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Clarinettiste, saxophoniste et compositeur, Michel Portal est mort jeudi 12 février à Paris à l’âge de 90 ans. Pendant sa longue carrière le grand musicien multi-instrumentiste basque a évolué avec talent entre classique, musique contemporaine et jazz. « J’étais curieux de toutes les musiques », confiait-il.
Jusqu’à son dernier souffle Michel Portal aura proposé au public sa bonne humeur et son amour de toutes les musiques. Les spectateurs du Théâtre de Caen l’avaient longuement applaudi lors de son dernier concert en juin 2024 à la tête de son quintette de jazz avec lequel il avait joué des morceaux de son album MP85 (disque de l’année aux Victoires du jazz), enregistré en 2020 pour ses 85 ans.
2020 c’est aussi l’année de la sortie de son album classique Double (label Alpha), en duo avec un autre clarinettiste Paul Meyer. Enregistré avec l’Orchestre de Chambre de Wallonie, cet album consacré à des œuvres de Tchaïkovski, Mendelssohn, Weber, Telemann, CPE Bach et Starmitz s’était vu décerné le Trophée Radio Classique du mois du mois d’août 2020.
En 2024, Michel Portal avait retrouvé son vieux complice Michel Dalberto pour enregistrer un album (labelLa Dolce Volta), consacré à des œuvres classiques pour piano et clarinette de Berg, Poulenc, Schumann et Brahms. A cette occasion, Laure Mézan, dans Le Journal du Classique avait évoqué avec le pianiste la complicité humaine et musicale qui unissait les deux amis musiciens depuis plus de 45 ans.
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Né le 27 novembre 1935 à Bayonne, petit-fils d’un chef de fanfare, Michel Portal s’initie très jeune à la clarinette qu’il découvre grâce à des orchestres folkloriques qui se produisent notamment pendant des fêtes traditionnelles de la région basque. Très vite, il se passionne également pour le jazz mais entame une formation plus académique qui le mènera jusqu’au Conservatoire de Paris où il décrocha un 1er prix de clarinette en en 1959 et où il étudia aussi la composition et la direction d’orchestre auprès de Pierre Dervaux.
À partir du milieu des années 60, Michel Portal commence à se produire dans des festivals et sur toutes les scènes du monde, des plus petites, dans des cabarets ou des dancings, jusqu’aux plus grandes salles d’opéra. Alternant classique, jazz, free-jazz, tango, musique contemporain… le musicien éclectique se produit, toujours vêtu de noir, à la clarinette mais aussi au saxophone en solo ou avec des formations dont plusieurs qu’il créa comme le New Phonic Art ou Unit. En tant que compositeur de musique de film, il fut récompensé par trois César (Le retour de Martin Guerre – 1983, Les cavaliers de l’orage – 1985 et Champ d’honneur – 1988)
En 2021, ce musicien touche-à-tout confiait à l’AFP : « Je suis un dispersé, curieux de toutes les musiques (…) J’ai tâté à tout finalement, tout le monde le sait, dans le but d’apprendre, c’est tout ! ». Jusqu’à la fin de sa carrière Michel Portal revendiquera son identité basque et son attachement à sa ville natale de Bayonne qui donna, en 2019, son nom au théâtre de la cité.
Michel Portal nous a quittés. Né à Bayonne, cet immense clarinettiste, ami des plus grands musiciens de son temps, excellait dans le classique comme le jazz. Il suivra de peu Francis Marmande, autre complice bayonnais. À sa sœur, ses proches et nombreux amis notre affection.DDM pic.twitter.com/zOLxPz2iZW
— Jean-René Etchegaray (@JreneEtchegaray) February 15, 2026
Philippe Gault
retrouvez l’hommage rendu à Michel Portal dans le journal de 8h :
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Le Vaisseau fantôme de Wagner à Toulon, Sol Gabetta et l’Orchestre de Paris dirigé par Paavo Järvi et Franck Ferrand invite Eugénie Joneau, Julien Henric et Antoine Palloc pour une soirée Bizet à la Salle Gaveau : découvrez la sélection Radio Classique des rendez-vous à ne pas manquer dans les prochains jours
Chef d’œuvre de Wagner, Le Vaisseau fantôme est l’affiche de l’Opéra de Toulon pour deux représentations en version de concert. Victorien Vanoosten dirige l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Toulon ainsi que le Chœur de l’Opéra national Montpellier-Occitanie. Le rôle-titre est chanté par Anton Keremidtchiev, celui de Senta par Dorothea Herbert et celui d’Erik par Brenden Gunnell.
Le temps de deux concerts Paavo Järvi retrouve l’Orchestre de Paris. Il a invité Sol Gabetta qui interprétera le Concerto pour violoncelle de Dvorak. Au programme également le Concerto pour orchestre de Bartok et la création française de Wand’ring Bark de la compositrice estonienne Helena Tulve.
C’est à Bizet que sera consacrée la prochaine soirée Franck Ferrand invite. Pour ce concert le célèbre conteur de Radio Classique a convié la mezzo-soprano Eugénie Joneau, le ténor Julien Henric et le pianiste Antoine Palloc.
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Ils interpréteront les airs emblématiques de Carmen, mais aussi des mélodies et des extraits de Djamileh et d’Ivan IV, grand opéra à la française qui n’a jamais été représenté du vivant de Bizet, tandis que Franck Ferrand racontera la vie de celui qui aura été à son époque un génie incompris.
Jean-Michel Dhuez
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Né dans un modeste hameau roumain au pied des Carpates, Constantin Brancusi a traversé l’Europe à pied, guidé par un rêve : atteindre Paris, capitale des arts. De la rudesse de la campagne roumaine à l’effervescence de Montparnasse, ce génie discret a révolutionné la sculpture en cherchant, sans relâche, la pureté de la forme et l’âme de la matière. Une exposition gratuite à Paris célèbre le père de la sculpture moderne, à la Galerie Negropontes jusqu’au 18 avril.
La vie de Constantin Brancusi commence dans le petit village de Hobita au rythme des saisons, des travaux agricoles et des fêtes populaires. La maison familiale, bâtie de bois sculpté et cernée de traditions, façonne son regard sur le monde. À 11 ans, l’enfant décide de partir sur les routes, avide d’expériences et de découvertes. Il travaille chez un teinturier, fabrique un violon de fortune qui suscite l’admiration et lui ouvre les portes de l’école des arts et métiers de Craiova. A ce moment, il s’initie à la sculpture, puis rejoint les Beaux-Arts de Bucarest, où il affine son talent en copiant les chefs-d’œuvre antiques.
Mais Brancusi n’est pas du genre à s’arrêter sur la première marche. À la fin de son adolescence, il se lance dans un périple audacieux : traverser l’Europe à pied pour rejoindre Paris, alors phare de la création artistique. Chemin faisant, il dort où il peut, vend ses maigres possessions pour survivre, et arrive enfin dans la Ville Lumière, épuisé mais déterminé.
La vie dans la capitale française n’est pas plus tendre. Brancusi enchaîne les petits boulots : plongeur la nuit, chantre à l’église roumaine, tout en poursuivant ses études grâce à la solidarité de compatriotes influents. Il entre dans l’atelier du sculpteur Antonin Mercier, croise la route de Modigliani, et expose ses premières œuvres au Salon d’automne, sous le regard bienveillant de Rodin.
Mais l’artiste sent vite que la tradition académique l’enferme. Il s’oppose à la reproduction fidèle du modèle vivant, qu’il juge stérile. Sa sculpture La Prière, commandée pour un monument funéraire, marque un tournant : Brancusi épure la forme, omet un bras, concentre l’expression dans la posture et la surface polie. Pour lui, l’essentiel n’est pas dans le détail réaliste, mais dans la suggestion, la vibration intérieure de la matière. « À quoi bon la pratique du modèle ? Elle n’aboutit qu’à sculpter des cadavres », confie-t-il.
Dans le Paris foisonnant des années folles, Brancusi s’entoure de Matisse, Apollinaire, Fernand Léger. Il fréquente peu Picasso, malgré leur intérêt commun pour l’art africain et océanien. Son inspiration, il la puise dans l’art cycladique et les formes primitives, cherchant à dépouiller la sculpture de tout superflu.
La Sagesse de la Terre, Le Baiser, La Muse endormie : ses œuvres jouent sur la géométrie, la simplification, l’épure. Les visages deviennent ovales, les couples s’enlacent en colonnes, les têtes flottent sans corps. Brancusi façonne le marbre, le bois ou le bronze, modifiant ses outils, polissant ses pièces jusqu’à l’extrême, travaillant la lumière comme un matériau à part entière.
La photographie, avec l’aide de Man Ray, devient un prolongement de sa réflexion. Les mises en scène subtiles révèlent la relation entre sculpture et espace, tandis que les designers s’inspirent de ses lignes pures pour imaginer les objets du quotidien.
Installé dans son atelier de l’impasse Ronsin, dans le 15e arrondissement, Brancusi poursuit sa quête jusqu’à la fin de sa vie. Sa Colonne sans fin, succession de rhomboïdes inspirés de la tradition roumaine, symbolise cette recherche d’absolu. L’œuvre, déclinée en plusieurs formats, ouvre la voie à la reconnaissance internationale, mais l’artiste choisit de rester fidèle à Paris, ville de son accomplissement.
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Constantin Brancusi s’éteint en 1957, laissant derrière lui une œuvre qui a bouleversé la sculpture moderne. Artisan génial, poète de la matière, il a prouvé qu’en cherchant l’essence, on touche à l’universel. Un héritage lumineux, où chaque forme, polie à l’extrême, semble prête à s’envoler.
Franck Ferrand
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Écrivain, ancien rédacteur en chef de L’Express et essayiste curieux de tout, Dominique Simonnet observe le ciel avec l’émerveillement d’un enfant de la génération Apollo.
Elodie Fondacci : Dominique Simonnet, bonjour. Vous êtes écrivain, ancien rédacteur en chef de L’Express, auteur de nombreux essais dans tous les domaines, société, art, science… Bref, vous êtes un touche-à-tout. Et cela tombe bien parce que la lune, qui est au cœur du Dictionnaire amoureux que vous publiez chez Plon, la lune est un sujet qui est justement à la croisée de la géopolitique, de la science, de la poésie, de la mythologie…
Dominique Simonnet : Oui c’est vrai, ça a été un choc considérable, qu’on va d’ailleurs revivre avec la mission Artémis dans quelques mois ou dans quelques années en tout cas, car les Américains retournent sur la Lune. Il y avait quelque chose d’irréel lors des premiers pas de l’homme sur la Lune. Voir à la fois cette petite boule dans le ciel et savoir qu’il y avait des êtres humains qui en foulaient le sol et marchaient dans la poussière, je pense que ça a ébranlé notre vision du monde à tous, notre imaginaire, ça a résonné avec nos rêves. C’est quelque chose qui a été assez fondamental, de voir les deux à la fois. C’est-à-dire entendre les sons de la Lune, qui faisaient des petits bip-bip – à l’époque, c’était le son des relais-, et en même temps de voir que cette lune était là. C’est l’endroit le plus lointain qu’on puisse voir et en même temps le plus visible, et il y avait des hommes qui marchaient dessus.
E.F : Quand vous dites que vous l’entendez, c’est au sens propre parce que vous avez vécu ce moment-là à la radio.
D.S : Oui, à la radio ! J’étais petit et effectivement je n’avais pas de télévision parce que j’étais avec mes copains à un camp scout : je campais, et on a passé une nuit blanche.
E.F : Vous n’étiez pas le seul évidemment à vivre ce moment-là, 600 millions de terriens avaient comme vous les yeux rivés vers le ciel ! Mais ce coup de lune va vous marquer durablement. Ce qui vous fascine dans l’aventure lunaire, en tout cas c’est ce qu’il m’a semblé quand je vous lis, c’est l’idée même qu’on puisse dépasser la notion d’impossible.
D.S : Oui, c’était la phrase de Kennedy d’ailleurs quand il a lancé le programme Apollo. Il a dit : « On va le faire, non pas parce que c’est facile, mais parce que c’est difficile. » C’est vraiment une chose qui me tient à cœur, le dépassement de soi. Pourquoi aller sur la Lune, ça c’est une autre question, mais est-ce qu’on peut le faire ? À priori, pour toutes les générations qui ont précédé la mienne, et depuis toujours, c’était impossible justement ! Or, c’est devenu possible, et je pense que la Lune, qui est un symbole de beaucoup de choses, est entre autres le symbole de l’accomplissement de soi, de la longue marche de l’humanité vers quelque chose qui la dépasse un peu.
E.F : Vous le disiez à l’instant, la Lune redevient un enjeu géopolitique. Au XXe siècle, 24 hommes sont allés sur la Lune, 12 seulement y ont marché. Et puis, une fois la Lune conquise, elle a été délaissée jusqu’à aujourd’hui.
D.S : Oui, il y a eu une curieuse éclipse de Lune qui a duré presque un demi-siècle, entre les missions Apollo et aujourd’hui alors que les Américains s’apprêtent à y retourner, parce qu’en fait on s’est intéressé à l’espace autour de la Terre, l’industrialisation de l’orbite terrestre avec les satellites, etc. C’était une autre aventure et les nations ont un peu délaissé la Lune, mais maintenant elles y retournent, parce que c’est le tremplin vers les planètes, et surtout vers Mars. Il y a aussi évidemment d’autres considérations, par exemple les ressources qui pourraient s’y trouver. Donc c’est un nouvel élan.
D.S : Oui, c’est un trait d’union entre les générations. C’est ça qui est extraordinaire. Tous les humains, voire les hominidés, ont regardé cette boule dans le ciel. On a ça en commun avec toutes les générations, tous les ancêtres qui nous ont précédés, avec les mêmes interrogations. Certes il y a quelques réponses depuis, on connaît un peu mieux le système solaire et l’univers. Et encore…Il y a énormément de questions qui se posent. Mais, il y a une forme d’unité quand on regarde cette lune. Elle a symbolisé tellement de choses : tous les mythes, tous les rêves, toutes les légendes. On a tout mis dans la Lune. On a mis beaucoup de nous d’ailleurs, beaucoup de nos peurs, de nos angoisses. Énormément de légendes depuis l’Antiquité parlent de la Lune.
Et il y a quelque chose qui m’a surtout fasciné, c’est que c’est aussi le refuge des désirs et le refuge de l’amour. Parce que quoi de mieux qu’un clair de lune, qu’une nuit lunaire, pour s’aimer ? C’est vraiment la complice des amants.
E.F : C’est étonnant parce que dans toutes les mythologies, je crois, la Lune est une femme.
D.S : Oui, la Lune est une femme parce que, justement, elle part, elle revient, elle est ambivalente. On ne sait pas bien quel effet elle a sur le monde des humains. On lui attribue quelquefois les pires choses, quelquefois les meilleures. Il y a une ambiguïté. Et puis c’est aussi le couple par rapport au Soleil. Le Soleil étant le dieu, plutôt le mâle dans la plupart les mythologies, même si ce n’est pas toujours le cas, et la Lune formant la paire et réorganisant l’équilibre du monde.
Mettez-vous à la place de nos anciens qui regardaient ces deux boules qui tournent autour de la Terre sans connaître les rudiments d’astronomie que nous avons aujourd’hui. Il n’y avait aucune raison de dire que la Lune ne tournait pas autour de la Terre et que le Soleil ne tournait pas autour de la Terre. Et c’est là, j’en parle à plusieurs reprises dans le livre, qu’il a fallu un certain nombre d’esprits absolument incroyables, d’une lucidité et d’un courage fou, pour aller contre les idées du moment et dire : oui la Lune tourne autour du Soleil, mais le soleil ne tourne pas autour de la Terre, c’est l’inverse.
Certains ont payé de leur vie cette affirmation. Hypatie, par exemple, cette astronome de l’Antiquité à Alexandrie, qui a été tuée et dépecée par les fanatiques chrétiens, ou Aristarque, quelques siècles auparavant, qui est l’un des premiers à avoir remis notre système planétaire et solaire à l’endroit. C’était 1800 ans avant Copernic ! Donc il y a eu une prise de conscience extraordinaire de la réalité de notre monde environnant à cette époque-là, pendant l’Antiquité, et après ça s’est perdu. Ça s’est perdu ou ça a été volontairement oublié, notamment à cause des théories d’Aristote qui ont prévalu pendant des siècles. Et ça a figé notre connaissance pendant très longtemps, pour une raison simple, parce qu’il fallait qu’elle corresponde avec les religions. Il y avait un fanatisme tel qu’il était impossible de penser autrement.
E.F : Raison et foi chrétiennes vont être ennemies jurées pendant plusieurs siècles, effectivement.
D.S : Oui, elle s’est beaucoup opposée à la connaissance. Il a fallu Copernic, puis Galilée, les lunettes, il a fallu Newton, il a fallu tout un grand nombre de personnages audacieux et brillants pour nous sortir de cette longue nuit.
E.F : Oui, pour émerger de la nuit de l’obscurantisme. C’est vrai que votre Dictionnaire amoureux, au fil des entrées, est vraiment une petite histoire de l’astronomie. On commence par un faux ciel, au moment des Grecs, où tout est centré sur la Terre, où tout est cercle.
D.S : Oui, tout est cercle. On voit l’univers comme un ensemble de boules emboîtées, un petit peu comme ces boules de neige qu’on vend aux touristes : on en met une, puis une autre, etc. On voit un peu les choses comme ça.
E.F : On croise beaucoup d’écrivains dans votre Dictionnaire amoureux, notamment Hugo.
D.S : Alors, Hugo, c’est assez extraordinaire, a écrit un petit livret qui s’appelle le Promontoire du Songe pour raconter sa visite à l’Observatoire de Paris, à côté des jardins de l’Observatoire au centre de Paris où on lui a montré la Lune. Pas avec la lunette actuelle bien sûr, mais tout de même avec les moyens de l’époque. Et il raconte ça avec ses mots à lui, avec son torrent de mots, son déluge de phrases absolument géniales et pour lui ça a été un choc extraordinaire.
Et quand vous regardez les grands romans d’Hugo, les Misérables par exemple, la Lune est présente. Elle est toujours là, soit pour éclairer quelque chose, éclairer un petit morceau d’énigme, d’un seul coup la Lune se lève et éclaire un morceau de jardin ou une pièce ou quelque chose qui se trouve sur une table. Soit pour présider aux rencontres entre les amants, entre Marius et Cosette.
E.F : Vous avez prononcé le mot énigme, ce qui me fait rebondir. Plus encore qu’un point sur un « i », sur le « i » d’un clocher jauni, la Lune, c’est un peu un point d’interrogation sur les mystères de l’univers. Parce qu’elle est trompeuse par essence ! On la voit toute petite alors qu’elle est très grande, on la voit diminuée alors qu’elle est entière. Elle est comme une invitation à se méfier de nous et de nos sens, et à voir plus loin finalement que ce qui nous semble être la vérité.
D.S : Oui, elle nous invite à voir loin, c’est juste. Quand on regarde la Lune, on voit l’univers, on voit cette énigme que l’on commence à explorer de plus en plus. On ira bientôt sur Mars, on ira bientôt sur d’autres planètes. Quand je dis « on », pas nous évidemment, mais les générations futures. Il n’y a aucune raison que l’on n’y arrive pas.
Il y a quelque chose d’intéressant, c’est que quand on est sur la Lune -ceux qui ont fait les premiers pas sur la Lune, ou ceux qui ont tourné pour la première fois autour, avec Apollo 8, et ça va se reproduire très prochainement, normalement au mois de mars, avec les Américains – quand on est sur la Lune, le regard est tourné vers la Terre. Parce que le ciel n’a pas de couleur en fait. Sur la Lune c’est gris, le ciel est noir, il n’y a pas d’atmosphère donc il n’y a pas le halo de lumière non plus du Soleil. La seule chose ce qui apparaît dans le ciel, la seule chose que vous regardez, c’est une petite boule de couleur totalement fascinante : la Terre.
Et ça a été d’ailleurs la prise de conscience de l’écologie. Voir cette petite boule bleue et fragile dans le ciel, toute petite, là aussi ça nous donne une conscience ! C’est pour ça que je parle aussi beaucoup de Philosophie. Déjà pour nous terriens, contempler la Lune nous donne une conscience métaphysique, existentielle même, de notre existence, alors imaginez quand c’est inversé !! Les astronautes qui regardent la Terre et qui se disent : là-bas il y a tout ce que j’aime, il y a tout ce que je suis, il y a toute l’humanité. Vous revenez de là-bas, à mon avis, d’une manière un peu différente de celle de laquelle vous étiez parti. D’ailleurs, la plupart des douze astronautes dont vous parlez, sont devenus un peu fous de la Lune.
E.F : Ou mystiques ! Vous racontez qu’Irwin fait une messe sur la Lune.
D.S : Oui, certains ont fait des cérémonies religieuses même, autour de la Lune. Il y a un côté mystique, mais je les comprends d’une certaine manière. Le choc est tellement énorme. Vous vous trouvez les pieds sur, non pas une planète, mais sur un autre astre. C’est absolument incroyable. Vous avez l’univers devant vous, cette espèce de gouffre fascinant et en même temps totalement effrayant, les deux à la fois.
Il y a une autre expérience, c’est celle de ceux qui vont de l’autre côté, sur la face cachée, où là, effectivement, il y a autre chose. Ils ne voient pas la Terre, et ils sont totalement seuls, il n’y a pas de communication possible, ils sont face à l’énigme de l’univers ! Là aussi, sur le plan de la réflexion et du sentiment qu’on peut avoir de soi-même, ça doit remuer énormément. Enfin, pour l’instant, il n’y a que 12 humains concernés. Il va bientôt y en avoir d’autres qui auront connu ce genre d’expérience. On n’est qu’au début, à la Préhistoire, comme je disais tout à l’heure !
E.F : Merci Dominique Simonnet. Avis à tous les esprits vagabonds, ceux qui voyagent en imagination : votre Dictionnaire amoureux de la Lune paraît chez Plon !
Le Dictionnaire amoureux de la bande dessinée, en vente partout et sur radioclassique.fr.
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A l’occasion de la création de son spectacle Orlando au théâtre des Bouffes du Nord, Simon-Pierre Bestion sera, ce vendredi 13 février à 20h, l’invité du Journal du Classique.
Son portait mélancolique d’Orlando di Lasso avait fait l’objet, l’année dernière, d’un album et se décline aujourd’hui sous la forme d’une version scénique à découvrir lundi 16 février aux Bouffes du Nord. Simon-Pierre Bestion reviendra, à cette occasion, sur la genèse de ce programme, qui témoigne de sa volonté d’apporter un nouvel éclairage sur les œuvres du passé en soulignant notamment leur intemporalité.
Car chacun des enregistrements et chacun des concerts – qui s’apparentent d’ailleurs à des spectacles – de la Tempête sont de véritables expériences sonores dans lesquelles s’expriment une liberté et une audace aussi fascinantes que déconcertantes.
Orlando sera présenté ensuite à Utrecht et Amsterdam, puis au mois de mai au Théâtre de Compiègne. Et en avril sortira chez Alpha, le nouveau programme de Simon-Pierre Bestion avec ses musiciens, intitulé La Bomba Flamenca.
Laure Mézan
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Radio Classique vous invite à passer la soirée de ce dimanche en compagnie du jeune Beethoven, à travers ses principales œuvres de cette période.
C’est ainsi que vous pourrez notamment entendre la Sonate pour piano n°2 jouée par l’immense Maurizio Pollini, le Concerto pour piano n°2 dans l’interprétation Evgueni Kissin avec l’Orchestre Philharmonia dirigé par James Levine ou encore le Quatuor n°4 par le Quatuor Artémis et la Symphonie n°3 “Héroïque” par l’Orchestre Philharmonique de New York sous la direction de Leonard Bernstein, dans un enregistrement de 1964.
Au programme également, ceux qui ont été les professeurs de Beethoven, comme Haydn avec la Symphonie n°99 interprétée par l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam dirigé par Bernard Haitink et Salieri avec la Sinfonia d’Armida par les Talens Lyriques dirigés par Christophe Rousset. Cette soirée sera présentée par Jean-Michel Dhuez.
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Radio Classique vous propose de revivre le concert que l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo a donné le 11 janvier dernier à l’Auditorium Rainier III sous la direction du jeune chef autrichien Emmanuel Tjeknavorian.
C’est ainsi que vous pourrez entendre Gayaneh, Suite d’Aram Khatchatourian, le Concerto pour violon n°1 de Prokofiev avec Liya Petrova, l’Ouverture-fantaisie Roméo et Juliette de Prokofiev et Les Danses Polovtsiennes extraites du Prince Igor de Borodine. Cette soirée sera présentée par Laure Mézan.
Jean-Michel Dhuez
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À partir du mois d’octobre, Michele Mariotti deviendra le 1er chef d’orchestre italien nommé chef principal de l’Orchestra Sinfonica Nationale della RAI (OSN RAI). Le maestro de 47 ans voit également son contrat de directeur musical de l’Opéra de Rome renouvelé jusqu’en 2030.
Grand supporter de la Juventus de Turin, Michele Mariotti va pouvoir suivre d’encore plus près les matches de son équipe de football préférée puisqu’il vient d’être nommé chef principal de l’Orchestre Symphonique de la RAI qui réside dans la grande métropole piémontaise. Nommé pour un contrat initial de trois ans, il débutera son mandat à partir du mois d’octobre prochain.
À la tête de la grande formation du groupe audiovisuel public italien, Michele Mariotti sera le premier chef d’orchestre italien nommé à ce poste où il succède à de grand noms tels que Eliahu Inbal (Israël), Rafael Frühbeck de Burgos (Espagne), Juraj Valčuha (Slovaquie), James Conlon (USA) et Andrés Orozco-Estrada, le maestro colombien qui occupe le poste depuis 2023.
Si certains en Italie voient dans la nomination de Michele Mariotti une nouvelle ingérence du gouvernement transalpin dans la gestion des grands orchestres de la péninsule, il faut admettre que cette décision repose surtout sur une longue relation de confiance entre la formation et le chef d’orchestre qui collaborent régulièrement depuis quinze ans. Le PDG de la RAI, Giampaolo Rossi insiste d’ailleurs sur le fait que « Cette nouvelle mission est l’évolution d’une relation déjà très fructueuse, qui est désormais orientée vers de nouveaux objectifs artistiques ».
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Une assertion que confirme Michele Mariotti pour qui cette nomination « marque l’aboutissement d’un parcours entamé il y a de nombreuses années. Chaque concert donné ici a été une source de croissance et d’enrichissement, grâce à la compréhension mutuelle qui règne au sein de l’orchestre ».
La direction de l’Orchestre Symphonique de la RAI indique qu’elle travaille déjà avec Michele Mariotti sur la programmation de la saison 2027-2028 dont une participation au festival MiTo (pour Milano et Torino) et une grande tournée en août 2027.
Le 10 février, Michele Mariotti a également eu le bonheur de voir son contrat de directeur musical de l’Opéra de Rome, poste qu’il occupe depuis 2022, renouvelé jusqu’en 2030
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C’est une plongée dans un joyau de l’art théâtral français que nous a proposé ce vendredi David Abiker. À la tête de la Comédie-Française depuis six mois et membre de la troupe depuis une vingtaine d’années, Clément Hervieu-Léger revient sur son parcours, l’esprit unique de la maison de Molière et les défis contemporains de cette institution.
Nommé administrateur général depuis quelques mois, Clément Hervieu-Léger n’est pas un inconnu à la Comédie-Française. Entré dans la troupe il y a vingt ans, il a connu toutes les étapes du parcours, de pensionnaire à sociétaire. « C’est d’abord un changement de point de vue. J’ai connu ce théâtre au sein de sa troupe. Aujourd’hui, je me dois de diriger une maison qui est constituée de tous ceux qui font le théâtre, pas seulement la troupe, mais toutes les équipes », confie-t-il. La nomination à la tête de la Comédie-Française pose toujours la question du choix d’un dirigeant issu de l’intérieur ou de l’extérieur. « J’étais le candidat de l’intérieur, ça a été le choix du Président de la République. La connaissance de la maison depuis 20 ans est un atout formidable », estime-t-il.
La devise « Simul et Singulis », être ensemble et être soi-même, guide son action : « C’est une réunion de très grands talents, de très grandes personnalités fortes, avec des caractères parfois bien trempés. On se connaît très bien et c’est ça qui fait la force de cette maison. » Il insiste aussi sur la spécificité du modèle d’autogestion : « Il y a au sein de cet établissement public une société privée, la Société des Comédiens-Français. Il faut respecter ça. On apprend beaucoup en réfléchissant à la manière dont cette maison a été construite historiquement. »
L’égalité salariale fait partie de l’ADN de la Comédie-Française : « Depuis Molière, il y a une égalité salariale entre les hommes et les femmes. Dès le XVIIe siècle, les comédiennes et les comédiens étaient payés pareil. » La maison bénéficie d’une image exceptionnelle, nourrie par son histoire et sa troupe. « On a la chance de recevoir un écho très favorable, notamment grâce à nos mécènes. La Comédie-Française, c’est une machine à souvenirs. Beaucoup de gens ont des souvenirs d’enfance ici. »
Depuis dix ans, un partenariat avec Pathé permet de diffuser le théâtre au cinéma. « Un million de spectateurs sont allés voir une pièce au cinéma. Cette expérience donne envie aux gens ensuite d’aller au théâtre, et ça, c’est formidable », se réjouit Clément Hervieu-Léger. L’innovation est aussi au service de l’accessibilité : « Les malentendants peuvent réserver des lunettes connectées qui affichent les dialogues. » Et alors que la salle Richelieu est fermée, la troupe se déploie dans onze lieux à Paris, rendant le théâtre plus accessible que jamais.
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Clément Hervieu-Léger voit en certains auteurs d’antan leur capacité à résonner avec notre époque : « Molière, dans Le Misanthrope, pose des questions très actuelles sur les codes sociaux. […] Goldoni est un sociologue extraordinaire, et Shakespeare excelle dans la comédie du pouvoir. » En ces temps incertains, la Comédie-Française continue de faire vivre les grands textes, portés par une troupe soudée et inventive, fidèle à l’esprit de Molière et ouverte sur le monde.
Daphnée Cataldo
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Mirecourt, située dans les Vosges, accueille la seule école de lutherie publique destinée à concevoir les instruments du quatuor à cordes en France. Fondée en 1970, elle est accessible après le Bac, pour une durée d’étude de trois ans. Les élèves viennent de recevoir les deux premiers prix du concours international de lutherie dans la catégorie « Talents de demain ».
Dans cet atelier de l’école, la concentration des élèves se lit sur les visages, accompagnée du bruit caractéristique du bois que l’on lime ou que l’on creuse. Anne-Cécile travaille la table d’un violoncelle. Elle est en troisième et dernière année d’études : « Je suis en train de reprendre la voûte du violoncelle. C’est lui donner la forme que je veux à partir du modèle dont je m’inspire », explique-t-elle.
La fabrication d’un violoncelle demande du temps : « À l’école, on prend l’année. On a une vingtaine d’heures par semaine, 23 heures précisément », indique Anne-Cécile.
« On estime qu’il faut à peu près 10 ans pour former un luthier », souligne Étienne Bellanger, enseignant et luthier. « Le travail à l’école, c’est apprendre la technique et, petit à petit, acquérir une personnalité. Les élèves sont en maturation. On ne peut pas les évaluer vraiment sur la partie ‘sonorité’ de l’instrument. »
Les étudiants ont toutefois été reconnus « Talents de Demain » au concours international de lutherie en janvier, grâce à deux altos qu’ils ont conçus. « Pour nous, c’est une reconnaissance. Cela valide le travail qui est fait à l’école », se réjouit Étienne Bellanger.
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Cette distinction constitue également un argument de plus auprès de l’Éducation nationale, comme l’explique la directrice, Valérie Beausert-Leick: « Chaque année, on doit négocier un petit peu les moyens de travailler. Cela témoigne de la nécessité absolue de maintenir 70 heures d’atelier par semaine pour les trois cohortes. On ne peut pas aller en deçà. » L’établissement a par ailleurs été sollicité par deux autres écoles de lutherie à l’étranger pour construire des partenariats, signe du rayonnement de cette formation d’excellence.
Lucie Dupressoir
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