🎙Po Na Biso

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By Ebuteli et le Groupe d'étude sur le CongoNewsNews Commentary
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🎙Po Na Biso episodes

  • Nomination de Tommy Tambwe : pourquoi la dĂ©cision est-elle si controversĂ©e ?

    C'est peut-ĂȘtre la nomination la plus commentĂ©e du PrĂ©sident Tshisekedi : Le 9 aoĂ»t 2021, il a annoncĂ© que Tommy Tambwe, un ancien rebelle de la province du Sud-Kivu, deviendrait le coordinateur du tout nouveau Programme de dĂ©sarmement, dĂ©mobilisation, relĂšvement, communautaire et stabilisation. En rĂ©ponse, la sociĂ©tĂ© civile et les leaders de l'opposition ont immĂ©diatement protestĂ©, appelant le prĂ©sident Ă  revenir sur sa dĂ©cision. Pourquoi cette dĂ©cision a-t-elle Ă©tĂ© si controversĂ©e ?

    Bonjour ! Nous sommes le vendredi 13 août. Vous écoutez le 26e numéro de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe d'étude sur le Congo (GEC), centre de recherche basé à l'Université de New York, qui tente d'éclairer l'actualité congolaise. Je m'appelle Jason Stearns et je suis le directeur du GEC.  

    Cette dĂ©cision a mis du temps Ă  arriver : le dernier programme de dĂ©mobilisation, l'UEPNDDR, qui a Ă©tĂ© lancĂ© en 2015, n'a jamais vraiment dĂ©collĂ©. Ses concepteurs avaient insistĂ© pour que les combattants soient relogĂ©s dans des camps de dĂ©mobilisation Ă©loignĂ©s de leurs communautĂ©s. Mais les conditions dans ces camps Ă©taient souvent dĂ©sastreuses et des cas de famine et de maladie ont Ă©tĂ© signalĂ©s. En consĂ©quence, et en raison d’un faible financement du gouvernement, les donateurs n'ont jamais fourni beaucoup de fonds et le programme a peu progressĂ©.

    Cela n'a pas immĂ©diatement changĂ© avec l'investiture de Tshisekedi en janvier 2019. MĂȘme si des milliers de combattants se sont prĂ©sentĂ©s Ă  la dĂ©mobilisation, le programme national n'Ă©tait pas vraiment opĂ©rationnel ; des centaines de combattants traĂźnaient dans des camps de l'armĂ©e Ă  travers le pays, beaucoup finissant par retourner en brousse.

    Enfin, aprÚs des années de discussions avec les donateurs, le 5 juillet, le président Tshisekedi a signé une ordonnance portant création du nouveau programme de démobilisation, le fusionnant avec le programme national de stabilisation. Ce programme est censé adopter une nouvelle approche, axée sur les communautés dans lesquelles les ex-combattants sont réintégrés. C'est ce qui a posé problÚme dans le passé : sur les 130 000 combattants, par exemple, qui ont été démobilisés lors de la premiÚre vague de démobilisation aprÚs l'accord de paix de Sun City, beaucoup n'ont jamais trouvé d'autres moyens de subsistance et ne se sont pas réconciliés avec leur communautés d'origine.

    À la tĂȘte de cette commission se trouve Tommy Tambwe Rudima, un choix surprenant, qui plonge cette commission dĂ©jĂ  dans des polĂ©miques. Tambwe Ă©tait membre du RCD et aurait Ă©tĂ© proche du Rwanda. En 2002, il devient vice-gouverneur du Sud-Kivu aux cĂŽtĂ©s du gouverneur controversĂ© Xavier Chiribanya, au moment oĂč une nouvelle rĂ©bellion se met en place, en coordination avec le gouvernement rwandais. Il aurait Ă©tĂ© affiliĂ© Ă  cette rĂ©bellion du CNDP, ainsi qu'Ă  son successeur, le M23. Puis, depuis l'annĂ©e derniĂšre, Tambwe est apparu comme un acteur des processus de paix locaux en tant que conseiller du prĂ©sident de la RĂ©publique, notamment lors des rĂ©cents pourparlers au Sud-Kivu,

    Sa nomination a été sévÚrement critiquée. Le Dr Denis Mukwege, Georges Kapiamba, Emmanuel Kabengele, Jean-Bosco Bahala... tous des membres éminents de la société civile, ont critiqué la décision, tout comme les membres de l'opposition politique. Pour Mukwege, "Il faudrait rompre avec les politiques visant à accorder des promotions à ceux qui devraient répondre de leurs actes devant la justice."

    Nous devrons attendre de voir l'impact de cette nomination en termes de financement des donateurs et de la volonté des combattants à se démobiliser. Compte tenu de l'importance de la confiance des combattants envers le gouvernement dans la réussite de sa mission, les défis qui l'attendent sont considérables. 


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    4 min
  • SADC : vers un succĂšs diplomatique majeur pour Tshisekedi, ou pas ?

    Bonjour ! Nous sommes le vendredi 6 aoĂ»t. Vous Ă©coutez le 25 numĂ©ro de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC), centre de recherche basĂ© Ă  l’UniversitĂ© de New York, qui tente d’éclairer l’actualitĂ© congolaise. Je m’appelle Ange Makadi Ngoy et je suis chercheuse au sein du GEC.  

    Cela fait plusieurs semaines que la RDC intensifie sa campagne de mobilisation des pays membres de la CommunautĂ© de dĂ©veloppement de l’Afrique australe (SADC) en faveur de son candidat, Faustin Luanga Mukela, au poste de secrĂ©taire exĂ©cutif. Face Ă  lui, le Botswana, qui abrite le siĂšge de cette communautĂ© sous-rĂ©gionale, aligne aussi un candidat.

    Alors que les Ă©lections sont prĂ©vues d’ici le 9 aoĂ»t 2021, en marge de la session ordinaire des chefs d’Etats et de gouvernement de la sous-rĂ©gion, fin juillet, l’UA donne Ă  IsraĂ«l, aux cĂŽtĂ©s de la Palestine, le statut d’observateur au sein de l’institution panafricaine. Certains pays membres de la SADC, notamment  la Namibie, l’Afrique du Sud et le Botswana, font bloc pour dĂ©noncer une « dĂ©cision unilatĂ©rale » de la commission de l’Union africaine. Et soupçonnent FĂ©lix Tshisekedi, comme prĂ©sident de l’UA, d’avoir laissĂ© faire.

    Ce statut d'observateur au sein de l’UA accordĂ© Ă  IsraĂ«l va-t-il fragiliser les ambitions de la RDC au sein de la SADC ?


    Sur le papier, Faustin Luanga dispose des potentiels pour diriger le secrĂ©tariat exĂ©cutif de la SADC. Haut fonctionnaire de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), le candidat de la RDC est professeur d’économie, des finances Ă  l’UniversitĂ© de Nagoya du Japon et Ă  l'UniversitĂ© internationale de GenĂšve. Selon la diplomatie congolaise, Faustin Launga dispose de plus de vingt-cinq ans d’expĂ©rience nationale et internationale sur des questions relatives Ă  la gouvernance commerciale, au dĂ©veloppement Ă©conomique des pays et Ă  leur intĂ©gration au systĂšme commercial multilatĂ©ral.

     Le 4 juin, il a Ă©tĂ© nommĂ© ambassadeur itinĂ©rant du chef de l'Etat chargĂ© du suivi des organisations internationales. Un statut qui lui confĂšre plus de visibilitĂ© et d’accĂšs aux chefs d'Etat et de gouvernement. 

     

    Mais sur le terrain diplomatique, la bataille est loin d’ĂȘtre gagnĂ©e. La RDC cherche des alliĂ©s. Elle n’a pas pu obtenir un siĂšge au Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies -ce qui a Ă©tĂ© perçu comme un vĂ©ritable embarras diplomatique pour la RDC--et le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi ne voudrait pas perdre ce poste sous-rĂ©gional clĂ©. MalgrĂ© une campagne tardive, la dĂ©lĂ©gation congolaise, conduite par le ministre des finances, Nicolas Kazadi, a dĂ©jĂ  pu se rendre aux Comores, Ă  Madagascar, aux Seychelles, en Tanzanie et au Mozambique, pays Ă  la tĂȘte de cette organisation, pour tenter de convaincre les chefs d'Etats Ă  porter la candidature de la RDC.  FĂ©lix Tshisekedi compte aussi sur le soutien de l’Angola, du Zimbabwe et l’Eswatini.  

    Mais la dĂ©cision de l’UA qu’il prĂ©side d’accorder le statut d’observateur Ă  IsraĂ«l risque de compromettre ses efforts diplomatiques sur le plan sous-rĂ©gional. Car elle passe mal auprĂšs des pays qui soutiennent la cause palestinienne, notamment l’Afrique du Sud, premiĂšre puissance au sein de la Sadc capable d’influencer les autres pays. L’an dernier, la RDC avait dĂ©jĂ  perdu le poste de secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la Zone de libre-Ă©change continentale africaine (Zlecaf) face Ă  la mĂȘme Afrique du Sud">la RDC avait dĂ©jĂ  perdu le poste de secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la Zone de libre-Ă©change continentale africaine (Zlecaf) face Ă  la mĂȘme Afrique du Sud. Et Faustin Launga Ă©tait le candidat congolais Ă  ce poste.

    La Sadc compte 16 États membres. Jamais un ressortissant d’un pays membre francophone n’a accĂ©dĂ© au poste de secrĂ©taire exĂ©cutif. La RDC et le Botswana sont deux États membres de la SADC en droit de prĂ©senter un candidat Ă  l’élection Ă  ce poste. Normalement, il devrait y avoir consensus entre les deux pays. Mais aucun prĂ©sident n’a rĂ©ussi Ă  convaincre l’autre de retirer son son candidat.

    La victoire du candidat congolais reprĂ©senterait un succĂšs diplomatique majeur pour la RDC. D’autant que son prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi a fait du retour du pays sur la scĂšne diplomatique l’une de ses prioritĂ©s. Sera-t-il bloquĂ©, une fois de plus, par les enjeux diplomatiques continentaux qui semblent l’avoir dĂ©passĂ© la derniĂšre fois ?

    En attendant le vote à la Sadc, pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre téléphone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant " GEC ", au +243 894 110 542. A trÚs vite !

    5 min
  • PrĂ©sidence de la Ceni : blocage encore au sein des confessions religieuses

    Mardi 27 juillet, toute la classe politique congolaise a les yeux braquĂ©s sur le siĂšge de l’épiscopat oĂč la plateforme des confessions religieuses nĂ©gocie pour dĂ©signer le prĂ©sident de la Commission Ă©lectorale nationale indĂ©pendante. Ce jour-lĂ , Ă  la veille de la date limite de dĂ©pĂŽt des candidatures, les confessions religieuses auditionnent quatre candidats prĂ©sidents. Le rĂ©sultat Ă  la fin de la journĂ©e ? Manque de consensus, comme en juin 2020. Ensuite, ce 30 juillet, une nouvelle plĂ©niĂšre aboutit Ă  un rapport commun qui sera dĂ©posĂ© Ă  l’AssemblĂ©e nationale, mais personne ne s’avance sur le consensus.

    Bonjour ! Je m’appelle Joshua Walker et je suis le directeur de programme du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche basĂ© Ă  l’UniversitĂ© de New-York. Nous sommes le vendredi 30 juillet..

    Dans ce 24e numĂ©ro de Po na GEC, notre capsule audio qui tente d’éclairer les questions d’actualitĂ© au Congo, enregistrĂ© Ă  17 heures, nous discutons des controverses autour de la dĂ©signation du prĂ©sident de la Ceni par les confessions religieuses.

    Le 23 juillet, la plateforme des confessions religieuses publie un communiquĂ© qui dĂ©nonce des “pressions, des intimidations et des menaces de toute sorte” envers ses membres. Allusion Ă  l’ingĂ©rence de la politique dans leur choix du candidat.

    Puis, le soir du 27 juillet, aprĂšs de longues discussions, les messages publics des chefs des confessions religieuses sont partagĂ©s. Il y a dĂ©saccord entre, d’un cĂŽtĂ©, les chefs de la ConfĂ©rence Ă©piscopale nationale du Congo (l'Église catholique) et de l’Eglise du Christ au Congo (l'Église protestante), qui avaient lancĂ© une motion de suspension de la sĂ©ance, et de l’autre, les chefs des 6 autres confessions religieuses. Alors que les 2 premiers quittent la sĂ©ance, les 6 autres sont allĂ©s reprendre  les discussions ailleurs, Ă  l’issue desquelles ils indiquent avoir terminĂ© leur travail, sans pour autant mentionner qui ils ont choisi. Mais c’est un secret de polichinelle : il s’agit de Denis Kadima, le directeur exĂ©cutif de l’Institut Ă©lectoral pour la dĂ©mocratie durable en Afrique, basĂ© Ă  Johannesburg. Si Kadima ne fait pas l’unanimitĂ©, c’est parce que les Ă©glises catholique et protestante l’estiment proche du prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi et de son parti, l’UDPS--ce que l’intĂ©ressĂ© dĂ©ment.

    Finalement, le 28 juillet, aprĂšs des discussions sĂ©parĂ©es avec les 2 blocs, le bureau du prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale accorde un dĂ©lai supplĂ©mentaire de 48 heures aux confessions religieuses pour transmettre les dossiers de leurs candidats, soit au plus tard ce 30 juillet Ă  minuit.

    La controverse autour du choix du prĂ©sident de la Ceni en dit long sur la politisation du processus Ă©lectoral en RDC. Est-ce possible de l’éviter, surtout que le caractĂšre politique de la Ceni est inscrit dans les textes qui la rĂ©gissent depuis les Accords de Sun City ? Ou bien, comme le GEC l’avait suggĂ©rĂ© dans un rĂ©cent rapport, faudrait-il plutĂŽt mettre l'accent sur des garde-fous, la dĂ©politisation totale Ă©tant visiblement impossible au stade actuel ?

    Cela amĂšne Ă  une autre question :  les confessions religieuses sont-elles les mieux placĂ©es pour faire un choix indĂ©pendant, compte tenu des tentatives rĂ©currentes de les influencer par les politiques ? Auraient-elles pris "goĂ»t" de la politique Ă  travers le rĂŽle important qui leur est accordĂ© dans le processus Ă©lectoral ? Si oui, comment mieux les mettre Ă  l’abri des influences politiques ? Dans la version initiale de la proposition Lutundula, il Ă©tait suggĂ©rĂ© que les membres de la Ceni soient dĂ©signĂ©s de maniĂšre paritaire par la sociĂ©tĂ© civile, la majoritĂ© et l’opposition. Et que le prĂ©sident soit ensuite proposĂ© par la sociĂ©tĂ© civile, mais dĂ©signĂ© par consensus des trois composantes de cette reprĂ©sentation paritaire.

    Que feront les 2 Ă©glises pour qui, jusque-lĂ , la dĂ©signation de Kadima Ă©tait une ligne rouge ? Si la Cenco et l’ECC ne trouvent toujours pas de consensus avec les autres confessions, seront-elles perçues comme des obstacles au processus ou plutĂŽt comme des fermes garantes de l’indĂ©pendance de la Ceni ? Lors de la derniĂšre Ă©lection, ces deux confessions avaient dĂ©ployĂ© le plus grand nombre d’observateurs sur le terrain.

    En attendant le dénouement de cette crise, vous pouvez rejoindre notre fil WhatsApp en envoyant GEC au +243 894 110 542 pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre téléphone.

    5 min
  • Le cardinal est mort, vive le cardinal

    C’est dĂ©sormais Ă  la cathĂ©drale Notre Dame du Congo, en plein centre-ville de Kinshasa que repose le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya. Dans son message de condolĂ©ance, le pape François le dĂ©crit comme un « exĂ©gĂšte, homme de science, un grand homme spirituel et un pasteur intensĂ©ment dĂ©vouĂ© au service de l’Église, partout oĂč il a Ă©tĂ© appelĂ© ». Quel hĂ©ritage le cardinal Monsengwo lĂšgue-t-il Ă  l’église et Ă  la rĂ©publique ?

    Bonjour !

    Je m’appelle Fred Bauma et je suis directeur de recherche au sein du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche basĂ© Ă  l’UniversitĂ© de New York.

    Dans ce 23e numĂ©ro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente d’éclairer les questions d'actualitĂ© en RDC, je mĂ©dite sur l’hĂ©ritage de l’archevĂȘque Ă©mĂ©rite de Kinshasa, dĂ©cĂ©dĂ© ce 11 juillet 2021 en France.

    Le cardinal Monsengwo aura vĂ©cu 81 ans, dont plus de la moitiĂ© comme Ă©vĂȘque, ensuite archevĂȘque respectivement de Inongo, Kisangani et Kinshasa. À l’annonce de sa mort, nombreux ont saluĂ© ses prouesses intellectuelles et son action en faveur des pauvres. D’autres ont rappelĂ© ses qualitĂ©s de polyglotte – il parlait 14 langues - ou encore son amour pour la musique. Car Tata cardinal, comme il se faisait affectueusement appeler, a eu plusieurs vies. Mais sa contribution dans la lutte pour la justice sociale et la dĂ©mocratie restera pour beaucoup, et au-delĂ  de sa chĂšre Ă©glise catholique, son grand hĂ©ritage.

    Si pour le commun des Congolais, l’érudit exĂ©gĂšte catholique leur Ă©tait peu connu, le politique et le pasteur, lui, leur Ă©tait si proche. D'autant que durant les trente derniĂšres annĂ©es de sa vie, le cardinal a dominĂ© la vie politique de son pays par ses sorties mĂ©diatiques, ses homĂ©lies tranchantes et son leadership au sein de l’Eglise catholique. Le cardinal Monsengwo aura mĂȘme servi pendant quatre ans comme prĂ©sident du Haut-conseil de la RĂ©publique/Parlement de transition.

    Et dans sa longue carriĂšre de prince de l’église, il n’a ratĂ© aucune occasion pour fournir de l’énergie aux diffĂ©rents courants contestataires. « Mon rĂŽle Ă©tait de tendre la corde sans qu’elle ne cĂšde », se confiait-il au magazine Jeune Afrique en 2015. Ainsi, en 1992, lorsque la confĂ©rence Nationale Souveraine dont il dirigeait les travaux est bloquĂ©e par le prĂ©sident Mobutu, il laissera faire les prĂȘtres contestataires et les laĂŻcs catholiques dans ce qui sera connu sous le nom de la marche des chrĂ©tiens. En 2011, il n'hĂ©site pas Ă  critiquer durement les rĂ©sultats des Ă©lections qui, selon lui, n’étaient « conformes ni Ă  la vĂ©ritĂ©, ni Ă  la justice ». En 2015, alors que les Ă©meutes Ă©clataient Ă  Kinshasa et dans d’autres villes du pays contre la modification de la loi Ă©lectorale, il prĂȘta de nouveau sa voix pour amplifier l’opposition Ă  Joseph Kabila. Il rĂ©cidivera en 2017 en relançant le ComitĂ© laĂŻc catholique. Et lorsque la premiĂšre marche des laĂŻcs catholiques fut violemment rĂ©primĂ©e Ă  Kinshasa, il n’hĂ©sitera pas Ă  assener sa plus grande critique au rĂ©gime de Joseph Kabila avec cette  phrase devenue culte : « Il est temps que la vĂ©ritĂ© l’emporte sur le mensonge systĂ©mique, que les mĂ©diocres dĂ©gagent et que rĂšgnent la paix, la justice en RDC ». Il n’hĂ©sitera pas non plus Ă  se montrer critique aprĂšs les Ă©lections controversĂ©es  de dĂ©cembre 2018.

    La corde, il l’aura souvent tendue jusqu’au bout, elle aura parfois cĂ©dĂ©. Mais la tension que cela a Ă  chaque fois créé Ă  contribuer Ă  faire avancer la dĂ©mocratie et les libertĂ©s en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo.

    À deux ans des nouvelles Ă©lections et alors que le climat politique devient de plus en plus tendu, l'Église catholique et ses millions de laĂŻc auront besoin d’un berger fort et d’une voix forte. Le cardinal Fridolin Ambongo saura-t-il assumer ce rĂŽle? Il est clair qu’il en a les atouts quoique son style, sa personnalitĂ© et sa trajectoire politique le distinguent de son auguste prĂ©dĂ©cesseur. Au discret et souvent diplomate Monsengwo succĂšde le fougueux et fonceur Ambongo. On l’a dĂ©couvert d’ailleurs lors du dialogue de la Cenco.  Lorsque le prĂ©sident de la Cenco, Mgr Marcel Utembi, jouait aux diplomates, Ambongo a choisi d’ĂȘtre le porte voix de la ligne dure, ce qui lui attira alors  la sympathie de la sociĂ©tĂ© civile congolaise. DĂ©sormais seul maĂźtre de l'archevĂȘchĂ© de Kinshasa, le cardinal Ambongo a le champ libre pour imprimer son style et rattraper le charisme du cardinal Monsengwo, qui est de 21 ans son aĂźnĂ©.

    Le cardinal est mort, vive le cardinal.

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    4 min
  • Quand les dĂ©putĂ©s jouent les prolongations

    On le sait, contre l’avis du prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi, l’AssemblĂ©e nationale, contrairement au SĂ©nat, poursuit sa session ordinaire de mars dont la clĂŽture Ă©tait initialement prĂ©vue le 15 juin. Officiellement, c’est parce qu’une partie du territoire national se trouve en Ă©tat de siĂšge et que les dĂ©putĂ©s se doivent de renouveler cette situation exceptionnelle tous les 15 jours ou d’y mettre fin Ă  tout moment. Mais la prolongation de la session ordinaire de mars ne cache-t-elle pas d’autres intentions ?

    Bonjour ! Vous Ă©coutez le 22e numĂ©ro de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC), centre de recherche basĂ© Ă  l’UniversitĂ© de New York, qui tente d’éclairer l’actualitĂ© congolaise.

    Je m’appelle TrĂ©sor Kibangula et je suis analyste politique au sein du GEC.

    Nous sommes le vendredi 16 juillet. Cela fait presqu’un mois jour pour jour que l’AssemblĂ©e nationale joue les prolongations, aprĂšs avoir refusĂ© de voter la loi d’habilitation. Privant ainsi le chef de l’État de la possibilitĂ© de renouveler seul, comme il le souhaitait, l’état de siĂšge dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

    Mais, en rĂ©alitĂ©, cette fin retardĂ©e de la session ne va pas desservir le chef de l’État. Au contraire. Elle lui permettra de pousser son avantage. Ce sera le temps par exemple de confirmer la mainmise de l’Union sacrĂ©e de la nation, coalition au pouvoir, sur la Commission Ă©lectorale nationale indĂ©pendante (Ceni). Et le ton est donnĂ©. Il faut le faire vite, trĂšs vite. La nouvelle loi sur la Ceni, dĂ©criĂ©e notamment Ă  cause de la politisation accentuĂ©e de l’organe Ă©lectoral et du dĂ©sĂ©quilibre dans sa composition, a Ă©tĂ© promulguĂ©e le 3 juillet. Le bureau de l’AssemblĂ©e nationale dit attendre les noms des animateurs proposĂ©s pour la Ceni par chaque composante - majoritĂ©, opposition et sociĂ©tĂ© civile -, au plus tard le 28 juillet. Le 17 aoĂ»t, le prĂ©sident de la RĂ©publique doit recevoir les listes des personnes dĂ©signĂ©es et entĂ©rinĂ©es par l’AssemblĂ©e nationale.

    Cette mise en branle rapide du nouveau dispositif lĂ©gal prend de vitesse les dĂ©tracteurs de la nouvelle loi sur la Ceni. D’autant que ces derniers peinent Ă  mobiliser. Et la disparition du cardinal Laurent Monsengwo, figure incontournable de la scĂšne publique congolaise, n’aide pas non plus. L’Église catholique, une des principales composantes devant dĂ©signer le prochain prĂ©sident de la Ceni, ne pourra pas s’Impliquer pleinement avant les obsĂšques du feu cardinal.  

    En tout cas, pour l’instant, contrairement Ă  2015, aucune manifestation de protestation d’envergure n'a eu lieu. Des appels se multiplient par ailleurs dans ce sens mais des acteurs politiques ou de la sociĂ©tĂ© civile ne semblent pas encore accorder leur violon sur la stratĂ©gie Ă  mettre en place. FĂ©lix Tshisekedi, lui, n’attend pas. Le chef de l’État avance ses pions et s’impose encore plus dans les institutions du pays. Sans doute pour s’assurer une victoire en 2023. D'ailleurs, il ne s’en cache pas.

    La prolongation sert aussi de moyen de pression pour les dĂ©putĂ©s afin de faire avancer certains dossiers en leur faveur. « Comment partir en vacances et laisser les commandes du pays Ă  l’exĂ©cutif alors que la promesse du chef de l’État d’une dotation financiĂšre pour chaque dĂ©putĂ© qui rentre dans sa circonscription n’est pas encore satisfaite ? » s’interrogent certains Ă©lus. D’autres disent attendre d’en savoir plus sur des jeeps promises.

    Entre-temps, les rĂ©formes annoncĂ©es comme prioritaires Ă  l’ouverture de la session, il y a quatre mois, n'ont pas Ă©tĂ© toutes examinĂ©es. À la place, derriĂšre les portes closes des bureaux du palais du Peuple, dĂ©putĂ©s pro-Tshisekedi et dĂ©putĂ©s pro-Kabila se disputaient encore le contrĂŽle des commissions permanentes de l’AssemblĂ©e nationale. Pour ceux qui attendaient les dĂ©bats sur la rĂ©vision de certaines dispositions de la Constitution, sur la modification de la loi Ă©lectorale en vigueur, ou sur des projets de rĂ©formes structurelles, Ă©conomiques ou sociales venant du gouvernement, il faudra repasser. Au Congo, Ă  l’instar de « l'annĂ©e de l’action » annoncĂ©e pour 2020 par le prĂ©sident Tshisekedi,  « le temps des rĂ©formes » proclamĂ© en mars 2021 par Christophe Mboso, prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale, se fait toujours attendre. Prolongation de la session ordinaire, ou pas.

    D’ici lĂ , pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant " GEC ", au +243 894 110 542. À trĂšs vite !

    5 min
  • Vaccin AstraZeneca - Tshisekedi a-t-il raison d'Ă©mettre des rĂ©serves ?

    "J'ai bien fait de ne pas me faire vacciner". Ce sont les mots du prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi dans une interview accordĂ©e aux mĂ©dias congolais le 1er juillet, affirmant que l'opinion scientifique Ă©tait divisĂ©e sur le vaccin Astrazeneca et qu'il attendrait un autre vaccin. Pourtant, le pays a lancĂ© une campagne nationale de vaccination il y a deux mois et demi, encourageant tous les Congolais Ă  se faire vacciner par Astrazeneca. Son propre ministre de la santĂ© vient de se faire vacciner. Tshisekedi le chef de l'État avait-il raison d'Ă©mettre cette rĂ©serve ?

    Bonjour ! Nous sommes le vendredi 9 juillet. Je m'appelle Jason Stearns, et je suis le directeur du Groupe d'étude sur le Congo, projet de recherche indépendant basé à l'Université de New York. Vous écoutez le 21e numéro de Po na GEC, notre capsule audio qui tente d'éclairer l'actualité de la RDC.

    De nombreux Congolais semblent partager le scepticisme du PrĂ©sident Tshisekedi. Seules quelque 60 000 personnes ont Ă©tĂ© vaccinĂ©es dans le pays, bien que celui-ci ait reçu 1,7 million de doses d'Astrazeneca de la part de Covax, la coalition internationale des vaccins. Cette rĂ©ticence a Ă©tĂ© accentuĂ©e par des rapports faisant Ă©tat de caillots sanguins liĂ©s Ă  ce vaccin particulier - dans de nombreux pays europĂ©ens, il n'est administrĂ© qu'Ă  certains groupes d'Ăąge, et aux États-Unis et en Suisse, il n'a pas encore Ă©tĂ© autorisĂ©.

    Le fait que l'Union européenne ait annoncé la semaine derniÚre que les personnes vaccinées avec le vaccin Astrazeneca produit en Inde - contrairement au vaccin biologiquement identique produit au Royaume-Uni - n'échapperaient pas automatiquement à la quarantaine lorsqu'elles voyagent en Europe n'a rien arrangé.

    NĂ©anmoins, le vaccin d'Astrazeneca est le principal vaccin disponible pour la plupart des pays africains dans le cadre de l'initiative Covax. Cela s'explique en grande partie par le fait qu'il est moins cher et que, contrairement aux vaccins produits par Pfizer et Moderna, qui doivent ĂȘtre stockĂ©s dans des conditions ultra-froides, le vaccin AstraZeneca peut ĂȘtre conservĂ© dans des rĂ©frigĂ©rateurs classiques.

    Plus de 400 millions de doses d'Astrazeneca ont Ă©tĂ© administrĂ©es dans le monde, dont plus de 30 millions au Royaume-Uni et 6 millions en France. Il est utilisĂ© dans 178 pays du monde et son utilisation a Ă©tĂ© approuvĂ©e par l'Organisation mondiale de la santĂ©. Selon diverses Ă©tudes, le vaccin est efficace Ă  plus de 60 % pour prĂ©venir tout symptĂŽme de Covid et offre une protection de plus de 90 % contre le dĂ©cĂšs et l'hospitalisation. L'OMS a dĂ©clarĂ© que ces avantages continuent de l'emporter sur les risques. C'est aussi vrai dans un pays comme le Congo, qui est sĂ©couĂ© actuellement par une troisiĂšme vague de la pandĂ©mie et oĂč les hĂŽpitaux de Kinshasa sont presque pleins.

    Le prĂ©sident Tshisekedi n'est pas le seul parmi les dirigeants congolais Ă  exprimer ses doutes. Parmi les principaux leaders des partis politiques, seul Martin Fayulu s'est fait vacciner publiquement. Jean-Pierre Bemba, Moise Katumbi et Joseph Kabila ne se sont pas exprimĂ©s sur la question. Pas plus que d'autres leaders d'opinion, comme le prix Nobel Denis Mukwege, ou les chefs religieux. NĂ©anmoins, en tant que garant de la nation, et compte tenu du danger posĂ© par le virus et le fait qu’il avait dĂ©jĂ  autorisĂ© le vaccin dans son pays, Tshisekedi aurait pu s'exprimer autrement,.

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    3 min
  • Lipanda 2021 : quelle indĂ©pendance et pour qui ?

    “...[L]e jour glorieux oĂč devant l’histoire, le monde a Ă©tĂ© tĂ©moin du couronnement de la lutte acharnĂ©e menĂ©e corps et Ăąme par les PĂšres fondateurs de notre nation, dans le but de permettre l’accession du pays de nos ancĂȘtres Ă  sa souverainetĂ©â€. Voici les premiĂšres lignes du discours du prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi Ă  l’occasion du soixante et uniĂšme anniversaire de l’indĂ©pendance de la RĂ©publique democratique du Congo, le 30 juin 2021. Mais que signifie l’indĂ©pendance du Congo aujourd’hui ?

    Bonjour ! Nous sommes le vendredi 2 juillet. Je m’appelle Fred Bauma, et je suis le directeur de recherche du Groupe d'Ă©tude sur le Congo, un projet de recherche indĂ©pendant basĂ© Ă  l'UniversitĂ© de New York. Vous Ă©coutez le 20e numĂ©ro de Po na GEC, notre capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC.

    Chaque annĂ©e, les Congolais cĂ©lĂšbrent la fĂȘte du 30 juin, et chaque annĂ©e, les mĂȘmes discours reviennent dans les discussions : “Nous ne sommes pas rĂ©ellement indĂ©pendants.” “Qu’est-ce que nous avons Ă  fĂȘter ?” “AprĂšs 61 ans d’indĂ©pendance, avons-nous vraiment su ‘assurer’ la ‘grandeur’ du Congo, comme le dit l’hymne national ?”

    Y a-t-il moyen d’amĂ©liorer le dĂ©bat public autour de l’indĂ©pendance ?

    Ce 30 juin 2021, le Collectif Ekolo--un groupe de jeunes ayant pour but de stimuler la conscience de l’histoire congolaise--a menĂ© une “visite guidĂ©e dĂ©coloniale” sur le boulevard du mĂȘme nom, Ă  Kinshasa. Au menu : visite des bĂątiments de l’époque coloniale, et rĂ©cit de l’histoire extractive de la RDC, en commençant par l’Etat indĂ©pendant du Congo, en passant par le Congo belge avant d’arriver au Congo postcolonial. Le message : depuis sa naissance, le Congo a toujours Ă©tĂ© un pays d’oĂč les ressources partent ailleurs ; un pays extraverti, dont les richesses servent les autres pays, en laissant les Congolais pauvres. En effet, Ă  la diffĂ©rence d’autres colonies, le Congo est nĂ© comme une colonie “internationale”, du moins en thĂ©orie. L’Etat indĂ©pendant du Congo--quel nom ironique--Ă©tait censĂ© ĂȘtre un espace libre pour le commerce international, au lieu d’un site d’extraction liĂ© formellement Ă  un seul pays comme dans d’autres colonies.

    C’est ainsi que l’historien Guillaume Nkongolo Funkwa, lors d’une interview rĂ©cente Ă  l’occasion du 30 juin, a exhortĂ© les dirigeants et les populations congolais Ă  comprendre “pourquoi leur pays est le seul Ă  ĂȘtre soumis sous le statut de colonie internationale, propriĂ©tĂ© commune des capitalistes mondiaux”. A cette problĂ©matique on pourrait ajouter celle Ă©voquĂ©e par le critique martiniquais Frantz Fanon, qui, dans son ouvrage Les damnĂ©s de la terre, dĂ©crivait la façon dont les Ă©lites africaines--les bourgeoisies nationales--faisaient souvent cause commune avec les bourgeoisies des mĂ©tropoles coloniales, au dĂ©triment des paysans de leurs propres pays. Double exploitation des Congolais, donc : d’abord par le capital et les puissances internationales, et ensuite par l’élite nationale, en collusion avec ces derniers.

    Trois jours avant la fĂȘte de l’indĂ©pendance cette annĂ©e, la RDC et le Rwanda ont signĂ© plusieurs accords, dont un qui porte sur la coopĂ©ration entre les deux pays dans l’exploitation de l’or congolais. Certains observateurs congolais se sont dits rĂ©voltĂ©s par cet accord, estimant qu’on ne doit pas laisser le raffinage Ă  une sociĂ©tĂ© rwandaise : le Congo n’est-il pas capable de raffiner son propre or ? Et sinon, pourquoi ?

    PlutĂŽt que d’ĂȘtre simplement des signes de frustration, ce type de questions devrait ĂȘtre au cƓur du dĂ©bat national. A qui les richesses du Congo doivent profiter, et de quelle maniĂšre ? Comment les faire profiter davantage Ă  tous les Congolais, plutĂŽt qu’à l’élite ? Pour qui la souverainetĂ© du Congo tant recherchĂ©e par les hĂ©ros de l'indĂ©pendance existe-t-elle ? Les paysans ? L'Ă©lite ? VoilĂ  d’autres questions qui pourraient animer un dĂ©bat riche et nuancĂ© sur la signification de l’indĂ©pendance du Congo aujourd’hui.

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  • Les FARDC sont-elles gangrĂ©nĂ©es par la mafia ?

    « Il y a beaucoup de magouilles qui minent nos forces de sĂ©curitĂ©. Il s’est dĂ©veloppĂ© une mafia dans l’armĂ©e ». Ce constat n’est pas extrait du rapport d’une ONG. Il a Ă©tĂ© prononcĂ© par le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi, chef suprĂȘme des forces armĂ©es et de la police nationale, le samedi 19 juin, Ă  Bunia. 


    Le commentaire est spectaculaire. Il a d’ailleurs fait le tour des mĂ©dias congolais. Mais le prĂ©sident fait-il le nĂ©cessaire pour lutter contre le flĂ©au qu’il dĂ©nonce ?

    Nous sommes le vendredi 25 juin et vous Ă©coutez le 19e numĂ©ro de Po na GEC, la capsule audio du Groupe d’études sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York, qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, le coordonateur du BaromĂštre sĂ©curitaire du Kivu, et cette semaine nous nous intĂ©ressons aux rĂ©seaux illĂ©gaux qui entravent l’armĂ©e congolaise.

    Car FĂ©lix Tshisekedi a raison de soulever ce problĂšme. Il y a de nombreux exemples d’activitĂ©s illĂ©gales menĂ©es par des membres des FARDC pour s’enrichir. Le dernier rapport du groupe d’expert des Nations-Unies sur la RDC en regorge : 

    • trafic d’armes qui atterrissent souvent entre les mains des groupes armĂ©s, notamment les hauts-plateaux du Sud-Kivu et en Ituri
  • prĂ©sence illĂ©gale de soldats dans les mines d’or, comme Ă  Matungu, dans le territoire Walikale
  • Ou encore rĂ©colte et exportation de cacao sur l’axe Beni-Kasindi
 
  • Une partie des soldats des FARDC est par ailleurs fictifs. Souvent ils ne sont pas remplacĂ©s aprĂšs leur mort au combat, et leur solde qui continue d’ĂȘtre versĂ©e, est dĂ©tournĂ©e. Tout ceci contribue Ă  aggraver et maintenir l’insĂ©curitĂ©. 

    Alors, comment en est-on arrivĂ© lĂ  ? L’impunitĂ© en est Ă©videmment un des facteurs. Et FĂ©lix Tshisekedi a eu raison de pointer la faiblesse de la justice lors de son intervention. L’arrestation de trois officiers soupçonnĂ©s de dĂ©tournement de soldes de militaires fictifs, en Ituri trois jours plus tard, va dans le bon sens, mĂȘme s’il faudra des efforts plus solides et plus constants.

    Mais, cette « mafia », comme l’appelle FĂ©lix Tshisekedi, a Ă©galement des causes plus profondes. Faute de suffisamment de moyens et de contrĂŽle, une grande partie des FARDC s’organise, sur le terrain, 

    de maniĂšre informelle pour subvenir Ă  ses besoins. Cela se fait souvent au dĂ©pend des civils qu’ils sont censĂ©s protĂ©ger, avec des taxes diverses, qui peuvent mener Ă  des exactions. 


    Face Ă  cela, les civils, non armĂ©s, sont dans une position de faiblesse : ils ont difficilement la capacitĂ© de dĂ©noncer ces pratiques et d’obtenir des sanctions sans craindre des reprĂ©sailles. Or, l’état de siĂšge, dĂ©crĂ©tĂ© par FĂ©lix Tshisekedi dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri a justement renforcĂ© les pouvoirs des FARDC, avec notamment la mise en place d’une justice militaire pour juger les civils. L’armĂ©e a dĂ©sormais encore plus de latitude pour taxer les citoyens, et s’en prendre aux mĂ©dias et Ă  la sociĂ©tĂ© civile, qui pourraient les dĂ©noncer. Les mesures prises par FĂ©lix Tshisekedi risquent donc de renforcer le phĂ©nomĂšne dĂ©noncĂ© par Tshisekedi FĂ©lix.

    Demander la moralisation des soldats, leur faire subir la rigueur de la justice
 Tout ceci est louable et nĂ©cessaire. Mais pour mettre vĂ©ritablement fin aux circuits Ă©conomiques illĂ©gaux, il est aussi nĂ©cessaire de construire le cadre qui permette aux FARDC d’opĂ©rer avec les moyens dont ils ont besoin. 


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    4 min
  • Union sacrĂ©e, union fragile ?

    C’est une semaine politique intense qui s’achĂšve Ă  Kinshasa. Comme le souhaitait le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi, dĂšs le lundi 14 juin, 24 heures avant la clĂŽture initiale de la session ordinaire de mars, les sĂ©nateurs ont adoptĂ© le projet de loi portant habilitation du gouvernement sur certaines matiĂšres notamment la prolongation de l’état de siĂšge. Mais le lendemain, le mardi 15 juin, l’examen de ce texte censĂ© permettre Ă  l’exĂ©cutif d’intervenir dans le domaine lĂ©gislatif pendant les vacances parlementaires est bloquĂ© Ă  l’AssemblĂ©e nationale, pourtant majoritairement dominĂ©e par l’Union sacrĂ©e de la nation. Le mĂȘme jour, des sĂ©nateurs votent majoritairement contre la levĂ©e des immunitĂ©s parlementaires de Matata Ponyo Mapon, ancien Premier ministre, que le procureur voulait entendre dans le cadre de la gestion dĂ©criĂ©e des fonds destinĂ©s au parc-agroalimentaire de Bukanga Lonzo. Et ce, malgrĂ© le message subliminal de FĂ©lix Tshisekedi leur demandant de ne pas faire entrave Ă  la justice. Peut-on en dĂ©duire que cette coalition au pouvoir initiĂ©e par le chef de l’État bat de l’aile ?

    Bonjour,

    Je suis TrĂ©sor Kibangula, analyste politique au sein du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche de l’UniversitĂ© de New York. Vous Ă©coutez le 18Ăšme numĂ©ro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente d’éclairer les questions d’actualitĂ© en RDC.

    Nous sommes le vendredi 18 juin.

    On le savait dĂšs le dĂ©part : la vie d’une coalition si hĂ©tĂ©roclite ne serait pas un long fleuve tranquille. Il vous souviendra par exemple qu’aprĂšs les candidatures uniques de l’Union sacrĂ©e de la nation au bureau de l’AssemblĂ©e nationale, la coalition n’avait pas rĂ©ussi Ă  imposer le mĂȘme schĂ©ma au SĂ©nat : Ensemble pour la RĂ©publique de MoĂŻse Katumbi et le MLC de Jean-Pierre Bemba, pourtant membres de l’Union sacrĂ©e de la nation, s’étaient alors affrontĂ©s pour le poste de deuxiĂšme vice-prĂ©sident de la chambre haute. Un premier fait rĂ©vĂ©lateur du difficile consensus auquel la coalition au pouvoir allait devoir faire face.

    D’autant que les intĂ©rĂȘts politiques des uns et des autres ne sont pas toujours concordants. Loin de lĂ . Surtout que, plus de six mois aprĂšs sa constitution, l’Union sacrĂ©e de la nation ne dispose toujours pas de charte devant prĂ©ciser ses objectifs et les rĂŽles de chaque composante. Modeste Bahati, prĂ©sident du SĂ©nat, pousserait en vue de son adoption le plus rapidement possible, notamment pour dĂ©finir la clĂ© et les critĂšres de rĂ©partition des responsabilitĂ©s maintenant et aprĂšs les Ă©lections Ă  venir. Mais l’UDPS, parti prĂ©sidentiel, ne se montrerait pas pressĂ©e de s'inscrire dans cette dĂ©marche. Ajoutez Ă  cela les ressentis de MoĂŻse Katumbi et de Jean-Pierre Bemba. Ces deux leaders qui ont ralliĂ© FĂ©lix Tshisekedi ont eu l’impression d’avoir Ă©tĂ© subtilement flouĂ©s lors de la composition du gouvernement, certains de leurs lieutenants dĂ©signĂ©s ne s’étant pas retrouvĂ©s aux postes promis ou espĂ©rĂ©s lors de la nomination de l’équipe gouvernementale dirigĂ© par Sama Lukonde. Ce qui n’a fait que renforcer le dĂ©ficit de confiance entre eux.

    La machine Union sacrĂ©e de la nation vient donc de nouveau de s’enrayer au Parlement. Au mĂȘme moment, Vital Kamerhe, le premier alliĂ© du prĂ©sident de la RĂ©publique, est reconnu coupable de dĂ©tournement de fonds publics et condamnĂ© en appel Ă  13 ans de travaux forcĂ©s. Son parti menace de claquer la porte de la coalition et de suspendre sa participation aux institutions.

    Si tout ceci laisse entrevoir la fragilitĂ© de l’édifice construit de bric et de broc par le prĂ©sident de la RĂ©publique, il est encore trop tĂŽt pour en tirer une quelconque conclusion. L’Union sacrĂ©e a d’ailleurs rĂ©ussi Ă  faire passer plusieurs lois. Ce qui dĂ©montre une certaine cohĂ©sion. En tout cas, l’avenir de cette coalition au pouvoir dĂ©pendra,de la capacitĂ© de ses membres et de son autoritĂ© morale, FĂ©lix Tshisekedi, Ă  s’accorder clairement sur un objectif commun Ă  court, moyen et long terme. Ils doivent se mettre d’accord maintenant sur des prioritĂ©s Ă  la fois en termes de gouvernance que des contenus des rĂ©formes Ă  enclencher. L’exemple de celle de la Commission Ă©lectorale nationale indĂ©pendante (Ceni) n’ayant pas rassurĂ© toutes les parties. Sinon les dissensions internes d’aujourd’hui apparaĂźtront de plus en plus au grand jour demain.

    En attendant, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC » au +243 894 110 542 pour recevoir Po Na GEC chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone. À bientĂŽt !

    5 min
  • Proposition de loi Ceni : est-ce le dĂ©but des rĂ©formes nĂ©cessaires pour des scrutins crĂ©dibles en RDC ?

    L'Assemblée nationale a adopté ce vendredi 4 juin, la proposition de loi organique modifiant la loi sur la Commission électorale nationale indépendante (CENI). 

    A un peu plus de deux ans des prochaines élections, est-ce le début des réformes nécessaires pour rendre enfin les scrutins plus crédibles ? 

    Bonjour. Nous sommes le vendredi 11 juin et vous Ă©coutez le 17e numĂ©ro de Po na GEC, la capsule audio du Groupe d’études sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York, qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Jason Stearns, le directeur du GEC.

    Les enjeux de cette réforme sont considérables. Tant les élections de 2011 que celles de 2018 ont été profondément entachées d'irrégularités dénoncées notamment  par des observateurs indépendants. Dans un sondage national réalisé par Berci et le GEC en 2019, prÚs de la moitié des personnes interrogées ont déclaré qu'elles estimaient  que les élections avaient été truquées ; un nombre similaire ne faisait pas confiance à la commission électorale. 

    La CENI reste l'une des institutions les plus importantes du pays - elle dĂ©cide de l'emplacement des bureaux de vote, recrute le personnel, organise et compte les votes eux-mĂȘmes. Elle a Ă©galement des poches profondes. Rien qu'en 2018, la CENI disposait d'un budget de 434 millions de dollars, soit plus que celui du ministĂšre de la SantĂ© ou de l'armĂ©e. 

    Cette proposition de loi, pourrait-elle rendre cette institution plus crédible et légitime ? 

    La loi votée par l'assemblée nationale ne change pas grand-chose à la composition de la CENI. Elle reste politisée : les membres du bureau - l'organe exécutif qui garde le pouvoir sur toutes les décisions importantes - et ceux de la pléniÚre  sont répartis entre la majorité et l'opposition parlementaires ainsi que  la société civile. Le bureau compte désormais sept membres - un de plus qu'auparavant - dont quatre sont proposés  par la majorité, deux par l'opposition tandis que la présidence est réservée à la société civile. Cela donne encore plus de pouvoir à la majorité, qui contrÎlait 3 des 6 membres dans la version précédente. Au sein de l'assemblée, qui a en théorie le pouvoir de superviser le bureau, la répartition des siÚges est plus équilibrée - l'opposition nomme maintenant 4, la majorité 6 et la société civile 5 membres - mais cet organe a relativement peu de pouvoir.

    Les recommandations faites pour rendre les membres de ces organes moins sensibles Ă  l'influence politique ont Ă©tĂ© diluĂ©es. Une proposition de Christophe Lutundula - aujourd'hui ministre des affaires Ă©trangĂšres - visant Ă  interdire Ă  toute personne ayant Ă©tĂ© impliquĂ©e dans des activitĂ©s politiques au cours des cinq annĂ©es prĂ©cĂ©dentes d'ĂȘtre nommĂ©e Ă  la CENI a Ă©tĂ© supprimĂ©e. De mĂȘme qu'une disposition visant Ă  obliger toutes les parties Ă  trouver un consensus sur la nomination du prĂ©sident de la CENI et celle de crĂ©er un organe de contrĂŽle permanent, la commission permanente d'Ă©valuation et de contrĂŽle. Toutefois, il y a des sanctions prĂ©vues si les membres de la CENI s’engage dans la politique.

    Des critiques ont Ă©tĂ© Ă©mises : la coalition de dĂ©putĂ©s G13 a publiĂ© un communiquĂ© dĂ©nonçant la "vacuitĂ© des dispositions de la loi". Le porte-parole de l'Eglise du Christ au Congo, Eric Nsenga, a dĂ©clarĂ© que cette loi n'apportait pratiquement aucun changement Ă  la loi actuelle. Toutefois, en comparaison avec les protestations sur des questions similaires avant les Ă©lections de 2018, ces objections sont moins audibles. Il n'y a pas eu de manifestations - malgrĂ© l'appel de Martin Fayulu Ă  appliquer l'article 64 de la constitution - et les discussions Ă  Kinshasa semblent davantage axĂ©es sur le dĂ©bat de Noel Tshiani sur la "congolitĂ©" et sur une controverse impliquant des cartes de crĂ©dit prĂ©payĂ©es remises Ă  certains ministres. La proposition de loi vient d’ĂȘtre adoptĂ©e en des termes identiques par le Ă©nat et attend la promulgation. 

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    4 min

About 🎙Po Na Biso

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Chaque vendredi, Ebuteli et le Groupe d'Ă©tude sur le Congo (GEC) vous proposent « Po Na Biso (anciennement Po Na GEC) ». Il s’agit d’une capsule audio en format court (4 minutes maximum) qui rĂ©sume, explique et donne le point de vue du GEC et d'Ebuteli sur les questions d’actualitĂ© en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo.

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