Herbert von Karajan, Leonard Bernstein : deux noms qui résonnent dans l’oreille du mélomane comme du profane comme ceux de grands artistes. Des noms que l’on associe généralement à des discographies de référence, à une certaine patte sonore, quand ce n’est pas tout simplement à une personnalité marquante. On ignore souvent qu’il s’agit de noms de scènes occultant ainsi une part de ce qui fait la personnalité et l’histoire de ces grands chefs.
1 – Heribert Ritter von Karajan dit Herbert von Karajan
Voilà une personnalité musicale dont le nom mêle aussi bien la grande que la petite histoire.
Originaire des régions montagneuses de Macédoine, il faut attendre la seconde moitié du XVIIIème siècle pour que la famille Karajannis rejoigne le Saint-Empire romain germanique où l’arrière-arrière-grand-père d’Herbert, Georgios, participera activement à l’industrialisation de la Saxe dans la filière textile.
Une carrière qui sera récompensée par l’anoblissement de la famille par son électeur, Frédéric-Auguste III, en 1792. Les Karajannis verront ainsi leur nom précédé du titre de « Ritter » (chevalier) et suivi de la particule « von ». Nom qui, par la même occasion, sera écourtée de deux lettres, passant de Karajannis à Karajan.
Herbert von Karajan a contracté son vrai prénom
Mais l’histoire ne s’arrête pas là ! Lorsqu’Herbert von Karajan né en 1908 à Salzbourg, il reçoit pour nom de baptême celui d’Heribert. Un prénom que le futur maestro choisira de contracter en Herbert au début des années 1930, ayant supprimé trois ans auparavant lors la particule « von » lors de son inscription à l’Université de Vienne avant de la réintégrer par la suite.
2 – Louis Bernstein dit Leonard Bernstein
Celui que l’on surnommait « Lenny », le chef indissociable de l’Orchestre philharmonique de New York, le fils spirituel de Mahler, le compositeur à qui l’on doit la musique de la célébrissime comédie musicale West Side Story ne s’appelait pas Leonard, mais bien Louis ! Un prénom que ses parents, Samuel Bernstein et Jennie Resnick, ont choisi pour faire plaisir aux grands-parents maternels.
Bernstein change son prénom officiellement à l’âge de 16 ans
Ce qui ne les a pas empêché d’appeler leur fils officieusement Leonard ou Lenny, la famille ayant déjà plusieurs Louis à son arbre. « Ce n’est qu’à l’âge de 16 ans que Bernstein, une fois son permis de conduire en poche, emprunta la voiture de sa mère et fit le voyage de Boston à Lawrence pour changer officiellement son prénom « Louis” en “Leonard” dans le registre de la ville. » confie Sir Humphrey Burton dans sa biographie dédiée au maestro.
Passée l’adolescence, un de ses mentors, le chef Serge Koussevitzky, suggère au jeune Lenny de changer son nom Bernstein pour celui de Berns ! Une manière pour le jeune chef de se démarquer de la profession qui comprenait alors beaucoup de noms juifs … ce qu’il ne fera pas !
3 – Karl Ludwig Kleiber dit Carlos Kleiber
Lui-même fils de chef d’orchestre – Erich Kleiber, qui fut notamment le directeur musical du Staatsoper de Berlin et du Teatro Colon -, Karl Ludwig Kleiber, né le 3 juillet 1930 en Allemagne, doit le changement de son prénom lorsque sa famille décide de s’installer en Argentine en 1935 pour fuir le régime nazi.
Carlos Kleiber a hispanisé son prénom
Selon le biographe Charles Barber dans Corresponding with Carlos, cette hispanisation du prénom peut également être vu comme une preuve d’amitié faite par le père de Carlos, Erich, à un violoniste argentin d’alors, Carlos Pessina : « Ce dernier était un ami très proche d’Erich. Il était premier violon de l’orchestre du Teatro Colon pendant plus de 30 ans. »
4 – Jenö Blau dit Eugene Ormandy
Figure emblématique de l’Orchestre de Philadelphie dont il assura la direction pendant plus de 40 ans, Eugene Ormandy, chef d’orchestre américain d’origine hongroise, voit le jour le 18 novembre 1899 à Budapest sous le nom de Jenö Blau – son prénom lui venant du violoniste hongrois, Jenö Hubay, qui deviendra l’un de ses professeurs.
Ses études de violon achevées et sa série de concerts menée en Europe centrale achevée, le jeune Jenö embarque pour le Nouveau Monde au début des années 1920 et parvient à obtenir la nationalité américaine en 1926. Fini Jenö Blau, bonjour Eugene Ormandy !
A quoi sert un chef d’orchestre ?
Si le prénom Eugene est l’américanisation du prénom Jenö, le changement du nom Blau pour Ormandy est une véritable énigme… Nom maternel ? Hommage rendu à une ville située à l’ouest de la Hongrie ? Nul ne peut l’affirmer, à l’exception, peut-être, de la journaliste américaine Rosamond Bernier qui livre dans ses mémoires sa version des faits : « Il doit son nom de scène du bateau qui l’a amené en Amérique : le Normandie ». Si ce célèbre paquebot assurait effectivement la liaison entre les deux continents, il ne fut mis en service qu’en 1935, soit une dizaine d’années après l’arrivée d’Ormandy aux Etats-Unis ! Le mystère sur son nom demeure entier.
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