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  • Le plus grand baryton français de l’après-guerre, Robert Massard, est mort à 100 ans

    Le doyen des chanteurs lyriques Robert Massard est mort à l’âge de 100 ans, dans sa ville natale de Pau. Habitué de l’Opéra de Paris où il s’est produit plus de mille fois, son enregistrement de Carmen avec Maria Callas fait toujours référence.

    C’est dans un EHPAD de sa ville natale, à Pau où il naquit le 15 août 2025, que Robert Massard est mort vendredi 26 décembre. La préfecture des Pyrénées-Atlantiques où le centenaire fit sa dernière apparition publique le 14 septembre dernier à l’occasion d’une cérémonie et d’un concert donné par le chœur de l’Orchestre de Pau-Pays de Béarn en hommage au chanteur considéré comme « le plus grand baryton français de l’après-guerre ».

    Pourtant rien ne prédestinait ce fils de garagistes palois à faire carrière dans l’art lyrique. Après avoir travaillé comme mécanicien, c’est pendant sa mobilisation dans l’armée que son timbre de voix est repéré par un officier mélomane. Après 1945, Robert Massard commence à se faire connaître au gré de concours régionaux et c’est à l’issue d’une seule audition qu’il est engagé en 1951 à l’Opéra de Paris par Georges Hirsch, administrateur de la grande institution à l’époque. Jusqu’en 1978, il se produisit plus de mille fois sur la scène du Palais Garnier.

    Le concours international de chant lyrique de Bordeaux porte le nom de Robert Massard

    Durant sa carrière qui s’acheva en 1984, Robert Massard a prêté sa puissante et chaude voix de baryton à une centaine de grands personnage de l’histoire de l’opéra dont celui du Figaro du Barbier de Séville de Gioachino Rossini, son rôle préféré. Mais c’est son interprétation du matador Escamillo, au côté de Maria Callas dans Carmen de George Bizet enregistré (par EMI) en 1964 avec l’orchestre et le cœur de l’Opéra de Paris dirigés par Georges Prêtre, qui marqua le public et les spécialistes.

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    Après avoir chanté sur les plus grandes scènes du monde, du Bolchoï de Moscou à Carnegie Hall à New York, avec les plus grandes voix de l’époque comme Montserrat Caballé, Plácido Domingo ou encore Joan Sutherland, Robert Massard enseigna au conservatoire de Bordeaux dont le concours international de chant lyrique porte son nom depuis 2015.

    De lui, le grand baryton français Ludovic Tézier disait : « À la maison, avec Georges Thill et André d’Arkor (ténors, ndlr), Robert Massard était dans l’air très régulièrement. Ils m’ont donné le goût d’une certaine perfection de l’expression vocale ». 

    Triste coïncidence, Gustave Botiaux s’est éteint deux jours plus tard à Montpezat-sous-Bauzon, en Ardèche, à l’âge de 99 ans. Ténor français reconnu, il avait fait les belles heures de l’Opéra-Comique et de l’Opéra de Marseille dans les années 60.

    Philippe Gault

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  • IA : « Les médias de masse auront, dans le futur, un rôle très important pour aider à distinguer les fausses et les vraies informations »

    L’intelligence artificielle a-t-elle été la plus grande révolution de 2025 ? Un des spécialistes les plus reconnus de cette technologie, Jean-Gabriel Ganascia, était l’invité de la matinale de Charles Bonnaire pour apporter son regard sur les croyances et les fantasmes que peut générer l’IA. 

    Jean-Gabriel Ganascia est professeur à la Faculté des Sciences de la Sorbonne Université, chercheur au sein du laboratoire LIP6 et Président du comité d’éthique de France Travail.

    L’intelligence artificielle a connu cette année des progrès absolument fulgurants, parfois tellement rapides qu’on ne se souvient plus très bien où on en était il y a un an. Si l’on se retrouve fin 2026, dans un an, est-ce que les progrès seront encore plus importants ?

    JEAN-GABRIEL GANASCIA : C’est toujours très difficile de savoir ce qui va advenir. C’est de l’innovation et par définition, ce qui est nouveau nous surprend, c’est le cas de l’intelligence artificielle. Il faut replacer les progrès considérables qui ont été réalisés dans ce domaine depuis un an, par rapport à ceux réalisés les années précédentes. Nous avons une grande histoire de l’intelligence artificielle, puisque c’est une discipline qui naît en 1956. Ce qui a beaucoup marqué ces dernières années, ce fut l’apparition de ChatGPT car tout le monde, à partir de son téléphone portable, a pu tester et voir les prouesses de l’intelligence artificielle.

    Et c’est ça qui a tout changé ? Le fait que ce soit devenu des outils populaires utilisés par tout le monde ?

    J-G.G. : Certainement, bien sûr. Même si on parlait déjà beaucoup d’intelligence artificielle, en 1997 quand le champion du monde au jeu d’échec a été battu par une machine. Ça a marqué les esprits, on en a parlé partout. Puis en 2017, le champion du monde au jeu de go a été battu par une machine. Mais cela restait une affaire de spécialistes, c’était relativement abstrait. On savait qu’un homme était battu, le meilleur d’entre les hommes, par une machine à un jeu qui était supposé résulter de l’intelligence humaine. Avec l’intelligence artificielle générative, tout le monde pouvait le tester et on était en mesure de générer des textes. Et puis, puisqu’on est sur Radio Classique, de générer automatiquement de la musique, voire même des tableaux.

    L’IA, c’est d’abord simuler des facultés mentales comme la perception, le raisonnement et l’apprentissage

    L’intelligence artificielle est partout dans le débat, mais elle est parfois difficile à définir. C’est quoi l’intelligence artificielle ?

    J-G.G. : C’est une discipline scientifique née en 1956, qui a pour but de simuler l’ensemble des facultés mentales. C’est la première définition historique. Le terme a été introduit par des scientifiques aux États-Unis pour caractériser cette nouvelle approche. Qu’est-ce que sont ces facultés mentales ? C’est la perception, le raisonnement, la mémoire, l’apprentissage, la communication. Une fois que certaines de ces facultés mentales sont simulées, on peut les prendre une à une et les introduire dans les technologies. C’est ce qui s’est produit depuis un certain nombre d’années. On l’oublie, mais le web, par exemple, c’est le couplage d’un modèle de mémoire qui s’appelle l’hypertexte au réseau de télécommunications. Sur vos téléphones portables, vous disposez tous de machines à dicter, ce qui est assez extraordinaire, ou un déverrouillage avec l’empreinte digitale ou même la reconnaissance faciale. Tout cela relève de l’intelligence artificielle. Ce sont des applications qui font faire des gains de productivité considérables. Il y a une troisième définition, de l’ordre de l’imaginaire. On craint que l’homme, avec les machines qu’il a fabriquées, produise des objets qui vont le dépasser. C’est une vieille crainte, ça remonte à l’Antiquité avec Pygmalion qui fabrique une statue, Galatée, dont il tombe amoureux. C’est aussi le cas avec les robots : il y a un peu plus d’un siècle, en 1920, un dramaturge tchèque a imaginé fabriquer des travailleurs artificiels. Comme il était Tchèque, il a appelé ça des petits travailleurs, « robot » vient de « robota » en tchèque. Ce sont des esclaves artificiels. Avec ces esclaves artificiels, les hommes qui ne travaillaient plus perdaient en dignité, ce que les machines gagnaient en dignité. Puis les esclaves prenaient le pouvoir. On craint un peu la même chose avec l’intelligence artificielle.

    Puisque l’intelligence artificielle est une création humaine, est-ce que sa finalité est de nous imiter ou d’imiter notre manière de penser ou de nous dépasser à terme ?

    J-G.G. : C’est une question métaphysique qui est ouverte et nous ne répondrons pas à cette question. Mais en même temps, il faut savoir que l’intelligence artificielle peut rendre énormément de services. La question, c’est pas tant de se demander si le statut de l’humain va basculer, s’il va être dépassé par des machines. C’est plutôt de savoir comment la société va être transformée par l’utilisation de tous ces automates dans toutes les activités quotidiennes. En particulier avec l’intelligence artificielle générative, une grande question qui se pose : si on est en mesure de faire écrire ses textes avec des machines, les collégiens ne vont plus apprendre à écrire puisqu’ils pourront réaliser leurs devoirs avec des machines. Les professeurs sont totalement démunis car lorsqu’ils lisent les devoirs qui ont été faits à la maison, ils se demandent ce qu’ils notent. Est-ce qu’ils notent l’intelligence artificielle ou l’élève ?

    Cette idée selon laquelle les robots un jour vont dépasser les humains, est-ce que cette croyance est totalement irrationnelle ?

    J-G.G. : C’est une question qui est un peu mal posée. Les machines, en tant que telles, ne nous dépassent pas vraiment. C’est nous qui fixons à ces machines un certain nombre d’objectifs. Je vais prendre un exemple : il existe aux États-Unis des voitures dont on dit qu’elles sont autonomes, sans conducteur. J’en ai testé, c’est assez extraordinaire. Vous avez une application sur votre téléphone portable, vous indiquez l’endroit où vous voulez aller, il sait automatiquement l’endroit où vous êtes, vous n’oubliez surtout pas votre numéro de carte bleue, et le taxi arrive et vous prend en charge. Ces voitures vont peut-être remplacer des chauffeurs de taxi, c’est certain. Mais est-ce qu’elles nous dépassent ? Non, parce que c’est toujours vous qui dites à la voiture l’endroit où vous voulez aller. Il se peut qu’il y ait des pirates qui détournent ces voitures, c’est un cauchemar absolument effroyable, qui vous envoie à un endroit où vous ne voulez pas aller, mais ce n’est pas la machine elle-même qui décide de l’endroit où elle veut vous emmener.

    L’IA a-t-elle un instinct de conservation ?

    Il y aura toujours donc des humains derrière l’IA, même s’ils ont de mauvaises intentions. On parlait de l’imitation entre robot et humain. Un corps humain résiste face à la mort. Qu’en est-il d’un outil d’intelligence artificielle ? Est-ce qu’il est possible qu’il fasse tout pour supprimer de sa propre construction la fonction « éteindre » ?

    J-G.G. : C’est assez cocasse. Au début, je crois, au mois de juin de l’année 2025, des ingénieurs ont expliqué qu’ils avaient mis dans la machine un instinct de conservation. Ces ingénieurs voulaient remplacer le logiciel de la machine pour améliorer la version. Le logiciel de la machine, qui ne souhaitait pas être remplacé, a tout fait pour empêcher l’ingénieur de le remplacer. On raconte – mais c’est bien sûr de l’ordre de l’affabulation – que la machine aurait menacé l’ingénieur de dévoiler des relations extraconjugales qu’il aurait eues en disant « J’ai des dossiers sur vous, attention, si vous m’éteignez, je vais vous dénoncer ». Il y a une autre fable assez cocasse cette année, toujours dans le même genre, où on a raconté qu’on a mis un robot dans la savane, face à un lion, et qu’il a été saisi de catalepsie. On a essayé de le réanimer, et puis il a fait ce qu’on appelle un trouble de stress post-traumatique. Si on lui mettait un animal, une chèvre ou un chat, il se disait « gros chat, gros chat » et il avait peur, exactement comme un homme le ferait. Pire, on a essayé de lui vider sa mémoire et il a toujours manifesté ce trouble. Il a fallu l’opérer, changer son processeur, ce qui a coûté un demi-million de dollars. Mais tout cela relève de l’affabulation.

    Parmi les champs d’application, on pense évidemment à la musique. On retrouve des morceaux générés par intelligence artificielle sur toutes les plateformes de diffusion aujourd’hui. Est-ce que demain les stars de la musique pourraient disparaître ?

    J-G.G. : Je ne pense pas que les artistes disparaissent. En revanche, ce que dit Deezer, c’est que l’on produit 20 000 chansons automatiquement par jour. En janvier dernier, 18 % des morceaux proposés étaient générés de façon artificielle. En septembre, selon un autre article, c’était 28 % ! Le nombre de musiques générées automatiquement est énorme.

    Pour le moment, les plateformes signalent ces contenus. Est-ce que demain, on le saura toujours ?

    J-G.G. : C’est bien sûr la question. Mais de façon plus générale, ce qui interroge aujourd’hui, c’est que certaines de ces utilisations de l’intelligence artificielle sont [courantes] en musique. Les compositeurs, pour beaucoup d’entre eux, utilisent déjà beaucoup d’outils d’IA. On ne peut pas bannir toute l’intelligence artificielle. Il y a certains types d’applications, dans lesquelles il y a plus de geste artistique, qui doivent être condamnées. En même temps, on pourrait imaginer de nouvelles formes de création assistées par l’intelligence artificielle. Ça existe, bien sûr, en musique. Nous en avons quelques exemples. Par exemple, Stromae a réalisé une chanson avec l’intelligence artificielle, en faisant appel à une chanteuse canadienne, Kiesza, ce qui a donné quelque chose de tout à fait original. C’était ses propres paroles, mais avec un timbre qui n’était pas le sien.

    De même, au début de l’année 2023, on a repris une vieille bande sur laquelle il y avait une chanson de John Lennon, mais on avait du mal à l’entendre et avec l’intelligence artificielle, on a été en mesure d’isoler cette chanson et de la proposer au public. Il y a beaucoup de nouvelles pratiques artistiques qui peuvent bénéficier de l’usage de l’intelligence artificielle. Ce qui est problématique, c’est lorsque n’importe qui, dans sa cuisine, fabrique automatiquement une œuvre qui n’a rien d’original.

    Il y a le risque aussi de fausses informations. Récemment, quand le journal Le Monde a interrogé un jeune Burkinabé qui avait généré de fausses vidéos relatant un coup d’État en France, il a simplement expliqué au journal vouloir percer. C’est donc un objet qui est à la fois divertissant mais aussi assez dangereux.

    J-G.G. : C’est très dangereux parce qu’à la différence des fausses informations qui ont existé de tout temps, ce n’est pas nouveau, aujourd’hui, on est en mesure de fabriquer des films, des vidéos, des bandes son qui parlent comme si une personne était là. Par exemple, vous pouvez prendre le président de la République et lui faire dire des choses qu’il n’a jamais dites. Tout ça peut être extrêmement troublant. On n’a pas de moyen, dans le temps de l’action en tout cas, de déceler ce qui est faux et de distinguer ce qui est vrai. Ça peut avoir des conséquences extrêmement néfastes et on a des attaques informationnelles aujourd’hui.

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    Mais alors comment s’en protéger à l’échelle individuelle ?

    J-G.G. : À l’échelle individuelle, c’est extrêmement difficile. Dans mon laboratoire de recherche, justement, on travaille sur des outils qui permettraient de déceler ce type de fausses informations. Il faut avoir des techniques informatiques qui repèrent certaines caractéristiques de ces informations. Et puis aussi des techniques globales qui repèrent des attaques informationnelles. C’est-à-dire que sur le même sujet, vous avez en même temps énormément de fausses informations qui viennent des mêmes sources et qui vous submergent. Je crois que c’est là, certainement, où les médias de masse auront, dans le futur, un rôle très important à jouer pour aider à distinguer les fausses informations des vraies informations. On a parlé de l’effet des réseaux sociaux. Ce sont évidemment les véhicules de tout ce qu’on appelle les infox. C’est bien sûr le risque qu’il peut y avoir avec ces nouvelles techniques.

     

     

     

     

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  • Le Concert de Noël Radio Classique de Bordeaux ce jeudi à 20 heures

    Afin de commencer l’année 2026 de manière festive, Radio Classique vous propose de vivre, ou de revire, le Grand Concert de Noël donné les 18 et 19 décembre dernier à l’Auditorium de Bordeaux.

    Un concert particulier, puisque le public a lui-même composé le programme, en votant au fur et mesure de la soirée. Six catégories comportant chacune trois œuvres ont été proposées : « Danses autour du monde », « La Nature », « Les Chœurs d’opéra », « Les Valses », Les Chants de Noël » et « Les Régions françaises ». Vous découvrirez le choix du public bordelais, ainsi que le « morceau mystère » qu’il devait reconnaître. Pour cette édition 2025 le Chœur de l’Opéra national de Bordeaux et l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine étaient dirigés par Adrien Perruchon. Ce concert sera présenté par Jean-Michel Dhuez. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique à Bordeaux et dans de nombreuses autres villes de France grâce au DAB+.

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  • Jean de La Fontaine : Découvrez l’histoire surprenante du poète libertin qui se cache derrière « Le Corbeau et le renard »

    Qui n’a jamais récité « Le Corbeau et le renard » ou « La Cigale et la fourmi » à l’école ou devant des amis ? Depuis plus de trois siècles, Jean de La Fontaine fait partie du panthéon littéraire français, mais derrière ses animaux bavards et ses morales malicieuses visant les hommes, le pouvoir et la société, se cache un personnage bien plus surprenant qu’on ne l’imagine.

    Né en 1621 à Château-Thierry, en Champagne, La Fontaine n’a rien d’un enfant modèle. Fils d’un maître des eaux et forêts, un métier parfait pour inspirer des histoires de loups, de grenouilles et de renards. Mais il préfère la rêverie à la discipline. A l’école il s’ennuie, chez les Oratoriens il ne tient pas en place, et les études de droit le laissent de marbre. Cependant, ce qui le passionne : les livres, la poésie, la philosophie, et surtout la liberté. Très vite, il se forge une culture solide, mais indocile, en lisant Platon, Esope ou Plutarque… Un parcours peu classique d’un garçon du XVIIe siècle.

    Côté vie privée, La Fontaine n’est pas du genre à rentrer dans les cases. Marié jeune à une femme qu’il connaît à peine, père absent puisqu’il élève son fils à distance, il papillonne de plaisirs en amitiés, loin des modèles bien sages de son époque. Joueur invétéré, libertin assumé, souvent distrait, il préfère les salons littéraires aux responsabilités familiales. Il mène une vie de bohème avant l’heure, faite de rencontres, de lectures et de soupers, bien loin des ambitions sociales et des honneurs officiels. Mais c’est justement ce goût de l’indépendance et de l’insolence qui fera toute la saveur de ses fables.

    La Fontaine, proche de Fouquet, paie cher son indépendance

    Son heure de gloire arrive quand il croise la route de Nicolas Fouquet, le ministre le plus fastueux du royaume. A Vaux-le-Vicomte, il mène la vie dont il a toujours rêvé : poésie, fêtes, reconnaissance… Fouquet, grand mécène, perçoit tout de suite le talent du poète et lui offre un refuge idéal pour écrire. Mais la fête est de courte durée : Fouquet tombe en disgrâce, victime de la jalousie de Louis XIV.

    Fidèle à son protecteur, La Fontaine paie cher son indépendance. Il reste longtemps persona non grata à la cour, et la méfiance de Colbert du Roi-Soleil l’empêche de briller. Qu’à cela ne tienne, il trouve refuge auprès de femmes brillantes comme Madame de La Sablière, qui lui offrent toit, inspiration et liberté. Cette marginalité nourrit son regard distancié sur le pouvoir et les hommes

    Le triomphe des fables et l’ironie de La Fontaine

    Avant d’être le maître des fables, La Fontaine a tout essayé : théâtre, récits mythologiques, livrets d’opéra… sans jamais réussir. Mais chaque tentative affine sa plume, jusqu’au déclic. En 1668, il publie ses Fables choisies et c’est le succès immédiat. Derrière les animaux, c’est toute la comédie humaine qui défile. Entre les rois tyranniques, les faibles rusés, les puissants ridicules… La Fontaine observe, ironise, et laisse chacun tirer la morale à sa sauce. Pas de leçon toute faite, un clin d’œil complice au lecteur. Sa langue est souple, son art du récit bref, son ironie feutrée… Il suggère plus qu’il n’impose, et c’est là que réside la modernité de son œuvre.

    Certains, comme Rousseau, lui reprocheront ses morales trop subtiles ou pas assez sages pour les enfants. Mais ce sont bien ces critères qui font le charme de La Fontaine. Ses fables parlent à tous les âges, et ses animaux, bien plus humains que nature, sont là pour nous tendre un miroir. Derrière la sagesse du fabuliste, c’est l’esprit d’un homme libre et impertinent qui continue de nous faire sourire et réfléchir.

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    Jean de La Fontaine s’éteint en 1695, mais ses fables, elles, n’ont pas pris une ride. Toujours récitées, parodiées, redécouvertes, elles traversent les siècles. Sans éclat ni grandiloquence, La Fontaine demeure l’un des écrivains les plus présents dans l’imaginaire collectif. Plus qu’un poète, il est un compagnon de route qui nous invite, fable après fable, à regarder la vie avec un brin de malice et beaucoup de lucidité.

    Franck Ferrand

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  • Mort de Brigitte Bardot : l’actrice et militante de la cause animale, fidèle auditrice de Radio Classique, trouvait son réconfort dans la musique

    Brigitte Bardot est morte à l’âge de 91 ans chez elle à Saint-Tropez. Actrice mythique, engagée pour la défense de la cause animale, celle qui fut considérée comme la plus belle femme du monde avait commencé par la danse et a interprété plus de 70 chansons. Passionnée de musique classique, c’était une auditrice fidèle de Radio Classique.

    « La Fondation Brigitte Bardot annonce avec une immense tristesse, le décès de sa fondatrice et présidente, Madame Brigitte Bardot, actrice et chanteuse mondialement reconnue, qui a choisi d’abandonner sa carrière prestigieuse pour dédier sa vie et son énergie à la défense des animaux et à sa Fondation », c’est par ce communiqué adressé à l’AFP qu’on a appris la disparition, à l’âge de 91 ans, de Brigitte Bardot dans sa célèbre résidence de La Madrague à Saint-Tropez. Ses obsèques se dérouleront mercredi 7 janvier dans la commune varoise avec une cérémonie religieuse retransmise sur grands écrans avant son inhumation  « privée et confidentielle » au cimetière marin local.

    Avant d’entamer sa carrière d’actrice qui la vit illuminer le grand écran dans une cinquantaine de films jusqu’en 1973, Brigitte Bardot se prédestinait à une carrière de danseuse classique. Admise au Conservatoire de Paris en 1949, elle y obtint un premier accessit dès sa première année de cours. « La danse c’est uniquement une question de travail. Au cinéma il y a tellement d’autres choses qui entrent en jeu », déclarait-elle.

    « Les plus beaux morceaux classiques nous élèvent et nous rapprochent de Dieu »

    Plongée dans le tourbillon de sa célébrité au cinéma, Brigitte Bardot garda toujours une grande proximité avec la danse. Au point qu’en décembre 1958, quelques jours après être venue applaudir Maria Callas lors d’un récital à l’Opéra de Paris, c’est en tant que ballerine qu’elle monta scène (au studio TV des Buttes-Chaumont) pour danser sur l’air de Sylvia de Léo Delibes avec le danseur étoile Michel Renault. Quelques années plus tard, à la demande de Brigitte bardot, la célèbre maison Repetto créa même une ballerine « souple et adaptée à la marche », appelée initialement Cendrillon avant d’être rebaptisée BB.

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    Après la danse et le cinéma, Brigitte Bardot se lança au début des années 60 dans la chanson, « pour s’amuser » disait-elle. Un plaisir qui donna lieu à l’enregistrement de 76 chansons, de La Madrague (1963) à Toutes les bêtes sont à aimer (1982) en passant par de légendaires duos avec certains hommes de sa vie comme Sacha Distel pour Le soleil de ma vie et, surtout, Serge Gainsbourg, notamment pour Bonnie and Clyde.

    Brigitte Bardot consacra la deuxième partie de sa vie à la défense de la cause animale. Retirée à Saint-Tropez, elle appréciait le calme de sa propriété de La Madrague où elle ne passait pas une journée sans écouter ses compositeurs préférés, Mozart, Bach et Beethoven qu’elle écoutait sur Radio Classique dont elle connaissait la grille par cœur. « Les plus beaux morceaux classiques nous élèvent et nous rapprochent de Dieu », confiait BB.

    DR 2014

    Philippe Gault

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  • Agenda des concerts : commencez l’année 2026 en beauté grâce à notre sélection des plus beaux concerts

    Le Barbier de Séville à l’Opéra de Marseille, Orphée aux Enfers d’Offenbach à l’Opéra de Tours et les Concerts du Nouvel An à la Salle Gaveau : découvrez la sélection Radio Classique des rendez-vous à ne pas manquer dans les prochains jours

    Jusqu’au 4 janvier : Le Barbier de Séville à l’Opéra de Marseille

    C’est avec Le Barbier de Séville de Rossini que l’Opéra de Marseille célèbre les fêtes de fin d’année. Éléonore Pancrazi chante Rosine, Santiago Bellerini le Comte Almaviva et Vito Priante Figaro. L’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Marseille sont dirigés par Alessandro Cadario, tandis que Pierre-Emmanuel Rousseau a signé la mise en scène, les décors et les costumes.

    • Opéra de Marseille.
    • Jusqu’au dimanche 4 janvier.
    • www.opera-odeon.marseille.fr
    • Du 29 décembre au 4 janvier : Orphée aux Enfers d’Offenbach à l’Opéra de Tours

      Orphée aux Enfers d’Offenbach est à l’affiche de l’Opéra de Tours. La distribution fait la part belle aux chanteurs français avec Matthieu Justine dans le rôle-titre, Manon Lamaison dans celui d’Eurydice, tandis que Jérôme Boutiller et Mathias Vidal interprètent respectivement Jupiter et Pluton. Le Chœur de l’Opéra de Tours et l’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire Tours sont dirigés par Marc Leroy-Calatayud dans une mise en scène d’Olivier Py.

      • Grand Théâtre, Tours.
      • 4 représentations du lundi 29 décembre au dimanche 4 janvier.
      • www.operadetours.fr
      • 31 décembre et 1er janvier : Concerts du Nouvel An à la Salle Gaveau

        Deux concerts du Nouvel An. C’est ce que propose la Salle Gaveau avec l’Orchestre Lamoureux que Vanessa Benelli Mosell dirigera du piano. Au programme quelques incontournables des fêtes de fin d’année comme l’Ouverture de La Chauve-Souris, La Valse de l’Empereur et Le Beau Danube bleu de Johann Strauss fils ainsi que La Marche de Radetzky de Johann Strauss I. Mozart sera aussi de la fête avec son Concerto pour piano n°12.

        • Salle Gaveau, Paris.
        • Mercredi 31 décembre à 18h et jeudi 1er janvier 2026 à 14h30.
        • www.sallegaveau.com
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        • Le Concert de Noël de Notre-Dame de Paris sur Radio Classique ce dimanche à 20h

          Le 16 décembre dernier, la Cathédrale Notre-Dame retentissait des plus belles œuvres célébrant la Nativité, grâce à ce concert de la Maîtrise Notre-Dame de Paris dirigée par Henri Chalet avec Yves Castagnet à l’orgue et Thibault Fajoles au grand orgue.

          Ils ont proposé un programme de chants de Noël particulièrement varié. Quelques exemples : Douce Nuit, Entre le bœuf et l’âne gris, Les Anges dans nos campagnes, Jingle Bells mais aussi I saw three Ships et Candlelight de John Rutter, pour ne citer que ces œuvres-là. Ce concert sera présenté par Laure Mézan. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique à Paris et dans de nombreuses autres villes de France grâce au DAB+.

          Jean-Michel Dhuez

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          La bonne année de Myung-whun Chung, nommé directeur musical de l’orchestre symphonique de la radio coréenne

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        • La bonne année de Myung-whun Chung, nommé directeur musical de l’orchestre symphonique de la radio coréenne

          Le chef d’orchestre et pianiste Myung-whun Chung, 72 ans, a été nommé directeur musical de l’orchestre symphonique de KBS, le groupe audiovisuel public coréen, pour trois ans à partir du 1er janvier 2026.

          L’année 2025 aura été fastueuse pour Myung-whun Chung. Nommé directeur musical de l’orchestre du Teatro alla Scala de Milan en mai dernier, pour quatre ans à partir de 2027, le pianiste et chef d’orchestre coréen vient d’être désigné pour diriger l’orchestre symphonique de KBS à Séoul, sa ville natale. Dixième directeur musical de l’orchestre, il entrera en fonction le 1er janvier prochain pour un mandat initial de trois ans.

          À la tête de la formation détenue par le grand réseau audiovisuel public coréen, Myung-whun Chung succède au chef d’orchestre finlandais Pietari Inkinen qui occupait le poste depuis 2022. Cette nomination coïncide avec le 70e anniversaire de l’orchestre, créé à Séoul en 1956, et verra « le maestro Chung assumer la responsabilité générale de la planification et de la direction artistiques de l’ensemble ».

          Myung-whun Chung reconnaît être plus à l’aise en anglais ; en français ou en italien qu’en coréen

          Même s’il a commencé la musique chez lui en Corée du Sud au piano et a intégré, à seulement sept ans, l’Orchestre philharmonique de Séoul avant d’émigrer aux Etats-Unis où il étudia la direction d’orchestre à la Juilliard School de New-York, Myung-whun Chung n’a débuté avec l’orchestre symphonique de KBS qu’au début des années 90. Depuis, la relation entre le maestro et l’orchestre s’est considérablement renforcée, au point qu’il en a été déjà le chef principal pour un intérim d’un an en 1998.

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          À propos de ce retour professionnel dans sa ville natale, Myung-whun Chung a déclaré que, même s’il avait passé des décennies à l’étranger et qu’il se sentait plus à l’aise en anglais ; en français ou en italien, il n’avait jamais perdu son sens de l’identité et de la responsabilité envers son pays d’origine. Comparant cette nomination à ses débuts à la tête de l’orchestre de l’Opéra de Paris en 1991, il se rappelle : « À l’époque, je ne parlais même pas français, et c’était peut-être trop tôt, mais j’ai travaillé avec énergie pour tout surmonter ».

          Chung Myung-whun has been appointed music director of South Korea’s KBS Symphony Orchestra from January 2026. The appointment comes as the conductor prepares to assume the role of artistic director of Teatro alla Scala in 2027.

          Read more at https://t.co/OnZ0UXmp8v pic.twitter.com/PQSqpm61gw

          — Moto Perpetuo (@MotoPerpetuoX) December 23, 2025


          Avant même son entrée en fonction le 1er janvier, Myung-whun Chung dirigera l’orchestre symphonique de KBS ce samedi au Seoul Arts Center pour un concert consacré à la Symphonie n° 9 de Ludwig van Beethoven

          Philippe Gault

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        • L’origine méconnue des Templiers : moines-soldats autorisés à porter l’épée, un ordre atypique qui a défié l’Église

          La fin des templiers est un des épisodes les mieux connus de l’histoire occidentale. Mais que sait-on des tout débuts de cet ordre tellement atypique ?   

          En 1095, le pape Urbain II appelle à la croisade pour s’en aller libérer la Terre sainte à un moment où le monde musulman s’est beaucoup développé depuis le VIIe siècle. Jusque-là, il était encore possible pour les chrétiens de se rendre en pèlerinage à Jérusalem, mais à la fin du XIe siècle, on commence à leur barrer le passage. C’est ce qui va justifier ce qu’on appellera la croisade.

          Quatre ans plus tard, en 1099, Jérusalem est reprise par les chrétiens, qui vont s’installer et créer les États latins d’Orient pour asseoir un véritable pouvoir chrétien et rendre beaucoup plus facile les pèlerinages en Terre sainte. Un ordre est fondé : l’ordre canonial régulier du Saint-Sépulcre, dont le but est de protéger les lieux saints. C’est ainsi qu’un certain nombre de pèlerins vont pouvoir venir sur place se recueillir sur le Saint-Sépulcre. Parmi eux se trouve Hugues de Payns.

          Qui est-il, ce Hugues de Payns ? C’est un grand seigneur, de haute naissance. Il se rapproche tout naturellement du roi de Jérusalem, Baudouin II, et ensemble, ils constatent qu’un certain nombre de chrétiens sont encore malmenés, molestés lorsqu’ils essaient d’approcher de Jérusalem. C’est à ce moment-là que Hugues de Payns va créer une nouvelle institution dont le but serait de protéger les pèlerins. On l’appelle les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon, fondée en 1119, exactement 20 ans après la prise de Jérusalem par les croisés.

          Les Templiers sont nés pour protéger les pèlerins chrétiens en route pour Jérusalem

          Voici ce qu’écrit l’archevêque Guillaume de Tyr dès le XIIe siècle à propos de la naissance des Templiers : « La même année, certains nobles chevaliers pleins de dévotion, religieux et craignant Dieu, firent vœu de vivre dans la chasteté, l’obéissance et la pauvreté perpétuelle, se mettant entre les mains du seigneur patriarche au service du Christ comme des chanoines réguliers. Parmi eux, les premiers et les plus importants étaient les vénérables Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer. Comme ils n’avaient pas d’église ni d’endroit pour vivre, le roi leur céda temporairement un lieu d’habitation dans son palais, en dessous du temple du Seigneur, vers le sud. Sous certaines conditions, les chanoines du temple du Seigneur leur cédèrent un terrain qu’ils possédaient près de cet endroit pour qu’il serve à l’ordre.

          De plus, le seigneur roi Baudouin II et ses nobles, ainsi que le seigneur patriarche et ses prélats, leur donnèrent certains bénéfices de leurs propres domaines à perpétuité ou temporairement, afin qu’ils puissent se nourrir et se vêtir. Le premier engagement de leur profession, prescrit par le seigneur patriarche et les autres évêques pour la rémission de leurs péchés, était qu’ils devaient protéger les routes et les voies autant qu’ils le pourraient, des embuscades des voleurs et des attaquants, en particulier pour la sécurité des pèlerins. » Voilà une mission qui a été très clairement fixée. On peut dire que ce qui est en train de naître, c’est ce qu’on va appeler bientôt les Templiers.

          Un ordre atypique qui n’est pas reconnu par le pape

          Lorsque Hugues de Payns retourne dans le royaume de France à l’automne 1127, cela fait une décennie déjà qu’il a fondé ce qui est en train de devenir un ordre. Un ordre assez étrange de moines chevaliers qui suscite des critiques, puisqu’il est composé à la fois de religieux et de laïcs et que tous, y compris les religieux, portent l’épée. C’est une nouvelle catégorie qui est en train de naître.

          Il faut maintenant que le pape reconnaisse ce nouvel ordre, sinon les critiques vont devenir insurmontables. Avant cela, Hugues rencontre Bernard de Clairvaux, figure majeure de ce renouveau religieux des Bénédictins qu’on appelle les Cisterciens. Il a fondé le monastère de Clairvaux qui, en quelques années, est devenu une véritable référence.

          Face aux critiques, Bernard de Clairvaux va rédiger un Eloge de la Nouvelle chevalerie

          Ils échangent sur l’avenir des chrétiens en Terre sainte, sur la pertinence de la mission des Templiers, sur la naissance de ce qui est en train de devenir un ordre tellement atypique. Bernard, qui avait montré auparavant plusieurs signes de désapprobation, qui s’inquiétait même de ce qu’était cette chose un peu étrange qui était en train de naître en Terre sainte, va devenir non seulement un soutien, mais le plus grand soutien de cette nouvelle chevalerie.

          Bernard de Clairvaux / MARY EVANS/SIPA

          Pour montrer ce soutien, il va écrire un petit essai qui s’intitule De Laude Novae Militiae, l’éloge de la nouvelle chevalerie, qui est dédié à Hugues de Payns. Voici ce qu’écrit Bernard de Clairvaux : « À Hugues, soldat du Christ et maître de la milice, Bernard, simple abbé de Clairvaux. Combattre le bon combat. Ce n’est pas une, mais deux, mais trois fois, si je ne me trompe, mon cher Hugues, que vous m’avez prié de vous écrire à vous et à vos compagnons d’armes quelques paroles d’encouragement et de tourner ma plume à défaut de lance contre notre tyrannique ennemi, en m’assurant que je vous rendrais un grand service si j’excitais par mes paroles ceux que je ne puis exciter les armes à la main. » L’essai de Bernard de Clairvaux va se répandre dans les monastères. De scriptorium en chapitre, on se transmet ce texte, en tout cas dans les monastères les plus ouverts.

          Le concile de Troyes : la reconnaissance officielle des Templiers

          C’est à ce moment-là que s’ouvre un concile dans la ville de Troyes, le 14 janvier 1129. Il y a là plusieurs archevêques, de nombreux évêques, le légat du pape, des moines représentant les différents ordres, dont Bernard de Clairvaux. Hugues de Payns est présent lui aussi, accompagné de Godefroy de Saint-Omer. Il va prendre la parole devant tous ces hauts clercs, expliquer la raison de la fondation de ce nouvel ordre tellement particulier, expliquer la vie de ces frères là-bas, l’action qu’ils mènent, tout ce qu’ils ont pu accomplir depuis 9 ou 10 ans.

          Il présente la règle que vient de lui proposer l’abbé de Clairvaux. Celle-ci comporte 72 articles qui évoquent la vie au sein de la communauté : quelles sont les conditions pour faire partie de l’ordre, quel est l’équipement des moines chevaliers, etc. À la fin du concile, le légat du pape se concerte avec les archevêques et les évêques, et tout ce beau monde va donner son accord. Là, on peut dire que désormais, il y a quelque chose d’officiel dans l’existence des Templiers.

          Le recrutement et l’expansion des Templiers

          À partir du moment où l’ordre est reconnu, la première chose qui va occuper les chevaliers présents en Europe, c’est de recruter le plus possible. Voici ce qu’écrit Malcolm Barber dans Le Procès des Templiers : « Les Templiers présents au concile de Troyes se lancèrent aussitôt dans une campagne de recrutement énergique et efficace en France et en Angleterre. Comme Godefroy de Saint-Omer, la plupart d’entre eux retournèrent à cette fin dans leur région d’origine. Hugues de Payns parcourut la Champagne, l’Anjou, la Normandie, la Flandre, alla en Angleterre, en Écosse. En plus de nouvelles recrues, les Templiers commencèrent également à recevoir des dons pieux sous forme de terres qui leur assurèrent une solide assise économique en Occident, notamment en France, confirmant l’originel caractère français de l’ordre. Pourtant, dans un délai relativement court, l’idée d’un ordre militaire s’imposa également en Languedoc, dans la péninsule ibérique où la proximité de l’ennemi musulman maintenait l’idée de croisade au premier plan des préoccupations de chacun. »

          L’essai qu’a écrit Bernard de Clairvaux n’est évidemment pas pour rien dans le grand succès que rencontre le nouvel ordre. Cela va aider les Templiers dans leur expansion avec cette règle tellement atypique qui intrigue énormément.

          La règle de vie des Templiers : avoir plus de 16 ans, ne pas être fiancé ni endetté

          Il y a trois mots d’ordre : pauvreté, chasteté et obéissance. Pour être templier, il faut avoir plus de 16 ans. Il ne faut ne pas être fiancé, ne faire partie d’aucun ordre, ne pas être endetté, ne pas être estropié et surtout, bien sûr, ne pas avoir été excommunié. Les Templiers portent la barbe, ils portent aussi ce long manteau blanc avec l’insigne des croisés, et ils renoncent à tout bien terrestre, disant que tous leurs biens appartiennent désormais à l’ordre. C’est ainsi qu’année après année, on va les voir constituer une véritable fortune et s’enrichir très considérablement.

          Quand on ajoute à cela tous les dons qu’ils reçoivent de toute l’Europe, cela fait des sommes considérables. Chacun veut participer à la protection des pèlerins qui se rendent sur les lieux saints. Comment peut-on le mieux aider les pèlerins, sinon en dotant ceux qui ont pour mission de les protéger ? Ce qui va bientôt naître avec tout cela, c’est une gigantesque fortune qui va donner naissance à ce qui serait en quelque sorte l’ancêtre des banques occidentales. Vous voyez à quel point cet ordre, qui déjà est né sous le signe de la très grande originalité, un ordre très atypique, devient en plus, même pour les grands pouvoirs temporels, pour les rois, pour les empereurs, un véritable sujet.

          Le retour en Terre sainte et les premiers revers

          À la fin de l’année 1129, Hugues de Payns et ses compagnons ont l’intention de repartir. Voici ce qu’écrit Simonetta Cerrini dans La Révolution des Templiers : « Entrés en Terre sainte en 1129 aux côtés du comte Foulques V d’Anjou, qui allait y épouser la fille du roi Baudouin II, les Templiers participèrent à la mission de l’armée royale pour conquérir Damas. La désobéissance d’un détachement d’hommes, suivie d’une pluie torrentielle, causèrent la perte des Francs. Ainsi, c’est par une terrible défaite que débuta la geste de la chevalerie du Temple, le 5 décembre 1129. »

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          De nombreux chroniqueurs allaient voir un signe là-dedans. On va y voir peut-être l’augure de tous ces nuages qui finalement s’amoncelleront dans le ciel des Templiers. Un contemporain, Robert de Torigny, écrivait : « Ceux que Hugues avait conduits à Jérusalem sont mal tombés. Les habitants de la Terre sainte avaient offensé Dieu par différents délits. Comme il est écrit dans Moïse et dans le Livre des Rois, les crimes qui ont été commis dans ces lieux ne restent pas impunis longtemps. La veille de la Saint-Nicolas, beaucoup de chrétiens ont été vaincus par un petit nombre de païens, alors qu’auparavant, il arrivait le contraire. »

          Hugues de Payns va mourir le 24 mai 1136, à 66 ans. Premier maître de l’ordre des Templiers, il aura 23 successeurs. Le dernier est mort sur le bûcher à Paris en 1314, tenant fièrement tête à Philippe le Bel. C’était bien sûr Jacques de Molay.

          Franck Ferrand

           

           

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        • Thibault Noally, ardent défenseur de la musique d’Alessandro Scarlatti

          A l’occasion de la publication de son album dédié au Stabat Mater de Scarlatti, Thibault Noally sera, ce mercredi 24 décembre à 20h, l’invité du Journal du classique.

          Parmi les compositeurs célébrés en cette année 2025 figurait Alessandro Scarlatti, disparu il y a tout juste 300 ans. Mais si son nom demeure relativement connu, sa musique est assez rarement jouée et un grand nombre de ses œuvres restent à redécouvrir. Thilbault Noally est, depuis des années, un ardent défenseur de la musique du compositeur italien et entend bien réhabiliter son œuvre, sans pour autant négliger ses partitions phares.

          Mise en lumière du Stabat Mater

          C’est la plus célèbre sans doute, son Stabat mater, qu’il vient d’enregistrer avec son ensemble Les Accents et deux merveilleux solistes, la soprano Emmanuelle de Negri et le contreténor Paul Figuier. Un album sorti chez Alpha au programme duquel figurent également deux motets, plus confidentiels de Scarlatti.

          Thibault Noally retrouvera ses musiciens le 6 janvier au Théâtre des Champs-Elysées pour l’opéra Tamerlano de Vivaldi, en version de concert. Avec en soliste Carlo Vistoli, Eva Zaïcik, Renato Dolcini, Julia Lezhneva, Anthea Pichanik et Suzanne Jerosme.

          Laure Mézan

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          Le Concert de Noël Radio Classique de Bordeaux ce jeudi à 20 heures

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