Parce qu’il était sensible à l’influence féminine et que sa mère n’était plus là pour le gouverner, François Ier aura fait de la duchesse d’Etampes une des favorites les plus puissantes de l’histoire de France.
Après 13 mois de captivité, auquel le traité de Madrid a mis fin le 14 janvier 1526, le roi François Ier savoure sa liberté. Il est accueilli dans des villes couvertes de tapisseries et d’oriflammes, témoignant d’une ferveur populaire savamment orchestrée par sa mère Louise de Savoie. C’est elle qui, avec un brio incroyable, a assuré la régence du royaume pendant l’absence de son fils. Elle a payé l’Angleterre pour obtenir la paix, écrasé les universités, et liquidé la volonté d’un certain nombre des communes de France de se soulever contre la monarchie.
Ce 17 mars 1526, accompagnée des grands seigneurs et hautes dames de la Cour, elle retrouve son fils. Dans le cortège se trouve une très jolie jeune femme de 18 ans, Anne de Pisseleu, spécifiquement recrutée par la mère du roi pour remplacer celle qui se trouvait avant dans le lit de François Ier, Françoise de Chateaubriant. C’est bien simple, celle-ci n’a même pas été prévenue du retour du roi ! Elle n’est donc pas présente ce jour-là, à l’inverse d’Anne de Pisseleu qui sera bientôt duchesse d’Etampes.
François Ier est subjugué par la jeune femme
Née en Picardie en 1508, elle fait ses débuts à la cour en 1523 et entre dans la maison de Louise de Savoie, où elle est repérée. Elle va servir de pion à la mère de François Ier. Il faut dire qu’elle est brillante, vive d’esprit, dotée d’une beauté incroyable. Le roi, malgré ses 40 ans et les épreuves qu’il vient de traverser est subjugué par la jeune femme, qui connaît des poèmes par coeur et dont on dit qu’elle est « la plus belle des savantes et la plus savante des belles ».
Il y a des gens qui, lorsqu’ils ont mis un pied dans la porte, ne partent plus jamais. C’est exactement le cas de cette Anne de Pisseleu qui se sent déjà chez elle dans l’entourage immédiat du roi. En 1529, elle accompagne Louise de Savoie à Cambrai, pour ce qu’on appellera la Paix des dames, cette espèce de grande renégociation du traité de Madrid. Ce sont des femmes qui ont fait la paix en Europe.
Un mari de complaisance
Louise de Savoie meurt en septembre 1531 et Anne tente de compenser la perte du soutien considérable que représentait pour elle la mère du roi. Elle obtient une charge de gouvernante des dernières filles du roi, Marguerite et Madeleine. L’année suivante, on lui trouve un mari, Jean IV de Brosse de Bretagne, seigneur d’une famille dépossédée de ses terres soixante ans plus tôt. On lui rétrocède les titres que la famille avait perdu, et en échange, il accepte d’être un mari de complaisance.
En 1533, le roi leur octroie le comté d’Etampes, et va l’ériger en Duché trois ans plus tard. La duchesse d’Etampes est désormais tout à fait installée dans la position de favorite et devient une figure incontournable du pouvoir royal. Elle tisse un réseau d’alliances et place tous ses proches à des postes stratégiques. C’est elle qui va jouer un rôle essentiel dans l’éviction du connétable de Montmorency, avec qui elle ne s’entend pas. Il faut dire qu’il y a deux clans à la cour, celui des catholiques dévoués à l’Eglise romaine, et celui de la duchesse, favorable aux idées de la Réforme.
François Ier sent sa mort approcher
Sa position se fragilise à mesure que le roi vieillit et que de nouvelles influences émergent. Le 15 mars 1547, alors que le roi sent sa mort approcher, il fait venir à son chevet le dauphin, pour lui enjoindre de soutenir sa favorite. Mais on sait généralement ce que les dauphins devenus rois font des dernières volontés de leur père…
Lorsqu’il meurt, on ordonne à la duchesse d’Etampes de quitter ses propriétés et de se retirer dans un lieu isolé. D’ailleurs, toute la petite bande autour d’elle est complètement dispersée. Il y a pire que ça, on va la restituer à son mari. Oui, ce mari cocu dont la France entière se gausse depuis plus de 20 ans. Il va pouvoir se venger de cette femme qui l’a ridiculisée et à laquelle il en veut tant.
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On n’imagine pas ce que sont les dernières années de la duchesse d’Etampes, qui va traîner désormais sa peine, persécutée par son mari avant qu’il ne finisse par mourir. Plus tard, car elle va vivre de très nombreuses années, elle deviendra une femme très pieuse, très retirée, très réservée. Quand je dis très pieuse, de piété réformée bien entendu…
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Cet article François Ier : Qui était sa dernière favorite, ultra-influente et choisie… par sa propre mère ? est apparu en premier sur Radio Classique.