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  • Radio Classique à la Fondation Louis Vuitton ce samedi à 20h pour un récital de la jeune pianiste russe Alexandra Dovgan

    Alexandra Dovgan, qui fêtera en juillet prochain son dix-huitième anniversaire, était l’invitée le 12 mai dernier de la Fondation Louis Vuitton, pour un récital donné dans le cadre de la série Piano nouvelle génération.

    « Elle est bien plus qu’une enfant prodige, ce qu’on entend est l’interprétation d’une musicienne déjà adulte » disait Grigory Sokolov de la pianiste russe lorsqu’elle n’avait que douze ans. Pour ce récital, Alexandra Dovgan a proposé un programme couvrant un siècle de musique, de l’aube du XIXe au début du XXe.

    Elle a interprété la Sonate pour piano n°17 « La Tempête » de Beethoven composée en 1802, puis deux œuvres de Chopin : la Barcarolle et la Fantaisie, respectivement écrite en 1846 et 1841. La première évoque le chant des gondoliers et le balancement des gondoles à Venise ainsi que le bel canto si cher à Chopin, et la seconde est une pièce de passion et de force, pleine d’accents d’angoisse mais aussi d’espoir.

    Un concert à écouter en qualité numérique grâce au DAB+

    Alexandra Dovgan a ensuite joué Prélude, Choral et Fugue de César Franck. Composé en 1884 ce triptyque, qui est la pièce pour piano la plus connue du compositeur, porte l’empreinte de Bach. César Franck a relié les trois parties par un thème cyclique à l’expression douloureuse. Ce récital se terminait par une œuvre particulièrement virtuose, la Sonate pour piano n°2 de Prokofiev. Pièce de jeunesse, écrite à vingt et un an, en 1912, elle porte déjà en elle toute la musique de Prokofiev. Elle est en partie issue d’une autre sonate écrite quelques années plus tôt, mais que le compositeur qui était alors au conservatoire n’a jamais éditée. Cette soirée sera présentée par Jean-Michel Dhuez. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique dans de nombreuses villes de France, grâce au DAB+.

     

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    L’avenir de la lutherie menacé au Royaume-Uni

    Le chef d’orchestre Jaap van Zweden accusé par des musiciens de faire régner « un climat de peur »

    Luciano Pavarotti : Un film sur le célèbre ténor est en préparation

    Le Prix Birgit Nilsson attribué au Festival d’Aix-en-Provence, une première pour cette récompense généralement attribuée aux artistes

     

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  • L’Orchestre national de Lyon dirigé par Nicolaj Szeps-Znaider ce dimanche sur Radio Classique à 20 h

    Radio Classique diffuse ce dimanche le concert que l’Orchestre national de Lyon a donné le 15 mai dernier à l’Auditorium de Lyon sous la direction de Nicolaj Szeps-Znaider.

    Au programme, une œuvre du compositeur et violoniste Noah Bendix-Balgley : Fidl-Fantazyz. Ce concerto pour violon a été créé en juin 2016 à Pittsburg par l’auteur qui l’a lui-même de nouveau interprété au cours de ce concert lyonnais. « J’avais en tête depuis un moment de composer un concerto pour violon klezmer, car j’étais en quête d’une pièce virtuose dans le style klezmer à jouer avec orchestre. » a expliqué Noha Bendix-Balgley qui a grandi entouré de cette musique. Il a d’ailleurs pour ce concerto, composé ses propres mélodies dans le style de celles qu’il avait apprises au fil des ans. L’œuvre est en trois mouvement enchaînés. Dans le deuxième, le compositeur a « incorporé de petits extraits de la Cinquième Symphonie de Mahler. »

    C’est précisément l’une des symphonies de Mahler qui était au programme de la seconde partie de ce concert : la Quatrième Symphonie. Composée en 1892, elle fait partie des symphonies avec voix de Mahler. Le quatrième et dernier mouvement est composé du célèbre lied Das himmlische Leben (La Vie céleste) qui était chanté par la soprano allemande Nikola Hillebrand. Ce concert sera présenté par Laure Mézan. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique à Lyon et dans de nombreuses villes de France grâce au DAB+.

    Jean-Michel Dhuez

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  • Jordi Savall dirige un grand spectacle dansé, autour de la musique de Gluck, à l’Opéra-Comique

    Alors qu’il s’apprête à diriger des ballets de Gluck à l’Opéra-Comique, Jordi Savall sera, ce vendredi 23 mai à 20h, l’invité du Journal du Classique.

    Après nous en avoir offert un remarquable enregistrement, il y a trois ans, Jordi Savall dirigera une version scénique des deux grands ballets de Gluck que sont Sémiramis et Don Juan.

    Il sera ainsi, du 24 au 28 mai, dans la fosse l’Opéra-Comique, à la tête de son concert des Nations avec, sur scène, le ballet de l’Opéra national du Capitole de Toulouse, dans des chorégraphies signées Angel Rodriguez et Edward Clug.

    Gluck : entre expressivité musicale et puissance scénique

    Jordi Savall nous éclairera ce soir sur ces partitions si expressives et théâtrales de Gluck et sur la dimension supplémentaire qu’apporte la chorégraphie à ces musiques. D’autant qu’il s’agit ici de danse contemporaine, donnant lieu à un spectacle aussi envoutant qu’intemporel dans son esthétique.

    Laure Mézan

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    L’avenir de la lutherie menacé au Royaume-Uni

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  • L’avenir de la lutherie menacé au Royaume-Uni

    Le seul établissement scolaire public britannique qui forme des étudiants en lutherie et attribue un diplôme d’État a annoncé qu’il va mettre fin à ce programme en raison du faible nombre d’inscrits. Une pétition en ligne lancée pour sauver cette formation a déjà recueilli plus de 14.000 signatures.

    La Newark School of Musical Instrument Crafts, détenue et supervisée par le Lincoln College d’Oxford, est le seul établissement scolaire public du Royaume-Uni qui propose, depuis 1972, une formation dans l’artisanat des instruments de musique et un diplôme relatif. Mais l’institution vient d’annoncer qu’elle allait mettre fin au programme spécialisé dans la lutherie.

    La direction du collège a indiqué qu’en raison de la baisse du nombre d’inscriptions à cette formation depuis trois ans (17 seulement pour l’année prochaine), elle n’accepterait plus aucun nouveau candidat, y compris ceux qui sont actuellement inscrits à ses cours de base. La Newark School prévoit néanmoins de remplacer ce programme d’étude par un cours financé par des fonds privés. Mais cela signifierait que les étudiants intéressés ne pourraient pas bénéficier de bourses et que les étudiants étrangers ne seraient pas éligibles aux visas d’étudiant.

    La lutherie bientôt considérée comme métier « en voie de disparition »

    Une décision radicale qui a suscité de nombreuses réactions de réprobation. A commencer par celles de sommités du secteur. Dans le dossier publié par le Guardian, Benjamin Hebbert, ex-président de la British Violin Making Association, a tenu à souligner l’importance des luthiers sur la musique dans la société. « Nous ne parlons pas seulement de la réparation des instruments des grands solistes. Sans nous, il n’y aura plus de musique dans les écoles et les salles de musique, les concerts et les concerts de l’école seront silencieux ! » a-t-il déclaré.

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    Outre la publication d’un lettre ouverte co-signée par 24 lauréats du prix du jeune musicien de l’année de la BBC pour protester contre cette fermeture, une pétition en ligne a été lancée et a déjà recueilli plus de 14.000 signatures. Les responsables à l’origine de cette pétition alertent sur le fait que la lutherie pourrait bientôt rejoindre la « liste rouge » des métiers d’artisanat menacés. Une liste, établie par la Heritage Crafts Association, dans laquelle 5 métiers liés à la musique (fabrication d’instruments en laiton, à anche libre, à clavier, à percussion et à vent) sont déjà classés « en voie de disparition ».

    Philippe Gault

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    Opéra de Paris : Rachida Dati assure que « sans d’importants travaux, la scène de l’Opéra Bastille peut s’écrouler »

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  • Grève des taxis sur le transport sanitaire : « On doit profiter de ce moment pour repenser nos logiques dans la santé »

    C’est le 4ᵉ jour de grève consécutif pour les chauffeurs de taxi. Ils protestent contre la concurrence des VTC, mais aussi les changements apportés à la prise en charge des transports sanitaires. L’invité de la matinale, Philippe Dessertine, auteur de L’Horizon des possibles aux éditions Robert Laffont, revient sur la question du transport des malades.

    Le 6 mai dernier le gouvernement approuvait un arrêté sur un projet de nouvelle tarification de l’Assurance maladie sur les transports des malades par des chauffeurs de taxi conventionnés. Devant rentrer en rigueur le 1ᵉʳ octobre, elle a pour objectif de contrôler la croissance des dépenses de transport sanitaire. Problème : ces trajets vers les hôpitaux représentent la majorité du chiffre d’affaires de nombreux chauffeurs.

    Pour l’économiste Philippe Dessertine, cette raison s’explique : « En France, on a dit avoir un problème du coût de la santé. Alors on a supprimé des hôpitaux, en particulier dans des petites villes. Si on enlève les endroits où il y avait des hôpitaux, il va falloir que des taxis amènent les malades. Ça coûte beaucoup moins cher d’utiliser des taxis que d’avoir des hôpitaux partout. »

    Mais cette logique s’est retournée contre elle-même : « on avait vendu aux patients de ne pas s’inquiéter car on les amènera là où ils doivent aller pour être soignés, et maintenant on leur dit on va vous mettre à 5 dans le même taxi. »

    Vers une refondation du modèle de santé

    Cette situation met en lumière un problème structurel bien plus large : celui de la réorganisation du système de santé en France d’après l’auteur de L’Horizon des possibles.

    La crise actuelle peut alors devenir une opportunité de transformation : « On doit profiter de ce moment où on va être obligés de remettre à plat nos finances publiques », explique-t-il.

    Il appelle à écouter ceux qui sont en première ligne : les médecins : « Beaucoup de grands professeurs de médecine me disent que nous sommes dans une révolution incroyable, comme par exemple avec l’IA générative. Ça veut dire qu’il est temps que notre logique dans la santé soit complètement mise à plat. »

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    Pour l’écrivain cela nécessiterait de remettre l’humain au cœur de cette réforme : « La logique stratégique, c’est de se dire que si je dois revoir les finances publiques, autant revoir aussi comment je vais servir l’humain. » L’économiste plaide pour un modèle plus horizontal, c’est-à-dire pour que notre système de santé soit fondé sur une présence médicale renforcée sur l’ensemble du territoire.

    La crise des taxis agit comme un révélateur d’un système à bout de souffle : « Si on se dit qu’on doit faire économie sur économie, au bout d’un moment, on ne soigne plus les gens », conclut Philippe Dessertine.

    Alessandra Wyak

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  • « Aller à la rencontre de soi-même et découvrir tout ce que permet la solitude. » Entretien avec Marie de Hennezel
    Un Dictionnaire  » amoureux  » de la solitude ? Comment pourrait-on être amoureux de la solitude ? Dans notre société moderne, tout pousse à se méfier d’elle, à la craindre comme un fléau. Marie Hennezel propose au contraire de l’apprivoiser, à défaut de l’aimer, et d’en faire une force. N’est-elle pas le moyen privilégié d’aller à la rencontre de soi-même ?
    Élodie Fondacci s’est entretenue avec Marie de Hennezel.

     

    Élodie FONDACCI :

    Marie de Hennezel, bonjour. Vous êtes psychologue clinicienne, écrivain bien sûr, spécialiste du « bien-vieillir », pionnière des soins palliatifs… et vous publiez chez Plon, un magnifique Dictionnaire amoureux de la solitude empreint de profondeur, de bienveillance et d’empathie. Dans notre société, la solitude est quelque chose qui est presque considérée comme un fléau. Vous dites, au contraire, que c’est une chance. Que cette solitude, il faut la chérir. Qu’elle est le début de toute contemplation, de toute vie spirituelle et, même, de toute création.

     

    Marie DE HENNEZEL :

    Absolument. Je crois que l’on a une mauvaise image de la solitude, qui est effectivement vécue comme un fléau. On en a peur, on va tout faire pour la combler. Et en fait, c’est parce que l’on confond deux choses : on confond solitude et isolement. Mais c’est l’isolement qui est un fléau. L’isolement, c’est ne plus avoir de contact du tout. On a vu ce que c’était pendant la pandémie : 700 000 personnes ont été absolument sans aucun contact. L’isolement tue, donc c’est vraiment quelque chose contre lequel il faut lutter.

    Mais la solitude, c’est tout autre chose. La solitude, c’est d’abord ontologique. C’est-à-dire que c’est propre à l’être humain. Comme dit Saint-John Perse : « La solitude est au cœur de l’homme ». Nous sommes tous fondamentalement seuls. Nous sommes seuls devant la mort, nous sommes seuls devant les grandes questions que pose la vie. Personne ne peut vivre à notre place, personne ne peut mourir à notre place, personne ne peut répondre à toutes ces questions que nous nous posons. Nous sommes fondamentalement seuls. C’est ce qu’on appelle la solitude ontologique, essentielle, que nous avons tous en commun. Donc l’être humain, c’est un être qui est profondément seul et en même temps, nous sommes ensemble. Nous partageons cette solitude essentielle, cette haute solitude dont parlent les poètes. C’est vrai que les gens me font remarquer que le Dictionnaire amoureux de la solitude est un vrai paradoxe. « Amoureux de la solitude », comment peut-on être amoureux de la solitude ? Eh bien, j’ai cherché justement à montrer que cette solitude qui nous est propre, il faut que nous soyons amis avec elle, que nous en fassions une alliée, une force. Ces deux années d’écriture m’ont beaucoup fait réfléchir à la solitude, méditer sur la solitude. J’ai découvert qu’effectivement, c’est parce que nous sommes seuls que nous sommes aussi des êtres qui cherchons le contact, des êtres de lien, de relation. C’est parce que nous sommes seuls aussi que nous cherchons à créer. On voit bien que l’écriture, l’art, la poésie, la chanson émergent de cette acceptation de la solitude.

    « La solitude fait peur, donc on ne la respecte pas. »

     

    Élodie FONDACCI :

    Une de vos entrées est le mot « Apprivoiser ». Comme dans Saint-Exupéry, le petit Prince avec le renard … Comment apprivoise-t-on la solitude ?

     

    Marie DE HENNEZEL :

    Il faut l’apprivoiser effectivement parce qu’elle nous fait peur. Tout dans notre société va dans le sens de cette peur. On ne supporte pas de voir un enfant seul sur sa chaise qui rêvasse. On va tout de suite lui dire : « Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul, sur ta chaise ? » On va lui donner tout de suite une tablette ou lui dire d’aller jouer avec les copains. C’est la même chose avec les personnes âgées. On va allumer systématiquement la télévision pour les distraire alors que la personne âgée va dire : « Mais laissez-moi tranquille, je suis bien avec mes souvenirs, je suis bien. J’ai besoin de mon imaginaire, je voyage dans ma tête. Laissez-moi tranquille… ». La solitude fait peur donc on ne la respecte pas.

    Apprivoiser, ça veut dire qu’il faut s’en approcher et se dire, au fond, que ce n’est peut-être pas ce que nous pensons. C’est comme dans Le Petit Prince, effectivement. Alors, cet apprivoisement a évidemment beaucoup à voir avec ce « voyage vers l’intériorité » dont je parle beaucoup dans mes livres sur l’expérience de vieillir, puisque je pense que de plus en plus avec l’âge, on va vers l’homme intérieur, l’être intérieur. On découvre aussi qui on est. C’est donc un apprivoisement dans la mesure où je pense que ça ne se fait pas tout d’un coup. Je pense que ça se fait par étapes, ça se fait lentement. Je pense que beaucoup de choses contribuent à cet apprivoisement. C’est vrai qu’il y a des expériences qui nous font peur dans la vie, notamment l’expérience du deuil, cette solitude qui est, pour beaucoup d’entre nous, subie, car on perd un compagnon, on perd un conjoint de façon brutale et il va falloir justement, lentement, aller à la rencontre de soi-même et découvrir tout ce que permet la solitude.

     

    « C’est parce que nous sommes seuls aussi que nous cherchons à créer. »

     

    Élodie FONDACCI :

    Vous citez beaucoup de poètes, d’écrivains ou de philosophe dans ce Dictionnaire, à commencer par Hannah Arendt qui dit en puissance qu’oser la solitude, c’est entretenir une conversation avec soi-même.

     

    Marie DE HENNEZEL :

    Oui, elle rappelle effectivement qu’en fait nous sommes « deux en un ». Il y a cette dichotomie intérieure. Nous sommes deux : il y a moi, et puis mon être intérieur. Nous dialoguons avec cet être intérieur. J’ai d’ailleurs écrit une entrée sur la voix intérieure. Donc, nous sommes deux et nous dialoguons avec cet autre qui est en moi. Et c’est à partir de là justement, que cet apprivoisement peut se faire.

     

    Élodie FONDACCI :

    La solitude selon vous, permet aussi d’aller à la rencontre du divin, quel que soit d’ailleurs le sens que l’on donne à ce mot. Vous n’évoquez pas spécialement la religion, mais vous vous citez plusieurs exemples de gens – ermites ou grands alpinistes – qui ont choisi la solitude, qui l’ont recherchée. La plupart disent qu’ils sont allés, par son biais, à la rencontre du Cosmos, de la Nature, en tout cas de quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes.

     

    Marie DE HENNEZEL :

    Il y a un livre de Rilke qui s’appelle Sur Dieu. C’est très intéressant de voir la manière dont Rilke parle de Dieu. Il n’en parle pas du tout comme d’un Dieu extérieur qui manipulerait nos vies. Il en parle comme d’une présence intérieure. Et il dit « Je ne crois pas, mais je sens cette présence ». Moi, je me sens assez proche de cette définition de Rilke. Je pense qu’effectivement, plus on va à l’intérieur de soi, plus on apprivoise sa solitude et plus on peut sentir vraiment une présence très palpable, comme le dit Rilke. Je crois que c’est ce que cherchent les ermites, les gens qui vont dans le désert, ou ceux qui choisissent de s’isoler pendant un temps, de faire une retraite. C’est ce que j’appelle « les voyages de l’âme », « les retraites de l’âme ». Des personnes qui cherchent un endroit solitaire pour pouvoir justement être à l’écoute de cette présence interne. On est là dans une spiritualité qui n’a rien de dogmatique, qui n’est en rien une obéissance à des préceptes qui seraient extérieurs à nous. C’est, au contraire, une écoute très profonde de ce dialogue interne, avec cette présence divine à l’intérieur de soi.

     

    Élodie FONDACCI :

    Vous dites également, – en vous appuyant à nouveau sur Rilke- , que la solitude est le fondement du couple. Et c’est très intéressant car contre-intuitif ! Quand on pense couple, on pense trop souvent fusion, ce qui est pour vous une erreur totale. Être un couple qui marche, un couple qui vieillit ensemble de façon harmonieuse, c’est au contraire respecter la solitude de l’autre. Sans solitude, pas d’amour ?

     

    Marie DE HENNEZEL :

    C’est ça. Il y a deux personnes qui parlent très bien de cela. Jacqueline Kelen d’abord, qui dit que le couple, ce n’est pas du tout deux boas enlacés ! Elle fustige cet amour possessif où on a besoin absolument de l’autre en permanence, où on ne peut rien faire sans l’autre. Elle parle d’un autre couple dans lequel, effectivement, chacun est seul et assume sa solitude essentielle. Rilke a également une superbe phrase. Il parle de « deux solitudes qui se protègent, se complètent, se limitent et s’inclinent l’une vers l’autre ». Superbe phrase de Rilke ! Ainsi, quand un couple a apprivoisé sa solitude, il a toutes les chances de ne pas être dans un amour possessif mais dans un amour respectueux de soi, de l’autre. Et ce sont des couples qui, justement, peuvent accepter que l’autre soit différent, que l’autre vive ce qu’il a besoin de vivre aussi. Il y a un très joli livre aussi que je cite dans l’entrée « Couple » : Le Goût de la Vie Commune de Claude Habib. Elle parle justement de ces couples qui peuvent s’ennuyer ensemble, qui peuvent rester ensemble sans forcément se parler, mais où chacun rêve, chacun est dans son monde. Or, ces mondes se communiquent intérieurement. Elle ajoute qu’il n’y a rien de plus joyeux que de passer une journée côte à côte sans se parler. Et puis, tout d’un coup, on pense à l’autre et l’autre le sent et vient déposer un baiser sur votre cou. Et on se dit : « Tiens, il a senti… Il était en communication intérieure avec moi. ». Elle parle ainsi de ces couples, de cette connivence douce, de cette complicité, qui est vraiment le ciment du couple.

     

    Élodie FONDACCI :

    Est-ce que vous pensez que notre peur de la solitude est liée au fait que dans nos sociétés occidentales, la mort soit un tabou ?

     

    Marie DE HENNEZEL :

    Oui. Je pense que l’on a beaucoup de mal à parler du tabou de la mort et du fait que ce destin nous est commun à tous. On a beaucoup de mal à échanger avec les autres. Alors, c’est vrai qu’on est effectivement très seul devant la mort, devant cette question-là. Or, je pense que mettre des mots sur cette réalité, permettre à l’autre aussi de mettre des mots dessus, c’est ce qui va permettre peut-être, justement, – alors même que nous sommes profondément seuls -, de pouvoir échanger, de pouvoir partager quelque chose de cette réalité qui nous est commune. Oui, le déni de la mort et le tabou de la mort sont pour beaucoup dans cette incapacité à mettre des mots. Moi, en tant que psychologue, je me dis que c’est ça le plus important. Par exemple, des personnes endeuillées seraient beaucoup moins seules si on était capables de venir les voir et d’oser mettre des mots sur la réalité de ce que vit l’autre, l’inviter à en parler. Il y a ce silence, ce silence sur la mort qui est quelque chose de terrible et qui, paradoxalement, isole. C’est là que l’on voit que ce tabou de la mort isole alors même que nous pourrions simplement nous dire que nous sommes tous dans le même bateau, nous sommes face à cette mort. Cette mort qui est notre destin à tous, contre laquelle nous ne pouvons rien. Nous sommes tous en question devant elle, alors parlons-nous, échangeons !

     

    Élodie FONDACCI :

    Vous avez été une des pionnières des soins palliatifs : la première psychologue de la première unité française de soins palliatifs. C’est une expérience qui, évidemment, vous a marquée durablement et est à l’origine de toute votre réflexion. Les patients de ces unités sont des gens qui sont en fin de vie, qu’on ne peut pas sauver. Tout le monde le sait, les médecins, les soignants, les patients, eux-mêmes. On se confronte donc à un moment d’ultime solitude. Et pourtant, ce sont des expériences extraordinaires.

     

    Marie DE HENNEZEL :

    C’est vrai, c’est un moment d’ultime solitude. Et en même temps, c’est un moment où des personnes, pour pouvoir mourir, pour pouvoir lâcher leur corps, ont besoin d’un contact et d’un contact tactile. Car chacun d’entre nous, au début de notre existence, dans le ventre de notre mère, dans le giron de notre mère, était entouré du liquide amniotique : nous étions balancés par le rythme de notre mère. La peau, qui est l’organe du contact, est d’ailleurs le premier organe qui se développe dans l’embryogénèse. Nous avons été entourés. J’ai observé dans mon expérience, pendant dix ans, en parlant avec les soignants, que des personnes pouvaient lâcher leur corps après un contact. Un contact qui est évidemment un contact entourant. Cela peut être limité à deux mains qui se tiennent, mais c’est un contact tactile qui fait que la personne peut retrouver le chemin de ce qu’elle a vécu au tout début de son existence, où elle était en sécurité. Et pour mourir, on a besoin de retrouver cette sécurité. Certes, il y a aussi beaucoup de personnes qui choisissent le moment où tout le monde est parti pour mourir. Car on a besoin aussi de sentir que l’on n’est pas raccrochés par les autres, de se sentir libre de partir. Mais ces personnes ont été accompagnées. Elles ont, dans les jours qui précèdent, dans les moments qui précèdent, senti cet entourage. Et donc, elles peuvent partir. Je trouve que c’est très important cette question du contact, du contact tactile dont on parle peu. On est dans un monde dans lequel on touche pour être dans l’emprise. On touche les corps comme s’ils étaient des objets. On ne se rend pas compte que lorsque l’on pose sa main sur la main de quelqu’un d’autre ou sur une partie du corps de quelqu’un, on établit un contact qui, par des chemins très subtils, va le rassurer.

     

    « (…) le tabou de la mort isole alors même que nous pourrions simplement nous dire que nous sommes tous dans le même bateau, nous sommes tous face à cette mort. »

     

    Élodie FONDACCI :

    D’où cette expérience extrêmement traumatisante et collective qu’a été le confinement. Il y a des centaines de personnes qui sont parties sans adieu. Et vous dites que c’est quelque chose qui continue à peser aujourd’hui.

     

    Marie DE HENNEZEL :

    J’ai écrit un livre à ce sujet : L’adieu interdit. Un cri de colère contre ces mesures sanitaires qui ont effectivement introduit une rupture anthropologique. Jamais dans l’histoire de l’humanité, une décision politique n’a empêché quelqu’un de venir dire au revoir à un mourant. On est parfois empêchés pour mille raisons, mais qu’une décision politique vous empêche d’aller prendre dans vos bras un parent qui va mourir, c’est quelque chose d’inacceptable. Il y a eu là une dramatique. À la fois de celui qui mourait sans pouvoir rencontrer le regard de ses proches et leur dire une dernière parole, et à la fois la solitude des endeuillés. Comme vous le dites, aujourd’hui vous avez 100 000 personnes qui vivent des deuils quasiment impossibles car il y a eu cette violence, – violence de cet interdit, interdit de visite, interdit de venir dire au revoir -, et cette culpabilité aussi. Comment ai-je pu ne pas tambouriner à la porte, obliger les gens de l’hôpital ou de l’EHPAD à me laisser rentrer ? Je sais que des gens ont osé forcer la porte et qu’ils ont réussi à pouvoir dire au revoir. Tous les autres, qui n’ont pas osé, se culpabilisent, bien sûr. Là, on touche vraiment du doigt cette solitude, qui est une solitude terrible. Dans ce livre, j’ai écrit une lettre aux endeuillés en les invitant à faire des rituels, même des années plus tard. Chacun doit inventer son rituel, mais il faut toujours une organisation de symboles. Il faut choisir le lieu, choisir le temps. Est-ce qu’on met la photo ? Est-ce qu’on met une bougie ? Est-ce qu’on met une fleur ? Qu’est-ce qui fait du sens ? Et puis, s’adresser enfin à la personne à qui on n’a pas pu dire au revoir, lui dire tout ce qu’on aurait aimé lui dire, faire ce qu’on aurait aimé faire. Ces rituels sont très réparateurs.

     

    Élodie FONDACCI :

    Votre dictionnaire amoureux est aussi traversé par une réflexion profonde sur ce que vous appelez le « bien-vieillir ». Aujourd’hui, on vieillit souvent seul, souvent dans des EHPAD, qui n’ont pas bonne presse. Et pour cause, ce sont souvent des lieux d’intense solitude. Il y a d’autres possibilités, notamment d’habitat collectif, pour vieillir différemment ?

     

    Marie DE HENNEZEL :

    J’ai mis dans ce Dictionnaire une entrée intitulée « béguinage solidaire ». Car j’ai écrit un livre avec le fondateur du béguinage solidaire qui s’appelle « Vieillir solidaire, seul et ensemble ». Ce béguinage solidaire, ce sont des petits habitats à taille humaine, groupés.  C’est au fond ce dont toute ma génération rêve : pouvoir être vraiment chez soi, dans un logement chez soi, et en même temps, ensemble. C’est-à-dire partager avec d’autres des activités qui sont choisies. D’ailleurs, dans ces béguinages solidaires, ce sont les futurs habitants qui choisissent ce qu’ils vont partager ensemble : jardinage, cuisine, méditation, lecture de livres… c’est leur choix. Il n’y a donc pas d’isolement. Ce sont vraiment les lieux dans lesquels on peut respecter sa solitude puisqu’on est chez soi, seul. Et si on a besoin de solitude, c’est respecté sans pour autant que l’on soit isolé. Et puis, ce que j’ai découvert aussi, et qui est rarissime, c’est que les gens qui vivent là s’engagent à l’avance à être solidaires. Si l’un d’entre eux tombe malade, perd son autonomie, ou même est mourant, ils disent évidemment qu’il faudra faire appel aux soins à domicile, à l’hospitalisation à domicile, ou aux soins palliatifs à domicile…- mais qu’ils assumeront à tour de rôle tout ce qui concerne l’accompagnement humain. Je n’ai jamais entendu ça. Jamais. J’ai seulement lu ça quand je me suis intéressée au vieillissement au Japon. J’ai vu qu’il y avait des communautés de centenaires ou de huit centenaires, qu’on appelle les « moai », qui ont un contrat de solidarité entre eux, un contrat de non-abandon qui est même un contrat de solidarité financier. On n’en est pas encore là, en France mais j’ai entendu dire que c’est en voie de le devenir. Il y a dans ces habitants des personnes qui ont plus de moyens que d’autres. Ils n’imaginent pas que l’un de la petite communauté, qui soit plus pauvre, puisse ne pas rester pour des raisons financières. Il y a ainsi des personnes qui sont prêtes à compenser.

     

    Élodie FONDACCI :

    Une dernière question Marie de Hennezel. On doit évidemment beaucoup vous la poser en ce moment. Ces jours-ci sont examinées deux propositions de loi : l’une sur les soins palliatifs, l’autre sur l’aide à mourir. Vous mettez en garde les pouvoir publics sur le risque que vous appelez le risque de « l’auto-effacement ». Vous avez peur qu’une loi mal encadrée pousse certaines personnes âgées, tout simplement, à « s’auto-effacer », par « courtoisie », et à choisir de mourir pour arranger tout le monde ?

     

    Marie DE HENNEZEL :

    C’est ça, par « élégance ». C’est ce que j’entends quand je suis sur le terrain. Il faut savoir que je suis à l’écoute de personnes de 80 à 100 ans depuis une quinzaine d’années et que j’entends leur crainte. Ces personnes me disent que ce qui protège actuellement, c’est justement le Code pénal qui interdit de tuer. Elles se tiennent très au courant de l’évolution de la loi. Elles savent que ça va sauter, qu’il va y avoir une modification du Code pénal. Elles se disent que le jour où on pourra effectivement décider de nous donner la mort, – si nous nous plaignons, si nous avons un moment de dépression, si nous nous posons la question de notre utilité, peut-être du poids que nous faisons peser, du fardeau que nous représentons pour la société…- nous serons peut-être poussés à nous auto-effacer. Effectivement, ce peut être une pression sociétale, mais ce peut être aussi une pression familiale. On sait que toutes les familles ne sont pas des familles très solidaires. Je le constate malheureusement. Des héritiers pressés pourraient très bien faire comprendre à la personne qu’elle a eu sa vie et que les enfants, les petits-enfants ont des vies difficiles, ce qui est sans doute vrai aussi. Au fond, la vente d’une maison ou d’un appartement arrangerait tout le monde. Ces personnes ont donc conscience de cela. Je parle ainsi vraiment là de personnes qui pourraient même décider. La pression peut être subtile. On peut faire comprendre à quelqu’un que ce serait au fond, un acte de générosité ou de pouvoir de décider de sa propre mort et demander l’euthanasie ou le suicide assisté.

     

    Élodie FONDACCI :

    Merci Marie de Hennezel. Ce Dictionnaire amoureux de la solitude, on le voit soulève beaucoup de questions, spirituelles, éthiques, profondes… Merci d’être venue nous en parler.

     

     

    Le Dictionnaire amoureux de la solitude, publié chez PLON par Marie de Hennezel.

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  • Le chef d’orchestre Jaap van Zweden accusé par des musiciens de faire régner « un climat de peur »

    L’ancien directeur musical du Philharmonique de New York, qui sera dans un an à la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio France, Jaap van Zweden, fait l’objet d’accusations de harcèlement moral sur des musiciens avec lesquels il a travaillé.

    Pointer, la plateforme d’investigation du groupe public audiovisuel néerlandais KRO-NCRV, révèle dans un article et un document vidéo les témoignages accusateurs de nombreux musiciens qui ont travaillé dans différents orchestres dirigés par Jaap van Zweden. Selon ces témoignages, pour la plupart anonymes, le chef d’orchestre néerlandais de 64 ans fait régner un « climat de peur ». Certains affirment avoir été insultés et rabaissés publiquement quand d’autres affirment que travailler avec lui a eu « un impact négatif durable ».

    Parmi les quelques cinquante personnes interrogées, membres de sept orchestres qu’il a dirigés, des musiciens accusent Jaap van Zweden de comportement inapproprié, dur et parfois intimidant. « Il vous crie dessus comme si vous aviez quatre ans », déclare ainsi un musicien de Dallas, tandis qu’un autre du Philharmonique de Hong Kong ajoute : « Ce n’est pas seulement l’orchestre, tout le monde le craint. Même la direction ».

    « Ces histoires me touchent. Si ma façon de travailler peut être améliorée, j’en serais ravi »

    Dans l’enquête de Pointer,  d’autres musiciens interrogés révèlent s’être mis en congé maladie ou avoir été obligés de prendre des tranquillisants lorsqu’il travaillaient sous les ordres du maestro. Six anciens directeurs d’orchestres ont également témoigné. S’ils mentionnent les succès publics et commerciaux obtenus pour leurs formations lors de leur collaboration avec Jaap van Zweden, la plupart admettent avoir été conscients de problèmes relationnels entre le chef d’orchestre et des musiciens mais qu’aucune plainte ne leur a été transmise.

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    Dans le document vidéo qui accompagne l’enquête, le chef d’orchestre se dit « choqué par le portrait brossé », et reconnaît : « je sais que je peux être exigeant avec mes collègues sur ce qui peut être amélioré. Parfois, cela se produit sur un ton intense, et quand c’est en présence de 120 autres personnes, ce n’est pas toujours agréable », ajoutant : « bien sûr, je suis ouvert à la critique. Ces histoires me touchent (…) Si ma façon de travailler peut être améliorée, j’en serais ravi ».

    Actuellement directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Hong Kong et, depuis l’an dernier, de celui de Séoul, Jaap van Zweden doit prendre la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio France en septembre 2026.

    Philippe Gault

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  • Le lyrisme et la tendresse de la contrebasse de Lorraine Campet

    A l’occasion de la publication de son premier album en solo, Lorraine Campet sera, ce jeudi 22 mai à 20h, l’invitée du Journal du Classique.

    C’est un instrument que l’on a tendance à réduire au simple rôle d’accompagnateur et pourtant, la contrebasse sait aussi chanter et nous envelopper de tendresse. C’est ce qu’on réalise à l’écoute du premier album de Lorraine Campet, enregistré avec la pianiste Nathanaël Gouin et sorti chez Aparté. Intitulé « Âmes sœurs », il met à l’honneur des pages romantiques signées Beethoven, Schubert, Schumann ainsi que Joséphine Lang, compositrice oubliée qui fut l’ami du couple Schumann et nous a laissé de remarquables lieder aux accents très mendelssohniens.

    Une contrebasse pleine de richesse d’expression

    Lorraine Campet nous racontera ce soir la conception de cet album qui met donc à l’honneur le lyrisme comme la touchante fragilité de son instrument. Elle jouera ce programme en concert avec Nathanaël Gouin et quelques invités surprises le 18 juin à la salle Cortot.

    Laure Mézan

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  • Frères musulmans : « C’est un enjeu énorme et un sujet qu’on a du mal à documenter », explique le chercheur Hugo Micheron

    Ce mardi, Le Figaro dévoilait un rapport sur les Frères musulmans commandé par l’exécutif. Dans ces 73 pages, on découvre le poids de l’organisation en France et sa volonté d’entrisme dans la société. L’invité de la matinale, Hugo Micheron, auteur de La colère et l’oubli. Les démocraties face au djihadisme européen (aux éditions Gallimard) pose son regard de chercheur sur les révélations de ce rapport.

    « Cet entrisme islamiste est une menace pour la République et notre cohésion nationale », a commenté le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau après la fuite dans la presse de ce rapport. Intitulé « Les Frères musulmans et l’islamisme politique en France », il alerte sur l’influence des Frères musulmans en France. 

    Le chercheur Hugo Micheron explique l’importance d’une telle recherche : « C’est un sujet qu’on a du mal à documenter. En tant que chercheurs, ce genre de données chiffrées et d’éléments très concrets sont essentiels. Même s’il est épineux, la France est le seul pays à permettre le débat. »

    L’invité de David Abiker insiste aussi sur la nécessité de comprendre l’objectif des Frères musulmans : « Depuis 30 ou 40 ans en Europe, et pas seulement en  France, ils veulent s’imposer comme des intermédiaires entre l’État et les musulmans en s’autoproclamant leur représentant. »

    La méthode des Frères musulmans

    Ce rapport a été commandé par l’ancien ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin en 2024, puis relancé par Bruno Retailleau. Parmi les révélations, on y découvre les méthodes « d’entrisme », qui est une technique d’influence du mouvement. Hugo Micheron explique : « C’est beaucoup moins visible, ça va du clientélisme électoral bas de gamme à des campagnes beaucoup plus subtiles d’intimidation avec des accusations d’islamophobie de l’État et de racisme systémique exercé contre les musulmans au nom d’un projet pour détruire l’islam ».

    D’après lui, ils souhaiteraient passer de cette logique d’entrisme à une logique de séparatisme : « Ils sont adeptes du double discours, donc la façade est impeccable, et quand le rideau se tire, le discours est beaucoup plus communautariste et donc crée un ordre à part. »

    Une nouvelle mouvance : le salafo-frérisme

    « Le monde du frérisme est basé sur une méthodologie d’action politique et se rapprocherait beaucoup d’un syndicat ou d’un parti politique avec des idées politico-religieuses. »

    Les Frères musulmans sont donc très organisés, pourtant ce ne serait pas le cas de leur doctrine d’après le chercheur : « Ils vont aller vers là où c’est le plus porteur du côté des islamistes !  Depuis 15/20ans, ils ont plutôt tendance à s’aligner vers les prétentions endoctrinables des salafistes. »

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    Leur présence a pris tellement d’ampleur qu’une mouvance s’est créée : « on l’appelle le salafo-frérisme. Donc c’est à la fois des militants assez politiques qui comprennent assez bien le débat politique français et comment se glisser dans les failles pour promouvoir leurs intentions dites modérées, alors que sur le fond elles sont assez radicales. »

    Il fait un dernier constat sur l’utilité de ce rapport : « C’est un impératif d’en parler ! Ça va aider l’État à montrer que c’est une préoccupation du plus haut niveau. »

    Alessandra Wyak 

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  • Luciano Pavarotti : Un film sur le célèbre ténor est en préparation

    Un site américain, spécialisé sur l’actualité du cinéma, révèle qu’une maison de production californienne a acquis les droits de Vox Divina, un projet de biopic sur l’immense ténor italien Luciano Pavarotti.

    Selon Deadline, webzine spécialisé dans l’actualité du show-business à Hollywood, Women Occupy Hollywood, société de production basée à Los Angeles, a obtenu les droits d’un projet très avancé de biopic sur Luciano Pavarotti, pour lequel la scénariste et réalisatrice italienne Ivana Massetti travaille depuis deux ans.

    Initialement, ce projet devait être développé sous forme de série mais, au fil de ses travaux de recherche et de ses contacts avec des producteurs, Ivana Massetti s’est laissé convaincre par un format long-métrage. Concrètement, Vox Divina retracera le parcours du grand ténor, de son enfance à Modène (Emilie-Romagne) jusqu’à sa consécration internationale au Metropolitan Opera de New York au début des années 70.

    « Luciano Pavarotti a rendu l’opéra accessible, il l’a rendu au peuple »

    Pour la réalisatrice, interrogée par Deadline : « Il est le ténor le plus aimé au monde, et cette histoire se penche sur son ascension vers son titre de King Of The High C’s (Le Roi des do aigus, titre d’un de ses albums en 1989, ndlr) sur la scène du Met Opera de New York (…) Luciano a rendu l’opéra accessible, il l’a rendu au peuple. Sa voix divine transperce notre âme. a voix me touche droit au cœur, aux tripes ».

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    Pendant son travail de recherche, Ivana Massetti a interrogé des dizaines de proches du chanteur. Des membres de sa famille comme ses filles Cristina et Giuliana et ses deux épouses Adua Veroni et Nicoletta Mantovani. Mais aussi son assistant et meilleur ami Franco Casarini, et des collaborateurs de longue date tels que le pianiste du Met Gildo Di Nunzio ou le producteur Tibor Rudas.

    Reste désormais à trouver les acteurs capables d’incarner le rôle de Luciano Pavarotti à l’adolescence et adulte trentenaire. Si le projet est mené à son terme, le film Vox Divina pourrait sortir en 2027 à l’occasion du vingtième anniversaire de sa mort, le 6 septembre 2007. Ce serait le premier film de fiction consacré à la vie du ténor, puisqu’en 2019 c’était un documentaire réalisé par Ron Howard qui retraçait la carrière du chanteur.


    Philippe Gault

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