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Un peu plus d’un mois après avoir mis fin aux fonctions de son directeur artistique René Martin, le conseil d’administration du Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron annonce la nomination d’un nouveau comité artistique composé de trois musiciens renommés.
Claire Désert, pianiste et professeur au CNSDMP, Nelson Goerner, pianiste argentin et professeur à la Haute école de musique de Genève et à l’Académie Barenboim-Said, et Victor Julien-Laferrière, violoncelliste et chef de l’Orchestre Consuelo, ont été désignés par le conseil d’administration du Festival de La Roque d’Anthéron pour diriger désormais son nouveau comité artistique.
Ce triumvirat d’éminents musiciens aura pour priorité, en liaison avec la direction et les équipes du Festival, l’élaboration d’une première série de concerts, dont les artistes, programmes et dates seront dévoilés dans les prochaines jours pour la 46e édition du grand événement estival consacré au piano, qui se tiendra dans la commune provençale du 16 juillet au 16 août 2026.
L’installation de ce comité artistique intervient à la suite de l’éviction mi-novembre de René Martin, directeur artistique du festival depuis bientôt 45 ans. Le co-fondateur du grand événement pianistique estival, créé en 1981, est accusé de dérives autoritaires et sexistes qui ont conduit à sa mise à l’écart de la Folle Journée de Nantes et à sa démission de ses fonctions au sein du CREA, le Centre de réalisations et d’études artistiques qu’il dirigeait
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La direction du festival provençal promet que « l’édition 2026 réservera de nombreuses nouveautés, des rencontres privilégiées avec les musiciens, et quelques surprises, pour prolonger l’émerveillement et l’émotion tout au long de l’été. Car, à La Roque d’Anthéron, chaque note devient un moment de partage, chaque concert une invitation à écouter la musique comme un dialogue vivant entre artistes et public ».
La direction du festival précise que le programme complet de l’édition 2026 sera présenté en février prochain.
Philippe Gault
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Louis Pasteur fait figure de héros national. Le père français de la vaccination a commencé par traiter la maladie du charbon, qui faisait des ravages dans les élevages, avant de s’attaquer à la rage et entrer dans l’Histoire en soignant un petit Alsacien de 9 ans.
1 – La vaccination n’est pas née avec Louis Pasteur, elle remonte à la nuit des temps
Depuis la plus haute Antiquité, on a remarqué que si l’on habitue peu à peu un organisme à supporter une substance nocive, la contamination n’est pas ou n’est plus mortelle.
La vaccination en tant que telle a partie liée à une autre affection : la variole, maladie infectieuse pustulaire terrible qu’on a longtemps appelée la petite vérole et qui est bien souvent mortelle. Cette variole arrive d’Asie, de Chine essentiellement, dès le IXe siècle et elle a des effets terribles. On sait qu’en Perse, des extraits varioliques étaient frottés sur des éraflures cutanées dans les établissements de bain, et ce traitement, tout à fait empirique, avait des résultats. On sait aussi qu’en Circassie, en Géorgie, on avait pris l’habitude de piquer les jeunes filles avec des aiguilles contaminées pour justement éviter qu’elles ne contractent la maladie.
En Europe, il faudra attendre le XVIIIe siècle pour qu’on procède à cette inoculation à l’aiguille. Une maladie des vaches leur provoquait des éruptions pustuleuses sur le pis. Or les fermiers qui avaient été contaminés par cette vaccine ne développaient que des formes bénignes de la variole. Un médecin britannique, Jenner, va généraliser tout cela. Il prélève de la matière infectée et la transfère sur les coupures. Il commence par un enfant de 8 ans, et cette inoculation réussit. Prudemment, petit à petit, ces expériences se généralisent, et on va inoculer le virus variolique à un certain nombre de personnes, souvent des enfants, qui se révèlent immunisés contre la variole. La vaccination est inventée à titre préventif. Le grand biologiste qu’est Pasteur dans les années 1870-1880 connaît tout cela, il est même très au courant, et le hasard va l’amener à développer sa propre méthode.
2 – Pasteur, fils de tanneur, devient un grand savant grâce à la découverte du microbe
Louis Pasteur était fils d’un petit tanneur d’Arbois dans le Jura. Son père était un vétéran de la Grande Armée et a poussé son fils à faire de grandes études. Normalien à 21 ans, Pasteur publiera à 25 ans les résultats de travaux remarqués sur la dissymétrie moléculaire. D’emblée, même dans une discipline a priori aussi aride que la cristallographie, Louis Pasteur met en évidence des particularités du monde vivant. Ce qui passionne ce biologiste en puissance, c’est la vie.
Il aura l’occasion de la cerner de plus près dans les travaux qu’il entreprend à la Faculté de Lille à partir de 1854. Cette fois, il s’agit de travaux plus pratiques qui conviennent sans doute mieux au caractère de Louis Pasteur, qui cherche toujours des applications à ce qu’il recherche. Il va privilégier des applications concrètes et, en l’occurrence, il travaille sur la fermentation de la bière.
À force d’observation et d’expériences plus ou moins ingénieuses, Pasteur met en évidence le rôle joué dans cette fermentation par certains organismes microscopiques présents dans l’air. Il va poursuivre dans cette voie et mettre en évidence pour la première fois l’existence de micro-organismes actifs. Jusqu’ici, il s’était déjà fait la réputation d’un bon scientifique, mais avec cette découverte fondamentale du microbe, on peut dire que Pasteur accède au rang de savant.
3 – Louis Pasteur devient l’idole des campagnes françaises en trouvant un vaccin contre la maladie du charbon
Du temps de Pasteur, l’idée qu’on puisse se servir de la maladie pour lutter contre la maladie est un paradoxe que ne peuvent pas accepter la plupart des médecins de ce temps. Pasteur va d’abord expérimenter ses idées révolutionnaires sur des moutons. En 1881, il annonce la mise au point d’un vaccin contre la maladie du charbon. À l’époque, cela faisait des ravages dans tous les élevages français, pas seulement chez les moutons du reste, et il y avait là des applications très concrètes. Pasteur cherche les applications concrètes, car il cherche la publicité.
La première grande expérience est menée pas loin de Melun, à Pouilly-le-Fort, sur 60 moutons. On a mis 10 moutons de côté qui sont les témoins, et puis il y en a 25 qu’on va vacciner et 25 qu’on ne vaccine pas. Au bout de trois jours, 24 moutons parmi les vaccinés sont vivants et 23 parmi les non-vaccinés sont morts. C’est ce qui s’appelle un triomphe.
4 – Pasteur s’attaque à la rage, une maladie terrible mais peu fréquente
Dans la foulée, Pasteur va s’intéresser à une autre maladie beaucoup plus terrible que le charbon, et d’autant plus effrayante qu’elle est transmissible à l’homme : c’est la rage. Cette maladie faisait peu de victimes, mais elle avait une réputation terrible. Il faut dire que le mal, s’attaquant au système nerveux, atteint le cerveau et cause à la victime des souffrances, des hallucinations, des spasmes indescriptibles.
C’est une facette inédite de la personnalité de Louis Pasteur qui apparaît ici : cette volonté de s’afficher en quelque sorte. Non seulement il entend que ses travaux aient une application pratique, mais il apprécie qu’ils aient du retentissement. Il faut insister ici sur un aspect important : avec ce vaccin contre la rage, il ne s’agit plus de vacciner à titre préventif mais bel et bien à titre curatif. C’est un changement complet de conception. La grande idée de Pasteur, c’est de créer un germe assez virulent pour limiter au maximum la période d’incubation, donc qu’on pourrait utiliser après que la personne a été contaminée, mais suffisamment inoffensif pour que le patient puisse développer des défenses sans contracter la maladie. Autant dire que c’est un véritable tour de force.
Le vaccin contre la rage va donc être essayé sur ces chiens contaminés et qui, grâce au vaccin inoculé a posteriori, pour beaucoup d’entre eux, guérissent. Ce vaccin contre la rage est donc mis au point. Reste maintenant à franchir un pas décisif, le grand pas d’une certaine manière : il s’agit de passer de l’application animale à l’application humaine. Le risque est vraiment très grand.
5 – Joseph Meister, le petit Alsacien qui entre dans l’histoire, n’a pas été le seul cobaye
Les premiers essais resteront infructueux. Le 2 mai, à l’hôpital Necker, un homme de 61 ans se voit inoculer le vaccin une fois, mais l’administration hospitalière y est très opposée et le malade est passé au secret médical. C’est une opération dont on ne saura pas grand-chose. Le 8 juin suivant, un garde-barrière est inoculé, mais il a été contaminé par la rage peut-être trop tôt ou alors il a été traité trop tard. Il meurt de la rage. Le 22 juin, une petite fille de Saint-Denis est traitée, mais elle meurt elle aussi et l’autopsie semble vouloir dire qu’elle était trop atteinte.
Le destin va prendre la forme de trois Alsaciens qui se présentent au laboratoire de la rue d’Ulm le 6 juillet 1885. Un épicier arrive d’Alsace avec Madame Meister et son fils, qui a été touché. Louis Pasteur est embêté, il renvoie l’épicier et consulte ses confrères. Il faut rappeler qu’il n’est pas médecin, il est seulement biologiste. Lui seul peut décider si oui ou non on doit vacciner Joseph Meister.
La première inoculation est effectuée le 7 juillet à 9 heures du matin avec de la moelle de lapin contaminée, une moelle vieille de 14 jours. C’est le docteur Grancher qui va procéder avec une seringue de Pravaz. Il pratique la petite opération au flanc droit de l’enfant. Elle se reproduira tous les jours en augmentant progressivement l’intensité. L’enfant se porte bien, il est devenu complice et joyeux, et il parle volontiers à son cher « Monsieur Pasteur », comme il l’appelle. Quand arrivent les trois dernières inoculations qui sont effectuées avec de la moelle de 3, de 2, puis d’un seul jour, autant dire une substance très virulente et très nocive, le pauvre Pasteur ne vit plus. Il passe des nuits blanches à tourner en rond chez lui, partagé entre une crainte terrible et l’excitation de ce qui, si cela doit s’avérer être un succès, sera un succès époustouflant.
De fait, à l’issue du traitement, le petit Meister continue de se porter comme un charme. La virulence du germe qu’on vient de lui administrer permettra d’être fixé en moins de trois semaines sur son compte. Louis Pasteur suit avec beaucoup d’attention les bulletins de santé du docteur Grancher. C’est un succès. L’enfant est sauvé.
6 – Le destin inattendu du petit Joseph Meister, de l’Alsace à l’Institut Pasteur à Paris
Cette découverte a été extrêmement médiatisée. Louis Pasteur va devoir très vite refuser de porter secours à un certain nombre de malades parce qu’il est dépassé par les événements. Il fait quand même exception pour un jeune berger de 15 ans dont le comportement héroïque lui a paru justifier un passe-droit, un enfant originaire du Jura. C’est pour permettre à cinq camarades de s’échapper que Jean-Baptiste Jupille s’était littéralement dévoué et avait seul terrassé un chien enragé. Le traitement a commencé six jours après la morsure et va se révéler efficace une nouvelle fois.
Le 9 novembre, il y a le cas de la petite Louise Pelletier, mordue à la tête le 3 octobre, c’est-à-dire 37 jours plus tôt, et qui va subir le traitement, mais elle est sans doute trop atteinte. On a vu Pasteur passer la dernière nuit à son chevet, en sanglots. Il faut dire que le savant a eu la douleur de perdre trois filles en 1859, 1865 et 1866.
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Louis Pasteur sera la cible d’énormément de critiques. Le professeur Brouardel vient le défendre à l’Académie : « Pour moi, messieurs, quand un homme a ouvert à mon esprit tant de nouveaux horizons scientifiques, je le respecte, il est mon maître et je reste son débiteur. »
Joseph Meister, lui, a vécu et survécu. C’est le docteur Patrice Debré qui nous apprend qu’en juin 1940, quand les Allemands ont envahi Paris, ils sont entrés à l’Institut Pasteur et ont demandé qu’on leur ouvre la crypte où se trouvaient les tombes de Louis et de Marie Pasteur. Les envahisseurs se sont heurtés à un gardien qui était un petit homme aux cheveux blancs. Celui-ci ira jusqu’à se suicider de désespoir un peu plus tard en voyant les Allemands de nouveau en France, parce qu’il était alsacien. Ce petit homme, c’était Joseph Meister.
Franck Ferrand
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Le Grand Concert de Noël Radio Classique à l’Auditorium de Bordeaux, La Vie parisienne d’Offenbach au Château de Versailles et Orphée aux Enfers d’Offenbach à l’Opéra de Tours : découvrez la sélection Radio Classique des rendez-vous à ne pas manquer dans les prochains jours
Comme chaque année le public de l’Auditorium de Bordeaux a rendez-vous avec le Grand Concert de Noël Radio Classique. Le Chœur de l’Opéra national de Bordeaux et l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine seront dirigés par Adrien Perruchon. Les spectateurs choisiront eux-mêmes le programme à travers une sélection d’œuvres présentées par Jean-Michel Dhuez. Ce concert sera diffusé sur Radio Classique le jeudi 25 décembre et le jeudi 1er janvier 2026 à 20 heures.
Compositeur incontournable des fêtes de fin d’année, Jacques Offenbach est à l’affiche de l’Opéra Royal du Château de Versailles avec La Vie parisienne. La distribution fait la part belle aux chanteurs français, avec Marie Perbost dans le rôle de la Baronne de Gondremarck, Marine Chagnon dans celui de Métella, David Tricou en Raoul de Gardefeu et Marc Mauillon en Bobinet. L’Orchestre et le Chœur de l’Opéra Royal sont dirigés par Victor Jacob dans une mise en scène de Christian Lacroix.
C’est Orphée aux Enfers, autre grand succès d’Offenbach, qui est cette fois à l’affiche de l’Opéra de Tours. Là aussi la distribution fait la part belle aux chanteurs français avec Matthieu Justine dans le rôle-titre, Manon Lamaison dans celui d’Eurydice, tandis que Jérôme Boutiller et Mathias Vidal interprètent respectivement Jupiter et Pluton. Le Chœur de l’Opéra de Tours et l’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire Tours sont dirigés par Marc Leroy-Calatayud dans une mise en scène d’Olivier Py.
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A l’occasion de la publication de son intégrale des Préludes de Rachmaninov, Jean-Baptiste Fonlupt sera, ce vendredi 19 décembre à 20h, l’invité du Journal du classique.
La musique de Rachmaninov est entrée très tôt dans sa vie et, avec elle l’âme et la culture russe. Le pianiste Jean-Baptiste Fonlupt a séjourné en Russie, a étudié au conservatoire Tchaïkovski de Moscou, a sillonné la campagne, a écouté ses cloches et s’est nourri de sa littérature comme de sa poésie. Tout cela lui a permis de nous restituer l’univers de ce compositeur si attaché à ce pays qu’il dut, cependant, quitter définitivement aux lendemains de la révolution.
Jean-Baptiste Fonlupt nous racontera ce soir son amour pour l’œuvre de Rachmaninov et sa conception de ses deux cycles de préludes qu’il vient donc d’enregistrer pour le label La Dolce Volta. Des pages qui, selon lui, nous disent beaucoup sur la personnalité de Rachmaninov : « Leur musique est à son image, parfois intimiste, parfois débordante. Elle intègre toutes les facettes de l’âme russe qui peut être exubérante et extravertie. »
Laure Mézan
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Les trois premiers Concertos brandebourgeois de Jean-Sébastien Bach, la grande œuvre orchestrale du Cantor de Leipzig, étaient au programme du concert que l’Orchestre de Paris a donné le 26 novembre dernier sous la direction du chef et claveciniste Masato Suzuki.
En seconde partie l’Orchestre de Paris a interprété Rendering, une pièce de Luciano Berio, composée en 1990 d’après les esquisses de la Dixième Symphonie de Schubert restée inachevée. Ce concert enregistré à la Philharmonie de Paris sera présenté par Laure Mézan. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique à Paris et dans de nombreuses autres villes de France grâce au DAB+.
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C’est à l’Auditorium de Bordeaux qu’a été enregistré le 21 novembre dernier ce concert de l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine placé sous la direction du chef néerlandais Antony Hermus.
Alexandre Kantorow, l’un des pianistes les plus doués de la jeune génération, en était l’invité principal. Il a interprété le Concerto pour piano n°1 de Brahms. Créée le 22 janvier 1859 à Hanovre, l’œuvre a dans un premier temps été pensée comme une symphonie à l’instigation de Schumann, avant de devenir une sonate pour deux pianos, puis un concerto, grâce notamment aux encouragements de Clara Schumann.
Il contient toutes les caractéristiques de l’esprit et de l’âme nordiques que Brahms exprimait alors à travers sa musique. La seconde partie de ce concert était consacrée à la Symphonie n°3 de Sibelius. Créée à Helsinki le 15 septembre 1907 elle est moins romantique et plus classique que les deux premières, tout en restant imprégnée du sentiment national finlandais qui était celui de Sibelius. Ce concert sera présenté par Jean-Michel Dhuez. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique à Bordeaux et dans de nombreuses autres villes de France grâce au DAB+.
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La tentative de compromis budgétaire a tourné court. Réunis en commission mixte paritaire, députés et sénateurs ont acté vendredi l’impossibilité de s’entendre sur le budget 2026, affirmant les profonds clivages politiques et une fragilité persistante des finances publiques. Invité de la matinale, François Ecalle, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes et auteur de Mécomptes publics (Odile Jacob), décrypte les grandes masses budgétaires et pointe les renoncements successifs qui éloignent la France d’un véritable redressement.
« Quand on dit le budget de la France, ça peut vouloir dire deux choses », indique François Ecalle. D’un côté, le budget de l’Etat stricto sensu, environ 550 milliards d’euros, incluant ses agences et organismes satellites. De l’autre, la vision retenue au niveau international, qui englobe l’Etat, la Sécurité sociale et les collectivités locales. « Là, on est sur des montants beaucoup plus importants », précise le conseiller maître honoraire à la Cour des comptes en désignant les 1 700 milliards d’euros de dépenses publiques, soit environ 55 % du PIB, pour des recettes avoisinant 1 500 milliards, principalement issues des impôts et des cotisations sociales. Résultat : un déficit public de 160 à 170 milliards d’euros.
Au sein du seul budget de l’Etat, certaines lignes pèsent lourd. « Le principal budget, c’est quand même l’Education nationale », avec près de 80 milliards d’euros par an. Autre charge devenue incontournable : le service de la dette. « Les intérêts de la dette de l’Etat, c’est aujourd’hui entre 50 et 60 milliards d’euros », un montant en forte progression ces dernières années. Les dépenses militaires atteignent également un niveau élevé, autour de 50 milliards d’euros, tandis que d’autres missions, telles que le travail, l’écologie, les politiques publiques diverses, connaissent des hausses plus diffuses.
C’est sur le terrain des économies que le constat est le plus sévère. François Ecalle rappelle que le projet initial porté par l’ancien Premier ministre, François Bayrou, prévoyait 40 milliards d’euros d’économies, en grande partie concentrées sur les dépenses sociales. « Il y avait des très grosses économies qui étaient d’abord sur les retraites », explique-t-il, rappelant que celles-ci représentent à elles seules près de 400 milliards d’euros, soit environ un quart de la dépense publique totale. Le projet de désindexation des pensions, susceptible de générer plusieurs milliards d’économie, a disparu, tout comme certaines mesures sur les dépenses de santé. « Il y a beaucoup de choses qui ont disparu depuis le projet initial », constate-t-il, laissant planer le doute sur la capacité réelle du pays à maîtriser ses finances.
Autre sujet sensible, celui des prélèvements pesants sur les entreprises. François Ecalle dénonce un débat souvent caricatural. « Quand on parle d’impôts sur les entreprises, […] on nous rétorque qu’il y a plein d’aides, des «cadeaux» ». Or, l’invité rappelle que la plupart de ces aides, comme les allègements de cotisations ou les dépenses fiscales, sont déjà intégrées dans les calculs officiels. Même après déduction de ces dispositifs, « la France est le deuxième ou troisième pays qui taxe le plus les entreprises », selon que l’on inclut ou non les aides directes, derrière la Suède et Chypre.
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Pour François Ecalle, le risque est désormais clair. Sans choc extérieur, la France ne se résoudra pas à l’effort. « S’il n’y a pas de choc extérieur, la dette va continuer à augmenter, bientôt on sera au niveau italien, on croisera après les Grecs », avertit-il, évoquant un rapprochement progressif avec les niveaux d’endettement italien, puis grec. Un scénario malheureusement classique : « La plupart des pays qui ont fait des efforts très importants de redressement de leur compte public l’ont fait sous une contrainte extérieure. »
Daphnée Cataldo
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Franck Ferrand a reçu le grand pianiste Lang Lang dans les studios de Radio Classique. Avec sa franchise et son humours habituels, lèvre-t-il le voile sur des aspects méconnus de sa biographie ?
FRANCK FERRAND : Bonjour Maestro, nous sommes vraiment très heureux de vous avoir avec nous ici sur Radio Classique. Votre nouvel album s’appelle Piano Book 2. Il y avait un Piano Book 1 sorti il y a six ans. Celui-ci a pour ambition de proposer de la musique qui parle à tous ceux qui aiment le piano, qu’on soit débutant, qu’on reprenne après des années ou qu’on joue juste pour le plaisir. Est-ce que ça signifie que vous jouez pour des personnes qui continuent à jouer du piano ou est-ce que vous avez quelque chose à dire à ceux qui ne jouent d’aucun instrument ?
LANG LANG : Ce projet, la série Piano Book, vise à encourager le plus de personnes possible à prendre des leçons de piano. Bien sûr, les pièces ne sont pas si simples. Vous savez, il y a du Rachmaninov et des variations de Beethoven. Ce ne sont pas des pièces pour débutants. Mais l’idée est de faire comprendre à tout le monde que le piano n’est pas réservé à quelques professionnels. C’est aussi pour vous, pour tout le monde. Il faut consacrer du temps à l’étude, mais si vous êtes capable de vous concentrer, vous pourrez faire certaines choses. Ce n’est pas impossible.
F.F. : Je me dis que vous pourriez être un professeur fantastique avec les nouvelles technologies. Ce serait possible pour vous d’enseigner le piano de cette manière ?
L.L. : Oui, je l’utilise déjà. Je mène beaucoup de programmes éducatifs dans des écoles publiques. Pas encore en France malheureusement, mais nous avons déjà 240 écoles dans le monde qui utilisent une méthode appelée Les Clés de l’Inspiration. Nous avons 20 à 30 claviers intelligents. Il y a une tablette posée sur le piano et on suit le programme. C’est comme une aventure musicale avec des dessins animés, des animations et moi qui apparais de temps en temps pour donner quelques conseils. C’est très facile à utiliser. Vous suivez la lumière, quand une lumière descend, vous appuyez sur la touche correspondante et vous commencez à savoir où sont les notes, les doigtés, à créer une mélodie.
F.F : Sur ce nouvel album, il y a deux sortes de musique. En plus des pièces classiques, il y a des musiques de jeux vidéo ou des musiques plus populaires. Est-ce que c’est volontaire ?
L.L. : Oui, c’était prévu. Nous voulions toucher les amateurs de musique populaire, ceux qui n’écoutent pas nécessairement de la musique classique, mais qui apprécient le piano. C’est très intéressant car le piano a ce pouvoir de connecter les publics. La musique de film ou de jeux vidéo est très intéressante. Beaucoup de gens débutent le piano avec ces répertoires.
Nous avons fait une expérience au Royaume-Uni dans une gare. Quand on écoute les gens, on y entend toutes sortes de choses. Nous avons pris ces mélodies issues de la télévision ou des films et nous avons essayé de les arranger dans un style classique. Ainsi, quand vous les entendez, cela ressemble un peu à du Chopin ou du Schumann, mais l’origine est tout autre.
F.F : Nous avons le même phénomène dans les gares françaises. Est-ce que vous observez une différence entre le public des pays de l’Est et celui de l’Ouest ? Est-ce que le public chinois est plus réceptif à un style de musique en particulier ?
L.L. : C’est une très bonne question. Les publics de l’Est sont plus réservés comparés aux publics de l’Ouest, particulièrement pour le classique, car il ne vient pas de leur culture native. Lorsqu’ils en écoutent, c’est avec un respect immense, mais aussi beaucoup de politesse dans la façon d’applaudir. En Europe ou dans les pays occidentaux, les gens sont un peu plus passionnés. Mais une chose est sûre : dans les pays de l’Est, surtout en Chine et en Corée, il y a davantage de jeunes dans les salles. Beaucoup ont appris un instrument. Ils viennent aussi pour le nom de l’artiste ou pour un vainqueur de concours. C’est un système différent. Je les encourage parfois à être plus passionnés, à montrer, à manifester ce qu’ils ressentent. Les cultures sont différentes. Ils ont tendance à être plus réservés sur leurs émotions.
F.F : Ce que vous dites peut être rapporté à tous les univers, mais la musique, c’est le moyen d’exprimer les émotions.
L.L. : La musique est, selon moi, le meilleur moyen pour cela. Elle traverse toutes les cultures, toutes les religions. J’ai joué cette année en Arabie Saoudite. C’était intéressant car même avec un répertoire classique occidental, ils ont une religion totalement différente. Le public a adoré. La grande musique dépasse toutes les frontières et même les religions.
F.F : Il y a un compositeur dont on ne parle jamais, c’est l’intelligence artificielle. Qu’est-ce que vous en pensez ?
L.L. : Les gens s’amusent avec. Mais en ce qui concerne la musique classique, je pense que c’est encore difficile de s’introduire dans ce genre. Dans la pop, l’IA fait du bon travail pour certains effets sonores et aide beaucoup les producteurs.
Mais dans la musique classique, je ne vois pas encore de grande révolution à cause des compositions IA. Ne jamais dire jamais. Pour le moment, nous, les humains, sommes du côté sûr. Nous ne sommes pas menacés par l’IA dans le monde du piano classique ou de la musique symphonique. Espérons que l’IA ne prendra pas le dessus.
F.F : Vous venez d’évoquer la Lang Lang International Music Foundation. Pouvez-vous la présenter au public français ?
L.L. : Je vais recevoir un prix qui sera remis l’année prochaine, de la Fondation nationale de recherche du Danemark. J’ai rencontré le couple derrière ce prix. Ce sont des scientifiques passionnés de musique classique. Ce prix vise à combiner science et musique. Je trouve que c’est un message magnifique. Célébrer ces deux formes d’art et les unir pour honorer artistes et scientifiques, c’est une très belle chose.
F.F : J’aimerais qu’on parle de votre relation avec la France et la culture française. Vous vivez toujours ici ?
L.L. : Je ne vis pas ici tout le temps, mais lorsque je voyage en Europe, je viens souvent à Paris pour me reposer et voir des amis. Je ne dirais pas que je vis ici. En réalité, je vis davantage sur la route. Ma maison principale est encore Shanghai et aussi New York. Mais ici, c’est tellement beau. C’est une ville unique. À Paris, le temps semble avoir un rythme très différent. Paris a un tempo unique qui convient très bien aux artistes.
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Au début, je pensais que les gens passaient leur temps dans les cafés, mais j’ai réalisé qu’ils travaillaient très dur également. Quand on veut prendre le temps de digérer l’art, la musique, la mode, le temps est différent ici. On peut se concentrer pendant des heures sans sentir de pression. On laisse respirer les choses. Ça, vous ne le ressentez pas du tout à New York, ni dans beaucoup d’autres villes asiatiques. Et bien sûr, je me suis marié ici.
F.F : Pouvez-vous nous en dire plus sur votre mariage ?
L.L. : Le mariage était une journée incroyable. Très romantique. Tous nos proches et amis du monde entier sont venus. C’était une très belle journée d’été, très chaude. C’était l’un des plus longs jours de l’année, le 2 juin. Il faisait presque encore jour à 23h. J’ai aussi des souvenirs incroyables : la flamme olympique, la réouverture de Notre-Dame, et tous mes enregistrements récents ont été réalisés ici.
Paris est devenue une ville très importante dans ma vie. Je ressens l’amour que j’ai pour Paris et celui du public ici, passionné de musique classique. Ces dernières années, Paris est devenue encore plus importante pour la musique classique. Regardez les deux ou trois salles magnifiques qui ont été construites récemment. Cela donne envie à tous les musiciens de venir y jouer.
F.F : Vous jouez souvent à la Philharmonie.
L.L. : Oui, la Philharmonie est un endroit où j’ai beaucoup joué. Aussi l’Auditorium de Radio France avec son magnifique bois. Et bien sûr, la Fondation Louis Vuitton, très belle également, avec des programmes éducatifs. Il y a beaucoup de salles magnifiques.
F.F : J’étais en Chine la semaine dernière et plusieurs fois, je me suis dit qu’il existait des liens entre cette ancienne civilisation chinoise et la culture française. Qu’en pensez-vous ?
L.L. : La connexion entre la France et la Chine est énorme. D’abord, on peut l’entendre dans la musique contemporaine chinoise. Il y a une énorme influence de l’impressionnisme français. Quand vous écoutez la musique chinoise pour piano, on y trouve beaucoup d’influence des Impressionnistes français, les harmonies, les atmosphères. D’une certaine manière, Debussy et Ravel ont eux aussi pris des idées des anciennes civilisations orientales. Ça va dans les deux sens. Les femmes aiment d’autant plus la France. La mode française est un rêve pour toutes les jeunes Chinoises. L’élégance française influence énormément la jeune génération en Chine. Il y a aussi la littérature, Hugo, et beaucoup de films français. Je ne dirais pas qu’ils rencontrent un succès commercial énorme en Chine, mais ils sont très appréciés.
F.F : Et qu’en est-il de l’art chinois en France ?
L.L. : Les gens respectent particulièrement l’art chinois ancien. Mais il y a également des liens plus contemporains. La soie chinoise, par exemple. Beaucoup d’amis français aiment certains matériaux venus de Chine. Il y a aussi la philosophie, Confucius, Lao Tseu, que beaucoup aiment découvrir.
F.F : Vous avez été invité par le Philharmonique de Berlin, le Philharmonique de Vienne, vous, un pianiste chinois. Je ne connais pas d’artistes occidentaux qui aient été intégrés dans une formation de musique traditionnelle chinoise aussi prestigieuse.
L.L. : C’est vrai, c’est difficile. Avant moi, je n’ai pas vu de pianiste chinois jouer sur les plus grandes scènes internationales. Percer dans la musique classique était vraiment difficile il y a 20 ans. Maintenant, c’est un peu plus facile. Vous voyez plus d’artistes asiatiques au premier plan. Il y a encore du chemin, mais beaucoup jouent sur les plus grandes scènes et avec la nouvelle génération, il y en aura de plus en plus. Pas seulement les Chinois, mais aussi les Japonais ou les Coréens. Mais c’est plus difficile pour eux. Le classique est une musique occidentale.
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Pourquoi écouterait-on quelqu’un venu de Chine interpréter Beethoven ? Si vous n’avez rien de personnel à dire, vous n’avez aucune chance. Ce n’est ni une question d’apparence, ni de nombre d’admirateurs. Nous devons être de bons musiciens. Il faut respecter la grande tradition européenne, l’intégrer. En tant que Chinois, nous avons un style particulier. Nous devons apporter notre personnalité, notre culture. Je pense que parfois, les Européens aiment entendre quelque chose de légèrement différent. Ce qui pourrait sembler un désavantage, je le transforme en avantage. C’est ma philosophie. J’essaie de combiner les deux et j’espère sincèrement que de plus en plus de talents asiatiques joueront sur les scènes occidentales.
F.F : Vous êtes un pianiste chinois, c’est évident, mais vous avez étudié longtemps aux États-Unis et vous êtes très proche du patrimoine musical français. Comment vous définiriez-vous comme pianiste ?
L.L. : C’est très intéressant. Quand j’étais enfant, ma première grande idole du piano était Horowitz. En Chine, l’accès à la culture soviétique à l’époque était plus facile. On assistait plus facilement aux représentations de ballets soviétiques. Ma ville natale n’est pas si loin de la Russie. J’ai assisté à beaucoup de concerts de musique russe, notamment des œuvres de Tchaïkovski. Ma première sortie hors de Pékin était à l’occasion d’un concours en Allemagne. Mais c’était un vol Air France et j’avais une correspondance à Paris. J’ai acheté une petite Tour Eiffel. Mon premier contact avec le monde extérieur, c’était Paris avant d’atteindre Francfort pour ce concours. Depuis, j’ai voulu jouer plus de répertoire classique occidental, plutôt que le répertoire russe ou d’Europe de l’Est.
Je suis allé aux États-Unis à 14 ans, où j’ai fait le collège, le lycée et l’université. C’est un système éducatif très différent de celui de Pékin. L’idée même de l’éducation est différente. J’ai eu les deux : la manière chinoise fondamentale de penser et d’apprendre et ensuite, la manière occidentale. Ensuite, j’ai vécu à Berlin pour travailler avec Daniel Barenboim pendant quelques années. C’est là que j’ai commencé à mieux connaître l’Europe. Puis est venue la connexion avec Paris. J’ai commencé à étudier plus en profondeur le répertoire français, ce qui m’a beaucoup aidé. Je dirais que je viens de Chine, mais je suis intégré aux cultures du monde. Je suis à l’aise en Europe, aux États-Unis, et bien sûr, en Chine. Mes expériences culturelles me permettent de me sentir à l’aise avec les différences culturelles, même lorsqu’elles sont très fortes, par exemple entre la culture chinoise et américaine. Ce sont deux mondes complètement distincts. L’Europe est un peu entre les deux.
F.F : Vous avez un exemple concret de ces grandes différences ?
L.L. : Aux États-Unis, vous faites des hugs. Vous serrez les gens dans vos bras. Quand je suis revenu en Chine pour une tournée et que je faisais des hugs, les gens disaient : « Pourquoi tu me prends dans les bras ? On ne se connaît pas si bien. » J’ai dû me réajuster. La façon de communiquer est différente. Aux États-Unis, vous devez dire : « Je pense ceci, je pense cela. » Vous devez être plus direct, plus objectif. En Chine, vous devez être plus discret. Si vous optez pour le style américain en Chine ou le style chinois aux États-Unis, cela pose problème. Les gens ne comprennent pas ce que vous voulez dire. En Europe, c’est bien parce que vous devez être objectif, mais vous pouvez aussi être un peu réservé. C’est une culture très différente.
F.F : J’ai lu que vous aviez commencé à jouer du piano à 2 ans et que vous avez donné votre premier récital à 5 ans. Vous étiez un petit prodige. Vous vous souvenez de votre premier contact avec l’instrument ?
L.L. : J’avais deux ans. J’avais déjà un piano dans mon appartement, enfin, c’était plutôt un dortoir. Mon père était musicien dans un orchestre traditionnel. Ils vivaient tous dans le même dortoir. Tous mes voisins jouaient déjà d’un instrument, surtout du piano. C’était un moment intéressant, le début de la réforme de l’économie chinoise et l’ouverture au monde après la Révolution culturelle. C’était un moment merveilleux, tout le monde voulait s’ouvrir au monde. Le piano est devenu très populaire, comme un pont vers l’Occident.
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Mon père et ses collègues jouaient du violon traditionnel, mais tous leurs enfants étudiaient la musique classique occidentale. Il y a eu cette transition. J’ai commencé à jouer Mozart, Bach et aussi des musiques traditionnelles chinoises. J’avais en mémoire Mozart, Bach, Beethoven, Chopin depuis mon enfance. Pour moi, la musique a toujours été bilingue. Je n’ai jamais senti que j’étais étranger aux grands compositeurs de musique classique occidentale. J’ai grandi avec les deux. J’ai toujours eu une relation très authentique avec la musique occidentale et je n’ai jamais senti qu’elle venait d’un autre monde. Je suis Chinois, mais je fais aussi partie de ce monde occidental. Je l’ai toujours ressenti.
F.F : Quand vous étiez enfant, est-ce que vous aviez un compositeur préféré ?
L.L. : Quand j’étais enfant, j’aimais plutôt Chopin ou Tchaïkovski. Mais plus tard, je suis passé vers l’Europe de l’Ouest. J’ai évolué de l’Europe de l’Est vers l’Europe de l’Ouest.
F.F : Et maintenant, vous avez un compositeur préféré ?
L.L. : Maintenant, il y a plus de choix, donc c’est vraiment difficile, encore plus difficile qu’avant. Je dirais de Bach à Bartók. Mais c’est difficile d’en choisir un.
F.F : Vous avez eu des maîtres importants.
L.L. : Je pense qu’il y a trois professeurs majeurs dans le monde occidental et un extrêmement important venant de Chine que je voudrais mentionner. Ma première professeure, la professeure Zhu. Elle était très tournée vers la culture occidentale. Elle est née à Shanghai. Pendant la Révolution culturelle, elle a dû partir travailler dans les campagnes. C’est ainsi qu’elle est arrivée dans la région de ma ville natale et elle a fini par s’installer dans ma ville. J’ai eu la chance incroyable de travailler avec elle. Sinon, elle ne serait jamais venue, elle serait restée à Shanghai. Elle était formidable, elle me parlait non seulement de musique, mais de culture occidentale, du monde, de littérature. C’était incroyable.
Ensuite, j’ai eu quelques autres bons enseignants, puis j’ai étudié avec Gary Graffman au Curtis Institute, quelqu’un qui a élargi mon répertoire. Il disait : « Tu ne peux pas te concentrer seulement sur les pièces de concours. Tu dois apprendre la musique de chambre, beaucoup de concertos, élargir ton monde. » Il m’a ouvert à l’immensité du répertoire.
Puis l’une des personnes les plus importantes dans ma vie a été Christoph Eschenbach. Il a ouvert mon cœur. Il m’a fait respirer. Il m’a permis d’être un pianiste lyrique, plutôt que de frapper les touches, pour être au cœur du style musical occidental. Et puis bien sûr, Daniel Barenboim. Il a eu un impact immense sur mon style. Avant de le rencontrer en 2002, j’étais surtout attiré par le grand répertoire romantique, ce qui est normal à l’adolescence. Mais on ne peut pas jouer ce répertoire tout le temps. On devient physiquement et mentalement épuisé. Il faut un équilibre. Barenboim m’a dit : « Joue Brahms, plonge dans les sonates de Beethoven, joue Schubert. » Il était tellement concentré sur le son, la grande tradition du son. Il avait travaillé avec Furtwängler, Arthur Rubinstein, Claudio Arrau. Travailler avec lui a été spectaculaire. Non seulement mes mains ont progressé physiquement, mais je suis devenu un pianiste plus mûr, plus pensif. Tout cela m’a donné des bases très solides pour grandir et devenir un grand musicien, avec du cœur et de l’esprit. Il a tellement fait pour moi. Ce qu’il m’a transmis continue de grandir en moi.
F.F : Il continue aujourd’hui à vous inspirer ?
L.L. : Complètement. Nous venons de faire une tournée ensemble, pour le Concerto de Mendelssohn. Il est moins en forme physique qu’avant, mais son esprit, sa connaissance ont toujours une telle présence. Quand je le vois, je lui rappelle toujours ce qu’il me disait : « Concentre-toi sur le son. »
F.F : À quoi pensez-vous au moment où vous jouez ?
L.L. : C’est intéressant, cela a beaucoup changé. Quand je vivais aux États-Unis, je pensais davantage aux gratte-ciel. Maintenant, en passant plus de temps en Europe, c’est plutôt les Alpes et les bâtiments baroques, les grandes villes médiévales, les grands musées d’Italie. Je vois beaucoup plus de choses relatives à la culture occidentale. J’ai aussi des paysages de Chine en tête. Et mes expériences récentes. Par exemple, j’ai terminé une tournée avec Cecilia Bartoli la semaine dernière. L’écouter expliquer le sens des chansons, c’est comme un conte de fées. Elle montre une note qui change tout, comme dans un poème. Quand je joue Haydn aujourd’hui, c’est très différent depuis que j’ai travaillé avec elle sur une pièce de Haydn basée sur une histoire grecque ancienne. Je vois Haydn différemment maintenant que je comprends le sens derrière les notes. Haydn est un autre homme pour moi.
F.F : Donc, quand vous jouez, vous vous racontez des histoires.
L.L. : Oui, quand nous jouons, nous sommes en quelque sorte des conteurs.
F.F : Magnifique. Est-ce qu’il y a quelque chose que vous voudriez spécifiquement dire aux auditeurs de Radio Classique ?
L.L. : Je veux dire que je suis un grand fan de Radio Classique. J’écoute toujours quand je suis sur la route, surtout en France. C’est une super station qui m’inspire aussi. La programmation est très intéressante. Vous pouvez comparer beaucoup de styles différents ici. Même si c’est du classique, vous tirez des inspirations venant d’autres types de musique liés au classique. C’est formidable, continuez votre bon travail.
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1300 places disponibles pour 13 représentation de la saison en cours, c’est le beau cadeau que le Théâtre des Champs-Élysées fait aux Restos du Cœur. Un nouveau partenariat pour l’institution parisienne qui a pour objectif de faciliter l’accès au spectacle vivant aux personnes soutenues par l’association.
La vocation primordiale des Restos du Cœur, l’association solidaire créée par Coluche en 1985, est avant tout de subvenir au besoins essentiels des personnes en situation de précarité, notamment dans le domaine alimentaire (163 millions de repas distribués en 2024), mais elle a également pour mission de favoriser l’inclusion sociale des plus démunis (1,3 millions de personnes accueillies par les Restos du Cœur l’an dernier).
C’est dans cet objectif de sortie de l’isolement et de renforcement du lien social que le Théâtre des Champs-Élysées (TCE) a signé, pour la première fois, une convention de partenariat avec les Restos du Cœur pour la saison 2025-2026. Le but étant de « faciliter l’accès au spectacle vivant aux personnes accompagnées par l’association en leur permettant de découvrir de nouveaux lieux grâce à une offre artistique qui contribuera également à restaurer la confiance en soi en offrant la possibilité de vivre des expériences culturelles dans un cadre commun à tous ».
Concrètement, depuis cet automne et jusqu’à la fin de la saison en cours, le TCE met à disposition des personnes accompagnées par les Restos du cœur 1300 places, à raison de 100 places pour 13 représentation données dans le célèbre théâtre de l’avenue Montaigne à Paris. Les personnes intéressées doivent faire leur demande à leur antenne locale des Restos du Cœur. L’association transmet ensuite au théâtre ces demandes la veille du concert pour le lendemain et les spectateurs concernés bénéficient des même conditions d’accueil que le public habituel.
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Les familles accompagnées par Les Restos du Cœur peuvent ainsi bénéficier de places lors des Dimanches en Famille. Ce sera le cas pour les représentations de Pierre et le Loup de Serge Prokofiev, raconté par Alex Vizorek, en janvier, Le Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns en mars et Les Quatre saisons d’Antonio Vivaldi mi-juin. Plus de 100 places sont également disponibles pour les Concerts du Dimanche matin, dont celui du Trio Wanderer en janvier ou du Quatuor Diotima en juin.
Par ailleurs des places seront aussi distribuées pour des concerts du soir. Ce sera notamment le cas pour celui que donnera la formation des Siècles, orchestre en résidence au TCE, le 9 janvier avec le pianiste Bertrand Chamayou et sous la direction de Jakob Lehmann.
Philippe Gault
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Le conseil d’administration du Kennedy Center, le grand centre culturel de Washington, désormais dirigé par des proches du président américain, a décidé de rebaptiser le lieu en Trump-Kennedy Center, une décision qui révolte la famille de l’ancien président assassiné et l’opposition démocrate.
La décision salue « le travail incroyable fait cette année par le président Trump pour sauver le bâtiment. Pas seulement du point de vue de sa reconstruction, mais aussi de ses finances et de sa réputation », a commenté Karoline Leavitt sur X. La porte-parole de la Maison Blanche a assuré que la décision avait été « unanime », ce que contestent plusieurs parlementaires démocrates, membres de droit du conseil d’administration, dont les chefs de file du parti à la Chambre et au Sénat. « Tout ce processus est révélateur de la corruption qui imprègne tout le gouvernement Trump », ont-ils jugé dans un communiqué.
Selon Joyce Beatty, élue démocrate de l’Ohio à la Chambre des représentants, la décision de renommer l’institution, prise pendant une conférence téléphonique, « n’était pas unanime. Ma ligne a été placée sur silencieux pendant l’appel et je n’ai pas pu parler ou exprimer mon opposition à cette décision. Par ailleurs ce n’était pas à l’agenda. Ce n’est pas un consensus. C’est de la censure », a-t-elle dénoncé sur X.
D’un point de vue légal, le Congrès américain est compétent pour nommer le bâtiment, qui a un statut fédéral, et c’est bien le législateur qui avait rebaptisé l’institution en 1964 pour honorer la mémoire de John F. Kennedy. De son côté, Donald Trump s’est dit jeudi être « honoré » et « surpris » par cette décision – bien qu’il ait parlé du « Trump-Kennedy Center » de manière insistante depuis son retour au pouvoir, en feignant de plaisanter. Il a assuré avoir « sauvé » une institution en « mauvais état ».
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« Le président Kennedy a incarné fièrement la justice, la paix, l’égalité, la dignité, la diversité et la compassion pour ceux qui souffrent. Le président Trump est l’opposé de ces valeurs », a protesté sur X une nièce du président démocrate assassiné, Kerry Kennedy. « C’est indigne. Ce n’est pas amusant. C’est très en-dessous de la fonction. C’est malsain (…) Quand vous pensez que quelqu’un ne peut pas tomber plus bas, ils s’enfoncent encore… » a lâché Maria Shriver, autre nièce de l’ancien président, sur le même réseau.
The Kennedy Center was named after my uncle, President John F Kennedy. It was named in his honor. He was a man who was interested in the arts, interested in culture, interested in education, language, history. He brought the arts into the White House, and he and my Aunt Jackie… pic.twitter.com/wcGjTp2uqa
— Maria Shriver (@mariashriver) December 18, 2025
Peu après son investiture en janvier 2025, Donald Trump a pris le contrôle du Kennedy Center, une institution auparavant neutre, et a placé des proches aux postes stratégiques, à commencer par Richard Grenell, un fidèle allié, à la direction. Le président américain qui a fait de son nom une marque, inscrite en lettres rutilantes sur ses propriétés, a aussi vu récemment son patronyme gravé sur la façade d’un « Institut de la paix » situé à Washington, une décision prise par… le département d’État.
Philippe Gault (avec AFP)
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