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  • Joséphine Baker, icône des Années Folles et résistante : 5 secrets sur son engagement

    Joséphine Baker est entrée au Panthéon en 2021 pour son engagement en faveur de la Résistance pendant la Seconde guerre mondiale. Profitant de sa grande popularité, l’artiste de music-hall n’aura cessé de renseigner les uns, de remonter le moral des autres.

    Joséphine Baker est devenue française non pas grâce à son engagement, mais en se mariant avec Jean Lion

    Le mariage a eu lieu le 30 novembre 1937 à Crèvecœur-le-Grand, dans l’Oise. Le futur marié s’appelle Jean Lion. Grand, beau, élégant, récemment breveté aviateur-pilote, il a fait tourner pas mal de têtes, jusqu’à la dernière en date de ses conquêtes, Joséphine Baker. Depuis 10 ans, c’est une véritable légende, arrivée à Paris de son Missouri natal. Durant les Années Folles, elle a conquis le cœur des Parisiens, de la France et même de l’Europe, grâce à un spectacle à sensation, la célèbre Revue Nègre, où on l’a vue se déhancher avec ce sourire extraordinaire.

    La vérité, c’est que Joséphine est en train d’épouser la France. Quatre jours plus tard, en effet, grâce à ce mariage, elle obtient son passeport français. Elle le dira très souvent : elle a reçu la France comme un don du ciel. Elle s’était fait connaître grâce à la célèbre chanson J’ai deux amours, mon pays et Paris. À l’origine, les paroles parlaient des États-Unis, mais dans son esprit, les deux amours vont très vite être Paris et la France.

    Joséphine Baker : « Les Français m’ont tout donné, je suis prête à leur offrir aujourd’hui ma vie »

    Quant à son idylle avec Jean, on ne peut pas dire que ce soit un succès considérable. Lui est assez coureur. Il a eu toute une vie avant de rencontrer Joséphine et, de son côté, elle est assez volage aussi. Elle a été mariée deux fois. Il faudrait bien plus de doigts qu’il n’y en a sur les deux mains pour compter tous les amants qu’elle a alignés. Une procédure en divorce va suivre assez vite, après une seule année de vie commune. Mais Joséphine est désormais adoptée. Elle est citoyenne française, ce qui la comble.

    Une espionne au service de la France, Joséphine Baker devient une « honorable correspondante »

    Joséphine fait partie de ceux qui ont observé de près la montée des périls, notamment la montée du nazisme en Allemagne. Elle s’y est rendue à plusieurs reprises pour s’y produire et a pu observer tout ce qui se passait. Elle vient d’ailleurs, en la personne de Jean Lion, d’épouser un Juif. Elle prend la mesure de la menace qui plane sur les populations juives notamment, mais pas seulement. Elle se manifeste pour ce combat permanent qu’elle mène pour l’acceptation de toutes sortes de différences. C’est donc en connaissance de cause qu’elle a prononcé ces fameuses paroles : « Les Français m’ont tout donné, je suis prête à leur offrir aujourd’hui ma vie. »

    En septembre 1939, elle rencontre Jacques Abtey, capitaine des services secrets français. Né Allemand, originaire du Haut-Rhin, il maîtrise parfaitement la langue et la culture germaniques. Il fait partie de la section Allemagne au service français du contre-espionnage. On est à l’époque où la France vient de déclarer la guerre à l’Allemagne, le 3 septembre. Jacques Abtey a la responsabilité de recruter des « honorables correspondants ».

    Joséphine Baker est entrée au Panthéon en 2021 / DOMINIQUE JACOVIDES-POOL/SIPA

     

    Qu’est-ce qu’un honorable correspondant ? Une personnalité qui, par son implantation dans un milieu économique ou politique, par ses déplacements faciles, par l’incroyable carnet d’adresses qu’elle possède, peut fournir des renseignements sur les activités de pays hostiles. Joséphine Baker, qui a ses entrées absolument partout, dans toutes les ambassades et tous les consulats, est l’idéale recrue pour ce genre de service.

    Joséphine Baker cachait des informations secrètes dans ses sous-vêtements

    Au Portugal, lors de sa tournée de 1941, elle rapporte une synthèse écrite à l’encre sympathique sur une partition musicale. Par ailleurs, elle glisse dans des livres d’une librairie de Lisbonne des papiers qu’un agent anglais vient chercher peu de temps après. Il faut savoir repérer le bon livre, mettre le papier à la bonne page, puis l’agent passe chercher les documents. La librairie a été choisie tout près du théâtre où elle se produit.

    « Qui oserait fouiller Joséphine Baker jusqu’à la peau ? »

    Elle poursuit sa tournée dans la péninsule, à Barcelone, à Valence, à Madrid. Ce qui est étonnant, c’est que partout où elle se produit, elle est reçue en grande pompe, bien qu’elle soit un agent très actif de renseignement pour les Alliés. Joséphine inscrit toutes les informations qui lui parviennent sur des papiers qu’elle accroche à ses sous-vêtements. Plus tard, elle racontera avec humour la façon dont elle se promenait couverte de petits secrets. « Qui oserait fouiller Joséphine Baker jusqu’à la peau ? Ils sont bien mis à l’abri, attachés par une épingle à nourrice. D’ailleurs, mes passages en douane s’effectuent toujours dans la décontraction. Les douaniers me font de grands sourires, me réclament effectivement des papiers, mais les papiers qu’ils me réclament, ce sont des autographes. »

    En 1942, la santé de Joséphine Baker décline, elle ne pèse plus que 28 kilos 

    Alors qu’elle se produit au Maroc à la fin du mois d’avril 1942, elle tombe malade. Jusqu’en décembre, elle séjourne à la clinique Mers Sultan de Casablanca. Elle est victime de péritonites à répétition, fait une paratyphoïde qui dégénère en septicémie et même une embolie. Son état de santé est vraiment très mauvais. Pendant toute cette période de soins, elle reçoit quand même la visite de diplomates, d’officiers. On raconte que sa chambre d’hôpital est devenue un véritable nid d’espions. Seule grande joie : elle apprend le débarquement des Alliés en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, l’opération Torch. Extraordinaire nouvelle.

    Dès le début de l’année 1943, après sa convalescence dans le palais de Si Mohammed Menebhi, elle songe à remonter sur scène. Elle a perdu beaucoup de poids, elle pèse 28 kilos. Elle est très affaiblie, mais elle reprend des forces. Elle se produit dans le grand théâtre de Casablanca.

    Joséphine Baker est entrée au sein des Forces françaises libres avec effet rétroactif

    La direction des services de renseignement de sécurité militaire à Alger produit une note au mois d’avril 1943. Voilà ce qu’on peut y lire : « Les sentiments nationaux de Joséphine Baker ne sont absolument pas discutables. Son dévouement est sans borne, son désintéressement est total. D’un esprit prompt et dynamique, Joséphine est capable de nous rendre des services dans l’étude des milieux des grands chefs marocains où elle est on ne peut mieux introduite. »

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    Elle accepte de prendre part à une tournée dans les camps américains sans être payée. Ce n’est pas simple : elle se produit sur des tréteaux faits de quelques planches posées sur des bidons vides. On colle à l’arrière de la scène une grande toile tendue. Elle se produit ainsi à Oran, à Alger. Puis ce sont les forces britanniques qui la sollicitent. Elle parcourt toute l’Afrique du Nord et même une partie du Proche-Orient en donnant des représentations jusqu’au Caire, jusqu’à Beyrouth. À son retour à Alger, elle dîne avec des hautes personnalités des Forces françaises libres qui décident de régulariser sa situation par un acte d’engagement officiel au sein des FFL avec effet rétroactif.

    Franck Ferrand

     

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  • Jean-Claude Casadesus : à 90 ans, le chef d’orchestre multiplie toujours les projets, après soixante ans de carrière

    Jean-Claude Casadesus a fêté ce dimanche ses 90 ans. Dans des entretiens à la presse écrite, le maestro évoque ses projets, après soixante ans de carrière de chef d’orchestre, et livre quelques anecdotes étonnantes sur son parcours de musicien.

    Alors que le 25 janvier prochain sera célébré à Paris son 90e anniversaire – qu’il a fêté le 7 décembre – à l’occasion d’un concert qu’il dirigera au Théâtre des Champs-Élysées, Jean-Claude Casadesus s’est confié au Figaro et au site de France 3/Hauts-de-France. Lors de ce concert, le maestro sera à la tête de l’orchestre Colonne avec lequel il débuta sa carrière de musicien classique, à la fin des années 50, comme percussionniste (timbalier solo) après sa sortie du Conservatoire.

    Ce concert sera également l’occasion pour le public parisien d’applaudir, dans le Concerto pour piano au Sol Majeur de Maurice Ravel, le jeune pianiste Thomas Enhco qui n’est autre que… le petit-fils de Jean-Claude Casadesus.

    Tout au long de l’année, le maestro célébrera ces deux anniversaires symboliques en dirigeant à l’étranger (Hongrie, Arménie, Lettonie, Japon). En France on le retrouvera à la baguette lors du Lille Piano Festival, qu’il avait créé en 2004, puis à Saint-Germain-en Laye, à l’Île de Ré et, surtout à la tête de l’Orchestre National de Lille, dont il fut le fondateur en 1976 et qui va fêter les cinquante ans de son existence en septembre.

    Les parents de Jean-Claude Casadesus ne voulaient pas qu’il soit musicien

    Outre l’évocation des grands noms de la musique qu’il a croisés depuis ses débuts, Jean-Claude Casadesus livre dans ces interviews quelques anecdotes inédites sur son parcours. À commencer par le fait que ses parents ne voulaient pas qu’il devienne musicien alors que, confie-t-il, « mon grand-père et son frère avaient leur propre orchestre baroque parrainé par Camille Saint-Saëns, qu’Arthur Honegger m’a fait sauter sur ses genoux et que Ravel fut un proche de mon grand-cousin, le pianiste Robert Casadesus ».

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    On apprend également que le chef d’orchestre parisien avait un temps envisagé de devenir journaliste car : « Je me débrouillais assez bien en français et une de mes dissertations sur l’équitation avait été publiée dans le Figaro », et lui avait valu… des cours gratuits au Cadre noir de Saumur.

    Toute aussi étonnante, la révélation de sa prestation à la batterie avec le grand saxophoniste de jazz Lester Young, un soir au club Blue Note dans les années 50 à Paris, parce que le batteur titulaire était… « complètement ivre ».

    Philippe Gault

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  • L’Arabie Saoudite, nouvelle puissance de l’énergie solaire : le pays veut réserver le pétrole à l’exportation

    L’Arabie Saoudite est en train de devenir l’un des pays qui déploie le plus rapidement l’énergie solaire au monde, c’est ce qu’on a découvert il y a quelques jours sur CNN. Il y a quelques années, le pays ne disposait de quasiment aucune capacité solaire. Aujourd’hui, il prévoit d’atteindre environ 12 GW de production solaire.

    Cette montée en puissance fait partie de la stratégie nationale saoudienne baptisée Saudi Vision 2030, qui vise à transformer l’économie et à réduire la dépendance du pays au pétrole. L’objectif annoncé est de produire 50 % d’électricité à partir de sources renouvelables et de gaz d’ici 2030. Pour un pays longtemps considéré comme un frein aux négociations climatiques, cette bascule constitue un changement majeur.

    L’intérêt économique est clair. En utilisant le solaire pour produire son électricité domestique, l’Arabie Saoudite n’a plus besoin de brûler son propre pétrole pour alimenter ses centrales. Cela libère davantage de barils pour l’exportation. Or, les prix du baril à l’exportation sont supérieurs à leur valeur de vente en interne. Autrement dit, le solaire devient un outil d’optimisation de la rente pétrolière.

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    Par ailleurs, Riyad investit massivement dans la chaîne de valeur solaire, avec de grandes fermes photovoltaïques. Le pays investit également dans la modernisation du réseau et dans la production locale de panneaux. Ces investissements permettent au royaume de devenir un acteur de poids dans le marché du solaire au moment où la demande mondiale explose. Ce n’est donc pas une transition fondée sur la décroissance, mais au contraire une transition écologique stratégique, fondée sur la compétitivité et l’investissement.

    Les défis restent importants : la dépendance de l’Arabie Saoudite aux hydrocarbures demeure très élevée, et les infrastructures de stockage ou d’équilibrage du réseau sont encore insuffisantes. Mais la dynamique est claire. Un pays emblématique du pétrole développe aujourd’hui l’un des programmes solaires les plus ambitieux au monde.

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    Cela conforte une idée essentielle : les réductions d’émissions vraiment efficaces ne viennent pas de la décroissance, mais de l’investissement massif dans les technologies propres. Ce virage saoudien est un signal très positif. Même les économies fondées sur le pétrole commencent à pivoter, car l’économie bas carbone devient rationnelle, rentable et stratégique.

    Nicolas Bouzou

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  • Agenda des concerts : notre sélection des plus beaux concerts à Paris et Marseille

    Le Concerto pour violon de Sibelius et les Variations Enigma avec l’Orchestre Philharmonique de Marseille, le Grand Concert de Noël Radio Classique au Théâtre des Champs-Elysées et l’Orchestre Idomeneo dirigé par Debora Waldman pour un Noël baroque à la Cathédrale Saint-Louis des Invalides : découvrez la sélection Radio Classique des rendez-vous à ne pas manquer dans les prochains jours

    7 décembre : Le Concerto pour violon de Sibelius et les Variations Enigma avec l’Orchestre Philharmonique de Marseille

    Sous le titre Les Mystères de la vie, l’Orchestre Philharmonique de Marseille dirigé par le chef italien Francesco Cilluffo propose un programme mêlant Catalani, Sibelius et Elgar. Du premier vous pourrez entendre l’ouverture de l’opéra Lorely créé en 1890, deux ans avant La Wally, suivie du Concerto pour violon de Sibelius avec Sergej Krylov. Ce concert se terminera avec les Variations Enigma, œuvre qui a assuré à Elgar la renommée internationale qui est aujourd’hui la sienne.

    • Auditorium du Pharo, Marseille.
    • Dimanche 7 décembre à 16 heures.
    • www.opera-odeon.marseille.fr
    • 7 décembre : le Grand Concert de Noël Radio Classique au Théâtre des Champs-Elysées

      C’est le rendez-vous incontournable des fêtes de fin d’année. Le Grand Concert de Noël Radio Classique est de retour avec comme invité d’honneur le flûtiste Julien Beaudiment. L’Orchestre Divertimento sera dirigé par Zahia Ziouani, tandis que le public du Théâtre des Champs-Elysées retrouvera le Chœur de l’Université PSL sous la direction de Johan Farjot. Deux œuvres seront soumises au vote des spectateurs : la Farandole de L’Arlésienne de Bizet et le Galop de Guillaume Tell de Johann Strauss I. Ce concert sera diffusé en direct sur Radio Classique à 20 heures.

      • Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
      • Dimanche 7 décembre à 15 heures et à 20 heures.
      • www.theatrechampselysees.fr
      • 11 décembre : L’Orchestre Idomeneo dirigé par Debora Waldman pour un Noël baroque à la Cathédrale Saint-Louis des Invalides

        Scarlatti, Vivaldi, Haendel, Charpentier et Francesco Manfredi sont au programme de ce concert de l’Orchestre Idomeneo dirigé par Debora Waldman avec la soprano Chiara Skerath et la mezzo-soprano Albane Carrère, sous l’égide du CIC. Parmi les œuvres choisies pour fêter Noël figurent la Cantate de Noël de Node Scarlatti, la cantate Cessate o mai cessate de Vivaldi ainsi que son Gloria, ou encore le Noël sur les Instruments de Marc-Antoine Charpentier. Ce concert sera diffusé sur Radio Classique le samedi 27 décembre à 20 heures.

        • Cathédrale Saint-Louis des Invalides, Paris.
        • Jeudi 11 décembre à 20 heures.
        • www.musee-armee.fr
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        • L’énigme Napoléon : le comte de Marbeuf est-il son père caché ? Découvrez quels étaient les liens entre Letizia Bonaparte et l’homme fort de la Corse

          Napoléon lui-même a émis des doutes sur sa filiation, lors de la campagne d’Egypte. Marbeuf fut un protecteur, un allié, peut-être plus. Entre Letizia Bonaparte et le comte breton, l’histoire laisse planer un trouble qui ne s’est jamais tout à fait dissipé.

          Ajaccio, dimanche 21 juillet 1771. Dans la chaleur de l’été corse, une brise légère arrive du golfe s’infiltre dans la petite cathédrale d’Ajaccio, faisant frissonner les cierges. Ce jour-là, sous les voûtes fraîches, l’archidiacre Lucien Bonaparte baptise deux enfants : sa petite-nièce Maria Anna et son petit-neveu Napoléon. Parmi l’assistance, une jeune femme attire tous les regards, celle qu’on dit la plus belle femme de Corse se tient droite près du chœur, saluant avec grâce chaque famille entrant dans la cathédrale : c’est Letizia Bonaparte. La cérémonie n’a pas encore commencé. Un peu plus loin, son mari Charles, plus réservé, discute brièvement avec plusieurs notables d’Ajaccio. Déjà, sur les bancs, dans les travées, circulent quelques mots : les Bonaparte forment un couple ambitieux sur l’île de Beauté. Ils sont au cœur des conversations.

          Juste avant le début de la cérémonie, une belle voiture s’arrête devant la cathédrale. Tout le monde tourne les yeux vers elle. Est-ce l’invité que la famille attendait ? Non, personne de notable n’en descend, seulement un majordome en livrée qui entre dans l’église, s’approche lentement des Bonaparte et tend un pli à Charles et Letizia. C’est une lettre d’excuse signée par son maître, absent pour un court séjour, qui s’est fait représenter et promet dans les jours à venir de retrouver les Bonaparte. Sur l’enveloppe est inscrit à l’encre violette le nom du comte de Marbeuf.

          La père de Napoléon, Charles Bonaparte a défendu la souveraineté corse face à la République de Gênes

          Marbeuf est le commandant en chef de la Corse au nom du roi de France Louis XV, l’équivalent d’un gouverneur de l’île. Cette lettre adressée aux Bonaparte aurait de quoi surprendre : quelques années plus tôt, elle aurait été complètement inimaginable. Les Bonaparte étaient les proches de Pascal Paoli. Quand les Corses se sont soulevés contre la République de Gênes, Charles Bonaparte, le père de famille, a défendu la souveraineté corse avec des discours enflammés. C’est même Paoli, dit-on, qui l’aurait poussé à épouser Letizia Ramolino. Lorsque la République de Gênes a fait appel à la France pour rétablir l’ordre sur l’île, Charles Bonaparte était du côté de Paoli dans des batailles homériques.

          Charles Bonaparte / Wikimedia commons

          Sauf qu’en 1769, Paoli a dû fuir la Corse. Les troupes françaises se sont installées sur l’île et Charles Bonaparte a fait le choix de rester à Ajaccio, de ne pas fuir. Est-ce parce que sa femme était enceinte de ce petit garçon qui devait naître en août 1769 ? Ou bien avait-il ouvertement fait le choix de la France ? Difficile à dire. Ce qui est certain, c’est que désormais, les Bonaparte sont dans le camp français. C’est ce choix qui explique aujourd’hui l’invitation du comte de Marbeuf au baptême d’un de leurs deux derniers enfants.

          Portrait du comte de Marbeuf : ambigu, autoritaire et brutal, mais aussi affable et spirituel

          Qui est donc ce comte de Marbeuf ? Laetitia de Witt vient d’écrire une biographie de Letizia Bonaparte parue aux éditions Tallandier. Voici ce qu’elle nous dit sur cet aristocrate français : « Arrivé dans l’île en 1764 pour prendre la tête des troupes d’occupation, Marbeuf est promu commandant en chef en 1770. Sa position n’est pas aussi confortable qu’il y paraît. Chargé de favoriser l’intégration de l’île au royaume, il mène une double politique de séduction et de répression, pas toujours bien vécue par les Corses […]. Il lui faut à tout prix des appuis locaux. Jeune couple ambitieux, les Bonaparte ont le profil idéal. […] Charmeur à ses heures, le personnage est néanmoins ambigu : autoritaire, parfois brutal, mais aussi affable, généreux et spirituel. Il manie la carotte et le bâton. Charles Bonaparte, engagé dans la promotion de sa famille, a tout à gagner à entrer dans le jeu de cet homme puissant. »

          C’est ce qui va se produire, alimentant les rumeurs et les petites phrases qui font jaser la bonne société ajaccienne, restée fidèle à l’idée d’une souveraineté corse et à la mémoire de Pascal Paoli. On joue sur le nom de famille des Bonaparte : Buonaparte, autant dire ceux qui ont choisi le bon parti. Charles va devoir continuer sur cette voie, parier sur l’avenir français de l’île, faire promouvoir sa famille dans ce qui est en train de devenir le nouveau destin de la Corse. Au cours de cette même année 1771, dès que le commandant en chef se trouve à Ajaccio, on voit immédiatement Charles Bonaparte se promener le soir dans sa compagnie. On voit aussi Marbeuf se promener parfois avec Letizia

          Car dans son jeu, Charles Bonaparte sait qu’il peut disposer d’un atout extraordinaire : le charme tellement remarquable de cette jeune femme. Elle a 21 ans, lui en a 25. Elle a la grâce tranquille, une beauté qu’on dit la première de l’île. Évidemment que Marbeuf le sait. Il ne cache pas son admiration pour cette jeune femme très brillante et au fort tempérament. Dans cette petite ville où tout se sait, inutile de dire que cette complicité ne passe pas inaperçue.

          Letizia Bonaparte et Marbeuf, la rumeur ne cesse d’enfler

          Au printemps 1772, Charles est élu noble-douze, c’est-à-dire qu’il fait partie des douze personnalités de Corse chargées de conseiller les commissaires du roi. Quelques mois plus tard, un soutien discret mais décisif de Marbeuf va mettre fin à un litige familial. Les Bonaparte étaient en conflit avec leurs cousins Ornano qui revendiquaient une part de la grande maison d’Ajaccio. Grâce à l’intervention du commandant en chef français, le procès va tourner à leur avantage. Les Bonaparte conservent toute la maison et y font même construire une grande terrasse qui domine la ville. Marbeuf devient un familier de la maison Bonaparte. De leur côté, les Bonaparte se rendent assez souvent dans le château de Cargèse où Marbeuf est en villégiature.

          La question qui se pose, et c’est la rumeur qui revient comme un serpent de mer depuis des siècles, est de savoir jusqu’où Letizia a joué de ses charmes pour que sa famille puisse obtenir les grâces de l’homme fort de l’île. Certains disent que les enfants Bonaparte, en tout cas certains de ses enfants, auraient pour père non pas Charles Bonaparte, mais le comte de Marbeuf. C’est ce qui expliquerait notamment les très grandes dispositions de Napoléon Bonaparte pour la stratégie, la tactique, les affaires militaires, puisqu’il serait en vérité le fils naturel d’un militaire.

          imageBROKER.com/SIPA

          Difficile pourtant d’imaginer Letizia en femme entretenue, séduite par cet homme très vieillissant, certes puissant. Ce n’est pas une potiche, c’est une jeune femme très indépendante, instruite, vive d’esprit, très attachée à sa terre avec une haute idée de sa vertu. On l’imagine assez mal dans ce rôle-là. Et puis si Marbeuf aime passer du temps auprès d’elle, c’est peut-être justement parce qu’elle a cette espèce de quant-à-soi qui la rend désirable. Il n’empêche qu’à Ajaccio, à l’époque, la rumeur enfle et que depuis, dans l’histoire, elle n’a cessé d’enfler.

          Le départ du roi et la rébellion corse

          Le roi Louis XV meurt en mai 1774. À ce moment-là, Marbeuf doit se rendre à Versailles pour se présenter au nouveau souverain, le roi Louis XVI. En son absence, les Corses, qui n’attendaient que cela, se rebellent. Les Bonaparte craignent de voir le retour d’une forme d’anarchie qui viendrait détruire tous les efforts qu’ils ont accumulés depuis des années. Ils se tiennent pendant une année en retrait de la vie politique corse.

          Laetitia de Witt, la biographe de Letizia, écrit : « Après le retour de Marbeuf, un an après son départ, les Bonaparte accourent à Bastia où ils séjournent au printemps 1776. Une anecdote se rapporte à Letizia. Au cours de la Semaine Sainte, souhaitant préparer ses Pâques, elle demande à se confesser. Reçue par un curé qui lui pose des questions inconvenantes, elle quitte le confessionnal en hurlant. L’a-t-il interrogée sur la nature de ses relations avec Marbeuf ? Toujours est-il que l’esclandre vient alimenter les ragots. Mais elle s’en moque et arpente avec détachement les salons du gouverneur où elle figure au premier rang des invités. Son assiduité est-elle à rapprocher des premières démarches engagées pour que ses enfants aillent étudier sur le continent ? À l’été 1776, Marbeuf quitte à nouveau la Corse pour Versailles. De retour à l’automne, il ne réside plus à Bastia mais à Ajaccio. On le soupçonne d’être impatient de retrouver les bras de la belle Madame Bonaparte et les rumeurs enflent, bien qu’elle soit alors enceinte de plusieurs mois. »

          Les faveurs pleuvent sur les Bonaparte, grâce à Marbeuf

          Charles devient député aux États de Corse en mai 1777. Évidemment, c’est Marbeuf qui a fait pression pour qu’il soit élu. En échange, il devra défendre la politique du gouverneur devant le roi quand il sera invité à se présenter à Versailles. Les faveurs pleuvent sur les Bonaparte. Ils obtiennent des subventions pour l’assèchement de salines, une concession d’État pour planter des mûriers devant leur maison de campagne, aux Milelli, non loin d’Ajaccio dans la petite montagne. La famille aime se retirer là, un peu loin des mauvaises langues. Letizia passe de longs séjours avec ses enfants aux Milelli. Napoléon est très attaché à cet endroit. D’ailleurs, ce sera un des seuls biens de la famille qu’il refusera toujours de vendre.

          Le 2 septembre 1778 naît Louis Bonaparte. C’est intéressant car c’est le premier enfant de la famille qui ne porte pas le nom d’un ancêtre. Louis est tout simplement le prénom de Marbeuf qui, d’ailleurs, sera son parrain. Juste après le baptême, Marbeuf obtient la scolarisation des deux fils aînés dans un prestigieux lycée de Provence, en France. Joseph et Napoléon vont être admis au collège royal d’Autun. Qui est à l’époque l’évêque de la ville d’Autun ? Le frère du gouverneur de la Corse, Monseigneur de Marbeuf.

          À l’époque, Joseph est âgé de 11 ans, Napoléon en a neuf. Charles Bonaparte décide d’accompagner ses deux fils à Autun avant d’aller, comme député aux États de Corse, se rendre à Versailles, comme cela avait été prévu avec Marbeuf. Charles Bonaparte va défendre à Versailles les intérêts du comte de Marbeuf qui envoie sa voiture personnelle à Ajaccio pour que les deux enfants ainsi que le père et la mère puissent se rendre facilement à Bastia. C’est de Bastia que les trois Bonaparte vont embarquer pour le continent.

          Letizia passe cinq mois à Bastia, chez Marbeuf, en l’absence de son mari Charles

          Le 15 décembre 1778, sur le port de Bastia, le vent est glacial. Letizia retient ses larmes en regardant s’éloigner la barque qui emmène son mari et ses deux fils aînés, Joseph et Napoléon, qui partent maintenant pour la France. Elle sait qu’elle ne va pas revoir ces trois hommes avant des années. Letizia ne rentre pas à Ajaccio à ce moment-là. Elle reste à Bastia. Elle va y rester cinq mois. Et chez qui loge-t-elle à Bastia ? Chez le comte de Marbeuf.

          Qu’en déduire, se demande Laetitia de Witt ? « Il est possible que Charles ait convenu avec Marbeuf que son épouse bénéficierait de son hospitalité afin de lui éviter les affres d’un retour seule. Il semble surtout que Charles et Letizia, conscients de la fascination du gouverneur pour elle, ne font rien pour la freiner, bien au contraire. Marbeuf se montre empressé, cherche à obtenir ses faveurs, lui fait une cour ouverte, se plaît à la gâter, donne des fêtes en son honneur. Elle se glisse avec bonheur dans le rôle de favorite, aime être l’objet de toutes les attentions et attirer les regards. » Alors, de là à évaluer jusqu’où a pu aller la relation entre Marbeuf et Letizia, c’est une question qu’il est impossible de trancher.

          L’histoire entre Letizia Bonaparte et ce comte de Marbeuf n’a jamais cessé de faire parler d’elle

          Les années qui suivent se ressemblent. Charles et Letizia, avec leurs enfants, passent toujours beaucoup de temps chez Marbeuf. En 1783, c’est le comte de Marbeuf qui va enfin se marier avec une bien jeune demoiselle : elle a 18 ans, lui en a 71. Certes, il est le représentant du roi de France dans l’île, mais la différence d’âge est assez spectaculaire. À partir de ce moment-là, comme par hasard, on voit se distendre les liens avec les Bonaparte. Puis, deux ans plus tard, en 1785, Letizia va vivre un drame inattendu : son mari meurt. Il n’avait que 38 ans. Elle en a 34 à ce moment-là et elle a huit enfants. L’année suivante, en 1786, c’est au tour du comte de Marbeuf de mourir.

          L’histoire entre Letizia Bonaparte et ce comte de Marbeuf n’a jamais cessé de faire parler d’elle. Il y a eu tellement de proximité, de faveurs, tellement de silence aussi qui n’ont pu qu’entretenir la rumeur et faciliter un certain nombre de conjectures. Cette parenthèse bastiaise, ces longues visites, ces rumeurs qui ont couru non seulement à Ajaccio, mais à Paris aussi… On a pu dire et penser que Marbeuf avait été le père de Napoléon. Et, si l’on en croit la tradition, Napoléon lui-même s’est posé la question. Il se serait demandé si les grandes dispositions qu’il avait pour les affaires militaires n’étaient pas liées à cette filiation non dite.

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          C’était au moment où il rentrait d’Égypte. Il aurait parlé de cela avec Monge, le grand savant qui était devenu, à la faveur de cette grande campagne d’Égypte, son confident. Il faut imaginer Napoléon sous la voûte étoilée, sur le pont à l’avant du navire, le regard perdu, qui s’entretient avec Monge et se met à faire des calculs. On essaie de recouper les dates : l’arrivée de Marbeuf sur l’île, la naissance de Napoléon, les retards possibles… Si l’on compte tout cela, on se dit qu’il n’est pas possible – quand on sait la date d’arrivée de Marbeuf en Corse – que Napoléon soit le fils de Marbeuf. Il ne peut être que le fils de Charles Bonaparte. Est-ce que cela a rassuré Napoléon ? Est-ce que cela a fait taire les doutes qui s’étaient levés en lui ? Cela, l’histoire ne le dit pas.

          Franck Ferrand

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        • Marc Minkowski et Maurent Pelly, toujours aussi inspirés par Offenbach !

          A l’occasion de la nouvelle production de Robinson Crusoé au Théâtre des Champs-Elysées, Marc Minkowski et Laurent Pelly seront, ce vendredi 5 décembre à 20h, les invités du Journal du Classique.

          C’est un duo qui a déjà fait ses preuves et même fait merveille dans l’univers d’Offenbach : le chef d’orchestre Marc Minkowski et le metteur en scène Laurent Pelly nous invitent aujourd’hui à découvrir un ouvrage peu connu du compositeur inspiré de l’histoire de Robinson Crusoé. Un livret loufoque associé à une musique riche et colorée qui leur ont inspiré un spectacle plein de fantaisie à découvrir jusqu’au 14 décembre au Théâtre des Champs-Elysées.

          Marc Minkowski et Laurent Pelly nous éclaireront ce soir sur cette œuvre qui n’avait pas été donnée en France, en version scénique, depuis 1986 et sur le travail avec les musiciens et les chanteurs. Il faut dire que cette production bénéficie d’un casting assez exceptionnels d’artistes rompus à ce genre, tels Sahy Ratia, Julie Fuchs, Laurent Naouri, Marc Mauillon ou encore Adèle Charvet avec les musiciens du Louvre et le chœur Accentus.

          Laure Mézan

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        • Vivez en direct du Théâtre des Champs-Elysées le Grand Concert de Noël Radio Classique ce dimanche à 20 heures

          Il est devenu au fil des années le rendez-vous incontournable des fêtes de fin d’année. Le Grand Concert de Noël Radio Classique est de retour avec comme invité d’honneur le flûtiste Julien Beaudiment. L’Orchestre Divertimento sera dirigé par Zahia Ziouani, tandis que le public du Théâtre des Champs-Elysées retrouvera le Chœur de l’Université PSL sous la direction de Johan Farjot. Les plus beaux chants de Noël sont au programme de cette soirée magique au cours de laquelle les œuvres les plus festives alterneront avec des musiques particulièrement émouvantes.

          Deux œuvres seront soumises au vote des spectateurs : la Farandole de L’Arlésienne de Bizet et le Galop de Guillaume Tell de Johann Strauss I. Vous pourrez également découvrir le vote des auditeurs qui ces dernières semaines ont été appelés à choisir entre la Valse de Faust de Gounod, la Bacchanale de Samson et Dalila de Saint-Saëns et la Polonaise d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski. Cette soirée sera présentée par David Abiker. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique grâce au DAB+ à Paris et dans de nombreuses villes de France.

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        • La finale de Paris Opéra Compétition depuis le Théâtre Marigny ce samedi à 20 heures

          C’est au Théâtre Marigny que s’est déroulée le 18 novembre dernier la finale de la 9e édition de Paris Opéra Compétition. Neuf candidats étaient en lice, parmi lesquels deux français : la soprano Camille Chopin et le contre-ténor Théo Imart. Ils se sont produit face à un jury de directeurs de casting d’Opéras, et ont également été jugés sur leurs capacités scéniques, puisqu’ils ont évolué, à travers des airs, des duos et des trios, dans une mise en scène de Florence Alayrac. L’Orchestre de Paris Opéra Compétition était dirigé par Victor Jacob.

          A l’issue de cette soirée qui sera présentée par Jean-Michel Dhuez, vous découvrirez le palmarès de ce prestigieux concours international de chant. Une finale que vous pourrez écouter en qualité numérique à Paris et dans de nombreuses autres villes de France grâce au DAB+.

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        • « La musique est en lien avec ce qui se passe aujourd’hui, elle n’est pas qu’un regard vers le passé » selon la cheffe Zahia Ziouani

          A la veille des concerts de Noël de Radio Classique qu’elle dirigera les 6 et 7 décembre, Zahia Ziouani était l’invitée de la matinale de David Abiker. Figure majeure de la démocratisation culturelle, cheffe de l’Orchestre symphonique Divertimento, elle a livré sa vision de la transmission, de l’égalité des chances et du rôle de la musique dans la société.

          Après avoir évoqué la place des femmes dans la musique symphonique, l’échange avec Zahia Ziouani s’est élargi à divers enjeux d’actualité.

          Vous répétez aujourd’hui au Théâtre des Champs-Elysées. Est-ce que dans ces moments vous pensiez aux sujets d’actualité, comme l’examen du budget de la Sécurité sociale, par exemple ?

          ZAHIA ZIOUANI : Même si on est artiste, on ne reste pas du tout étranger à ce qui se passe aujourd’hui dans notre société. Les budgets nous concernent aussi parce qu’on est dépendants de nombreux partenariats avec des théâtres, des collectivités, et c’est ça, la force de la culture en France. On attend donc impatiemment de savoir quels seront les budgets dont on pourra disposer pour mener nos projets l’an prochain.

          Est-ce que la musique adoucit toujours les mœurs, dans ce monde de brutes où la guerre s’est réinvitée aux portes de notre Europe ? Vous avez encore cet espoir ?

          Z.Z. : La musique doit continuer à nous faire rêver et à nous apporter des émotions importantes. Tous les jours, j’ai l’occasion avec l’Orchestre Divertimento de partager des moments avec des enfants, des collégiens, des lycéens. Il y a quelques jours, on était aussi en milieu carcéral avec des détenus.

          Zahia Ziouani : « On voit la force et la puissance de la musique pour fédérer des personnes très différentes »

          Je trouve qu’on en a besoin aujourd’hui, de pouvoir se retrouver avec toutes nos diversités sociales, culturelles, intergénérationnelles. La musique ne doit pas être déconnectée du monde dans lequel on est. J’aime bien aborder des sujets qui nous concernent aujourd’hui. En ce moment, on est en plein dans la préparation d’un programme qui s’appelle « Femmes de Légende », pour remettre à l’honneur les femmes compositrices et remettre en perspective comment les femmes ont été abordées dans l’histoire de la musique, et comment aujourd’hui on continue à avancer sur ce sujet.

          J’aime bien montrer que, même si je ne suis pas une politicienne ou une historienne, on peut quand même traiter des sujets en musique et ne pas être complètement déconnecté. L’univers de la musique symphonique, ce n’est pas qu’un regard vers le passé poussiéreux, on peut aussi être très contemporain avec les sujets d’aujourd’hui.

          Quand il y a quatre semaines, un concert de l’Orchestre Philharmonique d’Israël a été interrompu à plusieurs reprises à la Philharmonie de Paris par des militants qui se soucient du sort fait aux Palestiniens, cela a fait scandale. Est-ce que la musique et les salles de concert sont encore des sanctuaires ?

          Z.Z. : La musique a toujours beaucoup servi dans la diplomatie partout dans le monde. La culture est aussi parfois un sujet politique. Je ne suis pas du tout étonnée de voir, même si ça ne me plaît pas, [cette] violence à la Philharmonie où on a joué avec l’Orchestre Divertimento deux jours avant, et où on a vécu des moments formidables. J’espère qu’on aura plus de sérénité, mais il faut peut-être s’attendre à continuer à vivre des moments comme ceux-là parce que la musique reste en lien avec ce qui se passe aujourd’hui.

          Comment réagiriez-vous si une représentation de Divertimento, dirigée par vous, était interrompue par des militants de la cause animale par exemple ?

          Z.Z. : J’en serais déstabilisée, c’est sûr. S’il y a bien un enseignement que je retire de mon expérience, c’est qu’il faut continuer à être audacieux et ne jamais lâcher sur les sujets qu’on défend. Je sais que parfois j’ai aussi rencontré des détracteurs, des personnes qui ne souhaitent pas m’inviter dans certaines salles ou dans certains festivals peut-être pour certains propos que je porte… Ce n’est jamais très direct, mais ça arrive. On voit très bien qu’il y a encore des résistances sur plein de sujets, qu’on continue à faire avancer pour que les prochaines générations puissent prendre le relais. On sait très bien qu’il y a toujours des sujets compliqués et tendus. Il y a beaucoup de non-dits, mais je continue à être fidèle à mes valeurs, à avancer. Même si parfois ça peut créer des tensions, il faut continuer à les porter et je pense que c’est ça qui fait qu’on avance.

          Vous avez une triple culture : musicale, française, algérienne. Vous avez dit dans une interview que l’invitation que vous a faite l’Orchestre National d’Algérie en 2007 pour diriger, pour être la première femme à diriger cet orchestre en Algérie, vous a permis de franchir un obstacle dans votre carrière. Quel regard portez-vous sur la relation aujourd’hui très compliquée, très tendue entre la France et l’Algérie ? On entendait Boualem Sansal dans les journaux de Radio Classique aujourd’hui, puisqu’il était invité hier à l’Académie Française. Est-ce que vous vous dites : moi, je peux contribuer à réchauffer ces relations ?

          Z.Z. : Clairement, à ma mesure. Je reste très modeste. Évidemment que ça m’attriste de voir ces deux pays qui m’ont construite avoir cette histoire compliquée. Ça ne date pas d’aujourd’hui. Certainement qu’il faudra encore beaucoup de temps pour aplanir les choses. Après, il faut continuer. Je sais que ce sont aussi deux peuples qui s’aiment beaucoup, qui ont beaucoup de liens, qui ont aussi une histoire à continuer à écrire ensemble et j’en suis même convaincue.

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          Plus largement, c’est la thématique de la Méditerranée qui m’intéresse beaucoup, et d’ailleurs, c’est une des grandes thématiques de la saison de l’Orchestre Divertimento cette année, à travers de très belles œuvres de compositeurs italiens, espagnols, français, mais aussi de nombreux compositeurs ou de la musique d’Afrique du Nord, d’Algérie en particulier. Ça fait plusieurs années qu’on invite des artistes algériens à venir dans certaines de nos productions. Quand je pars en Algérie, j’emmène aussi des musiciens français, parce que je trouve important de continuer à garder ces liens.

          J’ai eu l’occasion de participer à des voyages présidentiels avec Monsieur Hollande, avec le Président Macron aussi. Je pense qu’il y a le niveau politique, le temps politique, et puis il y a le reste. C’est avec la société civile et la culture qu’on va pouvoir faire avancer les choses, j’en reste convaincue. Aujourd’hui, c’est compliqué, mais on continue et c’est sur les plateaux de concerts qu’on fait avancer le sujet.

          Vous avez dirigé Divertimento, votre orchestre, lors de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de 2024. On sentait toute l’énergie que vous transmettiez à l’orchestre. Pourquoi vous faites de la musique, Zahia Ziouani ?

          Z.Z. : Avant tout pour partager cette aventure de la musique avec de nombreuses personnes. Je trouve que c’est ça qui est formidable quand on est chef d’orchestre : faire le lien entre une œuvre et les musiciens, entre le plateau et le public. Créer le lien, c’est ça qui m’anime beaucoup. On ne va pas se mentir, la musique, c’est tellement beau, tellement fort.

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          Tout à l’heure, vous parliez de puissance : quand on est à ma place et qu’on arrive à faire sonner un orchestre, le faire évoluer et faire évoluer autant de personnes tous ensemble dans la même direction, j’avoue que c’est très satisfaisant. J’ai envie de faire profiter de ce beau résultat les publics, permettre aussi à des jeunes de grandir dans notre monde et de progresser, d’être curieux grâce à la musique. C’est ça qui m’anime aujourd’hui : faire grandir des jeunes et partager cette passion.

          C’est un peu l’histoire aussi de votre vie. Vous êtes partie de Seine-Saint-Denis, vous avez joué dans les plus grandes salles de concert pour transmettre, pour aider les gens à progresser. Parce qu’il y a quelque chose d’assez miraculeux quand même de faire venir à la musique des jeunes gens alors que les écrans sont en embuscade. Je voudrais que vous m’expliquiez ce miracle aujourd’hui : aller chercher des jeunes, les sortir des jeux vidéos, de toutes les distractions faciles, et les mettre à un instrument de musique et à la concentration. C’est tout le contraire de la séduction vicieuse des écrans. Comment vous faites ?

          Z.Z. : D’abord, il ne faut pas lâcher. J’en reste convaincue parce que tous les jeunes que je rencontre depuis plus de 20 ans, une fois qu’on les met devant des musiciens, devant la musique, devant un orchestre en live, ils ressentent cette énergie, ils ressentent les émotions. Il faut créer ces moments de rencontre. C’est pour ça qu’avec l’Orchestre Divertimento et l’ensemble des musiciens qui m’accompagnent, qui me font confiance, que je remercie, on va tous les jours dans les lieux de proximité : dans les écoles, les centres sociaux, les maisons de quartier, en milieu carcéral, en milieu hospitalier. On a des concerts dans les grandes salles le soir, mais tous les jours, on est avec eux.

          C’est la rencontre physique qu’il faut continuer, il faut garder le lien. On organise des temps, on a des partenariats avec des établissements scolaires, avec les villes pour mettre en place ces temps de partage et forcer les jeunes à laisser leur téléphone dans leur sac et à vivre physiquement la musique. Aujourd’hui, les enfants et les jeunes sont très curieux si on les amène à découvrir. Ils sont sensibles si on les amène à sentir les choses. Je reste plus que jamais optimiste.

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        • Royaume-Uni : Le roi Charles III crée la surprise en assistant à la finale d’un grand concours de jeunes chefs d’orchestre à Londres

          Alors qu’il venait de recevoir le président allemand, le roi Charles III est venu assister ce jeudi à la finale du concours de jeunes chefs d’orchestre Donatella Flick LSO 2025. La compétition se déroulait à l’église St Luke’s de Londres.

          Le souverain britannique est un habitué des visites surprises aux grandes institutions musicales qu’il soutient. Il y a un an, en octobre 2024, il avait ainsi fait une apparition non prévue au Barbican Center de Londres où le London Symphony Orchestra (LSO), dont il avait été le parrain lorsqu’il était Prince de Galles, célébrait son 120e anniversaire. Ce jeudi c’est à l’église St Luke’s de Londres, que le roi a fait une visite surprise.

          C’est dans cette église, qui abrite le centre d’éducation musicale du LSO, que s’est déroulé cette semaine le grand concours de jeunes chefs d’orchestre Donatella Flick LSO 2025. À l’occasion de la finale de la compétition organisée ce jeudi, après avoir assisté aux interprétations dirigées par les finalistes de l’ouverture des Vêpres siciliennes de Giuseppe Verdi, de la Symphonie n° 2 de Johannes Brahms et de Shéhérazade de Nikolaï Rimski-Korsakov, Charles III a échangé avec les trois concurrents finalistes et avec son ami Sir Antonio Pappano, directeur musical du LSO.

          Deux jeunes chefs d’orchestre français ont participé à l’édition 2025 du concours

          Le concours Donatella Flick-LSO porte le nom de la philanthrope italienne qui l’a créé et le dirige depuis 1990. La compétition, en association avec le London Symphony Orchestra, se tient tous les deux ans et est réservée aux jeunes chefs d’orchestre de moins de trente ans, citoyens de pays membres à part entière de l’Union européenne, ainsi que de ceux résidant en Norvège, en Islande, au Liechtenstein, en Suisse et au Royaume-Uni.

          De grands noms de la direction d’orchestres y ont été distingués et notamment des chefs français tels que Emmanuel Plasson (1994) François-Xavier Roth (1999) et Alexandre Bloch (2012).

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          Pour la 18e édition qui se tenait donc cette semaine à Londres, vingt prétendants, parmi lesquels les jeunes chefs français Félix Benati et Roman Reshetkin, ont participé aux trois tours de l’épreuve. La finale opposait ce jeudi les trois meilleurs concurrents,  qui se sont affrontés devant un prestigieux jury présidé par Sir Antonio Pappano.

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          Le nom du vainqueur ne sera révélé qu’au printemps 2026 à l’occasion de la diffusion de cette finale sur la chaine tv Sky Arts. Le successeur de Nicolò Umberto Foron, lauréat en 2023, recevra la somme de 15.000 livres Sterling (17.000 euros) et se verra confié le poste très convoité de chef d’orchestre assistant du LSO pendant un an.

          Philippe Gault

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