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Or


âCâest le temps des rĂ©formes.â Câest en ces termes que Christophe Mboso, nouveau prĂ©sident de lâAssemblĂ©e nationale, a confirmĂ©, le lundi 15 mars, la prioritĂ© qui sera dĂ©sormais accordĂ©e aux rĂ©formes Ă©lectorales. CâĂ©tait lors de son discours dâouverture de la premiĂšre session ordinaire de lâannĂ©e. Pour lui, cela implique dâaller vite dans la dĂ©signation du prĂ©sident et des membres de la Commission Ă©lectorale nationale indĂ©pendante (Ceni). Cette prise de position surprend. Car, depuis plusieurs mois, un consensus semblait se dessiner autour de la rĂ©vision du cadre lĂ©gal de lâorganisation et du fonctionnement de la Ceni avant de choisir ses membres. Alors, une double question sâimpose : les membres de lâUnion sacrĂ©e de la nation sont-ils tous sur la mĂȘme longueur dâonde ? Les rĂ©formes Ă©lectorales sont-elles les seules prioritĂ©s dans le pays ?
Bonjour,
Je mâappelle TrĂ©sor Kibangula et je suis analyste politique au sein du Groupe dâĂ©tude sur le Congo, centre de recherche basĂ© Ă lâUniversitĂ© de New York. Vous Ă©coutez le sixiĂšme numĂ©ro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente dâexpliquer et de donner notre avis sur les questions dâactualitĂ© en RDC.
Nous sommes le vendredi 19 mars.
Il y a cinq jours, nous avons assistĂ©, en direct Ă la tĂ©lĂ©vision nationale, au premier moment de flottement public de la nouvelle majoritĂ© parlementaire. Il va falloir alors que lâUnion sacrĂ©e de la nation indique clairement dans quel sens elle compte mener des rĂ©formes Ă©lectorales annoncĂ©es : va-t-on dĂ©signer dâabord des membres de la Ceni, puis modifier la loi sur la Ceni ? ThĂšse que dĂ©fendait le camp de lâancien prĂ©sident Joseph Kabila dont la plupart de ses dĂ©putĂ©s ont rejoint depuis lâUnion sacrĂ©e de la nation. Ou va-t-on faire lâinverse, comme le rĂ©clament depuis quelques mois la sociĂ©tĂ© civile et quelques organisations politiques, notamment le G13, Ă©galement membres de lâUnion sacrĂ©e de la nation.
Ă cette allure, les questions des rĂ©formes Ă©lectorales vont de nouveau occuper largement lâespace et le dĂ©bat public au Congo. RĂ©sistants, opposants, sociĂ©tĂ© civile, et dĂ©sormais nouvelle majoritĂ©, tous font et feront entendre leurs voix sur le sujet. Et câest plutĂŽt une bonne chose dâencourager des rĂ©flexions et des ajustements du dispositif lĂ©gal relatif aux Ă©lections. On sait en effet combien les cycles Ă©lectoraux de ces derniĂšres annĂ©es ont Ă©tĂ© dĂ©criĂ©s pour leurs caractĂšres Ă la fois non-inclusifs et non transparents. Dâailleurs, pour aller plus loin, vous pouvez relire le rapport du GEC sur lâimpossible dĂ©politisation de la Ceni, publiĂ© dĂ©but janvier.
Mais on sait aussi que les attentes des Congolais sur lâamĂ©lioration de leur bien-ĂȘtre social sont immenses et pressantes. Et que, aussi importantes soient-elles, les rĂ©formes Ă©lectorales ne sont pas les seules. Sont Ă©galement attendues les rĂ©formes fiscales, celles du secteur de sĂ©curitĂ© et la rĂ©vision de certaines dispositions de la Constitution. Pour ne citer que celles-lĂ .Â
Heureusement les deux chantiers ne sont pas mutuellement exclusifs. On peut bien lĂ©gifĂ©rer sur des rĂ©formes et sâengager, par exemple, dans la lutte contre les inĂ©galitĂ©s sociales. Encore faut-il avoir les moyens de sa politique mais aussi la volontĂ© politique de sâinscrire dans cette voie. Il faudrait alors Ă©largir le dĂ©bat public qui semble se consacrer sur la prioritĂ© de rĂ©former le cadre lĂ©gislatif des Ă©lections aux problĂ©matiques sociales liĂ©es notamment Ă lâĂ©ducation, y compris des adultes, Ă la sĂ©curitĂ©, au systĂšme de santĂ©, Ă lâaccĂšs Ă lâeau et Ă lâĂ©lectricitĂ©, au pouvoir dâachat, Ă la redistribution des richesses nationales, Ă la redĂ©finition des services publics, ⊠La liste nâest pas exhaustive.
Le Premier ministre Sama Lukonde, dont le gouvernement se fait toujours attendre au moment oĂč nous enregistrons cet audio, devra sans doute, bientĂŽt, donner quelques indices sur ces chantiers prioritaires.Â
En attendant, nâhĂ©sitez pas Ă rejoindre notre fil WhatsApp en envoyant GEC au +243 894 110 542 pour recevoir directement âPo na GECâ chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone.Â
âQuâils me haĂŻssent, pourvu quâils me craignent.â Au Congo, certains attribueraient volontiers cette expression de lâempereur romain Caligula Ă Kalev Mutondo tant ce nom inspirait la peur. Il y a eu, Kalev Ă©tait le tout-puissant numĂ©ro un de lâAgence nationale de renseignement (ANR), qui sâest muĂ©, au fil des ans, en une sorte de police politique, traquant toute voix discordante au rĂ©gime. Pourtant, cet homme qui Ă©tait intouchable hier se retrouve aujourdâhui dans le viseur de la justice. Quâest-ce que ces vicissitudes de Kalev nous apprennent-elles ?
Bonjour !Â
Je mâappelle Fred Bauma et je suis le directeur de recherche du Groupe dâĂ©tude sur le Congo, centre de recherche basĂ© Ă lâUniversitĂ© de New York. Vous Ă©coutez le 5e numĂ©ro de Po Na GEC, notre capsule audio qui rĂ©sume, explique et donne notre avis sur les questions dâactualitĂ© en RDC.
Nous sommes le vendredi 12 mars.
Cela fait exactement deux ans et 16 jours depuis que Joseph Kabila a quittĂ© le pouvoir Ă lâissue dâune prĂ©sidentielle controversĂ©e. Une coalition a Ă©tĂ© rapidement formĂ©e entre ce dernier et FĂ©lix Tshisekedi. Mais Kabila sâĂ©tait toutefois arrangĂ© Ă maintenir sa mainmise sur presque toutes les institutions du pays. Une dĂ©marche censĂ©e alors garantir Ă ses lieutenants et Ă lui-mĂȘme une tranquillitĂ© aprĂšs le rĂšgne de prĂšs de deux dĂ©cennies, marquĂ© entre autres par des violations des droits de lâhomme.
Mais, nâest-ce pas que le mĂȘme Caligula lâa prĂ©venu ? âLe pouvoir donne ses chances Ă lâimpossibleâ. Depuis peu, la donne a donc changĂ©. Les intouchables dâhier sont devenus poursuivables. Voulant ĂȘtre rĂ©ellement prĂ©sident pleins pouvoirs, FĂ©lix Tshisekedi sâest Ă©mancipĂ© de Joseph Kabila, dĂ©sormais en perte continue dâinfluence sur le terrain politique. ConsĂ©quence : plus rien ne peut protĂ©ger les hommes de lâancien chef de lâĂtat. TrĂšs rapidement, Kalev voit la liste de ses ennuis judiciaires se rallonger. Au moins 12 personnes lâaccusent de les avoir arbitrairement arrĂȘtĂ©s hier et portent successivement plaintes contre lui pour notamment enlĂšvements, tortures physiques et morales, traitements inhumains et dĂ©gradants et tentative dâassassinats.Â
Le tout non sans une dose - ironie de lâhistoire - de rĂšglement des comptes politico-judiciaires :  un magistrat instructeur rĂ©cusĂ© par lâaccusĂ© mais qui persiste et ce, contre lâavis du nouveau responsable de lâANR qui se serait prononcĂ© pour lâattribution de ces dossiers Ă un autre magistrat. Lâactuel serait trĂšs au parfum du passĂ© de Kalev puisquâil a travaillĂ©, indirectement, avec lui, ces derniĂšres annĂ©es, dans le cadre dâune commission des officiers de police judiciaires mise en place par lâANR et la Direction de migration.
Sur le terrain politique, câest le prĂ©sident Tshisekedi qui se frotte les mains. Ces tribulations de Kalev, inimaginables il y a quelques mois, renforcent, petit Ă petit, dans lâimaginaire collectif lâidĂ©e selon laquelle, sous FĂ©lix Tshisekedi, la justice poursuit tout le monde. Nâest-ce pas que Vital Kamerhe, alors directeur de cabinet et alliĂ© politique du prĂ©sident, a Ă©galement maille Ă partir avec la justice ? VoilĂ ce qui est dâapparat.
En filigrane, dâaucuns peuvent apercevoir une tactique qui ressemble au lawfare, la guerre juridique. Se servir du droit comme une arme politique afin dâanĂ©antir ses adversaires. Un autre exemple serait la façon dont Xi Jinping a utilisĂ© la guerre contre la corruption en Chine pour sĂ©vir contre ses rivaux, ou Rodrigo Duterte aux Philippines qui a restreint les libertĂ©s de la presse en prĂ©textant une campagne contre la criminalitĂ©. Et des Ă©lĂ©ments de langage accompagnent bien la stratĂ©gie : âĂtat de droitâ, âJustice indĂ©pendanteâ... Mais le risque, surtout comme le prĂ©sident Tshisekedi est en train de former un gouvernement avec un grand nombre de figures qui travaillait avec Kabila dans le passĂ©, câest de se retrouver demain face Ă une justice Ă double vitesse. Une justice qui ne laisse rien Ă ceux qui ne sont pas avec nous, mais qui pardonne tout Ă ceux qui sont avec nous. Lâengouement des anciens fidĂšles de Kabila Ă lâUnion sacrĂ©e de la nation, nouvelle plateforme politique de Tshisekedi, est rĂ©vĂ©lateur.
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Addis-Abeba, le 6 fĂ©vrier. Le prĂ©sident congolais, FĂ©lix Tshisekedi, entre dans une salle inhabituellement vide, en raison de la pandĂ©mie de la Covid-19. AccompagnĂ© de quelques dĂ©putĂ©s congolais et des membres de son cabinet, ce prĂ©sident Ă la fois applaudi et critiquĂ© pour ses nombreux voyages Ă l'extĂ©rieur formalise ce que ses conseillers et partisans vantent comme une victoire diplomatique : il assume les fonctions du prĂ©sident de la confĂ©rence des chefs dâEtat et de gouvernement de lâUnion africaine.
Bonjour ! Nous sommes le vendredi 5 mars. Je mâappelle Joshua Walker, et je suis le directeur de programme du Groupe d'Ă©tude sur le Congo. Vous Ă©coutez le 4e Ă©pisode de Po na GEC, sĂ©rie de capsules audio qui rĂ©sume et analyse les Ă©vĂ©nements de l'actualitĂ© congolaise.Â
Depuis 2019, FĂ©lix Tshisekedi gravit petit Ă petit les Ă©chelons de la diplomatie africaine : dâabord Ă©lu 2e vice-prĂ©sident en fĂ©vrier 2019, il devient ensuite 1er vice-prĂ©sident en fĂ©vrier 2020. Durant la mĂȘme pĂ©riode, il joue les mĂ©diateurs, Ă cĂŽtĂ© du prĂ©sident angolais Joao Lourenço, entre le Rwanda et lâOuganda. Presquâau mĂȘme moment, il est Ă©lu prĂ©sident de lâUA pour 2021. La nouvelle est accueillie par certains comme un coup diplomatique de Tshisekedi : on parle du âretourâ de la RDC sur la scĂšne gĂ©opolitique comme actrice importante.
En fait, le prĂ©sident de lâUnion africaine est Ă©lu pour un mandat dâun an par ses pairs chefs dâEtat et de gouvernement de la rĂ©gion. La prĂ©sidence passe Ă tour de rĂŽle annuellement entre les 5 sous-rĂ©gions : lâAfrique du Nord, lâAfrique australe, lâAfrique centrale, lâAfrique de lâouest et lâAfrique de lâest. CâĂ©tait actĂ© avant lâĂ©lection de 2018 que la RDC prendrait, pour le compte de lâAfrique centrale, la 2e vice-prĂ©sidence en 2019 jusquâĂ prendre la prĂ©sidence en 2021. Cette prĂ©sidence est donc le fruit du travail de la diplomatie congolaise sous Joseph Kabila.
La prĂ©sidence de lâUnion africaine est un rĂŽle largement symbolique. Mais le titulaire a Ă©galement une certaine marge pour faire mettre en Ćuvre ses projets phares, comme le prĂ©sident rwandais Paul Kagame lâa fait avec la Zone de libre-Ă©change continentale africaine. En tant que prĂ©sident de lâUA, FĂ©lix Tshisekedi reprĂ©sente lâorganisation intergouvernementale dans des rĂ©unions internationales. Et il donne les grandes orientations des prioritĂ©s de lâorganisation pour lâannĂ©e. Pour lâaider dans cette tĂąche, en novembre 2020, il a nommĂ© un panel chargĂ© dâaccompagner son mandat, composĂ© de personnalitĂ©s congolaises importantes comme le professeur dâhistoire Isidore Ndaywel et lâancien secrĂ©taire exĂ©cutif de la ConfĂ©rence internationale sur la rĂ©gion des Grands lacs, Ntumba Luaba.
Quel agenda, donc, pour l'annĂ©e de FĂ©lix Tshisekedi Ă la tĂȘte de la grande organisation continentale ? Le thĂšme de sa mandature, choisi par les chefs dâEtat et de gouvernement en 2020 est âArts, culture et patrimoines : leviers pour lâĂ©dification de lâAfrique que nous voulonsâ. Ce thĂšme a Ă©tĂ© choisi, en partie, en raison du dĂ©bat sur la restitution des objets dâart africains des musĂ©es Ă©trangers. Lors de son discours dâinvestiture, FĂ©lix Tshisekedi a tout de mĂȘme essayĂ© de faire rentrer la question de la paix sous cette rubrique dâarts et culture, en Ă©voquant le thĂšme du mandat de son prĂ©dĂ©cesseur, le prĂ©sident sud-africain Cyril Ramaphosa : âFaire taire les armesâ. Ce dernier avait voulu, avant la pandĂ©mie de la Covid-19, se focaliser sur deux conflits prioritaires : la Libye et le Sud Soudan. Le prĂ©sident Tshisekedi, cependant, semble vouloir tourner lâattention de lâUA vers les conflits liĂ©s au terrorisme : la rĂ©gion sahelo-sahĂ©lienne, le nord du Mozambique, la RĂ©publique centrafricaine...et lâest de la RDC. Le 27 fĂ©vrier, il a dĂ©clarĂ© : âPour que l'art, la culture et les patrimoines rĂ©ussissent leur mission d'Ă©dification de l'Afrique il faut faire taire les armes et dĂ©barrasser l'Afrique des menaces terroristesâ. A cĂŽtĂ© de cela, il faut ajouter comme prioritĂ© lâimplĂ©mentation de la Zone de libre-Ă©change continentale africaine.
La prĂ©sidence de lâUnion africaine offre une nouvelle plateforme pour le prĂ©sident Tshisekedi de nourrir davantage ses contacts avec ses homologues africains, et peut-ĂȘtre de continuer Ă construire son image dâhomme dâĂtat. Ira-t-il au-delĂ des sĂ©ances photos et des discours ? Les mois qui suivent nous donneront la rĂ©ponse.Â
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Ă la prochaine !
CâĂ©tait il y a cinq jours, le lundi 22 fĂ©vrier, Ă 10 heures du matin. Deux voitures du PAM, le Programme alimentaire mondial, filent sur la route nationale 2. Elles ont quittĂ© la ville de Goma et roulent vers un site de lâorganisation, Ă Rutshuru. Ă son bord, cinq agents du PAM, lâambassadeur dâItalie en RDC et son garde du corps.Â
Soudain, six ou sept hommes armĂ©s font irruption sur la route. Ils tuent un des chauffeurs congolais presque tout de suite. Puis ils obligent les autres membres du convoi Ă fuir avec eux vers lâintĂ©rieur du parc des Virunga. Ils rencontrent des gardes du parc. Sâensuit un Ă©change de tirs, la mort du garde du corps et la blessure, mortelle, de lâambassadeur.
Vous Ă©coutez le troisiĂšme numĂ©ro de Po Na Gec, la capsule audio du Groupe dâĂ©tude sur le Congo de lâUniversitĂ© de NewYork, qui tente dâĂ©clairer lâactualitĂ© de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, le coordonnateur du BaromĂštre sĂ©curitaire du Kivu. Nous sommes le vendredi 26 fĂ©vrier et voilĂ ce que lâon sait sur la tragĂ©die qui a Ă©branlĂ© lâItalie et braquĂ© les projecteurs sur lâest du Congo. Mais il reste, Ă cette heure, des zones dâombres dans cette histoire. Et, pour lâinstant les mystĂšres sont dâautant plus difficiles Ă percer que le gouvernement italien a annoncĂ© sa volontĂ© dâidentifier toute les responsabilitĂ©s dans ce drame. LĂ©gitime, bien sĂ»r. Mais cela nâaide pas les langues Ă se dĂ©lier.
Alors, quelles sont ces zones dâombres ? Dâabord, que faisait le diplomate dans un convoi sans escorte sur cette route ? Il semble, en rĂ©alitĂ©, que les procĂ©dures Ă©taient respectĂ©es. Cet axe Ă©tait classĂ© jaune par lâONU. Ce qui autorise dây circuler en convoi de deux voitures.Â
Ensuite, dans quelles circonstances exactes les deux Italiens ont-ils Ă©tĂ© touchĂ©s. Des sources crĂ©dibles affirment quâils ont tentĂ© de fuir, ce qui aurait amenĂ© les ravisseurs Ă leur tirer dessus. Fort possible. Mais lâissue aurait-elle Ă©tĂ© diffĂ©rente sans combat avec les gardes du parc ? Dans quelles circonstances prĂ©cises ces gardes ont-ils Ă©tĂ© engagĂ©s ? Ce sera aux enquĂȘtes de le dĂ©terminer.Â
Lâambassadeur Ă©tait-il visĂ© ? Ă ce stade, rien ne lâatteste. Mais il sera trĂšs difficile dâavoir une rĂ©ponse dĂ©finitive sans identifier les ravisseurs. Ce qui nous emmĂšne Ă la derniĂšre et principale zone dâombre : qui Ă©taient les ravisseurs ? Le gouvernement provincial du Nord-Kivu a immĂ©diatement incriminĂ© les FDLR. Câest fort possible. Cette rĂ©bellion hutu rwandaise opĂšre non loin de lĂ et a commis de nombreux kidnappings par le passĂ©. Mais les autoritĂ©s nâont pas prĂ©cisĂ© sur quoi se fondait cette accusation. Selon elles, les assaillants parlaient le kinyarwanda. Mais, dâune part, cette information nâa pas Ă©tĂ© confirmĂ©e de source indĂ©pendante. De lâautre, cela ne permet pas de distinguer les diffĂ©rents acteurs qui opĂšrent dans la zone : tous ont, en leur sein, des locuteurs de kinyarwanda.
Lâidentification des auteurs ne sera pas facile pour les enquĂȘteurs. Sur le territoire de Nyiragongo, oĂč sâest produit lâattaque, 18 cas de kidnapping ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s en 2020. En plus des groupes armĂ©s organisĂ©s, des bandits opĂšrent, et leurs commanditaires sont rarement dĂ©couverts. Cette fois, un incident qui sâest produit dans cette rĂ©gion a endeuillĂ© jusquâen Europe. Mais il sâinscrit dans une longue lignĂ©e de drames qui frappent, chaque jour, dans lâest du Congo.Â
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
La semaine derniĂšre, le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi a nommĂ© M. Sama Lukonde comme Premier ministre. Il remplace Ă ce poste M. Ilunga Ilunkamba qui a dĂ©missionnĂ© le 28 janvier Ă la suite dâune motion de censure votĂ©e contre lui Ă lâAssemblĂ©e nationale. Pourquoi ce choix ?
Bonjour !
Je mâappelle TrĂ©sor Kibangula et je suis analyste politique au sein du Groupe dâĂ©tude sur le Congo, centre de recherche basĂ© Ă lâUniversitĂ© de New York. Ceci est le deuxiĂšme numĂ©ro de Po Na GEC, notre capsule audio qui rĂ©sume, explique et donne notre avis sur les questions d'actualitĂ© en RDC.
Nous sommes le vendredi 19 fĂ©vrier. Â
La dĂ©signation de Sama Lukonde augure la fin de la longue crise politique qui a paralysĂ© les institutions du pays depuis la nomination contestĂ©e des trois juges Ă la cour constitutionnelle, en juillet 2020.Â
Le nouveau Premier ministre, malgrĂ© son jeune Ăąge - il nâa que 43 ans - nâest pas Ă ses dĂ©buts en politique. Ce diplĂŽmĂ© en chimie de lâUniversitĂ© de Lubumbashi a Ă©tĂ© Ă©lu en 2006 dĂ©putĂ© national et a Ă©tĂ© membre de la commission de mines et hydrocarbure de lâAssemblĂ©e nationale. Entre 2014 et 2015, il a Ă©tĂ© ministre de la Jeunesse et des Sports dans le gouvernement Matata II avant de dĂ©missionner avec le groupe de sept partis qui demandaient au prĂ©sident Joseph Kabila de respecter la constitution en organisant les Ă©lections dans les dĂ©lais. Sama Lukonde a Ă©tĂ© Ă©galement membre du conseil de sages du Rassemblement de lâopposition autour dâĂtienne Tshisekedi. Et jusquâĂ sa nomination, il Ă©tait directeur gĂ©nĂ©ral de la GĂ©camines, la plus grande entreprise miniĂšre du pays.
Cette dĂ©signation de M. Sama Lukonde intervient dans un contexte des manĆuvres de redĂ©finition de rapports de forces dans le paysage politique congolais et surtout au sein de la nouvelle coalition, Union sacrĂ©e de la nation. FĂ©lix Tshisekedi, qui avait entretenu des relations difficiles avec lâancien Premier ministre et les prĂ©sidents de deux chambres du Parlement, avait besoin dâune personne loyale Ă la primature. Une personne qui ne lui ferait pas de lâombre. Sama Lukonde, qui est issu dâun parti relativement petit et dont le prĂ©sident, Dany Banza, est proche du chef de lâĂtat, apparaĂźt comme le choix parfait. Et surtout quâil est du KatangaâŠÂ
Car ĂȘtre du Katanga Ă©tait, selon plusieurs sources, une condition dĂ©terminante. Lâex-Katanga, poumon Ă©conomique du pays, voudrait garder le contrĂŽle dâune branche importante du gouvernement. De plus, nommer un katangais contribuerait Ă la fois Ă rassurer les hommes politiques issus de cette partie du pays et Ă rĂ©duire davantage lâinfluence de lâancien prĂ©sident Joseph Kabila, lui-mĂȘme originaire du Katanga. Â
Enfin, nommer un jeune qui, malgrĂ© son expĂ©rience politique, nâest citĂ© ni dans les malversations financiĂšres ni autres scandales, traduit une volontĂ© de renouvellement de la part de FĂ©lix Tshisekedi. Toutefois, le choix de Sama Lukonde confirme Ă©galement le faible degrĂ© de confiance entre les nouveaux alliĂ©s et le dĂ©licat arbitrage quâil faudra avoir dans la rĂ©partition des responsabilitĂ©s au sein de lâUnion sacrĂ©e de la nation.Â
Sama Lukonde nâaura toutefois pas de moment de rĂ©pit tant les dossiers urgents remplissent sa table : dâentrĂ©e de jeu, il lui faudra dĂ©finir un programme cohĂ©rent du gouvernement. Lâattendent aussi lâĂ©pineuse question de la gratuitĂ© de lâenseignement de base, les rĂ©currents problĂšmes de lâinsĂ©curitĂ© dans lâEst, et les nombreuses rĂ©formes que son gouvernement doit mener. Y arrivera-t-il ? Câest tout le mal que nous lui souhaitons.
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Ă la prochaine ;)
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Bonjour, je mâappelle Jason Stearns et je suis le directeur du Groupe dâĂ©tude sur le Congo, un centre de recherches basĂ© Ă lâUniversitĂ© de New York.Â
Nous sommes le vendredi 12 février.
Aujourd'hui, nous commençons une nouvelle sĂ©rie de clips audio hebdomadaires, âPo Na GEC", qui rĂ©sument, expliquent et donnent notre avis sur les questions d'actualitĂ©.Â
La semaine passĂ©e, le prĂ©sident du SĂ©nat en RDC, Alexis Thambwe Mwamba, a dĂ©missionnĂ© Ă la suite de la pression venue de la nouvelle coalition du PrĂ©sident Tshisekedi, lâUnion SacrĂ©e pour la Nation.Â
C'est une institution de plus dans laquelle  Tshisekedi a rĂ©ussi Ă arracher le contrĂŽle Ă son ancien alliĂ©, le FCC de Joseph Kabila.Â
La premiĂšre bataille pour le pouvoir a eu lieu autour  la nomination de trois nouveaux juges Ă la Cour constitutionnelle en juillet 2020. Selon la constitution, le prĂ©sident, l'assemblĂ©e nationale et le Conseil supĂ©rieur de la magistrature sont chacun autorisĂ©s Ă dĂ©signer un tiers des membres de la cour. Deux de ces nominations Ă©taient discutables. Tshisekedi a envoyĂ© deux juges ailleurs avant la fin de leur mandat - pourtant la loi organique stipule que leur mandat doit ĂȘtre terminĂ©. Et leurs remplaçants auraient Ă©galement dĂ» ĂȘtre proposĂ©s par le Conseil supĂ©rieur de la magistrature - ce qui n'a pas Ă©tĂ© le cas. Finalement, selon la constitution, la nomination des nouveaux juges est censĂ©e ĂȘtre contresignĂ©e par le premier ministre. Sous prĂ©texte que le Premier ministre Ilunkamba  était en dĂ©placement, le vice premier ministre a contresignĂ© les ordonnances.
Le second dossier concerne la destitution du bureau de l'AssemblĂ©e nationale en dĂ©cembre 2020. Ici, c'est moins une violation de la loi qu'un forcing politique non conventionnel qui a fait sourciller. Lorsque les partisans de Tshisekedi ont tentĂ© de dĂ©poser les pĂ©titions pour Ă©vincer le bureau - ce qui est leur droit - la prĂ©sidente de l'AssemblĂ©e nationale, Jeanine Mabunda, a refusĂ© de les recevoir. Les hommes du prĂ©sident ont alors sĂ©questrĂ© le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'assemblĂ©e nationale et lui ont fait convoquer une plĂ©niĂšre. Mabunda a alors elle-mĂȘme convoquĂ© une plĂ©niĂšre, avec un ordre du jour diffĂ©rent, pour la mĂȘme pĂ©riode, ce qui a conduit Ă un affrontement d'une violence inconvenante sur le parquet du parlement le 8 dĂ©cembre 2020.Â
Enfin, le sĂ©nat. Il Ă©tait clair que Tshisekedi Ă©tait en mesure d'imposer sa nouvelle majoritĂ© ici aussi. Mais dĂ©but fĂ©vrier, lorsqu'il a tentĂ© de le faire, la session extraordinaire Ă©tait terminĂ©e. Au lieu d'attendre la prochaine sĂ©ance plĂ©niĂšre, les gens autour de Tshisekedi ont fait pression sur le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du sĂ©nat pour qu'il convoque une nouvelle session extraordinaire, mĂȘme si, selon le rĂšglement du sĂ©nat, c'est le prĂ©sident de la chambre qui doit la convoquer. Cela crĂ©e un prĂ©cĂ©dent troublant, en permettant au secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de convoquer une session quand il le souhaite.Â
Ce sont des victoires impressionnantes pour un prĂ©sident qui a Ă©tĂ© soupçonnĂ© d'ĂȘtre sous le contrĂŽle de Kabila Ă la suite des Ă©lections controversĂ©es de 2018. Du point de vue d'un gouvernement dĂ©sireux d'accomplir un travail urgent, cette approche de privilĂ©gier les objectifs politiques par rapport aux contraintes juridiques est logique. Le prĂ©sident a dĂ©jĂ pu atteindre certains objectifsââla gratuitĂ© d'enseignement, mĂȘme si elle est encore embryonnaire, en est un exemple. Et il est clair que Kabila, prĂ©dĂ©cesseur de Tshisekedi, Ă©tait Ă©galement coupable de nombreuses violations de la loi, petites et grandes. Cependant, du point de vue de l'impĂ©ratif de crĂ©er des institutions apolitiques et soumises Ă des rĂšgles, cette approche du pouvoir est troublante.Â
Vous pouvez rejoindre notre fil Whatsapp en envoyant GEC au +243 894 110 542 et vous inscrire Ă notre bulletin d'information sur le site www.congoresearchgroup.orgÂ
Ă la prochaine đ
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