Dans le tumulte de la Révolution française, une figure discrète mais essentielle traverse les heures les plus sombres de la monarchie : Madame de Tourzel. Gouvernante des enfants royaux, témoin privilégié des derniers jours de Louis XVI et Marie-Antoinette, elle incarne la fidélité et la dignité face à l’effondrement d’un monde. Retour sur le destin singulier de Louise Élisabeth de Croÿ de Tourzel, entre palais dorés et prisons lugubres.
Le 26 juillet 1789, Versailles se pare d’une atmosphère lourde, à peine quelques jours après la prise de la Bastille. Les proches de la famille royale songent à l’exil, les demandes de passeports explosent. Parmi les partants, le duc et la duchesse de Polignac, amis intimes de Marie-Antoinette, laissent derrière eux une reine endeuillée par la perte de sa confidente. Le poste de gouvernante des enfants de France se retrouve vacant, un rôle stratégique à l’heure où la monarchie vacille.
Louise Élisabeth de Croÿ de Tourzel, issue d’une illustre famille, est choisie pour succéder à Madame de Polignac. Veuve depuis 1786, elle a élevé ses enfants avec rigueur et discrétion. Loin des intrigues de cour, elle inspire confiance par son absence de favoritisme et son sens du devoir. Son arrivée à Versailles marque le début d’un engagement sans faille auprès des enfants royaux, dans un climat politique tendu et sous le regard attentif de Marie-Antoinette.
La reine, mère attentive, veille personnellement à l’éducation du dauphin Louis-Charles et de sa sœur Marie-Thérèse. Elle transmet à Madame de Tourzel des recommandations, révélant la fragilité du jeune prince et les espoirs d’une mère inquiète. La gouvernante organise les journées, impose un cadre, et tente de préserver les enfants des tourments extérieurs, alors que les nouvelles de Paris deviennent chaque jour plus alarmantes.
Lors de la Fuite à Varennes, le roi et la reine se font passer pour les domestiques de Madame de Tourzel
Le 6 octobre 1789, la famille royale quitte Versailles pour les Tuileries, emmenant Madame de Tourzel dans son sillage. La gouvernante, entourée d’un écosystème de 75 personnes, suit les enfants dans cette nouvelle résidence, où la monarchie n’est plus qu’une ombre. L’année 1791 voit germer l’idée de quitter Paris. Lors de la célèbre fuite à Varennes, Madame de Tourzel devient Madame de Korff et mène l’expédition, tandis que le roi et la reine se font passer pour ses domestiques.
Portrait de Madame de Tourzel. / Crédits : Wikimedia commons
Le voyage, marqué par les souffrances physiques et morales, se termine dans la petite ville de Varennes, où la famille est arrêtée. Les insultes et les crachats pleuvent, la monarchie est désormais prisonnière. De retour aux Tuileries, l’étau se resserre. Madame de Tourzel souhaite suivre les enfants jusque dans la prison du Temple, affirmant que sa place est auprès d’eux. Sa fidélité ne faiblit pas, même lorsque la déchéance de la monarchie est prononcée et que la famille royale est enfermée définitivement.
Dans la tour du Temple, la gouvernante partage la chambre du dauphin, veillant sur lui nuit et jour. Sa fille Pauline la rejoint en captivité, renforçant le lien entre deux fidélités : celle envers les enfants royaux et celle envers sa propre famille. Les promenades dans le jardin, sous la surveillance des commissaires, témoignent de la conscience aiguë du danger.
L’évasion de Madame de Tourzel face à l’enfer de la Terreur
La proximité de Madame de Tourzel avec la famille royale irrite les autorités révolutionnaires. En août 1792, elle est séparée des enfants et transférée à la prison de la Force, avec Pauline et la princesse de Lamballe. Les massacres de septembre frappent la prison, la princesse de Lamballe est assassinée, mais la marquise et sa fille parviennent à s’exfiltrer et se cacher à Vincennes. Pendant huit mois, elles suivent à distance le procès et l’exécution de Louis XVI, impuissantes face à l’effondrement de leurs repères.
La nouvelle du jeune roi Louis XVII, confié aux époux Simon pour être formé en « bon petit républicain », plonge Madame de Tourzel dans un chagrin profond. La mort de la reine, de Madame Élisabeth, puis celle du dauphin, sont autant de coups portés à son attachement. La République thermidorienne permet les retrouvailles avec Marie-Thérèse, dernière survivante du Temple, avant son départ en exil.
Madame de Tourzel refuse de quitter la France, choisissant de rester sur ses terres. La restauration de la monarchie en 1814 la transforme en vestige de l’ancienne cour, sollicitée pour ses souvenirs par Louis XVIII, qui la fait duchesse en reconnaissance de sa constance. Parmi les marques d’estime, un gant ayant appartenu au petit dauphin, retrouvé dans la cellule de la reine, devient une relique intime.
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Louise Élisabeth de Croÿ de Tourzel s’éteint le 14 mai 1832, à 82 ans, après avoir traversé les bouleversements de la Révolution, du Consulat, de l’Empire et de la Restauration. Sa vie, marquée par la fidélité et la discrétion, demeure un témoignage précieux de l’effondrement de la monarchie et de la survie des valeurs dans la tourmente.
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Cet article Madame de Tourzel dans la Révolution française : l’histoire méconnue de la gouvernante qui a protégé jusqu’au bout les enfants de Marie-Antoinette est apparu en premier sur Radio Classique.