🎙Po Na Biso

🎙Po Na Biso

By Ebuteli et le Groupe d'étude sur le CongoNewsNews Commentary
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🎙Po Na Biso episodes

  • 🎙 "Le temps des reformes", oui ...mais comment ?

    “C’est le temps des rĂ©formes.” C’est en ces termes que Christophe Mboso, nouveau prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale, a confirmĂ©, le lundi 15 mars, la prioritĂ© qui sera dĂ©sormais accordĂ©e aux rĂ©formes Ă©lectorales. C’était lors de son discours d’ouverture de la premiĂšre session ordinaire de l’annĂ©e. Pour lui, cela implique d’aller vite dans la dĂ©signation du prĂ©sident et des membres de la Commission Ă©lectorale nationale indĂ©pendante (Ceni). Cette prise de position surprend. Car, depuis plusieurs mois, un consensus semblait se dessiner autour de la rĂ©vision du cadre lĂ©gal de l’organisation et du fonctionnement de la Ceni avant de choisir ses membres. Alors, une double question s’impose : les membres de l’Union sacrĂ©e de la nation sont-ils tous sur la mĂȘme longueur d’onde ? Les rĂ©formes Ă©lectorales sont-elles les seules prioritĂ©s dans le pays ?

    Bonjour,

    Je m’appelle TrĂ©sor Kibangula et je suis analyste politique au sein du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche basĂ© Ă  l’UniversitĂ© de New York. Vous Ă©coutez le sixiĂšme numĂ©ro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente d’expliquer et de donner notre avis sur les questions d’actualitĂ© en RDC.

    Nous sommes le vendredi 19 mars.

    Il y a cinq jours, nous avons assistĂ©, en direct Ă  la tĂ©lĂ©vision nationale, au premier moment de flottement public de la nouvelle majoritĂ© parlementaire. Il va falloir alors que l’Union sacrĂ©e de la nation indique clairement dans quel sens elle compte mener des rĂ©formes Ă©lectorales annoncĂ©es : va-t-on dĂ©signer d’abord des membres de la Ceni, puis modifier la loi sur la Ceni ? ThĂšse que dĂ©fendait le camp de l’ancien prĂ©sident Joseph Kabila dont la plupart de ses dĂ©putĂ©s ont rejoint depuis l’Union sacrĂ©e de la nation. Ou va-t-on faire l’inverse, comme le rĂ©clament depuis quelques mois la sociĂ©tĂ© civile et quelques organisations politiques, notamment le G13, Ă©galement membres de l’Union sacrĂ©e de la nation.

    À cette allure, les questions des rĂ©formes Ă©lectorales vont de nouveau occuper largement l’espace et le dĂ©bat public au Congo. RĂ©sistants, opposants, sociĂ©tĂ© civile, et dĂ©sormais nouvelle majoritĂ©, tous font et feront entendre leurs voix sur le sujet. Et c’est plutĂŽt une bonne chose d’encourager des rĂ©flexions et des ajustements du dispositif lĂ©gal relatif aux Ă©lections. On sait en effet combien les cycles Ă©lectoraux de ces derniĂšres annĂ©es ont Ă©tĂ© dĂ©criĂ©s pour leurs caractĂšres Ă  la fois non-inclusifs et non transparents. D’ailleurs, pour aller plus loin, vous pouvez relire le rapport du GEC sur l’impossible dĂ©politisation de la Ceni, publiĂ© dĂ©but janvier.

    Mais on sait aussi que les attentes des Congolais sur l’amĂ©lioration de leur bien-ĂȘtre social sont immenses et pressantes. Et que, aussi importantes soient-elles, les rĂ©formes Ă©lectorales ne sont pas les seules. Sont Ă©galement attendues les rĂ©formes fiscales, celles du secteur de sĂ©curitĂ© et la rĂ©vision de certaines dispositions de la Constitution. Pour ne citer que celles-lĂ . 

    Heureusement les deux chantiers ne sont pas mutuellement exclusifs. On peut bien lĂ©gifĂ©rer sur des rĂ©formes et s’engager, par exemple, dans la lutte contre les inĂ©galitĂ©s sociales. Encore faut-il avoir les moyens de sa politique mais aussi la volontĂ© politique de s’inscrire dans cette voie. Il faudrait alors Ă©largir le dĂ©bat public qui semble se consacrer sur la prioritĂ© de rĂ©former le cadre lĂ©gislatif des Ă©lections aux problĂ©matiques sociales liĂ©es notamment Ă  l’éducation, y compris des adultes, Ă  la sĂ©curitĂ©, au systĂšme de santĂ©, Ă  l’accĂšs Ă  l’eau et Ă  l’électricitĂ©, au pouvoir d’achat, Ă  la redistribution des richesses nationales, Ă  la redĂ©finition des services publics, 
 La liste n’est pas exhaustive.

    Le Premier ministre Sama Lukonde, dont le gouvernement se fait toujours attendre au moment oĂč nous enregistrons cet audio, devra sans doute, bientĂŽt, donner quelques indices sur ces chantiers prioritaires. 

    En attendant, n’hĂ©sitez pas Ă  rejoindre notre fil WhatsApp en envoyant GEC au +243 894 110 542 pour recevoir directement “Po na GEC” chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone. 

    4 min
  • 🎙 Kalev ou les vicissitudes d'un homme autrefois craint

    “Qu’ils me haĂŻssent, pourvu qu’ils me craignent.” Au Congo, certains attribueraient volontiers cette expression de l’empereur romain Caligula Ă  Kalev Mutondo tant ce nom inspirait la peur. Il y a eu, Kalev Ă©tait le tout-puissant numĂ©ro un de l’Agence nationale de renseignement (ANR), qui s’est muĂ©, au fil des ans, en une sorte de police politique, traquant toute voix discordante au rĂ©gime. Pourtant, cet homme qui Ă©tait intouchable hier se retrouve aujourd’hui dans le viseur de la justice. Qu’est-ce que ces vicissitudes de Kalev nous apprennent-elles ?

    Bonjour ! 

    Je m’appelle Fred Bauma et je suis le directeur de recherche du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche basĂ© Ă  l’UniversitĂ© de New York. Vous Ă©coutez le 5e numĂ©ro de Po Na GEC, notre capsule audio qui rĂ©sume, explique et donne notre avis sur les questions d’actualitĂ© en RDC.

    Nous sommes le vendredi 12 mars.

    Cela fait exactement deux ans et 16 jours depuis que Joseph Kabila a quittĂ© le pouvoir Ă  l’issue d’une prĂ©sidentielle controversĂ©e. Une coalition a Ă©tĂ© rapidement formĂ©e entre ce dernier et FĂ©lix Tshisekedi. Mais Kabila s’était toutefois arrangĂ© Ă  maintenir sa mainmise sur presque toutes les institutions du pays. Une dĂ©marche censĂ©e alors garantir Ă  ses lieutenants et Ă  lui-mĂȘme une tranquillitĂ© aprĂšs le rĂšgne de prĂšs de deux dĂ©cennies, marquĂ© entre autres par des violations des droits de l’homme.

    Mais, n’est-ce pas que le mĂȘme Caligula l’a prĂ©venu ? “Le pouvoir donne ses chances Ă  l’impossible”. Depuis peu, la donne a donc changĂ©. Les intouchables d’hier sont devenus poursuivables. Voulant ĂȘtre rĂ©ellement prĂ©sident pleins pouvoirs, FĂ©lix Tshisekedi s’est Ă©mancipĂ© de Joseph Kabila, dĂ©sormais en perte continue d’influence sur le terrain politique. ConsĂ©quence : plus rien ne peut protĂ©ger les hommes de l’ancien chef de l’État. TrĂšs rapidement, Kalev voit la liste de ses ennuis judiciaires se rallonger. Au moins 12 personnes l’accusent de les avoir arbitrairement arrĂȘtĂ©s hier et portent successivement plaintes contre lui pour notamment enlĂšvements, tortures physiques et morales, traitements inhumains et dĂ©gradants et tentative d’assassinats. 

    Le tout non sans une dose - ironie de l’histoire - de rĂšglement des comptes politico-judiciaires :  un magistrat instructeur rĂ©cusĂ© par l’accusĂ© mais qui persiste et ce, contre l’avis du nouveau responsable de l’ANR qui se serait prononcĂ© pour l’attribution de ces dossiers Ă  un autre magistrat. L’actuel serait trĂšs au parfum du passĂ© de Kalev puisqu’il a travaillĂ©, indirectement, avec lui, ces derniĂšres annĂ©es, dans le cadre d’une commission des officiers de police judiciaires mise en place par l’ANR et la Direction de migration.

    Sur le terrain politique, c’est le prĂ©sident Tshisekedi qui se frotte les mains. Ces tribulations de Kalev, inimaginables il y a quelques mois, renforcent, petit Ă  petit, dans l’imaginaire collectif l’idĂ©e selon laquelle, sous FĂ©lix Tshisekedi, la justice poursuit tout le monde. N’est-ce pas que Vital Kamerhe, alors directeur de cabinet et alliĂ© politique du prĂ©sident, a Ă©galement maille Ă  partir avec la justice ? VoilĂ  ce qui est d’apparat.

    En filigrane, d’aucuns peuvent apercevoir une tactique qui ressemble au lawfare, la guerre juridique. Se servir du droit comme une arme politique afin d’anĂ©antir ses adversaires. Un autre exemple serait la façon dont Xi Jinping a utilisĂ© la guerre contre la corruption en Chine pour sĂ©vir contre ses rivaux, ou Rodrigo Duterte aux Philippines qui a restreint les libertĂ©s de la presse en prĂ©textant une campagne contre la criminalitĂ©. Et des Ă©lĂ©ments de langage accompagnent bien la stratĂ©gie : “État de droit”, “Justice indĂ©pendante”... Mais le risque, surtout comme le prĂ©sident Tshisekedi est en train de former un gouvernement avec un grand nombre de figures qui travaillait avec Kabila dans le passĂ©, c’est de se retrouver demain face Ă  une justice Ă  double vitesse. Une justice qui ne laisse rien Ă  ceux qui ne sont pas avec nous, mais qui pardonne tout Ă  ceux qui sont avec nous. L’engouement des anciens fidĂšles de Kabila Ă  l’Union sacrĂ©e de la nation, nouvelle plateforme politique de Tshisekedi, est rĂ©vĂ©lateur.

    D’ici lĂ , n’hĂ©sitez pas Ă  rejoindre notre fil WhatsApp en envoyant GEC au +243 894 110 542 pour recevoir directement “Po na GEC” chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone. 

    5 min
  • 🎙 Tshisekedi, homme d'État du continent ?

    Addis-Abeba, le 6 fĂ©vrier. Le prĂ©sident congolais, FĂ©lix Tshisekedi, entre dans une salle inhabituellement vide, en raison de la pandĂ©mie de la Covid-19. AccompagnĂ© de quelques dĂ©putĂ©s congolais et des membres de son cabinet, ce prĂ©sident Ă  la fois applaudi et critiquĂ© pour ses nombreux voyages Ă  l'extĂ©rieur formalise ce que ses conseillers et partisans vantent comme une victoire diplomatique : il assume les fonctions du prĂ©sident de la confĂ©rence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine.

    Bonjour ! Nous sommes le vendredi 5 mars. Je m’appelle Joshua Walker, et je suis le directeur de programme du Groupe d'Ă©tude sur le Congo. Vous Ă©coutez le 4e Ă©pisode de Po na GEC, sĂ©rie de capsules audio qui rĂ©sume et analyse les Ă©vĂ©nements de l'actualitĂ© congolaise. 

    Depuis 2019, FĂ©lix Tshisekedi gravit petit Ă  petit les Ă©chelons de la diplomatie africaine : d’abord Ă©lu 2e vice-prĂ©sident en fĂ©vrier 2019, il devient ensuite 1er vice-prĂ©sident en fĂ©vrier 2020. Durant la mĂȘme pĂ©riode, il joue les mĂ©diateurs, Ă  cĂŽtĂ© du prĂ©sident angolais Joao Lourenço, entre le Rwanda et l’Ouganda. Presqu’au mĂȘme moment, il est Ă©lu prĂ©sident de l’UA pour 2021. La nouvelle est accueillie par certains comme un coup diplomatique de Tshisekedi : on parle du “retour” de la RDC sur la scĂšne gĂ©opolitique comme actrice importante.

    En fait, le prĂ©sident de l’Union africaine est Ă©lu pour un mandat d’un an par ses pairs chefs d’Etat et de gouvernement de la rĂ©gion. La prĂ©sidence passe Ă  tour de rĂŽle annuellement entre les 5 sous-rĂ©gions : l’Afrique du Nord, l’Afrique australe, l’Afrique centrale, l’Afrique de l’ouest et l’Afrique de l’est. C’était actĂ© avant l’élection de 2018 que la RDC prendrait, pour le compte de l’Afrique centrale, la 2e vice-prĂ©sidence en 2019 jusqu’à prendre la prĂ©sidence en 2021. Cette prĂ©sidence est donc le fruit du travail de la diplomatie congolaise sous Joseph Kabila.

    La prĂ©sidence de l’Union africaine est un rĂŽle largement symbolique. Mais le titulaire a Ă©galement une certaine marge pour faire mettre en Ɠuvre ses projets phares, comme le prĂ©sident rwandais Paul Kagame l’a fait avec la Zone de libre-Ă©change continentale africaine. En tant que prĂ©sident de l’UA, FĂ©lix Tshisekedi reprĂ©sente l’organisation intergouvernementale dans des rĂ©unions internationales. Et il donne les grandes orientations des prioritĂ©s de l’organisation pour l’annĂ©e. Pour l’aider dans cette tĂąche, en novembre 2020, il a nommĂ© un panel chargĂ© d’accompagner son mandat, composĂ© de personnalitĂ©s congolaises importantes comme le professeur d’histoire Isidore Ndaywel et l’ancien secrĂ©taire exĂ©cutif de la ConfĂ©rence internationale sur la rĂ©gion des Grands lacs, Ntumba Luaba.

    Quel agenda, donc, pour l'annĂ©e de FĂ©lix Tshisekedi Ă  la tĂȘte de la grande organisation continentale ? Le thĂšme de sa mandature, choisi par les chefs d’Etat et de gouvernement en 2020 est “Arts, culture et patrimoines : leviers pour l’édification de l’Afrique que nous voulons”. Ce thĂšme a Ă©tĂ© choisi, en partie, en raison du dĂ©bat sur la restitution des objets d’art africains des musĂ©es Ă©trangers. Lors de son discours d’investiture, FĂ©lix Tshisekedi a tout de mĂȘme essayĂ© de faire rentrer la question de la paix sous cette rubrique d’arts et culture, en Ă©voquant le thĂšme du mandat de son prĂ©dĂ©cesseur, le prĂ©sident sud-africain Cyril Ramaphosa : “Faire taire les armes”. Ce dernier avait voulu, avant la pandĂ©mie de la Covid-19, se focaliser sur deux conflits prioritaires : la Libye et le Sud Soudan. Le prĂ©sident Tshisekedi, cependant, semble vouloir tourner l’attention de l’UA vers les conflits liĂ©s au terrorisme : la rĂ©gion sahelo-sahĂ©lienne, le nord du Mozambique, la RĂ©publique centrafricaine...et l’est de la RDC. Le 27 fĂ©vrier, il a dĂ©clarĂ© : “Pour que l'art, la culture et les patrimoines rĂ©ussissent leur mission d'Ă©dification de l'Afrique il faut faire taire les armes et dĂ©barrasser l'Afrique des menaces terroristes”. A cĂŽtĂ© de cela, il faut ajouter comme prioritĂ© l’implĂ©mentation de la Zone de libre-Ă©change continentale africaine.

    La prĂ©sidence de l’Union africaine offre une nouvelle plateforme pour le prĂ©sident Tshisekedi de nourrir davantage ses contacts avec ses homologues africains, et peut-ĂȘtre de continuer Ă  construire son image d’homme d’État. Ira-t-il au-delĂ  des sĂ©ances photos et des discours ? Les mois qui suivent nous donneront la rĂ©ponse. 

    En attendant, vous pouvez rejoindre notre fil Whatsapp en envoyant GEC au +243 894 110 542 pour recevoir directement “Po na GEC” chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone. 

    À la prochaine !

    5 min
  • Les zones d'ombre d'une tragédie

    C’était il y a cinq jours, le lundi 22 fĂ©vrier, Ă  10 heures du matin. Deux voitures du PAM, le Programme alimentaire mondial, filent sur la route nationale 2. Elles ont quittĂ© la ville de Goma et roulent vers un site de l’organisation, Ă  Rutshuru. À son bord, cinq agents du PAM, l’ambassadeur d’Italie en RDC et son garde du corps. 

    Soudain, six ou sept hommes armĂ©s font irruption sur la route. Ils tuent un des chauffeurs congolais presque tout de suite. Puis ils obligent les autres membres du convoi Ă  fuir avec eux vers l’intĂ©rieur du parc des Virunga. Ils rencontrent des gardes du parc. S’ensuit un Ă©change de tirs, la mort du garde du corps et la blessure, mortelle, de l’ambassadeur.

    Vous Ă©coutez le troisiĂšme numĂ©ro de Po Na Gec, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de NewYork, qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, le coordonnateur du BaromĂštre sĂ©curitaire du Kivu. Nous sommes le vendredi 26 fĂ©vrier et voilĂ  ce que l’on sait sur la tragĂ©die qui a Ă©branlĂ© l’Italie et braquĂ© les projecteurs sur l’est du Congo. Mais il reste, Ă  cette heure, des zones d’ombres dans cette histoire. Et, pour l’instant les mystĂšres sont d’autant plus difficiles Ă  percer que le gouvernement italien a annoncĂ© sa volontĂ© d’identifier toute les responsabilitĂ©s dans ce drame. LĂ©gitime, bien sĂ»r. Mais cela n’aide pas les langues Ă  se dĂ©lier.

    Alors, quelles sont ces zones d’ombres ? D’abord, que faisait le diplomate dans un convoi sans escorte sur cette route ? Il semble, en rĂ©alitĂ©, que les procĂ©dures Ă©taient respectĂ©es. Cet axe Ă©tait classĂ© jaune par l’ONU. Ce qui autorise d’y circuler en convoi de deux voitures. 

    Ensuite, dans quelles circonstances exactes les deux Italiens ont-ils Ă©tĂ© touchĂ©s. Des sources crĂ©dibles affirment qu’ils ont tentĂ© de fuir, ce qui aurait amenĂ© les ravisseurs Ă  leur tirer dessus. Fort possible. Mais l’issue aurait-elle Ă©tĂ© diffĂ©rente sans combat avec les gardes du parc ? Dans quelles circonstances prĂ©cises ces gardes ont-ils Ă©tĂ© engagĂ©s ? Ce sera aux enquĂȘtes de le dĂ©terminer. 

    L’ambassadeur Ă©tait-il visĂ© ? À ce stade, rien ne l’atteste. Mais il sera trĂšs difficile d’avoir une rĂ©ponse dĂ©finitive sans identifier les ravisseurs. Ce qui nous emmĂšne Ă  la derniĂšre et principale zone d’ombre : qui Ă©taient les ravisseurs ? Le gouvernement provincial du Nord-Kivu a immĂ©diatement incriminĂ© les FDLR. C’est fort possible. Cette rĂ©bellion hutu rwandaise opĂšre non loin de lĂ  et a commis de nombreux kidnappings par le passĂ©. Mais les autoritĂ©s n’ont pas prĂ©cisĂ© sur quoi se fondait cette accusation. Selon elles, les assaillants parlaient le kinyarwanda. Mais, d’une part, cette information n’a pas Ă©tĂ© confirmĂ©e de source indĂ©pendante. De l’autre, cela ne permet pas de distinguer les diffĂ©rents acteurs qui opĂšrent dans la zone : tous ont, en leur sein, des locuteurs de kinyarwanda.

    L’identification des auteurs ne sera pas facile pour les enquĂȘteurs. Sur le territoire de Nyiragongo, oĂč s’est produit l’attaque, 18 cas de kidnapping ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s en 2020. En plus des groupes armĂ©s organisĂ©s, des bandits opĂšrent, et leurs commanditaires sont rarement dĂ©couverts. Cette fois, un incident qui s’est produit dans cette rĂ©gion a endeuillĂ© jusqu’en Europe. Mais il s’inscrit dans une longue lignĂ©e de drames qui frappent, chaque jour, dans l’est du Congo. 


    Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    4 min
  • 🎙 Sama Lukonde, le choix parfait de Tshisekedi

    La semaine derniĂšre, le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi a nommĂ© M. Sama Lukonde comme Premier ministre. Il remplace Ă  ce poste M. Ilunga Ilunkamba qui a dĂ©missionnĂ© le 28 janvier Ă  la suite d’une motion de censure votĂ©e contre lui Ă  l’AssemblĂ©e nationale. Pourquoi ce choix ?

    Bonjour !

    Je m’appelle TrĂ©sor Kibangula et je suis analyste politique au sein du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche basĂ© Ă  l’UniversitĂ© de New York. Ceci est le deuxiĂšme numĂ©ro de Po Na GEC, notre capsule audio qui rĂ©sume, explique et donne notre avis sur les questions d'actualitĂ© en RDC.

    Nous sommes le vendredi 19 février.  

    La désignation de Sama Lukonde augure la fin de la longue crise politique qui a paralysé les institutions du pays depuis la nomination contestée des trois juges à la cour constitutionnelle, en juillet 2020. 

    Le nouveau Premier ministre, malgrĂ© son jeune Ăąge - il n’a que 43 ans - n’est pas Ă  ses dĂ©buts en politique. Ce diplĂŽmĂ© en chimie de l’UniversitĂ© de Lubumbashi a Ă©tĂ© Ă©lu en 2006 dĂ©putĂ© national et a Ă©tĂ© membre de la commission de mines et hydrocarbure de l’AssemblĂ©e nationale. Entre 2014 et 2015, il a Ă©tĂ© ministre de la Jeunesse et des Sports dans le gouvernement Matata II avant de dĂ©missionner avec le groupe de sept partis qui demandaient au prĂ©sident Joseph Kabila de respecter la constitution en organisant les Ă©lections dans les dĂ©lais. Sama Lukonde a Ă©tĂ© Ă©galement membre du conseil de sages du Rassemblement de l’opposition autour d’Étienne Tshisekedi. Et jusqu’à sa nomination, il Ă©tait directeur gĂ©nĂ©ral de la GĂ©camines, la plus grande entreprise miniĂšre du pays.

    Cette dĂ©signation de M. Sama Lukonde intervient dans un contexte des manƓuvres de redĂ©finition de rapports de forces dans le paysage politique congolais et surtout au sein de la nouvelle coalition, Union sacrĂ©e de la nation. FĂ©lix Tshisekedi, qui avait entretenu des relations difficiles avec l’ancien Premier ministre et les prĂ©sidents de deux chambres du Parlement, avait besoin d’une personne loyale Ă  la primature. Une personne qui ne lui ferait pas de l’ombre. Sama Lukonde, qui est issu d’un parti relativement petit et dont le prĂ©sident, Dany Banza, est proche du chef de l’État, apparaĂźt comme le choix parfait. Et surtout qu’il est du Katanga
 

    Car ĂȘtre du Katanga Ă©tait, selon plusieurs sources, une condition dĂ©terminante. L’ex-Katanga, poumon Ă©conomique du pays, voudrait garder le contrĂŽle d’une branche importante du gouvernement. De plus, nommer un katangais contribuerait Ă  la fois Ă  rassurer les hommes politiques issus de cette partie du pays et Ă  rĂ©duire davantage l’influence de l’ancien prĂ©sident Joseph Kabila, lui-mĂȘme originaire du Katanga.  

    Enfin, nommer un jeune qui, malgrĂ© son expĂ©rience politique, n’est citĂ© ni dans les malversations financiĂšres ni autres scandales, traduit une volontĂ© de renouvellement de la part de FĂ©lix Tshisekedi. Toutefois, le choix de Sama Lukonde confirme Ă©galement le faible degrĂ© de confiance entre les nouveaux alliĂ©s et le dĂ©licat arbitrage qu’il faudra avoir dans la rĂ©partition des responsabilitĂ©s au sein de l’Union sacrĂ©e de la nation. 

    Sama Lukonde n’aura toutefois pas de moment de rĂ©pit tant les dossiers urgents remplissent sa table : d’entrĂ©e de jeu, il lui faudra dĂ©finir un programme cohĂ©rent du gouvernement. L’attendent aussi l’épineuse question de la gratuitĂ© de l’enseignement de base, les rĂ©currents problĂšmes de l’insĂ©curitĂ© dans l’Est, et les nombreuses rĂ©formes que son gouvernement doit mener. Y arrivera-t-il ? C’est tout le mal que nous lui souhaitons.

    En attendant, vous pouvez rejoindre notre fil Whatsapp en envoyant GEC au +243 894 110 542 pour recevoir directement “Po na GEC” chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone. 

    À la prochaine ;)


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    4 min
  • 🎙Des raccourcis légaux de Tshisekedi

    Bonjour, je m’appelle Jason Stearns et je suis le directeur du Groupe d’étude sur le Congo, un centre de recherches basĂ© Ă  l’UniversitĂ© de New York. 

    Nous sommes le vendredi 12 février.

    Aujourd'hui, nous commençons une nouvelle sĂ©rie de clips audio hebdomadaires, “Po Na GEC", qui rĂ©sument, expliquent et donnent notre avis sur les questions d'actualitĂ©. 

    La semaine passĂ©e, le prĂ©sident du SĂ©nat en RDC, Alexis Thambwe Mwamba, a dĂ©missionnĂ© Ă  la suite de la pression venue de la nouvelle coalition du PrĂ©sident Tshisekedi, l’Union SacrĂ©e pour la Nation. 

    C'est une institution de plus dans laquelle  Tshisekedi a réussi à arracher le contrÎle à son ancien allié, le FCC de Joseph Kabila. 

    La premiĂšre bataille pour le pouvoir a eu lieu autour  la nomination de trois nouveaux juges Ă  la Cour constitutionnelle en juillet 2020. Selon la constitution, le prĂ©sident, l'assemblĂ©e nationale et le Conseil supĂ©rieur de la magistrature sont chacun autorisĂ©s Ă  dĂ©signer un tiers des membres de la cour. Deux de ces nominations Ă©taient discutables. Tshisekedi a envoyĂ© deux juges ailleurs avant la fin de leur mandat - pourtant la loi organique stipule que leur mandat doit ĂȘtre terminĂ©. Et leurs remplaçants auraient Ă©galement dĂ» ĂȘtre proposĂ©s par le Conseil supĂ©rieur de la magistrature - ce qui n'a pas Ă©tĂ© le cas. Finalement, selon la constitution, la nomination des nouveaux juges est censĂ©e ĂȘtre contresignĂ©e par le premier ministre. Sous prĂ©texte que le Premier ministre Ilunkamba  était en dĂ©placement, le vice premier ministre a contresignĂ© les ordonnances.

    Le second dossier concerne la destitution du bureau de l'AssemblĂ©e nationale en dĂ©cembre 2020. Ici, c'est moins une violation de la loi qu'un forcing politique non conventionnel qui a fait sourciller. Lorsque les partisans de Tshisekedi ont tentĂ© de dĂ©poser les pĂ©titions pour Ă©vincer le bureau - ce qui est leur droit - la prĂ©sidente de l'AssemblĂ©e nationale, Jeanine Mabunda, a refusĂ© de les recevoir. Les hommes du prĂ©sident ont alors sĂ©questrĂ© le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'assemblĂ©e nationale et lui ont fait convoquer une plĂ©niĂšre. Mabunda a alors elle-mĂȘme convoquĂ© une plĂ©niĂšre, avec un ordre du jour diffĂ©rent, pour la mĂȘme pĂ©riode, ce qui a conduit Ă  un affrontement d'une violence inconvenante sur le parquet du parlement le 8 dĂ©cembre 2020. 

    Enfin, le sĂ©nat. Il Ă©tait clair que Tshisekedi Ă©tait en mesure d'imposer sa nouvelle majoritĂ© ici aussi. Mais dĂ©but fĂ©vrier, lorsqu'il a tentĂ© de le faire, la session extraordinaire Ă©tait terminĂ©e. Au lieu d'attendre la prochaine sĂ©ance plĂ©niĂšre, les gens autour de Tshisekedi ont fait pression sur le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du sĂ©nat pour qu'il convoque une nouvelle session extraordinaire, mĂȘme si, selon le rĂšglement du sĂ©nat, c'est le prĂ©sident de la chambre qui doit la convoquer. Cela crĂ©e un prĂ©cĂ©dent troublant, en permettant au secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de convoquer une session quand il le souhaite. 

    Ce sont des victoires impressionnantes pour un prĂ©sident qui a Ă©tĂ© soupçonnĂ© d'ĂȘtre sous le contrĂŽle de Kabila Ă  la suite des Ă©lections controversĂ©es de 2018. Du point de vue d'un gouvernement dĂ©sireux d'accomplir un travail urgent, cette approche de privilĂ©gier les objectifs politiques par rapport aux contraintes juridiques est logique. Le prĂ©sident a dĂ©jĂ  pu atteindre certains objectifs––la gratuitĂ© d'enseignement, mĂȘme si elle est encore embryonnaire, en est un exemple. Et il est clair que Kabila, prĂ©dĂ©cesseur de Tshisekedi, Ă©tait Ă©galement coupable de nombreuses violations de la loi, petites et grandes. Cependant, du point de vue de l'impĂ©ratif de crĂ©er des institutions apolitiques et soumises Ă  des rĂšgles, cette approche du pouvoir est troublante. 

    Vous pouvez rejoindre notre fil Whatsapp en envoyant GEC au +243 894 110 542 et vous inscrire à notre bulletin d'information sur le site www.congoresearchgroup.org 

    À la prochaine 😏

    4 min

About 🎙Po Na Biso

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Chaque vendredi, Ebuteli et le Groupe d'Ă©tude sur le Congo (GEC) vous proposent « Po Na Biso (anciennement Po Na GEC) ». Il s’agit d’une capsule audio en format court (4 minutes maximum) qui rĂ©sume, explique et donne le point de vue du GEC et d'Ebuteli sur les questions d’actualitĂ© en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo.

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