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Tout le monde connaît le visage sympathique de Bourvil, mais connaissez-vous véritablement la vie d’André Raimbourg ? Sa disparition à 53 ans a choqué les Français, qui ont tant aimé le comédien et chanteur à la simplicité désarmante, non dénuée de poésie. « Chaque éclat de rire du spectateur me procure la même joie que pour un jeune homme sentimental, le baiser de l’être aimé », avait-il confié.
« Je suis né dans une ferme, en face d’une meule de foin. Il m’en est resté quelque chose », racontait Bourvil. André Robert Raimbourg naît le 27 juillet 1917 à Prétot-Vicquemare, dans la Seine-Inférieure (aujourd’hui Seine-Maritime). Deuxième enfant d’un couple de cultivateurs, il grandit dans le village de Bourville, dont il tirera son nom de scène. Son père meurt de la grippe espagnole quelques semaines après l’Armistice de 1918, alors qu’André n’a qu’un an. Sa mère Eugénie se remarie rapidement avec Joseph Ménard qui sera pour André et son frère René un véritable père. Toute sa vie, Bourvil gardera un grand attachement pour cet homme qui a su accepter les enfants d’Eugénie comme s’ils étaient les siens.
Malgré la rudesse de la vie dans la campagne normande des années 1920, André connaît une enfance heureuse au sein d’une famille recomposée de cinq enfants. Déjà, ce garçon gai pousse constamment la chansonnette et fait rire ses camarades par sa présence naturellement hilarante.
Après avoir obtenu son certificat d’études avec mention « très bien » en 1931, André entame des études pour devenir instituteur. Mais il supporte mal la discipline stricte du pensionnat de Doudeville et retourne dans sa famille deux ans plus tard. À 17 ans, il devient mitron dans une bourgade proche de Bourville. Tout en travaillant, il chante à la messe, anime les fêtes familiales et les kermesses, reprenant les chansons de Fernandel en faisant le pitre. Sa maîtrise du répertoire de son idole lui vaut le surnom de « Fernandel normand ». Il intègre la fanfare de Fontaine-le-Dun, où il joue de l’harmonica, de l’accordéon et du cornet à piston. C’est lors d’un bal de la fanfare qu’il rencontre Jeanne, son unique amour, qu’il épousera en 1943.
En 1937, André s’engage volontairement pour le service militaire et devient cornettiste dans la fanfare du 24e régiment d’infanterie à Paris. Lors de son incorporation, il assiste à Rouen à un spectacle de celui qui est l’idole de sa vie, dont il chante toutes les chansons : Fernandel. Une expérience qu’il décrit comme « un souvenir inoubliable ». En 1938, ses camarades de chambrée le défient de participer au radio-crochet de Radio-Paris, Les Fiancés de Byrrh.
Sous le pseudonyme d’Andrel, il interprète la chanson Ignace et remporte le prix de 300 francs, qu’il utilise immédiatement pour s’acheter un accordéon. Pendant la guerre, alors qu’il sert comme brancardier, il rencontre un soldat ouvrier imprimeur, Étienne Lorin, qui deviendra son compositeur attitré et signera ses plus grands succès comme Les Crayons, La Tactique du gendarme ou À Joinville-le-Pont.
Au sortir de la guerre, André Raimbourg refuse de redevenir mitron. À Paris, il enchaîne les petits métiers (plombier, garçon de courses) tout en suivant des cours de trompette au Conservatoire et en courant les radio-crochets et cabarets. On lui demande d’abandonner le pseudonyme « Andrel », trop proche de Fernandel.
Comme son cousin Lucien Raimbourg tente lui aussi de percer, André choisit le nom de son village natal : Bourville devient Bourvil. En 1945, la chanson Les Crayons, composée par Étienne Lorin, lance véritablement sa carrière. La même année, il apparaît dans La Ferme du pendu de Jean Dréville. Son visage reconnaissable, sa voix particulière et son personnage de benêt répondent parfaitement au besoin de simplicité et de légèreté de l’après-guerre.
Bourvil touche à tous les genres : opérettes, théâtre, chansons (À Bicyclette, Salade de fruits, Le petit bal perdu) et surtout cinéma. Il joue aux côtés de son idole Fernandel, mais aussi avec Jean Poiret, Francis Blanche, Belmondo, Bardot, Brasseur, Morgan, Marais, Ventura et Delon.
Un tournant s’opère en 1956 avec La Traversée de Paris, où il révèle une facette plus sombre et grinçante de son talent, lui valant la Coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise. Ses deux plus grands succès restent Le Corniaud (1965) et La Grande Vadrouille (1967), tous deux réalisés par Gérard Oury et joués aux côtés de Louis de Funès, avec qui il forme un duo légendaire.
Malgré son immense célébrité, Bourvil reste d’une simplicité désarmante. Il mène une vie sobre avec sa femme Jeanne et leurs deux fils, Dominique et Philippe, veillant personnellement à leur éducation malgré un agenda chargé. « J’ai une bonne santé, je fais un métier qui me plaît, j’ai deux enfants formidables, une femme qui est une mère extraordinaire. Que voulez-vous de plus ? », déclare-t-il.
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Tous ses collègues témoignent de sa bonté et de sa générosité authentiques. En 1970, alors qu’il doit tourner La Folie des grandeurs avec Louis de Funès, on lui diagnostique une maladie de Kahler. Il choisit de ne pas la rendre publique. Son dernier tournage, Le Mur de l’Atlantique en juin 1970, est rendu extrêmement difficile par son état de santé. Il meurt le 23 septembre 1970 à seulement 53 ans, provoquant un véritable choc dans toute la France. Il est enterré dans la plus grande simplicité au cimetière de Montainville.
Franck Ferrand
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Marc-Antoine Charpentier, Vivaldi, et Haendel, tels étaient les trois compositeurs choisis pour ce Concert de Noël que la soprano Chiara Skerath et la mezzo-soprano Albane Carrère ont donné avec l’Orchestre Idomeneo dirigé par Debora Waldman, sous l’égide du CIC.
Pour l’occasion les instrumentistes d’Idomeneo jouaient sur instruments d’époque. Parmi les œuvres choisies figurent la cantate Cessate o mai cessate de Vivaldi ainsi que des extraits de son Gloria, ou encore le Noël sur les Instruments de Marc-Antoine Charpentier, et des extraits de Salomon, de Jules César en Egypte et d’Ariodante de Haendel. Ce concert enregistré le 11 décembre dernier à la Cathédrale Saint-Louis des Invalides sera présenté par Jean-Michel Dhuez. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique à Paris et dans de nombreuses autres villes de France grâce au DAB+.
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A l’occasion de la publication de son album « Satie amoureux », Guillaume Coppola sera, ce mardi 23 décembre à 20h, l’invité du Journal du classique.
C’est à l’un des compositeurs les plus singuliers et les plus mystérieux – qui nous a quitté il y a juste 100 ans – que Guillaume Coppola rend hommage dans son nouvel album sorti chez Alpha. Un album intitulé Satie amoureux dont la couverture est une reproduction d’un portrait signé Suzanne Valadon avec laquelle le compositeur vécut une brève et houleuse liaison. « Au-delà des pièces qui parlent d’amour sans être en lien avec la peintre, ou contemporaines à cette relation troublée, c’est un portait de Satie qui se dessine, masqué par un voile de pudeur ou de provocation, entre inspiration antique et orientale, phase mystique, humour et cabaret » nous dit le pianiste qui sera à notre micro ce soir.
Nous passerons également un moment avec la soprano américaine Ilanah Lobel-Torres, membre de la troupe de l’opéra national de Paris. Elle qui incarnait Barberine dans la production des Noces de Figaro de Mozart mise en scène par Netia Jones, chantera Suzanne à l’occasion des deux dernières représentations, le 25 et 27 décembre au palais Garnier. Un moment important dans le parcours de cette jeune chanteuse formée à l’Académie de l’Opéra de Paris.
Laure Mézan
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Dans un entretien accordé au Times, Jonas Kaufmann annonce qu’il n’a plus les moyens ou l’envie de se produire au Metropolitan Opera de New York ni au Royal Ballet & Opera de Londres. Le ténor allemand se dit également inquiet pour la nouvelle génération de chanteurs.
Jonas Kaufmann est, en général, optimiste et confiant concernant son métier et sa propre carrière. Mais c’est un chanteur plutôt désabusé qu’on va découvrir dans l’entretien qu’il a accordé au Times et qui sera diffusée sur BBC Radio 3 dans la soirée du vendredi 2 janvier. Dans cette interview, le ténor allemand de 56 ans confie notamment qu’il ne veut plus chanter dans deux des plus grandes maisons d’opéra du monde qui l’ont pourtant propulsé à l’international en 2006.
Concernant, Covent Garden à Londres où le chanteur avait ébloui le public du RBO (ex-Royal Opera House) cette année-là dans Carmen de Georges Bizet, Jonas Kaufmann constate que depuis le départ d’Antonio Pappano, directeur musical jusqu’en 2024, il n’y est plus invité. Il estime surtout que chanter en Angleterre n’est pas assez rentable. « À Londres, on voit les cachets (limités, ndlr) et le prix exorbitant des loyers, je ne sais pas comment on peut faire (…) Je pense qu’on doit être payé pour ce qu’on fait », confie-t-il, précisant qu’il n’a aucun engament prévu au Royaume-Uni.
À propos du Met Opera, qui le révéla au public américain en février 2006 au côté d’Angela Gheorghiu dans La Traviata de Giuseppe Verdi, Jonas Kaufmann invoque d’autres raisons sur ses réserves encore plus radicales à l’encontre de l’institution new-yorkaise. « J’ai été très choqué par la façon dont ils ont traité le chœur et l’orchestre pendant la pandémie (de Covid-19). Ils n’ont pas été payés du tout. Des musiciens ont dû quitter New York ou retourner vivre chez leurs parents. J’ai donné un concert en direct sur Internet et j’ai demandé aux auditeurs de faire un don. Ça n’a pas été bien accueilli », se rappelle-t-il.
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Le ténor allemand critique également le système en vigueur au Met qui consiste à « réserver » les chanteuses et chanteurs des années à l’avance. « C’est contraire à l’essence même de la démarche artistique. Demandez à un peintre de choisir ses thèmes pour les cinq prochaines années alors qu’il ignore même ce qu’il fera dans trois mois. Il a besoin de ce processus créatif. Dans notre métier, la créativité est très difficile et limitée. Je refuse de signer des contrats cinq ans à l’avance », s’insurge-t-il.
Dans cet entretien, Jonas Kaufmann se déclare également inquiet pour la prochaine génération de chanteurs. Il estime que c’est « la fin d’un âge d’or », ajoutant : « Je plains sincèrement la jeune génération. Je dis aux jeunes chanteurs : ne vous lancez que si vous êtes vraiment passionnés. Il y a une chance sur mille de gagner sa vie ! ».
Philippe Gault
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Le général Pierre de Villiers, ancien chef d’État-Major des Armées, était l’invité de la matinale de David Abiker. Auteur du livre Pour le succès des armes de la France, aux éditions Fayard, il estime que « nous n’avons pas pris à ce stade les mesures nécessaires, notamment la fameuse économie de guerre, pour simplifier la bureaucratie et accélérer la production des équipements militaires ».
Comment réagissez-vous lorsqu’on dit que la France manque de chef aujourd’hui, et pas simplement de chef de gouvernement. Jacques Chirac disait : « un chef, ça sert à cheffer ». Ça ne « chèffe » pas beaucoup, on dirait, en France ?
PIERRE DE VILLIERS : Oui, c’est sûr qu’il y a une crise de l’autorité, un fossé qui se creuse chaque jour entre ceux qui décident et le reste de la nation, c’est très préoccupant. Cela ne concerne pas seulement la France, mais aussi l’ensemble des démocraties européennes. Nous sommes le maillon faible du monde aujourd’hui. Ce qui me préoccupe, c’est que le fort attaque le faible. C’est dans cette situation que nous nous trouvons.
On manque d’hommes pour incarner le chef ?
P.V. : Je crois qu’on manque de chefs, incontestablement. On a beaucoup de managers, on n’a pas assez de leaders.
Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, a expliqué qu’en l’absence de budget, tout ce qui n’est pas essentiel est suspendu, notamment les investissements en matière de défense. Précisons qu’elle n’a pas dit que les investissements en matière de défense n’étaient pas essentiels, mais elle a dit qu’il fallait parer au plus pressé. Elle a cité le lancement du chantier du nouveau porte-avion français confirmé dimanche par Emmanuel Macron, et elle a expliqué qu’on ne peut pas signer les premières études si on n’a pas un vrai budget. Est-ce que cela vous inquiète ?
P.V. : C’est très préoccupant parce que nous sommes aujourd’hui à 50 milliards [pour le budget des Armées NDR], duquel il faut enlever l’inflation depuis 2017. Nous étions à 32 milliards en 2017 et, en deux ans, nous sommes censés avoir 14 milliards de plus, soit 6,7 milliards pour l’année prochaine. Pour le moment, ces 6,7 milliards n’existent pas puisqu’il n’y a pas de budget. Nous sommes donc sur la reconduction intégrale du budget 2025. Pendant ce temps-là, les industriels attendent les commandes et la machine est à l’arrêt.
Vous aviez démissionné en 2017 sur la question des moyens accordés à la défense. Est-ce que vous avez le sentiment d’avoir été entendu ?
P.V. : J’ai été entendu, oui, bien sûr, parce qu’il y a eu une augmentation et je salue cet effort. Mais je relativise cette augmentation puisque nous avons eu 18 milliards duquel il faut enlever l’inflation. Nous avons 8 milliards de report de charge, c’est-à-dire de l’argent qui n’a pas été versé aux industriels, une forme de dette en quelque sorte. Nous avons donné beaucoup de matériel à l’Ukraine. Donc quand vous enlevez tout ça, ces 50 milliards ne sont pas réellement 50 milliards. Simultanément, nous avons un monde de plus en plus instable et on voit bien que le réarmement devrait être massif. Nous n’avons pas pris, à ce stade, les mesures qu’il faudrait prendre, notamment la fameuse économie de guerre pour simplifier la bureaucratie et les procédures administratives, et accélérer la fabrication des équipements.
Vous parlez d’économie de guerre. Pour l’Europe, il y a cette prise de conscience tardive à vos yeux. On voit bien que la Russie, elle, est en économie de guerre. De son côté, Donald Trump relance la construction de bâtiments et d’équipements militaires, et a de grandes ambitions. Il veut même donner son nom à certains de ses bâtiments militaires. Que vous inspire la posture américaine, qui n’est pas qu’une posture d’ailleurs ?
P.V. : Je ne suis pas surpris par la nouvelle stratégie américaine. On la sentait venir déjà en 2017. Je reviens dans le livre Pour le succès des armes de la France, sur cette réunion avec le président Trump le 13 juillet 2017. Je sentais progressivement qu’il se tournait vers le Pacifique, vers la mer de Chine, vers son adversaire potentiel, réel : la Chine. Pendant ce temps-là, notre Europe continuait à être dans une forme de somnambulisme, de myopie collective. Il y avait d’un côté, les États-puissances qui réarmaient de 5 à 10 % depuis une vingtaine d’années et de l’autre, les démocraties européennes à l’arrêt. J’ajoute le terrorisme islamiste radical qui progressait, et on le voit encore aujourd’hui, notamment en Afrique, mais pas seulement, en s’appuyant sur des mouvements organisés ou sur des individus radicalisés. Ce monde est très instable et il n’est plus régulé par les organisations internationales.
J’aimerais revenir sur ces années 2015-2017. Vous êtes chef d’état-major des armées avec François Hollande, et puis quelques semaines, quelques jours avec Emmanuel Macron. Il y a beaucoup de militaires en France, il y a beaucoup de généraux, il y a l’école de guerre, il y a des expertises stratégiques avec des think tanks inspirés par des militaires. À quand remonte la prise de conscience du décrochage américain, et est-ce que la sonnette d’alarme, l’alerte a été suffisamment sonnée par les militaires ?
P.V. : « America First », on l’a senti venir. Dès 2015 et les premiers attentats, j’ai senti venir ce décrochage. Tout ça m’a montré que le monde était en instabilité permanente, en déséquilibre, il était devenu volatile. C’est là que j’ai repensé à la phrase de François de Rose, un grand ambassadeur de France, qui dans les années 90 disait : « il faut penser l’impensable ». Les fondamentaux n’existaient plus et, dès 2015, je sentais bien ce décrochage progressif américain.
Mais entre les attentats du Bataclan et le fait que les États-Unis se sentent de moins en moins partie prenante de l’OTAN, il y a un fossé, il y a un écart.
P.V. : Oui, mais les mouvements stratégiques sont lent. Les Américains, déjà à cette époque, estimaient qu’ils payaient plus de 50 % de l’OTAN et que ce n’était pas normal, que les Européens ne faisaient pas le job. Mon homologue américain me disait qu’il fallait à tout prix accroître l’effort de défense et qu’à un moment ou un autre, il allait y avoir ce décrochage. Nous y sommes.
Qu’est-ce qui peut changer la donne ? Dépenser plus ? Une défense européenne ? Qu’est-ce qui, selon vous, permet de rattraper le temps perdu ?
P.V. : Oui, j’espère qu’il ne sera pas trop tard. Ce n’est jamais bon d’avoir raison trop tôt. C’est un peu l’impression que j’ai eue. Ce qu’il faut, c’est réarmer massivement. Seule la force fait reculer la violence. Si vous voulez préserver la paix, il faut être fort. Si vis pacem, para bellum, (si tu veux la paix, prépare la guerre) c’est la devise de l’École de guerre, c’est ce que j’ai appris dans les années 90, c’est vieux comme le monde. Dans la nature, les animaux, ce sont les forts qui attaquent les faibles. Donc il faut réarmer.
Les politiques reprochent souvent aux militaires de demander des augmentations budgétaires tout le temps. Ils sont habitués à vous entendre dire qu’il y a danger. Que s’est-il passé dans la communication avec les politiques pour que ça ne marche plus ? Qu’ils ne vous écoutent pas au moment où ils devraient vous écouter ?
P.V. : Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Je cite dans le livre 1870, 1914, 1939. Trois situations radicalement différentes, mais avec un point commun : crise politique, crise économique, crise sociale, crise financière, endettement massif, incapacité de réarmer, défaite. Ce mécanisme est toujours le même et ma crainte, c’est que nous terminions le mécanisme bientôt et que nous allions à la défaite. C’est pour ça que j’ai écrit Pour le succès des armes de la France.
Vous évoquez donc les changements géopolitiques. Scénario catastrophe. Imaginons qu’en Allemagne, l’AfD, le parti d’extrême droite, accède au pouvoir. C’est un parti qui est ouvertement favorable à la Russie, qui regarde Poutine avec des yeux très indulgents. Vous imaginez qu’un jour l’Allemagne réarme non pas pour faire la guerre à la Russie comme c’est son intention aujourd’hui, ou en tout cas pour se défendre de la Russie, mais pour faire la guerre à la France ?
P.V. : Dans l’armée, on a une cellule de planification qui s’appelle le J5 et qui envisage tous les scénarios possibles, y compris les plus invraisemblables et les plus pénalisants. Aujourd’hui, il faut suivre de près la remontée en puissance militaire de l’Allemagne, avec [un avantage] : le pays a une économie solide et n’est pas endetté comme la France. Je me méfie toujours un peu des chiffres quant à leur réarmement. Mais je pense que si nous continuons comme cela, dans 10 ans, nous n’aurons plus la plus grande armée d’Europe. Ce sera l’Allemagne, qui néanmoins a un sujet : c’est sa loi fondamentale qui lui interdit de faire la guerre. Et la culture opérationnelle d’une armée, c’est important.
Les Allemands ont changé leurs principes fondamentaux en matière d’endettement, ils pourraient changer leurs principes fondamentaux en matière militaire.
P.V. : Tout est possible.
Qui est notre ennemi aujourd’hui ?
P.V. : Il y a deux lignes de conflictualité majeure depuis 2015. La première, c’est le retour des États-puissances, pour l’essentiel des anciens empires qui cherchent à regagner leur influence perdue, qui réarment de 5 à 10 % depuis une vingtaine d’années. On peut citer la Chine, la Russie, la Turquie, l’Arabie Saoudite, l’Inde, l’Iran, tous ces grands pays qui aujourd’hui sont de plus en plus puissants. Puis simultanément, de manière distincte mais pas disjointe sur le terrain, le terrorisme islamiste radical, qui est une idéologie qui vise à éradiquer l’organisation de nos sociétés et à la remplacer par la Charia. On a subi ce phénomène notamment en 2015. On le voit périodiquement, on l’a vu en Australie récemment [avec une attaque antisémite à Bondi Beach le 14 décembre NDR], et ce n’est pas terminé. Donc nous faisons face à ces deux lignes de conflictualité. Il y a un troisième phénomène : c’est le décalage démographique entre l’Occident, singulièrement l’Europe, et l’Afrique, avec 1,3 milliard d’habitants aujourd’hui, 2,5 milliards en 2050. Inéluctablement, ils monteront vers le nord, me disait mon homologue nigérien. Au Niger, il y a un peu plus de sept enfants par femme.
Qu’avez-vous pensé de la phrase de Fabien Mandon, le chef d’état-major des armées, quand il disait, c’était il y a un mois et demi : « ce qu’il nous manque, c’est la force d’âme pour accepter de nous faire mal pour protéger ce que l’on est ». Il a aussi ajouté qu’il faut « savoir accepter de perdre ses enfants », ce qu’on lui a beaucoup reproché. Que vous inspire cette formule ? Il a raison ou il a tort ?
P.V. : Les mots ont donné lieu à une polémique parce que le mot « enfant » [rappelle] la mobilisation de 14-18, par exemple. En l’occurrence, ce sont des soldats professionnels qui iraient, dans le cas de figure qu’il décrivait sur l’article 5 de l’OTAN, peut-être lutter contre la Russie qui envahirait – au conditionnel – les États baltes. Là où nous avons un souci, c’est l’unité nationale. Nous sommes dans un pays très fracturé. Que se passerait-il en France si nous nous retrouvions dans une situation analogue à l’Ukraine ? Mon dernier chapitre dans le livre, c’est le réarmement des forces morales. Nous, les militaires, nous savons qu’au combat, les forces morales, c’est décisif pour ne pas reculer face au danger, face à l’hypothèse de la mort. Je crois que nous devons retrouver l’unité nationale dans l’éducation nationale, dans les familles, dans la société. Ça, c’est une vraie affaire de volonté politique.
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Le service national basé sur le volontariat, c’est une bonne démarche ou c’est une goutte d’eau ?
P.V. : C’est une bonne démarche, c’est un bon début. Surtout, ça met fin au service national universel qui était une fausse bonne idée. Je l’avais dit au président avant qu’il ne l’annonce, parce que la bonne idée, c’était la cohésion nationale. La fausse bonne idée, c’était que ça s’adressait à des mineurs pendant quelques semaines. C’était les gentilles colonies de vacances. On en a marre de ce genre de dispositif qui ne produit pas d’effet en termes de cohésion nationale et qui coûte cher. Le service militaire tel qu’il a été annoncé, c’est un bon début.
Un dernier mot, Pierre de Villiers. À un moment donné, vous étiez l’idole de certains Gilets jaunes qui souhaitaient vous porter au pouvoir. Est-ce que la politique, c’est quelque chose qui vous intéresse, qui ne vous intéresse plus du tout, qui vous a effleuré ?
P.V. : Ma démarche dans mon livre est politico-militaire, parce qu’on ne peut pas séparer les affaires militaires de la stratégie générale politique. Mais mon but, au travers de ce livre, c’est de mettre sur la table le sujet de la défense pour que nos dirigeants actuels, et surtout nos dirigeants futurs, parce que nous avons des échéances électorales majeures à venir, prennent en compte la gravité de la situation par rapport à nos moyens réels, la gravité d’une guerre potentielle par rapport à cette belle armée que nous avons, mais qui n’est capable que de faire des opérations de guerre.
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Les éditions Le Robert ont dévoilé les termes qui ont connu la plus forte hausse de consultation sur leur dictionnaire en ligne. Cette version numérique enregistre plus de 50 millions de pages vues par an. Découvrez les mots les plus recherchés, reflets des questionnements de notre société, ainsi qu’une liste de mots et expressions qui se développent progressivement chez les jeunes
Le terme « conclave » a connu un regain d’intérêt pour deux raisons distinctes. La première était politique : François Bayrou avait annoncé le 14 janvier 2025 l’organisation d’un conclave de trois mois au sujet de la réforme des retraites. Puis, le 21 avril, la mort du pape François a remis en lumière ce mot au moment de l’élection de son successeur, Léon XIV.
Outre « conclave », neuf autres termes ont particulièrement retenu l’attention des internautes : wesh, eugénisme, entrisme, go, gougnafier, séditieux, submersion, vassal et masculinisme.
Le terme « masculinisme » a connu une augmentation spectaculaire de consultations, de plus de 800 % en 2025. Ce chiffre reflète l’essor du masculinisme sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok, où 66 % des jeunes de 16 à 34 ans connaissent au moins un influenceur masculiniste. Ce mouvement promeut les droits des hommes et leurs intérêts dans la société, au détriment de ceux des femmes. La série Adolescence, diffusée sur Netflix et qui a bénéficié d’une visibilité immense, a également contribué à populariser ce terme. Elle met en scène un adolescent de 13 ans influencé par le mouvement masculiniste et accusé du meurtre d’une camarade.
En 2025, on a aussi assisté au retour de « gougnafier ». Ce mot familier, aujourd’hui désuet, a été employé par Moustapha Diakité, chef de cabinet du président Macky Sall au Sénégal, qui avait qualifié ainsi l’actuel président Bassirou Diomaye Faye. Moustapha Diakité a été poursuivi pour offense au chef de l’État. Le terme « gougnafier » désigne un bon à rien ou un goujat. Cet exemple rappelle que les mots ont un poids et peuvent coûter cher.
La liste suivante n’a pas été établie par Le Robert, mais c’est un florilège non exhaustif de termes employés par les jeunes actuellement. En tant que professeure en collège, je suis aux premières loges pour observer l’évolution du langage des adolescents.
« Je le cala pas »
Cette expression est une abréviation pour « calculer ». Quand on dit « cala », c’est calculer. Cela signifie qu’on snobe quelqu’un, qu’on nie son existence. Quelqu’un qu’on ne cala pas, on ne lui donne aucune attention.
« Elle a dead ça »
Cette expression, employée en son temps par la chanteuse Aya Nakamura signifie qu’elle a parfaitement réussi, qu’elle est venue à bout de tous les obstacles et qu’elle l’emporte haut la main. C’est une phrase positive, qui indique qu’elle a tué tous les obstacles, en quelque sorte.
« Je suis chaud »
Il semblait que cette expression était déjà démodée, mais elle reste d’actualité. Elle sert à exprimer le fait qu’on est prêt à accomplir quelque chose, qu’on est motivé, on déclare : « J’suis chaud ».
« Un phaseur » / « Tu phases »
Ce terme désigne celui qui change de comportement facilement, comme s’il y avait différentes phases. Mais dire à quelqu’un « tu phases » consiste à lui faire remarquer qu’il semble pensif ou dans la lune.
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« C’est gaze » (prononcer guéï-ze)
Cela signifie « c’est facile ». Ce terme est encore à la mode et s’entend surtout dans le contexte des jeux vidéo en ligne, mais pas à tout bout de champ.
« J’ai la dalle »
Cette expression, qui désigne évidemment une grande faim, est toujours parfaitement au goût du jour. Dire « j’ai faim de malade » perdure, mais semble en voie de disparition, contrairement à « la dalle ».
« Tu fais crari »
Cette expression signifie « tu fais semblant ». Exemple : « Fais pas crari, t’as révisé », pour dire « ne fais pas semblant d’avoir révisé ». On observe malheureusement une disparition du mot subordonnant « que » à l’oral. La langue va à l’économie de mots, mais ce n’est pas toujours dans le bon sens.
Karine Dijoud
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A l’occasion de la publication de leur premier album à quatre mains, Bertrand Chamayou et Leif Ove Andsnes seront, ce lundi 22 décembre à 20h, les invités du Journal du classique.
Ils ont partagé pour la première fois un même clavier en 2016 en Norvège et ont joué ensemble ce soir-là la célèbre Fantaisie en fa mineur de Schubert. Bertrand Chamayou et Leif Ove Andsnes sont aujourd’hui réunis au disque pour célébrer Schubert justement, pour nous offrir leur interprétation commune de la fantaisie et d’autres pièces pour quatre mains. Tous les deux sont, depuis de longues années, de grands amoureux et des interprètes inspirés du compositeur dont ils connaissent si bien l’œuvre pour piano solo, comme les lieder et la musique de chambre.
Ils se confieront ce soir sur leur belle rencontre musicale, sur leur amitié et leur démarche artistique face à une même partition. Car les deux pianistes doivent ici ne faire qu’un. « Il faut une compréhension commune, à la fois physique et musicale » nous dit Leif Ove Andsnes.
Laure Mézan
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La direction de l’Opéra de Zurich annonce la nomination de Lorenzo Viotti en tant que directeur musical de son orchestre. Le jeune chef d’orchestre suisse succédera à ce poste à Gianandrea Noseda pour deux ans à partir de 2028.
On avait quitté Lorenzo Viotti cet été, affecté par des ennuis de santé et contraint de renoncer aux deux concerts qu’il devait diriger fin juillet au festival de Salzbourg. Cinq mois plus tard on reparle du jeune chef d’orchestre suisse, d’origine franco-italienne, mais cette fois-ci beaucoup plus positivement pour une nomination dans son pays natal, à 220 kilomètres au nord de Lausanne où il est né il y a 35 ans.
C’est en effet au poste de directeur musical de l’Opernhaus Zürich (l’Opéra de Zurich) que Lorenzo Viotti vient d’être nommé pour un premier mandat de deux ans à partir de la saison 2028-2029. Une fonction qu’il devra concilier avec celle qu’il assumera à partir de l’été prochain pour trois ans à la tête de l’Orchestre Symphonique de Tokyo où il succédera à Jonathan Nott.
Lorenzo Viotti n’arrivera pas en terre inconnue à l’Opéra de Zurich qu’il a déjà dirigé à plusieurs reprises depuis 2018 et où il conduit en ce moment, depuis le 7 décembre et jusqu’au 10 janvier prochain, douze représentations de La Chauve-Souris de Johann Strauss. Suite à l’annonce de sa nomination, le jeune maestro suisse a déclaré : « Au fil des ans, Zurich est devenue pour moi un foyer artistique essentiel (…) Les musiciens, les ensembles et l’institution dans son ensemble incarnent une culture artistique unique où musique et humanité sont inextricablement liées ».
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Dans un communiqué, Matthias Schulz, le nouvel intendant de la formation zurichoise, se félicite de la nomination de « l’un des chefs d’orchestre les plus influents de notre époque. Un chef d’orchestre suisse qui connaît parfaitement les lieux et qui compte parmi les voix les plus influentes de sa génération sur la scène internationale. Sa musicalité et sa présence promettent à notre programmation une brillance artistique, une audace et un souffle nouveau ».
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Directeur musical de l’Opernhaus Zürich depuis 2021, Gianandrea Noseda ne fera donc pas de troisième mandat à la tête de la formation suisse. Également directeur musical du National Symphony Orchestra, le maestro italien de 61 ans est en contrat avec l’orchestre résident du (désormais) Trump-Kennedy Center de Washington jusqu’en 2027.
Philippe Gault
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Après avoir échoué à faire adopter le projet de loi de finances, le Premier ministre Sébastien Lecornu poursuit aujourd’hui ses consultations avec les responsables politiques de droite et de gauche. Deux options sont sur la table, celle d’une loi spéciale décidée lors d’un conseil des ministres extraordinaire qui se tiendrait ce lundi soir, ou le recours au fameux 49.3 de la Constitution. Bertrand Martinot, économiste et spécialiste des questions sociales et de l’emploi, ancien conseiller social à l’Elysée sous Nicolas Sarkozy était l’invité de Radio Classique ce lundi. Il nous aide à comprendre pourquoi la suspension de la réforme des retraites va nuire à la création de richesse en France.
C’est le sujet du jour : cette loi spéciale qui permettra d’adopter un budget de court terme. Certains parlent de rustine, disent c’est mieux que rien. Est-ce que c’est si terrible ?
BERTRAND MARTINOT : À court terme non, l’État peut continuer à fonctionner. Maintenant, ça pose énormément de problèmes techniques sur les nouveaux investissements, les nouveaux projets, les marchés publics. Ça peut tenir quelques semaines effectivement. On a un problème avec l’effort de défense qui ne peut pas être fait avec une loi spéciale en reconduisant simplement le budget. On peut espérer qu’on aura un budget comme l’année dernière d’ici quelques semaines.
On a appris la semaine dernière grâce à l’INSEE que la croissance restait faible, mais plus élevée que celle de l’Allemagne, qu’elle était meilleure que prévu. Les entreprises françaises continuent à investir. On a des chiffres de création d’entreprises records. Question à l’économiste : la France va-t-elle si mal ?
B.M. : La France ne va pas bien mais l’Allemagne va encore moins bien sur l’économie réelle, notamment sur l’industrie, le commerce extérieur. La différence entre la France et l’Allemagne, c’est surtout les finances publiques. On a un problème particulier en France sur ce sujet. L’Allemagne de ce point de vue est beaucoup mieux lotie que nous. Concernant l’économie réelle et les perspectives de croissance, les Allemands ont parfaitement identifié le problème et ils essaient de se donner les moyens de rebondir. Quand on se compare à l’Allemagne, on ne peut pas dire que la France décroche par rapport à l’Allemagne. Globalement, c’est plutôt l’ensemble de l’Europe qui décroche par rapport aux États-Unis et ça date d’une vingtaine d’années.
Il y a des pays en Europe qui s’en sortent mieux, comme le Danemark et la Hollande. Vous savez pourquoi ?
B.M. : On revient toujours à la question de la gestion saine des finances publiques, c’est la maladie française qui pose d’énormes problèmes. Ce sont des pays à prélèvements obligatoires importants, mais les systèmes d’incitations au travail, à la prolongation de la vie professionnelle par exemple, la fiscalité en général sont plutôt mieux orientés qu’en France. Ils ont des politiques publiques globalement plus efficaces. Ils ont aussi des systèmes éducatifs qui sont un peu meilleurs que chez nous et en termes de croissance, ça compte beaucoup, le capital humain.
La France affiche une croissance molle, même si elle est meilleure que l’Allemagne, une dette publique très préoccupante et l’absence de projet d’investissement. On attend toujours une politique du logement de la part de l’État, une politique d’insertion des jeunes sur le marché de l’emploi, et des seniors, c’est encore pire. Vous avez publié l’an dernier Le travail est la solution, un titre risqué mais au moins clair, aux éditions Hermann avec Franck Morel. Quand la semaine dernière on acte l’enterrement de première classe de la réforme des retraites, que se dit l’ancien conseiller social à l’Élysée entre 2007 et 2008 ?
B.M. : C’est un immense gâchis. Les retraites, c’est le cœur du réacteur nucléaire des finances publiques en France puisque c’est le quart de la dépense publique. On oublie souvent la dimension « économie réelle ». Vous avez évoqué les questions d’emploi. Une réforme des retraites [aurait entraîné] plus d’emploi de seniors. On avait chiffré qu’à l’horizon 2030, ça faisait 300 000 emplois supplémentaires. Donc sa suspension est un très mauvais signal.
Quand vous dites « emploi supplémentaire », c’est-à-dire que le simple allongement du délai de départ en retraite fait qu’on crée de l’emploi ?
B.M. : Oui. Même en tenant compte du fait qu’il va y avoir des gens en carrière longue donc ils vont partir plus tôt, même en intégrant qu’il va y avoir un peu plus de chômage des travailleurs vieillissants, on aboutit à 300 000 créations nettes d’emplois.
C’est une question qui fait bondir nos auditeurs, certains disent : « à quoi bon allonger la durée du travail et reculer le départ en retraite puisque quand on a 55 ans et qu’on s’approche des 60, vous nous mettez dehors ! »
B.M. : C’est ce que les économistes appellent un effet horizon. Cet effet existe. Mais si vous avez la retraite à 60 ans, cet effet horizon commence à 55 ou 52 et quand la retraite est à 65 ans, il commence à 60. Donc en fait, reculer l’âge de la retraite entraîne des départs anticipés en plus, mais globalement, et c’est ce qu’on voit dans tous les pays de l’OCDE, quand vous décalez l’âge légal de la retraite, vous avez plus de gens qui travaillent. Dans un pays où la population active risque de stagner et va probablement décroître à partir des années 2030, on a besoin de mobiliser la force de travail existante. La réforme des retraites, ce n’est pas qu’un sujet financier, ce n’est pas qu’un sujet comptable, c’est aussi une façon d’augmenter la taille du gâteau.
Et donc de créer de la richesse. Si je vous ai bien compris, en reculant cet âge de départ, on crée des cotisants qui vont cotiser, donc on réduit le déficit social, le déficit des retraites. Est-ce qu’on a une idée de la réduction de la dette que pourrait entraîner le fait que plus de Français travaillent, notamment plus de seniors ?
B.M. : Ça dépend de l’objectif d’emploi qu’on se fixe. Si on avait le même taux d’emploi qu’en Allemagne, on peut estimer qu’on aurait un peu plus de 3% de PIB supplémentaires, ça ferait 45 à 50 milliards de recettes publiques supplémentaires, en prenant en compte le travail des jeunes. Mais le plus gros problème, c’est que la question de l’emploi du jeune est différente. Vous avez des pays qui ont davantage de cumul emploi-études, par exemple les pays scandinaves. Ça fait des emplois supplémentaires, c’est très bien, mais ce n’est pas le fond du sujet. Vous avez des pays où vous avez beaucoup plus d’apprentis et des pays où il y a beaucoup plus de stagiaires. Selon que vous êtes apprenti ou stagiaire, dans un cas c’est de l’emploi, dans l’autre vous êtes en formation. Mais un stagiaire long, est-ce que c’est fondamentalement différent d’un apprenti ? La question de l’emploi des jeunes est compliquée. L’emploi des seniors, c’est beaucoup plus simple, c’est lié au système de retraite et plus le système de retraite favorise l’allongement de la vie active, plus vous avez d’emploi des seniors. C’est surtout là que ça se joue.
Aucune entreprise ne parle plus de l’abandon des 35 heures. Comment vous expliquez ça ?
B.M. : Les 35 heures ont été énormément assouplies et vous avez la possibilité juridique de faire autant d’heures supplémentaires que vous voulez. Il y a encore quelques verrous sur les contingents d’heures supplémentaires mais qui sont négociés souvent très hauts, donc il n’y a pas vraiment de sujet. Le sujet qu’on a sur les 35 heures maintenant, c’est le coût du travail de l’heure supplémentaire. Le travail n’a pas été fait, c’est-à-dire que l’heure supplémentaire coûte beaucoup plus cher, environ entre 40 et 45% selon les tailles d’entreprise, qu’une heure normale. Vous avez une forte désincitation à faire des heures supplémentaires. De manière générale, le système fiscal et social français décourage de travailler plus, que ce soit de faire du cumul emploi-retraite, que ce soit de travailler au-delà de 35 heures, que ce soit de reprendre du travail.
Pourquoi décourage-t-il ? Est-ce qu’on sait culturellement ce qui s’est passé ? En 1981, François Mitterrand arrive au pouvoir et met en place la retraite à 60 ans. Puis Lionel Jospin, Martine Aubry, les 35 heures. Ce sont deux marqueurs forts.
B.M. : Tout à fait. Et on oublie la culture qu’on a eu pendant très longtemps des pré-retraites, des régimes spéciaux de retraite. On en est sorti progressivement, mais on a fait ça sur 25 ou 30 ans et ça a fait beaucoup de dégâts. Je rappelle que jusqu’au début des années 2000, les gens quittaient le marché du travail en moyenne à 59 ans. En 2000, les gens partaient à 59 ans. Maintenant on est à quasiment 63 ans, donc on a fait beaucoup de chemin, mais on partait de très bas.
Qu’est-ce qu’il faut encore faire, puisque vous dites le travail est la solution ? C’est frappé au coin du bon sens. On s’enrichit en travaillant, on assure la prospérité par la création de valeur. Pour vous, c’est une solution globale ?
B.M. : Ce n’est pas la seule solution, mais il faut rappeler une évidence que certains ont oublié : c’est le travail qui crée la richesse. Il n’y a pas d’autre facteur de création de richesse. D’ailleurs pour créer du capital, il faut travailler. Pour créer du capital humain, pour créer du capital physique, il faut travailler. Donc le travail est la source véritable des richesses. Un travail qualifié, efficient, efficace. Le « travailler mieux » est quelque chose de très important, mais il y a aussi un problème de volume de travail. Il faut faire en sorte que tout notre système fiscal et social récompense davantage le travail par rapport au chômage, l’allongement de la vie active par rapport à un départ précoce et les heures supplémentaires. Le système doit donner de bonnes incitations. Si la sphère publique peut faire quelque chose de bien, ce n’est pas de surréglementer, c’est de donner les bonnes incitations pour que partout où c’est possible, les gens travaillent davantage.
D’ici 2050, les plus de 55 ans vont représenter un tiers du marché de l’emploi. Ils vont devenir un gibier rare en vérité. Qu’est-ce que ça change ?
B.M. : On ne peut pas sous-estimer l’effet de la démographie sur le marché du travail. C’est parce que la France avait une démographie plutôt favorable qu’on s’est permis de laisser partir les gens tôt, de ne pas se préoccuper de l’emploi des seniors, parce que les entreprises n’avaient pas de difficultés de recrutement, il y avait suffisamment de jeunes. Là, on est sur un retournement démographique qu’on n’a pas fini de vivre, qui fait qu’il y a une prise de conscience des entreprises qu’il va falloir travailler avec les travailleurs vieillissants, tout simplement parce qu’il y a des pénuries de main-d’œuvre, parce qu’ils ont des compétences. On est en train de faire un changement culturel. On était dans une culture du jeunisme et là, pour des raisons essentiellement démographiques, on est en train de s’apercevoir qu’on ne va pas pouvoir faire sans les travailleurs vieillissants. D’ailleurs, [si un employé] travaille jusqu’à 70 ans, on peut considérer qu’ [à 50 ans], c’est un travailleur jeune.
L’arrivée de l’intelligence artificielle préoccupe beaucoup de travailleurs. Est-ce que l’économie française est prête ? Est-ce qu’on se fait peur avec l’intelligence artificielle ? Quelle est votre vision en tant qu’auteur du livre « Le travail est la solution » ?
B.M. : Comme dans toutes les révolutions précédentes, on n’en sait rien de ce qui va se passer.
Parce qu’il y a beaucoup de prophètes.
B.M. : Bien sûr. Les prophètes sont parfois des gens assez intéressés, c’est-à-dire que ceux qui vous disent que l’IA va remplacer des millions d’individus sont aussi des gens qui vendent des solutions d’intelligence artificielle, notamment les big tech aux États-Unis. Je crois que si on regarde l’Histoire, elle va automatiser énormément d’emplois, y compris rédactionnelles avec l’IA générative, qui vont peut-être augmenter la productivité des travailleurs. Et surtout, il y a la grande inconnue : ce sont les nouvelles activités qui seront créées.
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L’électricité, par exemple, qui est la révolution la plus importante de la fin du 19e siècle, a généré énormément d’activités et ce ne seront pas forcément des activités à haute valeur ajoutée, on n’en sait rien. Prenons le cas d’Elon Musk, on nous promet le tourisme martien, je ne sais pas si ce sera forcément une activité à très haute valeur ajoutée. Il y aura tout un tas d’activités, des fonctions support dont on ne peut même pas imaginer les contours et qui ne sont pas forcément de la grande productivité, des activités à très forte productivité. En fait, on n’en sait rien. La meilleure solution quand on n’en sait rien, c’est d’avoir une culture générale, c’est d’avoir une qualification générale, c’est d’être prêt à apprendre tout au long de la vie. C’est un changement culturel sur le marché du travail. Mais la vérité, c’est qu’on ne sait pas quel est l’impact de l’intelligence artificielle à 20 ans.
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Avant d’être « le Conquérant », Guillaume de Normandie aura été « le Bâtard ». C’est sans doute dans son enfance rude qu’il a puisé la force de se lancer à l’assaut de l’Angleterre…
Un bâtard, cela signifie d’abord que son père est noble. Il s’agit en l’occurrence du duc de Normandie en personne, Robert Ier, dit le Libéral. La mère, Herleva – certains l’appelleront Arlette – est une simple fille de bourgeois dont le père était tanneur à Falaise. Robert avait tout juste 18 ans quand il tomba sous le charme de cette jolie fille. Elle lui donna un enfant, Guillaume. Il n’osa pas pour autant l’épouser, en tout cas pas selon le rite chrétien, car il est possible qu’il l’ait fait selon le rite danois, celui des Vikings, dont il était après tout l’héritier direct.
À peine six ans plus tard, en 1034, à l’époque du millénaire de la mort du Christ, Robert annonce son départ pour la Terre Sainte. Avant de partir, il fait jurer à tous ses barons, pour le cas où il ne reviendrait pas, d’accepter Guillaume, ce bâtard, comme seigneur et maître. Or, dès l’année suivante, on apprend la mort de Robert le Libéral. Voilà comment, à l’âge de sept ans, Guillaume devint duc de Normandie. En théorie du moins, car dans la pratique, beaucoup vont essayer de profiter de sa jeunesse et de son inexpérience pour tenter de récupérer le pouvoir.
Le duché sombre dans l’anarchie. L’enfant-duc est en grand danger. C’est la famille de sa mère, ces bourgeois de Falaise, qui vont protéger l’enfant et le cacher dans un endroit secret pendant quatre ans. Guillaume a alors sept, huit, neuf, dix ans. Il souffre de cette situation, et c’est sans doute dans cette humiliation qu’il va puiser la force de son caractère.
Pendant ces années noires, deux factions s’opposent en Normandie. Autour de Caen, en Basse-Normandie, une faction scandinave reste encore très animée de rites païens, avec une noblesse très guerrière qui rêve de ressusciter les Vikings. Plus au nord, en Haute-Normandie, autour de Rouen, la faction française et chrétienne s’appuie sur les bourgeois des villes et entend défendre l’héritage latin. C’est sur cette dernière que Guillaume le Bâtard va essentiellement s’appuyer pour reconquérir l’ensemble de son duché.
Cette question de bâtardise hante le jeune homme. Au moment de se marier, par compensation sans doute, il choisit une jeune fille de très haut et très pur lignage : la fille du comte de Flandre en personne, Baudouin de Flandre. Elle s’appelle Mathilde et se trouve être la nièce d’Henri Ier de France. Mais le pape Léon IX, qui reproche au comte de Flandre de s’opposer à son protégé l’empereur germanique, met son veto à cette union. Finalement, Baudouin et Guillaume, qui maintiennent leur décision, se retrouvent excommuniés.
La réconciliation de Guillaume avec le Saint-Siège n’interviendra que bien plus tard, grâce à un théologien et confident du duc, un personnage formidable nommé Lanfranc. Le soutien du pape va se révéler déterminant pour légitimer les aspirations de conquête de Guillaume. C’est l’héritage de la double culture, à la fois viking et romaine : on conquiert comme les Vikings, on légalise comme les Romains.
Dans les années 1060, Guillaume, qui a un peu plus de la trentaine, commence à avoir un œil sur l’Angleterre. Le roi Édouard, un prince très pieux que l’on appelle Édouard le Confesseur, est en train de mourir à petit feu. Ayant fait vœu de chasteté, il n’a pas d’enfant. À chaque fois qu’il rencontre un grand seigneur qui vient lui rendre visite, il lui promet sa couronne. Guillaume fait partie de ceux auxquels il a promis la couronne, et comme c’est une promesse qui l’arrange, il la prend au sérieux.
Au nombre des héritiers éventuels d’Édouard figure un certain Harold de Wessex, Harold le Saxon. En 1064, par un hasard inouï, Harold navigue au large de l’Angleterre lorsqu’une tempête le fait échouer de l’autre côté de la Manche. Arrêté, ce haut dignitaire anglais est récupéré par le duc de Normandie qui le traite avec tous les honneurs, mais profite de la circonstance pour faire jurer à Harold qu’à la mort d’Édouard, c’est lui, Guillaume, qui deviendra roi d’Angleterre.
Harold, qui ne songe qu’à se tirer du mauvais pas dans lequel la tempête l’a mis, jure tout ce qu’on veut, y compris sur des reliques sacrées qu’il n’aurait pas vues, dit-on, car elles auraient été cachées dans un coffre. Au moment où Édouard vient à mourir, Harold, en gardant pour lui la couronne d’Angleterre, commet un terrible parjure. On peut faire confiance à Guillaume pour essayer de récupérer la couronne.
Guillaume veut mettre sur pied, depuis les côtes normandes, une traversée de la Manche et un débarquement crédible. On est en 1066, et les moyens dont on dispose sont rudimentaires. Faire traverser la Manche à toute cette flotte qui doit emporter des guerriers, des chevaux, des bœufs, des attelages et du matériel de tous ordres n’est pas évident. Le point choisi pour l’embarquement est l’estuaire de la Dives, autour de Cabourg. Le travail nécessaire est titanesque. Il va demander six mois pleins d’un travail acharné.
Quand tout est au point et qu’enfin les vents s’y prêtent, le 12 septembre 1066, on s’embarque non pas en direction de l’Angleterre, mais de l’anse de Saint-Valery-sur-Somme, d’où la traversée sera plus courte. Pendant cette première expédition, un certain nombre d’embarcations trop chargées d’hommes et de chevaux se renversent, noyant leurs occupants. Naturellement, Guillaume interdit aux témoins de parler de ce qui s’est passé, sous peine de mort. Ce n’est pas le moment de démoraliser l’armée – une petite armée : sûrement pas plus de 7 000 hommes, en comptant les services. Cela paraît peu pour aller prendre possession de l’Angleterre, mais faire traverser la Manche à 7 000 hommes, c’est déjà considérable.
On attend les vents favorables, et on les attend longtemps, quinze longues journées où l’on a littéralement les yeux rivés à la girouette de l’église du village de Saint-Valery, qui tressaille au moindre mouvement d’air. Puis les vents tournent enfin au sud. Guillaume peut embarquer à bord de son navire amiral, la Mora, bateau que lui a offert Mathilde sur ses propres deniers. Lorsque enfin se lève la journée du 29 septembre, l’embarcation de Guillaume, qui a été plus rapide que les autres, se retrouve seule au milieu des flots. À travers la brume matinale, on ne distingue encore les côtes à conquérir que de très loin. Le Normand se doute néanmoins que l’Anglais doit être là, qu’il l’attend. Lui-même doit attendre tous les navires retardataires. Pour occuper l’esprit de ses compagnons, il fait servir à bord un véritable banquet. On festoie, on arrose. Enfin, la mer se couvre peu à peu de dizaines, de centaines de voilures. En face, la côte s’est dessinée.
L’armada des Normands rejoint sans peine, à marée basse, la plage de Pevensey, là où Jules César lui-même avait débarqué en son temps. Les Normands attendaient un accueil musclé. Pas du tout. Ils ne voient personne sur les grèves. Ils ont tout le temps de s’installer. Ils soufflent un peu et, au passage, pillent les maisons et les villages sur leur route.
Ce n’est qu’au premier jour d’octobre qu’Harold aura connaissance du débarquement des Normands sur ses côtes. Aussitôt, il décide de rentrer à Londres, toujours à marche forcée. Devant la défection de ses barons du nord, le nouveau roi – celui que les Normands traitent d’usurpateur – va devoir se contenter d’une armée qui, elle aussi, se compose d’environ 7 000 hommes. Pendant ce temps, Guillaume conforte ses positions. La confrontation finale va avoir lieu.
Le 14 octobre 1066 au matin, Guillaume assiste à une messe juste avant la bataille. Il a pris soin de porter à son cou certaines des petites reliques sur lesquelles Harold avait autrefois prêté serment. Il a fait vœu d’édifier sur le lieu même de la bataille une abbaye au cas où Dieu lui donnerait la victoire. Cette victoire lui ouvrirait les portes de la riche, de la grasse, de la riante Angleterre.
Les Anglais n’ont pas l’intention de se laisser faire. Ils jouissent de la position dominante. Les Normands sont en bas. Ils vont avoir fort à faire. Trop serrés, les Anglais criblent littéralement les Normands. Leurs rangées d’archers, leurs armes de jet font la différence dans un premier temps. Sur le flanc gauche de Guillaume, des cavaliers et des fantassins bretons commencent déjà à battre en retraite. La rumeur se répand que Guillaume est en train de tourner casaque. Certains disent même qu’il est mort. Il est obligé de retirer son casque, de relever le nasal, pour démentir ces rumeurs.
Peu à peu, le courage renaît dans ses rangs. Guillaume a une très bonne idée : il feint la retraite. À ce moment-là, les Anglais se mettent à le poursuivre, ce qui clairseme leurs rangs. Guillaume et ses combattants font alors volte-face et réattaquent le gros de l’armée anglaise, le Fyrd, composé de paysans réquisitionnés. Finalement, Harold est tué. Le rival de Guillaume une fois disparu, c’est le royaume qui s’ouvre au conquérant normand. Du moins dans l’idée, car après avoir gagné cette bataille de Hastings, il va falloir prendre possession de toutes ces terres anglaises. Pour Guillaume, l’aventure ne fait que commencer.
Il y aura encore de très nombreux combats. Finalement, Guillaume finira par accepter cette couronne qu’il avait dans un premier temps très sagement refusée. Lui, le bâtard, lui, le simple duc de Normandie, va donc devenir roi d’Angleterre. Son couronnement aura lieu à Westminster le jour de Noël 1066. Un sacre placé sous les auspices du pape, dont la bannière continue de suivre Guillaume pas à pas. C’est l’archevêque d’York qui officie. Au moment de couronner le nouveau roi, il demande rituellement à l’assistance, en français et en anglais, si elle accepte pour roi le duc de Normandie. On acclame Guillaume, mais on l’acclame si fort que dehors, certains croient qu’il y a une rébellion, une révolte à l’intérieur de l’église. Cela crée une sorte de bataille. Le couronnement de Guillaume de Normandie, devenu roi d’Angleterre, se termine dans une sorte de bain de sang.
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La synthèse entre les Normands et les Anglo-Saxons se fera peu à peu. Elle avait commencé sur le sol de la basse Seine, entre les apports vikings et le substrat romain. Avec l’apport de la culture anglo-saxonne, cela va donner naissance à une véritable civilisation. Cette culture anglo-normande des XIIe et XIIIe siècles va briller littéralement, et les Britanniques, aujourd’hui encore, en sont si fiers, à juste titre.
Franck Ferrand
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