La guerre entre l’Iran et Israël a éclipsé l’actualité toujours brûlante de Gaza. Le bilan dépasse les 55.000 morts et il n’y a aucune perspective de cessez-le-feu en vue. Un programme français permet à quelques-uns de s’extraire de l’enfer.
Le « Programme Pause », chapeauté notamment par le Collège de France, le Quai d’Orsay et le ministère de l’enseignement supérieur, offre la possibilité à des scientifiques et artistes en danger d’intégrer une université française.
Amal Alkahlout est physicienne et professeure à l’université, spécialiste des nanotechnologies et de la science des matériaux. A peine quelques jours après l’attaque du 7-Octobre, cette Palestinienne de 56 ans a dû fuir sa maison de Gaza city pour trouver refuge dans l’hôpital pédiatrique de la ville, que dirigeait son mari.
« Les bombes tombaient partout de façon aléatoire. Des enfants en soins intensifs ont été tués. On avait tellement peur, tout le monde se cachait dans le noir, dans les couloirs de l’hôpital. On devait vivre à côté de cadavres » raconte-t-elle. Quand l’armée israélienne a évacué l’hôpital, poursuit-elle « nous leur avons demandé des ambulances pour les enfants reliés à l’oxygène. On a découvert plus tard qu’aucune ambulance n’était venue. Leurs corps se sont décomposés, envahis d’insectes. C’est une scène déchirante que je ne pourrai jamais oublier. »
Une fuite à pied vers le sud de Gaza
Avec ses quatre enfants et sa mère très âgée, Amal fuit, à pied, vers le sud de la bande de Gaza. Comme des milliers de palestiniens, elle fait face au manque d’eau, d’hygiène et de nourriture.
« C’était très difficile d’obtenir ne serait-ce qu’un kilo de farine pour faire du pain. Je cuisinais comme mes ancêtres : pendant que je préparais le feu, je pleurais, parce que je ne suis pas habituée à faire ça : on avait une maison luxueuse, avec tous les équipements. Tout d’un coup [il n’y avait] plus d’électricité, plus de gaz. » Ses proches restés à Gaza, ne trouvent, eux, « plus rien à manger ».
C’est par une amie qu’Amal entend parler du Programme Pause. Elle dépose sa candidature et apprend plus tard qu’elle est sélectionnée. Quelques jours avant la fermeture de la frontière, Amal et sa famille parviennent à passer en Egypte. Fin août 2024, ils arrivent en France. Amal a été intégrée à l’Université Sorbonne Paris Nord. Hantée par la guerre, elle tente de se reconstruire.
« Je ne dors plus la nuit. Je regarde tout le temps les informations. Je me sens tellement coupable. Nous, nous sommes en sécurité, mais mes amis, mes proches à Gaza ne le sont pas. Nous avons à manger, pas eux. Je suis suivie en thérapie. Les gens à l’université me soutiennent beaucoup. Récemment, je commence à retrouver ma voie. Je suis tellement reconnaissante au Programme Pause : ce n’est pas seulement pour t’aider à mener des recherches, ça te donne la chance d’être en vie. »
16 lauréats en attente de rejoindre la France
D’autres scientifiques et artistes palestiniens attendent encore de pouvoir quitter Gaza pour rejoindre la France. Laura Lohéac est la directrice du Programme Pause : « Une soixantaine de personnes sont soutenues par le programme, mais en 2024, très peu ont pu arriver parce qu’ils étaient bloqués à Gaza. Jusqu’au mois de mai, certains ont pu [venir] par leurs propres moyens et ensuite, la bande de Gaza étant totalement fermée, ils sont restés piégés ». La France est entrée en négociation à haut niveau pour essayer de faciliter les sorties, et l’opération d’évacuation a pu avoir lieu en avril dernier.
« Ici, la majorité des gens détestent le Hamas » : A Gaza, les Palestiniens affamés veulent une trêve à tout prix
Laura Lohéac décrit des extractions et des évacuations « extrêmement longues et difficiles ». Aujourd’hui 16 lauréats du programme sont encore à Gaza. « On craint chaque jour d’apprendre leur mort, parce que ça a été le cas d’un de nos lauréats, un architecte, décédé des suites d’un bombardement ». Sa femme est attendue dans un contexte « d’embrasement général ». « Pour les évacuations, nous n’avons aucune visibilité », déplore-t-elle. Surtout que le Programme Pause, qui a bénéficié depuis 2017 à 600 chercheurs fait face à des restrictions budgétaires. Un appel aux dons a été lancé sur le site de la Fondation de France.
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Cet article « On devait vivre à côté de cadavres » : le témoignage glaçant d’une scientifique gazaouie réfugiée en France est apparu en premier sur Radio Classique.