🎙Po Na Biso

🎙Po Na Biso

By Ebuteli et le Groupe d'étude sur le CongoNewsNews Commentary
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🎙Po Na Biso episodes

  • Peut-on encore sauver le processus Ă©lectoral en RDC ?

    Le samedi 16 octobre, à l’issue d’une plénière tendue, l’Assemblée nationale entérine le choix de 12 des 15 membres de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). La balle est désormais dans le camp du Président de la République. Que fera Félix Tshisekedi ?

    Bonjour, 

    Je m’appelle Fred Bauma, je suis directeur de recherche au sein du Groupe d’étude sur le Congo, un projet de recherche basé à l'Université de New York. Dans ce 36e numéro de Po Na GEC, je réfléchis aux différentes options que pourrait prendre Felix Tshisekedi et leurs conséquences sur la suite du processus électoral.

    Revenons au contexte. Samedi dernier, l’Assemblée nationale a donc entériné la désignation de 12 des 15 membres de la Ceni. Trois des quatre places destinées à l’opposition restent à pourvoir. Selon la loi, la Ceni est composée de 15 membres dont six proviennent de la majorité, quatre de l’opposition et cinq de la société civile. Le bureau de la Ceni est quant à lui composé de sept membres dont quatre de la majorité, deux de l’opposition et un de la société civile.

    Aujourd'hui, la confirmation des 12 membres de la Ceni par l'Assemblée nationale est contestée par presque toutes les parties prenantes. D’abord, les confessions religieuses. Elles n’ont pas pu désigner consensuellement leurs délégués en raison des désaccords sur le nom de Denis Kadima. Les églises catholique et protestante accusent ce dernier d’être le candidat du président de la République. La controverse s’étend ensuite au sein de l’Union sacrée de la nation où les familles politiques de Moise Katumbi et Vital Kamerhe contestent le manque de consensus. L’opposition, quant à elle, a carrément refusé de désigner ses délégués, demandant aussi « un plus large consensus ».

    Ce processus a un air de déjà-vu. En 2020, Félix Tshisekedi avait refusé d’investir Ronsard Malonda à la tête de la Ceni dans des conditions similaires. Dans sa lettre adressée à Jeanine Mabunda, alors présidente de l'Assemblée nationale, le chef de l’État affirmait « qu’en tout état de cause, je constate que l’information selon laquelle Monsieur Malonda [...] a été désigné à l’issue d’un processus interne aux confessions religieuses est fortement contestée en fait comme en droit par certains membres de cette composante, à savoir l’Église catholique, l’Église du Christ au Congo et l’Église kimbanguiste ». Plus d’un an plus tard, l’histoire se répète. Quelle attitude prendra le président Tshisekedi ?

    M. Tshisekedi pourrait, comme pour Malonda, refuser de valider la désignation de la liste entérinée par l’Assemblée nationale. C’est en tout cas ce que lui recommandent les organisations laïques de l'Église catholique et protestante dans une déclaration lue devant la presse ce mercredi 20 octobre. C’est aussi la suggestion de Ensemble pour le changement ainsi que d’autres partis de l’opposition. Si cette position pourrait apaiser plusieurs acteurs politiques et de la société civile, elle risque cependant de retarder le processus électoral et de confirmer les craintes d’un glissement en 2023.

    Le président pourrait aussi soutenir le forcing de l’Assemblée nationale et confirmer la désignation des membres de la Ceni. D’ailleurs, dans une interview accordée à la Voix de l'Amérique en septembre dernier, le président avait affirmé « avoir donné des instructions claires » au président de l’Assemblée nationale pour trancher en cas de désaccord persistant entre les confessions religieuses. Si la pression du temps est l’argument pour soutenir cette position, elle peut par contre conduire à des contestations et même au départ de certains groupes de l’Union sacrée comme le plateforme de Moise Katumbi. En outre, le bureau de la Ceni ainsi validé pourrait souffrir d’un manque de confiance de la population et des principaux acteurs.

    Enfin, le président pourrait prendre une décision intermédiaire. Il pourrait demander au Secrétariat exécutif national de la Ceni d’entamer certaines opérations de préparation des élections pendant que les politiques et la société civile cherchent un large consensus. Cela aura l’avantage de dissocier le processus électoral des controverses politiques et d’échapper à une crise future due au glissement. Mais cette décision demande un degré élevé de confiance entre les acteurs qui, pour l’instant, est inexistant.

    Peu importe la décision du président de la République, le processus électoral est lancé sur une fausse note.

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    5 min
  • Vers la suppression de la taxe RAM en RDC ?

    Au marché, dans les bus 207 et dans les couloirs du palais du Peuple. Tout le monde parle du RAM, le Registre des appareils mobiles. Mis en place depuis un an, ce registre est une base de données qui collecte les numéros d'identification internationale des appareils portables. C'est un système mis en place, d'après les initiateurs, pour combattre le vol et le piratage des téléphones.

    C'est la taxe créée pour financer ce RAM qui est à la base de la polémique. Mercredi, le ministre des Postes, Télécommunications et Nouvelles technologies de l'information et de la communication, Augustin KIbassa Maliba, était à l’Assemblée nationale pour défendre la taxe RAM ; aujourd'hui nous abordons le sujet sur Po Na GEC, la capsule audio hebdomadaire du Groupe d'étude sur le Congo (GEC), basé à l'Université de New York, qui tente d'éclairer l'actualité congolaise. Je suis Jason Stearns, le directeur du GEC. Nous sommes le vendredi 15 octobre 2021.

    La taxe est de 7 dollars par an. Payable en six échéances, elle est automatiquement prélevée sur des crédits de communication à la recharge. Il s'agit d'un effort, selon Kibassa Maliba, pour maximiser les revenus dans un pays qui a l'un des pires niveaux de génération de revenus en Afrique - il n'est capable de rassembler que 8% de son PIB en revenus, deux fois plus bas que des pays comme la Mauritanie, le Rwanda ou le Mali.  Et Kibassa Maliba avait de grands projets pour cette taxe : selon lui, cette taxe n'était pas seulement censée financer le registre, mais aussi l'accès gratuit à internet dans les universités de l'État et autres espaces publics, ainsi que la construction des centres de formation de jeunes et plusieurs projets qui figurent dans le plan national du numérique. Huit différents sites Wifi gratuits sont déjà opérationnels, dit le ministre, et le registre permet déjà d'éviter les vols et les fraudes.

    Mais les problèmes sont nombreux. Aucun de ces projets ne figure dans la loi des finances de cette année, comme le souligne l'ONG l'Observatoire de la dépense publique (Odep). L'Odep est également sceptique quant au montant que le gouvernement dit vouloir réunir : 48 millions de dollars en 2021. Pour un pays qui compte au moins 38 millions d'abonnements téléphoniques, les recettes devraient être plusieurs fois supérieures. Claude Misare, un parlementaire d'Uvira, affirme que 80 millions de dollars ont déjà été récoltés, bien que le ministre affirme qu'il ne s'agit que de 25 millions. En outre, la taxe est régressive - elle est la même, quel que soit le revenu, et les consommateurs se sont plaints d'être prélevés deux, voire trois fois.

    La taxe est devenue une épine dans le pied de la coalition au pouvoir. Plusieurs des principaux critiques au Parlement sont membres de l'Union sacrée et 100 députés ont signé une motion de défiance, essentiellement des membres de la coalition FCC de Joseph Kabila, demandant la démission de Kibassa-Maliba.

    Sous pression, la coalition au pouvoir a convoqué une réunion mardi soir pour discuter de la question., Des participants, députés pour la plupart, sont apparemment parvenus à un accord pour défendre leur ministre : mercredi, dans l’incertitude d’un vote secret, la coalition au pouvoir a provoqué une motion incidentielle votée à main levée pour rejeter la motion de défiance. Kibassa-Maliba a essayé de rassurer que le gouvernement allait trancher sur l'avenir du RAM. Avec des clients confrontés à des paiements réguliers, ce dossier est loin d'être terminé.

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    4 min
  • Comprendre la crise institutionnelle dans l’Équateur

    C’est un scénario qui s’est joué dans plusieurs provinces du pays depuis l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi : des députés évincent le gouverneur ; le ministre de l’Intérieur intervient dans un sens ou dans l’autre ; la Cour constitutionnelle saisie, tranche : soit elle confirme la décision de l’assemblée provinciale soit elle réhabilite le gouverneur déchu. Après l’Ituri, le Kongo-Central, le Sankuru, le Haut-Lomami, le Kasaï, le Kasaï Oriental entre autres, le nouvel épisode se déroule dans la province de l’Équateur. Là-bas, la tension entre le gouverneur réhabilité Dieudonné Boloko Bolumbu dit « Bobo » et l’assemblée provinciale a atteint son point culminant. Comment comprendre cette crise institutionnelle dans l’Équateur ?

    Bonjour,

    Je suis Trésor Kibangula, analyste politique au sein du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche de l’Université de New York. Vous écoutez le 34ème numéro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente d’éclairer les questions d’actualité en RDC. Nous sommes le vendredi 8 octobre 2021.

    Récapitulons. Le 6 juillet, à Mbandaka, 13 députés provinciaux sur 20 présents votent une motion de défiance contre le gouverneur « Bobo » pour détournement de fonds publics et incompétence. À Kinshasa, cette mise à l’écart est vécue comme un affront. D’autant que le chef de l’exécutif provincial déchu, pro-Joseph Kabila au départ, a rejoint, comme la grande majorité de ses pairs, l’Union sacrée de la nation, coalition politique autour du président Félix Tshisekedi. Le 8 juillet, Daniel Aselo Okito, vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur, rappelle alors à Kinshasa « Bobo » et Claude Buka, le président de l’assemblée provinciale pour consultations. Le lendemain, à Mbandaka, Peter Lopose, rapporteur de l’assemblée provinciale, annonce que la déchéance du gouverneur a été annulée par le vice-Premier ministre. Puis, le 18 août, après plus d’un mois de confusion et de tension, la Cour constitutionnelle saisie par le gouverneur tranche en faveur de ce dernier : « Bobo » est réhabilité.

    Mais, la crise institutionnelle est loin de se terminer. Et pour ne rien arranger, le 24 août, un message officiel du vice-Premier ministre interdit au président de l’assemblée provinciale d’engager son institution. Claude Buka n’en a cure. Peu importe d’ailleurs si un bureau d’âge a été mis en place pour remplacer le sien. Le 30 septembre, il se présente à l’assemblée provinciale pour ouvrir la nouvelle session ordinaire, mais il est empêché par la police d’accéder à l’hémicycle. Des échauffourées éclatent entre ses partisans et les forces de l’ordre. Bilan : des blessés et un mort, selon la société civile locale. Le vice-Premier ministre est désormais ciblé par une question orale avec débat sur ce dossier à l’Assemblée nationale.

    Comment en est-on arrivé là ? « Nous avons un gros souci avec les assemblées provinciales qui dénotent du manque de culture politique des élus en provinces », nous répond un proche collaborateur du chef de l’État. En clair, des députés provinciaux sont pointés. On leur reproche de mener du chantage et du racket. Grands électeurs pour l’élection de gouverneurs de province et détenteurs de la motion de censure, certains, si ce n’est pas la plupart, n’hésitent pas à monnayer leur vote. Ainsi, suivant les rapports de force politique ou économique, la majorité bascule d’un camp à l’autre en un clin d'œil. Ce qui entraîne une instabilité déconcertante remarquée au sommet de plusieurs exécutifs provinciaux. Face à cette situation, au lendemain de la rupture entre Kabila et Tshisekedi fin décembre, Gilbert Kankonde, alors ministre de l’Intérieur, avait d’ailleurs demandé aux assemblées provinciales le « report immédiat de toute initiative parlementaire susceptible de conduire à une motion de censure ou de défiance contre des gouverneurs des provinces ».

    Constat : les pouvoirs provinciaux sont en panne. Ils étaient censés réduire la concentration des pouvoirs à Kinshasa, mais le jeu politique actuel démontre que le pouvoir central et les pouvoirs provinciaux demeurent entremêlés. Aussi le transfert des compétences exclusives aux provinces n’est-il pas toujours effectif ; la retenue à la source des 40 % des recettes provinciales inopérante… Autant de problèmes qui nécessitent sans doute de repenser la décentralisation, ou du moins les modalités de sa mise en œuvre.

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    Comprendre la crise institutionnelle dans l’Équateur 

    5 min
  • Quelle justice pour les victimes du KasaĂŻ ?

    Le 20 septembre, 23h40. Le journaliste Sosthène Kambidi, correspondant d’actualité.cd et d’AFP au Kasaï, est arrêté par des militaires en civil, à son hôtel à Kinshasa, la veille de son retour à Kananga. Le lendemain, on découvre qu’il est détenu par l’auditorat militaire à Kinshasa, sans avocat, dans le cadre de l’enquête sur la mort des experts des Nations unies tués au Kasaï en mars 2017, lors de l’insurrection dite « Kamuina Nsapu ». Pourquoi avoir arrêté ce journaliste qui a tant contribué à l’établissement de la vérité dans le double assassinat des experts et à la compréhension des violences survenues au Kasaï en 2016 et 2017 ?

    Bonjour ! Je m’appelle Joshua Walker--je suis le directeur de programme du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche basé à l’Université de New York. Nous sommes le vendredi 1er octobre. Vous écoutez le 33e épisode de Po na GEC, notre capsule audio qui tente d’éclairer les sujets d’actualité en RDC.

    En effet, Sosthène Kambidi, depuis son arrestation la semaine passée, a été auditionné deux fois, dont la deuxième séance a fini à 1h30 du matin, par les magistrats de l’auditorat militaire et les représentants du mécanisme de suivi mis en place par les Nations Unies pour assister la justice militaire dans le cadre de ce procès. Privé de ses téléphones et de son ordinateur portable, coupé de tout contact avec sa famille, Sosthène Kambidi est détenu pendant 36h avant d’être autorisé à être assisté par un avocat. Il est inculpé et mis sous mandat d’arrêt le vendredi 24 septembre. Le mardi 28 septembre, il est transféré à Kananga. À son arrivée, il y a une certaine confusion sur son statut puisqu’il est aussi renseignant aux yeux de la cour militaire. Son avocat sollicite par écrit la copie de son dossier et la clarification sur son statut le même jour. Son client est finalement entendu ce jeudi 30 septembre comme simple témoin.

    Quatre ans après la mort des experts de l’ONU, le procès sur leur meurtre à la cour militaire de l'ex-Kasaï Occidental tarde à se clôturer. L’instruction se poursuit avec l’assistance du mécanisme de l’ONU. Le contenu de cette enquête, qui se déroule en parallèle avec le procès, est inconnu. Mais avec l’arrestation du journaliste Sosthène Kambidi, l’une des pistes suivies a été révélée. Cette instruction s’intéresse à la vidéo du meurtre et ceux qui ont pu y avoir accès. Quatre ans après les faits, ce sont des journalistes qui ont été les premiers visés, accusés d’avoir tenté de marchander la vidéo par une des autorités locales. En plus de Sosthène Kambidi, un autre journaliste, Israël Ntumba, arrêté depuis juillet, à Kinshasa, est lui aussi transféré à Kananga depuis le début de semaine. Mais il n’a jamais pu être confronté à son accusateur.

    Sous la menace d’une accusation de terrorisme, ces journalistes ont été contraints de révéler leurs sources. Parmi elles, l’avocat Prospère Kamalu arrêté ce lundi 27 septembre alors qu’il s’était présenté spontanément. La détention de tous ces individus et les conditions dans lesquelles ils ont été auditionnés soulèvent des questions sérieuses sur le respect des procédures par la justice militaire et sur l’implication du mécanisme de suivi des Nations Unies dans ses auditions. En réponse aux critiques, un porte-parole du secrétaire général de l’ONU a assuré que toutes les procédures avaient été respectées.

    L’autre question posée par l’arrestation du journaliste Sosthène Kambidi et les récents développements autour du procès sur le meurtre de Michael Sharp et Zaïda Catalan, c’est l’absence de justice pour les milliers de Kasaïens qui ont souffert en 2016 et 2017 pendant la rébellion dite « Kamuina Nsapu ». Si le procès des assassins présumés de deux experts étrangers piétine, des milliers de victimes congolaises attendent, elles, l’ouverture des procès. Dans un communiqué de presse publié le 16 septembre, l’Association des victimes du Grand Kasaï a marqué sa défiance envers la justice militaire congolaise : elle annonce avoir déposé une plainte auprès du bureau du procureur de la Cour pénale internationale. De surcroît, elle cite des autorités politico-militaires de l’époque, jusqu’au point de tenir comme responsable l’ancien chef de l’État, Joseph Kabila.

    Jusqu’à quand les victimes au Kasaï devront-elles attendre pour obtenir justice ?

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    5 min
  • Fatshi l’Africain

    « L’Afrique n’a pas besoin d’aumône ! Elle se bat pour conquérir des espaces de liberté et d’action dans un monde toujours en compétition, afin de se forger un destin meilleur et d’apporter davantage sa contribution au progrès général de l'humanité ». Ces mots sont ceux du président congolais Félix Tshisekedi à la tribune des Nations Unies lors de la 76e session de l’Assemblée générale. Que peut-on retenir du discours du président de la République ?

    Je suis Fred Bauma, directeur de recherche du Groupe d’Étude sur le Congo, centre de recherche de l’Université de New York. Dans ce 32ème numéro de Po na Gec, je commente la dernière sortie du président de la République démocratique du Congo. Nous sommes le vendredi 24 septembre 2021.

    Tshisekedi aura tenu à être présent à cette session de l’Assemblée Générale de l’ONU, un rendez-vous annuel des décideurs, perturbé par la pandémie du Covid-19. D’ailleurs, pour la précédente session, les chefs d'États et de gouvernements s’étaient contentés de lire leurs discours devant de petits écrans, craignant d’accentuer davantage la propagation du virus.

    Pour son discours, le président congolais, qui est à la tête de l’Union Africaine cette année, s’est appesanti sur les défis auxquels fait face le continent. « Nous avons voulu porter la voix du continent  », m’expliquait Patrick Muyaya, le porte-parole du gouvernement congolais. Des 15 pages du discours du Président, au moins 10 sont consacrées à la situation générale de l’Afrique, le Congo n’étant cité qu’en filigrane.

    Et le Covid, aura été un des grands thèmes du discours de Fatshi qui s’est fait vacciné seulement à la veille de son voyage pour New York. Le président congolais a plaidé, avec raison, pour plus d’équité dans la réponse contre le Covid, pour un plus grand accès aux vaccins et pour des réformes structurelles dans le secteur de santé. L’objectif étant d’arriver à « distribuer plus de 25 millions de vaccins par mois ». M. Tshisekedi a raison : à ce stade, seuls deux Africains sur cent sont vaccinés, contre une moyenne mondiale de 46 %. Aussi, les vaccins destinés aux Africains sont considérés douteux par certains pays occidentaux comme la Grande-Bretagne. Mais Félix Tshisekedi a aussi raison d’alerter contre les « inégalités que peut engendrer la reprise économique post-Covid ». D’où son plaidoyer pour « plus de financement » et « un allègement de la dette africaine ». D’autres sujets abordés par le Président de la République concernent l’intégration régionale, le multilatéralisme, ou encore la protection de l’environnement. Sur ce dernier point, le Président congolais a plaidé, non sans raison, pour une « compensation des sacrifices consentis par les Africains pour préserver l’humanité contre le réchauffement climatique ». Sera-t-il écouté ?

    Toutefois, deux autres sujets abordés par le chef de l'État congolais peuvent faire débat.

    D’abord, tout en reconnaissant la nécessité « des institutions démocratiques fortes et stables », le président voit le terrorisme et la violence armée en général comme la principale menace au progrès démocratique sur le continent. Alors que sous sa présidence à la tête de l’Union Africaine, des changements anticonstitutionnels se multiplient avec au moins deux coups d’état au Mali et en Guinée, un changement discutable au Tchad ainsi deux coups d'état ratés au Niger et Soudan, le président n’a pas daigné aborder la brulante question de manipulations des constitutions et d’élections truquées qui font le lit de la contestation et éventuellement servent de justification pour certains de ces coups d’états. Il n’a pas non plus dit mot sur l’incapacité de l’Union Africaine à aborder ouvertement ces problématiques.

    Aussi, parlant de la RDC, le président a déploré ce qu’il appelle « l’intégrisme islamiste » qui, selon lui, endeuille l’Est de la RDC, de l’Ituri au Maniema en passant par le Nord et Sud Kivu. Cette lecture est pour le moins contestable. S’il est vrai que les défis sécuritaires semblent se multiplier sur le continent et constituent une menace à la stabilité de différents pays, il est difficile de lire tous les conflits sur le continent sous l’angle du terrorisme. Aussi, il est erroné et dangereux de recadrer la problématique des groupes armés en RDC sous cet unique angle.Pour ce qui est du Congo, seul les ADF ont un lien avec l’Islamisme et même pour ce groupe, le label de djihadisme ou terrorisme cache la complexité des motivation et des acteurs. Comme indiqué dans des précédents Po Na Gec, une telle lecture pourrait conduire à des solutions exclusivement militaires sans tenir compte des réalités locales et de la complexité de la dynamique des conflits.

    Le président Tshisekedi, pourrait-il, dans les cinq mois qui lui restent à la tête de l’Union Africaine, réussir à remettre le continent sur la voie de la démocratie, de la stabilité et de l’émancipation économique?

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    5 min
  • Pourquoi Bintou KeĂŻta « change le narratif » sur les FARDC

    Le territoire de Beni est le plus meurtrier du Kivu. Plus de 480 civils y ont été tués cette année, principalement lors de massacres perpétrés par les ADF, un groupe armé originaire d’Ouganda. À ce jour, l’état de siège n’y a rien changé : plus de 200 civils ont été tués à Beni depuis son instauration.

    Pourtant, pendant sa visite sur ce territoire début septembre la cheffe de la Monusco s’est montrée très bienveillante à l’égard des autorités. Le 9, Bintou Keïta a affirmé que l’état de siège était un « outil très important de la lutte contre l’insécurité ». Et le lendemain, la Monusco et l’armée congolaise se sont félicitées de leur collaboration dans un communiqué conjoint, un format jamais vu dans l’histoire récente.

    Alors, qu’est-ce qui explique cette communication positive à l’égard des FARDC ?

    Nous sommes le vendredi 17 septembre et vous écoutez le 31e numéro de Po na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo de l’Université de New-York, qui tente d’éclairer l’actualité de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, le coordonnateur du Baromètre sécuritaire du Kivu, et cette semaine nous nous intéressons à la communication de la Monusco à l’égard des FARDC.

    En effet, cela faisait très longtemps qu’un tel rapprochement public entre la Monusco et l’armée congolaise n’avait pas eu lieu. Sans doute depuis leur alliance pour combattre le Mouvement du 23-Mars (M23), en 2012. Après la victoire, la défiance s’était de nouveau installée entre les deux parties. L’ancien président, Joseph Kabila, avait même réclamé le départ des casques bleus à plusieurs reprises lors de son deuxième mandat.

    La donne a changé avec l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi, et avec celle de Bintou Keïta à Kinshasa. Tout au long des six premiers mois de son mandat, la cheffe de la Monusco a affiché une attitude très positive.

    L’optimisme est certainement louable, et sans doute nécessaire pour contribuer à un changement. Mais il est peut-être plus discutable s’il aboutit à balayer des inquiétudes légitimes. L’état de siège fait ainsi l’objet de réserves croissantes de la société civile et des élus du Nord-Kivu et de l’Ituri, qui pointent l’incapacité de cette mesure à améliorer la situation.

    Pour autant, ces derniers jours, Bintou Keïta a axé sa communication, sur « ce qui est en train d’être fait », évoquant même « des territoires qui sont en train d’être récupérés ». Elle a même appelé la « société civile » et les « leaders d’opinion » à la solidarité avec « l’armée et la police », un discours qui rappelle celui du gouvernement lui-même, avec sa volonté de « changer le narratif » sur la RDC.

    Lorsque c’est la cheffe de la Monusco qui le tient, cependant, il prend le risque de masquer le rôle de certains membres des FARDC dans l’insécurité à l’Est, ainsi que de faire apparaître la mission comme partisane, alors que le pays approche d’une nouvelle période électorale. 


    Alors, pourquoi cette stratégie de communication ? Il faut rappeler que le Conseil de sécurité a demandé avec insistance à la Monusco de mener « des offensives ciblées et énergiques » pour neutraliser les groupes armés. Les importantes manifestations auxquelles Bintou Keïta a dû faire face, à Beni, au mois d’avril, allaient dans le même sens : les casques bleus étaient accusés de passivité.

    Il est donc logique que Bintou Keïta veuille faire plus sur le plan militaire d’ici. Mais le commandement de la force estime qu’il est quasiment impossible de mener davantage d’offensives sans une étroite coopération avec les FARDC. Sans planification conjointe des opérations, le risque de se retrouver associé à des violations des droits humains ou de tirs fratricides dans la dense forêt de Beni est perçu comme trop important.

    Or une partie des FARDC est très réticente à coopérer avec la Monusco. Son état-major n’avait, par exemple, pas associé la mission à son offensive de grande envergure contre les ADF fin 2019.

    Cette communication semble donc s’adresser en partie au gouvernement et aux FARDC eux-mêmes, en espérant qu’elle permette la reprise d’une étroite coopération.

    Sur le terrain, la Monusco a fourni un appui aérien aux FARDC mi-août à Beni. C’était la deuxième fois cette année. Et depuis le 7 août, les deux forces escortent conjointement des convois sur la Route nationale 4, entre Beni et Komanda. Elles ont connu un grave raté le 1er septembre, avec une attaque du convoi qui a coûté la vie à 4 civils. Et la Monusco assure que d’autres opérations conjointes sont en cours de planification, sans donner de précisions. Souhaitons qu’elle conserve tout le recul nécessaire pour prendre en compte les causes profondes du conflit.

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    5 min
  • RDC-Chine : comment ça va ?

    Cette semaine, un documentaire intitulé “En finir avec la traite négrière en Afrique'' a suscité un vif débat sur les réseaux sociaux en RDC. Alain Foka, journaliste africain chevronné, a affirmé que l'esclavage était bien présent, aujourd’hui encore sur le continent africain : En effet, Des entreprises chinoises font travailler des Congolais dans des conditions inhumaines pour exploiter des mines d'or et d'étain dans l'est du Congo. Un tollé s'en est suivi, et les activités de 6 entreprises chinoises ont été suspendues.

    Que dit cet incident sur l'état général des relations entre le Congo et la Chine ?



    Bonjour, je suis Jason Stearns, directeur du Groupe d'étude sur le Congo, centre de recherche de l'Université de New York. Vous écoutez le 30ème numéro de Po Na GEC. Nous sommes le vendredi 10 septembre 2021.


    Aujourd’hui, je me penche sur cette affaire dans le contexte géopolitique plus large de la région. Ces dernières années, le Congo a accueilli des dizaines de sociétés minières chinoises, petites et grandes. Si le documentaire d’Alain Foka se concentre sur l'exploitation minière semi-artisanale, les entreprises chinoises dominent désormais aussi l'exploitation minière industrielle dans le pays. Sept des dix plus grandes entreprises en termes d'exportations de cuivre et de cobalt sont détenues en majorité par des sociétés chinoises. Ce phénomène est particulièrement important à l'heure où le monde passe des combustibles fossiles aux énergies renouvelables. Le cobalt est un ingrédient clé des batteries utilisées dans la plupart des voitures électriques. Il en est de même du lithium, également présent en RDC. Manono Lithium, une multinationale basée en Australie, dont la production devrait démarrer dans le courant de l'année, pourrait devenir l'un des plus grands producteurs de ce minerai au monde. Et l'on craint de plus en plus qu'une nouvelle guerre froide entre la Chine et les États-Unis ne débouche sur une guerre pour les chaînes d'approvisionnement en minéraux critiques, les entreprises chinoises contrôlant déjà la majorité de la production de lithium et de cobalt dans le monde.


    En d'autres termes, des scandales comme les mauvais traitements infligés aux travailleurs congolais par leurs dirigeants chinois au Sud Kivu, peuvent rapidement devenir des incidents géopolitiques. L'ambassadeur de Chine en RDC a rapidement réagi, condamnant toute exploitation illégale des ressources naturelles dans le pays, mais mettant également en garde contre la diffamation et la xénophobie.

    Cet incident survient alors que les relations entre les deux pays ne sont pas aussi étroites que sous Kabila. Félix Tshisekedi voudrait, lui, reconstruire les relations du Congo avec les États-Unis et les pays occidentaux. Son premier voyage hors d'Afrique a été effectué à Washington, et il entretient une relation étroite avec l'ambassadeur des États-Unis. Son gouvernement a reçu des milliards de dollars de soutien de la part de la Banque mondiale et du FMI, des décaissements qui ont été soutenus par les États-Unis. Cela s'est-il fait au détriment des relations congolaises avec la Chine ? En tout cas, Tshisekedi n’a pas encore fait de visite officielle dans ce pays, pourtant premier partenaire commercial du Congo et l'un de ses plus gros investisseurs. Et cette année, le Premier ministre Sama Lukonde s'est affairé à revoir des contrats clés avec des entreprises étrangères : des blocs pétroliers appartenant à Dan Gertler, l'homme d'affaires israélien historiquement proche de Kabila, en Ituri, ainsi que des contrats miniers dans la ceinture de cuivre. Les plus importants d'entre eux appartiennent à des sociétés chinoises : Tenke Fungurume et Sicomines.

    On peut espérer que le but de cette politique n'est pas de marquer des points géopolitiques mais de s'assurer que les travailleurs congolais sont traités dignement et que le pays reçoit sa juste part des profits miniers.


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    Passez un excellent week-end. Au revoir.

    4 min
  • L’état de siège, des auditions et des enseignements

    Que se dit-il derrière les portes closes de la Salle des banquets du palais du Peuple ? Entre le 5 et le 26 août dernier, cinq ministres y ont défilé devant la commission défense et sécurité de l’Assemblée nationale. Mais aussi le chef d’état-major général de l’armée ainsi que les gouverneurs militaires du Nord-Kivu et de l’Ituri, provinces placées sous l’état de siège. Et ce n’est pas tout : sont désormais attendus pour être également auditionnés, dans les prochains jours : l’inspecteur général des finances, l’inspecteur général de l’armée et celui de la police. Officiellement, c’est une évaluation à mi-parcours de l’état de siège. Dans les faits, une seule question est sur toutes les lèvres : où sont vraiment passés les fonds débloqués par l’État pour la mise en œuvre de cette mesure exceptionnelle dans l’est de la RDC ?

    Bonjour,

    Je suis Trésor Kibangula, analyste politique au sein du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche de l’Université de New York. Vous écoutez le 29ème numéro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente d’éclairer les questions d’actualité en RDC. Nous sommes le vendredi 2 septembre 2021.

    Alors, que nous inspire cette série d’auditions à huis-clos devant la commission défense et sécurité de l’Assemblée nationale ?

    Le premier enseignement est en fait une confirmation. Comme pour le projet de loi d’habilitation - voulu par le chef de l’État mais boudé par des députés et, finalement, jamais examiné -, certains élus refusent de se cantonner au rôle de caisse de résonance de l’exécutif. Du moins, en ce qui concerne l’état de siège qui, par ailleurs, vient d’être renouvelé pour la septième fois consécutive pour la période du 3 au 17 septembre.

    Fin juillet, une mission de contrôle initiée par le ministère de la Défense a révélé que quelques haut-gradés de l’armée ont conservé 13 millions de dollars à Kinshasa alors que ces fonds étaient destinés aux opérations militaires sur le terrain, dans les provinces concernées par l’état de siège. “Cet argent devait servir notamment à acheter des drones et autres équipements militaires”, confie un ministre proche du dossier. Ce que confirme un autre collaborateur du chef de l’État, précisant de son côté que la première tranche décaissée par le gouvernement se situerait autour de 30 millions de dollars américains sur un total d'environ 50 millions déjà débloqués depuis l’instauration de l’état de siège.

    C’est d’ailleurs là le deuxième enseignement de ce contrôle parlementaire qui s’intéresse à la traçabilité des fonds engagés et les modalités de leur décaissement en procédure d’urgence. En “se pliant à l’exercice”, pour emprunter l’élément de langage repris dans l’entourage du président Félix Tshisekedi, le pouvoir actuel veut donc démontrer qu’il n’a “rien à cacher” et, surtout, qu’il est prêt à jouer, lui aussi, la carte de la redevabilité.

    De fait, cette approche est destinée à renforcer l’idée que le pouvoir de Tshisekedi voudrait faire passer, celle d’un régime qui s’engage véritablement dans la lutte contre la corruption. Ce qui ne serait que bénéfique pour l’image du chef de l’État auprès des partenaires financiers internationaux de la RDC mais aussi au sein de l’opinion publique. N’entend-on pas déjà certains milieux politiques proches du pouvoir applaudir le fait que, pour la première fois depuis bien longtemps, le circuit des dépenses allouées à l’armée soit enfin audité ? D’autant que des détournements des soldes des militaires, voire celles des troupes engagées sur de différents fronts, ne surprennent plus personne au Congo et ne déclenchent souvent pas de poursuites. Voilà donc que les choses changent, se félicite-t-on à l’Inspection générale de l’armée : dans ce dossier, elle indique d’ailleurs que sept officiers des FARDC soupçonnés d’être impliqués dans le détournement des fonds ont été arrêtés à Bunia. À Beni, ils sont trois officiers et un sous-officier aux arrêts, également accusés de détournement.

    Et la filière remonterait, très probablement, jusqu’à l’état-major des FARDC à Kinshasa. On se souviendra qu’il y a peu, vers la fin du mois de juin, le président Tshisekedi dénonçait publiquement la “mafia” dans l’armée, des “magouilles qui minent nos forces de sécurité”. Moins de trois mois après, ces auditions qui devraient être sanctionnées par un rapport mais aussi des enquêtes en cours de l’Inspection générale de l’armée offriront sans doute au chef de l’État la possibilité de se débarrasser de nouveau de quelques haut-gradés, au nom de la lutte contre la corruption. Une fois` de plus, Tshisekedi s’appuiera alors sur le levier justice de son pouvoir pour écarter de nouveau certains puissants et intouchables d’hier. Il renforcera ainsi son influence sur le système institutionnel et, en même temps, s’assurera d’avoir l’opinion publique avec lui. Encore faut-il que ces éventuels remaniements au sein de l’armée s'accompagnent des résultats sur le terrain. Ce qui paraît être le dernier enseignement de ces auditions, lesquelles se poursuivront sûrement après l’interminable session ordinaire de mars… toujours en cours.

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  • Pourquoi‌ ‌la‌ ‌diplomatie‌ ‌congolaise‌ ‌a-t-elle‌ ‌(encore)‌ ‌perdu ?‌ ‌

    Le 17 août, à Lilongwe, au Malawi, une douche froide s’est abattue sur la délégation congolaise. Avec le président Félix Tshisekedi à sa tête, celle-ci espérait l’élection de son candidat, l’économiste Faustin Luanga, au poste de secrétaire exécutif de la SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe. Mais c’est son rival, le botswanais Elias Mpedi Magosi, qui a été choisi. Alors, qu’est-ce qui n’a pas marché ?


    Nous sommes le vendredi 27 août et vous écoutez le 28e numéro de « Po na GEC », la capsule audio du Groupe d’études sur le Congo de l’Université de New-York, qui tente d’éclairer l’actualité de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, le coordonnateur du Baromètre sécuritaire du Kivu, et cette semaine nous nous intéressons au dernier revers enregistré par la diplomatie congolaise. 


    Car l’échec de Lilongwe n’est pas le premier depuis l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi. Il y a eu le raté des discussions entre l’Egypte et de l’Ethiopie hébergées à Kinshasa, en avril, dans le cadre de la présidence de l’Union africaine. Et plus récemment, en juin, celui de la candidature de la RDC au Conseil de sécurité de l’ONU. 

    Pour la SADC, la campagne congolaise a sans doute commencé trop tard. Elle n’a véritablement été lancée qu’en juillet, alors que ce type de poste se négocie souvent des mois, voire des années à l’avance. Elle a, en plus, été perturbée par l’accession d’Israël au statut de membre observateur de l’Union africaine, dont ma collègue, Ange Makadi Ngoy, a parlé dans un précédent épisode de Po na GEC. L’Afrique du Sud, très engagée pour la cause palestinienne, y était opposée et l’a reproché à la RDC, qui préside l’Union africaine.


    Avec l’autre poids lourd de la SADC, l’Angola, les relations ne sont pas au beau fixe non plus. Le 16 août, un courrier du chef d’état-major des FARDC, Célestin Mbala, rapportait la violation des eaux territoriales par la marine angolaise. Suite à cela, l’ambassade d’Angola à Kinshasa s’est fendu d’un communiqué indigné sur ce qu’elle qualifie de fausses informations. La volonté du président Tshisekedi de rouvrir le dossier du différend pétrolier a sans doute joué dans cette dégradation. 

    Cela amène à se poser cette question : la RDC a-t-elle bien mesuré les susceptibilités de l’Afrique australe ?


    Ces pays, encore dirigés pour la plupart par des mouvements de libération, sont notamment très soucieux d’éviter toute ingérence dans leur zone. Cette préoccupation était visible, récemment, sur le dossier du Mozambique, autre pays d’Afrique australe. Sa région du Cabo Delgado est touchée par une insurrection islamiste. Or le premier pays à y envoyer des troupes n’a pas été un pays de la SADC, mais un pays d’Afrique de l’Est, le Rwanda, en juillet. Kigali l’a fait à la demande du gouvernement mozambicain, mais sans consulter l’organisme régional. Cela a fortement déplu aux capitales d’Afrique australe.

    Or, la RDC de Félix Tshisekedi s’est beaucoup rapprochée de ses voisins de l’Est : elle s’est portée candidate au statut de membre de la Communauté d’Afrique de l’Est. Elle a signé des accords de construction d’infrastructure avec l’Ouganda ou encore d’exploitation minière avec le Rwanda – deux pays contre lesquels l’Angola s’était battu pendant la deuxième guerre du Congo.  


    Enfin, sous la présidence de Tshisekedi, la SADC a perdu le monopole qu’elle exerçait sur la brigade d’intervention de la Monusco – celle qui avait aidé Kinshasa à vaincre les rebelles du M23 en 2013. De nouveaux soldats sont en effet arrivés ces dernières semaines pour participer à cette brigade en provenance du  Kenya, qui n’est pas membre de la SADC.


    Pour autant, la délégation de RDC n’est pas rentrée bredouille de Lilongwe. Kinshasa a obtenu d’organiser le prochain sommet de la SADC, en août 2022, et occupera sa présidence tournante jusqu’en août 2023. Autre succès à signaler : le Congo devrait également présider la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, à partir de novembre 2022. Il faut enfin rappeler que sous l’ère Tshisekedi, la diplomatie congolaise a réussi à rétablir ses programmes avec le Fonds monétaire international, qui avaient été interrompus en 2012.


    Cela montre que la diplomatie congolaise peut aussi remporter des victoires. Peut-être doit-elle simplement adopter une stratégie plus ciblée, se fixer des objectifs à sa portée et donner plus de cohérence à ses relations extérieures pour les atteindre. 

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  • Comprendre la visite des forces spĂ©ciales amĂ©ricaines en RDC

    Le week-end dernier, une équipe des forces spéciales américaines a atterri à Kinshasa. Elle vient « appuyer la détermination expresse du président Tshisekedi à restaurer la paix et la sécurité dans l’Est de la RDC et à lutter contre DAECH-RDC », pouvait-on lire dans le communiqué de presse de l’ambassade américaine. Pour la présidence, il s’agit d' une concrétisation de la détermination sans faille du Président Tshisekedi pour restaurer la Paix et la Sécurité à l'Est du pays »[sic]..

    Je m’appelle Fred Bauma, je suis le directeur de recherche du Groupe d’étude sur le Congo, un centre de recherche basé à l’Université de New York. Dans ce 27e numéro de Po Na GEC, je me questionne sur l’objet de cette visite, la communication autour d’elle et les discussions qu’elle a engendrées.

    Officiellement, la mission de cette unité est de « réaliser une évaluation de la future équipe congolaise de lutte contre le terrorisme » et de faire des recommandations aux responsables congolais. Ces militaires devront également évaluer les capacités des gardes des parcs nationaux de Garamba et de Virunga, dans le Nord-est et l’Est de la RDC. Dans ces régions sévissent des groupes armés dont deux préocupent particulièrement les Etats-Unis d’Amérique : la LRA et surtout les ADF, dont le dernier rapport du groupe d'experts des Nations-Unies conteste qu’il soit sous le commandement direct de l'Etat islamique. Il s’agit donc d’une mission d'évaluation qui, selon plusieurs experts des questions sécuritaires, a pour l’instant peu de chances d’aboutir à des opérations américaines dans la région ni à un soutien militaire américain plus important.

    En effet, la reprise de la coopération militaire entre les Etats-Unis et la RDC annoncée solennellement en octobre 2020 peine encore à se matérialiser en un soutien logistique de taille comme le voudrait le gouvernement congolais. La présence d’officiers sanctionnés, la corruption au sein des FARDC ainsi que les abus des droits humains empêchent officiellement tout soutien substantiel. Selon des sources diplomatiques, la coopération militaire entre les USA et la RDC est pour l’instant limitée à la formation en droits humains , en anglais ou à quelques bourses pour des programmes académiques aux Etats-Unis.

    Pourtant, dans leur communication, la présidence de la République aussi bien que l’ambassade américaine, semblent vouloir amplifier la substance de cette mission. Ainsi, le 15 août 2021, deux jours après leur arrivée à Kinshasa, les forces spéciales américaines ont été reçues par le chef de l’État congolais. Sur une photo publiée sur le compte Twitter de l’ambassadeur américain, on voit cette dizaine de soldats en treillis, entouré par l’ambassadeur, le président et huit généraux de l’armée congolaise. Comment expliquer ce besoin d’amplification ? Dans un récent billet de blog, mon collègue Joshua Walker rappelait qu’ « En RDC comme ailleurs, le pouvoir politique des dirigeants réside, en partie, dans la gestion des perceptions du public ». Au moment où les critiques se lèvent pour dénoncer les faibles résultats de l’État de siège instauré depuis plus de trois mois à l’Est de la RDC, projeter l’image d’un renfort américain à des opérations imminentes pourrait avoir un effet psychologique réel sur la population en attente d’un sauveur. On se rappellera par exemple du déploiement des militaires américains au Gabon au lendemain des élections de décembre 2018 en RDC, ou même de la menace des sanctions, qui est souvent aussi efficace – si pas plus – que les sanctions elles-mêmes.

    Aussi, si la nature de l’Équipe congolaise de lutte contre le terrorisme reste encore une grande inconnue, l’ordre des événements invite à des interrogations. L’unité dont il est question n’aurait-elle pas pu être créée avant la proclamation de l’état de siège dont le but est principalement de mettre fin à l'activisme du groupe que cette unité est censée combattre ?

    Enfin, cette démarche semble s'inscrire dans la nouvelle narration née de la désignation, par le gouvernement américain le 10 mars 2021, de l'ADF comme État islamique en RDC. Cette description risque de ne favoriser que les réponses militaires, de minimiser la complexité des groupes armés dans l’est de la RDC.  Et surtout, il y a un risque de se distancier de la nécessité de résoudre les problèmes structurels internes à l’armée et de tenir redevable l'État congolais et ses services de sécurité.

    Dans tous les cas, la population attend une solution qui lui permettra de vivre enfin en paix.

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Chaque vendredi, Ebuteli et le Groupe d'étude sur le Congo (GEC) vous proposent « Po Na Biso (anciennement Po Na GEC) ». Il s’agit d’une capsule audio en format court (4 minutes maximum) qui résume, explique et donne le point de vue du GEC et d'Ebuteli sur les questions d’actualité en République démocratique du Congo.

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