A l’aube de la « Révolution de Velours » – qui mettra fin au régime communiste tchécoslovaque après 40 années de règne – un tournage sur la vie d’un célèbre compositeur de musique autrichien, Wolfgang Amadeus Mozart, se joue dans les rues de Prague. Un tournage placé sous haute surveillance qui aboutira à l’un des films les plus récompensés dans l’histoire du septième art : Amadeus.
1 – La musique occupe 90 minutes sur les 160 que compte le film
De musique, le réalisateur américano-tchèque Milos Forman n’en est pas à son coup d’essai : en 1979 il sort une adaptation cinématographique de la comédie musicale Hair, centrée sur la contre-culture américaine des années 60 où un jeune américain, Claude, fraîchement débarqué à New York, se lie d’amitié avec une communauté hippie de Central Park avant d’aller combattre au Vietnam.
Il réalisera ensuite une fresque historique sur les Etats-Unis avec la sortie en 1981 de Ragtime, mettant en scène la vie d’un pianiste de ragtime afro-américain, Coalhouse Walker, Jr., qui voit sa vie et son foyer être menacées par un racisme de société. Amadeus, sortira quant à lui dans les salles obscures en 1984, signant la troisième incursion du réalisateur dans le monde de la musique.
Pas question pour autant de réduire la musique à un pur divertissement : « Je déteste les films musicaux – ou traitant de la musique – où l’on voit l’histoire s’arrêter. Le numéro musical commence alors, puis quand il se termine l’histoire peut reprendre, et ainsi de suite. » confiait le réalisateur à la télévision canadienne lors d’une interview donnée en 1985 : « Dans Amadeus, on a essayé que la musique reflète toujours l’histoire. Qu’elle vienne de l’histoire. Qu’elle nous amène à l’histoire. » Une musique si importante que son utilisation occupe à elle-seule, dans la version cinéma du film, 90 minutes sur les 160 minutes que constituent le long-métrage.
2 – La rivalité entre Mozart et Salieri n’est qu’une fiction
Au-delà de constituer un biopic largement romancé sur la vie de Mozart, Amadeus opte pour une narration qui choisit d’épouser le point de vue d’un personnage antagoniste : le compositeur italien Antonio Salieri (1750-1825), dont la musique serait tombée dans l’oubli après le passage de la tornade « Mozart ».
Sa frustration et son admiration à l’égard du compositeur autrichien furent telles qu’elles auraient poussé Salieri à précipiter la mort de ce dernier, hissant le personnage au rang de légende noire dans la musique classique, mais aussi, dans la littérature : on pense ainsi au traitement de Salieri dans la pièce Mozart et Salieri de Pouchkine (1830) où le compositeur, fou de jalousie, finira par empoisonner Mozart. Cette pièce inspirera à son tour celle du dramaturge anglais Peter Shaffer, Amadeus (1979), lui-même scénariste… du film de Milos Forman ! Pourtant, Salieri était loin d’être ce personnage détestable : il aurait même eu des échanges plus que cordiaux avec Mozart !
3 – Une séquence d’opéra vire au patriotisme
Même si, par son sujet, le film ne présente aucune fausse note aux oreilles du Parti communiste tchécoslovaque, son tournage reste étroitement surveillé par les autorités : présence d’espions aux abords des lieux de tournage, police secrète dissimulée parmi les figurants, réalisateur surveillé par son « chauffeur personnel », autant d’éléments qui ont baigné la production du film dans une atmosphère à la fois tendue et surréaliste. A l’image d’un 4 juillet 1983 où l’équipe de tournage s’apprête à vivre un moment qu’il n’oubliera pas de sitôt : une séquence d’opéra qui vire au patriotisme…
Tournée au Théâtre des Etats – lieu historique de la ville de Prague où Mozart y dirigea Les Noces de Figaro et Don Giovanni – cette séquence rassemble plus de 500 figurants dans la salle et doit être jouée en playback. Des haut-parleurs sont installés dans la salle pour guider les acteurs. Le silence se fait sur le plateau et l’équipe est prête à tourner. La musique de Mozart inonde le plateau avant d’être remplacée nette… par l’hymne national américain !
Et ce n’est pas tout : voici que la bannière étoilée se déploie depuis le plafond du théâtre… Une tentative de sabotage ? Non : un petit clin d’œil laissé par l’équipe tchèque aux Américains qui fêtaient en ce jour l’Independance Day, fête nationale aux Etats-Unis : « Tout le monde dans le public s’est mis à bondir de sa chaise et à applaudir – écrit l’historien Ray Morton dans son essai Amadeus : Music on Film Series – à l’exception d’une trentaine de personnes qui restait fermement assis sur leur fauteuil. Tout le monde savait alors que ce petit groupe d’individus faisait partie de la police secrète » Une hypothèse largement partagée par les membres du casting et le réalisateur dans le making-of du film.
4 – La bande originale est devenue culte
Même si la bande originale d’Amadeus n’est constituée que de morceaux issus du répertoire classique – Mozart, Pergolèse et musique bohémienne du XVIIIème siècle -, sa sortie en 1984 fut un véritable succès commercial, remportant un Grammy Award du meilleur album de musique classique.
Mozart a séjourné à Lille, un périple malheureux chez les Ch’tis
Ce qui n’a pas manqué d’étonner son principal artisan, le chef Sir Neville Marriner, accompagné de l’Academy of St Martin in the Fields : « Nous avons joué sa musique telle qu’il l’avait écrite : aucune coupe, aucune réécriture, aucune forme désespérée de standardisation hollywoodienne de la partition. Je dois dire que nous n’avons jamais eu autant de réaction qu’avec cet enregistrement et que s’il fallait justifier notre contribution à cette entreprise somme toute commerciale, je dirais que c’était simplement pour permettre à des millions de gens d’écouter la musique de Mozart. » confie le maestro dans une interview télévisée le 18 février 1989.
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