Gad Elmaleh est humoriste, acteur, réalisateur… et désormais récitant. Il lira des extraits des Confessions de Saint Augustin au coeur de la Sainte-Chapelle le 26 décembre à 19h30. Une lecture en musique, accompagnée par David Braccini et le quatuor Classik Ensemble.
Pourquoi avez-vous choisi ce projet autour des Confessions de Saint Augustin ? Qu’est-ce qui vous a séduit chez cet homme qui est venu à la religion un peu tard ?
GAD ELMALEH : Ce qui m’a intéressé, c’est son histoire, son parcours. Au-delà de l’aspect religieux, c’est l’explorateur de l’âme. C’est ce chercheur, dont la pensée me touche énormément. C’est un projet que j’ai depuis longtemps. Il a déjà été fait : Gérard Depardieu avait lu les Confessions de Saint Augustin aux côtés d’André Mandouze (historien et latiniste NDR).
J’ai lu Saint Augustin par bribes, et à chaque fois, c’était un voyage. J’avais envie de partager ça avec le public, et ça s’est construit petit à petit. Je vais être accompagné de musiciens classiques sous la direction de David Braccini, ainsi que par David Djaïz qui est écrivain, un intellectuel qui va commenter et contextualiser Saint Augustin. C’est un projet totalement ressenti, libre, dans ce lieu magique, poétique, solennel, où je vais régulièrement écouter de la musique classique. Les Confessions de Saint Augustin, c’est vertigineux.
Les textes religieux ne sont pas toujours faciles à lire en public. Il faut les étudier. Mais alors, pourquoi Saint Augustin ?
G.E. : Parce qu’il dit « je », parce qu’il se révolte, parce qu’il interpelle Dieu. Il s’adresse à Dieu. Je pense que tous les textes qui ont été faits en adresse à Dieu – et je m’y intéresse dans l’islam, dans le judaïsme et dans le christianisme – sont bouleversants. Je pense qu’on a le droit de convoquer, d’exiger Dieu. C’est très touchant. On a l’impression que ce texte parle à tous dans une époque où ce n’est pas forcément la solution ou le chemin, mais c’est une proposition.
Gad Elmaleh : « Face à la folie des réseaux sociaux, ce sont des textes qui datent du Ve siècle et qui sont d’actualité »
Je pense aux adolescents, je pense à mes enfants. Dans les tourments de l’âme, dans la quête, dans la folie des réseaux sociaux, se dire que ce sont des textes qui datent du Ve siècle et qui sont d’actualité parce qu’ils interrogent l’âme humaine : voilà ce qui me plaît chez Saint Augustin.
Vous parlez justement d’actualité et des religions. Le journal La Croix fait sa une ce matin sur les catholiques aujourd’hui, ce qu’ils ont dans le cœur, à quoi ils pensent. Il y a un retour des religions. Pour les uns, c’est un recul, un repli identitaire. Pour les autres, au contraire, vous venez de le dire, ça peut être un chemin. Où est-ce que vous êtes, vous, du côté du chemin ?
G.E. : D’abord, je chemine. C’est un mot qui m’amuse. Il a un côté un peu désuet, dont on peut se moquer. C’est toujours la caricature sur ce genre de mots. C’est comme le « vivre ensemble ». Le vivre ensemble institutionnalisé, annoncé comme une marque. On a envie d’appeler l’Élysée, de dire : « J’ai vu votre discours, comment on fait pour le vivre ensemble ? »
En fait, on a un problème en France : on ne se connaît pas. Quand je dis on ne se connaît pas, je parle des communautés. Moi, je m’amuse tous les soirs à demander dans ma salle : « Est-ce qu’il y a des Juifs ? Est-ce qu’il y a des Chrétiens ? Est-ce qu’il y a des gens athées, agnostiques ? Est-ce qu’il y a des Musulmans ? » Parce qu’apparemment, c’est interdit de faire ça en France. Ce genre de sondages n’est pas permis.
Les statistiques ethniques sont interdites. Mais vous, vous avez le droit d’interroger votre public.
G.E. : Oui, j’interroge mon public. J’ai grandi dans un pays arabe musulman qui est un modèle singulier. À Essaouira, il y a une synagogue qui s’appelle Bayt Dakira et à l’entrée, il y a un Coran et une Torah posés côte à côte. C’est le message de cette synagogue.
Les synagogues d’Essaouira ont les portes ouvertes, et ce sont des musulmans qui les font visiter.
G.E. : Totalement. C’est unique, c’est un modèle singulier, le Maroc. C’est comme l’école juive à Casablanca dans laquelle il y a des musulmans qui prennent des cours d’hébreu. C’est une réalité, ce n’est pas uniquement un fantasme de paix. Ce vivre ensemble dont on parle, je pense qu’il n’aura jamais lieu si on ne se connaît pas. Et on ne se connaît pas. Les communautés ne se connaissent pas. Alors la religion, ça fait peur, c’est un thème qui crispe. Mais je crois qu’on doit se connaître.
Antisémitisme : « il y a une banalisation, presque une autorisation » de la part de certains groupes politiques
On peut aller dans les lieux de culte les uns des autres, on peut s’écouter, se parler. La raison pour laquelle il y a eu cette fraternité réelle et pas plaquée comme le vivre ensemble au Maroc, c’est qu’on connaissait les traditions, les fêtes des uns des autres. Je ne dis pas que ça se passait tout le temps bien, ce n’est pas une vision idyllique. Il y avait de la tension, c’était complexe, il y avait des petites secousses de temps en temps. Quand ça pétait au Proche-Orient, il y avait des reports de cette tension. Mais au moins c’était vrai, c’est assumé. Aujourd’hui, je pense qu’il faut être à l’écoute de ceux qui vivent pleinement leur foi. Ils en ont le droit. Mais il faut qu’on se connaisse, qu’on se rencontre.
Gad Elmaleh, vous voyagez beaucoup, vous avez au moins une triple culture – je laisse la religion de côté – marocaine, française, canadienne. Quel regard vous portez sur la montée de l’antisémitisme depuis le 7-octobre, sur ces militants d’extrême gauche qui font des listes d’artistes, de personnalités qui soi-disant soutiendraient Israël et sont dénoncés comme « génocidaires » ? Vous êtes passé à côté de ce boulet-là ?
G.E. : Je suis très préoccupé par cette question parce qu’il y a une banalisation, presque une autorisation par ces personnes d’un antisémitisme normalisé, banalisé. Ce qui est le plus grave, c’est la malhonnêteté de ces personnes, de ces groupes politiques pour qui cette cause est malheureusement un levier, et malheureusement même pour les Palestiniens. Je trouve ça scandaleux, je trouve ça honteux. Bien souvent, ils n’en ont profondément rien à faire, de la cause. J’essaie tous les jours d’envoyer un message de paix. Mais là, on est dans une forme d’opportunisme. C’est assez dégoûtant.
Est-ce qu’on peut rire de tout, y compris de l’antisémitisme ?
G.E. : Non, on ne peut pas rire de l’antisémitisme, surtout pas, certainement pas. On peut rire des antisémites. On peut caricaturer ce sur quoi ils se basent pour être antisémites, comme du racisme. On ne peut pas rire de l’antisémitisme, mais on peut rire contre l’antisémitisme. Et on peut rire de la religion. D’ailleurs, en Israël, certains humoristes se permettent des blagues sur l’antisémitisme, sur la Shoah, que les humoristes, juifs ou pas, en France ne se permettraient jamais.
Gad Elmaleh : « C’est le projet le plus libre, le plus fou, le plus gratuit de ces dernières années pour moi »
Vous avez été fasciné par les États-Unis, symbole absolu de réussite pour ceux qui aiment le stand-up et qui le pratiquent. Vous y avez réussi. Que vous inspire le show permanent de Donald Trump ? Est-ce que vous le trouvez bon ?
G.E. : Je pense qu’il y a quelque chose de fascinant et de stimulant chez cet homme. Bien sûr qu’on peut trouver tellement absurdes et folles les déclarations qu’il a pu faire, l’attitude qu’il a pu avoir, la pensée. Mais on dirait qu’on est au show permanent. Il y a une stimulation permanente. Moi, j’ai cette curiosité quand il va prendre la parole. Ça peut être dangereux aussi. Mais je dois avouer que quand il prend la parole, je suis au spectacle. C’est à la fois stimulant, intéressant et dangereux.
Cette lecture à la Sainte-Chapelle a lieu le 26 décembre prochain. Si ma mémoire est bonne, c’est un vendredi. Donc vous allez lire des textes chrétiens, catholiques, un soir de shabbat. Vous avez réglé le problème avec vos parents ou pas ?
G.E. : Je n’avais même pas vu que c’était un vendredi. Je pense que ça va réunir des gens différents ce soir-là. Quand on parle d’un projet, souvent au bout de cinq, six, sept, huit interviews, on a déjà une forme de rodage. C’est la première fois que j’en parle. Je m’interroge et quand vous m’avez posé la question, je me suis dit : « Mais il n’y a aucune raison valable de faire ça, à part l’envie, à part partager avec les gens ce que moi j’ai vécu en lisant Saint Augustin. » C’est le projet le plus libre, le plus fou, le plus gratuit de ces dernières années pour moi. C’est un point de départ parce que je ne sais pas où ça va aller.
Retrouvez l’actualité du Classique
Royaume-Uni : Le roi Charles III crée la surprise en assistant à la finale d’un grand concours de jeunes chefs d’orchestre à Londres
Salzbourg 2026 : Découvrez les programmes des festivals de Pentecôte et d’été
Bayreuth : Tous les billets de l’édition anniversaire du festival 2026 vendus en moins d’une heure et demie
Folle Journée de Nantes: une 32e édition sur le thème des fleuves mais sans son fondateur
Cet article Gad Elmaleh : « Je pense qu’il faut être à l’écoute de ceux qui vivent pleinement leur foi. Ils en ont le droit » est apparu en premier sur Radio Classique.