Ce n’est certainement pas un hasard si certaines partitions de Michael Giacchino rappellent les plus belles pages symphoniques d’un Max Steiner, d’un John Barry ou d’un John Williams : son goût pour la mélodie et l’importance qu’il accorde à la musique comme art de la narration au sein d’un film font du compositeur américain l’héritier direct des grands maîtres hollywoodiens du XXème siècle.
Raconter des histoires, telle est l’obsession du jeune Michael Giacchino dont l’enfance, située dans le New Jersey des années 70, sera nourrie, d’une part, par sa passion pour le cinéma qui le poussera à la fabrication de petits films en super 8 avec son frère, Anthony Giacchino, futur documentariste, et d’autre part, par l’imposante collection de vinyles de son père dont la variété de styles aurait eu, très tôt, raison d’un goût prononcé pour l’éclectisme. Deux passions qui feront l’objet de brillantes études menées en production audiovisuelle à l’Ecole des Arts Visuels de New York, suivies de cours de composition à la Juilliard School.
Deux passions qui le mèneront dans le milieu … des jeux vidéo ! Parmi ses premiers faits d’armes, la bande originale de The Lost World : Jurassic Park, adaptation vidéoludique du deuxième volet de la saga cinématographique Jurassic Park de Steven Spielberg, prévue pour accompagner la sortie du film.
Michael Giacchino a participé à une première dans le monde des jeux vidéos
Une bande son qui a pu bénéficier d’un orchestre symphonique enregistré en direct – une première dans le monde des jeux vidéo, les compositions étant jusqu’alors produites par MAO (musique assistée par ordinateur). Richesse dramatique, écriture ciselée, équilibre des timbres : de l’aveu même de Spielberg, la relève de John Williams est assurée.
C’est toutefois le petit écran qui va apporter à Michael Giacchino le succès escompté, le compositeur signant au début des années 2000 la bande originale de la série d’espionnage Alias, mais surtout, la bande originale de la série Lost. Véritable succès planétaire qui met en scène les rescapés d’un crash d’avion se retrouvant sur une île mystérieuse, la série offre au monde de la télévision un renouveau formel et scénaristique qui redéfinit les règles du récit feuilletonesque.
Complexité narrative, voyages dans le temps, actions non résolues, la série est à l’image de sa partition : intrigante et déroutante. Son orchestration atypique – composée, entre autres, de cuivres et de cordes, d’un piano, d’une harpe et de pièces d’avion -, son utilisation de leitmotivs pour caractériser les personnages et ses sonorités oscillant entre le symphonique et l’expérimental offrent autant de clés de lecture au spectateur que de questions laissées sans réponses. Une proposition musicale audacieuse qui recevra plusieurs récompenses.
La patte « Giacchino », c’est aussi une certaine forme de nostalgie pour le cinéma et les séries des années 60-70, profitant de sa collaboration avec J.J Abrams sur grand écran pour dépoussiérer et réorchestrer le thème culte de Lalo Schifrin dans Mission : Impossible 3 (2006) ou celui d’Alexander Courage pour la nouvelle saga Star Trek (2009-2016). Une nostalgie qui se manifeste également par un art de l’hommage et du pastiche, reprenant, par exemple, l’esprit des compositions « james bondienne » de John Barry pour le film d’animation des studio Pixar, Les Indestructibles (2004), réalisé par Brad Bird. Un syncrétisme classico-jazz qui parvient à synthétiser tout un pan de l’histoire de la musique hollywoodienne tout en insufflant une dynamique et une modernité propres à son compositeur.
Une nostalgie qui peut aussi prendre aussi la forme d’un enchantement, d’une histoire simple racontée en une poignée de notes : celle d’un rat rêvant d’être un grand cuisinier (Ratatouille), d’une enfant qui doit apprendre à gérer ses émotions pour s’adapter à une nouvelle maison (Vice-Versa), d’un groupe d’adolescents souhaitant réaliser un film de cinéma amateur (Super 8), d’un vieil homme qui souhaite réaliser un rêve de jeunesse (Là-haut, qui remporta l’Oscar de la meilleure musique de film en 2010). Une poésie de tous les instants qui a cette capacité de proposer à notre esprit une structure mélodique pouvant se passer de toute image filmique pour pourvoir être pleinement incarnée.
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