
Sign up to save your podcasts
Or


La langue française doit-elle être aussi malmenée que nos institutions, en cette période de crise politique ? Les termes liés à la vie publique fusent dans les médias. Mais attention, certaines expressions couramment employées par les journalistes et les experts sont tout simplement incorrectes. Petit tour d’horizon des erreurs à éviter.
Commençons par une faute très répandue : parler des élections présidentielles au pluriel. C’est une erreur ! On doit dire l’élection présidentielle au singulier. La raison est simple : il n’y a qu’un seul président de la République à élire, pas plusieurs.
En revanche, on parle bien des élections législatives ou municipales au pluriel, car plusieurs scrutins sont organisés simultanément dans différentes circonscriptions pour élire plusieurs représentants. Le pluriel est donc logique et justifié dans ces cas.
« Il se présente aux présidentielles » : double faute
Cette expression couramment entendue cumule deux erreurs. D’abord, le pluriel est incorrect, comme nous venons de le voir. Ensuite, employer le mot « présidentielle » tout seul constitue un raccourci paresseux et fautif. Pour être exact, il faut dire : « Il se présente à l’élection présidentielle ».
De même, déclarer « Elle se présente aux municipales » est considéré comme un raccourci paresseux, bien que le pluriel soit cette fois justifié. Autant expliciter les choses et dire correctement : « aux élections municipales ».
Élire ou voter : ne confondons pas
Le verbe élire est lui aussi souvent malmené. Combien de fois entend-on « Ils ont élu cette loi » ou « Ils ont élu cette idée » ? Ces formulations sont incorrectes. Voici la règle : on élit quelqu’un, tandis qu’on vote pour quelque chose. On élit donc un représentant, mais on vote pour une loi ou un projet.
L’entre-deux-tours : avec ou sans traits d’union ?
La réponse est simple, claire, nette et précise, même si elle n’est pas toujours respectée : on écrit l’entre-deux-tours avec des traits d’union. N’oubliez pas cette règle typographique lors de vos prochains écrits politiques.
Un mot rare pour briller : la pséphologie
Pour terminer sur une note enrichissante, connaissez-vous la pséphologie ? Il s’agit de l’étude et de l’analyse scientifique des élections. Ce terme, plutôt utilisé en anglais (psephology), fait son apparition dans le français contemporain. Son étymologie est fascinante : il vient du grec psêphos, qui signifie « petits cailloux » ou « galets ». Dans l’Antiquité grecque, ces cailloux servaient de bulletins de vote. Ainsi, un spécialiste des sondages électoraux peut être appelé un pséphologue. Voilà un mot rare pour impressionner vos interlocuteurs !
Voici une autre confusion que j’ai encore entendue ce matin : conjecture et conjoncture. Une conjecture est une hypothèse, on peut dire qu’« on se perd en conjectures ». Une conjoncture est un concours de circonstances. On parlera de conjoncture favorable ou défavorable.
A lire aussi
Épatez vos interlocuteurs avec ces mots qui viennent de « sel » et dont l’origine est peu connue
Enfin, faisons un pas de côté pour évoquer un autre type d’élection, le conclave, qui désigne un nouveau pape, après la mort du précédent. Le mot vient du latin, con clavus, qu’on peut traduire par « avec une clé » ou « sous clé ». La fameuse phrase officielle, habemus papam (nous avons un pape) est prononcée par le protodiacre : ce mot vient du grec, de protos, premier et diachronos, assistant, ou serviteur.
Karine Dijoud
Retrouvez la chronique Et si on parlait français ?
Les mots essentiels pour parler du vin comme un expert : Aimable, agressif, bourru, quand l’œnologie pioche dans les adjectifs liés au caractère humain
Langue française : Épatez vos interlocuteurs avec ces mots qui viennent de « sel » et dont l’origine est peu connue
Langue française : Améliorez vos prises de parole en utilisant le mot juste, voici 4 exemples concrets
« Frère », « Goumin », « POV », « dare » : Le langage des jeunes décrypté
Cet article Langue française : Dire « l’élection présidentielle » au singulier, la preuve que vous maîtrisez le vocabulaire politique est apparu en premier sur Radio Classique.
Lors d’une représentation de Carmen donnée au Metropolitan Opera de New York, des manifestants ont perturbé la représentation du 21 novembre qui a été interrompue pendant une vingtaine de minutes. Les perturbateurs protestaient contre « le fascisme dans le monde de l’art ».
Depuis dix ans le Met Opera n’avait été le théâtre que d’un mouvement de protestation. C’était en 2023, lorsque des militants écologistes avaient interrompu la première de Tannhäuser de Richard Wagner. Les spectateurs du Lincoln Center ne s’attendait certainement pas vendredi 21 novembre à ce que la représentation de Carmen soit perturbée et surtout pour les motifs invoqués.
Alors que le premier acte de l’opéra de Georges Bizet allait s’achever, trois individus se sont bruyamment manifestés. Deux d’entre eux ont tenté de monter sur la scène du Met en agitant une banderole sur laquelle on pouvait lire « Nous adorons le Lincoln Center, mais ils sont de mèche avec les fascistes », tandis que le troisième, le leader du groupe semble-t-il, énonçait dans la salle leurs revendications avant que des agents de sécurité procèdent à leur évacuation.
Se décrivant comme humoriste-militant, Davidson Boswell, 34 ans, tenait par cette action à dénoncer le fait que le Lincoln Center a reçu en 2008 un don important du milliardaire David H. Cock, décédé en 2019, qui a investi 100 millions de dollars pour la rénovation d’une salle qui porte désormais son nom (David H. Koch Theater) et qui fait partie du grand complexe culturel new-yorkais.
A lire aussi
Le Met Opera de New York expose les plus beaux costumes de scène de son histoire
Les manifestants reprochent surtout à l’institution d’avoir accepté ce don de la part d’un mécène connu pour avoir beaucoup investi dans des causes portées par des mouvements d’extrême-droite comme le Projet 25 qui vise à restaurer « la famille comme pièce maîtresse de la vie américaine » et dans des campagnes visant à discréditer la théorie du changement climatique. Les deux autres manifestants font d’ailleurs également partie du groupe de défense de l’environnement Climate Defiance.
Lors de son intervention dans la salle, Davidson Boswell a hurlé « Le théâtre David Koch, il est juste en face non ? Ce sont les mêmes personnes, elles financent tout ». Dimanche, sur les réseaux sociaux, l’activiste a publié une vidéo dans laquelle il dénonce « la normalisation du fascisme dans le monde de l’art ».
The Metropolitan Opera @MetOpera tonight, was interrupted by protestors…two ran on stage…one shouting from the audience.
Biggest takeaway…The Met Opera seems to have NO SECURITY.
Kudos to the cast for continuing
The Met should be embarrassed & refund every audience member. pic.twitter.com/AoekLx9sIa
— SeanJoseph19 (@SeanJoseph1978) November 22, 2025
Sous la direction du chef d’orchestre français Fabien Gabel jusqu’à la fin du mois puis de Pier Giorgio Morandi et Derrick Inouye, les représentations de Carmen se poursuivront au Met jusqu’au 23 janvier. Dans le rôle de Carmen, Aigul Akhmetshina succèdera à la mezzo-soprano américaine Isabel Leonard à partir du mois de janvier au côté de Michael Fabiano, dans le rôle de Don José.
Philippe Gault
Retrouvez l’actualité du Classique
Enchères : Fabriqué par le « Stradivarius de l’archet », un rare archet de violoncelle pourrait atteindre un record
Autriche : La Maison Doblinger, véritable institution viennoise de l’édition musicale, risque de fermer d’ici la fin de l’année
À quoi ressemblera l’Opéra Bastille en 2030 ? Le concours international d’architecture pour le projet de rénovation vient d’être lancé
« Nous ne pouvons accepter la violence » : Après les incidents du 6 novembre, la Philharmonie de Paris fait une mise au point
Cet article New York : L’opéra « Carmen » perturbé par des militants antifascistes fustigeant un mécène du Met Opera, décédé en 2019 est apparu en premier sur Radio Classique.
Alors qu’elle s’apprête à diriger toutes les symphonies de Mozart au Collège des Bernardins, Debora Waldman sera, ce mardi 25 novembre à 20h, l’invitée du Journal du Classique.
Ce sont les 41 symphonies de Mozart ainsi que ses grandes œuvres sacrées que Debora Waldman dirigera, en une année, à la tête de son orchestre Idomeneo. Un cycle qui n’a pas été donné en concert, dans sa totalité, à Paris depuis 1956, à l’occasion du bicentenaire du compositeur !
Ce projet s’inscrit dans le cadre de la saison musicale exceptionnelle autour de Mozart que propose le Collège des Bernardins. Coup d’envoi le 2 décembre avec la 3ème symphonie et le Requiem.
Debora Waldman nous racontera ce soir les enjeux d’un tel projet artistique. Elle nous parlera également de ses débuts à venir, en mars, à l’Opéra de Marseille pour une nouvelle production des Dialogues des Carmélites de Poulenc et de sa dernière saison à la tête de l’orchestre national Avignon Provence.
Laure Mézan
Retrouvez le journal du classique du lundi au vendredi à 20h
Retrouvez l’actualité du Classique
Enchères : Fabriqué par le « Stradivarius de l’archet », un rare archet de violoncelle pourrait atteindre un record
Autriche : La Maison Doblinger, véritable institution viennoise de l’édition musicale, risque de fermer d’ici la fin de l’année
À quoi ressemblera l’Opéra Bastille en 2030 ? Le concours international d’architecture pour le projet de rénovation vient d’être lancé
« Nous ne pouvons accepter la violence » : Après les incidents du 6 novembre, la Philharmonie de Paris fait une mise au point
Cet article Debora Waldman se lance dans l’intégrale des symphonies de Mozart est apparu en premier sur Radio Classique.
La maison de vente Vichy Enchères, spécialisée dans les instruments anciens, mettra en vente le jeudi 4 décembre un très rare archet de violoncelle. La vente de cet archet, signé François-Xavier Tourte, le grand archetier français, pourrait atteindre un nouveau record.
L’archet de violoncelle qui sera vendu aux enchères le mois prochain dans le cadre d’une vente d’instruments du quatuor (à cordes) pourrait permettre à la maison de vente Vichy Enchères de battre à nouveau un record dans ce domaine. En 2017, c’est un archet mais de violon signé lui aussi François-Xavier Tourte (1747-1835) qui avait été adjugé 576 000 euros à Vichy, record mondial d’adjudication pour un archet.
Celui qui sera proposé le 4 décembre aurait été fabriqué par le grand archetier français entre 1815 et 1820 dans son atelier parisien. Il porte le nom de son premier propriétaire, le violoncelliste virtuose et maître de chapelle allemand Alexandre Uber (1783-1824). L’événement apporte ainsi un éclairage nouveau sur les modalités de diffusion des archets de François-Xavier Tourte dans l’espace germanique, notamment en Prusse et Silésie
Avec une estimation de 300 000 à 350 000 euros, cet archet pourrait donc permettre à un modèle réalisé par celui qui est surnommé le « Stradivarius de l’archet » d’atteindre un nouveau record. L’archet d’Alexandre Uber fait également partie des rares instruments de François-Xavier Tourte dont on connaît le propriétaire d’origine. En effet, les archives et témoignages conservés permettent de dresser un court inventaire des musiciens contemporains à l’archetier français qui utilisèrent de source sûre l’un de ses modèles.
A lire aussi
L’archet de ce violoniste explose en plein concert, regardez sa réaction !
Deux hypothèses sont émises par les experts pour expliquer comment Alexandre Uber s’est procuré cet archet de François-Xavier Tourte. La première consiste en une commande directe à Paris, où l’archetier était installé quai de l’École (quai du Louvre aujourd’hui) depuis 1806. La deuxième supposerait un intermédiaire. Il pourrait s’agir d’un musicien ayant déjà un instrument signé Tourte. L’intermédiaire pourrait également être l’un des princes pour lesquels Alexandre Uber a travaillé.
La baguette de l’archet Tourte, qui sera mis en vente le 4 décembre à Vichy, a été fabriquée en bois d’ébène, une autre rareté à une époque où la plupart des archets étaient déjà construits à partir de pernambouc, une essence de bois brésilienne dont on a récemment parlé. La Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction, réunie en ce moment en Ouzbékistan, pourrait, en effet, imposer l’interdiction de commercialisation du pernambouc dont plus de 80 % de l’espèce a disparu en trois générations.
Philippe Gault
Retrouvez l’actualité du Classique
Autriche : La Maison Doblinger, véritable institution viennoise de l’édition musicale, risque de fermer d’ici la fin de l’année
À quoi ressemblera l’Opéra Bastille en 2030 ? Le concours international d’architecture pour le projet de rénovation vient d’être lancé
« Nous ne pouvons accepter la violence » : Après les incidents du 6 novembre, la Philharmonie de Paris fait une mise au point
« Je pensais ne plus jamais pouvoir jouer » : Miraculé, un pianiste anglais gravement blessé à la main retrouve sa carrière
Cet article Enchères : Fabriqué par le « Stradivarius de l’archet », un rare archet de violoncelle pourrait atteindre un record est apparu en premier sur Radio Classique.
Agnès Buzyn, ancienne ministre de la Santé, publie le livre « Demain notre santé » aux éditions Plon, dans lequel elle donne ses solutions pour sauver et rendre plus efficace notre système de santé. Elle explique qu’une réforme est nécessaire – eu égard aux changements de la médecine depuis l’après-guerre – mais possible. Elle a aussi évoqué les municipales dans la capitale, en soutenant sans réserve Pierre-Yves Bournazel face à Emmanuel Grégoire et Rachida Dati.
L’ancienne ministre était l’invitée de David Abiker ce mardi 25 novembre. Agnès Buzyn a évoqué les changements nécessaires de notre système de santé, pensé lors de l’après-guerre, et désormais obsolète. Elle fait aussi une mise au point sur l’idée de mettre fin au paiement à l’acte des médecins : elle dément avoir prôné la mesure et explique vouloir surtout une diversification des modes de financement.
Comment voyez-vous la médecine de demain ? Quels sont les progrès que vous envisagez ? Comment la financez-vous ? Bref, si on arrivait à trouver toutes les solutions pour le système de santé français, à quoi ressemblerait-il dans 20 ans ?
AGNES BUZYN : D’abord, nous serions en meilleure santé. Nous sommes très mauvais en France pour améliorer ce qu’on appelle les déterminants de santé : la lutte contre la sédentarité, l’alimentation saine. Tout cela aboutit à ce que nous vivions plutôt âgés par rapport aux autres pays du monde. Nous sommes 12èmes en termes de durée de vie dans le classement mondial, mais en mauvaise santé avec énormément de maladies chroniques. 14 millions de personnes aujourd’hui sont en affection longue durée, c’est deux fois plus qu’il y a 20 ans. Cela entraîne beaucoup de complications, notamment de la perte d’autonomie. On pense souvent que la dépendance est inéluctable, mais on n’est pas dépendant avant l’âge de 90-95 ans s’il n’y a pas de maladie chronique avant. Donc la prévention primaire devrait être notre priorité.
Donc vous nous voyez plutôt vieux, plutôt en bonne santé, ayant pris en charge nos maladies chroniques. C’est une première partie du tableau. Ensuite ?
A.B. : La deuxième partie, c’est que si nous tombons malades, nous devons avoir un système de santé qui réponde aux besoins d’une population âgée avec des maladies chroniques. Le constat aujourd’hui, c’est que nous avons une médecine adaptée au 20e siècle, à une période où on vivait peu longtemps, on mourait jeune, souvent d’accident. Aujourd’hui, nous mourons vieux, souvent avec des maladies chroniques.
Nous avons besoin de transformer le système de santé avec beaucoup plus de pluriprofessionnalité, c’est-à-dire des prises en charge où interviennent le médecin généraliste, le spécialiste, mais aussi plein d’autres professionnels : kinésithérapeutes, diététiciens, infirmiers. Cela nécessite une prise en charge coordonnée, des parcours de soins, quelque chose qu’on ne savait pas faire il y a 20 ans et qu’on doit absolument faire pour que les gens se sentent bien pris en charge.
Troisième évolution : l’immense technicité de la médecine. Nous faisons des progrès faramineux. Je rappelle qu’il y a 40 ans, quand je commençais mes études de médecine, quand quelqu’un faisait un infarctus, il avait 90 % de chances de mourir dans les 5 ans qui suivaient. Aujourd’hui, avant même l’infarctus, on pose des stents, on n’a pas besoin de chirurgie cardiaque lourde et tout cela aboutit à ce que nous vivions beaucoup plus longtemps. On a besoin de très haute technicité, de plateaux techniques, d’innovation. Ça coûte cher, ça nécessite beaucoup de compétences particulières, et ça veut dire qu’on doit réorganiser aussi nos hôpitaux, nos cliniques pour des prises en charge ultraspécialisées.
Il y a au moins trois sujets soulevés par ce que vous venez de dire. Il y a la question du financement, il y a la question du management, parfois associé à des choses péjoratives, et c’est dommage parce que le management est un art. Puis il y a la question de la technologie. On va commencer par le premier sujet, puisqu’on est en période d’élaboration budgétaire : notre système de santé manque-t-il d’argent ou dépense-t-il mal son argent ?
A.B. : Clairement, il le dépense très mal. Il faut savoir que nous sommes le troisième pays au monde en termes de dépenses de santé. Seuls l’Allemagne et les États-Unis dépensent plus que nous. Or, nous sommes 12e en termes de durée de vie et très loin derrière en termes de maladies chroniques. Il y a un problème d’efficience du système. Nous dépensons beaucoup et les résultats ne sont pas au rendez-vous. C’est lié au fait que ce système de santé a été pensé après-guerre, qu’il correspondait à un schéma de prise en charge qui n’est plus du tout la problématique des Français au 21e siècle. C’est pour ça que nous devons le réformer.
Aujourd’hui, la trajectoire des dépenses de santé augmente de 4 % par an à cause du vieillissement de la population et de l’innovation qui coûte cher. 4 % par an quand vous êtes déjà le troisième pays au monde en termes de dépenses de santé est une trajectoire non soutenable. Elle serait soutenable si nous avions une croissance à 4 ou 5 %, mais nous en sommes loin et les pays européens globalement en sont loin. Donc nous devons réformer pour être plus efficaces dans la dépense publique.
Ça veut dire qu’il faut mieux gérer, il faut faire du management plus efficacement. Comment on fait ça ? Parce qu’à la limite, couper dans les dépenses, on choisit lesquelles, on priorise, on négocie avec les syndicats, on gère quelques manifestations et puis on finit peut-être par y arriver. Comment on fait plus de management en enlevant la bureaucratie ?
A.B. : Les normes sont voulues en réalité par les citoyens. Quand il y a des scandales sanitaires, quand il y a des accidents aux urgences, on crée de la norme pour essayer d’améliorer la sécurité. Donc on ne peut pas jeter toutes les normes dans la santé, elles sont là pour protéger la vie. Après, il y a de la bureaucratie, il y a surtout un manque de soignants considérable. C’est pour ça que le ratio entre l’administration et les soignants n’est pas toujours optimal. Nous avons des milliers de postes vacants aujourd’hui dans les hôpitaux, que ce soit des postes d’infirmiers ou de médecins, et c’est un problème mondial. L’OMS évalue à 15 millions le nombre de soignants manquants dans le monde. Il y a une compétition internationale pour attirer les soignants.
C’est ce qu’on fait en France, puisque l’hôpital public marche sur une jambe avec des médecins et des soignants français, et l’autre jambe, c’est des médecins étrangers. Est-ce qu’il faut changer ça ou finalement l’immigration médicale, au bon sens du terme, c’est pas mal ?
A.B. : Elle est utile aujourd’hui. Nous formons beaucoup plus de médecins que nous le faisions il y a 15 ou 20 ans. Nous allons rattraper ce retard, sauf qu’il faut 10 ans pour former un médecin et cette sortie des nouveaux médecins des facultés va survenir dans les années 2030-2035, où le nombre de médecins va de nouveau augmenter considérablement.
Mais ensuite, il faudra les déployer sur le territoire, c’est là où ça devient compliqué.
A.B. : Non, ça ne devient pas compliqué si nous avons des mesures très incitatives. Pourquoi aujourd’hui ils ne vont pas dans les territoires désertifiés ? C’est parce que l’exercice qu’on leur propose est peu attractif. Les jeunes médecins n’ont plus envie de travailler seuls dans leur cabinet, ils veulent travailler en maison de santé pluriprofessionnelle ou en centres de santé, ils veulent un exercice salarié. Donc on doit organiser tout ça.
La médecine est pour beaucoup une profession libérale. Vous avez évoqué la possibilité d’arrêter de payer à l’acte, notamment sur les maladies chroniques, avec un forfait. L’objectif serait d’éviter de consulter sans arrêt dès que surviennent les symptômes. Comment envisagez-vous ça ?
A.B. : Je n’ai jamais proposé d’arrêter le paiement à l’acte, il est très important, il faut payer les gens en fonction de leur activité. Par contre, je pense qu’il faut diversifier les modes de financement. Aujourd’hui, nous payons les professionnels libéraux uniquement à l’activité, au nombre d’actes faits. C’est vrai à l’hôpital aussi et je pense que ça crée des dérives. Nous avons besoin aussi aujourd’hui de financer la qualité des soins et un certain nombre de missions de service public : vérifier que les gens sont vaccinés contre la grippe, vérifier qu’ils vont faire leur dépistage du cancer pour améliorer la santé de la population. Il nous faut des financements sur des objectifs de santé publique.
Ce que je prône dans ce livre, c’est améliorer l’efficience du système, diversifier les modes de financement, certainement pas arrêter l’activité. Mais pour les hôpitaux, par exemple, il faut faire en sorte qu’un hôpital trouve des moyens financiers pour compenser quand il adresse un patient en ville. Aujourd’hui, il est pénalisé. Or, beaucoup de patients pourraient être mieux soignés en hôpital de jour, en hospitalisation à domicile, dans des maisons de santé pluriprofessionnelles avec des professionnels autour de lui, proche de chez lui. Donc comment faisons-nous pour que le système se transforme ? Ça nécessite de réorienter les financements vers les objectifs qu’on se fixe.
Agnès Buzyn, vous avez été ministre de la Santé. Avez-vous laissé filer des dépenses en vous disant : politiquement, elles sont justifiées, mais sur le plan médical, elles ne le sont pas ? Vous avez un exemple ?
A.B. : Oui, bien sûr. D’abord, j’ai déremboursé l’homéopathie, ça n’a pas fait plaisir, mais il n’y avait pas de justification scientifique. Ça coûtait quand même entre 200 et 400 millions par an. On m’en a beaucoup voulu. J’ai été arrêtée dans la rue et insultée pour des granules à 2 euros, alors que je pensais que nos hôpitaux avaient besoin de ces millions.
A lire aussi
Sécurité sociale : « la santé a un coût » rappelle le directeur général de la CNAM, Thomas Fatôme
Après, il y a beaucoup d’actes inutiles. Ce que dit l’OMS, mais aussi l’assurance maladie, c’est qu’aujourd’hui, environ 20 % des actes médicaux, que ce soit des demandes d’examen de biologie ou de radiologie, sont inutiles. Vous voyez qu’on a des marges de progrès et d’économie considérables. Encore faut-il être capable de repérer ces actes inutiles, c’est un travail médical, mais tout le monde le sait. Aujourd’hui, il y a une forme de gabegie, il y a beaucoup d’actes redondants. Le dossier médical partagé n’est pas toujours rempli, ou les médecins ne trouvent pas la trace d’un examen fait dans un hôpital. Cela incite à refaire sans arrêt les mêmes examens, dont beaucoup sont inutiles. Nous avons cet enjeu de rendre le système plus efficient et c’est ce que j’explique dans mon livre : il y a des chemins pour cela.
Agnès Buzyn, toute autre chose. Vous avez été candidate il y a 6 ans à la mairie de Paris, vous n’avez pas de regrets quand vous voyez ce début de campagne ?
A.B. : Non, pas de regrets. Je soutiendrai Pierre-Yves Bournazel. C’est un candidat de rassemblement, apaisant, qui parle à tous les publics de Paris, pas seulement à ceux qui font du vélo ou à ceux du 16e arrondissement. Il est d’une probité exemplaire, qui a d’ailleurs proposé 10 mesures d’amélioration de la conduite des élus à Paris. Je pense que c’est un excellent candidat.
Retrouvez tous les articles liés à la politique
Choose France : « Les entreprises sont prêtes à faire leur part d’effort, mais il doit être proportionné » selon Pierre Moscovici
« Sébastien Lecornu est présidentiable, il peut faire consensus au-delà de la droite » selon Jean-Luc Barré, biographe de De Gaulle
« Difficile pour Sébastien Lecornu d’être Premier ministre dans un régime parlementaire aux institutions présidentielles » estime Pascal Perrineau
Crise politique : « Nous sommes pour la première fois dans une situation où le pouvoir exécutif se vide » déclare Dominique Reynié
Cet article EXCLUSIVITÉ – Municipales à Paris – Agnès Buzyn : « Je soutiendrai Pierre-Yves Bournazel, un candidat qui parle à tous les publics, pas seulement à ceux qui font du vélo ou à ceux du 16e arrondissement » est apparu en premier sur Radio Classique.
Eugène Viollet-le-Duc est connu pour avoir restauré Notre-Dame-de Paris. Inspiré et soutenu par Prosper Mérimée, il s’est attaqué au gigantesque projet de sauver les plus grands vestiges du Moyen Âge français.
A-t-on besoin de présenter Prosper Mérimée ? Écrivain talentueux, érudit, passionné de langues étrangères dont le russe, précurseur du romantisme, il est aussi bon dessinateur qu’il est excellent écrivain. C’est un homme de culture et d’action qui appuie son œuvre sur le savoir et sur le talent d’un homme de l’art, Eugène Viollet-le-Duc.
Il faut vous dire que Mérimée est l’ami du père et de l’oncle de Viollet-le-Duc. Eugène est en quelque sorte le relais de Mérimée et ce qui est passionnant, c’est de voir comment ces deux hommes ensemble ont contribué à sauver les plus grands vestiges du patrimoine français.
Dominique Labarrière, dans son livre Épopée française (aux éditions Pierre-Guillaume de Roux) a retracé les destins croisés de Mérimée et de Viollet-le-Duc. Prosper Mérimée est né dans le quartier du Panthéon à Paris, juste avant l’Empire, à la toute fin du consulat en 1803. Ses parents sont des gens cultivés, amateurs d’art. Ils vont élever Prosper en lui inculquant un certain nombre de valeurs, dont l’indépendance d’esprit, mais aussi la curiosité, qui va devenir le trait dominant de son caractère.
Le jeune Prosper fréquente les bancs de la faculté de droit, mais la vérité, c’est que c’est surtout dans les salons parisiens qu’il a tendance à briller. Il se rend très souvent dans le salon de Juliette Récamier, l’épicentre du Tout-Paris de l’époque. On y retrouve toutes les grandes figures romantiques comme Chateaubriand ou Hugo notamment.
Mérimée, lui, est plus attiré par le cercle d’un pasteur libéral suisse, chez qui il va rencontrer notamment Stendhal. À l’époque, Mérimée a 20 ans, Stendhal en a le double. Cela n’empêche pas une grande amitié fondée sur le même goût des voyages, des arts, sur la même curiosité, le même appétit de vivre. Ensemble, Stendhal et Mérimée vont intégrer un autre groupe, celui d’Étienne-Jean Delécluze. Il est peintre, mais surtout critique d’art au Journal des débats. C’est aussi l’oncle d’un certain Eugène Viollet-le-Duc qui à l’époque n’est encore qu’un enfant. Le père d’Eugène également fréquente ce cercle de Delécluze.
Et l’on voit Mérimée acquérir dans ce monde de la Restauration, une sorte de passion pour les arts, pour les vestiges du passé. Sur le plan des idées, c’est un libéral convaincu, assez éloigné du pouvoir en place. Sur le plan de la culture et de l’inspiration, c’est un passionné du Moyen Âge. Or, en 1830, lorsque Louis-Philippe devient roi des Français, et bien Mérimée se rapproche du pouvoir. Il intègre la haute administration du pays, il suit en cela son bienfaiteur, le ministre d’Argout, d’abord à la Marine, puis au commerce et aux travaux publics et enfin à l’Intérieur.
On ne peut pas dire que Mérimée soit un passionné des cabinets ministériels. Cette atmosphère-là, qui avait été si bien décrite par Balzac, lui répugne, disons les choses. Mais il fait son chemin, et remplit sa tâche de secrétaire du ministre de l’Intérieur François-Pierre Guizot. C’est ce dernier qui va lui confier les clés de l’Inspection générale des monuments historiques, qui a 4 ans à l’époque, on est en 1834.
C’est dans la vie de Mérimée une sorte de grand basculement. Mérimée est convaincu que le souffle qui a présidé à l’édification des cathédrales au Moyen Âge est exactement le même souffle qui est dans son temps à lui, à l’origine de la révolution industrielle dans laquelle la France est engagée. Il estime que cela résulte d’une même aspiration du peuple français à s’élever vers quelque chose de transcendant, vers une forme de création d’excellence et cela va évidemment lui donner une sorte de motivation très particulière dans la mission qui vient de lui être confiée.
Pour lui, la modernité ne va pas sans la tradition. Il faut aller chercher dans le Moyen Âge la source d’une inspiration qui se renouvelle constamment. Dans l’architecture des cathédrales, Mérimée retrouve l’esprit d’audace qui selon lui doit présider au développement du 19e siècle.
Mérimée va se lancer dans cette aventure colossale qui consiste à faire l’inventaire des monuments remarquables du pays. Cela suppose de passer son temps sur les routes et dans les auberges, souvent dans les mauvaises auberges à l’époque. Le premier inventaire est édité en 1837 avec près de 1100 sites désignés comme dignes du premier intérêt, dit Mérimée. 10 ans plus tard, le nombre de sites est établi à 2800.
Ce qui veut dire qu’une fois répertorié, une fois inventorié, tous ces monuments vont devoir faire l’objet de tous les soins possibles des férus d’archéologie, mais aussi d’architecture et de rénovation avec, disons-le, une bureaucratie qui n’a pas tellement envie de voir Mérimée mener à bien ses missions.
Alors, il va fixer des priorités, faire une sorte d’agenda. Il met au premier chef le patrimoine religieux. Pour lui, il s’agit pas du tout d’une mission cultuelle, le moins qu’on puisse dire, c’est que Mérimée n’est pas du tout religieux, il n’est même pas croyant. Simplement, il estime que c’est là que se trouve l’essentiel de l’héritage du passé, c’est pour lui une mission historique.
A lire aussi
Du Paris médiéval à la Ville Lumière, comment Haussmann a métamorphosé la capitale
« Les monuments les plus importants de notre pays sont sans contredit les cathédrales », écrit-il, et bien ces cathédrales, il va falloir maintenant les sauver, il va falloir les relever, les consolider, il va falloir leur redonner tout leur éclat et c’est ici qu’entre en scène un jeune homme qui entre-temps a pris de l’âge puisque maintenant il a 26 ans et qui s’appelle Eugène Viollet-le-Duc.
Dans ce nouvel épisode des Grands dossiers de l’Histoire, Franck Ferrand vous raconte l’ascension d’un des plus grands architectes du 19ème siècle.
Retrouvez Le meilleur de Franck Ferrand raconte
L’archéologue Percy et la cité de « Z », un explorateur porté disparu dans la jungle amazonienne
L’impératrice Eugénie : De régente à fugitive, son échappée désespérée en septembre 1870
Valery Giscard d’Estaing, l’incarnation d’une période faste où le budget était à l’équilibre
L’affaire des poisons : 5 choses à savoir sur La Voisin, une criminelle sous le règne de Louis XIV
Cet article Notre-Dame de Paris sauvée par l’architecte Viollet-le-Duc : savez-vous quel rôle a joué l’auteur de Carmen, Prosper Mérimée ? est apparu en premier sur Radio Classique.
Depuis près de 150 ans, la Musikhaus Doblinger est le rendez-vous incontournable des mélomanes de passage à Vienne. Éditrice de plusieurs centaines de milliers de partitions de grands musiciens classiques, l’institution autrichienne risque de fermer ses portes à la fin de l’année.
La boutique du n° 10 de la Dorotheergasse à Vienne est un passage obligé pour tous les amateurs et professionnels de la musique classique qui viennent y dénicher les partitions de leurs musiciens préférés. En 150 ans d’existence la Musikhaus Doblinger a édité et constitué un catalogue de plusieurs centaines de milliers de documents – partitions, livres, méthodes… Autant de sources d’inspiration que sont certains d’y trouver les membres des plus grands orchestres, chœurs et autres institutions culturelles viennoises, ainsi que les étudiants en musique.
Malheureusement, le propriétaire de l’immeuble (une fondation privée viennoise liée à une société de services financiers) qui abrite depuis 1876 l’établissement, n’a pas l’intention de renouveler le bail de son prestigieux locataire qui arrivera à échéance à la fin de cette année. À moins que l’issue de la procédure judiciaire, engagée par les gérants de la librairie, ne leur soit favorable et permette de maintenir l’activité à cette adresse mythique.
Selon le quotidien autrichien Krone (Kronen Zeitung), qui a révélé cette situation, la maison Doblinger cherche malgré tout un nouvel emplacement dans la capitale autrichienne mais le déménagement du stock de plus de 430.000 articles coûterait près de 300.000 euros. Une somme très élevée pour la société qui vient juste de renouer avec les bénéfices après avoir subi les conséquences de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19.
A lire aussi
Paris : L’emblématique magasin d’instruments Paul Beuscher ferme après 175 ans d’existence
Ludwig Doblinger, propriétaire de l’enseigne depuis 1857, l’avait installée au 10, Dorotheergasse en 1873 avant de la vendre à Bernhard Herzmansky trois ans plus tard. C’est ce dernier, jeune entrepreneur originaire de Bohème, qui y développe l’impressionnant stock de partitions de la librairie et la lance dans le secteur de l’édition musicale. Sous le nom de Doblinger Musikverlag, la maison d’édition publie dans un premier temps des œuvres de grands compositeurs viennois tels que Gustav Mahler ou Anton Bruckner.
Après la Première guerre mondiale, l’éditeur se spécialise dans le répertoire contemporain de l’époque et notamment celui du compositeur autrichien d’origine hongroise Franz Lehár qu’il accompagne et soutient sur la création de ses plus grandes œuvres. À la fin de la deuxième guerre mondiale, la maison d’édition Doblinger permit à de nombreux compositeurs juifs autrichiens d’être réhabilités. L’activité d’édition musicale de Doblinger a été cédée en janvier 2025, au groupe britannique Wise Music Group.
Philippe Gault
Retrouvez l’actualité du Classique
À quoi ressemblera l’Opéra Bastille en 2030 ? Le concours international d’architecture pour le projet de rénovation vient d’être lancé
« Nous ne pouvons accepter la violence » : Après les incidents du 6 novembre, la Philharmonie de Paris fait une mise au point
« Je pensais ne plus jamais pouvoir jouer » : Miraculé, un pianiste anglais gravement blessé à la main retrouve sa carrière
Paris Opera Competition 2025 : Le baryton gallois Steffan Lloyd Owen remporte le concours
Cet article Autriche : La Maison Doblinger, véritable institution viennoise de l’édition musicale, risque de fermer d’ici la fin de l’année est apparu en premier sur Radio Classique.
KPMG vous invite à écouter l’interview de Julien Garnier, Président-directeur général de Groupe Primever, belle ETI basée à Agen (Lot-et-Garonne).
Spécialisée depuis 60 ans dans le transport et la logistique des fruits et légumes, de l’alimentaire et des pièces industrielles, l’ETI dispose de 60 plateformes logistiques en France et en Europe, et achemine ses produits via une flotte de 1400 véhicules réfrigérés.
L’ETI mise également sur le digital pour optimiser sa chaîne du froid — suivi en temps réel des produits — et la consommation de ses véhicules, pour améliorer son empreinte carbone.
Cet article Grâce à sa flotte de 1400 véhicules réfrigérés, l’ETI Primever nous permet de consommer des fraises 12 heures après leur cueillette est apparu en premier sur Radio Classique.
Alors que vient de paraître son enregistrement d’Israël en Egypte de Haendel, Hervé Niquet sera, ce lundi 24 novembre à 20h, l’invité du Journal du Classique.
C’est l’une des œuvres les plus terrifiantes de Haendel qu’Hervé Niquet vient d’enregistrer à la tête de son Concert spirituel, pour le label Alpha. Il s’agit de son oratorio Israël en Egypte, racontant l’exodes des juifs opprimés par les Égyptiens et incluant les fameuses dix plaies d’Egypte à savoir les eaux du Nil changées en sang, une invasion de grenouilles, une épidémie de peste, un déluge de grêle et de flammes, le ravage des moustiques et des sauterelles, mais aussi mort de tous les premiers nés…
Des péripéties qui donnent lieu dans cette partition à une formidable palette d’expressions décrivant l’horreur, l’oppression, la stupeur, la foi et l’exaltation. De puissants chœurs, un orchestre opulent … tout est réuni ici pour nous emporter et nous faire frissonner !
Hervé Niquet nous éclairera sur cette œuvre et sur son travail avec les grandes masses chorales lui qui dirigera, le 7 décembre à l’Eglise Saint-Pierre de Neuilly-sur-Seine, une Messe à 40 voix solistes de Striggio et, le 10 janvier à la Chapelle royale de Versailles, des œuvres à double chœurs de Charpentier.
Laure Mézan
Retrouvez le journal du classique du lundi au vendredi à 20h
Retrouvez l’actualité du Classique
Retrouvez l’actualité du Classique
« Nous ne pouvons accepter la violence » : Après les incidents du 6 novembre, la Philharmonie de Paris fait une mise au point
« Je pensais ne plus jamais pouvoir jouer » : Miraculé, un pianiste anglais gravement blessé à la main retrouve sa carrière
Paris Opera Competition 2025 : Le baryton gallois Steffan Lloyd Owen remporte le concours
Le chef d’orchestre Michele Mariotti pourrait prendre la tête de l’Orchestre Symphonique de la RAI, sur fond de soupçons d’ingérence politique
Cet article Les frissons de Haendel par Hervé Niquet et son Concert spirituel est apparu en premier sur Radio Classique.
Gérard Araud a été ambassadeur de France en Israël, entre 2003 et 2006, puis aux Etats-Unis entre 2014 et 2019. L’ancien ambassadeur vient de publier Leçons de diplomatie – la France face au monde qui vient, aux éditions Tallandier. Plan de paix américain pour l’Ukraine, COP30 sur le climat, la place d’Israël au Proche-Orient : l’invité de David Abiker a livré son analyse sur la situation des différents moments clés que nous vivons.
DAVID ABIKER : Quelle est votre vision des négociations qui se déroulent à Genève en ce moment. Les Américains mènent la danse avec leur plan de paix en 28 points, assez défavorable à l’Ukraine. L’Europe peut-elle aider les Ukrainiens et, si oui, comment ?
GERARD ARAUD. Mon livre essaie d’expliquer ce qui se passe dans des circonstances de négociations comparables. Pour le citoyen, la première réaction au plan américain a été de pousser des cris d’orfraie : « L’Ukraine est la victime, l’Ukraine est l’agressée, on essaie de lui tordre le bras ». Hélas, c’est la réalité des relations internationales. Une guerre se déroule sur le champ de bataille et on essaie de parvenir à la paix à partir de cette réalité. Aujourd’hui, l’Ukraine est en difficulté et donc, lorsqu’on essaie de trouver une solution, ce n’est pas la meilleure des solutions, c’est la moins mauvaise des solutions.
Le plan américain a un avantage : il existe et il est amendable. Au lieu de crier « ce n’est pas possible », l’Ukraine et les Européens ont fait ce qu’ils devaient faire : ils essaient de l’améliorer.
Comment améliore-t-on un plan en 28 points qui semble céder beaucoup aux Russes ?
GA. On s’assoit autour de la table et on propose des contre-propositions point par point. Finalement, le possesseur du texte, c’est-à-dire l’Américain, accepte ou non ces amendements. Après une longue discussion entre les Ukrainiens et les Américains, ils sont sortis de la salle relativement optimistes, disant qu’ils avaient bien progressé.
Le jugement que nous devons porter est basé sur ce que disent les Ukrainiens. Apparemment, la négociation a bien progressé. Il reste un ou deux points, notamment le contrôle de l’OTAN et le Donetsk, qui devrait être réglé entre Donald Trump et le président Zelensky.
Vous avez beaucoup d’expérience, Gérard Araud. On met sur le compte de Donald Trump l’abandon de l’Europe face à la Russie, l’abandon de l’Ukraine. Ce désengagement américain, est-ce une idée de Trump ou structurellement, depuis de longues années, y avait-il une dérivée américaine qui s’éloignait des enjeux européens ?
GA. C’est un retrait de long terme. Les Américains sont pragmatiques, et pour eux, l’Europe est en train de devenir une périphérie du monde. Ce n’est pas en Europe qu’il y a la croissance, la révolution technologique ou la menace ! Pour les Américains, la Russie n’est pas vraiment une menace, c’est un problème, une puissance régionale sur le déclin. Pour eux, le problème est la Chine.
Ils ne font pas le même diagnostic qu’Emmanuel Macron qui a soutenu les déclarations du général Fabien Mandon la semaine dernière. Comment interpréter les déclarations du général français, chef d’état-major des armées, qui déclare dans une conférence publique qu’il faut se préparer à la guerre et ne pas avoir peur de sacrifier ses enfants ? Cette phrase a créé beaucoup d’émotion.
GA. Sur le fond, le général a raison. Si vous voulez la paix, il faut préparer la guerre. Les États-Unis s’en vont, donc les Européens doivent assurer eux-mêmes leur propre sécurité. Les budgets de la défense européens sont notoirement insuffisants. Il faut se préparer. La phrase sur les enfants était malvenue en termes de communication, mais l’essentiel est que le général Mandon essaie de mobiliser les Français, comme le président de la République le fait.
Revenons au plan en 28 points de Donald Trump et des États-Unis et à son article 4. L’article 4 du plan de paix dit ceci : « Un dialogue sera mené entre la Russie et l’OTAN sous la médiation des États-Unis afin de résoudre toutes les questions liées à la sécurité et de créer les conditions d’une désescalade. » Les États-Unis se placent en observateur des relations entre la Russie et l’OTAN. Est-ce que cela veut dire qu’ils sont au-dessus de l’OTAN, à côté de l’OTAN, en dehors de l’OTAN ?
GA. Ce texte est surréaliste. Les États-Unis seraient les médiateurs entre eux-mêmes, puisqu’ils sont le patron de l’OTAN. Ils représentent environ 75 % du budget de la défense des membres de l’OTAN. Je pense que cet article a été l’objet des amendements proposés soit par l’Ukraine, soit par les Européens.
Les Américains proposent des élections en Ukraine dans trois mois, ce qui serait un désaveu de Zelensky.
GA. Les Russes veulent se débarrasser du président Zelensky qui représente la résistance à leur offensive. Dans la négociation, si j’étais le négociateur en face, je dirais : « On supprime ces 100 jours, on ne nous dicte rien à l’Ukraine. On va simplement ajouter dans les délais constitutionnels normaux. » Quand on est dans une négociation, il faut interroger les négociateurs qui diront : « Oui, on a l’habitude. On dit toujours qu’on n’acceptera pas, et puis après, ils acceptent. »
La COP 30 n’est pas un succès, le G20 n’est plus capable de régler les grandes crises internationales. Le président Macron a parlé de la fin d’un cycle. Les grands sommets diplomatiques, c’est fini, c’est inefficace, ça ne marche plus.
GA. Le multilatéralisme ne fonctionne que si les nations veulent bien qu’il fonctionne. Quand on parle des Nations Unies, il faut que les nations soient unies. Or, elles ne le sont pas. Ce n’est pas la première fois dans l’Histoire que des tensions internationales conduisent au blocage du système multilatéral. Les Nations Unies de 1945 à 1990, pendant la Guerre froide, ne fonctionnaient pas. Les Soviétiques et les Chinois opposaient leur veto à tout ce que proposaient les Américains et vice versa.
Cela a fonctionné plus ou moins bien pendant 30 ans parce que c’était la domination occidentale du monde. Aujourd’hui, cela ne fonctionne plus. Le défi est d’essayer d’organiser un nouveau multilatéralisme. Je pense qu’on ne peut le faire qu’en impliquant vraiment des pays comme l’Inde, le Mexique, l’Indonésie, des pays qui ont intérêt, comme nous, à ne pas être pris entre l’enclume chinoise et le marteau américain.
Quid de l’Algérie et la France ? Est-ce que les bases d’un nouveau départ sont possibles ou allons-nous retrouver, comme d’habitude, la rente mémorielle d’un côté, l’incompréhension française de l’autre et finalement l’impossibilité d’une retrouvaille fraternelle ?
GA. La relation algérienne est structurellement chaotique. Un jour, j’ai dit à un ambassadeur d’Algérie, quand j’étais directeur des Affaires politiques : « Toute présidence commence à Alger et finit à Rabat. » Parce que tout nouveau président français dit : « Avec moi, on va avoir de bonnes relations avec l’Algérie. » Et finalement, cela finit mal. Ce sont des relations difficiles parce que la guerre d’indépendance est la légitimité du pouvoir algérien, donc il la rappelle régulièrement pour des raisons de politique intérieure. De notre côté, ce n’est pas le moment de l’apaisement avec les questions de l’immigration et de l’Islam.
Moi, j’ai toujours dit qu’il faut gérer cette relation avec des pincettes et accepter un certain éloignement, une sorte de sérénité, se dire qu’il faut trouver une sorte de modus vivendi minimal. Nous avons sur notre sol des millions de citoyens français d’origine algérienne et la proximité géographique compte également, mais ne rêvons pas, cette relation est problématique par définition.
Il y a des constantes dans l’histoire de la diplomatie, dans les relations entre les peuples. Quand vous dites, par exemple, « ça commence à Alger et ça se termine à Rabat », j’ai envie de vous poser la question pour le conflit au Proche-Orient. Finalement, il y aura toujours la guerre là-bas ?
GA. La guerre est un élément des relations internationales. Pour les Européens, c’est très difficile à admettre parce que, d’une certaine manière, nous avons vécu depuis 1945 la plus longue période de paix depuis la chute de l’Empire romain. Les Européens considèrent que la guerre est une aberration, un archaïsme. La guerre est un élément des relations internationales. Sur le conflit du Moyen-Orient, aujourd’hui, c’est désespéré et désespérant.
C’est un conflit régional qui est resté régional. Contrairement aux autres crises du Moyen-Orient, personne n’est vraiment intervenu de l’extérieur. Les Chinois veulent simplement acheter le pétrole et le gaz. Les Russes n’en sont plus en position d’influence. Cette guerre s’est poursuivie sur son propre rythme et je pense qu’elle risque de se poursuivre. Israël est l’hégémon, la grande puissance de la région.
Israël est devenu le gendarme de la région ?
GA. Israël est le gendarme du Moyen-Orient, c’est la logique des accords d’Abraham, négociés par Donald Trump lors de son premier mandat. Aujourd’hui, toutes les monarchies du Golfe, au fond, n’ont pas trop protesté pour ce qui se passait à Gaza. Elles considèrent que leur ennemi est l’Iran. L’ennemi de mon ennemi est mon ami. Donc, alliance, et Israël est, d’une certaine manière, le garant de leur sécurité face à l’Iran. Les autres pays arabes, l’Irak, la Syrie ou l’Égypte, sont des pays affaissés qui ne pèsent plus rien. Donc, oui, c’est le parrain de la région, Israël. Mais que veut faire Israël de sa domination ? Quand vous faites la guerre, vous la faites pour établir un nouveau cadre politique, un nouveau cadre stratégique.
A lire aussi
Le concert de l’orchestre d’Israël perturbé : « cela pose le problème de la sécurité de la salle » selon Thibault de Montbrial
C’est là que nous sommes dans une impasse, car Israël ne définit pas politiquement ce qu’il recherche. Définir politiquement voudrait dire poser la question palestinienne. La sécurité ne repose pas simplement sur le fait de bombarder. Il faut un nouveau système politique, qui est possible. Par exemple, au Liban, le Premier ministre veut rétablir l’État libanais, mais les Israéliens ne l’aident pas particulièrement. Ils ne cessent de bombarder le Liban. Al-Charaa, le président syrien, ne cesse de dire aux Israéliens qu’il veut signer un traité de paix avec eux, mais Israël continue de s’ingérer.
Un dernier mot sur le moral de la diplomatie française et des ambassadeurs. Ce n’est pas génial…
GA. Ce n’est jamais génial. Nous sommes de vieilles dames un peu geignardes au Quai d’Orsay. J’ai passé 40 ans de ma carrière à entendre mes collègues plus ou moins se plaindre. Il y a une situation un peu pathogène de la Ve République. Vous avez, d’un côté, la présidence de la République et, de l’autre, le Quai d’Orsay pour diriger la diplomatie française. De temps en temps, cela marche, et parfois, étant donné l’activisme du président, cela devient plus difficile. C’est aujourd’hui le cas.
Retrouvez les articles liés à l’actualité internationale
« Donald Trump essaie de faire tomber les contrepoids que Tocqueville jugeait essentiels à la survie de la démocratie américaine » constate Françoise Mélonio
« L’emprisonnement de Boualem Sansal représente aussi un message à la France » assure le romancier Kamel Daoud
Guerre en Ukraine : « L’armée française est prête, et nous irons sur les remparts de notre pays et de l’Europe si nécessaire » affirme Pierre Schill
Guerre en Ukraine : « Vladimir Poutine a fait une erreur historique majeure » estime le diplomate Pierre Lévy
Cet article Plan de paix pour l’Ukraine : « Il a le mérite d’exister et il est amendable, c’est la moins mauvaise des solutions » selon l’ancien diplomate Gérard Araud est apparu en premier sur Radio Classique.
From the publisher's feed