Franck Ferrand a reçu le grand pianiste Lang Lang dans les studios de Radio Classique. Avec sa franchise et son humours habituels, lèvre-t-il le voile sur des aspects méconnus de sa biographie ?
FRANCK FERRAND : Bonjour Maestro, nous sommes vraiment très heureux de vous avoir avec nous ici sur Radio Classique. Votre nouvel album s’appelle Piano Book 2. Il y avait un Piano Book 1 sorti il y a six ans. Celui-ci a pour ambition de proposer de la musique qui parle à tous ceux qui aiment le piano, qu’on soit débutant, qu’on reprenne après des années ou qu’on joue juste pour le plaisir. Est-ce que ça signifie que vous jouez pour des personnes qui continuent à jouer du piano ou est-ce que vous avez quelque chose à dire à ceux qui ne jouent d’aucun instrument ?
LANG LANG : Ce projet, la série Piano Book, vise à encourager le plus de personnes possible à prendre des leçons de piano. Bien sûr, les pièces ne sont pas si simples. Vous savez, il y a du Rachmaninov et des variations de Beethoven. Ce ne sont pas des pièces pour débutants. Mais l’idée est de faire comprendre à tout le monde que le piano n’est pas réservé à quelques professionnels. C’est aussi pour vous, pour tout le monde. Il faut consacrer du temps à l’étude, mais si vous êtes capable de vous concentrer, vous pourrez faire certaines choses. Ce n’est pas impossible.
F.F. : Je me dis que vous pourriez être un professeur fantastique avec les nouvelles technologies. Ce serait possible pour vous d’enseigner le piano de cette manière ?
L.L. : Oui, je l’utilise déjà. Je mène beaucoup de programmes éducatifs dans des écoles publiques. Pas encore en France malheureusement, mais nous avons déjà 240 écoles dans le monde qui utilisent une méthode appelée Les Clés de l’Inspiration. Nous avons 20 à 30 claviers intelligents. Il y a une tablette posée sur le piano et on suit le programme. C’est comme une aventure musicale avec des dessins animés, des animations et moi qui apparais de temps en temps pour donner quelques conseils. C’est très facile à utiliser. Vous suivez la lumière, quand une lumière descend, vous appuyez sur la touche correspondante et vous commencez à savoir où sont les notes, les doigtés, à créer une mélodie.
F.F : Sur ce nouvel album, il y a deux sortes de musique. En plus des pièces classiques, il y a des musiques de jeux vidéo ou des musiques plus populaires. Est-ce que c’est volontaire ?
L.L. : Oui, c’était prévu. Nous voulions toucher les amateurs de musique populaire, ceux qui n’écoutent pas nécessairement de la musique classique, mais qui apprécient le piano. C’est très intéressant car le piano a ce pouvoir de connecter les publics. La musique de film ou de jeux vidéo est très intéressante. Beaucoup de gens débutent le piano avec ces répertoires.
Lang Lang : « La musique traverse toutes les cultures, toutes les religions »
Nous avons fait une expérience au Royaume-Uni dans une gare. Quand on écoute les gens, on y entend toutes sortes de choses. Nous avons pris ces mélodies issues de la télévision ou des films et nous avons essayé de les arranger dans un style classique. Ainsi, quand vous les entendez, cela ressemble un peu à du Chopin ou du Schumann, mais l’origine est tout autre.
F.F : Nous avons le même phénomène dans les gares françaises. Est-ce que vous observez une différence entre le public des pays de l’Est et celui de l’Ouest ? Est-ce que le public chinois est plus réceptif à un style de musique en particulier ?
L.L. : C’est une très bonne question. Les publics de l’Est sont plus réservés comparés aux publics de l’Ouest, particulièrement pour le classique, car il ne vient pas de leur culture native. Lorsqu’ils en écoutent, c’est avec un respect immense, mais aussi beaucoup de politesse dans la façon d’applaudir. En Europe ou dans les pays occidentaux, les gens sont un peu plus passionnés. Mais une chose est sûre : dans les pays de l’Est, surtout en Chine et en Corée, il y a davantage de jeunes dans les salles. Beaucoup ont appris un instrument. Ils viennent aussi pour le nom de l’artiste ou pour un vainqueur de concours. C’est un système différent. Je les encourage parfois à être plus passionnés, à montrer, à manifester ce qu’ils ressentent. Les cultures sont différentes. Ils ont tendance à être plus réservés sur leurs émotions.
F.F : Ce que vous dites peut être rapporté à tous les univers, mais la musique, c’est le moyen d’exprimer les émotions.
L.L. : La musique est, selon moi, le meilleur moyen pour cela. Elle traverse toutes les cultures, toutes les religions. J’ai joué cette année en Arabie Saoudite. C’était intéressant car même avec un répertoire classique occidental, ils ont une religion totalement différente. Le public a adoré. La grande musique dépasse toutes les frontières et même les religions.
F.F : Il y a un compositeur dont on ne parle jamais, c’est l’intelligence artificielle. Qu’est-ce que vous en pensez ?
L.L. : Les gens s’amusent avec. Mais en ce qui concerne la musique classique, je pense que c’est encore difficile de s’introduire dans ce genre. Dans la pop, l’IA fait du bon travail pour certains effets sonores et aide beaucoup les producteurs.
Lang Lang : « Espérons que l’Intelligence Artificielle ne prendra pas le dessus »
Mais dans la musique classique, je ne vois pas encore de grande révolution à cause des compositions IA. Ne jamais dire jamais. Pour le moment, nous, les humains, sommes du côté sûr. Nous ne sommes pas menacés par l’IA dans le monde du piano classique ou de la musique symphonique. Espérons que l’IA ne prendra pas le dessus.
F.F : Vous venez d’évoquer la Lang Lang International Music Foundation. Pouvez-vous la présenter au public français ?
L.L. : Je vais recevoir un prix qui sera remis l’année prochaine, de la Fondation nationale de recherche du Danemark. J’ai rencontré le couple derrière ce prix. Ce sont des scientifiques passionnés de musique classique. Ce prix vise à combiner science et musique. Je trouve que c’est un message magnifique. Célébrer ces deux formes d’art et les unir pour honorer artistes et scientifiques, c’est une très belle chose.
F.F : J’aimerais qu’on parle de votre relation avec la France et la culture française. Vous vivez toujours ici ?
L.L. : Je ne vis pas ici tout le temps, mais lorsque je voyage en Europe, je viens souvent à Paris pour me reposer et voir des amis. Je ne dirais pas que je vis ici. En réalité, je vis davantage sur la route. Ma maison principale est encore Shanghai et aussi New York. Mais ici, c’est tellement beau. C’est une ville unique. À Paris, le temps semble avoir un rythme très différent. Paris a un tempo unique qui convient très bien aux artistes.
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Au début, je pensais que les gens passaient leur temps dans les cafés, mais j’ai réalisé qu’ils travaillaient très dur également. Quand on veut prendre le temps de digérer l’art, la musique, la mode, le temps est différent ici. On peut se concentrer pendant des heures sans sentir de pression. On laisse respirer les choses. Ça, vous ne le ressentez pas du tout à New York, ni dans beaucoup d’autres villes asiatiques. Et bien sûr, je me suis marié ici.
F.F : Pouvez-vous nous en dire plus sur votre mariage ?
L.L. : Le mariage était une journée incroyable. Très romantique. Tous nos proches et amis du monde entier sont venus. C’était une très belle journée d’été, très chaude. C’était l’un des plus longs jours de l’année, le 2 juin. Il faisait presque encore jour à 23h. J’ai aussi des souvenirs incroyables : la flamme olympique, la réouverture de Notre-Dame, et tous mes enregistrements récents ont été réalisés ici.
Paris, une ville chère au cœur de Lang Lang, le pianiste s’y est marié
Paris est devenue une ville très importante dans ma vie. Je ressens l’amour que j’ai pour Paris et celui du public ici, passionné de musique classique. Ces dernières années, Paris est devenue encore plus importante pour la musique classique. Regardez les deux ou trois salles magnifiques qui ont été construites récemment. Cela donne envie à tous les musiciens de venir y jouer.
F.F : Vous jouez souvent à la Philharmonie.
L.L. : Oui, la Philharmonie est un endroit où j’ai beaucoup joué. Aussi l’Auditorium de Radio France avec son magnifique bois. Et bien sûr, la Fondation Louis Vuitton, très belle également, avec des programmes éducatifs. Il y a beaucoup de salles magnifiques.
F.F : J’étais en Chine la semaine dernière et plusieurs fois, je me suis dit qu’il existait des liens entre cette ancienne civilisation chinoise et la culture française. Qu’en pensez-vous ?
L.L. : La connexion entre la France et la Chine est énorme. D’abord, on peut l’entendre dans la musique contemporaine chinoise. Il y a une énorme influence de l’impressionnisme français. Quand vous écoutez la musique chinoise pour piano, on y trouve beaucoup d’influence des Impressionnistes français, les harmonies, les atmosphères. D’une certaine manière, Debussy et Ravel ont eux aussi pris des idées des anciennes civilisations orientales. Ça va dans les deux sens. Les femmes aiment d’autant plus la France. La mode française est un rêve pour toutes les jeunes Chinoises. L’élégance française influence énormément la jeune génération en Chine. Il y a aussi la littérature, Hugo, et beaucoup de films français. Je ne dirais pas qu’ils rencontrent un succès commercial énorme en Chine, mais ils sont très appréciés.
F.F : Et qu’en est-il de l’art chinois en France ?
L.L. : Les gens respectent particulièrement l’art chinois ancien. Mais il y a également des liens plus contemporains. La soie chinoise, par exemple. Beaucoup d’amis français aiment certains matériaux venus de Chine. Il y a aussi la philosophie, Confucius, Lao Tseu, que beaucoup aiment découvrir.
F.F : Vous avez été invité par le Philharmonique de Berlin, le Philharmonique de Vienne, vous, un pianiste chinois. Je ne connais pas d’artistes occidentaux qui aient été intégrés dans une formation de musique traditionnelle chinoise aussi prestigieuse.
L.L. : C’est vrai, c’est difficile. Avant moi, je n’ai pas vu de pianiste chinois jouer sur les plus grandes scènes internationales. Percer dans la musique classique était vraiment difficile il y a 20 ans. Maintenant, c’est un peu plus facile. Vous voyez plus d’artistes asiatiques au premier plan. Il y a encore du chemin, mais beaucoup jouent sur les plus grandes scènes et avec la nouvelle génération, il y en aura de plus en plus. Pas seulement les Chinois, mais aussi les Japonais ou les Coréens. Mais c’est plus difficile pour eux. Le classique est une musique occidentale.
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Pourquoi écouterait-on quelqu’un venu de Chine interpréter Beethoven ? Si vous n’avez rien de personnel à dire, vous n’avez aucune chance. Ce n’est ni une question d’apparence, ni de nombre d’admirateurs. Nous devons être de bons musiciens. Il faut respecter la grande tradition européenne, l’intégrer. En tant que Chinois, nous avons un style particulier. Nous devons apporter notre personnalité, notre culture. Je pense que parfois, les Européens aiment entendre quelque chose de légèrement différent. Ce qui pourrait sembler un désavantage, je le transforme en avantage. C’est ma philosophie. J’essaie de combiner les deux et j’espère sincèrement que de plus en plus de talents asiatiques joueront sur les scènes occidentales.
F.F : Vous êtes un pianiste chinois, c’est évident, mais vous avez étudié longtemps aux États-Unis et vous êtes très proche du patrimoine musical français. Comment vous définiriez-vous comme pianiste ?
L.L. : C’est très intéressant. Quand j’étais enfant, ma première grande idole du piano était Horowitz. En Chine, l’accès à la culture soviétique à l’époque était plus facile. On assistait plus facilement aux représentations de ballets soviétiques. Ma ville natale n’est pas si loin de la Russie. J’ai assisté à beaucoup de concerts de musique russe, notamment des œuvres de Tchaïkovski. Ma première sortie hors de Pékin était à l’occasion d’un concours en Allemagne. Mais c’était un vol Air France et j’avais une correspondance à Paris. J’ai acheté une petite Tour Eiffel. Mon premier contact avec le monde extérieur, c’était Paris avant d’atteindre Francfort pour ce concours. Depuis, j’ai voulu jouer plus de répertoire classique occidental, plutôt que le répertoire russe ou d’Europe de l’Est.
« J’ai vécu à Berlin pour travailler avec Daniel Barenboim pendant quelques années »
Je suis allé aux États-Unis à 14 ans, où j’ai fait le collège, le lycée et l’université. C’est un système éducatif très différent de celui de Pékin. L’idée même de l’éducation est différente. J’ai eu les deux : la manière chinoise fondamentale de penser et d’apprendre et ensuite, la manière occidentale. Ensuite, j’ai vécu à Berlin pour travailler avec Daniel Barenboim pendant quelques années. C’est là que j’ai commencé à mieux connaître l’Europe. Puis est venue la connexion avec Paris. J’ai commencé à étudier plus en profondeur le répertoire français, ce qui m’a beaucoup aidé. Je dirais que je viens de Chine, mais je suis intégré aux cultures du monde. Je suis à l’aise en Europe, aux États-Unis, et bien sûr, en Chine. Mes expériences culturelles me permettent de me sentir à l’aise avec les différences culturelles, même lorsqu’elles sont très fortes, par exemple entre la culture chinoise et américaine. Ce sont deux mondes complètement distincts. L’Europe est un peu entre les deux.
F.F : Vous avez un exemple concret de ces grandes différences ?
L.L. : Aux États-Unis, vous faites des hugs. Vous serrez les gens dans vos bras. Quand je suis revenu en Chine pour une tournée et que je faisais des hugs, les gens disaient : « Pourquoi tu me prends dans les bras ? On ne se connaît pas si bien. » J’ai dû me réajuster. La façon de communiquer est différente. Aux États-Unis, vous devez dire : « Je pense ceci, je pense cela. » Vous devez être plus direct, plus objectif. En Chine, vous devez être plus discret. Si vous optez pour le style américain en Chine ou le style chinois aux États-Unis, cela pose problème. Les gens ne comprennent pas ce que vous voulez dire. En Europe, c’est bien parce que vous devez être objectif, mais vous pouvez aussi être un peu réservé. C’est une culture très différente.
F.F : J’ai lu que vous aviez commencé à jouer du piano à 2 ans et que vous avez donné votre premier récital à 5 ans. Vous étiez un petit prodige. Vous vous souvenez de votre premier contact avec l’instrument ?
L.L. : J’avais deux ans. J’avais déjà un piano dans mon appartement, enfin, c’était plutôt un dortoir. Mon père était musicien dans un orchestre traditionnel. Ils vivaient tous dans le même dortoir. Tous mes voisins jouaient déjà d’un instrument, surtout du piano. C’était un moment intéressant, le début de la réforme de l’économie chinoise et l’ouverture au monde après la Révolution culturelle. C’était un moment merveilleux, tout le monde voulait s’ouvrir au monde. Le piano est devenu très populaire, comme un pont vers l’Occident.
Lang Lang : Découvrez une vidéo du célèbre pianiste à 12 ans !
Mon père et ses collègues jouaient du violon traditionnel, mais tous leurs enfants étudiaient la musique classique occidentale. Il y a eu cette transition. J’ai commencé à jouer Mozart, Bach et aussi des musiques traditionnelles chinoises. J’avais en mémoire Mozart, Bach, Beethoven, Chopin depuis mon enfance. Pour moi, la musique a toujours été bilingue. Je n’ai jamais senti que j’étais étranger aux grands compositeurs de musique classique occidentale. J’ai grandi avec les deux. J’ai toujours eu une relation très authentique avec la musique occidentale et je n’ai jamais senti qu’elle venait d’un autre monde. Je suis Chinois, mais je fais aussi partie de ce monde occidental. Je l’ai toujours ressenti.
F.F : Quand vous étiez enfant, est-ce que vous aviez un compositeur préféré ?
L.L. : Quand j’étais enfant, j’aimais plutôt Chopin ou Tchaïkovski. Mais plus tard, je suis passé vers l’Europe de l’Ouest. J’ai évolué de l’Europe de l’Est vers l’Europe de l’Ouest.
F.F : Et maintenant, vous avez un compositeur préféré ?
L.L. : Maintenant, il y a plus de choix, donc c’est vraiment difficile, encore plus difficile qu’avant. Je dirais de Bach à Bartók. Mais c’est difficile d’en choisir un.
Lang Lang : « l’une des personnes les plus importantes dans ma vie a été Christoph Eschenbach. Il a ouvert mon cœur »
F.F : Vous avez eu des maîtres importants.
L.L. : Je pense qu’il y a trois professeurs majeurs dans le monde occidental et un extrêmement important venant de Chine que je voudrais mentionner. Ma première professeure, la professeure Zhu. Elle était très tournée vers la culture occidentale. Elle est née à Shanghai. Pendant la Révolution culturelle, elle a dû partir travailler dans les campagnes. C’est ainsi qu’elle est arrivée dans la région de ma ville natale et elle a fini par s’installer dans ma ville. J’ai eu la chance incroyable de travailler avec elle. Sinon, elle ne serait jamais venue, elle serait restée à Shanghai. Elle était formidable, elle me parlait non seulement de musique, mais de culture occidentale, du monde, de littérature. C’était incroyable.
Ensuite, j’ai eu quelques autres bons enseignants, puis j’ai étudié avec Gary Graffman au Curtis Institute, quelqu’un qui a élargi mon répertoire. Il disait : « Tu ne peux pas te concentrer seulement sur les pièces de concours. Tu dois apprendre la musique de chambre, beaucoup de concertos, élargir ton monde. » Il m’a ouvert à l’immensité du répertoire.
Puis l’une des personnes les plus importantes dans ma vie a été Christoph Eschenbach. Il a ouvert mon cœur. Il m’a fait respirer. Il m’a permis d’être un pianiste lyrique, plutôt que de frapper les touches, pour être au cœur du style musical occidental. Et puis bien sûr, Daniel Barenboim. Il a eu un impact immense sur mon style. Avant de le rencontrer en 2002, j’étais surtout attiré par le grand répertoire romantique, ce qui est normal à l’adolescence. Mais on ne peut pas jouer ce répertoire tout le temps. On devient physiquement et mentalement épuisé. Il faut un équilibre. Barenboim m’a dit : « Joue Brahms, plonge dans les sonates de Beethoven, joue Schubert. » Il était tellement concentré sur le son, la grande tradition du son. Il avait travaillé avec Furtwängler, Arthur Rubinstein, Claudio Arrau. Travailler avec lui a été spectaculaire. Non seulement mes mains ont progressé physiquement, mais je suis devenu un pianiste plus mûr, plus pensif. Tout cela m’a donné des bases très solides pour grandir et devenir un grand musicien, avec du cœur et de l’esprit. Il a tellement fait pour moi. Ce qu’il m’a transmis continue de grandir en moi.
F.F : Il continue aujourd’hui à vous inspirer ?
L.L. : Complètement. Nous venons de faire une tournée ensemble, pour le Concerto de Mendelssohn. Il est moins en forme physique qu’avant, mais son esprit, sa connaissance ont toujours une telle présence. Quand je le vois, je lui rappelle toujours ce qu’il me disait : « Concentre-toi sur le son. »
F.F : À quoi pensez-vous au moment où vous jouez ?
L.L. : C’est intéressant, cela a beaucoup changé. Quand je vivais aux États-Unis, je pensais davantage aux gratte-ciel. Maintenant, en passant plus de temps en Europe, c’est plutôt les Alpes et les bâtiments baroques, les grandes villes médiévales, les grands musées d’Italie. Je vois beaucoup plus de choses relatives à la culture occidentale. J’ai aussi des paysages de Chine en tête. Et mes expériences récentes. Par exemple, j’ai terminé une tournée avec Cecilia Bartoli la semaine dernière. L’écouter expliquer le sens des chansons, c’est comme un conte de fées. Elle montre une note qui change tout, comme dans un poème. Quand je joue Haydn aujourd’hui, c’est très différent depuis que j’ai travaillé avec elle sur une pièce de Haydn basée sur une histoire grecque ancienne. Je vois Haydn différemment maintenant que je comprends le sens derrière les notes. Haydn est un autre homme pour moi.
F.F : Donc, quand vous jouez, vous vous racontez des histoires.
L.L. : Oui, quand nous jouons, nous sommes en quelque sorte des conteurs.
F.F : Magnifique. Est-ce qu’il y a quelque chose que vous voudriez spécifiquement dire aux auditeurs de Radio Classique ?
L.L. : Je veux dire que je suis un grand fan de Radio Classique. J’écoute toujours quand je suis sur la route, surtout en France. C’est une super station qui m’inspire aussi. La programmation est très intéressante. Vous pouvez comparer beaucoup de styles différents ici. Même si c’est du classique, vous tirez des inspirations venant d’autres types de musique liés au classique. C’est formidable, continuez votre bon travail.
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