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  • Municipales 2026 à Dijon : la lutte contre le narcotrafic au cœur de la campagne

    À Dijon, une médiathèque, une salle polyvalente et un collège ont été incendiés en moins d’un an. De janvier à septembre 2025, trois homicides et neuf tentatives ont eu lieu dans cette ville que l’on pourrait classer dans la catégorie des « villes moyennes » – 155 000 habitants. « Il y a lieu de penser que ces faits sont en lien avec le trafic de stupéfiant », indiquait le préfet en septembre dernier. 

    Ces violences, les habitants l’attribuent à la montée du trafic de drogue qui se concentre dans le quartier des Grésilles. La sécurité est devenue la principale préoccupation des riverains à l’approche des élections municipales.

    Cédric Bovrisse, secrétaire du syndicat Alliance Police en Côte d’Or, décrit le phénomène : « La médiathèque a été incendiée par deux fois. Cet incendie peut être lié à la présence de trafiquants de stupéfiants à proximité. »

    Un territoire convoité par les réseaux de narcotrafic

    Mais que se passe-t-il spécifiquement à Dijon ? « Il y a les points de deal qui génèrent de l’argent, et on a des équipes extérieures à Dijon qui cherchent à s’implanter. Ils se sont dit : ‘Tiens, c’est une petite ville de province, il y a de l’argent à prendre’. Chacun cherche à s’imposer et à prendre le territoire », explique le policier.

    Le quartier porte les stigmates de cette guerre des territoires. « Là, vous avez le collège Champollion qui a été incendié. Le procureur a fait un lien direct avec le trafic de stupéfiants et un acte de représailles par rapport au travail de la police qui les gêne tous les jours. »

    L’inquiétude des habitants de Dijon

    À la sortie d’une école du quartier, une grand-mère soupire : « On n’est pas en sécurité ! » Avant d’évoquer les élections municipales : « Ce que j’attends du prochain maire, c’est qu’il arrête toute cette violence. On n’ose plus sortir, on n’ose même plus prendre le tram. »

    Alors a-t-elle raison de compter sur la mairie ? Oui et non. Non, car la lutte contre le narcotrafic est une compétence de l’État. Oui, car la mairie, garante de la tranquillité publique, peut tout de même l’épauler, notamment grâce à ses policiers municipaux.

    « Ça fait 20 ans que j’habite dans le quartier, et les polices municipales, franchement, je les ai vues trois, quatre fois. Maintenant, on est à Marseille », déplore une mère de famille. « Laisser mon enfant, même si je vis en bâtiment, j’ai très peur. »

    Inutile, d’après ces mamans, de glisser un bulletin dans l’urne. « J’ai pas envie, il n’y a rien qui change. » « On pourra mettre un gendarme ou un policier à tous les coins de rue, si les gens ne respectent rien, ils ne respectent rien. »

    Des réponses politiques contrastées

    À gauche, priorité à la désescalade : un candidat propose de désarmer les agents. À droite, un autre promet de doubler leurs effectifs. La majorité lève les yeux au ciel et Sébastien Chevalier défend son bilan.

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    « Je suis conseiller municipal à la ville de Dijon, délégué à la tranquillité publique. Recruter des policiers municipaux, ça ne se fait pas d’un claquement de doigts. Durant ce mandat, nous sommes passés de 70 policiers à 100 policiers. Nous avons également poursuivi l’installation de caméras de vidéoprotection. Ces incendies, ce n’est pas anodin. C’est précisément parce que les pouvoirs publics sont actifs. C’est une forme de vengeance. »

    Si l’on dézoome sur l’ensemble du territoire, les communes ont quasiment triplé leurs investissements dans la police municipale entre 2019 et 2024, d’après l’observatoire des finances et de la gestion publique locales.

    https://www.radioclassique.fr/wp-content/uploads/2026/02/enro-municipales-dijon-v3.mp3

     

    Liste complète des candidats dans la commune :

    • Emmanuel Bichot se présente sous l’étiquette LR.
    • Nathalie Koenders, la maire sortante (Parti Socialiste) a annoncé se représenter.
    • À gauche, elle fera face à Michel Haberstrau, tête de liste des Ecologistes/PCF/Après/Génération.s.
    • Une liste France Insoumise est également déclarée, « Dijon Populaire », menée donc maintenant par Olivier Minard.
    • À l’extrême-droite, Thierry Coudert conduit la liste RN/UDR (l’Union des Droites pour la République, le parti fondé par Éric Ciotti).
    • Enfin, une liste citoyenne, « Dijon Avenir, Bifurquer, Inspirer, Protéger », menée par Rémi Goguel, co-fondateur du mouvement citoyen Dijon Avenir avec Mathilde Mouchet, qui est son binôme aux élections municipales.
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      3 min
    • Kevin Warsh à la Fed : « C’est le moins mauvais des noms qui ont été cités », note Jean-Claude Trichet, ancien président de la BCE

      Le nom du successeur de Jerome Powell a été dévoilé : Kevin Warsh, 55 ans, entrera en fonction en mai prochain à la tête de la Réserve Fédérale américaine. Alors que Donald Trump veut en avoir le contrôle, il a choisi une personnalité qui peut incarner une forme de « sagesse monétaire », selon l’ancien président de la BCE Jean-Claude Trichet, invité des Voix de l’économie ce lundi matin. 

      Jean-Claude Trichet est un économiste et haut fonctionnaire français, ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) de 2003 à 2011. Figure incontournable de la finance européenne, il livre son analyse sur le changement de direction à la tête de la Fed, et sur la baisse du bitcoin, qui selon lui « n’est pas une monnaie, mais un instrument spéculatif ».

      Le Bitcoin a perdu 50 % de sa valeur en l’espace de 4 mois, on est passé de 124 851 dollars précisément à pratiquement 60 000 la semaine dernière. Est-ce qu’il faut s’en inquiéter ? Est-ce que ça peut déstabiliser les marchés financiers ?

      JEAN-CLAUDE TRICHET : Non, je ne crois pas que cela puisse réellement déstabiliser les marchés financiers. C’est une preuve supplémentaire que le Bitcoin n’est pas une monnaie, mais un instrument spéculatif. C’est ce que les banquiers centraux ont dit depuis le début. Malheureusement, on a laissé galoper ces divers instruments spéculatifs qui étaient commercialisés avec une fausse appellation, celle de monnaie digitale. Il est tout à fait important de ce point de vue que les banques centrales puissent elles-mêmes émettre leur propre monnaie avec la certitude que cette fois-ci, ce serait de vraies monnaies.

      La Banque centrale européenne veut accélérer sur le développement de l’euro numérique, il est prévu en principe pour 2027. La BCE a expliqué vendredi qu’un retard supplémentaire risquerait de placer les Européens davantage dans les mains des acteurs de la tech américaine. Vous êtes d’accord ?

      J-C.T. : Oui, non seulement dans les mains des acteurs de la tech américaine ou de la tech mondiale, mais aussi dans les mains des États-Unis eux-mêmes. Parce que nous sommes en présence d’une manœuvre tactique, ou stratégique même à certains égards, de l’exécutif américain qui privilégie les stablecoins, c’est-à-dire les monnaies digitales stables, de manière à éviter d’être en difficulté pour le financement du déficit américain. On a une manœuvre très importante et je crois que de ce point de vue, la BCE a mille fois raison d’accélérer l’émission de sa propre monnaie digitale.

      Jean-Claude Trichet : « Il est clair que la volonté de Donald Trump est d’avoir dans sa main la Banque centrale américaine »

      Ça veut dire qu’il y a une concurrence actuellement pour le financement de la dette ?

      J-C.T. : Bien entendu, il y a toujours concurrence pour le financement de la dette.

      Mais plus exacerbée en ce moment ?

      J-C.T. : En tout cas aux États-Unis clairement, puisqu’ils ont des déficits qui sont absolument colossaux, à la fois des déficits budgétaires et des déficits de la balance des paiements courants. Ils ont un très grand besoin d’être sûrs qu’ils pourront financer leur propre déficit. C’est la raison pour laquelle, l’une des raisons pour lesquelles on a une attitude de l’exécutif américain qui est très favorable aux cryptomonnaies.

      Donald Trump, le président américain met la pression sur la Réserve fédérale américaine depuis déjà plusieurs mois, il réclame davantage de baisse de taux. Est-ce que vous vous inquiétez du risque d’une perte d’indépendance de la Fed ?

      J-C.T. : Il y a plus qu’une inquiétude. Il est clair que la volonté du président des États-Unis est d’avoir dans sa main la Banque centrale américaine, comme il a dans sa main pour le moment – ça ne durera peut-être pas si longtemps que ça – à la fois le Sénat, la Chambre des représentants et même dans une certaine mesure la Cour de justice fédérale. On va voir ce qu’il en sera. Les marchés ont plutôt bien accueilli le nom qui a été décidé par Donald Trump, celui de Kevin Warsh. Je connais Kevin Warsh, il est membre du G30 que j’ai présidé moi-même pendant 5 ans et je crois que du point de vue de la stabilité monétaire et financière des États-Unis, c’est certainement le moins mauvais des noms qui ont été cités, c’est pour ça qu’il a été relativement bien accueilli.

      « Kevin Warsh a une histoire de sagesse monétaire, il rassure les participants du marché »

      Vous pensez qu’il saura préserver la Réserve fédérale des attaques excessives de la Maison Blanche ?

      J-C.T. : Son histoire a été une histoire de sagesse monétaire. Depuis quelque temps, il est pour la baisse des taux d’intérêt et effectivement, comme c’est exactement ce que souhaite Donald Trump, on peut penser qu’il a de ce point de vue-là rendu hommage au président des États-Unis. D’une certaine manière, il a une histoire qui rassure les participants du marché. Il est clair que le président des États-Unis poursuivra sur la même ligne, c’est-à-dire une ligne aspirant à avoir le contrôle de la Banque centrale. Je pense moi-même qu’il ne sera pas si facile pour Kevin Warsh d’avoir le contrôle de la Banque centrale.

      Est-ce qu’en pratique, la Réserve fédérale américaine est totalement indépendante ? Elle a un double mandat, ce qui n’est pas le cas de la Banque centrale européenne. Elle doit s’occuper de la stabilité des prix, mais aussi du marché de l’emploi. Est-ce que ce n’est pas une brèche dans son indépendance, ce double mandat ?

      J-C.T. : Non, je crois qu’il est légitime que celui qui fixe la charte de la Banque centrale, à savoir le Congrès aux États-Unis, il n’y a pas de traité. Ce que la loi a fait, la loi peut le défaire ou le refaire. On est en présence d’une banque centrale qui ne dépend pas de l’exécutif américain, pas du président des États-Unis, mais du Congrès. Les États-Unis sont presque les seuls dans le monde à donner à la Banque centrale plusieurs objectifs comme si c’était à la Banque centrale d’arbitrer entre croissance et stabilité monétaire. Dans la plupart des autres pays et certainement en Europe, on donne à la Banque centrale un mandat premier, qui est celui de la stabilité des prix, et ensuite, elle doit soutenir l’ensemble des autres politiques de l’exécutif ou du Parlement correspondant à l’entité dans laquelle elle est placée. En Europe, c’est le soutien de l’ensemble des objectifs de l’Union européenne et de la zone euro à partir du moment où la stabilité des prix est assurée.

      Le dollar a perdu de sa valeur face aux principales devises et notamment face à l’euro. 1 dollar 18 38 ce matin pour un euro. Est-ce que l’administration Trump a raison de jouer la baisse du dollar ? À court terme, c’est un soutien aux exportations, mais sur le long terme, est-ce que Donald Trump n’est pas en train de créer des dommages irréversibles ?

      J-C.T. : Il est absolument aberrant que le président des États-Unis puisse avoir un discours sur le dollar faible. Parce que si cela était considéré comme étant ultra crédible, cela conduirait l’ensemble des investisseurs étrangers à se retirer devant les obligations américaines et l’ensemble des valeurs du Trésor américain, à se retirer aussi du cash, et à affaiblir encore plus et même à faire perdre totalement la confiance dans le dollar des États-Unis. C’est tellement aberrant que le ministre des Finances a corrigé le président des États-Unis. Immédiatement après que Donald Trump a dit « Je suis très satisfait que le dollar soit le plus faible possible », le Secrétaire au Trésor, et c’était son travail, a dit « Mais pas du tout, le dollar doit être une monnaie crédible en laquelle tout le monde doit avoir confiance ». On va voir comment tout ça va se stabiliser. Au moment où nous parlons, comme vous le disiez, nous sommes à 1,18. Je vous rappelle que lorsqu’on a créé l’euro, le jour de la création de l’euro, on était à 1,17. Sur une assez longue période, on voit qu’en tout cas en nominal, les choses n’ont pas beaucoup changé. Mais au total, bien entendu, il serait complètement aberrant et cela provoquerait une crise immédiatement s’il y avait conviction de la part de tous les participants du marché que le dollar va s’effondrer.

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      Christine Lagarde disait la semaine dernière que le niveau actuel de l’euro n’était pas un problème. Néanmoins, est-ce qu’il faut intervenir à votre avis pour éviter de se laisser piéger par une guerre des changes ?

      J-C.T. : Christine Lagarde a dit que bien entendu, la Banque centrale européenne regardait l’impact de l’euro et du dollar, et de la valeur de l’euro international sur l’ensemble des données européennes, aussi bien la croissance que l’inflation. Elle regarde cela en permanence, elle doit le faire, c’est absolument essentiel. Au total, effectivement, elle a eu tendance à minimiser la situation actuelle. Comme je vous le disais, on est à peu près au niveau en nominal où nous étions au début de la création de l’euro. Mais bien entendu, la Banque centrale européenne regardera en permanence quel est l’impact sur l’inflation et sur la croissance de la hausse de l’euro qui ne peut pas être débridée.

       

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    • Les secrets de L’Île de Pâques : Pourquoi la création des Moaï géants défie toujours la science ?

      Au cœur du Pacifique, perdue entre les rivages de l’Amérique du Sud et ceux de la Polynésie, une île minuscule fascine depuis trois siècles explorateurs, scientifiques et rêveurs. L’île de Pâques, ou Rapa Nui, demeure un mystère, gardée par ses géants de pierre et les vestiges d’une civilisation disparue. Plongez dans cette énigme archéologique et humaine.

      Trois navires hollandais, l’Arend, le Thinhoven et l’Afrikaansche Galey, fendent les eaux calmes du Pacifique en 1722. À leur bord, 223 hommes menés par Jacob Roggeveen, navigateur mandaté par la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales. Leur quête ? Un continent mythique, la Terra Australis. Mais ce jour-là, c’est une toute autre découverte qui les attend : une île escarpée, isolée, que Roggeveen baptise aussitôt Paasch-Eyland, l’île de Pâques, en hommage au dimanche de fête où elle apparaît à l’horizon.

      Depuis le pont, l’équipage observe, intrigué, d’immenses silhouettes de pierre alignées sur les plateaux. Ces statues, dressées sur de lourdes plates-formes, semblent veiller sur l’île. Les visages, aux traits marqués et aux regards tournés vers l’intérieur des terres, fascinent les marins. Les Moaï, colosses de lave, imposent leur silence millénaire. La rencontre avec les insulaires est d’abord pacifique. Les habitants, grands, élancés, arborent des peintures corporelles colorées et offrent fruits, racines et volaille en échange de tissus. Les femmes, plus réservées, observent la scène à distance. La vie sur l’île paraît simple, rythmée par la nature et les traditions, loin de toute influence extérieure.

      Les origines de Rapa Nui et le mystère des Moaï

      L’escadre hollandaise ne reste qu’une semaine, mais le mystère s’épaissit. L’île, battue par les vents, offre un spectacle désolé : végétation rabougrie, absence d’arbres, population pauvre et réduite. Les premiers visiteurs européens décrivent une civilisation sur le déclin, incapable de naviguer, privée de bateaux et de ressources. Comment ce peuple, visiblement épuisé, aurait-il pu ériger de telles statues, parfois hautes de dix mètres et pesant plusieurs dizaines de tonnes ? L’île paraît survivre à son histoire, habitée par les vestiges d’une grandeur oubliée.

      Les recherches modernes lèvent une partie du voile. Les Rapa Nui, peuple de l’île, descendent de navigateurs venus d’Asie du Sud-Est, probablement de l’arc indonésien. Entre l’an 1000 et 1200, ces marins audacieux traversent l’océan sur de grandes pirogues doubles, sans boussole ni carte, pour s’installer sur ce bout de terre vierge. Peu à peu, une société complexe s’organise, et au XIVe siècle débute la construction des Moaï.

      Sergio Pitamitz / VWPics/SIPA

      Le transport et l’édification de ces géants de pierre restent une prouesse technique. Sans roue, sans métal, sans animaux de trait, les habitants déplacent des blocs de plus de 40 tonnes sur plusieurs kilomètres. Le projet mobilise toute la société, dans un effort collectif guidé par la foi et le pouvoir des chefs. Mais pourquoi ce chantier titanesque s’arrête-t-il ? Deux grandes théories s’opposent. La première évoque un effondrement brutal : la surexploitation des ressources, notamment du bois, aurait provoqué la famine, la guerre civile et l’abandon des Moaï. Les statues auraient été renversées lors de conflits entre clans. La seconde hypothèse privilégie un déclin progressif, marqué par la perte de sens du culte des ancêtres et l’émergence de nouvelles croyances, comme celle de l’homme-oiseau.

      L’île de Pâques, une énigme inachevée

      Au fil des siècles, l’île de Pâques demeure isolée. Après les Hollandais, une expédition espagnole plante quelques croix en 1770, sans s’y établir. Au XIXe siècle, des navires péruviens capturent la moitié de la population pour l’esclavage, emportant avec eux la mémoire orale de la culture Rapa Nui. L’annexion par le Chili en 1888 transforme l’île en exploitation ovine, accélérant le déclin du peuple autochtone.

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      Quelques indices rappellent pourtant la complexité de cette civilisation. En 1864, le missionnaire Eugène Eyraud découvre des tablettes couvertes de signes mystérieux, le Rongorongo, une écriture indéchiffrée à ce jour. Les Moaï, toujours alignés sur leurs ahu, défient les siècles, gardiens muets d’une histoire dont la clé semble à jamais perdue. Face à eux, au lever du jour, l’île de Pâques continue de parler une langue inconnue, pleine de dignité et de mystère. Un des plus beaux défis de l’archéologie moderne, et une invitation à rêver.

      Franck Ferrand

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    • Opéra Bastille : Quelles sont les 5 agences qualifiées pour la phase finale du concours d’architecture ?

      Le jury du concours international d’architecture pour la transformation et l’ouverture des espaces publics de l’Opéra Bastille a sélectionné cinq cabinet dont trois français pour la phase finale du concours. Le projet lauréat sera désigné en septembre prochain.

      En septembre dernier, Rachida Dati, avait présenté le projet Nouvelle Ère, Nouvel Air, une opération inédite de modernisation de l’Opéra national de Paris, portant sur l’ensemble de ses quatre sites (Palais Garnier, Opéra Bastille, Ateliers Berthier et École de Danse située à Nanterre). En novembre, la ministre de la Culture annonçait le lancement du concours international d’architecture consacré à la transformation des espaces publics de l’Opéra Bastille, première phase du projet.

      Dans un communiqué annonçant la première sélection duconcours, le jury, présidé par le directeur général de l’OnP Alexander Neef, et composé de représentants de l’État et de l’Opéra national de Paris et de personnalités qualifiées, a indiqué que l’appel d’offre a suscité près d’une centaine de candidatures françaises et internationales, précisant que «la qualité et la diversité des dossiers reçus témoignent de l’intérêt pour ce projet ».

      Trois cabinets d’architecture français, un irlandais et un espagnol retenus

      À l’issue de l’examen des candidatures et de la délibération du jury, réuni le 23 janvier 2026, cinq équipes ont été retenues pour participer à la seconde phase du concours. Les cabinets Grafton Architects, basé en Irlande et l’espagnol Nieto Sobejano Arquitectos ont ainsi été sélectionnés parmi les candidatures étrangères.

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      Les trois cabinets d’architecture français qualifiés sont celui du Toulousain Bernard Desmoulin, à qui l’on doit notamment le Conservatoire du 12e arrondissement à Paris, celui du Boulonnais Pierre-Antoine Gatier, qui a réalisé, au milieu des années 2010, la rénovation de l’Opéra-Comique et celui de l’architecte franco-libanaise Lina Ghotmeh, qui supervise actuellement la construction du Musée d’art contemporain AlUla en Arabie saoudite.

      Ces cinq équipes désignées vont désormais devoir élaborer une proposition architecturale dans les prochains mois. Le projet lauréat sera désigné en septembre 2026, à l’issue d’une nouvelle délibération du jury. Les travaux dans les espaces publics de l’Opéra Bastille se dérouleront entre 2028 et 2030, avant la rénovation des équipements scéniques et techniques de l’établissement, prévue sur deux saisons à partir de 2030.

      Philippe Gault

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    • Le prince de Condé incognito : déguisé en palefrenier, il a tenté de renverser Mazarin

      En pleine Fronde, alors que la réalité du pouvoir est exercée par la régente Anne d’Autriche et Mazarin, neuf cavaliers traversent la France incognito. Cette cavalcade secrète vise à renverser le cardinal, parrain de Louis XIV, alors âgé de 13 ans.

      Dimanche 21 mars 1652. Nous sommes loin de la cour, sur un chemin de terre qui longe la Garonne. Neuf cavaliers sont partis au grand galop d’Agen et courent vers le nord en direction de Marmande, vêtus de façon discrète, volontairement peu ostentatoire. Parmi eux, le grand cousin du roi en personne, le prince de Condé. A 30 ans, c’est un excellent stratège militaire qui a à son actif de très grandes victoires. On pense à Rocroi en 1643. Certains le comparent à César, à Alexandre. Et c’est vrai qu’il a, en tout cas, leur ambition. Il a bien l’intention de devenir un jour Premier ministre. Il ne veut qu’une chose : ne plus obéir, ne plus rencontrer d’obstacle à ses volontés. Or, le prince de Condé a rejoint la Fronde.

      Une partie de la cour, des grands du royaume, conteste cette mainmise d’Anne d’Autriche et de Mazarin sur le gouvernement des affaires. À leur tête, le duc d’Orléans qui s’appuie sur les parlements de Paris et de plusieurs provinces. Le prince de Condé, qui surnomme Mazarin « le faquin écarlate », a été jeté en prison à Vincennes pendant 13 mois. Le temps de ruminer sa vengeance. « Je suis entré dans cette prison le plus innocent de tous les hommes et j’en suis sorti le plus coupable », écrira-t-il bien des années plus tard.

      Le prince de Condé s’entoure de huit hommes de confiance

      À peine libéré, Condé a levé une armée en Île-de-France avec le duc de Nemours, puis une armée en Aquitaine qui bénéficie du soutien de l’Espagne ennemie et qu’il a bien l’intention de commander lui-même. Il tient plusieurs villes, plusieurs places fortes, mais les armées fidèles au roi multiplient les offensives. Yves-Marie Bercé, dans son ouvrage Bons princes et ministres haïssables aux XVIe et XVIIe siècles, paru aux éditions du Cerf, écrit : « Le prince de Condé savait ne pouvoir compter que sur lui-même. Il comprenait que s’enfermer dans le réduit aquitain était une impasse et que la décision politique ne se jouerait que dans la capitale. Fidèle à ses tactiques de rupture, il formait alors le projet de quitter le sud-ouest pour reporter ses efforts au nord de la Loire où il tenterait d’imposer la paix à son avantage. Il avait débattu de ce plan avec seulement trois ou quatre de ses proches. »

      imageBROKER.com/SIPA

      Huit hommes accompagnent Condé : son valet de chambre Rochefort – une charge honorifique à l’époque –, quatre militaires dont le baron de Lévis qui commande Carcassonne, le comte de Chavagnac qui avait lui-même déjà traversé la France clandestinement et peut servir de guide. Et puis le duc de La Rochefoucauld, le fameux mémorialiste, qui est le secrétaire du prince de Condé, avec son fils de 16 ans qu’il a embarqué dans l’aventure. Il faut être rapide. « Ce qu’il y eut de plus rude dans ce voyage, dira La Rochefoucauld, fut l’extraordinaire diligence avec laquelle on marcha jour et nuit, presque toujours sur les mêmes chevaux et sans demeurer jamais deux heures en même lieu. » Ils descendent dans des auberges – il faut bien se ravitailler, dormir un peu – les plus isolées possible. On ne s’attarde pas, on fait provision de pain, de noix, de fromage. Il faut que cette traversée soit secrète car si jamais Mazarin avait vent de l’expédition, il ferait fermer les villes sur le passage des fugitifs. Il enverrait des hommes à leurs trousses pour les arrêter, pourquoi pas même les passer de vie à trépas.

      Le prince de Condé se fait appeler Motteville, au service d’un gentilhomme retiré du monde

      À neuf, la petite escouade est assez visible. C’est pourquoi tous avaient pris « habit modeste qui paraissait plus habit de cavalier que de seigneur », nous précise un récit publié l’année suivante et intitulé Les particularités de la route de Monsieur le Prince de Condé. « Le prince était vêtu de gris fort simplement, un justaucorps couleur de betterave avec une écharpe noire, les cheveux coupés courts et deux grandes moustaches nouées de deux galons noirs. »

      Ils se trouvent aussi des noms d’emprunt. Condé, habitué à changer de camp, s’est fait appeler Alcandre – le fameux magicien de L’Illusion comique de Corneille – dans ses courriers. Mais cette fois, il choisit le nom de Motteville, nettement moins théâtral. La Rochefoucauld se fait appeler Beaupré, son fils est Florimont. Chavagnac devient Saint-Amour et le valet Rochefort se nomme Monsieur de la Fausse.

      Dans le groupe, la hiérarchie est inversée, comme c’est souvent le cas lorsque des princes sont en fuite : ils se font passer pour les valets et donnent à leurs valets le titre de prince. « Chacun pansait son cheval soi-même afin de faire voir qu’ils étaient tous camarades. » Et ils s’inventent des métiers. Le comte de Chavagnac devient maréchal-ferrant – il se vantera de n’avoir pas une seule fois encloué, c’est-à-dire enfoncé un clou de travers. Le prince de Condé et le duc de La Rochefoucauld deviennent palefreniers et valets, tous deux au service d’un gentilhomme censé être retiré du monde, le baron de Lévis, en possession d’un faux passeport. Toute cette expédition prend l’allure d’un roman d’aventure, pour ne pas dire d’une pièce comique.

      Face à Mazarin, les conjurés risquent leur vie

      Cette inversion des rôles ajoute au côté comique et aventureux, pour ne pas dire picaresque, de cette affaire. Mademoiselle de Montpensier racontera la scène : « Le prince de Condé fut assez embarrassé à une hôtellerie de son déguisement car il faisait le valet, et comme on lui dit de brider et seller un cheval, jamais il n’en put venir à bout. » On lui avait toujours préparé ses chevaux, il ne savait donc tout simplement pas comment on faisait. Une autre fois, dans une auberge du Sarladais, le prince entreprend de préparer une omelette et la fait tomber dans le feu.

      Cette traversée clandestine pour renverser Mazarin n’est pas une pièce de théâtre : on y risque sa vie. Un jour, arrivant aux abords d’un village du Périgord, Condé a l’intuition d’envoyer un éclaireur. L’homme noue une écharpe blanche – le signe distinctif des soldats de Mazarin, alors que ceux de Condé portent une écharpe jaune. L’éclaireur tombe nez à nez avec une garnison qui travaille pour le roi à l’intérieur des remparts. Il fait mine d’être de passage, salue ses ennemis comme s’ils étaient des amis et ressort donner l’alerte. Ils ont failli se jeter dans la gueule du loup. Il va falloir se montrer encore plus prudent.

      Dans une ville du Bourbonnais, en entrant dans une auberge, ils ne peuvent éviter un groupe de soldats du roi déjà en train de faire ripaille. Impossible de reculer sans attirer l’attention. Ils s’installent, engagent la conversation, expliquent avec aplomb qu’ils sont en route vers Paris pour s’engager eux aussi dans les troupes du roi. « Nous passâmes tous pour mazarins », se souviendra l’un des frondeurs. « Et à la fin, ils se séparèrent avec de grandes embrassades et montèrent à cheval. » Une autre fois, toujours dans une auberge, ils font ami-ami avec le patron qui se dit frondeur et prétend bien connaître les Condé. Il ne les connaît pas si bien que ça, puisqu’il est en train de parler au prince de Condé !

      Les Frondeurs sont conscients du danger

      Voilà une semaine qu’ils sont partis. Nous sommes le jour de Pâques, le dimanche 30 mars 1652, pas loin de Sancerre. Nos cavaliers en croisent trois autres qui appartiennent au roi et qui les dévisagent avec attention. Le valet de Condé, Rochefort, est resté en arrière du groupe. Les trois cavaliers l’arrêtent, l’interrogent. Rochefort, pendant quelques minutes, nie qu’il soit de la Fronde, mais quand on lui colle un pistolet sur la tempe, il finit par parler. Oui, c’est bien Condé ! Oui, ils vont à Montargis !

      Les cavaliers royaux laissent filer le valet et se précipitent à Gien, un peu plus au nord, entre Sancerre et Orléans. Mazarin est là dans le château de Gien, avec le jeune roi, la reine-mère et une partie de la cour. Tout va se jouer en bord de Loire.

      Les frondeurs sont conscients du danger. Ils décident de se disperser pour se rendre moins visibles. Condé est maintenant seul. Il poursuit sa remontée par la rive droite de la Loire, atteint Châtillon-sur-Loing où la duchesse de Montmorency lui est fidèle et où il va pouvoir trouver refuge. Seulement, les chevaux-légers de Mazarin rôdent partout. Condé entre dans Châtillon et retrouve plusieurs de ses complices. Sans attendre, tout ce petit monde décide de suivre le plan qui avait été tracé et d’opérer maintenant une percée jusqu’à Paris.

      Les troupes de Condé et de Mazarin s’affrontent

      Ils prennent la ville de Montargis sans coup férir. L’heure de la confrontation avec l’armée royale approche. Dans la nuit du 6 avril 1652, l’armée de Condé attaque l’armée royale par surprise. Première victoire pour la Fronde. Le 7 au matin, Condé lance ses troupes à l’attaque d’une autre formation commandée par le maréchal de Turenne qui vient à la rescousse du roi.

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      Pendant quelques heures, panique : le camp royal pense que c’est la fin. La reine-mère elle-même se croit perdue. Seulement, le maréchal de Turenne repousse la Fronde, ce qui laisse le temps à Louis, Anne et Mazarin de fuir Gien pour se retrancher dans le château de Saint-Germain. Le jeune roi vient d’échapper à ce qui aurait pu être une capture. Voilà pourquoi Louis XIV, toute sa vie, aura de cette Fronde un souvenir effroyable.

      Le coup de force de Condé vient tout simplement d’échouer. Après la mort de Mazarin au printemps 1661, Louis XIV graciera son cousin et l’autorisera à revenir. Mais le prince, qui désormais combattra pour le roi et non plus contre lui, ne rentrera jamais véritablement en cour.

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    • Agenda des concerts : la sélection de concerts à ne pas manquer par Radio Classique

      Bach et Telemann avec Café Zimmermann à Lyon, la Symphonie n°8 de Bruckner par le Concertgebouw d’Amsterdam dirigé par Klaus Mäkelä à la Philharmonie de Paris et les Danses hongroises de Brahms par l’Orchestre national Montpellier Occitanie dirigé par Sora Elisabeth Lee : découvrez la sélection Radio Classique des rendez-vous à ne pas manquer dans les prochains jours

      9 février : Bach et Telemann avec Café Zimmermann à Lyon

      L’ensemble Café Zimmermann fait escale à l’Auditorium de Lyon pour un programme Bach et Telemann. Sous la direction de Pablo Valetti ils joueront notamment deux des Concerto brandebourgeois et le Concerto pour violon BWV 1041 de Bach, ainsi que le Concerto pour flûte, violon et violoncelle en la majeur de Telemann.

      • Auditorium de Lyon.
      • Lundi 9 février à 20 heures.
      • www.auditorium-lyon.com
      • 9 février : La Symphonie n°8 de Bruckner par le Concertgebouw d’Amsterdam dirigé par Klaus Mäkelä à la Philharmonie de Paris

        C’est à la tête de l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam que Klaus Mäkelä dirigera la Symphonie n°8 de Bruckner. Œuvre monumentale, créée à Vienne en 1892, cette symphonie, la dernière achevée de Bruckner, est dédiée à l’Empereur d’Autriche François-Joseph Ier. Elle fait appel à un important effectif orchestral, avec notamment des Tuben, instruments que Wagner avait utilisés dans la Tétralogie.

        • Philharmonie de Paris.
        • Lundi 9 février à 20 heures.
        • www.philharmoniedeparis.fr
        • 13 et 14 février : Les Danses hongroises de Brahms par l’Orchestre national Montpellier Occitanie dirigé par Sora Elisabeth Lee

          Six des vingt et une Danses Hongroises de Brahms, dont la célèbre n°5, sont au programme de ce concert de l’Orchestre national Montpellier Occitanie dirigé par la cheffe sud-coréenne Sora Elisabeth Lee. A l’affiche également Le Rouet d’or de Dvorak et Les Préludes, poème symphonique de Liszt. Une pièce contemporaine, Sa-li, de la compositrice sud-coréenne Song-Aa Park ouvrira cette soirée.

          • Opéra Comédie, Montpellier.
          • Vendredi 13 février à 20 heures et samedi 14 février à 19 heures.
          • www.opera-orchestre-montpellier.fr
          • Retrouvez l’actualité du Classique

            Appel à témoins : Le Cercle de l’Harmonie victime d’un vol d’instruments à Paris

            États-Unis : Le chef d’orchestre Esa-Pekka Salonen dirigera le très réputé festival de musique contemporaine de Tanglewood

            Martha Argerich remplace Hélène Grimaud aux Sommets Musicaux de Gstaad pour un récital impromptu avec Renaud Capuçon

            JO d’hiver 2026 : Un grand concert donné à la Scala de Milan à l’occasion de l’ouverture de la 145e session du CIO

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          • Deutsche Grammophon face aux nazis : comment le patron du label allemand a osé défier Goebbels

            Dans L’Honneur des miens (Plon), Christian Curtil raconte comment son grand-père Walter Betcke, président de Deutsche Grammophon, a résisté à toutes les manœuvres de Joseph Goebbels pendant le Troisième Reich, sauvant ainsi le célèbre label allemand qui représentait « l’universalité de la culture ». Son histoire, souvent oubliée, est celle d’une résistance acharnée face à la barbarie. Entre pressions politiques, sabotages discrets et confrontations judiciaires, Betcke a navigué un chemin périlleux pour sauvegarder un patrimoine musical et humain.  

            Dès l’avènement d’Hitler au pouvoir en 1933, la machine de propagande nazie s’est employée à étendre son emprise sur tous les secteurs de la société, y compris l’industrie phonographique allemande. Walter Betcke, fraîchement nommé à la tête de Deutsche Grammophon, se retrouve alors confronté à un dilemme cornéen. Sous la pression constante du régime, il finit par adhérer au parti nazi le 1er mai 1933, un acte de contrainte motivé par la volonté d’apaiser les tensions et de préserver son entreprise. Cet acte, accompli la main tremblante mais l’esprit décidé, est une stratégie pour juguler un peu les pressions dont il fait chaque jour l’objet.

            Dans un premier temps, cette adhésion semble porter ses fruits, l’ingérence du ministère de la Propagande se faisant moins sentir. Betcke parvient ainsi à duper Goebbels, tout en continuant à effectuer de fréquents voyages à l’étranger, ce qui éveille la suspicion du parti. Comprenant le double jeu, le régime nazi lui retire son passeport et celui de son épouse, Ruth. Goebbels, de son côté, voit une opportunité de tirer profit de l’arrivée à terme du contrat liant Deutsche Grammophon à la société de radiodiffusion. Cette dernière, désormais sous la coupe du parti, s’octroie le droit de diffuser les disques de la marque sans autorisation ni paiement de droits. Des millions de marks de redevances destinées aux artistes sont ainsi détournés par Goebbels et par le parti nazi pour sa propre propagande.

            Walter Betcke contre Joseph Goebbels, le procès de la défiance

            Face à cette spoliation, Betcke se trouve à la croisée des chemins : démissionner, accepter la faillite, ou s’engager dans une opposition frontale, aux conséquences potentiellement désastreuses. Après des nuits blanches, il opte pour la décision la plus audacieuse : intenter un procès à Goebbels. Il conteste officiellement la diffusion non autorisée des disques et le non-paiement des droits d’auteur, rejoint par d’autres sociétés phonographiques allemandes victimes des mêmes pratiques. Goebbels, ulcéré, perçoit cette action comme une attaque personnelle et lance une virulente campagne de presse contre Deutsche Grammophon et son directeur. Les menaces d’arrestation se multiplient, la Gestapo effectue des descentes au siège de la société et visite l’appartement des Betcke, où l’absence de tout signe d’appartenance à la doctrine nazie, et notamment de Mein Kampf, est relevée avec indignation par la police politique.

            La presse, manipulée par le régime, redouble de mensonges et de diffamation pour influencer le public et les juges. Malgré tout, le procès se tient devant la 21e chambre du tribunal civil de Berlin, qui, sans surprise, déboute Betcke. Le jugement est confirmé en appel le 28 mai 1935. Les juges, désireux de se débarrasser au plus vite de cette affaire explosive impliquant personnellement Goebbels, ne tardent pas à statuer.

            Malgré les réticences des nazis, Deutsche Grammophon diffuse des musiques anglaises ou américaines

            Malgré le revers judiciaire, Walter Betcke n’abdique pas. Il estime de son devoir de poursuivre l’héritage traditionnel de l’entreprise, un héritage qui dépasse la seule culture germanique. Deutsche Grammophon est liée par des contrats internationaux qu’il faut honorer. Ne pouvant se résoudre à voir son entreprise devenir un organe de propagande nazi, Betcke saisit la Cour suprême en se pourvoyant devant le Reichsgericht. Contre toute attente, Goebbels se montre mielleux, tentant de le convaincre des avantages d’une exclusivité avec la DG. Mais Betcke ne cède pas aux menaces et justifie la diffusion de musiques anglaises ou américaines, pourtant détestées, méprisées par les nazis, en s’abritant derrière les accords qui le lient à des filiales étrangères.

            En 1936, une série d’événements favorables se produit. La pression nazie se relâche en raison des Jeux olympiques de Berlin, qu’Adolf Hitler souhaite présenter comme une vitrine respectable. Surtout, le 14 novembre 1936, un arrêt judiciaire est rendu, offrant à Walter Betcke une victoire complète et une véritable humiliation pour Goebbels.

            L’héritage de Betcke : dénazification et renaissance

            La Chambre de musique du Reich intensifie ses mesures pour « déjuiver la musique » et écarter ce qu’elle considère comme « dégénéré ». Betcke est accusé de commercialiser des œuvres d’« indésirables », et le ministère établit un « dictionnaire des juifs de la musique », entièrement fantaisiste. Contraint de se conformer à cette liste, Betcke doit détruire un nombre considérable de disques. Au début de la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé à la demande de Goebbels, mais son âge et ses compétences lui permettent d’éviter le front.

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            En 1943, le ministre Albert Speer ordonne à Walter Betcke d’arrêter la production de disques et de transférer les employés de Deutsche Grammophon vers une usine de production de métal léger à Hanovre, dans le cadre de l’effort de guerre. Parmi les 70 employés, une douzaine de juifs sont abrités sous de faux noms, un acte de résistance discrète et courageuse. Après la guerre, durant la période de la dénazification, Walter Betcke, malgré ses motivations initiales, est contraint de démissionner de la présidence de la société en mars 1946 en raison de son adhésion au parti nazi. Il est finalement réintégré en mai 1947, une fois son innocence établie.

            Franck Ferrand

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          • La BD : l’art de sortir de toutes les cases

            Spécialiste d’Hergé, historien de la bande dessinée aussi bien que scénariste, Benoît Peeters connaît intimement la BD. Son expertise est autant liée à ses lectures qu’aux amitiés qu’il a nouées en quatre décennies de travail.

            Dans son Dictionnaire amoureux de la bande dessinée, il nous ouvre les portes d’un art devenu majeur. Entre nostalgie des classiques et découverte des nouveaux talents, Benoît Peeters nous guide avec passion de l’autre côté de la planche.

            Un ouvrage indispensable pour comprendre comment la BD a fini par sortir de sa bulle pour conquérir le monde.

            Elodie Fondacci s’est entretenue avec Benoît Peeters.

             

            Elodie Fondacci : Benoît Peeters, bonjour. Vous êtes écrivain ; vous êtes spécialiste de la bande dessinée, en particulier de l’œuvre d’Hergé. On vous doit plusieurs ouvrages à son sujet et vous êtes considéré comme l’un des plus grands connaisseurs de Tintin. Vous êtes également scénariste de bande dessinée. Avec votre copain de cours de récréation François Schuiten, vous avez écrit la série de bandes dessinées fantastiques Les cités obscures, traduites dans le monde entier. On peut dire que vous connaissez la bande dessinée de l’intérieur comme de l’extérieur de la case. Vous étiez donc tout désigné pour vous atteler à ce Dictionnaire amoureux de la bande dessinée chez Plon.

            C’est une histoire d’amour qui dure depuis l’enfance pour vous. Comment êtes-vous tombé amoureux ?

            B.P : C’est vrai que la bande dessinée, pour moi comme pour beaucoup d’autres, c’est un lien profond avec l’enfance. Et d’ailleurs, celles et ceux qui n’ont pas lu de bande dessinée étant enfant ont parfois plus de mal à y entrer.

            Pour ma part, j’ai eu deux portes d’entrée pour accéder à cet univers. L’œuvre d’Hergé d’abord. J’ai l’impression que le premier album que j’ai eu entre les mains, c’est Tintin au Tibet. Ça a été un émerveillement avant même de savoir lire, et c’est une relecture qui m’a accompagné. J’ai écrit sur Hergé, j’ai eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises. Il y avait autour de lui beaucoup d’auteurs, en Belgique pendant les années 60 dans les journaux Tintin et Spirou. Donc il a été ma première porte d’entrée.

            La seconde porte, c’est une amitié, effectivement : celle de François Schuiten. Nous étions sur les bancs de la même classe, et très vite on est devenu amis. On a pratiqué ensemble la peinture sous la direction de son père, même si j’ai bifurqué plutôt vers l’écrit, et puis surtout on a créé gamins un petit journal ensemble. Cette complicité enfantine que nous avons eue s’est retrouvée dans toutes les étapes de notre travail au fil des ans ; c’est resté vraiment une collaboration fondée d’abord sur l’amitié, le plaisir et la joie.

            À travers François Schuiten, j’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de ses amis qui pratiquaient la bande dessinée, puis petit à petit, au fil des années, des décennies même, de mieux découvrir ce monde.

            E.F : Grandir en Belgique, c’est une porte d’entrée en soi. C’est le pays de la BD par excellence ! Comment explique-t-on que la Belgique ait été à ce point propice au développement de cet art ?

            B.P : Hergé a commencé Tintin en 1929 avec le fameux et polémique Tintin au pays des soviets. Et pendant les années 30, il était presque le seul. Mais finalement, le succès qu’il avait a attiré d’autres talents. Dans l’immédiat après-Seconde Guerre mondiale, on a donc ces deux grands journaux qui apparaissent, Tintin et Spirou, qui vont accueillir avec eux une quantité de talents. Puis apparaîtra à Paris Pilote, sous l’égide de Goscinny, créateur d’Astérix bien sûr, mais aussi rédacteur en chef extraordinairement éclectique. Et ça sera une évolution de la bande dessinée, de l’enfance à l’adolescence, puis de l’adolescence à l’âge adulte.

            J’ai suivi ces évolutions pendant ma jeunesse, même si mes curiosités me portaient aussi vers le cinéma, la littérature, la philosophie. Et puis j’ai eu la chance de participer à ce monde dans deux rôles. Un rôle de scénariste, de créateur avec François Schuiten mais avec d’autres artistes aussi, et puis un rôle d’observateur, d’historien, peut-être de théoricien, qui m’a conduit jusqu’au Collège de France, où pendant une année j’ai eu la chance d’enseigner la poétique de la bande dessinée.

            C’est donc au carrefour de ces deux passions que ce Dictionnaire amoureux s’est écrit. C’est-à-dire dans l’amitié, dans la proximité avec beaucoup d’artistes, dans les souvenirs de lecture et puis aussi dans une forme de réflexion sur ce domaine dont j’ai vu la reconnaissance se transformer fondamentalement.

            Quand j’étais étudiant et que j’ai voulu faire mon travail de fin d’étude sur les Bijoux de la Castafiore d’Hergé à la Sorbonne, c’était inimaginable. On m’a ri au nez. Aujourd’hui, les travaux universitaires se multiplient, l’Académie des Beaux-Arts a accueilli plusieurs auteurs, le Centre Pompidou d’immenses expositions. La situation s’est transformée du tout au tout.

            Le nombre d’auteurs et d’autrices s’est multiplié et donc parfois les points de repère manquent. Certains, certaines, quand ils entrent dans une librairie, se sentent perdus. Donc ce livre sert aussi à donner des repères, à ne pas reposer que sur la nostalgie, que sur les reprises de héros d’hier ou d’avant-hier, mais aussi à partir à la découverte des très nombreux talents qu’il y a aujourd’hui. Seuls quelques-uns ont droit à un article dans ce livre, puisque j’ai voulu couvrir presque deux siècles d’histoire de la bande dessinée.

            Aujourd’hui la bande dessinée se caractérise par sa diversité, elle peut tout aborder.

            E.F : C’est vrai qu’aujourd’hui, on a le sentiment qu’on a moins besoin de défendre la bande dessinée. C’est vraiment considéré comme un art majeur, le 9ème art. Mais ça n’a pas toujours été le cas : vous faites remarquer que le nom même de « bande dessinée » dans toutes les langues insiste sur son insignifiance. Par exemple, « manga » veut dire « image dérisoire ».

            B.P : Tout à fait. On a en espagnol « historietas », ce qui signifie « petites histoires » ; en italien « fumetti », et puis aux Etats-Unis, ce mot un peu lourd à porter de « comics ». « Comics », dans la tradition anglo-saxonne, est un terme quand même légèrement dévalorisant qui insiste uniquement sur la dimension de drôlerie qui bien sûr fait partie de la bande dessinée, mais qui peut coexister avec toute autre chose.

            Quand on pense à Maus d’Art Spiegelman, ce chef-d’œuvre de ce qu’on a appelé le roman graphique, on ne peut pas dire que le mot de « comics » convienne. Art Spiegelman d’ailleurs a proposé à ce moment-là l’idée de « co-mix » avec un « x » à la fin, pour signifier qu’il s’agit d’un mélange, d’un mix entre l’écrit et l’image, entre la narration et la dimension plus visuelle, plus plastique. C’est vraiment quelque chose de très important.

            Aujourd’hui la bande dessinée se caractérise par sa diversité, elle peut tout aborder. Elle peut aborder des thèmes scientifiques, sociologiques, politiques, on peut créer des biographies, des récits intimes… Il n’y a pas de territoire interdit ou impossible, il y a simplement la question du talent pour finalement servir la bande dessinée et pas simplement se servir d’elle.

            E.F : On pourrait dire que la BD a fini par sortir de toutes les cases, paradoxalement. Réalisme, fantastique, adulte, enfance… il n’y a plus vraiment de frontières.

            B.P : Il n’y a plus de frontières, et puis il y a des phénomènes importants. J’en citerai deux. Tout d’abord l’internationalisation. On a aujourd’hui une perception vraiment mondiale de la bande dessinée. Hormis les dictatures, il y a peu de pays où la bande dessinée ne soit pas présente.

            Et puis la féminisation. Pendant longtemps c’était un monde plutôt d’hommes, les personnages, comme les créateurs. Aujourd’hui, plus d’un tiers des artistes sont des femmes, ce qui a contribué, je crois, à élargir le public, mais aussi à élargir les thématiques, à les renouveler. Beaucoup de dessinatrices avaient moins grandi avec la bande dessinée, donc elles allaient chercher leurs références ailleurs, et c’est peut-être ce qui leur a permis d’aborder plus librement le médium.

            On peut penser évidemment à Marjane Satrapi avec Persepolis, ô combien dans l’actualité aujourd’hui quand on sait ce qu’il se passe en Iran depuis quelques semaines. On peut penser à Catherine Meurisse, rescapée du massacre de Charlie Hebdo et qui avec La légèreté par exemple a donné un album absolument magnifique. Ce sont des artistes qui n’ont pas été formées directement par les codes de la bande dessinée, et qui ont su les renouveler.

            E.F : Oui, dans l’article consacré à Pénélope Bagieu par exemple, vous le dites : elle n’avait pas de référence d’héroïnes dans la BD parce que tout simplement il n’y en avait pas. Vous expliquez d’ailleurs très bien que les premières BD s’adressaient aux petits garçons.

            B.P : Oui ! Comme la bande dessinée s’est largement développée dans les milieux catholiques, il y avait une sorte de crainte de la représentation de tout personnage féminin un tant soit peu séduisant. Quand on se demande pourquoi dans des séries comme Blake et Mortimer de Jacobs ou les Aventures de Tintin, il y a si peu de femmes, il faut se dire que c’était étroitement surveillé.

            Pendant longtemps la seule dessinatrice connue du grand public a été Claire Bretécher. Elle reste une référence pour toutes les dessinatrices d’aujourd’hui, qui sont aujourd’hui des centaines. Elles ont réussi, Pénélope Bagieu est un bon exemple, à échapper à l’étiquette horrible girly qu’on voulait leur attribuer au début, comme si une dessinatrice devait aborder des thèmes supposés féminins, par exemple la consommation ou la mode, et qu’elles ne pouvait pas faire une bande dessinée historique ou un récit de science-fiction… Marion Montaigne, par exemple, qui a fait Dans la combi de Thomas Pesquet, nous montre bien qu’il n’y a pas de sujet privilégié pour les femmes, pas plus qu’en littérature ou au cinéma.

            L’autre évolution, j’y reviens, c’est donc l’internationalisation. La France traduit beaucoup. On a parfois une idée un petit peu caricaturale des mangas, mais ils sont eux-mêmes très divers. Il y a bien sûr la production nord-américaine, les États-Unis, le Canada, qui sont très vivants, mais beaucoup, beaucoup d’autres pays s’y sont mis. J’étais récemment à Taïwan, qui est entre la tradition japonaise et d’autres traditions, et qui produit une bande dessinée extrêmement riche.

            La bande dessinée est vraiment un phénomène mondial.

            E.F : On a quand même trois grands territoires majeurs : les comics nord-américains, les mangas et la bande dessinée européenne.

            B.P : Tout à fait. Et dans la bande dessinée européenne, on peut dire que le monde francophone a joué un rôle essentiel. La bande dessinée est sans doute née en Suisse, avec Rodolphe Töpffer au début du 19ème siècle. Elle s’est développée, comme on l’a dit, beaucoup en Belgique, et la France, depuis le début des années 60, est vraiment motrice.

            Beaucoup de créateurs d’autres pays ont connu la gloire en France. Pensez à Hugo Pratt par exemple avec Corto Maltese. C’est vraiment en France et en l’occurrence avec le magazine (À suivre) auquel j’ai moi-même participé pendant des années, que Pratt et Corto Maltese sont devenus si importants. Un peu comme pour le cinéma et la peinture avant la Seconde Guerre mondiale, on peut dire que la France a joué un rôle absolument déterminant dans la construction d’une bande dessinée européenne.

            Quelques pays ont moins de bandes dessinées, par exemple l’Allemagne, assez curieusement. Elle fait triompher tous les deux ans le nouvel Astérix, mais en dehors de cela, elle n’a pas du tout la même effervescence, et la BD n’y bénéficie pas de la même reconnaissance qu’en France.
            Le succès immense de quelques séries vedettes masque peut-être la difficulté d’exercer ce métier.

            Le succès immense de quelques séries vedettes masque peut-être la difficulté d’exercer ce métier.

            E.F : Ceux qui ont joué un rôle énorme dans ce renouveau, ce sont les éditeurs indépendants, les éditeurs un peu à la marge, qui ont justement autorisé des productions graphiques tout à fait inédites et audacieuses. Les romans graphiques sont nés grâce à eux finalement.


            B.P : Oui. Au début des années 1990, une jeune génération d’auteurs se voyait fermer les portes des grandes maisons d’édition. On considérait que ce qu’ils faisaient était trop bizarre, ne trouverait pas son public. Il y avait parmi eux, des gens comme Joann Sfar, Lewis Trondheim, David B., Emmanuel Guibert, Marjane Satrapi ensuite, qui ont connu, comme on le sait, un succès immense. Riad Sattouf lui-même, Christophe Blain, l’auteur du Monde sans fin, sont issus de cette mouvance.
            Au départ, l’émergence de nouvelles maisons d’édition indépendantes, s’est faite contre les majors, contre le gros du marché. Mais petit à petit, tout a infusé et finalement aujourd’hui, on trouve aussi bien dans les grandes maisons d’édition que dans les plus petites, une très grande diversité de talents.

            La contrepartie, c’est peut-être que la surabondance, la surproduction même, cache quelquefois les œuvres les plus fortes et qu’il est difficile pour de nouveaux talents d’émerger. Les écoles ont formé par centaines de nouveaux talents, mais le public finalement reste un peu conservateur et les grands médias parlent peu de bande dessinée, donc il est difficile aujourd’hui pour de nouveaux auteurs, de nouvelles autrices, de se faire connaître. Le succès immense de quelques séries vedettes masque peut-être la difficulté d’exercer ce métier.

            E.F : C’est un peu le même phénomène finalement que dans la littérature classique ?


            B.P : Même davantage. La bande dessinée a une dimension industrielle, une dimension artisanale, et une dimension artistique. Ces trois dimensions coexistent, mais la BD est aussi, pour reprendre le mot d’un professeur du Collège de France, Pierre-Michel Menger, un « artisanat furieux », c’est-à-dire qu’il faut s’y consacrer vraiment. Mon ami François Schuiten pour les Cités obscures mettait une semaine pour dessiner une planche à ses débuts. Il met toujours une semaine aujourd’hui. Donc, vous imaginez bien que ce soin ne permet pas d’exercer un autre métier.

            Bien sûr, il y a d’autres façons de dessiner, il y a d’autres styles. Mais l’art de la bande dessinée impose tout de même une dimension de patience qui est très importante. On le voit dans de grandes œuvres comme celle d’Hergé. Il y a une minutie, une documentation… le désir que dans chacune de ces petites miniatures il y ait un très grand nombre d’informations, de détails, une beauté spécifique et une lisibilité qui permet aussi de comprendre. Tout cela suppose des conditions économiques qu’aujourd’hui le métier n’offre plus tout à fait.

            E.F : Vous faites énormément d’entrées biographiques, ce qui permet de découvrir ou redécouvrir la vie d’auteurs, mais on voit effectivement que beaucoup sont des bourreaux de travail. Le premier exemple qui me vient c’est celui de Winsor McCay, le créateur mythique de Little Nemo : vous dites qu’il dessinait jusqu’à 18 heures par jour.

            B.P : Oui, c’est hallucinant. Winsor McCay, est un phénomène par son génie graphique, son inventivité dans le monde du rêve qu’il dépeint. Il a abordé plusieurs domaines puisqu’il était un très grand auteur de bandes dessinées, il s’est produit sur scène dans des spectacles, et surtout il est l’un des inventeurs du dessin animé. C’est un de ces êtres multi-talents, comme on en trouve un certain nombre. Quand on pense à Mœbius par exemple, alias Jean Giraud, c’est aussi quelqu’un qui a pratiqué tous les styles, du western classique avec Blueberry, jusqu’à des travaux de science-fiction. Quelqu’un qui a été un passeur notamment vers le Japon et qui a aussi touché au monde du dessin animé.

            Généralement, le travail de la bande dessinée peut irriguer dans d’autres domaines. Aujourd’hui beaucoup de bandes dessinées sont adaptées au cinéma, mais il y a aussi un lien très fort avec le monde des nouvelles images : le monde de l’internet, le monde du jeu vidéo, le webtoon qui commence à se développer…La bande dessinée n’est pas uniquement une affaire de papier même si pour moi rien ne remplace la forme livresque. Mais on sent que les créateurs ont sans arrêt envie de conquérir de nouveaux territoires. Et la bande dessinée a cette force qu’elle peut être pratiquée avec légèreté.

            Si je reviens un instant sur l’exemple de Marjane Satrapi, au départ c’est une dessinatrice aux moyens relativement simples, mais qui a une histoire forte à raconter. Celle de son enfance en Iran, de l’expérience de l’exil… Elle peut développer cette histoire pendant des années sous forme de bande dessinée en noir et blanc, mais seul le succès de Persepolis en bande dessinée lui permettra, dans un second temps, de réaliser un dessin animé en long métrage. Imaginez qu’elle soit allée frapper à la porte de producteurs en disant « je veux faire un long métrage animé sur mon enfance », on lui aurait ri au nez. Mais par la bande dessinée, par la simplicité des outils, par le fait qu’elle pouvait travailler directement ses pages et les montrer, elle a pu mener à bien cette œuvre.

            Cela reste, comme l’écriture, un moyen d’expression que chacun peut pratiquer, et que la force du propos peut ensuite faire rayonner.

            E.F : Vous nous avez rappelé que vous avez interviewé Hergé, c’est même à vous qu’il a accordé sa dernière interview. J’ai eu l’impression en lisant votre Dictionnaire amoureux que vous aviez aussi interviewé d’autres auteurs, souvent vous les citez. Est-ce que c’est le cas ? les avez-vous rencontrés spécifiquement pour écrire ce livre ?

            B.P : Je participe à ce monde de la bande dessinée depuis un peu plus de quatre décennies, et donc j’ai eu la chance de rencontrer beaucoup d’auteurs, quelques fois de les interviewer. Je l’ai fait pour Art Spiegelman, pour Chris Ware, pour Christin et Bilal… Dans d’autres cas ce sont simplement des rencontres, des conversations, des amitiés qui se sont nouées. J’ai eu la chance de monter des expositions, d’éditer quelques fois des albums. Je me souviens avoir découvert à New-York le manuscrit de Blankets, la première bande dessinée de Craig Thompson, et de l’avoir proposée ensuite aux éditions Casterman, réticentes au début car il s’agissait d’un livre de 600 pages mais que j’ai convaincues d’y aller. Avant même l’édition américaine, ce livre est sorti en français, a eu un grand succès et je suis resté en lien avec l’auteur.

            Donc je n’ai pas une expertise froide de la bande dessinée.
            Ma connaissance est très liée aux admirations et aux amitiés, au plaisir de voir les artistes dessiner, de discuter avec eux, de parler de projets… Même quand j’ai écrit de façon plus théorique sur la bande dessinée, j’ai essayé d’en rester proche, de ne pas plaquer des grilles d’analyse venues de la linguistique ou du cinéma, mais d’être au plus près de ceux que je voyais dessiner. Avec certains ce sont des liens très intenses qui se sont développés, parfois des collaborations. Avec d’autres, c’est simplement le plaisir de se croiser dans une librairie, dans un festival, dans un débat, et de mesurer la diversité des talents, et l’ambition de beaucoup. En effet, beaucoup de dessinateurs et dessinatrices croient profondément au caractère unique de la bande dessinée, à la possibilité qu’elle a de montrer, d’exprimer des choses différemment des autres arts.

            Quand je repense à Hergé, je me dis qu’il était la bande dessinée faite homme. Il n’avait pas vraiment grandi avec la littérature, il a grandi avec ce plaisir de raconter en images, séquentiellement, et d’essayer de le faire de mieux en mieux. Il n’a cessé de progresser. C’est pourquoi la biographie que je lui ai consacrée s’appelle Hergé, fils de Tintin. Il a été comme inventé par son œuvre, et je crois que c’est le cas d’énormément d’artistes. Je pourrais dire qu’avec François Schuiten nous sommes les enfants des Cités obscures plus que leurs pères !

            E.F : En tous cas le mot amoureux vous convient parfaitement dans ce Dictionnaire amoureux de la bande dessinée ! Une ultime question, Benoît Peeters, impossible d’ailleurs : admettons que parmi nos auditeurs, il y ait des gens qui n’y connaissent rien. Quels seraient les cinq titres que vous leur conseilleriez pour entrer dans la bande dessinée, dans ce qui se fait aujourd’hui d’un petit peu novateur ?

            B.P : Je vais commencer par vous citer Jirô Taniguchi, très grand auteur japonais dont j’ai eu la chance d’être l’ami. Ses livres comme Quartier lointain, comme Le journal de mon père, comme Le sommet des dieux, sont vraiment des chefs-d’œuvre qui permettent de sortir des idées reçues sur les mangas.

            J’évoquais Craig Thompson, auteur de Blankets, de Habibi, et plus récemment de Ginseng Roots. Ses livres sont des romans graphiques extrêmement nourris, profonds, pleins de sentiments et d’une quête d’absolu qui s’exprime dans la bande dessinée.

            Bien sûr, Art Spiegelman, avec Maus, l’un des incontournables, mais aussi Little Nemo de Winsor McCay, qui a été réédité en grandes planches de couleurs qui peuvent toucher aussi bien des enfants, si on leur lit page à page, que des adultes qui entreront dans la beauté de ce dessin marqué par l’art nouveau.

            Il y a aussi Catherine Meurisse, merveilleuse dessinatrice. C’est elle qui a fait le petit dessin de couverture de mon livre. Parmi ses ouvrages on peut citer La légèreté, La jeune femme et la mer, Les grands espaces, beaucoup de très beaux livres.

            Sans oublier Jacques Tardi, un des monuments de la bande dessinée française, c’est lui qui a décrit et fait revivre la première guerre mondiale dans sa dureté, c’est lui qui a aussi raconté les aventures d’Adèle Blanc-sec.

            Voilà quelques jalons au milieu de tant d’œuvres majeures. Au fond, chacun, chacune, selon sa culture et ses gouts, peut trouver la bande dessinée qui lui parlera vraiment. Je crois qu’il est important d’inscrire ces bandes dessinées au milieu d’une culture plus vaste, et de ne pas se dire que la bande dessinée c’est pour ceux qui n’aiment que ça. Taniguchi a touché des gens qui ne lisaient pas de bande dessinée, qui pensaient que ce n’était pas fait pour eux, et qui en ont été émus.

            E.F : Chacun trouvera de quoi s’inspirer dans votre Dictionnaire amoureux de la bande dessinée qui est une véritable mine ! Merci beaucoup Benoît Peeters d’être venu jusqu’à nous.

             

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          • Au théâtre des Champs-Elysées, les enfants découvrent l’opéra en y participant

            Coup de projecteur, ce vendredi 6 février à 20h dans le Journal du Classique, sur le nouvel opéra participatif du Théâtre des Champs-Elysées.

            Après l’Elixir d’amour de Donizetti, c’est Roméo et Juliette de Gounod qui fait l’objet de la nouvelle production participative du Théâtre des Champs-Elysées, destinée au public familial. Une version raccourcie et allégée de ce chef d’œuvre de l’opéra romantique français, portée par de jeunes chanteurs ainsi que deux comédiens, avec l’orchestre Victor Hugo dans la fosse. Dans ce spectacle d’une grande fantaisie et empreint de poésie, les enfants sont invités à prendre part en intervenant, à quelques moments clés, dans les parties du chœur.

            Le chef Jean-François Verdier et la metteuse en scène Johanna Boyé à qui cette production a été confiée, nous raconteront ce soir leur démarche, tandis que Baptiste Charroing, le directeur du Théâtre des Champs-Elysées nous éclairera sur sa programmation destinée au jeune public.

            Le Théâtre des Champs-Elysées fait chanter les familles avec Roméo et Juliette

            Ce Roméo et Juliette est à découvrir en famille les weekends des 7 et 8 février ainsi que 14 et 15 février. Un kit de préparation pour les chants est disponible sur le site du théâtre et une mise en voix avec un chef de chant précède chacune des représentations.

            Laure Mézan

            Retrouvez le journal du classique du lundi au vendredi à 20h

            Retrouvez l’actualité du Classique

            Appel à témoins : Le Cercle de l’Harmonie victime d’un vol d’instruments à Paris

            JO d’hiver 2026 : Un grand concert donné à la Scala de Milan à l’occasion de l’ouverture de la 145e session du CIO

            Trump-Kennedy Center : Après plusieurs annulations et polémiques, l’institution va fermer pour travaux

            Grammy Awards 2026 : Le violoncelliste américain Yo-Yo Ma remporte un 20e trophée

             

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          • Votre soirée en musique consacrée à Joseph Haydn ce dimanche à 20 heures

            C’est avec Joseph Haydn que Radio Classique vous propose de passer la soirée de ce dimanche.

            Haydn a été l’un des grands compositeurs du XVIIIe siècle. Considéré comme l’un des pères du quatuor à cordes, il a également composé plus d’une centaine de symphonies et une cinquantaine de trios avec piano. Il est aussi l’auteur de nombreuses messes et de plusieurs oratorios. Cette soirée sera l’occasion d’écouter ses principales œuvres et celles d’autres compositeurs comme Brahms auteur des Variations sur un thème de Haydn, de Debussy et de Ravel qui ont respectivement écrit Hommage à Haydn et Menuet sur le nom de Haydn, ou encore Mozart qui a lui a dédié six quatuors.

            Les deux hommes se vouaient d’ailleurs une admiration réciproque. « Lui seul a le secret de me faire sourire, de me toucher au plus profond de mon âme » a dit un jour Mozart. « Il est le plus grand compositeur que je connaisse, en personne et de nom. Il a du goût, et en outre la plus grande science de la composition » a répondu Haydn. Cette soirée sera présentée par Jean-Michel Dhuez.

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            États-Unis : Le chef d’orchestre Esa-Pekka Salonen dirigera le très réputé festival de musique contemporaine de Tanglewood

            Martha Argerich remplace Hélène Grimaud aux Sommets Musicaux de Gstaad pour un récital impromptu avec Renaud Capuçon

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