Longtemps réduite au silence par une société patriarcale, Mélanie Bonis a eu de la peine à être reconnue en tant qu’artiste de son vivant. C’est derrière son pseudonyme, Mel Bonis, qu’elle compose des œuvres allant de la musique de chambre aux pièces pour orgue. Derrière sa passion pour la musique se cachent les contraintes sociales auxquelles doit faire face une femme du XIXe siècle.
Née à Paris en 1858, Mélanie-Hélène Bonis grandit dans un milieu modeste, son père étant horloger et sa mère passementière. Ils habitent un appartement exigu au cœur du Paris du XIXe siècle. Mélanie reçoit une éducation catholique où la convenance prime sur l’expression des sentiments. Enfant pieuse et réservée, elle se passionne pour le catéchisme et se réfugie dans la prière, trouvant dans la foi un refuge et une source d’inspiration.
Mais c’est surtout le piano familial qui captive son attention. Pour elle, c’est un moyen d’échapper à l’éducation stricte de ses parents. Mélanie confiera même plus tard : « Jamais de sa vie, ma mère n’a dit un mot de tendresse. » Elle improvise donc souvent des mélodies, laissant libre cours à son imagination dès que le regard de ses parents se détourne. Son talent est indéniable, une évidence qui finit par s’imposer à sa famille.
Ils comprennent, non sans réticence, qu’ils ne pourront pas étouffer sa passion. Mélanie est alors autorisée à suivre des cours de musique, puis, à 18 ans, elle est admise dans la classe d’orgue de César Franck, au prestigieux Conservatoire de Paris. Pourtant, même au sein de cette institution dédiée à l’art, les préjugés persistent : « Une femme, vous vous rendez compte, ce serait une première ! », entend-elle murmurer lorsqu’il est question de la présenter au prix de Rome, la plus haute distinction pour un compositeur.
Mel Bonis contrainte de se marier
Au Conservatoire, un personnage va bouleverser la vie de Mélanie : Amédée Landély-Tichy, un jeune homme séduisant, doté d’une voix mélodieuse magnifique et d’une sensibilité qui fait écho à la sienne. Ensemble, ils explorent les répertoires, composent des mélodies et rêvent d’une vie dédiée à la musique. Les parents de Mélanie s’opposent catégoriquement à cette union, jugeant Amédée trop peu fortuné et trop bohème.
Crédit : Wikimédia Commons
Mélanie, soumise à l’autorité parentale, doit se résigner à épouser Albert Domange, un homme veuf et père de cinq enfants. À partir de ce moment, sa vie se résume à s’occuper des enfants de son mari, à assumer les responsabilités d’une maîtresse de maison et à participer à des œuvres caritatives. Pour échapper à la grisaille du quotidien, elle se réfugie encore une fois dans la musique et commence à composer en secret, la nuit.
Pour se faire accepter dans ce milieu d’hommes, elle prend le pseudonyme de Mel Bonis, afin de dissimuler son identité derrière un nom aux consonances masculines. Les éditions Alphonse Leduc, spécialisées dans les ouvrages pédagogiques, perçoivent son potentiel et l’encouragent à persévérer. Malgré les obstacles, Mélanie et Amédée parviennent à maintenir le contact. Ils se retrouvent occasionnellement lors de concerts ou de soirées musicales, et leur collaboration artistique reprend de plus belle.
La musique comme refuge
Le destin frappe à nouveau en 1899. À 41 ans, Mélanie tombe enceinte d’Amédée. Elle vit cette grossesse comme une punition divine. Pour éviter le déshonneur, elle accouche en secret d’une petite fille, Madeleine, qui sera confiée à une famille d’accueil. La culpabilité la ronge jusqu’à la fin de ses jours, et même sa musique va devenir très mélancolique. Les relations avec Amédée se distendent, mais elle ne cessera jamais de lui être attachée.
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Profondément bouleversée par cet évènement, Mélanie Bonis se consacre davantage à la musique spirituelle. Elle compose des pièces pour orgue et pour chœur, où elle exprime ses doutes, ses espoirs et sa quête de rédemption.
Crédit : Wikimédia Commons
Aujourd’hui, Mélanie Bonis a laissé près de 300 œuvres allant de la musique de chambre aux pièces pour piano, en passant par les mélodies et les œuvres religieuses.
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