contenu des spots, des clips, des films et documentaires.

    En tout cas, en public et en privé, certains membres du gouvernement admettent que la censure n’était pas justifiée. Le décret de 1996 mettant en place la commission de censure est, disent-ils, une « réglementation ancienne ». Que faut-il alors pour le modifier afin de trouver l’équilibre nécessaire entre liberté d’expression artistique et respect des valeurs culturelles, à défaut de le supprimer ?

    En attendant la réponse des gouvernants, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC » au +243 894 110 542 pour recevoir Po Na GEC chaque vendredi sur votre téléphone. À bientôt !

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  • La RDC et la nouvelle donne climatique

    Si le terme « scandale géologique » est, depuis longtemps, un cliché pour désigner le Congo, un second terme qui fait référence à un autre type de richesse est désormais en vogue : « deuxième poumon de la Terre », en raison de sa possession de la majeure partie de la forêt tropicale du bassin du Congo. Thème évoqué par le président Félix Tshisekedi lors de sa participation à la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP 26) cette semaine à Glasgow, en Écosse.

    Bonjour ! Je m’appelle Joshua Walker--je suis le directeur de programme du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche indépendant basé à l’Université de New-York. Dans ce 38e numéro de Po na GEC, notre capsule audio qui tente d’analyser l’actualité en RDC, j’examine les enjeux autour de la politique environnementale en RDC sous Félix Tshisekedi.

    C’est depuis le 31 octobre que la COP 26 a commencé à Glasgow, au Royaume-Uni. Au programme, entre autres, des engagements pour lutter contre la déforestation et ainsi freiner le changement climatique mondial. La RDC a un rôle clé à jouer dans cette lutte : la forêt du bassin du Congo, dont plus de 60 % se trouve en RDC, abrite le deuxième « puits de carbone » mondial. La protection de cette forêt est donc un enjeu majeur dans la lutte contre le changement climatique, notamment en développant d’autres sources d’énergie que celle du bois de chauffe et en limitant l’exploitation du bois. Le président Tshisekedi a déclaré à Glasgow que la RDC se veut un « pays-solution à la crise climatique »--déclaration qui traduit également la campagne de la Vice premier ministre et ministre de l’Environnement, Eve Bazaiba.

    Depuis le mois de juillet, en effet, le gouvernement congolais a annoncé une série de décisions concernant l’environnement, dont certaines semblent fournir une protection de l’environnement et d’autres, comme la levée du moratoire, instauré depuis 2002, en matière d’octroi des titres d’exploitation forestière, sont plus ambiguës. Décidément, la RDC passe à une nouvelle rhétorique forte en matière de gestion de l’environnement. Quelques jours avant le début de la COP 26, le président Tshisekedi a annoncé un audit de tous les contrats d’exploitation forestière en vigueur.

    Pourquoi toute cette activité ? Une possibilité est que la RDC chercherait, à raison, à bénéficier davantage des fonds destinés à la lutte contre le changement climatique. Le président Tshisekedi, comme d’autres chefs d’État africains, n’a cessé de répéter à Glasgow que l’Afrique a besoin que les pays riches honorent leur promesse (établie en 2009) de donner 100 milliards de dollars par an au continent pour la lutte contre le changement climatique. Pour le moment, la RDC n’a reçu que 175 millions de dollars depuis 2012">175 millions de dollars depuis 2012 pour son « Fonds national pour la réduction des émissions de déforestation et de la dégradation des forêts (REDD+) », mais dont les détails des dépenses sont peu connus. Plus récemment, un ensemble de pays bailleurs de fonds ont promis">promis 1,5 milliards de dollars entre 2021 et 2025 pour la protection des forêts du bassin du Congo.

    La RDC se positionne plus explicitement donc comme un « pays-solution » dans deux sens : à la fois comme la source principale de minerais (principalement le cobalt) qui serviront à la réduction des émissions de gaz à effet de serre à travers la production, par exemple, des véhicules électriques et comme l’un des garants des grandes forêts mondiales. Et avec cette solution, vient l’argent.

    C’est une position enviable pour le Congo, mais elle soulève des questions. Premièrement, comment garantir que de futurs fonds pour lutter contre le changement climatique en RDC seront gérés de façon transparente ? Comment cette démarche assez extravertie va-t-elle profiter à la population congolaise ? Deuxièmement, comment l’accent mis par le gouvernement sur le rôle de la RDC dans la lutte mondiale contre le changement climatique protégera-t-elle concrètement les Congolais contre les effets du changement climatique ? Comme l’indique un article">article récent publié par Richard Marcantonio de l’Université Notre Dame et ses collaborateurs, la RDC est l’un des pays les plus vulnérables au monde aux effets connexes du changement climatique et de la pollution toxique.

    Dans sa quête de s’attirer plus de compensation carbone, la RDC ne risque-t-elle pas de privilégier les intérêts des élites et des étrangers au détriment de sa population ?

    En attendant la suite, vous pouvez recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre téléphone, en rejoignant notre fil WhatsApp. Envoyez « GEC », G, E, C, au +243 894 110 542. À très vite !


     

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  • La RDC peut-elle sortir de l’état de siège ?

    Cette semaine, les relevés du Baromètre sécuritaire du Kivu ont franchi une barre tragique et symbolique : la mort de plus de 1000 civils a été enregistrée au Nord-Kivu

    et en Ituri depuis l’instauration de l’état de siège dans ces deux provinces,
    le 6 mai dernier.  Pourtant, tout laisse croire que le président Félix Tshisekedi
    va continuer à prolonger cette mesure. Pourquoi ?  


    Bonjour. Nous sommes le vendredi 29 octobre et vous écoutez le 37e numéro de Po na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo de l’Université de New-York, qui tente d’éclairer l’actualité de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, le coordonnateur du Baromètre sécuritaire du Kivu, et cette semaine, nous nous intéressons à l’état de siège.  

    Cela fait bientôt six mois que cette mesure a été mise en place par le président de la République. Et jusque-là, les chiffres ne montrent aucun bilan positif. Non seulement les

    tueries de civils se sont poursuivies. Mais elles se sont poursuivies au mĂŞme
    rythme qu’avant l’état de siège. 


    En réalité, les effets de cette mesure n’ont pas été ceux qui étaient attendus. Des militaires et policiers ont pris possession des administrations civiles dans les provinces,

    territoires, et villes  du Nord-Kivu et de l’Ituri. Ils ont été largement accaparés  par cette charges. Et très peu de moyens supplémentaires leur ont été fournis.  Conséquence paradoxale : à l’exception notable du territoire de Djugu, en Ituri, l’activité de l’armée
    congolaise sur le terrain a en réalité diminué depuis l’instauration de l’état
    de siège. Le rapport de la Commission défense et sécurité de l’Assemblée nationale, qui a auditionné les ministres concernés au mois d’août, dresse un état des lieux accablant : « la proclamation de l’état de siège n’a pas été sous-tendue par une
    planification d’actions stratégiques de l’état de siège. Elle l’a été sans un montage financier conséquent et cohérent, sans définition d’objectifs militaires et sans un chronogramme d’actions stratégiques, opérationnelles et tactiques ». 


    Sur le terrain, l’opinion semble de plus en plus sceptique. Lors du dernier sondage du Groupe d’étude sur le Congo et de la Fondation  Berci, réalisée en septembre, 66% des

    personnes interrogées dans les provinces du Kivu et de l’Ituri estimaient que
    la situation sécuritaire s’était dégradée depuis  l'investiture  du gouvernement actuel, au mois d’avril. Malgré cela, le président Tshisekedi ne montre aucun signe de remettre en cause sa décision. Lors de l’Assemblée générale de l’ONU, à New-York, le 21 septembre, il a même dit qu’il la lèverait lorsque « les circonstances qui l'ont motivé disparaîtront ». 


    Ce discours est très différent de celui de l’instauration de l’état de siège, qui prévoyait une période courte, d’un mois à l’origine. Ce changement  pourrait inscrire le pays dans un piège : celui d’une mesure  inefficace,  mais malgré tout maintenue indéfiniment . 


    Alors, pourquoi le président tient-il tant à cette mesure ? Il y a d’abord une question de crédi tpolitique : revenir en arrière, alors que les tueries se poursuivent

    manifestement, serait un aveu d’échec difficile à assumer devant l’opinion.  


    Ensuite, en dépit d’une défiance croissante dans l’Est, la mesure demeure très populaire au plan national : 63% des Congolais interrogé s lors du sondage de septembre jugeaient que c’était une bonne chose. D’un point de vue

    strictement politicien, cette mesure présente des avantages : elle donne l’impression
    d’une action sur le problème, quand bien même aucun effort réel ne serait
    consenti. 

    De manière plus pernicieuse, les militaires qui ont obtenu, grâce à cette mesure, des postes et l’accès à des ressources, n’ont pas  d’intérêt personnel à ce qu’elle prenne fin. On peut  imaginer qu’ils ne fassent remonter que les informations qui les arrangent, dissimulent leurs pertes, pourtant nombreuses, et communiquent constamment sur des progrès, sans jamais atteindre  une paix véritable. Une manière de sortir de ce cycle

    inquiétant serait que le parlement joue pleinement son rôle de contrôle de l’exécutif, évalue objectivement cette mesure, et, s’il l’estime nécessaire, s’oppose à sa reconduction  ou la conditionne à des réformes. 


    Le rapport de la Commission défense et sécurité, dont des extraits sont parus dans Jeune Afrique, pourrait être une étape importante s’il permettait l’ouverture d’un

    débat démocratique sur l’état de siège.      


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Chaque vendredi, Ebuteli et le Groupe d'étude sur le Congo (GEC) vous proposent « Po Na Biso (anciennement Po Na GEC) ». Il s’agit d’une capsule audio en format court (4 minutes maximum) qui résume, explique et donne le point de vue du GEC et d'Ebuteli sur les questions d’actualité en République démocratique du Congo.

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