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37 000 Palestiniens expulsés ou contraints de quitter leur domicile : c’est un record historique en Cisjordanie, révélé par l’agence onusienne « OCHA » pour l’année 2025. Le territoire palestinien fait face à des niveaux records d’attaques de colons israéliens. Une violence qui mine le quotidien des habitants de Taybeh, le dernier village chrétien de Cisjordanie. Voici le témoignage exceptionnel du curé de ce village.
A mi-chemin entre Jérusalem et Naplouse, le village de Taybeh, 1200 habitants, surplombe le désert et la vallée du Jourdain. C’est le dernier village de Cisjordanie composé uniquement de chrétiens. C’est ici que prêche Bashar Fawadleh. A 39 ans, il est le curé de la paroisse du Christ Rédempteur. « Je suis palestinien, donc fils de Dieu dans la terre où il a choisi de s’incarner et d’offrir le salut au monde. Je suis donc un témoin de cette terre de salut, de rédemption. Je dois aussi être une lumière, dans l’obscurité : depuis plus de 75 ans, nous vivons sous contraintes, mais depuis le 7-Octobre, tout a changé, très vite parce qu’on subit l’occupation de colons fanatiques ».
A 2 kilomètres de Taybeh, sur les collines, des jeunes extrémistes israéliens se sont installés et viennent harceler les habitants du village : « Ils détruisent notre vie, nos fruits… On a beaucoup d’oliviers ici : ils font paître leurs vaches et leurs moutons dans les champs, ça les détruit. Ils brûlent les champs aussi., des voitures. Ils laissent des graffitis disant « vous serez puni ». En juillet dernier, ils ont provoqué un incendie près d’une de nos églises.. J’ai eu honte, je me suis dit que tout allait sombrer dans l’obscurité, parce qu’ils ont touché un lieu sacré pour nous ».
Une violence qui pousse les habitants à quitter le village : « Plus de quinze familles sont déjà parties, c’est 5% de la population : c’est énorme. Plus d’une dizaine de jeunes sont partis aussi, pour les Etats-Unis ou l’Espagne… Je ne peux pas les arrêter : parce qu’ils veulent sauver leur vie. Mais je leur dit ‘cette terre est la tienne, ne vends pas ta maison, je suis là pour te protéger’. En tant qu’Eglise, nous sommes des protecteurs. Nous sommes peu de chrétien, on doit protéger notre présence. Le conflit entre palestinien et israélien est politique. Si nous quittons ce pays, qu’on y enlève le christianisme, cela deviendra une guerre religieuse entre les musulmans et les juifs ».
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Né pendant la 1ère intifada, entré au séminaire durant la 2de intifada, c’est la paix que veut enfin connaître le curé de Taybeh. « Je veux vivre en paix. C’est un droit essentiel, dont j’ai besoin.. Ce n’est pas un privilège, n’est-ce pas ? Ils veulent mettre la haine entre nous. Moi je veux les inviter à vivre ensemble. Je dois aimer l’ennemi, c’est un commandement de Dieu ».
Laurie-Anne Toulemont
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Presque 10% des Français ont déjà expérimenté la cocaïne au moins une fois dans leur vie, et ils sont de plus en plus nombreux à développer des addictions. Depuis plus de 50 ans, l’hôpital Marmottan à Paris prend en charge une partie de ces personnes.
Impossible de manquer cet impressionnant bâtiment en briques rouges, niché au cœur d’une rue commerçante du XVIIème arrondissement. Fondé en 1971, l’hôpital Marmottan fait partie des plus vieux établissements spécialisés en addictologie du pays.
Une fois passé la porte, les soins commencent tout de suite, d’abord par un sourire et un café, offert par l’équipe d’accueillants de l’hôpital. « C’est déjà énorme pour certaines personnes qu’on leur dise bienvenu, qu’on leur propose un café. C’est un moment privilégié » explique Alain Herriau, qui travaille depuis 10 mois à l’hôpital Marmottan.
Parmi les patients alignés sur les chaises de la salle d’attente, pas de profil type. Des hommes, des femmes, de tous les âges, de tous les milieux sociaux se mêlent, réunis par une même problématique: l’addiction. L’hôpital traite aussi bien des personnes insérées que des personnes en situation précaire. Elle n’épargne personne, selon le docteur Mario Blaise médecin psychiatre addictologue à l’hôpital. « Le problème de la drogue est loin d’être réglé, encore plus banalisé » soupire-t-il, « ça s’empile en mille-feuilles, on a les problématiques d’avant, de l’héroïne et des opiacés, qui s’ajoutent aux nouveaux usages notamment celui de la cocaïne ». Les usages de crack et de cocaïne ont pris une place très importante dans les consultations ces dernières années du fait de sa très grande accessibilité.
Pour faire face à ces consommations de drogues en pleine expansion, l’établissement propose un accompagnement transverse, à la fois médical, social et psychologique. Des consultations en addictologie, en psychiatrie ou encore en médecine générale sont proposées. Plus de 100 personnes sont vues chaque jour.
Le premier objectif des soignants est la réduction des risques pour les usagers. « On informe sur les dangers pour faire en sorte qu’ils se fassent un peu moins mal en consommant. Par exemple, on leur explique que partager une paille pour sniffer de la cocaïne peut donner l’hépatite C, tout le monde ne le sait pas. » résume le Docteur Blaise. Du matériel sain et propre est d’ailleurs mis à disposition des patients: pailles, seringues, pipes…
Pour ceux qui le souhaitent, l’établissement dispose également d’une unité d’hospitalisation de douze lits pour des séjours d’une à deux semaines. « Ce sont des séjours de rupture où les patients n’ont pas leur téléphone et sont coupés de l’extérieur. » précise Mario Blaise, « Mais ils sont là volontairement et libres de partir quand ils le souhaitent. »
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Mais tout cela ne suffit pas pour répondre à la demande. Les centres comme celui de Marmottan sont débordés. « Nous ne sommes pas à l’échelle dans les réponses sanitaires et de santé publique » se désole le médecin. « Il n’y a pas suffisamment d’établissements, de soins, ni de réduction des risques ou de prévention contre les drogues. » Il est urgent selon lui de renforcer la réponse sanitaire aux addictions ainsi que la prévention.
Nina Droff
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Donald Trump multiplie les boutades au sujet de l’annulation des Midterms, ces élections de mi-mandat aux Etats-Unis. En novembre, le rapport de force entre Républicains et Démocrates pourrait changer, et pas forcément en faveur du président américain. La chercheuse Laurence Nardon, spécialiste des Etats-Unis, décrit un locataire de la Maison Blanche fatigué, en bout de course, contesté sur sa politique étrangère, mais toujours plus charismatique que ses potentiels successeurs.
Laurence Nardon est responsable du programme Amériques de l’IFRI, spécialiste de l’histoire des idées politiques aux États-Unis et l’auteure de Géopolitique de la puissance américaine aux éditions des Presses universitaires de France.
C’est le dossier le plus explosif du moment : l’Iran. Donald Trump menace, puis temporise. Comment faut-il lire cette séquence, selon vous ?
LAURENCE NARDON : S’il a temporisé il y a quelques semaines, c’est parce que, a-t-il dit, il avait reçu des assurances du gouvernement iranien que les militants arrêtés ne seraient pas pendus. Aujourd’hui, il ne parle plus de la violence contre les manifestants iraniens, mais de sécurité, de défense, des aspects nucléaires et balistiques iraniens et du soutien de l’Iran aux milices telles que le Hezbollah. Donc, dans la séquence aujourd’hui, on voit une fois de plus que Trump change de raison, de raisonnement, change de prétexte pour ses actions à l’étranger. On a vu ça sur les tarifs douaniers : c’était soit pour diminuer le déficit commercial, soit pour faire rentrer plus d’impôts dans les caisses de l’État, soit même pour négocier avec l’Iran et la Chine. On voit à nouveau dans cette séquence iranienne la flexibilité – je ne veux pas dire un autre mot -des raisonnements de Trump sur les grands dossiers.
Entre souplesse et pragmatisme, vous choisissez quoi pour le qualifier ?
L.N. : Il y a très souvent des raisons qui ne sont pas dites, donc il en attrape une qui va, selon lui, marcher dans les médias, marcher auprès de sa base, mais qui n’est pas forcément la bonne.
C’est un président qui s’est fait élire non pas sur un programme isolationniste, mais sur une promesse de paix. Les sondages récents auprès des Américains montraient qu’ils jugeaient sévèrement la politique étrangère de leur président. On a eu un sondage assez récent sur le Groenland. Alors ça pose deux questions : ces sondages sont-ils fiables ? Et si ces sondages sont fiables, que disent-ils des orientations choisies ?
L.N. : Tous ces sondages sur la politique étrangère de Trump vont dans le même sens, quelle que soit l’entreprise, la société qui les a réalisés, le nombre de personnes interrogées, etc. On voit une grande hostilité des personnes interrogées, y compris républicaines MAGA (Make America Great Again, les soutiens les plus radicaux de Trump NDR), sur les actions de Trump. Par exemple, sur l’idée d’une opération militaire au Venezuela. Une majorité d’Américains y étaient très opposés, 50 % des républicains. C’est quand même beaucoup puisque normalement les républicains sont totalement sur la ligne de Trump, quoi qu’il dise. Ces 50 % sont devenus 75 % sur le Groenland, donc une hostilité encore plus forte des républicains.
Quand on interroge les Américains en général, c’est 90 % d’entre eux qui étaient opposés à une invasion militaire américaine au Groenland. Et ça aussi, c’est de l’histoire ancienne puisque, comme vous l’avez dit, Trump a reculé. Donc on voit que les Américains, y compris les républicains, sont contre cette agitation de Trump sur la scène internationale. Et vous le rappeliez, c’est parce que tous ces républicains ont voté Trump parce qu’il y avait une promesse de néo-isolationnisme, de retour à la maison, de cesser les guerres sans fin à l’étranger, les engagements militaires à l’étranger. Mais ça, c’était le premier mandat. Depuis le second mandat de Trump – je dis second, je n’ai pas dit deuxième, on va voir – il est beaucoup plus actif sur la scène internationale, soit parce qu’il se veut faiseur de paix, soit parce qu’il se veut puissance impérialiste, prédatrice. On le voit sur le Groenland, par exemple.
Est-ce que les Américains veulent qu’il se recentre sur les sujets intérieurs ?
L.N. : Oui, il y a une grande demande des Américains, et particulièrement de sa base, pour qu’il se recentre sur les sujets intérieurs qui sont l’inflation et l’immigration. Et là, c’est un autre sujet très brûlant aujourd’hui.
La remise des Grammy Awards a été une fois de plus l’occasion pour les artistes de dire à quel point ils se sentent opposés à la politique de Trump et notamment aux bavures qui ont eu lieu à Minneapolis. Ces gens-là ne font que renforcer l’électorat républicain et les soutiens de Trump quand ils prennent la parole ? C’est le showbiz démocrate tel que le déteste le peuple américain ?
L.N. : Oui, ils représentent les élites riches et botoxées. La base MAGA en effet se sent très loin d’eux et réciproquement, j’imagine. Mais sur cette histoire d’immigration, il y a quand même une séquence très intéressante en ce moment, puisque Trump s’est fait élire sur un projet de mettre fin à ce qui a été perçu sous Biden comme une perte de contrôle totale de l’État fédéral sur les arrivées à la frontière sud. Et ce n’était pas complètement faux puisqu’il y a eu des records d’arrivées de candidats à l’immigration légale et illégale aux États-Unis pendant les 4 ans de Biden. Il y avait des raisons : d’abord, il y avait eu le Covid, donc personne n’était arrivé sur la fin de Trump, et puis l’administration démocrate était perçue comme très accueillante sur ces questions migratoires, avec beaucoup de la gauche du Parti démocrate qui était vraiment pour une ouverture totale des frontières. Donc il y a eu la perception d’une perte de contrôle et Trump est arrivé là-dessus en proposant un contrôle extrêmement résolu, extrêmement dur à la frontière sud, mais aussi dans le pays, avec ce qu’on n’avait jamais vu aux États-Unis : des rafles d’illégaux dans les villes du pays, pas juste à la frontière sud.
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« Des rafles », c’est comme ça qu’ils les appellent aux États-Unis ?
L.N. : Ah oui, et c’est revendiqué. Et on a quand même vu la police ICE ou la Garde nationale débarquer dans les écoles, dans les magasins, dans les usines, là où travaillent des illégaux ou des enfants d’illégaux. Ces personnes ont été ensuite mises dans des centres de rétention. Enfin, c’était quand même très brutal, jusqu’à ces deux meurtres de militants contre ces rafles à Minneapolis. Et ça, c’est quand même pour Trump un énorme problème.
Est-ce que c’est ça qui rend compliquée la riposte des démocrates ? Ça fait un an que Trump est à la Maison-Blanche et les démocrates ne sont nulle part.
L.N. : Ils ont été dans un état de sidération absolue après leur défaite en novembre 2024, ne sachant, n’arrivant pas à comprendre pourquoi ils avaient perdu alors que leur politique économique était aussi généreuse pour ces fameuses classes moyennes qui avaient voté Trump, les Bidenomics. Et puis là, justement dans la séquence actuelle et avec la proximité des élections de mi-mandat, on commence à les voir ressortir. Notamment parce que les élections de mi-mandat, donc dans 10 mois, ne sont pas des élections nationales, ce sont des élections locales dans tous les États, à la fois pour le Congrès mais aussi sur les élections locales, il y en a une quantité absolument astronomique. Ce qui les arrange cette fois-ci, c’est que comme ce sont des élections locales, ils n’ont pas besoin d’avoir une grande figure nationale, ce serait bien mais comme ils n’en ont pas, voilà. Ils n’ont pas besoin d’en avoir une, ils n’ont pas besoin non plus d’avoir une ligne unique du parti, ce qu’ils n’ont pas non plus pour l’instant. Et même ça arrange les candidats locaux qui vont pouvoir faire campagne sur des enjeux locaux, ils n’auront pas besoin de suivre la ligne du parti qui pourrait ne pas être la leur dans leur circonscription.
Et surfer sur le mécontentement éventuellement des conséquences de la politique économique de Donald Trump ?
L.N. : Exactement. Et le danger avec le retournement de l’opinion sur la politique migratoire de Trump jugée beaucoup trop brutale, c’est que ça pourrait en première analyse arranger les démocrates puisqu’ils vont pouvoir dire : « Regardez, nous on est plus accueillants, on n’est pas aussi brutal que Trump ». Mais il ne faudrait pas que l’aile gauche du Parti démocrate revienne sur des propositions de politique migratoire trop généreuses qui à nouveau feraient arriver le balancier trop à gauche. Donc là, il y a un danger [pour les démocrates], que les « no borders », ceux qui sont opposés à tout contrôle aux frontières, reprennent la main.
Les Midterms sont aussi une source d’inquiétude pour certains, puisque Donald Trump fait des blagues sur le fait qu’il pourrait les enjamber, qu’il pourrait ne pas les organiser. Faut-il prendre ceci au sérieux ?
L.N. : Oui, ça va être vraiment un test extrêmement important de la démocratie américaine en novembre prochain. Je ne crois pas que Trump puisse interdire ou interrompre ces élections puisqu’elles sont gérées au niveau local et non pas fédéral. En revanche, et là on le voit depuis un moment, il multiplie les micro-entraves par-ci par-là : il demande que l’État fédéral contrôle les listes électorales des États, il n’en a pas le droit. Il déploie la Garde nationale, ce qui va intimider les électeurs. Il demande de faire du redécoupage des circonscriptions électorales dans les États républicains. Donc il y a tout un tas d’attaques. Et on voit bien plus largement, depuis janvier 2025, il a multiplié les attaques venues de la Maison-Blanche contre les institutions, contre la séparation des pouvoirs, contre l’équilibre des pouvoirs qui est vraiment la marque de la Constitution et des institutions américaines qui fonctionnent depuis 250 ans.
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Justement, il va y avoir des célébrations autour des 250 ans cette année de la démocratie américaine. Comment va se positionner Donald Trump ?
L.N. : Il va faire beaucoup de déclarations sur la grandeur de l’Amérique. Je pense que le vrai test de ce glissement que certains redoutent ou dénoncent de la démocratie américaine vers l’illibéralisme, ça va être vraiment la manière dont se passent ces élections en novembre prochain. Est-ce qu’elles vont pouvoir se dérouler normalement ? Et si jamais Trump perd, est-ce qu’il va accepter le verdict des urnes ? Ça va vraiment être la question. Je suis plutôt optimiste, je pense que les élections vont se dérouler à peu près normalement. Et si Trump les perd, là on verra. Je pense qu’il est quand même un petit peu fatigué, on le voit, et son parti autour de lui commence à réfléchir à la suite : qui va prendre la relève, qui va porter le manteau de Trump après son départ ?
Ce n’est pas une affaire réglée, ça ? Ce n’est pas J.D. Vance ?
L.N. : Ah non, parce que ça peut être Marco Rubio, ou ça peut être le fils de Trump, Don Junior, alors qu’il n’a aucun charisme, c’est un peu le problème d’ailleurs de Rubio et de Vance. Personne dans le Parti républicain, ou même chez les démocrates, n’a le charisme absolument incroyable que Trump a depuis le début. Enfin, c’est quand même un politicien absolument hors-norme. Alors peut-être qu’il est en fin de course, ça commence à se voir par quelques petits signes de-ci de-là. Sa fatigue, le fait qu’on discute de sa succession, etc. Mais enfin, on a affaire à un personnage qui va rester dans l’histoire américaine.
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Une lettre circule dans les cours de la chrétienté occidentale, annonçant l’existence d’un empire immense, chrétien, et dont le souverain, Jean, prêtre et roi des Indes, serait capable d’inverser le destin des États latins d’Orient, menacés par l’expansion musulmane.
Cette lettre écrite en latin est adressée à trois des hommes les plus puissants du monde chrétien : Manuel Comnène, empereur de Byzance, Frédéric Ier dit Barberousse, empereur du Saint-Empire romain germanique, et Louis VII, roi de France. Le récit est assez inouï.
On y parle d’un empire immense, chrétien, situé « aux Indes, au-delà de la Perse et de l’Arménie ». De quoi enflammer les imaginations. On trouve, dit-on, dans ce royaume des griffons et des phénix, ainsi qu’une richesse à faire pâlir d’envie l’Europe entière. L’or et l’argent s’y trouvent en abondance, lit-on dans la lettre, ainsi que les pierres précieuses : émeraudes, jaspes, rubis, escarboucles, toutes dotées de pouvoirs magiques.
L’effet produit par cette lettre sur le monde médiéval ne tient pas seulement à son contenu fabuleux, mais aussi au contexte. Depuis l’échec de la deuxième croisade en 1149, les royaumes chrétiens d’Orient vacillent. Après la reprise de Jérusalem en 1099, des États latins avaient été instaurés, mais il est très difficile de les maintenir face à l’expansion musulmane.
Dans ce contexte arrive donc cette lettre qui fait l’effet d’un coup de tonnerre pour les cours chrétiennes. On commence à imaginer que très loin existerait un puissant royaume chrétien qui pourrait inverser le cours de l’histoire, qui pourrait peut-être venir protéger les États latins d’Orient. À la fin du parchemin figure ce nom, déposé comme une promesse : Jean, prêtre et roi des Indes. Le retentissement de cette lettre du Prêtre Jean est considérable. On la copie, on la diffuse dans les chancelleries. Entre 1170 et 1200, plus d’une centaine de copies circulent à travers l’Europe. On ne débat nullement de l’authenticité de la lettre. Simplement, on cherche à comprendre où se trouve ce royaume et comment le contacter.
N’oubliez pas que nous sommes au XIIe siècle et que la cartographie, telle que nous la connaissons, n’existe pas. Quand on dit à l’époque qu’il faut aller en Orient, les gens pensent qu’il faut aller plein est. L’imagination propose une autre vision du monde : puisqu’il faut aller à l’est pour rejoindre Jérusalem, peut-être qu’en allant encore plus à l’est, derrière Jérusalem, se trouverait ce royaume.
Le pape de l’époque, Alexandre III, envoie en 1177 une lettre « Ioanni illustri et magnifico Indorum regi », c’est-à-dire à Jean, illustre et magnifique roi des Indes. Car si cet homme, ce roi-prêtre existe vraiment, la chrétienté n’est plus seule. À la veille de la troisième croisade, cela compte beaucoup. L’Occident pourrait espérer un renversement stratégique. On pourrait prendre l’islam à revers grâce à cet empire chrétien inconnu qui semble superpuissant. Ce Prêtre Jean, dit-on, aurait déjà défait des armées musulmanes en Orient. Personne ne sait qui est ce roi, personne ne sait où il règne, mais tout le monde est convaincu qu’il existe.
Première piste : l’Asie centrale. Depuis l’Antiquité tardive, des communautés chrétiennes, séparées de Rome car nestoriennes, mais évangélisatrices, vivent en Perse, en Mongolie, voire aux confins de la Chine. Sur la route de la soie, leurs monastères forment une sorte de christianisme parallèle, parfois discret et même végétatif, mais qui peut se révéler influent. Les grands marchands de Venise en savent quelque chose.
Certains chroniqueurs imaginent que le Prêtre Jean pourrait être le souverain d’un de ces royaumes chrétiens d’Asie. Seulement, les premières expéditions vers l’Orient se lancent dans le vide. On n’a pas d’itinéraire, pas de correspondant fiable pour guider les voyageurs au-delà des territoires musulmans et des steppes d’Asie. Les routes sont confuses, saturées d’empires bien réels et d’intermédiaires aux intérêts divergents. On ne trouve pas de royaume chrétien.
On interroge les marchands des grandes républiques maritimes — Génois, Vénitiens —, les pèlerins de Jérusalem, tous les diplomates. Ils parlent d’autres souverains, du roi de Perse, mais on n’a pas de trace d’un roi-prêtre universel. Plus on le cherche, plus se dérobe ce royaume fabuleux. On l’approche, croit-on, mais à chaque fois, il échappe.
Puis arrive un événement qui va bouleverser toute la géopolitique de l’Europe. Au début du XIIIe siècle, des cavaliers inconnus surgissent des steppes : les Mongols. Ces cavaliers écrasent tour à tour les royaumes musulmans de Perse, de Transoxiane, du Khorasan. En 1258, les voilà déjà à Bagdad, capitale de l’Empire abbasside. Jamais l’islam n’avait subi une telle défaite depuis ses origines.
En Europe, on commence à faire un rapprochement. Et si ces Tartares étaient les soldats du Prêtre Jean ? Il faut imaginer que toutes ces informations arrivent par des rapports déformés. Il est très difficile à l’époque de se faire une idée précise. Si cette armée était chrétienne, ce pourrait être celle qu’on attend depuis des décennies. En 1245, le nouveau pape, Innocent IV, expédie des franciscains en direction de la cour mongole. En 1253, Saint Louis envoie à son tour une mission diplomatique.
Toutes ces ambassades témoignent bien de la présence de chrétiens à la cour mongole, des nestoriens. Mais toutes reviendront aussi avec la même nouvelle décevante : non, les Mongols ne sont pas chrétiens. Leur roi, le Grand Khan, tolère certes les Évangiles, mais il n’est pas du tout un roi-prêtre chrétien et dans son royaume, il n’y a pas un dixième des merveilles que prétendait la lettre.
Puisque le royaume du Prêtre Jean n’est pas à chercher du côté des steppes d’Asie centrale, peut-être faut-il regarder du côté de l’Éthiopie, royaume chrétien ancien, fondé selon la tradition par la maison de Salomon, et qui bénéficie d’un grand prestige en Occident pour avoir, dès le VIe siècle, protégé les chrétiens d’Arabie contre des persécutions juives.
Une prophétie est née à cette époque : l’islam sera un jour anéanti par deux empereurs, l’un venu de l’Occident, l’autre d’Éthiopie. Dès lors, le transfert du mythe du Prêtre Jean en terre abyssine se fait de la manière la plus naturelle.
En 1310, une ambassade éthiopienne se rend en Avignon. Dans le récit qui en est tiré quelques décennies plus tard, l’empereur éthiopien est déjà décrit comme roi et prêtre, entouré de 127 archevêques et maître de 74 rois vassaux, autant de signes qui rappellent le portrait surabondant du Prêtre Jean tel qu’il était brossé dans la lettre de 1165.
Quelques décennies plus tard, au milieu du XVe siècle, le mythe du Prêtre Jean va connaître une nouvelle jeunesse grâce à une puissance montante : le Portugal. Depuis le règne de Jean Ier, Lisbonne nourrit un double projet : contourner les puissances musulmanes du Maghreb par le continent africain pour contrôler les routes vers les Indes et devenir la plaque tournante du grand commerce.
Covilhã parvient en 1493 à la cour du Négus éthiopien (l’équivalent du roi), qu’il persuade d’entrer en contact avec la couronne de Portugal. Mais dans sa grande chronique, Francisco Álvarez, qui atteint l’Éthiopie en 1520, note que le roi éthiopien est bien chrétien, mais qu’il n’est ni universel ni sauveur. Le rêve s’est fissuré. Le roi-prêtre n’a pas été trouvé. Le mythe est écorné.
On croyait le prêtre en Asie, au milieu des steppes, on l’a cherché en Afrique, au cœur des plateaux éthiopiens. Il n’est nulle part. Le roi-prêtre n’a jamais régné et, en fait, il n’a jamais existé. L’un des premiers jalons de ce mythe se trouve sans doute dans la chronique d’Otton de Freising. En 1145, il raconte l’existence d’un mystérieux roi chrétien d’Orient, victorieux des Perses et des Mèdes. C’est un récit antérieur à la lettre de 1165 qui préfigure déjà son contenu. On a l’essentiel dans ce premier récit très fantaisiste.
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Puis il y a cette fameuse lettre qui pourrait bien n’être qu’une sorte de canular littéraire, une fiction épistolaire, sans doute écrite par un lettré européen pour nourrir la ferveur croisée à une époque où elle commençait à décroître. On pense même qu’elle pourrait avoir été écrite dans l’entourage de l’empereur Barberousse, alors en conflit avec la papauté, pour légitimer à la fois son pouvoir temporel et spirituel, à travers la figure d’un roi-prêtre qui détiendrait les deux pouvoirs et qui pourrait apparaître comme une figure de concurrence à la figure papale. Cette lettre qui raconte l’existence du royaume du Prêtre Jean pourrait avoir été une lettre politique tout à fait volontaire.
Ce qui est intéressant avec cette histoire, c’est qu’elle permet de voir comment l’Occident médiéval se percevait. On parle toujours de l’européocentrisme, de nos ancêtres au Moyen Âge qui considéraient qu’il n’y avait qu’eux sur Terre. Eh bien, la preuve que non.
« Tout convaincu qu’il fut de la supériorité du crédo catholique », écrit l’historien Luís Filipe Thomaz, « l’Occident médiéval limitait cette supériorité au domaine de la foi. Dans celui de la civilisation, il reconnaissait très volontiers qu’il ne possédait pas la perfection. Si d’ailleurs le monde avait un centre, celui-ci ne se trouvait point en Europe mais à Jérusalem, en Asie. »
Franck Ferrand
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Suite à la mort à Minneapolis de deux citoyens américains tués en janvier par des agents de la police de l’immigration (ICE), l’Orchestre Symphonique du Minnesota a décidé de modifier le programme de ses concerts du week-end dernier pour leur rendre hommage. Vendredi, Bruce Springsteen est venu à Minneapolis interpréter la chanson qu’il a dédiée à Rene Good et Alex Pretti.
Depuis le début du mois de janvier, la ville de Minneapolis est secouée par de nombreux mouvements de protestation après la mort le 7 janvier de Renee Good et, quelques jours plus tard, d’Alex Pretti, tous deux tués par des représentants fédéraux du service de l’immigration et des douanes (ICE). Vendredi et samedi, l’Orchestre Symphonique du Minnesota a bouleversé son programme afin de rendre hommage à ces deux victimes.
New from Symphony: Minnesota Orchestra Announces Program Change in Memory of Renee Good and Alex Pretti https://t.co/Cr717CB9L0
— League of American Orchestras (@OrchLeague) January 29, 2026
Dans un communiqué publié sur le site de l’orcestre et sur les réseaux sociaux, sa direction justifie ce changement de programme «Compte tenu du contexte actuel dans notre communauté. Nous le proposons en mémoire à Alex Pretti et Renee Good, et nous le partageons avec tout notre amour pour notre public et notre belle ville, dans le cadre d’un programme qui explore la résilience qui permet de trouver des morceaux à chanter au milieu de la tragédie, et de chercher l’espoir dans l’obscurité ».
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Vendredi, l’illustre figure du rock américain, Bruce Springsteen, est venue sur place, à Minneapolis, pour y interpréter la chanson qu’il a écrite en hommage aux deux victimes tombées sous les balles des agents de l’ICE. Inspirée de son tube Streets of Philadelphia, composé dans les années 1990 pour les victimes du sida, la chanson Streets of Minneapolis se veut, selon Bruce Springsteen cité par l’AFP, « Une réponse à la terreur d’État qui règne dans cette ville du Midwest où l’administration a envoyé des milliers d’agents lourdement armés ».
Les paroles de la chanson disent notamment : « Il y avait des traces de sang là où il aurait dû y avoir de la miséricorde, et deux personnes qu’on a laissées mourir dans les rues enneigées: Alex Pretti et Renee Good ».
Bruce Springsteen sang his newly released song, “The Streets of Minneapolis” in a surprise appearance at a benefit show in Minneapolis Friday, to raise money for the families of Alex Pretti and Renee Good, who were fatally shot by federal immigration officers earlier this month.… pic.twitter.com/RAUxyO2T9x
— CBS News (@CBSNews) February 1, 2026
Philippe Gault
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Lorsqu’on évoque le cinéma français et ses répliques culte, impossible de ne pas penser à Michel Audiard, réalisateur et dialoguiste génial. Chez lui, insulter est tout un art, une discipline littéraire à part entière.
Chez Michel Audiard, l’insulte n’est jamais gratuite. C’est un art oratoire, presque une discipline littéraire. Certaines d’entre elles sont devenues des citations immortelles, celles qu’on retrouve dans les papillotes ou les éphémérides. L’exemple le plus emblématique reste sans doute : « Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. » On oublie la vulgarité des propos tant le diagnostic est juste.
Pour qualifier quelqu’un d’idiot, Audiard déploie un arsenal lexical stupéfiant : « analphabète à temps partiel », « imbécile heureux » ou encore « sous-doué de la réflexion ». Ce qui frappe, c’est l’élégance malgré la verdeur des propos, la recherche dans l’insulte.
Les personnages sont des voyous, des truands, mais ils parlent un français d’une grande richesse. Dans Les Tontons flingueurs par exemple, l’insulte est presque familiale. Elle permet de marquer son territoire linguistique. L’insulte vise moins à blesser qu’à faire mouche. On se fait insulter, mais avec style.
Parmi les citations les plus mémorables :
« Heureux soient les fêlés car ils laisseront passer la lumière » – une phrase presque poétique.
« Quand on mettra les cons sur orbite, t’as pas fini de tourner. » Une expression prononcée par Jean Gabin dans Le Pacha, adressée à Robert Dalban.
« Je suis un ancien jeune » – tout est dit.
« Dans la vie, y a pas de grand, y a pas de petit. La bonne longueur pour les jambes, c’est quand les pieds touchent bien par terre » – de la pure poésie.
Et enfin, la favorite des réseaux sociaux : « Faut pas parler aux cons, ça les instruit. »
En somme, chez Audiard, l’insulte est un bijou de la langue française, taillé sur mesure et inoubliable. Un héritage linguistique qui continue d’irriguer notre culture populaire et de nous faire sourire par son intelligence mordante.
Il existe aussi des termes désobligeants si métaphoriques ou si oubliés qu’on ne se rend pas forcément compte qu’il s’agit d’insultes. Voici comment rabrouer son prochain avec élégance et discrétion. L’expression « abatteur de quilles » possède plusieurs sens. Au sens propre, selon le dictionnaire de l’Académie française, elle désigne un homme adroit au jeu de quilles. Au sens figuré, elle peut qualifier un homme qui a fait de grandes choses. Mais c’est dans son emploi familier que le terme devient véritablement désobligeant : il désigne alors un homme qui se vante d’avoir fait ce qu’il n’a pas fait. Il serait tout juste bon à briller dans des choses futiles comme abattre des quilles. Selon le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, cette expression s’applique également à un homme qui se vante de ses prouesses amoureuses. Un parfait portrait du vantard doublé d’un mythomane.
« Se croire le premier moutardier du pape » : cette expression désigne le fait de faire son intéressant. Son origine remonte à Jean XXII, pape d’Avignon au XIVe siècle. Celui-ci aimait tant la moutarde qu’il aurait instauré une charge de premier moutardier. Son neveu aurait été le premier à exercer cette fonction, mais il prit ses responsabilités trop au sérieux et devint mégalomane. C’est ainsi que l’expression s’est mise à désigner quelqu’un d’imbu de lui-même. Une autre hypothèse évoque le fait que la moutarde était une denrée de luxe vendue très cher. La légende raconte que le pape Clément VII prêtait une attention particulière aux fabricants de moutarde. L’anecdote illustre également une forme de népotisme, la création d’un emploi fictif pour favoriser un proche.
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Gobeleter et godailler : l’ivresse en vocabulaire. Ces deux verbes désignent le fait de s’enivrer. Gobeleter est facile à comprendre puisqu’il vient de gobelet. Godailler provient quant à lui du nom godale, de l’anglais good ale, qui désigne une bière de qualité supérieure. Godailler, c’est donc abuser de cette bière et, par extension, se saouler.
Karine Dijoud
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Le Concerto pour piano n°1 de Tchaïkovski avec Kirill Gerstein et l’Orchestre de Paris dirigé par Semyon Bychkov à la Philharmonie de Paris, le Gloria et le Stabat Mater de Poulenc à Toulouse et Le Concerto pour violoncelle n°1 de Chostakovitch à Strasbourg : découvrez la sélection Radio Classique des rendez-vous à ne pas manquer dans les prochains jours
Entre deux représentations d’Eugène Onéguine au Palais Garnier, Semyon Bychkov dirige l’Orchestre de Paris pour deux concerts. Au programme le Concerto pour piano n°1 de Tchaïkovski avec Kirill Gerstein et la Symphonie alpestre de Richard Strauss. Ce concert sera diffusé sur Radio Classique le samedi 28 février à 20 heures.
Chostakovitch et Bruckner se partagent l’affiche de ce concert de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg. Sous la direction du chef américain Robert Trevino, le violoncelliste bulgare Alexander Somov jouera le Concerto pour violoncelle n°1 de Dmitri Chostakovitch. En seconde partie de soirée vous pourrez entendre la Symphonie n°1 d’Anton Bruckner.
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Les deux grandes œuvres sacrées de Poulenc, son Gloria et son Stabat Mater, sont à l’affiche du prochain concert de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse sous la direction de Josep Pons. Toutes deux écrites pour soprano, chœur et orchestre elles seront interprétées par la jeune soprano Lauranne Oliva avec le chœur Orfeon Donostiarra.
Jean-Michel Dhuez
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Dans les couloirs dorés et sanglants de l’Égypte ptolémaïque, la figure d’Arsinoé, sœur de Cléopâtre, traverse l’histoire comme une étoile filante. Entre intrigues familiales, affrontements politiques et destin tragique, la jeune princesse se révèle bien plus qu’une simple figurante dans l’ombre de la célèbre reine. Retour sur la vie mouvementée d’Arsinoé, enfant de la violence dynastique, reine éphémère et symbole de résistance à Rome.
Sur les quais d’Alexandrie, 55 avant J.-C., Ptolémée XII, surnommé l’Aulette (le joueur de flûte) débarque, escorté par des légionnaires romains. Chassé du pouvoir trois ans plus tôt, le pharaon revient, prêt à tout pour retrouver son trône. Mais son retour marque le début d’une série de violences : sa fille Bérénice, portée au pouvoir par le peuple en son absence, est exécutée sur ordre de son propre père. Dans l’obscurité du palais, deux jeunes filles assistent à la mort de la sœur. Arsinoé, dix ans, et Cléopâtre, quinze ans, découvrent la cruauté du pouvoir chez les Lagides, cette dynastie fondée par Alexandre le Grand. Ici, le pouvoir ne se partage pas, il s’arrache dans le sang. Ce traumatisme marque Arsinoé. La leçon est claire : la couronne d’Égypte, source de tous les dangers, ne tolère ni faiblesse ni partage.
Quatre ans plus tard, la mort de Ptolémée XII laisse derrière lui un royaume exsangue, ruiné et criblé de dettes envers Rome. Son testament désigne Cléopâtre et son frère Ptolémée XIII comme successeurs, contraints de se marier pour régner ensemble. Mais le jeune roi n’est qu’une marionnette aux mains de ses conseillers, l’eunuque Pothin et le général Achillas, hostiles à l’autorité de Cléopâtre.
En 49 avant J.-C., un coup d’État chasse Cléopâtre d’Alexandrie. Elle s’enfuit en Syrie, accompagnée d’Arsinoé. Pour la jeune princesse, l’exil est une école de dureté : rien n’est jamais acquis sur le trône des Ptolémées. Pendant ce temps, de l’autre côté de la Méditerranée, la guerre civile romaine fait rage. Pompée, vaincu par Jules César, cherche refuge en Égypte, mais il est assassiné sur ordre du jeune roi et de ses conseillers.
Furieux face à la mort de son rival, César s’installe à Alexandrie en maître absolu et convoque les héritiers de l’Aulette pour arbitrer leur querelle. Cléopâtre, déployant ses charmes, séduit l’homme d’Etat romain. Dans l’ombre, Arsinoé observe, consciente que son destin se joue dans les intrigues de palais. César décrète le retour au testament de Ptolémée XII : Cléopâtre et Ptolémée XIII doivent régner ensemble, tandis qu’Arsinoé et le plus jeune frère, Ptolémée XIV, reçoivent Chypre pour apaiser leurs ambitions. Mais la tension monte dans Alexandrie, et Arsinoé comprend qu’il lui faut agir pour ne pas finir oubliée.
Profitant du siège du palais royal par l’armée égyptienne, Arsinoé s’échappe du palais avec son eunuque Ganymède et rejoint le camp assiégeant. Sa présence galvanise les troupes. Elle devient le symbole de la résistance égyptienne aux Romains et l’armée la proclame reine d’Égypte. Affirmant son autorité, elle fait exécuter Achillas et accule César et Cléopâtre, qui se retrouvent en mauvaise posture. Mais les renforts romains arrivent et la bataille du Nil tourne à la catastrophe pour les Égyptiens. Ptolémée XIII se noie dans le fleuve, Cléopâtre triomphe, et Arsinoé est capturée.
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Transportée à Rome dans les bagages de César, Arsinoé attend son sort dans les prisons du vainqueur. À l’accoutumée, les femmes sont épargnées lors du triomphe, mais César décide de faire une exception. Le jour venu, Arsinoé est exhibée dans les rues de Rome, chargée de chaînes dorées. Face à cette jeune princesse humiliée, l’émotion saisit la foule. César, sensible à l’opinion, choisit de l’épargner et l’exile à Éphèse, dans le sanctuaire d’Artémis, espérant ainsi l’écarter définitivement du trône d’Égypte.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Après l’assassinat de César, Cléopâtre, privée de son protecteur, séduit Marc Antoine, nouvel homme fort de l’Orient. Un complot à Chypre laisse entendre qu’Arsinoé pourrait encore servir de figure de proue à une rébellion contre Rome. Cléopâtre fait exécuter le gouverneur Sérapion et, peu après, son frère Ptolémée XIV meurt empoisonné. Restée une menace, Arsinoé devient la cible de la reine.
En 41 avant J.-C., Cléopâtre exige la tête de sa sœur. Marc-Antoine, sous le charme, cède à sa demande. Arsinoé est assassinée dans l’enceinte sacrée du temple d’Artémis à Éphèse, au mépris des lois qui protègent les lieux saints. Deux mille ans plus tard, un crâne retrouvé dans un monument funéraire à Éphèse sera longtemps attribué à Arsinoé, avant que des analyses modernes ne révèlent qu’il s’agissait d’un jeune garçon romain. Le lieu de sépulture de la princesse demeure inconnu.
Franck Ferrand
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Diffusée en exclusivité sur POP, la plateforme vidéo de l’Opéra national de Paris (OnP), à partir du 1er février 2026, la nouvelle série Dans les couloirs de l’Opéra met en valeur la diversité des métiers, la complémentarité des savoir-faire et la dynamique collective des équipes de l’OnP.
Depuis novembre 2023, la plateforme POP propose de découvrir des spectacles de l’Opéra de Paris en direct, mais aussi un catalogue de près de 250 vidéos, enrichi régulièrement : des captations d’opéras ou de ballets, des documentaires et des masterclasses de ballet tournés dans ses murs. Après un peu plus de deux ans d’activité, la plateforme compte près de 6000 abonnés et cumule près d’un million de visites et 6000 spectacles en direct à l’unité.
Le nouveau documentaire, bientôt diffusé sur la plateforme et intitulé Dans les couloirs de l’Opéra, permettra, à travers sept épisodes de 25 minutes, de découvrir la diversité des métiers, la complémentarité des savoir-faire et la dynamique collective qui conduit chaque jour au lever de rideau des représentations de l’OnP. Des ateliers de peinture aux studios de danse, des salons d’essayage aux aires de montage, de l’Opéra Bastille au Palais Garnier, la série suit celles et ceux qui œuvrent dans l’ombre pour donner vie à la magie du spectacle.
La diffusion de la nouvelle production de POP, réalisée par Jean-Luc Perréard et tournée de janvier à octobre 2025, va s’étaler sur les trois prochains mois. Dans les deux premiers épisodes, proposés à partir du dimanche 1er février, on pourra notamment découvrir le travail au quotidien d’une chorégraphe, d’un peintre décorateur, d’une créatrice de chapeaux et d’une costumière qui prépare les tenues d’Eugène Onéguine, l’opéra de Piotr Piotr Ilitch Tchaïkovski que met en scène le comédien britannique Ralph Fiennes jusqu’à la fin du mois de février au Palais Garnier.
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Deux autres épisodes seront diffusés à partir du 1er mars. Ils mettront en scène un tailleur, une modiste, dans leur atelier, un baryton et un maître de ballet en pleine répétition et une régisseuse qui prépare une représentation du Barbier de Séville de Gioacchino Rossini.
Le 1er avril, seront mis en ligne sur la plateforme les trois derniers épisodes de la série Dans les couloirs de l’Opéra. L’occasion de découvrir le travail d’un pianiste de répétitions, des perruquiers, de rencontrer les enfants de l’école de danse mais aussi les exercices des pompiers. Dans le dernier épisode, intitulé La cerise sur le chapeau, la mise en place du Gala des 150 ans du Palais Garnier permettra de voir comment toutes les disciplines se rencontrent
Philippe Gault
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C’est en compagnie de Camille Saint-Saëns que Radio Classique vous propose de passer cette soirée de dimanche.
Vous pourrez écouter ses plus grandes œuvres, comme son Concerto pour piano n°2 dans l’interprétation de Philippe Entremont avec l’Orchestre de Philadelphie dirigé par Eugene Ormandy en 1964, Introduction et Rondo Capriccioso par Itzhak Perlman et l’Orchestre Philharmonique de New York placé sous la direction de Zubin Mehta en 1987 ou encore la Danse Bacchanale extraite de Samson et Dalila, toujours par l’Orchestre Philharmonique de New-York dirigé cette fois par Leonard Bernstein en 1967, ainsi que la Danse Macabre par l’Orchestre Symphonique de Pittsburgh dirigé par Lorin Maazel.
Cette soirée sera aussi l’occasion de croiser des compositeurs qui ont compté pour Saint-Saëns : Liszt qui a permis la création de Samson et Dalila, ou encore Wagner, Tchaïkovski, mais aussi Fauré et André Messager qui ont été ses élèves. Cette soirée sera présentée par Jean-Michel Dhuez. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique dans de nombreuses villes de France grâce au DAB+.
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