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A l’occasion de la publication de son nouvel album, Julie Fuchs sera, ce mardi 9 décembre à 20h, l’invitée du Journal du Classique.
Elle fait sensation en ce moment sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées dans la nouvelle production de Robinson Crusoé d’Offenbach mise en scène par Laurent Pelly et dirigée par Marc Minkowski. Julie Fuchs sert avec un même enthousiasme et un même talent de comédienne, les mélodies et chansons de son nouvel album sorti chez Sony. Intitulé, « Je te veux », il rend hommage à Satie et à l’univers des cabarets. « Ce disque est une invitation à flâner dans le Paris Bohème, effervescent et arty de la Belle Epoque et des années qui suivent » nous dit la chanteuse.
Julie Fuchs nous éclairera ce soir sur la conception de cet album et son amour pour ces répertoires qui flirtent avec le populaire dont elle sait si bien souligner la fantaisie comme la tendresse.
Laure Mézan
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Sur proposition du conseil d’administration et par arrêté de la ministre de la Culture en date du 2 décembre 2025, Émilie Delorme est reconduite dans ses fonctions de directrice du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP) pour trois ans à compter du 1er janvier 2026.
Émilie Delorme, 50 ans, première femme nommée en 2020 à la tête du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, va entamer au début de l’année 2026 son troisième mandat comme directrice de l’établissement public. Ce mandat court jusqu’à la fin de l’année 2028.
Le CNSMDP précise que « ce renouvellement s’inscrit dans la continuité du travail engagé depuis 2020, fondé sur une volonté soutenue de concertation avec l’ensemble de la communauté étudiante, enseignante et administrative, sur une attention constante au bien-être de chacun et sur une exigence artistique et pédagogique affirmée ».
Émilie Delorme, aura pour mission de mener à bien le projet d’établissement 2025-2030 qui repose sur cinq axes stratégiques : Adapter et enrichir l’offre de formation ; Renforcer la recherche et l’innovation ; Accélérer l’internationalisation ; Répondre aux enjeux sociétaux et environnementaux et Déployer une stratégie numérique cohérente.
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Par ailleurs, trois chantiers « structurants » seront renforcés : L’approfondissement des liens avec l’université PSL (Paris Sciences & Lettres) et ses établissements composantes ; la consolidation du projet d’université européenne IN.TUNE et le lancement d’un campus en ligne et de la plateforme de ressources, projet porté par la filiale Conservatoire augmenté, sans oublier la finalisation du chantier en cours concernant le cadre de gestion des personnels enseignants.
Dans un communiqué publié par le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, Émilie Delorme « remercie toutes les équipes du Conservatoire qui accompagnent les étudiants au quotidien tout en menant les transformations nécessaires avec un engagement constant. Ensemble, nous continuerons à mettre en œuvre le projet d’établissement 2025 – 2030, avec exigence et esprit collectif ».
Philippe Gault
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La France devra-t-elle être réformée par la force, sur décision de l’Union Européenne ? C’est ce qu’a laissé entendre ce matin Patrick Artus sur Radio Classique. Le professeur d’économie a ravivé le souvenir de la contrainte exercée par l’UE sur les pays d’Europe du Sud au début des années 2010, et assure que le scénario pourrait se reproduire pour notre pays.
Invité de David Abiker dans la matinale, l’économiste Patrick Artus a coécrit avec Marie-Paule Virard « La France réinventée, pour un nouveau modèle social français et européen » aux éditions Odile Jacob.
Est-ce que vous partagez l’analyse du think tank Terra Nova,qui estime que l’adoption du budget de la sécurité sociale aujourd’hui ne sauvera en aucun cas notre système ?
PATRICK ARTUS : Oui, tous les économistes et tous les think tanks (Centres de recherche privés NDR) ont fait des estimations qui sont très concordantes : il faut 120 ou 130 milliards d’euros d’amélioration des finances publiques pour stabiliser le taux d’endettement public. C’est un objectif absolu. Cela signifie qu’il faut trouver 120 ou 130 milliards d’euros entre la baisse des dépenses et la hausse des prélèvements fiscaux. Terra Nova a un biais en faveur de la hausse des impôts, tandis que l’Institut Montaigne avait un biais en faveur de la réduction des dépenses.
L’institut Montaigne est plutôt libéral, Terra Nova plutôt de gauche ?
P.A. : Oui. Mais je crois qu’en réalité on n’évitera ni l’un ni l’autre. C’est plus de quatre points de PIB de réduction du déficit public qu’il faut trouver en trois ou quatre ans. Cela fait un point de PIB par an, soit 30 milliards d’euros par an. On n’évitera pas une certaine hausse des impôts et des mesures d’économie. Il y a deux types de mesures d’économie : des mesures sans changer les institutions, par exemple en sous-indexant les retraites sur l’inflation pendant quelques années. Et puis des mesures qui changent complètement la structure, comme ce qu’ont fait les Suédois dans les années 90, avec une réforme profonde de l’État, des privatisations, des agences publiques qui s’occupent d’une fonction de l’État et qui sont seules à s’occuper de cette fonction. Au total, la Suède a pu réduire de 10 points de PIB ses dépenses publiques sur tous les postes, sans détériorer la qualité du service public.
On peut avoir une vision un peu réduite de ce qu’il faut faire, avec des économies sur la dépense de santé via des franchises médicales plus élevées, sur les dépenses de retraites avec une sous-indexation, sur les collectivités locales en leur demandant de faire attention. Mais on pourrait avoir, et je crois que c’est la seule piste à moyen terme – et ça ne se fait pas en un an, les Suédois ont négocié avec les syndicats et tous les partis politiques pendant 5 ans cette réforme de l’État – il faudrait vraiment changer complètement la structure de l’État français pour améliorer à la fois la qualité et réduire le coût de l’État.
Comment réduit-on la dette puisque les dépenses sociales de l’État représentent deux tiers de la dette publique ? La réforme des retraites est suspendue, donc on ne peut pas espérer équilibrer le régime de ce côté-là. Vous avez dit qu’il faudra augmenter un peu les impôts et faire des économies. Vous n’avez pas parlé de l’augmentation du travail ni de la durée du travail. C’est quand même un Himalaya pour reprendre l’expression de François Bayrou. Les Français ne veulent même pas travailler un jour de plus ou deux jours de plus par an.
P.A. : Il faut que les Français travaillent plus, mais allonger la durée annuelle du travail n’est pas forcément la bonne piste. D’abord, si vous regardez non pas simplement les salariés à temps plein, mais l’ensemble des gens qui ont un emploi, les Français travaillent autant que les autres Européens, ils travaillent plus que les Allemands sur l’année. Le vrai problème, c’est qu’il y a une proportion faible des Français qui travaillent.
Cela veut dire que quand on dit les Français travaillent moins ou la France ne travaille pas assez, c’est une fake news ?
P.A. : Non, les Français travaillent moins en nombre. Il y a environ 69 % des Français qui ont un emploi et c’est 10 points de plus dans les pays d’Europe du Nord ou en Allemagne. Si on avait le taux d’emploi des Allemands, par exemple, on aurait cinq points de recettes fiscales en plus, simplement en mettant au travail plus de gens.
J’ai l’impression qu’on a renoncé à augmenter le taux d’emploi en France. Quand vous entendez les socialistes, quand vous entendez la gauche et même la droite, la priorité des priorités serait de remettre les gens au boulot, mais personne n’en parle.
P.A. : C’est aux deux extrêmes que ça se situe. Il y a deux difficultés. Le taux d’emploi est faible et très faible en France pour les jeunes. Il y a environ un taux d’emploi de 40 % pour les jeunes, c’est 20 points de plus dans les pays qui ont un taux d’emploi normal des jeunes. Cela reflète les problèmes du système éducatif. On vient d’avoir la grande enquête d’évaluation du système éducatif français. C’est catastrophique. Un enfant français sur deux n’a pas un niveau suffisant d’après cette enquête, en maths, en lecture, etc.
Et paradoxalement, plein de Bac+5 ne trouvent pas de boulot ?
P.A. : Oui, mais les Français excellents sont très peu nombreux. Par exemple en maths, 3 % des Français, d’après l’enquête PISA de l’OCDE, ont un niveau avancé. A Singapour, ils sont 46%. Il y a vraiment un problème, y compris sur les gens les plus avancés. Le second problème, c’est qu’il faut décaler l’âge de la retraite. On ne pourra pas rester à 62 ans et 9 mois d’âge de la retraite, parce que tous les pays européens vont aller à 67, 68 ans.
Y compris les pays idoles de la gauche française. La gauche française ne jurait que par le Danemark, la Suède sur les questions de société. En revanche, ils se sont bien gardés de jurer par le Danemark et la Suède sur les questions d’allongement de la durée du travail.
P.A. : Et il y a une autre chose extrêmement importante : il va falloir abandonner la protection de l’emploi et passer à la protection des personnes, comme l’ont fait les Danois. Des tonnes d’études qui sortent aujourd’hui sont très convaincantes. La protection de l’emploi est catastrophique parce que vous rigidifiez la structure de l’économie, personne ne veut quitter un emploi. Et vous créez un coût du licenciement majeur qui est complètement pénalisant surtout pour les petites entreprises, pour les start-ups. Il faut absolument faire des réformes qui sont pour l’instant l’objet d’un tabou complet. Il faut ajouter une dose de capitalisation au système de retraite, il faut passer de la protection de l’emploi à la protection des personnes, il faut réformer le système éducatif. Pour l’instant, on peut constater que 60 à 80 % des Français rejettent ces réformes qui pourtant amélioreraient la situation de tous. Ce ne sont pas des réformes néolibérales du tout.
Comment l’Europe et la France en sont-elles arrivées à ce niveau de déclassement par rapport à la Chine qui annonce 1000 milliards de dollars d’excédent commercial et les États-Unis qui maîtrisent l’avenir, l’IA, les data, l’informatique ? Comment en est-on arrivé à ce déclassement ?
P.A. : D’abord, toute l’Europe ne s’affaiblit pas. Si vous regardez la Suède, les Pays-Bas, le Danemark, la Norvège, la Finlande. Ce sont des pays où il y a une culture du consensus travaillé. Ce sont des pays qui beaucoup réformé : le système éducatif, les retraites, l’organisation de l’État, mais ces réformes ont été acceptées par une très large majorité après négociation et après une construction de consensus. Il y a une culture du consensus dans ces pays, et une culture de l’absence de consensus en France.
Il y a aussi les tabous. Par exemple, le tabou du système de retraite par capitalisation. Tous ces pays ont une partie du système de retraite par capitalisation. Ils ont plein d’argent pour financer les start-ups, ils ont plein d’argent pour construire des multinationales. Regardez le Danemark, c’est un tout petit pays, où se sont installées des multinationales de taille mondiale, dans la pharma, dans l’électronique. La troisième différence, c’est le système éducatif. Tant qu’on ne réparera pas notre système éducatif, on ne pourra absolument pas faire de progrès. On veut faire une économie numérique, on veut utiliser l’intelligence artificielle, mais il faut un minimum de culture scientifique pour utiliser l’intelligence artificielle. On veut réindustrialiser, mais on ne réindustrialise pas sans ingénieur. La priorité numéro un, c’est vraiment le système éducatif.
Patrick Artus, la France réinventée, est-ce que vous y croyez ? C’est formidable de faire un livre où vous dites il y a les moyens du sursaut, mais est-ce qu’en votre conscience, honnêtement, franchement, vous y croyez encore ?
P.A. : Je crois d’abord qu’on pourrait s’inspirer, non pas de l’exemple américain ni chinois qui sont absolument inimitables en Europe, mais de l’exemple de ces pays d’Europe du Nord. Mais malheureusement, je ne crois pas que les réformes qui sont pourtant nécessaires et ne sont pas néolibérales, qui profiteraient à tous les Français – les entreprises, les créateurs d’entreprise, les salariés, les jeunes – viendront de l’intérieur. Je pense que ça débouchera sur une situation où la France sera contrainte de se réformer par une contrainte extérieure.
Qui ?
P.A. : La BCE, la Commission européenne. Regardez les pays d’Europe du Sud, le Portugal, la Grèce, qui ont maintenant des économies florissantes. Est-ce qu’ils vont longtemps accepter que la France ne fasse aucune réforme alors qu’eux ont baissé leurs pensions, ont réformé leur système public ? C’est inacceptable pour ces pays. Il y aura de plus en plus de pays pour lesquels l’entêtement de la France à ne pas se réformer sera inacceptable.
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Vous imaginez un Premier ministre grec faisant une médiation entre la Banque centrale européenne et le gouvernement français pour que la France devienne raisonnable ?
P.A. : Est-ce que les Allemands, qui sont quand même les plus puissants, accepteront longtemps que la France fasse 5 ou 6 % de déficit public en pourcentage de son PIB, emprunte des quantités énormes, ce qui n’est pas bon pour les marchés financiers européens parce qu’il y a trop d’endettement public et qui laisse peu de place aux entreprises ? Est-ce que les Allemands accepteront longtemps cette exception française de n’appliquer aucune des règles ?
Vous parlez des Allemands, est-ce qu’ils peuvent avoir la nostalgie du Deutsche Mark ?
P.A. : Non, ça n’arrivera pas. L’euro est complètement irréversible. Mais les Allemands auront le pouvoir, probablement avec la BCE, à un certain moment, profitant d’une tension financière de la France, de passer un deal avec le gouvernement français : réforme contre soutien.
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Luc Ferry plaide pour que l’Union européenne se réveille après les récents propos de l’Amérique de Trump. Il a réagi ce lundi dans la matinale de Radio classique au document dit « Stratégie de sécurité nationale » publié par les Etats-Unis. L’Europe apparaît particulièrement malmenée, tandis que la Russie semble ménagée.
Comment comprendre ce camouflet adressé au vieux continent ? Le philosophe et ancien ministre Luc Ferry, livre son regard sur cette nouvelle stratégie, qui, paradoxalement, pourrait avoir un effet bénéfique pour l’Union Européenne.
L’Europe était fascinée par l’Amérique, par sa protection, par sa culture. Et Donald Trump n’arrête pas de nous envoyer des signaux : il nous dit que l’Europe va être submergée par l’immigration, qu’elle est en train de perdre ses valeurs, qu’elle est victime d’un déclin civilisationnel. Que pensez-vous de ce document publié par la Maison Blanche vendredi ?
LUC FERRY : Je trouve ce document absolument excellent. Il n’y a que la vérité qui blesse et je trouve que Trump a évidemment raison de nous l’envoyer parce que c’est le seul moyen de nous réveiller. Regardons les choses objectivement. Nous avons perdu la souveraineté numérique. Toutes les messageries sont aujourd’hui américaines, tout comme l‘intelligence artificielle. Nous avons perdu la souveraineté militaire. 75% des armées européennes sont équipées de F-16, de F-35, de missiles Patriot, donc d’armes américaines.
Nous sommes en pleine dénatalité : 1,5 enfant par femme en moyenne dans l’ensemble de l’Union européenne. Nous avons perdu la compétitivité face à la Chine, y compris dans des domaines dans lesquels nous étions très supérieurs jusqu’à il y a peu de temps : l’aviation, l’automobile, les machines-outils par exemple. Et nous sommes incapables de faire la guerre autrement que jusqu’au dernier Ukrainien, c’est-à-dire par l’intermédiaire d’autres personnes. Ce que nous dit aujourd’hui Trump, c’est extrêmement désagréable. Ça suscite évidemment des réactions de rejet. Mais c’est totalement salutaire, c’est le seul moyen de se réveiller. Il y a deux moyens de se réveiller : lire le rapport Draghi et écouter ce que disent les Américains sur le déclin de l’Union européenne.
Est-ce qu’on écoute Trump ? Est-ce qu’on va se réveiller ?
L.F. : On ferait mieux. Pour l’instant ce n’est pas le cas : on est encore au lit, sous tranquillisant. Quand Emmanuel Macron rentre de Chine, au lieu de réfléchir à la compétitivité des produits européens, il envisage des droits de douane [Emmanuel Macron a menacé Pékin de droits de douane «dans les prochains mois» si le déficit commercial ne se réduisait pas NDR]. Autrefois, quand un président rentrait de Chine, il revenait avec des contrats, pour l’automobile, pour l’aviation, pour les armes, pour les machines-outils. Aujourd’hui, on va rentrer avec un panda. Le président chinois se moque de nous, tout simplement. Il reçoit très convenablement Macron, mais quand Macron rentre, il n’a absolument rien rapporté, sauf l’idée de faire des droits de douane. Je ne suis pas contre, mais le problème, c’est que les mesures de rétorsion peuvent être importantes.
Vous vous rendez compte ! Souveraineté militaire, souveraineté numérique, souveraineté alimentaire, immigration totalement incontrôlée, dénatalité : évidemment que l’Union européenne est en plein déclin et que c’est absolument désolant parce que la civilisation européenne, c’est la Révolution scientifique au 18ème siècle, les Lumières. Cette révolution scientifique va avec la naissance de la démocratie parce que la science traverse les classes sociales et les frontières. La science est démocratique, elle est profondément démocratique par essence. D’ailleurs, c’est ce que lui reproche Nietzsche. Il dit que la science est roturière. Mais c’est très bien, c’est ça qui est magnifique. C’est l’émancipation des femmes.
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Tout ça risque d’être balayé parce que nous avons perdu toutes les souverainetés que je viens d’évoquer. Ce qu’il nous envoie comme message, au lieu de susciter l’ire, la colère, devrait susciter le réveil comme le rapport Draghi. D’une certaine manière, la Chine aussi nous réveille, la guerre en Ukraine nous réveille. Et on s’aperçoit que toutes ces souverainetés que nous avons perdues sont le signe d’un immense déclin.
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En Syrie, la crainte a remplacé l’espoir, 1 an après la chute de Bashar al-Assad, « le boucher de Damas ». A la tête de la coalition de rebelles qui a chassé le dictateur sanguinaire, l’ancien djihadiste Ahmad al-Charah a pris la tête d’un pays déchiré. D’un côté, des milliers de prisonniers du régime essaient de retrouver une vie normale après les sévices endurés, et de l’autre, les membres de la communauté Alaouite, dont fait partie Bachar al-Assad, sont victimes d’exactions.
Les violences intercommunautaires minent le processus de justice transitionnelle. Les milliers de prisonniers qui ont survécu aux sévices du régime tentent malgré tout de se reconstruire, à l’image de Riyad Avlar. Il a 19 ans quand il quitte sa Turquie natale, pour aller étudier l’arabe en Syrie. Nous sommes en 1996, le pays est alors dirigé d’une main de fer par Hafez el-Assad. « C’est une dictature » écrit Riyad dans une lettre à un proche. Pour cela, il sera arrêté et emprisonné dans la prison de Sednaya. Il y restera 21 ans.
« Au début de ma détention, j’ai été mis 2 ans au sol-sol, seul. Ensuite ils m’ont mis 10 ans avec 20 personnes. Après la révolution de 2011, ils ont commencé à amener beaucoup de gens : pour une cellule pouvant contenir 20 détenus, ils en mettaient une centaine. Tu ne sais pas exactement quand ils vont venir te tuer. Tout le temps, il y avait de la torture : physique, psychologique, et sexuelle. Au bout d’un certain temps, ils venaient moins me torturer physiquement, mais ils apportaient des nouvelles personnes et les torturaient devant mes yeux : c’est aussi de la torture psychologique. »
En 2017, Riyad est libéré, sans explications. Il y a seulement une dizaine de jours, il est retourné voir Sednaya, la prison désormais appelée « l’abattoir humain ». « Même vide, c’était horrible. Je me suis rappelé presque tout ce qui est arrivé là-bas ». Pour surmonter ses traumatismes, Riyad a cofondé une association d’aide aux anciens prisonniers de Sednaya. « J’étais un détenu, donc c’est une partie de mon identité. C’est mon devoir. J’ai été heureux de voir le régime de Bachar tomber, mais j’ai éprouvé beaucoup de chagrin quand j’ai vu les milliers de familles qui cherchaient leurs proches, sans les trouver…parce que, je sais, que la plupart sont morts. » La commission syrienne des disparus estime entre 200 et 300.000 le nombre de personnes arrêtés par le régime des Assad qui n’ont toujours pas été retrouvées.
Le témoignage de Riyad Avlar:
L’autre stigmate de ces années de souffrance pour les Syriens, c’est aussi la déchirure qui existe entre les communautés. Les alaouites en particulier sont la cible d’exactions, car ils appartiennent à la communauté des Assad. Hala Rajab est originaire d’un village sur la côte ouest de la Syrie près de Lattaquié, berceau de la communauté alaouite. Réfugiée en France depuis dix ans et devenue actrice et réalisatrice, la trentenaire a été surprise de la chute de Bachar el-Assad. « J’étais choquée, je ne croyais pas ce que je voyais à la télévision. J’avais aussi un peu peur, car je me suis dit qu’il y aurait peut-être des attaques visant les minorités. En même temps, j’étais très contente. C’est un sentiment mélangé, de joie et d’inquiétude ».
Hala a beaucoup pensé à son père, opposant communiste : « J’aurais aimé qu’il soit là, qu’il soit vivant et qu’il assiste à ce moment historique, lui qui a passé toute sa vie à lutter contre le régime. Mon père a été arrêté en 1987, il a passé un peu plus de 4 ans en prison, et quand la révolution a éclaté en Syrie, il a participé à une conférence contre le régime en Égypte en 2013. Il était sur les listes noires, il pouvait plus rentrer en Syrie. Il a essayé de rentrer en 2014, s’est fait arrêter, torturé et a été hospitalisé ».
A la mort de son père, Hala et ses sœurs fuient la Syrie, mais leur mère reste dans le pays jusqu’en mars dernier. Au moment des massacres contre les alaouites, elle prend la fuite in extremis : « Ma mère était encerclée chez elle. On a perdu quatre membres de la famille : un cousin, deux oncles, ma cousine et son cousin. Ces oncles étaient pourtant des anciens opposants du régime, mais ils ont été tués parce qu’ils étaient alaouites. Pour moi, la révolution n’est pas finie. Il y a encore beaucoup de travail à faire [pour défendre] les valeurs de mon père, la lutte pour la liberté, pour qu’il y ait une identité syrienne au-dessus de toutes les identités ethniques, religieuses »
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Hala pense que le risque de guerre civile est encore là. « Même s’il y a pas des massacres de masse, il y a des vengeances quotidiennes contre les minorités. Il y a tous les jours des hommes qui se font tuer parce qu’ils sont alaouites, ou druzes. Il y a des femmes qui sont enlevées, torturées, violées. Il ne se passe pas grand chose avec la justice transitionnelle, parce qu’il y a des gens liés au régime de Bachar el-Assad qui se trouvent dans la composition de ce nouveau gouvernement. Quand le président s’exprime sur des chaînes internationales, il parle à tous les Syriens, mais il a un discours assez différent à l’intérieur du pays ». Malgré les dangers, Hala espère retourner bientôt dans son pays.
Hala Rajab au micro de Laurie-Anne Toulemont
Un dossier de Laurie-Anne Toulemont
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En 2026 et 2027, Anne-Sophie Mutter célébrera ses 50 ans de carrière. L’occasion pour la violoniste allemande de participer à plusieurs concerts-jubilés mais, surtout de revisiter sa volumineuse discographie et de se lancer dans de nouveaux projets d’enregistrements.
Anne-Sophie Mutter a fait sa première apparition sur scène en Suisse à Lucerne, à l’âge de 13 ans seulement, avant d’être invitée quelques mois plus tard à jouer au festival de Pentecôte de Salzbourg avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin, dirigé à l’époque par Herbert von Karajan. C’est d’ailleurs avec l’immense chef d’orchestre allemand qu’elle a enregistré son premier disque en 1978.
Cinquante ans plus tard, après avoir enregistré des dizaines d’albums et participé à des milliers de concerts et récitals donnés dans le monde entier, la violoniste allemande, lauréate de quatre Grammy Awards, s’apprête à célébrer ce jubilé en 2026 et 2027. Sur scène, Anne-Sophie Mutter entamera une longue tournée anniversaire qui la mènera dans des lieux qui ont façonné son parcours de musicienne. Tournée qui commencera évidemment en janvier 2026 à Lucerne, où débuta sa carrière internationale, pour s’achever en 2027 à Salzbourg.
Ce cinquantenaire sera surtout l’occasion pour Anne-Sophie Mutter de développer des projets discographiques auxquels elle tient particulièrement. À commencer par une nouvelle collaboration avec le label français Alpha Classics (Outhere Music) avec lequel elle lancera ASM Forte Forward, une série de quatre enregistrements consacrés à des morceaux composés pour elle, notamment par Krzysztof Penderecki, Max Richter et bien sûr John Williams. La parution du premier album de cette série est annoncée pour la fin mars 2026.
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Une infidélité discographique parfaitement agréée par Deutsche Grammophon (DG), la maison de disque qui a édité la plupart des enregistrements de la violoniste depuis 40 ans. Une collaboration qui va se poursuivre très activement avec des rééditions par DG d’enregistrements emblématiques tels que celui des Concertos pour violon n° 3 et 5 de WA Mozart avec le Philharmonique de Berlin dirigé par Herbert von Karajan en 1978, annoncé pour février 2026
S’en suivra une série d’albums numériques sélectionnés par Anne-Sophie Mutter. Chaque album se concentrera sur une ville dans laquelle Anne-Sophie Mutter a fait des rencontres musicales, donné des concerts et réalisé des enregistrements exceptionnels, de Londres à New York en passant par Berlin, Vienne, Tokyo…
Par ailleurs, STAGE+, le service de streaming de Deutsche Grammophon, proposera une vaste sélection de contenus vidéo (interviews exclusives, concerts, documentaires…) couvrant le travail de la violoniste avec Herbert von Karajan et ses collaborations récentes avec le compositeur de musiques de films John Williams.
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KPMG vous invite à écouter l’interview de François Bontemps, Directeur général de Provost Distribution, belle ETI basée à Neuville-en-Ferrain (Nord).
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A l’occasion de sa prochaine création à la Fondation Louis Vuitton, Bryce Dessner sera, ce lundi 8 décembre à 20h, l’invité du Journal du Classique.
Bryce Dessner est déjà un habitué de la Fondation Louis Vuitton où plusieurs de ses pièces ont été jouées, notamment par Gautier Capuçon, et où sera créée les 12 et 13 décembre sa nouvelle œuvre, Love, Icebox inspirée par la correspondance entre le chorégraphe Merce Cunningham et le compositeur John Cage.
Une musique qui sera jouée par la pianiste Alice Sara Ott tandis que la comédienne Isabelle Huppert lira quelques extraits des lettres échangées par ces deux grands artistes américains.
Bryce Dessner nous éclairera ce soir sur cette création imprégnée par l’œuvre du peintre allemand Gerhard Richter auquel la fondation consacre une remarquable exposition. Il nous parlera ce soir de ses multiples inspirations, lui qui navigue entre la musique contemporaine et le rock, peut aussi bien se référer à Steve Reich qu’à Pérotin, Messiaen ou à la pop et se nourrit également des arts visuels comme de la danse.
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L’architecte américano-canadien Frank Gehry, prix Pritzker en 1989, est mort d’une maladie respiratoire vendredi à l’âge de 96 ans. Ce maître du déconstructivisme, mélomane averti, est à l’origine de la réalisation de bâtiments mythiques consacrés à la musique.
A l’origine de bâtiments emblématiques tels que le musée Guggenheim de Bilbao en Espagne ou la Fondation Louis Vuitton à Paris, Frank Gehry est décédé le 5 décembre, à l’âge de 96 ans dans sa maison de Santa Monica en Californie. Né Frank Owen Goldberg à Toronto, au Canada, en 1929, il s’installa en 1947 à Los Angeles où siège toujours son cabinet Gehry Partners, LLP.
Parmi les nombreux bâtiments qu’il a imaginés, Frank Gehry en a consacré certains à la musique, son autre passion. Dans le Los Angeles Time, le critique musical Mark Swed raconte que l’œuvre préférée du grand architecte était les Variations Goldberg de JS Bach dont il pouvait disserter « pendant des heures ». C’est d’ailleurs à Los Angeles que Frank Gehry a imaginé en 1988 son premier édifice entièrement consacré à la musique : le Walt Disney Concert Hall, inauguré en 2003.
Dans un communiqué publié sur son site, le Philharmonique de Los Angeles (LA Phil), orchestre résident du Walt Disney Concert Hall, s’est dit « dévasté » par le décès d’un architecte à « l’imagination hors du commun » et rappelle que Frank Gehry avait assisté à toutes les répétitions de l’orchestre, dirigé par Esa-Pekka Salonen à l’époque, pendant les semaines précédant l’ouverture du complexe.
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Parmi les autres réalisations de Frank Gehry dédiées à la musique, le Pavillon Jay Pritzker, inauguré à Chicago en 2004, où résident le Chœur et l’Orchestre Symphonique de Grant Park et qui accueille chaque été le Grant Park Music Festival. En 2017, à Berlin fut inaugurée à Berlin la Pierre Boulez Saal (Salle Pierre Boulez). L’auditorium, conçu par Frank Gehry accueille notamment l’Académie Barenboïm-Saïd et son West-Eastern Divan Orchestra.
Dans un message publié sur Facebook, Daniel Barenboim rend hommage à « un visionnaire (…) immortalisé par ses contributions exceptionnelles, architecturales et artistiques, à travers le monde ».
Dans d’autres édifices consacrés à l’art et la culture, Frank Gehry imagina également des espaces consacrés à la musique. C’est le cas du musée Guggenheim de Bilbao (Espagne) qui accueille de nombreuses performances musicales et surtout de la Fondation Louis Vuitton à Paris dans laquelle l’architecte imagina un auditorium ouvert sur l’extérieur et à la lumière du jour et qui a déjà vu s’y produire d’immenses musiciens classiques parmi lesquels Lang Lang (pour l’inauguration de la Fondation en 2014), Yuja Wang, Vladimir Spivakov, Matthias Pintscher, Krystian Zimerman, Alexandre Kantorow…
La Fondation Louis Vuitton salue la mémoire de son architecte, Frank Gehry.
« Il restera un génie de la légèreté, de la transparence et de la grâce. » Bernard Arnault pic.twitter.com/Yy1LNnRtVb
— Fondation LV (@FondationLV) December 6, 2025
On pense aussi au Pavillon de musique, la structure spectaculaire composée de grandes planches de bois et d’un réseau complexe de panneaux en verre superposés imaginée par Frank Gehry inaugurée en 2008 au Château La Coste en Provence.
Philippe Gault
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Gad Elmaleh est humoriste, acteur, réalisateur… et désormais récitant. Il lira des extraits des Confessions de Saint Augustin au coeur de la Sainte-Chapelle le 26 décembre à 19h30. Une lecture en musique, accompagnée par David Braccini et le quatuor Classik Ensemble.
Pourquoi avez-vous choisi ce projet autour des Confessions de Saint Augustin ? Qu’est-ce qui vous a séduit chez cet homme qui est venu à la religion un peu tard ?
GAD ELMALEH : Ce qui m’a intéressé, c’est son histoire, son parcours. Au-delà de l’aspect religieux, c’est l’explorateur de l’âme. C’est ce chercheur, dont la pensée me touche énormément. C’est un projet que j’ai depuis longtemps. Il a déjà été fait : Gérard Depardieu avait lu les Confessions de Saint Augustin aux côtés d’André Mandouze (historien et latiniste NDR).
J’ai lu Saint Augustin par bribes, et à chaque fois, c’était un voyage. J’avais envie de partager ça avec le public, et ça s’est construit petit à petit. Je vais être accompagné de musiciens classiques sous la direction de David Braccini, ainsi que par David Djaïz qui est écrivain, un intellectuel qui va commenter et contextualiser Saint Augustin. C’est un projet totalement ressenti, libre, dans ce lieu magique, poétique, solennel, où je vais régulièrement écouter de la musique classique. Les Confessions de Saint Augustin, c’est vertigineux.
Les textes religieux ne sont pas toujours faciles à lire en public. Il faut les étudier. Mais alors, pourquoi Saint Augustin ?
G.E. : Parce qu’il dit « je », parce qu’il se révolte, parce qu’il interpelle Dieu. Il s’adresse à Dieu. Je pense que tous les textes qui ont été faits en adresse à Dieu – et je m’y intéresse dans l’islam, dans le judaïsme et dans le christianisme – sont bouleversants. Je pense qu’on a le droit de convoquer, d’exiger Dieu. C’est très touchant. On a l’impression que ce texte parle à tous dans une époque où ce n’est pas forcément la solution ou le chemin, mais c’est une proposition.
Je pense aux adolescents, je pense à mes enfants. Dans les tourments de l’âme, dans la quête, dans la folie des réseaux sociaux, se dire que ce sont des textes qui datent du Ve siècle et qui sont d’actualité parce qu’ils interrogent l’âme humaine : voilà ce qui me plaît chez Saint Augustin.
Vous parlez justement d’actualité et des religions. Le journal La Croix fait sa une ce matin sur les catholiques aujourd’hui, ce qu’ils ont dans le cœur, à quoi ils pensent. Il y a un retour des religions. Pour les uns, c’est un recul, un repli identitaire. Pour les autres, au contraire, vous venez de le dire, ça peut être un chemin. Où est-ce que vous êtes, vous, du côté du chemin ?
G.E. : D’abord, je chemine. C’est un mot qui m’amuse. Il a un côté un peu désuet, dont on peut se moquer. C’est toujours la caricature sur ce genre de mots. C’est comme le « vivre ensemble ». Le vivre ensemble institutionnalisé, annoncé comme une marque. On a envie d’appeler l’Élysée, de dire : « J’ai vu votre discours, comment on fait pour le vivre ensemble ? »
En fait, on a un problème en France : on ne se connaît pas. Quand je dis on ne se connaît pas, je parle des communautés. Moi, je m’amuse tous les soirs à demander dans ma salle : « Est-ce qu’il y a des Juifs ? Est-ce qu’il y a des Chrétiens ? Est-ce qu’il y a des gens athées, agnostiques ? Est-ce qu’il y a des Musulmans ? » Parce qu’apparemment, c’est interdit de faire ça en France. Ce genre de sondages n’est pas permis.
Les statistiques ethniques sont interdites. Mais vous, vous avez le droit d’interroger votre public.
G.E. : Oui, j’interroge mon public. J’ai grandi dans un pays arabe musulman qui est un modèle singulier. À Essaouira, il y a une synagogue qui s’appelle Bayt Dakira et à l’entrée, il y a un Coran et une Torah posés côte à côte. C’est le message de cette synagogue.
Les synagogues d’Essaouira ont les portes ouvertes, et ce sont des musulmans qui les font visiter.
G.E. : Totalement. C’est unique, c’est un modèle singulier, le Maroc. C’est comme l’école juive à Casablanca dans laquelle il y a des musulmans qui prennent des cours d’hébreu. C’est une réalité, ce n’est pas uniquement un fantasme de paix. Ce vivre ensemble dont on parle, je pense qu’il n’aura jamais lieu si on ne se connaît pas. Et on ne se connaît pas. Les communautés ne se connaissent pas. Alors la religion, ça fait peur, c’est un thème qui crispe. Mais je crois qu’on doit se connaître.
On peut aller dans les lieux de culte les uns des autres, on peut s’écouter, se parler. La raison pour laquelle il y a eu cette fraternité réelle et pas plaquée comme le vivre ensemble au Maroc, c’est qu’on connaissait les traditions, les fêtes des uns des autres. Je ne dis pas que ça se passait tout le temps bien, ce n’est pas une vision idyllique. Il y avait de la tension, c’était complexe, il y avait des petites secousses de temps en temps. Quand ça pétait au Proche-Orient, il y avait des reports de cette tension. Mais au moins c’était vrai, c’est assumé. Aujourd’hui, je pense qu’il faut être à l’écoute de ceux qui vivent pleinement leur foi. Ils en ont le droit. Mais il faut qu’on se connaisse, qu’on se rencontre.
Gad Elmaleh, vous voyagez beaucoup, vous avez au moins une triple culture – je laisse la religion de côté – marocaine, française, canadienne. Quel regard vous portez sur la montée de l’antisémitisme depuis le 7-octobre, sur ces militants d’extrême gauche qui font des listes d’artistes, de personnalités qui soi-disant soutiendraient Israël et sont dénoncés comme « génocidaires » ? Vous êtes passé à côté de ce boulet-là ?
G.E. : Je suis très préoccupé par cette question parce qu’il y a une banalisation, presque une autorisation par ces personnes d’un antisémitisme normalisé, banalisé. Ce qui est le plus grave, c’est la malhonnêteté de ces personnes, de ces groupes politiques pour qui cette cause est malheureusement un levier, et malheureusement même pour les Palestiniens. Je trouve ça scandaleux, je trouve ça honteux. Bien souvent, ils n’en ont profondément rien à faire, de la cause. J’essaie tous les jours d’envoyer un message de paix. Mais là, on est dans une forme d’opportunisme. C’est assez dégoûtant.
Est-ce qu’on peut rire de tout, y compris de l’antisémitisme ?
G.E. : Non, on ne peut pas rire de l’antisémitisme, surtout pas, certainement pas. On peut rire des antisémites. On peut caricaturer ce sur quoi ils se basent pour être antisémites, comme du racisme. On ne peut pas rire de l’antisémitisme, mais on peut rire contre l’antisémitisme. Et on peut rire de la religion. D’ailleurs, en Israël, certains humoristes se permettent des blagues sur l’antisémitisme, sur la Shoah, que les humoristes, juifs ou pas, en France ne se permettraient jamais.
Vous avez été fasciné par les États-Unis, symbole absolu de réussite pour ceux qui aiment le stand-up et qui le pratiquent. Vous y avez réussi. Que vous inspire le show permanent de Donald Trump ? Est-ce que vous le trouvez bon ?
G.E. : Je pense qu’il y a quelque chose de fascinant et de stimulant chez cet homme. Bien sûr qu’on peut trouver tellement absurdes et folles les déclarations qu’il a pu faire, l’attitude qu’il a pu avoir, la pensée. Mais on dirait qu’on est au show permanent. Il y a une stimulation permanente. Moi, j’ai cette curiosité quand il va prendre la parole. Ça peut être dangereux aussi. Mais je dois avouer que quand il prend la parole, je suis au spectacle. C’est à la fois stimulant, intéressant et dangereux.
Cette lecture à la Sainte-Chapelle a lieu le 26 décembre prochain. Si ma mémoire est bonne, c’est un vendredi. Donc vous allez lire des textes chrétiens, catholiques, un soir de shabbat. Vous avez réglé le problème avec vos parents ou pas ?
G.E. : Je n’avais même pas vu que c’était un vendredi. Je pense que ça va réunir des gens différents ce soir-là. Quand on parle d’un projet, souvent au bout de cinq, six, sept, huit interviews, on a déjà une forme de rodage. C’est la première fois que j’en parle. Je m’interroge et quand vous m’avez posé la question, je me suis dit : « Mais il n’y a aucune raison valable de faire ça, à part l’envie, à part partager avec les gens ce que moi j’ai vécu en lisant Saint Augustin. » C’est le projet le plus libre, le plus fou, le plus gratuit de ces dernières années pour moi. C’est un point de départ parce que je ne sais pas où ça va aller.
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