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  • « La démocratie ne peut fonctionner qu’avec la confiance des citoyens envers les détenteurs du pouvoir », assure Marcel Gauchet

    Dans un climat d’instabilité politique et de transformations à l’échelle mondiale, la population se montre de plus en plus méfiante envers ses institutions. Invité de la matinale, le philosophe et historien Marcel Gauchet analyse, au micro de Radio Classique, les causes profondes du malaise politique français et européen. Entre perte de confiance, crise des idéologies, marginalisation du modèle européen et montée des incertitudes, il appelle à repenser les institutions pour répondre aux défis du temps.

    Pour Marcel Gauchet, la crise démocratique française s’explique avant tout par la perte de confiance des citoyens envers leurs représentants. Interrogé par David Abiker sur le dernier baromètre du Centre d’étude de la vie politique française, qui révèle que trois Français sur quatre jugent leur démocratie défaillante, l’intellectuel souligne : « La démocratie ne peut fonctionner qu’à la confiance des citoyens envers les détenteurs du pouvoir. C’est ça qui paralyse la démocratie française, c’est l’absence de confiance, tout simplement, dans les gens qui nous gouvernent. »

    Ce malaise dépasserait les clivages politiques traditionnels. L’alternance ne suffit plus à incarner un espoir de changement, et le sentiment d’impuissance s’installe. « Nous avons l’impression d’un changement d’époque et d’un déphasage profond du personnel politique par rapport aux questions que se posent les citoyens », analyse-t-il. Les jeunes, en particulier, se détournent de la vie publique, ressentant « un décalage abyssal entre ce qu’ils vivent et la réalité du fonctionnement politique ».

    L’Europe, autrefois admiré, désormais répudié

    Auteur de Comment pensent les démocraties (Editions Albin Michel, collection l’Atelier du Présent), Marcel Gauchet constate également l’épuisement des pensées structurantes qui ont longtemps permis aux citoyens de s’identifier à un projet collectif. « Les grandes idéologies, celles qui se formulaient comme un corps de doctrine auquel on pouvait se raccrocher intellectuellement, ont laissé place à une idéologie hégémonique, mais qui ne se présente pas comme telle : la règle de fonctionnement de nos sociétés », explique-t-il. Or, cette règle est désormais en décalage avec les nécessités contemporaines. Pour l’invité, c’est le signe que « nous allons vers un monde de réinvention idéologique, de retour d’une réflexion politique qui va probablement, à terme, changer profondément l’ambiance intellectuelle de la vie démocratique ».

    L’analyse de Marcel Gauchet s’étend à l’échelle européenne. Selon lui, l’Union européenne n’est plus le laboratoire d’idées et d’innovations qu’elle a pu être. « Les institutions européennes ne sont pas propices à la réinvention. Nous avons un système globalement bureaucratique, qui n’est pas un creuset intellectuel effervescent », regrette-t-il. L’Europe, autrefois centre de la modernité, se retrouve mise à l’écart sur la scène internationale : « Nous sommes marginaux et personne ne veut de notre modèle. Les États-Unis, jadis fascinés par l’Europe, nous ignorent désormais. »

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    Face à la montée de puissances comme la Chine ou l’Inde, Marcel Gauchet invite à prendre la mesure du « déphasage démographique et politique » et à repenser le projet européen. Il plaide pour une clarification : « L’Europe n’a jamais tranché la question vitale : est-ce une Europe des nations, post-nationale, ou une nation européenne ? Le moment est venu d’une vraie constitution européenne qui définirait ce que nous voulons. »

    L’élection de Donald Trump, souvent perçue comme alarmant, n’inquiète pas Marcel Gauchet pour la démocratie américaine. Il estime que « l’attachement des Américains à leur liberté individuelle est puissant ». Il met en lumière une différence culturelle majeure : « Un des critères fondamentaux pour les Américains, c’est la liberté. En Europe, c’est l’égalité. »

    Daphnée Cataldo

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  • Jeffrey Epstein et la musique classique, comment le trafiquant sexuel a cherché à étendre son réseau d’influence

    Parmi les milliers de documents publiés par la justice américaine, apparaissent les noms de musiciens français tels que le chef d’orchestre Frédéric Chaslin ou le pianiste Simon Ghraichy. Autant d’indices qui montrent comment l’homme d’affaires et trafiquant sexuel américain avait cherché à étendre son réseau d’influence au secteur de la musique classique.

    Outre la révélation d’échanges de mails entre Jeffrey Epstein et Frédéric Chaslin, le chef d’orchestre français qui a depuis déploré les interprétations et les insinuations portées à son encontre, on a appris que l’homme d’affaires et trafiquant sexuel américain s’était rapproché, dans les années 2010, du pianiste d’origine libano-mexicaine Simon Ghraichy qu’il aurait rencontré lors d’une réception à l’Institut du Monde Arabe, dirigé jusqu’à cette semaine par… Jack Lang.

    Les séjours de Jeffrey Epstein à Paris étaient bien orchestrées par des musiciens français. Le délinquant sexuel pouvait compter sur le chef Frédéric Chaslin et le pianiste Simon Ghraichy pour lui trouver de jeunes assistantes personnelles…https://t.co/elQe4ULNoP

    — Le Canard enchaîné (@canardenchaine) February 10, 2026

    Selon Olivia Giovetti, du blog Criticaldrift, « Epstein semble être devenu une sorte de mentor professionnel pour Graichy ». Il est vrai que la carrière du musicien, jusqu’alors peu connu, a pris un essor notable à partir de 2014 avec des engagements notamment au festival d’Aix en Provence, au Carnegie Hall ou au Kennedy Center et la signature d’un contrat d’enregistrement exclusif avec Deutsche Grammophon.

    Contacté par l’AFP, Simon Ghraichy a déclaré : « À l’époque, je n’avais aucune idée ni de cette condamnation, ni d’autres agissements criminels de Jeffrey Epstein (…) J’arrivais à New York où j’étais seul, je n’étais pas accompagné professionnellement. J’ai rencontré cette personne et nous avons eu exclusivement une relation de mécène à artiste émergent ».

    Jeffrey Epstein se vantait d’avoir accompagné au piano Jacqueline du Pré

    La recherche d’influence dans le milieu de la musique classique de la part de Jeffrey Epstein remonte aux années 70. Alors qu’il avait appris le basson dans sa jeunesse, l’homme d’affaires américain se vantait d’avoir également atteint un très bon niveau au piano au point même, selon ses dires (jamais confirmés), d’avoir joué au côté de la célèbre violoncelliste anglaise Jacqueline du Pré en 1971 alors qu’il n’avait que 18 ans. Une proximité qui lui aurait permis de s’approcher de la haute société britannique et notamment du Prince Andrew.

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    On sait également que Jeffrey Epstein a soutenu financièrement, à partir du début des années 90, l’école de musique d’Interlochen dans le Michigan où il avait étudié la musique et dans laquelle il aurait approché plusieurs jeunes élèves dont Jane Doe (pseudonyme), alors âgée de 13 ans, qui a déclaré lors du procès de Ghislaine Maxwell, maîtresse et collaboratrice d’Epstein, avoir été violée alors qu’il lui avait promis de faire avancer sa carrière.

    House Oversight Commîtes/SIPA USA

     

     

    À une autre élève d’Interlochen, Melissa Solomon, violoncelliste de 14 ans à l’époque, Jeffrey Epstein avait promis de l’aider à intégrer la prestigieuse Juilliard School de New York.

    L’affaire du violoncelle prêté au gendre du ministre israélien Ehud Barak

    Il y a également l’affaire du violoncelle que Jeffrey Epstein avait acquis en 2010 par l’intermédiaire d’une de ses fondations et après avoir consulté une de ses relations, le violoncelliste William DeRosa. L’instrument, fabriqué à la fin du XIXe siècle par le luthier de Ferrare Ettore Soffritti, fut acheté pour 165 000 dollars et prêté au jeune violoncelliste israélien Yoed Nir, gendre du ministre israélien de la Défense Ehud Barak, plusieurs fois mentionné dans l’affaire Epstein.

    Et même si ce dernier a déclaré à l’époque qu’il supposait que le violoncelle fut prêté uniquement en reconnaissance du talent de son gendre, il n’empêche que la relation entre l’ancien premier ministre israélien et Jeffrey Epstein s’est avérée particulièrement intense de 2013 à 2017.

    Philippe Gault

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    En Italie, la nomination d’une proche de Giorgia Meloni à La Fenice de Venise s’invite dans le débat politique

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  • Une version inédite de Médée de Cherubini au Théâtre des Champs-Elysées

    À l’occasion de la représentation d’une version inédite de l’opéra Médée de Cherubini au Théâtre des Champs-Élysées, Alexandre Dratwicki, Mélissa Petit et Julien Chauvin seront, ce mardi 10 février à 20h, les invités du Journal du Classique.

    Mercredi soir sera dévoilée, au Théâtre des Champs-Élysées, une nouvelle version du Médée de Cherubini. Créé en 1797 au Théâtre Feydeau dans une version avec des dialogues parlés en alexandrins, l’ouvrage a, par la suite, été adapté en allemand et en italien (et immortalisé par Maria Callas), mais n’existait pas encore dans le style dont rêvait le compositeur, c’est-à-dire le grand opéra romantique français. C’est ainsi qu’ont été insérés ici des récitatifs chantés composés il y a quelques années par Alan Curtis, tandis que l’orchestration a été retravaillée.

    Une adaptation initiée par le Palazzetto Bru Zane

    Également à notre micro : Julien Chauvin, qui dirige l’œuvre à la tête de son Concert de la Loge, et Mélissa Petit, qui incarne ici le rôle de Dircé aux côtés de Marina Rebeka, Julien Behr ou encore Marie-Andrée Bouchard-Lesieur.

    Cette version fait l’objet d’un enregistrement à paraître dans quelques mois sous le label du Palazzetto Bru Zane.

    Laure Mézan

    Retrouvez le journal du classique du lundi au vendredi à 20h

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  • En Italie, la nomination d’une proche de Giorgia Meloni à La Fenice de Venise s’invite dans le débat politique

    Beatrice Venezi prendra la direction musicale du Teatro La Fenice de Venise en octobre prochain. Au-delà de la contestation que manifeste l’orchestre vénitien, la nomination de cette cheffe d’orchestre, proche de Giorgia Meloni, provoque des remous au sein de la classe politique italienne.

    Ce mercredi, Beatrice Venezi, qui prendra les rênes de l’orchestre de La Fenice dans sept mois, fera sa première apparition publique à Venise à la prison pour femmes de la Giudecca. La jeune cheffe d’orchestre n’y dirigera pas un concert mais fera une lecture devant des détenues sur le thème de la résilience et de l’émancipation des femmes. Une intervention très attendue alors que, depuis l’annonce de sa nomination en septembre 2025, elle n’a toujours pas rencontré directement les employés de la Fenice.

    Les employés de l’institution vénitienne et leurs syndicats ont pourtant multiplié, en vain, les demandes de concertations avec la cheffe d’orchestre italienne dont ils contestent la nomination, et avec la direction de l’orchestre. « Hormis ces déclarations qui exprimaient l’espoir d’une réunion prochaine, rien ne s’est concrétisé depuis des mois », a déclaré Marco Trentin, secrétaire provincial de la FIALS (syndicat majoritaire) et musicien de l’orchestre, ajoutant : « Nous n’avons jamais été convoqués ».

    Le Mouvement Cinq Étoiles dénonce « un système de copinage »

    L’opposition à la nomination de Beatrice Venezi se manifeste surtout dans la rue notamment par la distribution de badges, portés par la plupart des musiciens de l’orchestre, et de tracts à l’occasion de manifestations organisées lors de représentations à La Fenice mais également partout où la cheffe d’orchestre se produit. Ce fut encore le cas le week-end dernier pour la première de La Traviata de Giuseppe Verdi le 7 février au Campo San Fantin à Venise mais également la veille à Trieste autour du Teatro Verdi où Beatrice Venezi dirigeait la dernière d’une série de concerts consacrés à Mahagonny, l’opéra de Kurt Weil sur un livret de Bertolt Brecht.

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    Mais la polémique autour de la nomination de Beatrice Venezi sort désormais du cadre local pour s’inviter dans le débat politique transalpin. Particulièrement virulent, le Mouvement Cinq étoiles (M5S), troisième parti politique en Italie, qualifie le cas Venezi de « test décisif » quant à la manière dont le gouvernement gère l’opéra et les salles d’opéra « par le biais de nominations autoritaires », et dénonce « un système de copinage ».

    Pour La Stampa : « Le gouvernement fait la guerre à un monde qu’il cherchait à séduire »

    La Stampa, quotidien italien très engagé dans l’opposition à la nomination de Beatrice Venezi, estime que cette affaire « provoque des dommages collatéraux à tous les opéras italiens. Le gouvernement se dirige droit vers un affrontement avec un monde suffisamment ingrat pour se rebeller contre son népotisme ».

    Le journal constate que « le gouvernement a placé des personnes politiquement compatibles à la tête de diverses institutions (Gênes, Trieste, Bologne, Venise, Naples, Bari), ou du moins des personnes non hostiles », et estime que « le gouvernement fait la guerre à un monde qu’il cherchait à séduire. Et malheureusement, le théâtre musical est un milieu délicat et sensible, qui exige expertise, culture et tact ».

    Beatrice Venezi soll künftig das traditionsreiche Gran Teatro La Fenice in Venedig leiten. Bekannt wurde die Dirigentin nicht durch ihr künstlerisches Wirken. Aber sie passt ins Reformkonzept der Regierung von Giorgia Meloni. https://t.co/vmzcEtgtom

    — NZZ (@NZZ) February 5, 2026

    Une controverse qui dépasse les frontières italiennes. Ainsi le journal suisse Neue Zürcher Zeitung estime qu’ « En Italie, l’opéra se retrouve pris dans les griffes de la politique », tandis que le magazine allemand spécialisé Opernwelt écrit : « On cherche en vain les raisons artistiques de la nomination de Venezi ».

    Philippe Gault

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  • Jean-Dominique Senard sur son refus d’être Premier ministre : « Je n’avais ni le temps ni la capacité d’agir »

    Jean-Dominique Senard a confirmé la rumeur : oui, Emmanuel Macron lui a bien proposé d’être Premier ministre en 2024. Une proposition qu’il a déclinée, a-t-il expliqué dans la matinale de Radio Classique ce mardi, estimant n’avoir « ni le temps ni la capacité d’agir », tout en se disant « très honoré ». Aujourd’hui, il présente un rapport qu’il a co-présidé plaidant pour responsabiliser les Français. 

    Jean-Dominique Senard est président de Renault et de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, vice-Président de l’Institut Montaigne. Il a co-présidé avec Jean-Louis Boulanger l’étude de l’institut Montaigne « Responsabilité : plaidoyer pour l’action ». Il se dit persuadé qu’on peut « faire confiance aux Français, leur dire que les coûts réels [de certaines prestations] sont élevés alors que ça paraît gratuit ». 

    Quel est votre sentiment sur cette proposition de Clément Beaune, haut-commissaire au Plan. Il propose des droits de douane de 30 % face aux produits chinois pour protéger notre industrie. Vous qui connaissez très bien l’industrie française, est-ce que c’est une bonne idée ?

    JEAN-DOMINIQUE SENARD. : Les droits de douane sont des solutions qui, en général, sont temporaires et [à manier avec précaution]. L’exemple qui me vient à l’esprit, c’est ce qui s’est passé avec le plan Biden aux États-Unis qui, à l’époque, était un vrai plan protectionniste. Les droits de douane ont été considérablement augmentés mais il y avait bien autre chose en plus : une politique extraordinairement développée de transition écologique avec les moyens de subvention et le temps qu’il fallait pour faire cette transition. Une politique totalement structurée avec un ensemble de mesures cohérentes. Du point de vue des États-Unis, ce plan Biden était extraordinaire. Je pense que, s’agissant de certains produits que l’on produit en Europe comme l’automobile par exemple, la meilleure défense c’est un écoscore aux frontières et non pas des droits de douane purs, parce que cela ajoute une dimension écologique et de décarbonation qui est extrêmement utile. Il faut autre chose avec les droits de douane et une politique très structurée pour accompagner cela.

    Vous évoquez l’industrie automobile que vous connaissez bien, il y a eu Michelin, maintenant il y a Renault. Certains disent que cette industrie peut mourir aujourd’hui. Est-ce que vous êtes de cet avis ?

    J-D.S. : Je l’entends beaucoup. C’est une autre façon d’envisager le déclin de l’Europe. Je me bats et je crois que les équipes de Renault se battent pour exprimer le contraire. On va tout faire pour résister dans un moment qui est effectivement difficile où la géopolitique joue un rôle beaucoup plus important qu’autrefois et où l’Europe – où nous sommes particulièrement présents – est ouverte à tous vents. Franchement, ça nous met une pique dans le dos pour nous inciter à être encore meilleurs. On n’a pas gagné encore ce pari, mais on a tout ce qu’il faut pour le gagner. Regardez ce qui se passe aujourd’hui, on arrive tout de même à produire des véhicules de qualité que les gens apprécient. On a fait des progrès considérables de ce côté-là. Ils sont encore trop chers, j’entends bien. Nous savons ce qu’il faut faire pour réduire le coût, il nous faut un peu de temps. C’est pour ça d’ailleurs que cette transition vers la décarbonation de la mobilité demande toujours un peu de temps, ce que les gens oublient.

    Jean-Dominique Senard : « Le pari de la France, je l’ai toujours fait »

    [Il faut que] l’Europe protège cette industrie en menant des stratégies comme les Chinois ont pu le faire pendant 25 ans. Je pense notamment à la dépendance que nous avons aujourd’hui par rapport au monde extérieur sur la question des semi-conducteurs et surtout les matières premières ou les terres rares. Ces éléments ont été négligés quand [la décision a été prise de passer au tout-électrique en 2035, décision sur laquelle l’UE est revenue partiellement NDR]. Ce n’est pas pour ça qu’on est découragés. Vous savez que Renault a installé en France l’essentiel de sa technologie électrique. Toute la valeur ajoutée est là, le pari est fort. Le pari de la France, je l’ai toujours fait, je l’ai fait chez Michelin, je le referai ici. Maintenant il faut qu’on ne soit pas seuls, ce n’est jamais gagné d’avance.

    Justement, le pari de la France, il faut le faire. Encore faut-il que la France fasse le pari d’elle-même. C’est un peu le sens du rapport que vous avez rédigé avec Jean-Louis Bourlanges. Est-ce que vous pouvez partager avec les auditeurs de Radio Classique les principaux constats que vous faites dans ce rapport ?

    J-D.S. Beaucoup de nos compatriotes cherchent les moyens de sortir de cette forme de dégradation, de sentiment de déclin, de déclassement pour eux-mêmes comme pour le pays. Il y a beaucoup de gens qui aiment ce pays, et on cherche des moyens pour se dire : on reprend un peu les choses en main et on se redonne le moral. On recherche des nouvelles ambitions nationales. Celle-là en est une. Le constat étant clair que nos compatriotes ont besoin d’écoute, de respect et de reconnaissance. C’est vrai pour le secteur privé, vrai pour le secteur public encore plus. C’est vrai aussi dans les territoires, sur les organisations. Tout est cohérent et repose sur le fait qu’on a besoin de responsabiliser les gens. Et il y a des leviers pour ça.

    On entend parler de pouvoir d’achat, de décentralisation, de transparence. Mais la question de la responsabilité, ce n’est pas quelque chose qui vient naturellement aux Français parce qu’évidemment, il y a cette centralité du pouvoir.

    J-D.S. : Vous avez absolument raison, cette verticalité est une tradition française depuis plusieurs siècles. Elle a été complexifiée par le fait qu’un peu partout, y compris dans les entreprises, on a créé des matrices de décision et des embrouillaminis invraisemblables qui font que plus personne aujourd’hui ne sait qui est responsable de quoi et parfois même les gens ne savent même pas s’ils sont responsables de quelque chose. On a cette espèce d’image qui décourage. Les leviers dont nous parlons, il y en a trois essentiellement. Le premier, c’est le fait de pouvoir faire prendre les décisions au niveau où il faut. Ça s’appelle la subsidiarité en terme un peu technocratique, mais c’est quelque chose de fondamental.

    « Il faut dire aux Français ce que vaut un acte médical, leur faire comprendre les coûts réels »

    Le deuxième levier, c’est la transparence. Il faut faire confiance aux Français. Vraiment. Leur dire ce que vaut un transport qu’on dit gratuit. Leur dire ce que vaut un acte médical. En toute simplicité, clarté, leur faire comprendre à quel point les coûts réels sont élevés alors que ça paraît gratuit. J’ai absolument la conviction que ça enclenchera chez les Français un processus de prévention et qu’il faut faire confiance, ce qui sera absolument nécessaire. Et puis il y a un troisième levier qui est celui qu’on appelle la reddition des comptes, rendre compte de l’autonomie qu’on vient de recevoir. C’est la chose la plus difficile qui soit, mais c’est sans quoi les deux premières n’ont aucun sens.

    Il faut que les chiffres aient du sens, pas des chiffres d’annonce mais plutôt des chiffres de résultat. Une transparence qui ne soit pas une inquisition sur le salaire d’un tel ou un tel ou sur les frais de bouche de telle entreprise, mais plutôt une transparence sur le coût d’un scanner, sur le coût d’une hospitalisation.

    J-D.S. : Si on paie des impôts, il faut quand même savoir pourquoi. Et aujourd’hui, on dissout un peu cet aspect-là des choses et on ne crée pas d’ambiance de prévention. Ce point est essentiel.

    Rendre compte est presque encore plus important. Transformer la culture de notre pays, qu’elle soit administrative ou pas d’ailleurs, en culture de résultat par rapport à des cultures de moyens. Nous avons en France 2000 critères de moyens dans l’administration française. Nous en préconisons cinq par ministère et qu’en plus sur ces cinq, les grands responsables de ces ministères soient suivis et puis rémunérés de façon logique et cohérente par rapport à ces cinq critères.

    Ce qui est frappant, c’est que d’autres avant vous ont fait ce constat de la responsabilisation, d’aller au résultat. Dans un livre intitulé Révolution, un jeune candidat à l’élection présidentielle en 2017 a fait un constat comparable, il s’appelait Emmanuel Macron. Qu’est-ce qui fait qu’on n’arrive pas à le faire ?

    J-D.S. : Je pense qu’il faut une volonté forte, et je crois que c’est une question aussi de courage parfois. Il y a des possibilités d’agir rapidement. Tout n’est pas simple dans cette révolution, il faut parfois du temps. Changer l’état d’esprit, dire aux dirigeants, quelle que soit leur position dans le public, dans le privé, dans les territoires, qu’ils ne sont plus des hiérarchiques, mais que ce sont des gens qui transforment la mentalité des personnes pour devenir en quelque sorte des développeurs de talents, des personnes qui aident leur équipe à laquelle ils ont confié une autonomie pour résoudre les problèmes. C’est un changement culturel majeur. C’est pour ça que ça prend du temps. Il ne faut pas penser que ça peut se faire en une seconde.

    Jean-Dominique Senard : « Le nombre de candidats à la présidentielle est un peu ahurissant »

    Il y a des choses qu’on peut faire très vite. Dire maintenant à telle strate administrative, régions, métropoles, villes, intercommunautés, quelles sont leurs tâches exactes et qu’elles n’en débordent pas et qu’on leur donne les moyens de le faire, c’est-à-dire un transfert de fiscalité. Je vous garantis qu’en faisant ça, en une législation, on peut transformer déjà l’état de la responsabilité du pays.

    En France, c’est l’élection présidentielle qui permet le changement. Pensez-vous qu’il faut revenir sur ce scrutin qui détourne l’attention des politiques de l’action ?

    J-D.S. : Aujourd’hui, ça devient urgent parce qu’on va finir par ne parler que de ça. D’ailleurs, le nombre de candidats qui se présentent est juste un peu ahurissant, pardonnez-moi cette expression. Ce ne sont pas les personnes qui sont en cause, elles ont toutes une forme de compétence. Mais comment voulez-vous que les Français fassent un choix s’ils ne s’orientent que sur la question des personnes et pas sur le fond.

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    Certains disent que parmi ces candidats, il manque une figure économique venant du privé, venant du monde de l’entreprise. On vous a proposé d’être Premier ministre, la rumeur a couru que vous aviez refusé. Vous confirmez ? Pourquoi avez-vous refusé ?

    J-D.S. : J’ai décliné, oui. J’étais très honoré par cette proposition qui m’était faite par le président. Ce n’est pas tous les jours qu’on vous propose de prendre les choses en main. Au moment où ça s’est passé, je n’avais ni le temps devant moi, ni la capacité d’agir.

     

     

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  • « Ma première fois à l’opéra » : L’Opéra de Paris propose des places à prix réduits pour démocratiser la musique classique

    Démocratiser l’art lyrique est une des missions de l’Opéra de Paris. Quatre fois par saison, pour deux opéras et deux ballets, l’Opéra ouvre ses portes a des novices en proposant des places à tarif réduit pour les familles qui n’ont jamais mis un pied au Palais Garnier ou à Bastille. L’opération s’appelle « Ma première fois à l’opéra ». Ce dimanche 8 février, 280 personnes, dont une majorité d’enfants, ont franchi le pas. Des spectateurs parmi les autres, qui ont assisté à Un bal masqué, de Giuseppe Verdi.

    La voix de l’immense soprano Anna Netrebko résonne sous les applaudissements nourris du public. Parmi les spectateurs conquis, Amidou découvre pour la première fois l’opéra. « Waouh, c’était magnifique ! Bravo à la cantatrice, c’est vraiment génial », s’exclame-t-il, encore ému par le spectacle. Grâce au bouche-à-oreille, il a réservé sa place pour cette première à l’Opéra Bastille. « Et pourtant, je passe tout le temps ici, mais je ne rentre jamais », confie-t-il.

    Amidou est venu accompagné de sa fille, tout aussi impressionnée par la performance. « Je me suis demandé comment les personnes font pour tenir avec leur voix, parce qu’elles chantent fort pendant trois ou quatre heures », s’interroge la jeune fille.

    L’opéra peut faire peur

    Trois heures de spectacle suivies d’un petit tour en coulisses pour ces néophytes, comme Gohan, 8 ans, qui découvre l’envers du décor. « Il y a plein de câbles partout. Il y a plein de statuettes là-bas, c’est trop beau », s’émerveille l’enfant.

    Tout le but de cette opération est de rendre l’opéra plus accessible, explique Fabienne Miossec, coordinatrice du service spectateurs. « Ce qui fait peur à l’opéra, c’est qu’il y a à la fois de la musique, des chants, une histoire. [Cette opération permet de démythifier l’opéra], et quand on a franchi la porte une fois, c’est moins difficile de la franchir une deuxième fois. »

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    Avec des billets à 10 euros pour les enfants et 25 euros pour les adultes, le pari semble réussi. Un Bal masqué de Verdi, donné à l’Opéra Bastille jusqu’au 26 février aura-t-il charmé ces nouveaux venus ? L’Opéra de Paris a en tout cas sorti le grand jeu pour séduire ce public.

    Victoire Faure

     

     

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  • Verbier Festival : Fort de la réussite de sa première édition en Chine, l’expérience est prolongée pour deux ans à Shenzhen

    Un plateau de très haut niveau, des salles remplies et un public chinois conquis. La première déclinaison du Verbier Festival à Shenzhen, qui s’est tenue début février, a été un franc succès. Au point que la collaboration avec la mégalopole chinoise se poursuivra au moins jusqu’à 2028.

    Du 30 janvier au 8 février les spectateurs du ShenzhenConcert Hall et du Longgang International Arts Center en ont pris plein les yeux et les oreilles. Outre des masterclasses publiques et une table ronde, ils ont en effet eu droit à 24 concerts qui ont accueilli de prestigieux artistes tels que les pianistes Yuja Wang, Lang Lang et Mikhaïl Pletnev, les violonistes Janine Jansen et Joshua Bell, les violoncellistes Gautier Capuçon et Mischa Maisky, ou encore le baryton-basse gallois Bryn Terfel, ainsi qu’à un copieux programme de concerts de musique de chambre.

    De quoi satisfaire les 25.000 spectateurs recensés, dont 30% originaires de Shenzhen, et les nombreux internautes qui ont suivi cette première édition du Verbier Festival Shenzhen sur des plateformes numériques chinoises et internationales (17 millions d’impressions). La multiplication des concerts dans les principaux lieux culturels de Shenzhen a également eu un impact appréciable en terme de fréquentation pour la ville, provoquant une hausse sensible de la demande d’hébergement, de restauration et de tourisme culturel pendant la durée du Festival.

    La prochaine édition du Verbier Festival Shenzhen aura lieu du 9 au 18 février 2027

    « Le Verbier Festival Shenzhen reflète l’engagement de notre ville en faveur d’un écosystème culturel ouvert et dynamique », a déclaré Simon Ding, directeur adjoint du Bureau de la culture, des sports et du tourisme de Shenzhen. « En accueillant des artistes internationaux et en renforçant la coopération avec des institutions culturelles, cette initiative contribue au positionnement de Shenzhen comme ville culturelle internationale », a-t-il ajouté.

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    Un succès qui a encouragé les responsable suisses et chinois à prolonger leur collaboration, « fondée sur un engagement commun en faveur de l’excellence artistique, de la transmission et des échanges culturels internationaux durables », pour au moins deux ans. Pour Martin Engstroem, fondateur et co-directeur général du Verbier Festival, « Cette première édition à Shenzhen a démontré à quel point les valeurs du Verbier Festival – excellence artistique, transmission et collaboration – trouvent un écho fort ici (…) Cet esprit correspond naturellement à la manière dont le Verbier Festival envisage la musique classique : comme un art vivant, nourri par l’échange, la curiosité et de nouvelles rencontres ».

    La prochaine édition du Verbier Festival Shenzhen se tiendra donc du 9 au 18 février 2027. La 33e édition de la version originelle du festival helvétique, dont Radio Classique est partenaire, aura lieu dans les Alpes suisses du 16 juillet au 2 août 2026.

    Philippe Gault

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  • Grâce à ses 250 millions de circuits imprimés produits chaque année, l’ETI ICAPE équipe les objets du quotidien de millions d’utilisateurs

    KPMG vous invite à écouter l’interview de Yann Duigou, Directeur général de ICAPE Group, belle ETI basée à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine), l’un des leaders mondiaux des circuits imprimés.

    Automobile, aérospatial, médical, industrie : chaque année, l’ETI ICAPE livre 250 millions de circuits imprimés, qui équipent les objets du quotidien de millions d’utilisateurs, depuis la voiture en passant par la machine à espresso. Et ce, partout dans le monde, avec une présence dans 70 pays, notamment en Asie suite au rachat d’un groupe japonais.

    Le circuit imprimé, c’est cette pièce invisible indispensable pour faire communiquer tous les éléments électroniques d’un objet, d’un produit ou d’une machine : sans lui, presque rien ne fonctionne !

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  • Le coup de cœur de Geneviève Laurenceau pour une compositrice anglaise oubliée

    À l’occasion de la publication de son album An English Violin, Geneviève Laurenceau sera, ce lundi 9 février à 20h, l’invitée du Journal du Classique.

    « C’est une partition romantique, noble, épique, vaste et verdoyante comme une vallée du Yorkshire, chantante et mouvante comme une eau versatile, truffée de références musicales, qui s’inscrit naturellement dans le patrimoine romantique européen », écrit Geneviève Laurenceau à propos du concerto pour violon de Guirne Creith qu’elle vient d’enregistrer pour NoMadMusic, avec l’orchestre de Picardie et David Niemann.

    Geneviève Laurenceau jouera ce concerto en concert, avec les mêmes partenaires, le 20 février au Grand Amphithéâtre de la Sorbonne

    La violoniste nous éclairera ce soir sur cette compositrice anglaise du début du XXe siècle, dont l’œuvre et le nom étaient tombés dans l’oubli. Une femme aux multiples vies, aux multiples identités même, qui a exercé en tant que pianiste, compositrice, pédagogue mais aussi écrivaine ou encore œnologue.

    Laure Mézan

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  • Après une longue absence, la violoniste Hilary Hahn annonce son retour imminent sur scène

    Perturbée depuis 2024 par une lésion nerveuse au niveau de la colonne vertébrale qui l’a contraint à se faire opérer et à s’éloigner de la scène depuis près d’un an, la violoniste américaine Hilary Hahn annonce dans un message qu’elle sera bientôt de retour sur scène. Peut-être même à la fin de cette semaine à Philadelphie.

    « Merci pour votre patience et votre soutien pendant ma convalescence suite à ma blessure ces deux dernières saisons de concerts. Je suis encore en convalescence pour plusieurs raisons, mais je serai bientôt de retour sur scène ! ». Ce sont les premiers mots du message qu’Hilary Hahn a publié le 7 février sur son compte Instagram (@violincase).

    Un message très encourageant de la part de la violoniste américaine de 46 ans qui souffre depuis deux ans de graves douleurs au cou dues à une compression nerveuse à deux endroits. Des lésions qui l’ont obligée à mettre sa carrière de concertiste entre parenthèses, ponctuellement jusqu’au printemps 2025 et totalement depuis. Jamais découragée, elle déclarait à l’époque : « Il me reste encore beaucoup à exprimer sur mon violon et je ne baisse pas les bras ! ».

    « Je peux à nouveau envisager l’avenir de ma carrière »

    Dans son message, Hillary Hahn explique qu’elle a dû subir une intervention chirurgicale au niveau de la colonne vertébrale (pose d’une prothèse discale). Opération réalisée par « un chirurgien exceptionnel, qui joue du violon ! », précise la violoniste qui reste néanmoins prudente et ajoute avec lucidité : « L’opération chirurgicale entraîne des conséquences à long terme et, bien sûr, l’avenir est incertain mais le pronostic est excellent ».

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    La violoniste indique qu’elle travaille à retrouver force et motricité mais qu’elle ne souffre plus et que sa nuque est désormais mieux alignée. « Je peux à nouveau envisager l’avenir de ma carrière », confie-t-elle tout en avertissant ses admirateurs qu’elle devra porter un foulard pendant un certain temps. « J’ai une cicatrice au niveau du cou que je souhaite protéger pendant sa cicatrisation, aussi bien au quotidien que sur scène. Je pense que je vais garder ce style un certain temp », conclut-elle avec humour.

    Voir cette publication sur Instagram

     

    Une publication partagée par Hilary Hahn (@violincase)

    Sur le site de Deutsche Grammophon, sa maison de disque, est indiqué qu’Hilary Hahn est programmée du 12 au 14 février au Kimmel Center de Philadelphie pour trois concerts au cours desquels elle doit interpréter le Concerto pour violon n°2 de Serge Prokofiev, puis au Trump-Kennedy Center de Washington à la mi-mars accompagné par le National Symphony Orchestra.

    Philippe Gault

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