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Le grand couturier Valentino Garavani, alias Valentino, est mort ce lundi à Rome à l’âge de 93 ans. Le styliste italien, figure marquante de la haute couture pendant un demi-siècle, a habillé les plus belles femmes du monde, le plus souvent en rouge, sa couleur fétiche qui lui a été inspirée lors d’une soirée à l’opéra.
À peine quatre mois après Giorgio Armani, une autre légende italienne de la mode nous a quittés ce lundi. Sur Instagram, la fondation Valentino Garavani a annoncé que le grand couturier est décédé à son domicile à Rome entouré des siens. Pendant près de 50 ans, de 1959 à 2008, Cette figure majeure de la haute couture italienne et emblème de la dolce vita des années 60, premier couturier italien à ouvrir une boutique à New York, aura habillé les stars et les plus belles femmes du monde.
D’Elisabeth Taylor à Ava Gardner, Lana Turner ou Audrey Hepburn en passant par Sharon Stone, Julia Roberts ou encore Gwyneth Paltrow, toutes ces stars ont porté ses créations et notamment ses robes rouges – le fameux « Rosso Valentino », sa couleur fétiche, mélange de rouge cadmium, de violet, de carmin avec une touche d’orange. La couleur de la première robe, le modèle Fiesta, qu’il créa pour sa première collection en 1959 et de celle que portait Jackie Kennedy à la une du magazine Life en 1970.
C’est à la fin des années 50 que Valentino eut une révélation pour cette couleur rouge qui devint sa signature. Tout s’est joué lors d’un voyage d’étude à Barcelone où l’aspirant couturier fut invité à assister à une représentation de Carmen de Georges Bizet.
Dans un entretien accordé au magazine Vogue, Valentino Garavani confia : “J’ai eu un des plus grands chocs de ma vie à Barcelone : alors étudiant, invité au théâtre de l’Opéra, émerveillé, je vis dans une loge une femme aux cheveux gris, très belle, habillée de velours rouge. Parmi toutes les couleurs portées par les autres femmes, elle m’apparut unique, isolée dans sa splendeur. Je ne l’ai jamais oubliée. Elle est devenue la déesse rouge. Fabuleuse. Je crois qu’une femme habillée de rouge est toujours magnifique, elle est au milieu de la foule l’image parfaite de l’héroïne ».
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« Le rouge est une couleur qui ne s’oublie pas. Quand une femme habillée de rouge Valentino arrive dans une soirée, tout le monde la regarde» disait le couturier. Une couleur présente dans toutes ses collections jusqu’à l’ultime défilé qu’il a supervisé à Paris en 2008, à l’issue duquel tous les mannequins ont défilé vêtues de la même robe… rouge.
Une publication partagée par Teatro dell’Opera di Roma (@opera_roma)
En 2016, les ateliers de Valentino avaient conçu et réalisé les costumes de La Traviata, mise en scène par Sofia Coppola, que le Teatro dell’Opera de Rome avait proposé. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, la compagnie italienne salue « Un maître incontesté de la mode et de l’élégance, dont la vision et les créations ont marqué profondément l’imaginaire contemporain ».
Les funérailles de Valentino Garavani auront lieu vendredi 23 janvier à la Basilique Sainte-Marie-des-Anges-et-des Martyrs, à Rome.
Philippe Gault
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C’est le retour de la menace des droits de douane. Donald Trump compte désormais surtaxer de 200% les vins et les champagnes français, après le refus de la France d’intégrer son « Conseil de paix ». Quelle réponse peuvent apporter les Européens ? Le diplomate Philippe Étienne était l’invité de la matinale de Radio Classique pour nous aider à comprendre cette nouvelle séquence.
Philippe Étienne est diplomate, ancien ambassadeur de France aux États-Unis et en Allemagne. Cet ex-conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron est l’auteur du livre Le Sherpa – Mémoires d’un diplomate aux avant-postes de l’histoire aux éditions Tallandier. Il décrypte les défis qui attendent la diplomatie française dans le monde de Trump.
Vous avez présidé les commémorations du 80e anniversaire de la Libération de la France en 2024 et 2025. Le rôle des États-Unis a bien changé depuis 1945. Est-ce que vous avez le vertige, Philippe Étienne ?
PHILIPPE ÉTIENNE : On parle de notre libération, mais aussi de la restauration de notre démocratie, de notre république. Ce sont des enjeux qu’on retrouve aujourd’hui, à la fois sur le plan intérieur à cause de l’état de notre société et de nos démocraties occidentales, mais aussi sur le plan international. Rencontrer ces vétérans américains, ces personnes de plus de 100 ans qui sont encore là et qui me disent qu’ils ont libéré la France avec nos résistants, c’était très impressionnant. Cela montre dans la durée ce que représente cette relation transatlantique. Mais vous avez raison, il y a la durée, les choses qu’on aimerait préserver, et puis il y a ce qui se passe en ce moment. C’est un moment très important pour notre histoire et pour les Européens, parce que nous sommes devant une réalité : le monde a changé et nous, les Européens, nous devons davantage nous prendre en charge.
Trump impose à la diplomatie un rythme nouveau. L’augmentation des droits de douane aux États-Unis sur le champagne et les vins, 200 % annoncés par Trump aujourd’hui, le « Conseil de la Paix » hier avec une organisation parallèle à l’ONU. La veille, le Groenland, l’avant-veille, le Venezuela. Que peut la diplomatie face à un tel fonceur ?
P.E. : D’abord, il faut se rendre compte qu’il y a là une technique de communication, une technique d’occupation, de saturation. C’est le président des États-Unis – ce n’est pas rien – et c’est quelqu’un qui prend des initiatives, fait des déclarations à toute heure du jour et pour nous de la nuit avec le décalage horaire. La première chose à faire, c’est de rester sur notre chemin, de regarder les constantes comme l’importance pour les Européens de se prendre en charge. La deuxième chose, c’est de s’adapter. Je ne suis plus au Quai d’Orsay, donc je vais être d’autant plus à l’aise pour le défendre. Désormais, au niveau de la communication, il y a une stratégie de réponse beaucoup plus rapide à l’heure des réseaux sociaux. Il faut s’adapter, ne pas se laisser faire, ne pas se laisser emporter, mais aussi savoir sur le fond des choses, choisir son cours et y rester.
Quand Trump dit « moi, je vais récupérer le Groenland, que vous le vouliez ou non », il est dans la communication ou dans des intentions fermes ? Parce que ce n’est pas un tweet et une réponse à un tweet qui vont l’en empêcher.
P.E. : Bien sûr, les deux sont liés. La communication dans notre monde, c’est une partie très importante de la diplomatie, de la politique. Ce qu’il faut faire, c’est d’abord évaluer le sens de ce qui est dit. Le Groenland, il en parlait déjà dans son premier mandat. La différence avec le deuxième mandat, c’est qu’il n’a plus de contraintes dans son entourage. Il est même plutôt encouragé à aller de l’avant. Il faut que nous prenions au sérieux ce qu’il dit, mais en même temps que nous évaluions ce qui relève de la tactique, de l’intimidation, et comment on peut arriver à un résultat commun, si on peut arriver à un résultat commun, ou si nous devons répondre par nos propres instruments. C’est toute la question du débat actuel entre les Européens sur comment répondre aux dernières déclarations très fortes du président Trump.
Vous avez été ambassadeur à Washington et à Berlin. La rationalité, la patience, le sang-froid, c’est ce que je vois en face de moi en ce moment. Mais comment agit-on face à quelqu’un qui n’est pas nécessairement rationnel dans sa prise de décision ?
P.E. : D’après mon expérience, on réagit en maintenant le dialogue, en expliquant ce qu’on propose nous-mêmes. Il faut aussi dire calmement ce que l’on est prêt à faire pour se défendre, pour défendre ses intérêts.
Quand le principal argument diplomatique d’un pays, c’est l’augmentation de ses droits de douane, par exemple cette menace de surtaxer de 200 % les vins et les spiritueux -ce qui complète ce qui s’est décidé cet été avec des tarifs augmentés de 15 % – est-ce qu’il y a une réponse diplomatique à apporter ?
P.E. : D’abord, il faut savoir que les droits de douane sont l’arme préférée du président Trump, mais c’est une arme fragile à deux égards. Les Américains peuvent commencer à avoir quelques doutes sur l’effet produit sur l’économie américaine. Et puis il y a la solidité juridique. La Cour Suprême des États-Unis est en train de regarder la conformité de la base juridique prise par le président Trump sur les pouvoirs d’urgence en temps de paix, et pourrait donner sa décision dans les prochains jours. De notre côté, on a vécu ces épisodes de droits de douane lors du premier mandat. Je pense qu’il faut rester calme, mais aussi dire ce que nous ferons. D’autres pays l’ont fait l’année dernière avec succès. Ces droits de douane de 200 %, ça n’a pas d’autre sens que de fermer le marché. Nous ne devons pas tout simplement dire « si vous mettez des droits de douane sur ces produits, malheureusement, nous sommes amenés à considérer des droits de douane sur tel autre produit ou à utiliser un règlement que nous avons adopté, le règlement anti-coercition ». [Nous devons dire] très calmement que ce n’est absolument pas notre intérêt, que nous ne voulons pas le faire et que nous proposons d’abord d’en parler.
Le Sherpa, mémoires d’un diplomate aux avant-postes de l’histoire, c’est le titre de votre livre, Philippe Étienne. Tout va très vite. Comment définissez-vous la diplomatie d’Emmanuel Macron ? Quelle caractéristique vous lui donneriez ?
P.E. : C’est quelqu’un qui va au contact, en particulier quand on n’est pas d’accord avec un autre dirigeant. Il prend ce dialogue d’une manière très objective et ne cherche pas à montrer un déplaisir de principe de parler à telle ou telle personne.
Qu’est-ce qui est le plus simple pour les diplomates du Quai d’Orsay aujourd’hui ? Comprendre Poutine ou comprendre Trump ?
P.E. : Les deux maintenant sont assez bien identifiés. Ce qui est peut-être plus difficile à faire avec Donald Trump, dont on comprend bien à la fois les objectifs et la manière de faire, c’est comment il va agir. Quand on parle de l’imprévisibilité de Donald Trump, on sait ce qu’il veut, mais on ne sait pas comment.
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S’agissant de Vladimir Poutine, hélas, on voit très bien parce qu’il a souvent dit, répété qu’il n’avait pas changé ses objectifs, quelle est sa priorité et quel est son objectif. Sa priorité et son objectif en Ukraine en particulier, c’est relativement clair. Ça ne veut pas dire qu’on aurait pu prévoir tout ce qu’il a fait, mais le cadre de sa réflexion, de sa stratégie est relativement clair, il a été présenté par lui-même à plusieurs reprises.
Selon un sondage publié aujourd’hui, les Français sur la politique étrangère sont très angoissés, ils sont angoissés sur la place de la France dans le monde, ils ont le sentiment que désormais l’Amérique est un ennemi, ce qui nous en fait un de plus avec la Russie. Est-ce que vous avez les mots pour les rassurer ?
P.E. : Être inquiet dans le contexte actuel, c’est tout à fait compréhensible. J’ai vécu plusieurs crises, certes moins graves, mais à l’époque, on était parfois au bord du précipice, comme lors de la crise financière. Le problème de l’Europe, c’est que par la nature des choses, parce que nous sommes 27 pays, nous mettons forcément un peu de temps à prendre les décisions que nous devons prendre. Et là, nous n’avons plus beaucoup de temps.
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À l’occasion de la nouvelle édition de la Musikfest, Liya Petrova et Alexandre Kantorow seront, ce lundi 19 janvier à 20h, les invités du Journal du classique.
Après six années à la salle Cortot, la Musikfest, ce festival de musique de chambre imaginé par la violoniste Liya Petrova, s’installe à la Philharmonie de Paris. Quatre concerts, vendredi et samedi toute la journée, ponctueront cette nouvelle édition qui réunira plus de 60 musiciens, et cela dans des programmes particulièrement éclectiques conçus par Liya Petrova et Alexandre Kantorow.
Ils seront tous les deux à notre micro ce soir pour nous éclairer sur l’esprit qu’ils ont voulu donner à cette manifestation et les nouvelles perspectives de développement que leur offre la Philharmonie de Paris. Ils nous parleront également de leur belle amitié, eux qui se sont connus durant la pandémie et jouent, depuis, régulièrement ensemble.
Laure Mézan
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Ben Glassberg sera de retour à la tête de l’Opéra Orchestre de Rouen-Normandie à la fin du mois. Dans un entretien, le chef d’orchestre britannique revient sur l’origine de la lourde dépression qui l’a contraint à se faire hospitaliser au printemps dernier et sur la pression psychologique que subissent les musiciens de renom.
En avril 2025, Ben Glassberg révélait qu’il avait été hospitalisé pendant plusieurs semaines pour soigner la « grave dépression » dont il souffrait. Quelques temps plus tard, le maestro britannique de 32 ans annonçait sa démission de son poste de directeur musical du Volksoper de Vienne, fonction qu’il occupait depuis 2024.
Au mois de juin, malgré une certaine fragilité psychologique toujours latente, qu’il admet, Ben Glassberg est remonté sur scène pour diriger le War Requiem de Benjamin Britten lors d’un concert à Palerme et a repris depuis, progressivement, son activité publique. C’est ainsi que, du 27 janvier au 3 février, il effectuera son retour à la tête de l’Opéra Orchestre de Rouen-Normandie (OONR), dont il est le directeur musical depuis 2020, pour diriger quatre représentations du Vaisseau Fantôme de Richard Wagner.
Dans un entretien au site spécialisé Bachtrack, Ben Glassberg s’est confié sans ambages sur l’origine de l’épisode dépressif dont il se remet à peine. Le chef d’orchestre reconnait qu’il souffre depuis très longtemps de dépression, avouant qu’à 12 ans il consultait un pédopsychiatre. « Je souffrais d’une anxiété terrible. J’avais des difficultés relationnelles (…) À l’université, j’ai sombré dans une profonde dépression et commencé une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ».
La naissance compliquée de son premier enfant puis la pandémie de Covid-19 n’ont fait qu’aggraver ses problèmes psychologiques. Et puis, confie-t-il, en mars dernier « tout s’est effondré. Je n’arrivais plus à me lever. Je me disais : je ne peux pas y faire face. C’est impossible. Je ne peux pas continuer ». Une détresse qui l’a conduit jusqu’à une tentative de suicide. «C’est passé très, très près », reconnaît-il. « Mon ex-femme a dû m’emmener à l’hôpital pour m’en empêcher ». Une situation extrême qui a eu pour effet la révélation de son homosexualité. « Je crois que je l’ai toujours su. Encore une chose que je refusais d’admettre. Pour mon ex-femme, mes enfants. C’était très lourd », admet-il.
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Ben Glassberg estime, malgré tout, que son hospitalisation et ce break obligé se sont révélés bénéfiques, à titre personnel sur sa santé mentale mais aussi pour la réflexion qu’il a menée autour de la pression psychologique qui pèse sur les musiciens médiatiquement exposés. Sans le citer nommément, il évoque le cas de Tarmo Peltokoski, victime à 25 ans de surmenage et qui a dû faire une pause de trois mois à l’automne dernier. « On le pousse à bout et il en fait beaucoup trop. Je peux le dire, car j’en ai moi-même trop fait. Et ça a failli me tuer ».
Une publication partagée par Opéra Orchestre Normandie Rouen (@operaderouen)
Les 26 et 27 juin au Théâtre des arts de Rouen, l’Opéra Orchestre de Rouen-Normandie, proposera deux soirées de gala pour faire ses adieux à son directeur musical Ben Glassberg auquel succédera Pierre Dumoussaud à l’issue de sa dernière année de mandat.
Philippe Gault
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Né il y a 250 ans, Ernst Theodor Amadeus Hoffmann fut l’une des grandes figures du romantisme naissant. On se souvient de lui d’abord pour ses activités littéraires : il fut critique musical et écrivain – inspirant à Schumann ses Kreisleriana, d’après son nom de plume Kreisler, mais aussi Les Contes d’Hoffmann à Offenbach. Dans certains de ses contes, Hoffmann met en scène des compositeurs.
Gluck est ainsi le personnage principal du Chevalier Gluck paru en 1809. Animé d’un tel amour pour Mozart qu’il fit changer en « Amadeus » son troisième prénom, Hoffmann était également multi-instrumentiste, chef d’orchestre et compositeur. Auteur de plusieurs opéras et œuvres de musique vocale, il composa aussi quelques pièces de musique de chambre ainsi qu’une symphonie caractéristique du premier romantisme.
Écrite quelques années avant ses célèbres critiques des symphonies de Beethoven, cette Symphonie en mi bémol majeur est de belle facture et marquée par l’influence de Haydn et Mozart. Il était une fois… E. T. A. Hoffmann, en musique et en lectures.
Information et réservation sur: https://www.orchestredechambredeparis.com/concert/hoffmann-et-ses-doubles/
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Thierry Garcin est chercheur associé à l’Université de Paris, docteur en Sciences Politiques, maître de conférence à HEC et auteur de Géopolitique de l’Arctique aux éditions Economica. Au micro de David Abiker, il a livré son analyse au sujet de la pression exercée par le président américain pour racheter le Groenland, territoire qu’il estime stratégique, non seulement pour les terres rares, dont le sous-sol regorge, mais aussi d’un point de vue géopolitique. Pour le chercheur, l’argument géopolitique est un mensonge de Donald Trump.
Si on vous avait dit qu’un jour il y aurait une escalade entre l’Europe et les États-Unis pour empêcher ces derniers d’y planter leur drapeau, l’auriez-vous cru ?
THIERRY GARCIN : Non, je ne l’aurais pas cru évidemment. J’aurais été quand même inquiet au début de la première présidence Trump où il a dit, en ricanant d’ailleurs : « Au fond, le Groenland, ce serait une formidable entreprise immobilière et ce serait un gain fantastique sur le plan immobilier. » Il ne croyait pas si bien dire par rapport à lui-même. Vous vous rendez compte de l’approche des relations internationales ? C’est à la fois la rapacité à l’égard d’un territoire qui n’est pas un territoire européen mais qui est un territoire d’un pays européen, le Danemark, et la cupidité.
C’est-à-dire que nous sommes dans des relations internationales complètement inversées, tout est à l’envers : il y a les Etats-Unis [qui a déjà une base militaire au Groenland NDR] ; la Russie qui accuse l’Ukraine d’être fauteur de guerre ; le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, croit bon d’applaudir à tout rompre à la violation du droit international, et c’est évidemment l’attaque des États-Unis contre l’Iran, totalement illégale, quoi qu’on dise. Et puis, il y a Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, qui commence à dire qu’ils veulent renforcer l’OTAN. Alors on est dans des situations schizophréniques. Il faut renforcer l’OTAN, or le patron de l’OTAN est en train de vouloir nous prendre le territoire d’un pays membre de l’Union européenne. Donc, on est dans une situation complètement dépaysante. Le président Trump, c’est vraiment l’éléphant dans le magasin de porcelaine. Le plus important, quoi qu’on dise, c’est que le droit international existe. On n’a pas de solution de remplacement et le droit international est un peu le code de la route du monde entier. Il est peut-être mauvais, mais il doit être appliqué. Et là, tout part en éclats.
Le droit européen lui pourrait s’appliquer à travers l’instrument anti-coercition, dont on a découvert la possibilité ce week-end. Cette réponse européenne vous paraît-elle appropriée ?
T.G. : En tout cas, elle est nécessaire. C’est un instrument qui date de 2023, qui n’a jamais été utilisé. Il permet d’établir des quotas, des droits de douane, de bloquer des investissements, en l’occurrence évidemment américains. C’est utile, c’est nécessaire certainement. Simplement, l’Union européenne est une grosse machine. Ça va être long, ça va être difficile, il va y avoir des divergences.
Il y a notamment cette mission européenne au Groenland, avec l’envoi notamment de 15 chasseurs alpins français ?
C’était un symbole politique, ça a été très mal vendu par les pays intervenants il y a quelques jours. Ce n’est pas une opération militaire. On a ricané parce que finalement, ce n’est pas une mission militaire au sens propre du terme, c’est plutôt une intervention de repérage, de reconnaissance. Ça a été très mal vendu, comme s’il s’agissait tout d’un coup d’affirmer la souveraineté du Danemark sur le Groenland. Il y a eu des effets d’annonce tout à fait désastreux. Il fallait dire simplement que c’était symbolique et qu’il y avait une question de souveraineté qui était fondamentale. Moi ce qui me frappe c’est l’effet de sidération de l’Union européenne dans cette affaire-là.
Les Européens sont-ils sidérés ou est-ce qu’ils mobilisent le fameux bazooka anti-coercition ?
T.G. : Ils sont sidérés. Je ne suis pas sûr d’ailleurs que le terme de bazooka convienne parce qu’il ne faut jamais dire qu’on a une arme fatale, y compris dans le domaine nucléaire. Personne n’en sait rien. Donc, je crois que le fait d’utiliser sans arrêt le mot de bazooka finalement déconsidère un peu l’éventuelle force de cet instrument qu’on appelle anti-coercition, qui était prévu d’ailleurs au départ à cause de la Chine.
Venons-en au Groenland. Avez-vous compris ce que veut là-bas Donald Trump qu’il n’ait déjà ?
T.G. : Il n’a pas besoin d’occuper militairement le Groenland. On a ironisé en disant qu’il y a 150 militaires américains dans la base de Thulé qui se trouve au nord-ouest, très éloignée au nord-ouest du Groenland. On a ironisé sur les quelques dizaines d’officiers européens. Les États-Unis sont déjà chez eux, ils n’ont pas besoin de contrôler. La base de Thulé est une formidable forteresse d’alerte avancée, qui est destinée à essayer de repérer les missiles balistiques attaquants. Alors, hypothèse d’école, bien sûr, provenant de l’Union Soviétique avant, et de la Russie aujourd’hui.
Mais il ne faut pas négliger non plus dans cette équation internationale le rôle de la Chine, qui est très intéressant et qui me paraît d’ailleurs beaucoup plus astucieux et intelligent que celui de la Russie en la matière. Alors quant à parler de la menace russe et de la menace chinoise sur le Groenland, ça n’a aucun sens. Il est convoité par les Chinois. Ils ont eu des vues sur les minerais et sur la construction, la rénovation d’aéroports récemment. À l’époque, il y a quelques années, les États-Unis ont mis le holà, d’ailleurs très utilement. Et ce qui me frappe, c’est l’absence de réaction communautaire, parce que, encore une fois, il y a deux pays non membres de l’Union européenne qui sont sur place, mais il n’y a pas les 27. Et Ursula von der Leyen dit très peu de choses. Kaja Kallas qui est la haute représentante pour la politique étrangère et les questions de sécurité, ne dit pas grand-chose. C’est-à-dire qu’on est dans une presque vacance de réaction collective. Et heureusement qu’il y a la France, l’Allemagne, et d’autres pays comme la Suède, le Danemark, et ainsi de suite.
Immense paradoxe, le Danemark est depuis de longues années un des principaux alliés européens des États-Unis dans leurs différentes guerres, ils sont assez mal payés de retour.
T.G. : Ils sont un peu les auteurs de leur malheur, parce qu’ils n’avaient de cesse que de nous dire que l’atlantisme, c’était la règle du jeu. De Gaulle nous avait mis en garde, on était parti en 66 du commandement militaire intégré qu’on a malheureusement réintégré sous Sarkozy, en 2009. Ils ont été farouches alliés des États-Unis de George W.Bush fils dans l’affaire de l’Irak en 2003. Ils ne sont pas, et c’est leur droit, dans l’euro. Ils n’étaient pas, et c’est leur droit, dans la politique étrangère européenne. Dès qu’il y a eu la guerre d’Ukraine, tout de suite, ils sont allés dans la politique étrangère et de sécurité communautaire. Enfin, ils veulent le beurre et l’argent du beurre à chaque fois.
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Thierry Garcin, vous avez publié Géopolitique de l’Arctique. En quoi cette zone géographique très vaste suscite-t-elle de plus en plus de convoitises ?
T.G. : Parce que les enjeux sont multiples. Par exemple, des enjeux environnementaux, avec le réchauffement de la planète beaucoup plus sensible au pôle Nord, des enjeux stratégiques, c’est-à-dire militaires, pour les États-Unis et pour l’ensemble des pays riverains, y compris la Russie. Ce sont aussi des enjeux économiques avec le transport maritime et des enjeux liés aux hydrocarbures, pétrole et gaz mais surtout gaz. Et ce sont des enjeux multiples, ce sont des enjeux interactifs et ce sont des enjeux pluridisciplinaires. C’est-à-dire que vous ne pouvez pas isoler un enjeu parmi les autres, ils sont tous un peu complémentaires les uns des autres.
Et ce qui est intéressant de voir ça à long terme, c’est la route qu’on appelle transpolaire, c’est-à-dire délivrée justement de ces deux passages le long du Canada et le long de la Russie. Vous avez un passage qui est en train de s’ouvrir d’ici 30, 40 ans, peut-être 20 ans ou 35 ans, peu importe, selon les spécialistes, c’est-à-dire qu’on passera au milieu. Et dans ce cas-là, encore une fois, et les États-Unis ont cette vision-là géopolitique, l’Arctique est un océan, sera liquide, totalement liquide seulement quelques mois de l’année, en été seulement, mais on pourra faire passer des bateaux du détroit de Béring à l’Atlantique réciproquement et autrement sans aucune difficulté. Donc c’est une route transpolaire qui sera une Méditerranée pour les Américains.
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Dans un entretien vidéo accordé à India Today, Zubin Mehta a annoncé se retirer des concerts qu’il devait diriger cette année en Israël. Une manière pour l’ancien directeur musical du Philharmonique d’Israël de signifier son opposition à la politique de Benjamin Netanyahu, notamment dans le cadre du conflit israélo-palestinien.
L’an dernier, Zubin Mehta avait déjà renoncé à diriger des concerts en Israël, mais c’était officiellement à cause de problèmes de santé. Cette fois-ci, pour 2026, le grand chef d’orchestre indien invoque des raisons plus politiques pour justifier sa décision d’annuler tous les concerts qu’il devait conduire dans le pays dans lequel il a dirigé, pendant plus de 40 ans (1977-2019), l’Orchestre Philharmonique d’Israël dont il avait même été nommé en 1981 directeur musical à vie.
Une décision radicale que Zubin Mehta a annoncée dans une entretien accordé à India Today et dans lequel il a déclaré : « J’ai annulé tous mes engagements en Israël cette année pour manifester mon opposition au traitement que Benjamin Netanyahu réserve à la question palestinienne dans son ensemble », ajoutant : « Le silence ou l’indifférence ne sont plus des options acceptables face à la destruction totale de la bande de Gaza et à la mort de milliers de victimes, ainsi qu’aux politiques de répression et de colonisation en Cisjordanie ».
Toujours dans cet entretien, le maestro a indiqué qu’il espère que « le premier ministre israélien sera battu lors des prochaines élections même si ce ne devrait pas être le cas, car il dispose d’une large majorité au Parlement ». Au Proche-Orient et dans le monde arabe, cette décision est diversement commentée dans les médias. La plateforme d’information numérique maghrébine Elikhbaria évoque « un séisme culturel et symbolique » et « un désaveu moral pour Israël « , tandis que JNS, le média du Jewish News Syndicate, pro-gouvenemental, parle de « l’audace insensible et hypocrite » de Zubin Mehta.
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La prise de position forte et symbolique exprimée par Zubin Mehta intervient alors qu’il vient de diriger l’Orchestre Philharmonique de Belgrade et Lang Lang dans deux concerts donnés en l’honneur de son 90e anniversaire (qu’il fêtera le 29 avril) en Inde à Bombay, sa ville natale.
Par ailleurs, le chef d’orchestre indien va diriger, à partir de la mi-février, une série de sept concerts, en Espagne ; en Italie et en Autriche, à la tête du West-Eastern Divan Orchestra, l’orchestre co-fondé et dirigé par Daniel Barenboim. Le maestro israélo-argentin qui, lui aussi, avait pris parti en 2023 contre la riposte militaire de l’État hébreu sur Gaza
Philippe Gault
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A la moitié du XXe siècle, un nom s’apprête à tout changer : Christian Dior. Inconnu du grand public, ce créateur visionnaire bouleverse les codes de la haute couture. Derrière son apparente discrétion, il insuffle à la France un nouvel élan, redonnant au pays le goût du luxe, du rêve et de l’élégance.
En février 1947, Paris se remet à peine de la guerre et de ses privations. Devant le 30 avenue Montaigne, une foule élégante s’impatiente sous un froid mordant : manteaux de vison, redingotes et cartons d’invitation serrés dans des mains gantées. Derrière la porte d’un hôtel particulier transformé en écrin, tout a été pensé pour l’émerveillement : fleurs à profusion, parfums capiteux, décors Louis XVI, cristaux et dorures. L’attente s’étire, mais la promesse d’un événement unique tient tout le monde en haleine.
Dans les salons, l’ambassadrice d’Angleterre côtoie Marlene Dietrich, Rita Hayworth et Jean Cocteau. À 10h30, le silence s’impose. Le défilé commence. Les mannequins dévoilent des silhouettes inédites : vestes cintrées, épaules arrondies, jupes corolle effleurant le sol. Les robes semblent éclore, ne laissant entrevoir que les chevilles. Dans la salle, la stupeur se mêle à l’admiration. L’homme à l’origine de ce miracle, Christian Dior, s’avance timidement sous les applaudissements. À 42 ans, ce visage rond et discret s’apprête à devenir une icône.
Quelques mois plus tôt, Christian Dior n’était encore qu’un modéliste chez Lucien Lelong. Sa rencontre avec Marcel Boussac, industriel du textile, va tout changer. Ce dernier, flairant le potentiel du créateur, lui propose de financer sa propre maison de couture. En sept mois à peine, le futur grand couturier monte son équipe, conçoit sa collection et prépare le défilé qui va bouleverser la mode.
Dans une France encore soumise au rationnement, Christian Dior ose l’excès : jusqu’à 30 mètres de tissu pour une seule robe, là où la guerre n’en autorisait pas plus de deux. L’élégance, selon lui, se joue dans le détail et la générosité des formes. Le lendemain du défilé, la presse internationale s’enflamme. Carmel Snow, rédactrice en chef de Harper’s Bazaar, baptise ce style le « New Look ». Très vite, les clientes du monde entier affluent avenue Montaigne pour s’arracher le fameux Tailleur Bar, symbole de cette nouvelle féminité.
Le succès est fulgurant. Christian Dior, artisan méticuleux, devient aussi homme d’affaires avisé. Premier couturier à accorder des licences pour des produits dérivés comme des bas, cravates, pyjamas, chaussures… Il ouvre une boutique à New York et conçoit même une collection spéciale pour le marché américain. En 1949, 75% des exportations de la couture parisienne portent déjà sa griffe.
Le retour du luxe français, orchestré par Christian Dior, réveille l’industrie textile, galvanise Lyon, Calais et Bruges. Le faste, la créativité et la fierté nationale renaissent. Pourtant, ce renouveau ne fait pas l’unanimité. Certaines femmes s’insurgent contre ce qu’elles perçoivent comme du gaspillage, d’autres dénoncent un retour à une mode contraignante, loin de l’émancipation prônée quelques années plus tôt. La presse s’en amuse, les couturiers jalousent, mais Christian Dior avance, imperturbable.
Sa clientèle s’élargit aux stars et aux têtes couronnées : Marlene Dietrich, Grace Kelly, la princesse Margaret. Le nom Dior s’affiche partout, des tapis rouges aux unes des magazines. La maison grandit, s’étend sur cinq immeubles, emploie plus de mille personnes et multiplie les ateliers. Derrière l’image policée du couturier, l’homme se révèle parfois exigeant, capricieux, mais toujours animé par la quête de la perfection.
Au fil des années, le style Dior évolue. Dès 1953, les robes raccourcissent, la ligne s’affine. Les collections H, A, puis Y redéfinissent la silhouette : la poitrine, les hanches et les épaules s’effacent au profit d’un buste allongé et d’une élégance épurée. Les critiques fusent, mais la mode suit. Christian Dior devient le premier couturier à faire la une de Time Magazine, symbole d’un empire où la création côtoie le business.
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En 1957, il confie la création de la ligne Fuseau à un jeune assistant prometteur : Yves Saint Laurent. Quelques mois plus tard, le 23 octobre, le grand couturier s’éteint brutalement à Montecatini, terrassé par une crise cardiaque. Il laisse derrière lui un héritage colossal, une maison devenue synonyme d’excellence, et une vision de la féminité qui continue d’inspirer la mode contemporaine.
Franck Ferrand
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La Symphonie n°7 de Mahler par l’Orchestre national de Lyon dirigé par Nikolaj Szeps-Znaider, le Requiem de Mozart par l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dirigé par Kazuki Yamada, et Jean-Claude Casadesus à la tête de l’Orchestre Colonne au Théâtre des Champs-Élysées pour son 90e anniversaire : découvrez la sélection Radio Classique des rendez-vous à ne pas manquer dans les prochains jours.
La Symphonie n°7 de Mahler est au programme de ces deux concerts de l’Orchestre national de Lyon dirigé par Nikolaj Szeps-Znaider. Créée à Prague en septembre 1908 sous la direction du compositeur, elle est en cinq mouvements. « Je crois que cette œuvre est née sous de bons auspices et qu’elle est accomplie », expliquait Mahler à sa femme Alma à propos de cette symphonie qui s’ouvre sur un rythme de marche. Ce concert sera diffusé sur Radio Classique le samedi 7 février à 20 heures.
Ultime œuvre de Mozart, laissée inachevée, son Requiem est à l’affiche de ce concert de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo placé sous la direction de Kazuki Yamada. Il sera interprété par la soprano Emöke Barath, la mezzo-soprano Anna Lucia Richter, le ténor Maximilian Schmitt et la basse Alexander Grassauer, avec le Coro del Friuli Venezia Giulia et le Chœur de chambre 1732. L’antépénultième symphonie de Mozart, la Symphonie n°39, ouvrira ce concert que Radio Classique diffusera le samedi 7 mars à 20 heures.
C’est à la tête de l’Orchestre Colonne que Jean-Claude Casadesus fêtera son quatre-vingt-dixième anniversaire. Une soirée exceptionnelle au cours de laquelle il dirigera l’Ouverture de La Force du Destin de Verdi, le Concerto en sol de Ravel avec Thomas Enhco et la Symphonie fantastique de Berlioz. Ce concert sera diffusé par Radio Classique le samedi 21 février à 20 heures.
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