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Or


Le 20 mars, un Tweet apparaĂźt sur le compte Twitter de Noel Tshiani : Ă©conomiste et candidat malheureux Ă l'Ă©lection prĂ©sidentielle de 2018. Son contenu ? Une proposition de modifier la constitution en rĂ©servant l'accĂšs Ă la prĂ©sidence congolaise aux individus nĂ©s de pĂšre et de mĂšre congolais. Proposition qui suscite un tollĂ© croissant sur les rĂ©seaux sociaux et dans le dĂ©bat public en RDC. Ă quoi servirait un tel "verrouillage" du sommet de lâĂtat ?
Bonjour ! Je mâappelle Joshua Walker, et je suis le directeur de programme du Groupe dâĂ©tude sur le Congo, centre de recherche basĂ© Ă lâUniversitĂ© de New-York. Vous Ă©coutez le 16e numĂ©ro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente d'Ă©clairer les questions d'actualitĂ© en RDC.
Nous sommes le vendredi 4 juin 2021.
Le dĂ©bat autour de cette proposition touche Ă la fois Ă des causes immĂ©diates et lointaines. Dâaucuns y voient une tentative politique liĂ©e Ă la âcongolitĂ©â : celle de bloquer la candidature de certains concurrents potentiels au prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi en 2023, notamment celle de MoĂŻse Katumbi, dont le pĂšre, Nissim Soriano, fut un immigrĂ© au Congo belge de lâĂźle de Rhodes en 1938. Pour dâautres, il sâagit dâune tentative par son auteur de sâattirer de lâattention et ainsi se rendre âpertinentâ sur la scĂšne politique congolaise.
Dans les faits, rien nâa encore Ă©tĂ© formellement proposĂ© Ă lâAssemblĂ©e nationale. Certains dĂ©putĂ©s de lâUnion pour la dĂ©mocratie et le progrĂšs social, UDPS, ont indiquĂ© au GEC avoir Ă©tĂ© approchĂ©s par lâauteur, sans sâĂȘtre engagĂ©s, pour lâinstant, Ă faire quoi que ce soit. Une autre possibilitĂ© : adresser Ă lâAssemblĂ©e nationale ou au SĂ©nat une pĂ©tition de rĂ©vision signĂ©e par 100 000 Congolais. Dâautres justifient cette initiative en Ă©voquant les Etats unis d'AmĂ©rique, dont la constitution nĂ©cessite que tout candidat Ă la prĂ©sidence soit un âcitoyen de soucheâ ou ânatural-born citizenâ. Sans pour autant rappeler que cette clause fait dĂ©bat au sein de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine.
Ă titre de comparaison, parmi les neuf pays voisins du Congo, seule la Zambie a une clause constitutionnelle semblable Ă la proposition actuelle en RDC, qui limite l'Ă©ligibilitĂ© Ă la prĂ©sidence aux individus dont les âdeux parents sont Zambiens de naissance ou de descendanceâ. Cette modification de la constitution zambienne, effectuĂ©e en 1996, Ă©tait largement perçue comme une tentative de Frederick Chiluba, alors prĂ©sident de la RĂ©publique, dâexclure la candidature de Kenneth Kaunda, premier chef de lâĂtat zambien, dont les parents Ă©taient nĂ©s au Malawi Ă l'Ă©poque coloniale.Â
Hormis les questions politiques immĂ©diates, l'idĂ©e de verrouiller l'accĂšs Ă la prĂ©sidence sur base de deux parents biologiques congolais rĂ©veille dâautres questions sociopolitiques plus Ă©pineuses. Comme le concept d'autochtonie ou de lâidĂ©ologie ânativisteâ, souvent connue en RDC sous le nom de âcongolitĂ©â. On se souviendra, par exemple, du slogan de campagne de Jean-Pierre Bemba en 2006--mwana mboka, fils du pays en lingala--qui Ă©voquait la thĂ©orie selon laquelle son adversaire, lâancien prĂ©sident Joseph Kabila, nâĂ©tait pas Congolais.
Le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi a exprimĂ©, Ă plusieurs reprises, sa volontĂ© de rĂ©former la constitution afin de lĂ©galiser la double nationalitĂ©. Du moins pour les Congolais d'origine. Il appartiendra alors Ă ceux qui voudraient verrouiller l'accĂšs au poste de prĂ©sident de la RĂ©publique de dĂ©montrer en quoi les nombreux congolais dâorigine qui seraient exclus de la course prĂ©sidentielle de cette maniĂšre, seraient moins lĂ©gitimes que ceux qui sont âde pĂšre et de mĂšre congolaisâ. Et aussi, dans quelle mesure la protection des intĂ©rĂȘts du Congo au sommet de lâĂtat passe nĂ©cessairement par les citoyens dont seuls les deux parents seraient congolais.
Les législateurs congolais pourront se prononcer dessus. Leur décision aura des conséquences à court et à long terme.
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Ă bientĂŽt !
Des colonnes de civils jetĂ©es dans la rue, baluchon sur la tĂȘte. Parfois de nuit et sous la pluie. Parfois arrĂȘtĂ© par les postes-frontiĂšres. Des maisons dĂ©vorĂ©es par les flammes. Des bateaux pris dâassaut par des habitants qui tentent, dĂ©sespĂ©rĂ©ment, de se conformer Ă lâordre de quitter la ville⊠Une fois encore, une fois de trop, les images de la dĂ©tresse des habitants de Goma Ă©taient rĂ©voltantes.
Cette fois, le dĂ©sastre nâa pas Ă©tĂ© causĂ© par un groupe armĂ©, comme en 2012, lorsque les rebelles du Mouvement du 23-Mars, avaient pris la ville. Il s' agit dâun dĂ©sastre naturel. Mais est-ce que cela signifie que les acteurs politiques ne portent aucune responsabilitĂ© dans la maniĂšre dont sâest dĂ©roulĂ©e cette tragĂ©die ?
Bonjour. Nous sommes le vendredi 28 mai et vous Ă©coutez le 15e numĂ©ro de Po na GEC, la capsule audio du Groupe dâĂ©tudes sur le Congo de lâUniversitĂ© de New-York, qui tente dâĂ©clairer lâactualitĂ© de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, le coordonateur du BaromĂštre sĂ©curitaire du Kivu, et cette semaine nous allons parler de la gestion de lâĂ©ruption du Volcan Nyiragongo.
Au cours de cet Ă©vĂ©nement, survenu samedi 22 mai, dans la soirĂ©e, et dans les jours qui ont suivi, la population a Ă©tĂ© largement livrĂ©e Ă elle-mĂȘme, avec peu dâinformations fiables et claires.
Ă la dĂ©charge des autoritĂ©s, le scĂ©nario qui sâest jouĂ©, avec ses multiples tremblements de terre postĂ©rieurs Ă l'Ă©ruption, a dĂ©sarçonnĂ© jusquâaux volcanologues les plus expĂ©rimentĂ©s. Ă lâheure oĂč nous enregistrons cette capsule, prĂšs dâune semaine aprĂšs le dĂ©but de lâĂ©ruption, les prĂ©visions ne font dâailleurs toujours pas consensus : y aura-t-il de nouvelles coulĂ©es de lave ou non ? Toucheront-elles la ville ? Le lac Kivu ? Le gaz contenu dans ses eaux pourrait-il ĂȘtre libĂ©rĂ© ? Aucune de ces hypothĂšses ne semble totalement Ă©cartĂ©e.
Par ailleurs, les autoritĂ©s congolaises ne sont pas les seules Ă avoir tĂątonnĂ© dans cette crise. Que dire, par exemple, de ce tweet postĂ© par la Monusco, le soir de lâĂ©ruption, et affirmant que la lave ne semblait pas se diriger vers la ville, alors que des maisons brĂ»laient dĂ©jĂ Ă sa pĂ©riphĂ©rie.
Pour autant, les autoritĂ©s ne pourront pas Ă©chapper Ă certaines questions. Au Nord-Kivu, le risque volcanologique est connu depuis presque toujours. En 2002, la lave avait dĂ©jĂ ravagĂ© une grande partie de la ville, ce qui avait amenĂ© Ă la crĂ©ation de lâObservatoire volcanologique de Goma, ou OVG.Â
Compte tenu de ces risques, le minimum nâaurait-il pas Ă©tĂ© dâavoir un plan dâĂ©vacuation fonctionnel ? Pourquoi les dispositifs dâalertes, comme les sirĂšnes, nâont-elles pas fonctionnĂ© ? Des exercices permettant dâenseigner la conduite Ă tenir en cas dâĂ©ruption nâauraient-ils pas dĂ» ĂȘtre mis en Ćuvre comme cela se fait dans dâautres pays exposĂ©s Ă ce type de risques ? Pourquoi les forces de l'ordre Ă©taient-elles invisibles dans les rues le 22 mai alors que le gouvernement dĂ©clarait lâactivation de ce plan ? Pourquoi les financements de lâOVG Ă©taient-ils coupĂ©s depuis plusieurs mois ? LâEtat de siĂšge, en vigueur depuis le 6 mai, a-t-il vĂ©ritablement facilitĂ© la prise de dĂ©cision ?
Et comment comprendre que les autoritĂ©s aient pris le temps de nommer les nouveaux chefs des villes et territoires du Nord-Kivu et de lâIturi le 26 mai alors quâelles avaient, sous les yeux, depuis la veille, un rapport trĂšs inquiĂ©tant de lâOVG, pour les gens.
Le gouverneur militaire de la ville Constant Ndima Kongba a finalement dĂ©cidĂ©, dâĂ©vacuer 10 des 18 quartiers de la ville. On peut lui reconnaĂźtre dâavoir pris une dĂ©cision logique au vu des scĂ©narios exposĂ©s par lâOVG.Â
Mais cette initiative a Ă©tĂ© mise en Ćuvre dans une grande confusion. Lâannonce a Ă©tĂ© faite au milieu de la nuit. Des ordres et contre-ordres sur les Ă©vacuations lacustres, et les destinations recommandĂ©es ont Ă©tĂ© prononcĂ©s. Et un manque criant dâinfrastructures attendait les dĂ©placĂ©s Ă leur points dâarrivĂ©e, comme Ă Sake. Ceci pourrait gĂ©nĂ©rer dâautres difficultĂ©s.Â
Ces dĂ©faillances devraient amener lâĂtat Ă un sĂ©rieux examen de conscience sur sa dĂ©sorganisation et ses prioritĂ©s. Afin que, lors de la prochaine Ă©ruption, la ville de Goma soit enfin prĂȘte.
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Le 17 mai, au cours dâune interview accordĂ©e Ă RFI et France 24, le prĂ©sident du Rwanda, Paul Kagame, est interrogĂ© notamment sur la possibilitĂ© de voir un jour des militaires rwandais rĂ©pondre des crimes commis en RDC et documentĂ©s dans le rapport Mapping et autres rapports de lâOnu. Sa rĂ©ponse soulĂšve une vague d'indignation en RDC, poussant le prĂ©sident congolais, FĂ©lix Tshisekedi, Ă rĂ©agir pour rassurer la population. Comment comprendre cette chaĂźne de rĂ©actions dans le pays ?
Bonjour !
Je mâappelle TrĂ©sor Kibangula et je suis analyste politique au sein du Groupe dâĂ©tude sur le Congo, centre de recherche basĂ© Ă lâUniversitĂ© de New York. Vous Ă©coutez le 14e numĂ©ro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente dâĂ©clairer les questions d'actualitĂ© en RDC.
Nous sommes le vendredi 21 mai.
Des bouts de phrases auront suffi pour enflammer la toile congolaise et susciter lâĂ©moi en RDC. Dans sa rĂ©ponse Ă RFI et France 24, le prĂ©sident rwandais estime que le rapport mapping est « hautement politisĂ© », que Dr Denis Mukwege, gynĂ©cologue congolais et prix Nobel de la paix 2018,  est devenu « un outil de ces forces quâon ne voit pas ». Plus polĂ©mique, dans la mĂȘme interview, Paul Kagame remet en question lâexistence mĂȘme des crimes commis par les troupes rwandaises en RDC. « il nây a pas eu de crimes, que ce soit par des personnes Ă©voquĂ©es ou des pays citĂ©s », conclut-il.
La rĂ©action ne sâest pas fait attendre : activistes, politiciens, dĂ©fenseurs des droits de lâhomme, et plusieurs autres personnalitĂ©s montent au crĂ©neau et condamnent ce quâils qualifient de « nĂ©gationnisme ». Certains, y compris des diplomates europĂ©ens, se contentent de rĂ©affirmer leur soutien public au Dr Mukwege. Dâautres exigent une forte rĂ©action du gouvernement congolais et menacent de manifester si rien nâest fait. Et les explications de Vincent Biruta, ministre rwandais des affaires Ă©trangĂšres, n'auront pas su mettre fin Ă la controverse. La situation est dâautant plus embarrassante que, dans la mĂȘme journĂ©e, FĂ©lix Tshisekedi, qui prĂ©side cette annĂ©e lâUnion africaine, s'est affichĂ©, dĂ©tendu, aux cĂŽtĂ©s de son âfrĂšreâ, comme il lâappelle, Paul Kagame Ă Paris.
Plusieurs raisons expliquent lâindignation en RDC. Dâabord, lâhistoire rĂ©cente des conflits violents dans lâEst et le rĂŽle trouble que le Rwanda y a souvent jouĂ©. Ce pays a aidĂ© Ă porter au pouvoir, le 17 mai 1997, Laurent-DĂ©sirĂ© Kabila Ă lâissue dâune campagne militaire victorieuse. Le Rwanda sâest ensuite retournĂ© contre Laurent-DĂ©sirĂ© Kabila et a depuis soutenu plusieurs rĂ©bellions et groupes armĂ©s responsables de nombreuses tueries: le RCD, le CNDP, le M23. Alors, le Rwanda, et Paul Kagame, son prĂ©sident, sont donc perçus comme Ă lâorigine des violences qui ont dĂ©jĂ coĂ»tĂ© la vie Ă des dizaines de milliers de personnes en RDC.
Il y a ensuite la fiertĂ© nationale dâun passĂ© idĂ©alisĂ© dâun grand Congo, ZaĂŻre Ă lâĂ©poque. Le temps oĂč le Congo dominait la politique et lâĂ©conomie rĂ©gionale. Ainsi, des images du marĂ©chal Mobutu recevant Paul Kagame, alors chef rebelle, ou encore celles de Joseph Kabila fustigeant le rĂŽle du Rwanda ont Ă©tĂ© ressorties et partagĂ©es sur les rĂ©seaux sociaux.
Enfin, et câest peut-ĂȘtre la plus importante raison de cette indignation des Congolais, le dĂ©sir de justice pour les crimes commis depuis les annĂ©es 90 par les diffĂ©rents belligĂ©rants, le Rwanda compris. Mais cette question de justice, qui est devenue centrale au combat de Dr Mukwege, peine encore Ă ĂȘtre adressĂ©e. Dans sa rĂ©action Ă la controverse, FĂ©lix Tshisekedi a dĂ©clarĂ© que pour lui, la prioritĂ©, câest de « ramener la paix dans lâest du pays, de mettre fin au cycle de la mort de nos compatriotes et aprĂšs aussi dâouvrir une page de justice qui ira dans tous les sens, transitionnelle ou pĂ©nale ».Â
Comme lâaura appris son prĂ©dĂ©cesseur, Joseph Kabila, lâimpunitĂ© ne saurait ĂȘtre un gage pour la paix. Bien au contraire. Dâautant quâune paix durable ne dĂ©coulerait que dâun processus de justice pour les crimes commis. L'idĂ©e de crĂ©ation des chambres spĂ©cialisĂ©es mixtes avait Ă©clos en 2010 mais sans jamais aboutir Ă une loi. Depuis, plus rien.
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Vous écoutez l'épisode 13 de Po Na GEC, capsule audio du Groupe d'étude sur le Congo qui tente d'éclairer, chaque vendredi, les questions d'actualité en RDC.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Dans le programme approuvĂ© par lâAssemblĂ©e nationale le 26 avril, le Premier ministre Sama Lukonde prĂ©sente un programme ambitieux qui comprend des rĂ©formes de l'armĂ©e et de l'administration, la mise en place de soins de santĂ© et d'un enseignement primaire gratuits, ainsi qu'un vaste projet d'infrastructures, le tout en deux ans et demi. Mais d'oĂč viendra l'argent ?
Bonjour !
Je m'appelle Jason Stearns et je suis le directeur du Groupe d'étude sur le Congo, centre de recherche basé à l'Université de New York. Vous écoutez le 12e numéro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente d'éclairer les questions d'actualité en RDC.
Nous sommes le vendredi 30 avril.
Dans son discours de prĂ©sentation du programme, le nouveau premier ministre a indiquĂ©  que ce plan coĂ»terait 36 milliards de dollars entre 2021 et 2023, soit 12  milliards de dollars de plus que le budget prĂ©vu pour cette pĂ©riode. En fait, mĂȘme ce budget prĂ©visionnel d'environ 7 milliards de dollars par an sera difficile Ă rĂ©unir pour le gouvernement. LâannĂ©e derniĂšre, le gouvernement n'avait pu lever que 3,7 milliards de dollars en 2020.Â
NĂ©anmoins, il y a quelques lueurs d'espoir. Le gouvernement pourrait augmenter ses recettes en luttant contre la corruption et l'Ă©vasion fiscale. Il s'agit d'un processus Ă long terme. Cependant, il y a des secteurs  oĂč des fuites pourraient ĂȘtre colmatĂ©es relativement facilement. Le gouvernement perd Ă©normĂ©ment d'argent en exonĂ©rations fiscales ; en 2020, par exemple, il a accordĂ© des exonĂ©rations fiscales d'une valeur de 818 millions de dollars, soit prĂšs d'un quart de toutes les recettes de cette annĂ©e-lĂ . Dans son programme, le Premier ministre Sama  a mentionnĂ© ces exonĂ©rations, ainsi que l'importance d'une meilleure application de la taxe sur la valeur ajoutĂ©e, l'une des plus grandes sources de revenus du pays.Â
La deuxiĂšme augmentation potentielle des recettes pourrait provenir du secteur minier. Environ la moitiĂ© des revenus du gouvernement provient de ce secteur, et les tendances dans ce domaine semblent prometteuses. Le cuivre, de loin la matiĂšre premiĂšre la plus importante, connaĂźt une hausse spectaculaire de son prix mondial, qui a presque doublĂ© lâannĂ©e passĂ©e. Dans le mĂȘme temps, bon nombre des plus grandes sociĂ©tĂ©s miniĂšres congolaises - Tenke Fungurume, Katanga Mining, MMG - ont remboursĂ© leurs investissements en capital et paient dĂ©sormais des impĂŽts sur les bĂ©nĂ©fices ou vont bientĂŽt commencer Ă le faire.Â
Finalement, les bailleurs de fonds pourraient aider. La Banque mondiale, en particulier, nourrit de grands projets pour le Congo. Elle veut dĂ©penser 800 millions de dollars pour soutenir l'Ă©ducation primaire gratuite, un autre demi-milliard pour soutenir les communautĂ©s vulnĂ©rables dans l'est du pays, et un demi-milliard pour les infrastructures et lâĂ©conomie Ă Kinshasa. Mais une grande partie de ce financement est conditionnĂ©e Ă des rĂ©formes. La Banque a reportĂ© sa premiĂšre tranche d'argent pour l'Ă©ducation en raison d'allĂ©gations de corruption - c'est probablement l'une des raisons pour lesquelles l'ancien ministre de l'enseignement primaire et secondaire Willy Bakonga a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© la semaine derniĂšre. Entre-temps, le FMI demande un audit de la Banque centrale, la publication des contrats miniers, ainsi que d'autres rĂ©formes.Â
Le gouvernement chinois est un autre donateur important. De nombreux auditeurs se souviendront de l'accord d'infrastructure de 6 milliards de dollars signĂ© entre le gouvernement de Kabila et la Chine en 2006. Cependant, une grande partie de cet argent n'est jamais arrivĂ©e - le gouvernement chinois Ă©tait censĂ© dĂ©penser 3 milliards de dollars dans la construction d'infrastructures (en grande partie par le biais d'entreprises chinoises), mais  jusqu'Ă deux tiers de ces fonds ne sont sans doute jamais arrivĂ©s en raison des prĂ©occupations de corruption et de mauvaise gestion exprimĂ©es par la partie chinoise. Si le gouvernement de Sama peut rĂ©pondre Ă ces prĂ©occupations, il est possible que certaines des infrastructures proposĂ©es puissent ĂȘtre construites avec de l'argent chinois. Â
Les dĂ©fis sont Ă©normes mais ces pistes montrent que lâespoir est permis. On ne manquera pas de revenir bientĂŽt sur ces questions.
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Au revoir!
âConstruire un Ătat fort, prospĂšre et solidaire.â Telle est la mission que sâest assignĂ©e le gouvernement de lâUnion sacrĂ©e de la nation. Pour y parvenir, son chef, Jean-Michel Sama Lukonde, compte sâappuyer sur un vaste programme qui sâarticule autour 15 piliers et 343 actions. Il a dĂ©posĂ©, le 20 avril, les 64 pages du document au bureau du prĂ©sident de lâAssemblĂ©e nationale, en attendant lâinvestiture de la nouvelle Ă©quipe gouvernementale quâil dirige. Si personne ne peut reprocher aux gouvernants dâĂȘtre ambitieux, il est tout aussi lĂ©gitime de s'interroger sur les moyens et les ressources disponibles pour atteindre les objectifs fixĂ©s dans un temps aussi court, soit entre maintenant et dĂ©cembre 2023.
Bonjour !
Je mâappelle TrĂ©sor Kibangula et je suis analyste politique au sein du Groupe dâĂ©tude sur le Congo, centre de recherche basĂ© Ă lâUniversitĂ© de New York. Vous Ă©coutez le 11e numĂ©ro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente dâĂ©clairer les questions dâactualitĂ© en RDC.
Nous sommes le vendredi 23 avril.
En parcourant le programme dâactions du gouvernement de lâUnion sacrĂ©e de la nation, lâon sâaperçoit, contrairement Ă celui portĂ© par lâĂ©quipe prĂ©cĂ©dente, quâil contient plusieurs mesures concrĂštes, parfois mĂȘme spectaculaires, Ă lâinstar de â[lâĂ©tablissement] dâune administration militaire dans les zones en proie Ă l'instabilitĂ© et aux conflitsâ.
En fait, certaines des actions reprises dans le programme du gouvernement Sama vont dans la bonne direction. Il en est ainsi de la volontĂ© exprimĂ©e entre autres de faire adopter des lois relatives Ă la justice transitionnelle et Ă lâaccĂšs Ă lâinformation, dâinterdire lâintĂ©gration des rebelles au sein de lâarmĂ©e et de la police, de trouver un large consensus pour des rĂ©formes constitutionnelles, de dĂ©politiser lâadministration publique, de protĂ©ger lĂ©galement les lanceurs dâalerte, dâunifier les rĂ©gies financiĂšres, de prĂ©voir dans le budget de chaque annĂ©e des crĂ©dits nĂ©cessaires pour le financement des Ă©lections, de dĂ©pĂ©naliser les dĂ©lits de presse, de rendre plus effectif le fonctionnement de la Cour des comptes.Â
Dâautres actions, en revanche, paraissent moins bien dĂ©finies : Ă©radiquer les groupes armĂ©s opĂ©rant dans le pays, limiter strictement l'octroi des exonĂ©rations dĂ©rogatoires, amĂ©liorer la gouvernance de la Regideso, construire des logements sociaux Ă travers la RĂ©publique, rationaliser les jours fĂ©riĂ©s. La liste de ces bonnes intentions sans indication claire de leur faisabilitĂ© est bien longue. Ă cĂŽtĂ© dâune vingtaine de nouvelles structures Ă crĂ©er, notamment lâAgence pour la promotion de lâinnovation, l'Office national de la pĂȘche, la Banque nationale de dĂ©veloppement et l'AcadĂ©mie pour lâapprentissage, la promotion et la protection des langues nationales.
Entre les lignes, le nouveau gouvernement laisse entendre quâil ne pourra pas tout faire. Dâautant que le pays peine Ă disposer dâun budget consĂ©quent. Et le temps ne joue nullement en sa faveur. Il ne lui reste quâun peu plus de deux ans pour mettre en Ćuvre une partie de cet ambitieux programme. Il va falloir donc mieux hiĂ©rarchiser ces 343 actions et indiquer clairement aux Congolais celles qui sont prioritaires, le temps quâil faut pour leur rĂ©alisation, leur coĂ»t financier, et qui en sont spĂ©cifiquement responsables.Â
Cette responsabilisation est dâautant plus nĂ©cessaire lorsquâon veut faire Ă©merger un Ătat fort Ă mĂȘme de pacifier lâest du pays. Mais renforcer lâarmĂ©e et la police par exemple, sans poser un diagnostic sĂ©rieux sur le comportement de ces forces de dĂ©fense qui, souvent, font Ă©galement partie du problĂšme puisquâĂ©galement pointĂ©s dans les violations des droits de lâhomme, la taxation de la population, le transfert d'armes et soutien Ă des groupes armĂ©s, occulte dans ce programme la nĂ©cessaire lutte contre lâimpunitĂ© au sein de lâarmĂ©e. La redevabilitĂ© Ă tous les niveaux nous paraĂźt pourtant ĂȘtre la clef de voĂ»te du Congo de demain qui se veut âfort, prospĂšre et solidaireâ.
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Il est enfin lĂ , le gouvernement Sama Lukonde. ComposĂ© de 56 ministres dont 15 femmes, cette nouvelle Ă©quipe gouvernementale couronne les tractations politiques dĂ©butĂ©es depuis le 23 octobre 2020. Ce jour-lĂ ,  le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi avait annoncĂ© les consultations nationales, mettant ainsi fin Ă la difficile relation quâil entretenait avec le FCC de son prĂ©dĂ©cesseur, Joseph Kabila. Six mois plus tard, Felix Tshisekedi trĂŽne seul Ă la tĂȘte de lâEtat. Quelles seront ses prioritĂ©s ?
Bonjour !
Je mâappelle Fred Bauma et je suis directeur de recherche au sein du Groupe dâĂ©tude sur le Congo, centre de recherche basĂ© Ă lâUniversitĂ© de New York. Ceci est le dixiĂšme numĂ©ro de Po Na GEC, notre capsule audio qui rĂ©sume, explique et donne notre avis sur les questions d'actualitĂ© en RDC.
Nous sommes le vendredi 16 avril. Â
Les Ă©toiles sont dĂ©sormais alignĂ©es pour Felix Tshisekedi qui, au bout de deux ans, a complĂštement inversĂ© les rapports de force entre lui et son prĂ©dĂ©cesseur Joseph Kabila. Le prĂ©sident avec un pouvoir limitĂ© au dĂ©part a cĂ©dĂ© la place Ă un homme fort, jouissant aussi bien dâune majoritĂ© au parlement que dâune cour constitutionnelle en sa faveur et une influence de plus en plus visible au sein des services de sĂ©curitĂ©.  Dans ce nouveau gouvernement, il a placĂ© son conseiller Ă la tĂȘte des finances pour renforcer Ă©galement son contrĂŽle dans ce secteur et un proche de la famille au ministĂšre de la dĂ©fense. Le nouveau prĂ©sident a donc, au moins pour lâinstant, les leviers politiques nĂ©cessaires pour appliquer son programme, inconnu jusque-lĂ , mais dont les dĂ©tails devraient ĂȘtre connus lors de lâinvestiture du gouvernement dans quelques jours.Â
Mais si tout semble lui sourire, le prĂ©sident aura face Ă lui la contrainte du temps. Il ne lui reste plus quâun peu plus de deux ans avant les prochaines Ă©lections. Deux ans donc pour mettre en Ćuvre son programme et satisfaire les attentes Ă©normes de la population.Â
Dans ce cas de figure et avec des moyens rĂ©duits, impossible de tout faire : FĂ©lix Tshisekedi devra faire des choix qui ne seront pas sans consĂ©quence. Dâune part, le prĂ©sident, qui devrait se prĂ©senter pour un nouveau mandat en 2023, pourrait prioriser les programmes âĂ impact rapideâ qui pourraient soutenir un agenda Ă©lectoraliste. Il pourrait ainsi lancer de nouveaux projets dâinfrastructures, investir dans des actions sociales comme la distribution des vivres et dâautres biens, ou encore aborder la question de la crise sĂ©curitaire dans lâEst du pays Ă travers des actions sporadiques sans en adresser les causes profondes. Cela pourrait lui garantir un soutien populaire. Cependant, cette approche, qui suit la logique du programme dâurgence, a plusieurs limites. Comme lâa montrĂ© le programme des 100 jours du prĂ©sident, le risque est de sâengager dans de multiples projets sans se soucier des procĂ©dures exigĂ©es et sans un bon suivi. Surtout, cette approche ne permet pas de rĂ©soudre les problĂšmes profonds de la sociĂ©tĂ©, de repenser la structure de lâĂ©conomie ou dâappliquer des grandes rĂ©formes nĂ©cessaires.Â
Dâautre part, le nouveau gouvernement pourrait se concentrer sur des rĂ©formes essentielles pour remettre la RDC sur le chemin de la paix et du dĂ©veloppement durable. Le prĂ©sident pourrait par exemple proposer une nouvelle vision du dĂ©veloppement du pays, en restructurant lâĂ©conomie congolaise, jusque-lĂ dĂ©pendante de l'extĂ©rieur, en organisant le secteur agro-pastoral,  en finançant lâindustrie locale.Il pourrait aussi concevoir des politiques sociales pour combattre la pauvretĂ© et les inĂ©galitĂ©s ou encore outre rĂ©former les finances publiques et renforcer les mĂ©canismes de contrĂŽle. Il pourrait mettre en place la rĂ©forme du secteur de sĂ©curitĂ© et renforcer la justice dans la lutte contre lâimpunitĂ©. Enfin, il pourrait engager des rĂ©formes pour renforcer les institutions dĂ©mocratiques. Cela implique des changements constitutionnels, des rĂ©formes Ă©lectorales et bien dâautres. Contrairement aux projets Ă impact visible, lâapproche rĂ©formatrice pourrait nĂ©cessiter un plus large consensus politique et susciter des controverses. Cette approche, qui nĂ©cessite de mobiliser d'Ă©normes moyens financiers, de gĂ©rer les intĂ©rĂȘts de lâĂ©lite congolaise et des acteurs internationaux, sera plus difficile Ă mettre en oeuvre. Mais, menĂ©e Ă terme, ses rĂ©sultats, qui ne pourraient ĂȘtre visibles quâaprĂšs plusieurs mois, voire plusieurs annĂ©es, pourraient permettre d'avoir un impact plus durable.Â
RĂ©former lâEtat ou adopter un nouveau programme dâurgence, le choix appartient aux nouveaux dirigeants. En attendant, le compte Ă rebours est lancĂ©.Â
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Ă la prochaine !
Le mardi 6 avril, des ressortissants du territoire de Mweka Ă Kinshasa Ă©crivent un mĂ©morandum Ă FĂ©lix Tshisekedi. Objectif : attirer lâattention du chef de lâEtat sur les tueries qui ont eu lieu, la nuit du 28 au 29 mars, dâau moins 13 personnes Ă Bakuakenge, localitĂ© situĂ©e Ă la frontiĂšre entre les territoires de Mweka au KasaĂŻ et de Demba au KasaĂŻ Central. Comment comprendre ce regain de tension ?
Nous sommes le vendredi 9 avril et vous Ă©coutez le 9e numĂ©ro de Po na GEC, une capsule audio du Groupe dâĂ©tude sur le Congo de lâUniversitĂ© de New-York, qui tente dâĂ©clairer lâactualitĂ© de la RDC. Je mâappelle Joshua Walker, et je suis le directeur de programme du GEC.Â
Ces violences auraient dĂ©coulĂ© dâune mĂ©sentente entre une femme lubaphone et un homme kuba autour dâune assistance humanitaire cash du PAM. Les victimes de lâattaque seraient de la communautĂ© kuba. Hormis les morts, il y a aurait des milliers de dĂ©placĂ©s et la maison du sĂ©nateur Evariste Boshab, grand notable kuba dont le village dâorigine se situe Ă quelques kilomĂštres de Bakuakenge, a Ă©tĂ© incendiĂ©e. Des sources diplomatiques parlent de lâusage pendant lâattaque des pratiques jadis associĂ©es aux miliciens Kamuina Nsapu, comme la dĂ©capitation.
Les tensions et violences intercommunautaires ne sont, malheureusement, pas Ă©trangĂšres Ă Bakuakenge. En aoĂ»t 2020, des affrontements y ont fait 11 morts, dont des Lubaphones et des Kuba. Ces tensions persistantes concernent donc la communautĂ© kuba, dâun cĂŽtĂ©, et celle des lubaphones de lâautre. Au cĆur du conflit : lâappartenance (ou non) de la localitĂ© de Bakuakenge et de ses habitants au territoire de Mweka, au Kasai, ou de Demba, au KasaĂŻ Central. La dimension communautaire relĂšve aussi dâune question qui chevauche lâidentitĂ© et les limites territoriales : les Lubaphones Ă Bakuakenge, connus sous le nom de Bena Milombe, habitent-ils un territoire Ă majoritĂ© lubaphone, en lâoccurrence celui de Demba, ou dans le territoire de Mweka, dont les limites sont identiques Ă celles de la chefferie des Bakuba ? Rappelons ici que les rĂ©organisations administratives successives depuis lâĂ©poque coloniale ont fait dĂ©placer la frontiĂšre dans cette zone Ă plusieurs reprises. Les limites des territoires et surtout des groupements au KasaĂŻ sont Ă la base de nombreux conflits dans la rĂ©gion.Â
En plus de la dimension administrative et communautaire, la gare de Bakuakenge est parmi les plus rentables de la zone. Et comme dans beaucoup de conflits locaux ailleurs en RDC, les disputes autour des droits fonciers ne manquent pas. Lâappartenance de Bakuakenge Ă l'une ou lâautre province est donc aussi un enjeu Ă©conomique majeur. Et enfin, lâenjeu Ă©lectoral : lâappartenance des Ă©lecteurs de Bakuakenge Ă la circonscription de Demba ou de Mweka.
Ce conflit Ă multiples dimensions avait pourtant Ă©tĂ© traitĂ© lors de la ConfĂ©rence pour la Paix et la RĂ©conciliation entre les CommunautĂ©s locales de Demba et de Mweka  dâoctobre 2020 Ă Kananga. Le rapport final de ces assises avait soulignĂ©, entre autres, que la gare de Bakuakenge se trouve dans le territoire de Mweka, suivant un rapport prĂ©sentĂ© par un expert de lâInstitut gĂ©ographique du Congo. Si du cĂŽtĂ© des ressortissants de Mweka, câest-Ă -dire des Kuba, on revendique la ânon politisation des conclusionsâ de la confĂ©rence pour la paix, en privĂ©, certains hommes politiques originaires du KasaĂŻ Central seraient toujours contre lâapplication de cette conclusion.
Bakuakenge renseigne comment les conflits fonciers et identitaires peuvent vite devenir violents, parfois Ă cause de leur politisation. Dans le cas dâespĂšce, la montĂ©e des tensions est en partie la consĂ©quence inattendue du dĂ©coupage de lâancienne province du KasaĂŻ Occidental. De surcroĂźt, ce conflit, qui a lieu dans une zone qui a connu de fortes violences pendant le conflit dit âKamuina Nsapuâ en 2016 et 2017, rappelle que le dĂ©bat sur les dynamiques sĂ©curitaires et la stabilisation ne doit pas se limiter aux provinces de lâEst.Â
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En marge de l'ouverture de la pléniÚre du lundi 29 mars, le président de l'Assemblée nationale, Christophe Mboso N'Kodia, a déclaré : "Vous les collÚgues du Grand Kivu, quittez les groupes armés."
Alors que le pays est sous le choc dâun nouveau massacre de 27 personnes au nord de Beni, ce qui porte Ă plus de 1 100 le nombre de personnes tuĂ©es dans ce territoire depuis novembre 2019, Mboso a-t-il raison de pointer du doigt ses collĂšgues ?
Bonjour,
Je m'appelle Jason Stearns et je suis le directeur du Groupe d'étude sur le Congo, centre de recherche basé à l'Université de New York. Vous écoutez le huitiÚme numéro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente d'expliquer et de donner notre avis sur les questions d'actualité en RDC.
Nous sommes le vendredi 2 avril.
Il ne fait aucun doute que certaines Ă©lites politiques congolaises, y compris des parlementaires, ont Ă©tĂ© affiliĂ©es Ă des groupes armĂ©s. En 2011, un rapport du Groupe d'experts de l'ONU a documentĂ© le soutien de Jemsi Mulengwa, ancien dĂ©putĂ© de Fizi, aux MaĂŻ-MaĂŻ Yakutumba, et de nombreux rapports montrent le soutien de Justin Bitakwira, ancien dĂ©putĂ© d'Uvira, aux groupes armĂ©s dans la Plaine de la Ruzizi. En 2011, l'actuel dĂ©putĂ© Anselme Enerunga a participĂ© Ă la production et Ă la diffusion de vidĂ©os faisant l'Ă©loge des groupes armĂ©s Raia Mutomboki Ă Kalehe, dâoĂč il est originaire. Autour de Beni, en 2018 des candidats dĂ©putĂ©s au niveau provincial et national ont , bon grĂ© mal grĂ©, encouragĂ© des groupes locaux qui ont fini par participer Ă des attaques contre des agents de santĂ© pendant l'Ă©pidĂ©mie d'Ebola dans cette rĂ©gion.Â
Il existe Ă©galement d'autres exemples. MĂȘme si le recours au populisme est certainement prĂ©judiciable Ă la stabilitĂ©, il n'est qu'un facteur, et probablement pas le plus important, contribuant Ă la violence globale dans l'est du Congo. La plupart de ces soutiens documentĂ©s Ă©taient rhĂ©toriques, et non financiers. Et si bon nombre des 120 groupes armĂ©s de la rĂ©gion ont des liens avec les Ă©lites politiques et Ă©conomiques, il s'agit pour la plupart d'alliances de convenance; les groupes armĂ©s ne sont pas les marionnettes de ces Ă©lites.Â
Pour la plupart, les groupes armĂ©s de l'est du Congo sont portĂ©s par leur propre Ă©lan, survivent en taxant la population locale, les mineurs artisanaux et les hommes d'affaires, et ne sont vraisemblablement pas approvisionnĂ©s ou financĂ©s par de puissantes Ă©lites Ă Kinshasa ou Ă Goma. C'est certainement le cas des ADF, le groupe armĂ© de loin le plus meurtrier du Congo, responsable d'environ â de toutes les tueries de civils dans le conflit depuis 2019 selon le BaromĂštre sĂ©curitaire du Kivu. Bien que ce groupe ait tissĂ© des liens de survie avec les populations locales, rien ne prouve qu'un parlementaire - ou un autre dirigeant politique congolais, d'ailleurs - le soutienne.Â
S'il est sĂ©duisant d'adhĂ©rer au rĂ©cit des "tireurs de ficelles", cela dĂ©tourne l'attention d'une responsabilitĂ© beaucoup plus claire : celle de l'Ătat congolais, qui est souvent peu disposĂ© ou incapable de dĂ©manteler les groupes armĂ©s, et qui est parfois complice de ces derniers. Par exemple, le GEC a documentĂ© le soutien rĂ©cent des FARDC au NDC-R, l'un des groupes armĂ©s les plus importants de la rĂ©gion. Et en gĂ©nĂ©ral, les 120 000 soldats de l'armĂ©e manquent souvent des ressources et de motivation suffisantes pour s'attaquer Ă des groupes armĂ©s.Â
Cela ne veut pas dire que la stabilisation de l'Est sera facile, ni qu'il existe un vaste complot derriĂšre les massacres. Il faudra un plan et du temps. Il faudra une volontĂ© politique et des ressources publiques pour rĂ©former l'armĂ©e, mettre en place un plan de dĂ©mobilisation, s'engager dans une vĂ©ritable rĂ©conciliation communautaire et fournir des emplois aux jeunes de la rĂ©gion qui rejoignent souvent des groupes en quĂȘte de survie et de dignitĂ©. Le prĂ©sident de l'AssemblĂ©e nationale a mentionnĂ© certaines de ces choses dans son discours - concentrons-nous sur celles-ci.Â
Le 15 mars, une dĂ©lĂ©gation de militaires Rwandais a discrĂštement dĂ©barquĂ© Ă lâaĂ©roport de Ndjili, Ă Kinshasa. Elle Ă©tait conduite par le gĂ©nĂ©ral Jean-Bosco Kazura, chef dâEtat-major gĂ©nĂ©ral de lâarmĂ©e rwandaise, pour nĂ©gocier les contours dâune nouvelle coopĂ©ration militaire dans lâEst de la RDC.Â
Nous sommes le vendredi 26 mars et vous Ă©coutez le 7e numĂ©ro de Po na GEC, une capsule audio du Groupe dâĂ©tudes sur le Congo de lâUniversitĂ© de New-York, qui tente dâĂ©clairer lâactualitĂ© de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, le coordonateur du BaromĂštre sĂ©curitaire du Kivu, et cette semaine nous allons parler de cette nouvelle tentative de passer des accords militaires avec des pays voisins de la RDC.
Ce nâest pas la premiĂšre, depuis lâarrivĂ©e au pouvoir de FĂ©lix Tshisekedi. En septembre 2019, dĂ©jĂ , le prĂ©sident avait voulu mettre en place un Ă©tat-major conjoint des armĂ©es de la rĂ©gion des grands lacs pour planifier des opĂ©rations communes dans lâEst de la RDC. Mais le projet avait Ă©chouĂ© : les relations entre ces pays voisins Ă©taient trop tendues et de nombreux congolais y Ă©taient opposĂ©s. Parmi eux, on trouvait notamment lâancien prĂ©sident, Joseph Kabila, alors encore influent.
Cela nâa pas empĂȘchĂ© la coopĂ©ration de se poursuivre discrĂštement, notamment avec le Rwanda. A plusieurs reprises, des soldats rwandais sont entrĂ©s secrĂštement en RDC, avec lâautorisation des autoritĂ©s congolaises, pour mener des opĂ©rations ciblĂ©es contre certains groupes rebelles rwandais.
Ces incursions ont Ă©tĂ© relevĂ©es par le BaromĂštre sĂ©curitaire du Kivu et plusieurs mĂ©dias. Mais aussi â et câest plus important â par le Groupe dâexpert des Nations unies pour la RDC dans son rapport de dĂ©cembre dernier. LĂ©galement, les autoritĂ©s rwandaises et congolaises auraient en effet dĂ» dĂ©clarer ces opĂ©rations au conseil de sĂ©curitĂ© des Nations-Unies, ce qui nâa pas Ă©tĂ© fait.
Mais depuis le dĂ©but de cette annĂ©e, les Ă©changes entre les services de sĂ©curitĂ© Congolais et Rwandais semblent sâintensifier : la rencontre de ce mois de mars, Ă Kinshasa, est dĂ©jĂ la troisiĂšme. A Kigali, en fĂ©vrier, François Beya, le conseiller spĂ©cial en matiĂšre de sĂ©curitĂ© du prĂ©sident, avait notamment justifiĂ© ce rapprochement ainsi :  « nous sommes venus ici pour dĂ©fier le monde entier, en particulier lâoccident, qui ne veut pas que nous parlions et travaillons ensemble ».
Selon certains comptes rendus de la derniĂšre rencontre, Ă Kinshasa la semaine derniĂšre, il sâagissait dâĂ©laborer un plan opĂ©rationnel pour mener des actions conjointes, notamment contre les FDLR, le CNRD, les RUD et lâex-M23.
Lâinclusion du M23 est intĂ©ressante : elle semble montrer la bonne volontĂ© de Kigali, qui avait, jadis, soutenu cette rĂ©bellion.
Alors, est-ce la solution aux problĂšmes de lâEst de la RDC ? Pour FĂ©lix Tshisekedi, il sera difficile de les rĂ©soudre sans la coopĂ©ration des voisins, câest certain. Mais la coopĂ©ration avec le Rwanda, telle quâelle semble se dessiner, prĂ©sente plusieurs risques.
Dâabord, celui dâĂȘtre trĂšs impopulaire en RDC. Cela pourrait inciter les autoritĂ©s Ă la cacher, et en cacher dans le mĂȘme temps les Ă©ventuels abus, qui resteraient impunis. En 2009, lâopĂ©ration conjointe des armĂ©es congolaises et rwandaises Umoja Wetu avaient certes affaibli certains groupes armĂ©s, mais elle avait aussi provoquĂ© une crise politique Ă Kinshasa et des violations des droits humains.
Ensuite, elle semble ĂȘtre principalement militaire. Pour y faire face, les groupes armĂ©s pourraient se mobiliser davantage et finir par gĂ©nĂ©rer plus de violences.
Enfin, elle semble exclure les autres voisins de la RDC. LâOuganda et le Burundi, qui entretiennent des relations tendues avec Kigali, pourraient craindre de perdre le contrĂŽle de leur zone frontaliĂšre, et intervenir Ă©galement, directement ou indirectement, provoquant davantage de violences.
En conclusion, il est possible que la coopĂ©ration militaire entre le Rwanda et la RDC donne des rĂ©sultats Ă court terme, en affaiblissant certains groupes. Mais aucune solution de long terme ne pourra ĂȘtre trouvĂ©e si lâarmĂ©e congolaise nâest pas capable, elle-mĂȘme, de sĂ©curiser son territoire. Cela suppose quâelle soit bien organisĂ©e, payĂ©e, Ă©quipĂ©e, et aussi quâelle soit incorruptible, impartiale et redevable devant les citoyens congolais. Le chantier est vaste. Mais il est incontournable pour atteindre une paix durable dans lâEst de la RDC.
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