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  • Vidocq : L’incroyable parcours d’un criminel qui a révolutionné la police moderne

    Avant de devenir l’un des pères de la police moderne, Eugène François Vidocq fut voleur, faussaire, évadé et bagnard. Son incroyable parcours débute dans la boulangerie de ses parents à Arras, pour se transformer, au fil des évasions et des infiltrations, en une vie digne des plus grands romans.

    Arras, hiver 1790. Un adolescent de 14 ans s’introduit discrètement dans une boulangerie. Il fracture la caisse, vole l’argenterie, et s’empare de tout ce qu’il pouvait avant de prendre la fuite en criant : « À moi l’Amérique ! »

    Ce jeune voleur n’est autre que Eugène François Vidocq. Et la boulangerie qu’il dévalise n’est pas n’importe laquelle : c’est celle de ses parents. Dans son quartier, il jouit déjà d’une forte réputation, on le surnomme Vautrin, qui signifie sanglier, en flamand. Ce garçon robuste et bagarreur n’en est pas à son premier coup. Son père l’a déjà envoyé en maison de correction. Il a donc fréquenté la prison de Lille.

    En fuyant pour l’Amérique, il va s’arrêter dès le premier soir en Belgique. Après s’être saoulé dans un troquet d’Ostende, il se réveille au petit matin sans aucun signe de son butin à l’horizon. On le lui a volé. Ne sachant plus quoi faire le jeune homme va connaître plusieurs mois de survie, de débrouille, puis, un jour, il s’engage dans l’armée française révolutionnaire. En 1792, on voit Vidocq sur le champ de bataille de Valmy. Il fait même partie de ceux qui crient « vive la nation ! ». Il n’en reste pas moins indiscipliné qu’avant. Dans tous les régiments où il passe, il sème la zizanie.

    Une vie de fugitif

    On le voit provoquer des duels. Il tue d’ailleurs deux hommes dans ces circonstances. Il finit par déserter et retourne sur la mauvaise pente. Il rejoint alors l’« armée roulante », une bande de faux soldats qui vivent de réquisitions. Surnommé « chauffeurs du Nord », ce sont des bandits qui torturent les paysans pour leur soutirer leurs maigres économies.

    Face à cette violence, Vidocq, jeune homme intelligent, semble avoir une prise de conscience. Il tente de se ranger à Lille. Le jeune Vidocq a maintenant 20 ans et tombe amoureux d’une certaine Francine. Mais un soir, alors qu’ils s’étaient donné rendez-vous à un bal, le jeune homme va trouver sa chère et tendre au bras d’un officier. Vidocq voit rouge et, par excès de jalousie, frappe l’officier. Les policiers doivent les séparer et il est de nouveau incarcéré.

    Vidocq n’a qu’une idée, s’enfuir…

    Le voilà de nouveau en prison à Lille, comme lorsqu’il avait 14 ans. Là-bas, il fréquente des faussaires, participe à une évasion, puis s’évade lui-même, déguisé en contrôleur de prison. L’épisode, spectaculaire, se termine par une nouvelle arrestation. Condamné à huit ans de bagne à Brest, il rejoint les galères. Il a la tête rasée, il est vêtu du bonnet rouge infâmant, il a une casaque jaune ou bien voyante, et il est ferré nuit et jour.  En plus ils ont pour mission de désinfecter les navires contaminés par le typhus. Les conditions sont terribles.

    Vidocq n’a qu’une idée, c’est de s’enfuir. En six semaines, il parvient à récupérer des habits, une perruque et à acheter le silence de son codétenu. Il s’évade à nouveau, déguisé tantôt en marin, tantôt en religieuse, et finit par refaire surface à Paris. Pendant dix ans, Vidocq vit dans la clandestinité, à Versailles, où il tient un commerce de toiles. Mais en 1809, dénoncé, il est arrêté et enfermé à Bicêtre.

    Derrière les barreaux Vidocq devient policier 

    Plutôt que de retourner au bagne, il propose un marché au commissaire Jean Henry, chef de la division anti-banditisme : devenir indicateur depuis sa cellule. Jean Henry, aussi surnommé l’ange malin, figure majeure de la nouvelle police moderne indépendante, comprend vite le potentiel de Vidocq : un délinquant rusé, sans crime de sang, à la mémoire redoutable et parfaitement infiltré dans les milieux criminels.

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    Il est incarcéré dans la prison du Marais dans laquelle il joue plusieurs rôles. Il se fait passer pour un assassin. Grâce à son sens du théâtre, il gagne la confiance des autres détenus, récolte leurs confidences, identifie les complices, repère les fausses identités. Il transmet toutes ces informations au commissaire Henry lors de faux interrogatoires.

    Convaincu, celui-ci l’envoie ensuite infiltrer la pègre parisienne. Vidocq « s’évade » avec la bénédiction des autorités : une mission sous couverture qui marque le début de sa métamorphose. De bagnard à traqueur de criminels, Vidocq pose alors les premiers jalons de ce que deviendra la police judiciaire moderne.

    Franck Ferrand

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  • Le grand chorégraphe russe Iouri Grigorovitch est mort à 98 ans

    Iouri Grigorovitch, le chorégraphe historique et directeur des ballets du théâtre du Bolchoï pendant plus de trente ans, est mort lundi à l’âge de 98 ans, a annoncé le théâtre de Moscou.

    « Iouri Grigorovitch, l’une des figures principales du monde du ballet de la deuxième moitié du XX siècle, est décédé », a indiqué le Théâtre Bolchoï dans un communiqué sur Telegram. Celui qui a dirigé les ballets de l’institution moscovite de 1964 à 1995, sous l’URSS et juste après son éclatement, « a élevé plusieurs générations d’artistes remarquables », a-t-il souligné.

    « La direction et le personnel du théâtre Bolchoï expriment leurs condoléances les plus sincères à ses proches et vont chérir sans cesse sa mémoire et préserver son héritage inestimable », assure le communiqué. « Avec le décès de ce chorégraphe légendaire, c’est toute une époque qui s’en va », a déploré pour sa part dans un communiqué le théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, célébrant son « héritage » artistique.

    Iouri Grigorovich avait créé sa propre compagnie à Krasnodar

    Né en 1927 à Leningrad, l’actuelle Saint-Pétersbourg, Iouri Grigorovitch est le neveu de George Rozaï, grand danseur du théâtre Mariinsky dans l’ancienne capitale impériale russe et des Ballets russes de Serge Diaghilev. Il obtient un diplôme de l’École chorégraphique de Leningrad et devient soliste au théâtre Kirov (nom du théâtre Mariinsky à l’époque soviétique) dans cette ville à la fin des années 1940.

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    Il devient ensuite une célébrité en 1957, après sa mise en scène novatrice du ballet La Fleur de pierre, basée sur une série de contes populaires dans l’Oural. Directeur ensuite des ballets au Bolchoï pendant trois décennies, Iouri Grigorovicth a fait connaître au grand public des danseurs renommés comme Natalia Bessmertnova, qui deviendra sa femme, ou le fameux couple formé par Ekaterina Maximova et Vladimir Vassiliev.

    Ballet master Yuri Grigorovich. Photo by Sergey Smirnov, Moscow, 1987. RIP. pic.twitter.com/oi1URkV9wu

    — Soviet Visuals (@sovietvisuals) May 19, 2025

    Après sa démission du Théâtre Bolchoï en 1995, Grigorovich crée sa propre compagnie à Krasnodar (ouest de la Russie). Il revient toutefois au célèbre théâtre moscovite, y devenant en 2008 l’un des chorégraphes principaux de la compagnie de ballet. Au fil de sa carrière, il a mis en scène plusieurs classiques du ballet russe, comme Casse-Noisette de Tchaïkovski, Spartacus d’Aram Khatchatourian, Ivan le Terrible sur la musique de Serge Prokofiev, ou encore L’Âge d’or composé par Dimitri Chostakovitch.

    Philippe Gault (avec AFP)

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  • le festival parisien du Palazzetto Bru Zane célèbre Bizet

    A l’occasion de la nouvelle édition du festival parisien du Palazzetto Bru Zane, Alexandre Dratwicki et Reinoud van Mechelen seront, ce lundi 19 mai à 20h, les invités du Journal du Classique.

    Le festival parisien du Palazzetto Bru Zane se tiendra du 24 mai au 2 juillet et rayonnera entre le Théâtre du Châtelet, le Théâtre des Champs-Elysées, la Philharmonie de Paris, la Seine Musicale ou encore l’Opéra-Comique. Il mettra tout particulièrement à l’honneur la musique de Bizet à travers notamment des œuvres rares du compositeur. C’est ainsi que les festivités débuteront le 24 au Châtelet avec une piquante production associant un opéra-comique de jeunesse, le Docteur Miracle à la musique de scène de l’Arlésienne.

    Une programmation romantique

    Alexandre Dratwicki, le directeur artistique du Palazzetto Bru Zane nous éclairera sur la programmation de cette édition qui met en regard l’œuvre de Bizet avec celles d’autres compositeurs romantiques français, parmi lesquels Massenet, Dubois, Gounod ou les beaucoup plus confidentiels Battachon, Erb et d’Ollone.

    Reinoud Van Mechelen : ses liens insoupçonnés avec Bizet

    Reinoud Van Mechelen, qui viendra chanter des mélodies de Bizet le 10 juin à l’Amphithéâtre de la Cité de la musique, se confiera, quant à lui, sur ses liens avec ce répertoire auquel on ne l’associe pas forcément mais qu’il sert avec tant d’élégance.

    Laure Mézan

    Retrouvez le journal du classique du lundi au vendredi à 20h

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  • Concours Reine Elisabeth : Trois pianistes français parmi les douze finalistes

    On connaît les noms des douze concurrent(e)s qui vont s’affronter du 26 au 31 mai en finale du Concours reine Elisabeth consacré cette année au piano. Parmi eux trois représentants français, deux femmes et un homme.

    Le lundi 5 mai, soixante candidats, âgés de 18 à 30 ans, sont entrés en lice dans la première épreuve du Concours Reine Elisabeth, consacré cette année au piano. Une semaine plus tard ils n’étaient plus que 24, qualifié(e)s pour les ½ finales et, à partir du 26 mai, les 12 finalistes retenus s’affronteront à Bruxelles.

    À raison de deux candidats par jour, les pianistes qualifiés interpréteront un concerto de leur choix et le morceau imposé, composé par le pianiste belge Kris Defoort, qu’ils vont découvrir et répéter cette semaine.

    Sur la scène du Palais des Beaux-Arts, accompagnés par le Brussels Orchestra dirigé par Kazushi Ono : 7 hommes et 5 femmes représentant le Japon (4), la France (3), la Belgique, la Chine, les Etats-Unis, la Russie et les Pays-Bas.

    Nathalia Milstein est également qualifiée pour les épreuves finales du concours Chopin

    Un(e) seul(e) parmi ces finalistes succèdera à Jonathan Fournel, le pianiste français, dernier vainqueur de l’épreuve pour piano en 2021. Pourquoi pas un ou une des trois représentants français qualifiés ? Le plus jeune, Arthur Hinnewinckel, 25 ans est diplômé du CNSMDP et actuellement étudiant à la Chapelle Musicale reine Elisabeth, comme trois autres finalistes. Mirabelle Kajenjeri, 27 ans, née en Ukraine mais formée à Roubaix, est également une violoniste de grand talent.

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    Mais c’est probablement Nathalia Milstein, 30 ans, l’aînée de la délégation française, qui aura à supporter la pression due à son rang de favorite. La pianiste lyonnaise, sœur d’une violoniste renommée et petite-fille d’un professeur de piano au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou, a été formée au conservatoire de Genève et a étudié auprès de Nelson Goerner et András Schiff.

    Première femme à avoir obtenu un premier prix au Concours international de piano à Dublin en 2015, Nathalia Milstein fait également partie des 85 pianistes (sur 642 postulants) admis en finale du prestigieux Concours Chopin dont la 19e édition se déroulera à partir du 2 au 21 octobre à Varsovie.

    Philippe Gault

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  • Prison en Guyane : « C’est une proposition gadget utilisée pour son effet d’annonce », assure Patrice Spinosi

    À l’horizon 2028, un établissement pénitentiaire ouvrira ses portes en Guyane. Annoncée par Gérald Darmanin, la prison de haute sécurité pourrait accueillir jusqu’à 500 personnes. Patrice Spinosi, l’auteur de Menace sur l’Etat de droit, publié aux éditions Allary, revient sur ce projet dans la matinale.

    Quelques semaines auparavant, Laurent Wauquiez proposait d’« enfermer les étrangers dangereux sous OQTF  » à Saint-Pierre-et-Miquelon. Aujourd’hui, c’est le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui annonce la création d’une prison de haute sécurité à Saint-Laurent-du-Maroni. L’objectif est d’y placer les détenus condamnés aux peines les plus lourdes pour narcotrafic ainsi que des détenus radicalisés.

    Pour l’avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation Patrice Spinosi, ces annonces sont stratégiques : « On est rentré dans une phase où les candidats cherchent à se démarquer les uns des autres. Il faut exister aujourd’hui à droite ! Cette annonce s’inscrit dans cette forme de course à l’échalote des propositions. »

    En ayant déjà en tête de l’élection présidentielle de 2027, un programme commence à se dessiner d’après l’auteur de Menace sur l’État de droit : « Un grand nombre d’hommes politiques ont comme agenda, lors des prochaines élections, de saper l’état de droit, c’est-à-dire l’ensemble des règles qui limitent les parlements souverains, comme étant l’ennemi à abattre. »

    L’état de droit pris pour cible

    « Il faut bien comprendre ce qu’est l’état de droit : c’est le carcan qui est imposé par la logique démocratique au parlement souverain pour éviter qu’il y ait des atteintes aux libertés comme la liberté d’expression ou le droit au procès équitable », explique l’administrateur de l’observatoire international des prisons.

    L’état de droit fait partie des conditions d’une démocratie. S’il vient à être obstrué, cela peut être dangereux, alerte Patrice Spinosi « Le simple fait d’essayer de critiquer l’état de droit, c’est d’ores et déjà saper ses fondements et prendre le risque d’une déconstruction extrêmement grave de notre démocratie. »

    L’avocat rappelle alors l’importance des élections : « Donner un poids à un dirigeant, c’est le principe même des élections, mais pour autant ce poids n’est pas sans limites. »

    « Ça fait 20 ans qu’on fait des législations de plus en plus répressives »

    « Le principe même de l’état de droit, c’est qu’il puisse y avoir une limitation au regard des libertés des individus de l’action des hommes politiques, sinon il y a un risque de glissement vers un régime autoritaire », affirme Patrice Spinosi.

    D’après lui, les hommes politiques instrumentalisent une opposition à la justice pour essayer d’en faire un argument politique, mais sans efficacité : « Ça fait 20 ans qu’on fait des législations de plus en plus répressives et on n’arrive pas à voir un effet positif sur le taux de la délinquance. Les hommes politiques utilisent ces chiffres pour être élus. »

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    Aujourd’hui, avec un taux de contribution à la justice de 70 euros annuellement par habitant, l’avocat conclut que « les hommes politiques cherchent à réformer la justice, mais personne ne se bat pour donner moyens à la justice pour qu’elle fonctionne mieux ».

    Alessandra Wyak

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  • Grâce à sa nouvelle usine de bio-fermentation innovante, l’ETI Eurogerm contribue à fournir aux boulangers des levains 100% français

    KPMG vous invite à écouter l’interview de Jean-François Honoré, Président d’Eurogerm, belle ETI basée à Saint-Apollinaire (Côte d’Or).

    Spécialiste des micro-ingrédients céréaliers et solutions de panification, l’ETI Eurogerm fournit les boulangers et pâtissiers industriels, en France comme à l’étranger, à travers ses 15 filiales.

    Avec sa nouvelle usine de bio-fermentation de levain, Eurogerm oriente son développement en France dans la recherche et la production d’ingrédients fermentés innovants. Elle pourra ainsi fournir à ses clients des levains 100% français, afin d’apporter une réponse à leurs attentes en termes de qualité et d’origine, et plus spécifiquement celles liées à la filière CRC (Culture Raisonnée Contrôlée).

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  • Désaccords, faux départ, maestro fantôme… 4 anecdotes sur la musique de Lawrence d’Arabie

    Quelques notes suffisent pour évoquer dans l’esprit du spectateur la magnificence du désert et le souffle épique du film d’aventures. Une musique de Maurice Jarre qui transcende le gigantisme de Lawrence d’Arabie, film de David Lean récompensé par sept Oscars dont celui de la meilleure musique de film. Si les coulisses du tournage sont largement documentées, connaissez-vous en revanche l’histoire de sa musique ? Entre faux départs, traversée du désert et conditions de travail intenses, découvrez 4 anecdotes sur l’une des bandes originales les plus populaires du septième art ! 

    1 – Une genèse musicale particulièrement laborieuse 

    C’est à la suite d’un désaccord entre le réalisateur et le producteur, Sam Spiegel, qu’il fut décidé de créer un binôme pour composer la musique du film, Lawrence d’Arabie. L’occasion pour les deux compères de conserver leur favori – Malcolm Arnold, récompensé d’un Oscar pour sa partition du Pont de la rivière Kwaï du même David Lean, et William Walton, compositeur respecté de la Couronne britannique – leur attribuant à chacun un rôle spécifique : l’écriture d’une marche militaire pour Walton, le romanesque pour Arnold.

    Une proposition qui restera lettre morte lorsque les deux compositeurs afficheront une mine perplexe face aux images projetées : « Aucun des deux n’était réceptif à ce qu’ils voyaient et, bien que Walton avait besoin d’argent, ils ont décidé qu’il n’avait pas besoin de musique et ont refusé l’offre » rappelle l’un des biographes de Walton, Stephen Lloyd.

    Katchatourian et Britten appelés pour participer au film

    On décide alors de faire appel à deux autres figures de la musique classique : Aram Khatchatourian, compositeur d’ascendance arménienne rendu célèbre pour sa Danse du sabre et pour son ballet, Spartacus, est pressenti pour mettre en musique les mélodies d’inspiration arabe.

    La partition « britannique » serait assurée quant à elle par le compositeur anglais Benjamin Britten (Peter Grimes, War Requiem …). Sans oublier la présence du compositeur français Maurice Jarre dont la principale tâche consistera à orchestrer et à créer du liant musical entre les différentes compositions. Mais une fois n’est pas coutume :  un nouveau coup du sort frappe la production : « Un jour, Spiegel m’est arrivé en me disant : Mauvaise nouvelle, Khatchatourian ne peut pas sortir d’Union soviétique et je ne peux pas aller enregistrer là-bas. Et Britten demande un an pour écrire sa partie ! » Mauvaise nouvelle, me suis-je dit ? Bonne nouvelle !  » confiait Maurice Jarre dans une interview-fleuve accordée au magazine Séquences en 1993. De simple coordinateur, Maurice Jarre semble devenir le compositeur attitré du film.

    C’est oublier la carte joker du producteur : le roi de la comédie musicale, Richard Rogers, qui se chargerait des trois quarts du score, laissant le reste de la partition au compositeur français. Ses essais mélodiques peinent toutefois à convaincre le réalisateur David Lean qui se laisse charmer par les motifs musicaux de Maurice Jarre.

    2 – Un rythme de travail harassant

    La conséquence de ces multiples rebondissements fut pour l’heureux élu un temps d’écriture considérablement réduit : « Pour Lawrence d’Arabie, on m’a donné six semaines pour écrire deux heures de musique. Pour y arriver, j’ai dû travailler cinq heures, dormir vingt minutes et retravailler cinq heures, cela vingt-quatre heures sur vingt-quatre. » Un rythme de travail extrêmement tendu, ce qui n’empêcha pas Maurice Jarre de décrocher en 1963 l’Oscar de la meilleure musique de film.

    3 – Sir Adrian Boult, le maestro fantôme

    Chef emblématique des orchestres symphoniques londoniens, Sir Adrian Boult signe avec Lawrence d’Arabie un passage éclair dans la direction de musique de film. Peu à l’aise à l’idée de devoir suivre de près les images, Boult demandera à être remplacé par Maurice Jarre : « En fait donc, il n’a pas dirigé une seule note de musique » se souvient le compositeur. Pour des raisons de prestige, le nom du chef anglais restera toutefois au générique.

    4 – Il existe trois versions de la bande originale

    Un premier enregistrement, sortie à l’occasion du film en 1962 chez Colpix Records, propose la bande originale de Maurice Jarre avec l’Orchestre philharmonique de Londres dans une version raccourcie de 33 minutes. Il faudra attendre la fin des années 80 pour qu’un réenregistrement de la bande originale soit effectuée chez Silva Screen avec Tony Bremner et l’Orchestre Philharmonia, proposant plus de 20 minutes de musiques supplémentaires par rapport à la précédente version.

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    Un enregistrement qui n’obtiendra pas les faveurs du compositeur quant à ses partis pris. Ce n’est qu’en 2010 qu’une version complète de la bande originale voit le jour. Un enregistrement Tadlow servi par Nic Raine et l’Orchestre philharmonique de Prague.

    Clément Serrano

     

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  • Yeol Eum Son panache Bach et Ravel

    La pianiste coréenne jette un beau pinceau de lumière sur des œuvres pour la main gauche.

    Deux ans après une intégrale remarquée des Sonates de Mozart, la pianiste coréenne Yeol Eum Son s’immerge, aux côtés des musiciens de l’Orchestre de la Résidence de la Haye et de leur directrice musicale Anja Bihlmaier, dans les deux Concertos de Ravel, d’une égale noirceur ici. Une vision intime et personnelle que complètent quatre pièces de Jean-Sébastien Bach jouées dans des arrangements très rares de Paul Wittgenstein, le célèbre commanditaire du Concerto pour la main gauche de Ravel.

    Quelques mois après qu’il a terminé son célèbre Boléro, Maurice Ravel se fixe un nouveau défi : réunir ensemble les deux instruments qui sont au cœur de ses principales pensées depuis toujours, le piano et l’orchestre. Deux commanditaires l’auront finalement aidé : Serge Koussevitzsky, le patron de l’Orchestre Symphonique de Boston et ardent défenseur de la musique de son temps, pour lequel Ravel concevra le Concerto en sol majeur, et Paul Wittgenstein, pianiste né à Vienne en 1887 qui, depuis la perte de sa main droite sur le front lors d’une offensive de la Russie sur la Pologne, s’est employé à développer le répertoire dédié à la seule main gauche.

    Lumineux, d’apparence aérien

    De l’imagination du compositeur français ressortiront deux œuvres, aussi étrangères l’une à l’autre que complémentaires. Lumineux, d’apparence aérien au vu de son effectif quasi chambriste, d’inspiration résolument classique avec ses trois mouvements bien définis, le Concerto en sol majeur se souvient de l’épure mozartienne, quand le Concerto en ré majeur en un seul mouvement paraît sombre, rude, implacable, tel un écho à l’effondrement final de La Valse, conçue dix ans auparavant.

    Le soliste – avec sa seule main gauche – doit y affronter l’Everest, un orchestre pratiquement trois fois plus imposant que dans l’autre concerto, et des défis techniques presque inhumains. Une fois encore, le souvenir traumatique de la Grande Guerre imposait l’inouï à Ravel ; il imagina en définitive l’inconnu. L’hymne à la vie qu’impose l’écoute du Concerto en sol majeur, œuvre commencée avant et terminée après l’autre, est peut-être une illusion ; la douleur y est en réalité transfigurée, dans l’évocation d’un souvenir au long du sublime Adagio assai, ou par l’ivresse de l’espoir dans le pétillant Presto final.

    Des teintes d’une beauté lunaire

    Yeol Eum Son saisit avec maestria le caractère ambivalent des deux Concertos, les fondant quasiment en un. Sous ses doigts, une égale obscurité, discrète, se dévoile autant dans l’un que dans l’autre. Dirigé par leur directrice musicale Anja Bihlmaier, les musiciens de l’Orchestre de la Résidence de la Haye offrent à la pianiste (née en 1986) des phrasés lyriques et des teintes d’une beauté lunaire.

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    Pour la Coréenne, les Concertos de Ravel évoquent les horreurs de la Grande Guerre autant qu’un moment de l’histoire de son pays, les guerres qui ont ébranlé le continent européen au début du XXe siècle faisant écho aux premiers mouvements d’indépendance de sa nation. En forme de postlude, les quatre pièces de Johann Sebastian Bach présentées ici dans des arrangements pour la seule main gauche de Paul Wittgenstein forment alors davantage qu’une échappée. Elles constituent, après les champs de ruines, le vrai moment de réparation.

    Jérémie Bigorie

    Ravel (Concertos), Bach/Wittgenstein – Yeol Eum Son (piano), Orchestre de la Résidence de La Haye, dir. Anja Bihlmaier (1 CD Naïve)

    Décernés chaque semaine, les Trophées Radio Classique priment un nouvel album, mis à l’honneur notamment dans l’émission « Tous Classiques » de Christian Morin.

     

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  • Le contre-ténor JJ, représentant l’Autriche, remporte le concours de l’Eurovision

    Voix très haut perchée et sourire angélique : le chanteur JJ a signé à Bâle le premier triomphe de l’Autriche à l’Eurovision depuis Conchita Wurst en 2014. À 24 ans, le jeune contre-ténor austro-philippin, formé à la musique classique à Dubaï, continue d’étudier l’art lyrique à Vienne.

    Avec Wasted love, qui propulse des aigus de soprano entre deux refrains de ballade avant de culminer en envolée techno, l’Autriche aura fait un choix risqué mais payant: la chanson a obtenu 436 points lors de la soirée du concours de l’Eurovision. “Cela dépasse mes rêves les plus fous. C’est fou“, a déclaré JJ – Johannes Pietsch de son vrai nom – après sa victoire, le trophée à la main.

    “Cela surprend les gens qu’un homme puisse chanter aussi haut“, racontait fin avril  le contre-ténor austro-philippin de 24 ans lors de sa préparation au concours dans les studios du service public de télévision ORF.. Un étonnement virant à la fascination auquel s’est habitué le mélomane ayant grandi à Dubaï avant de faire ses gammes avec des petits rôles à l’Opéra de Vienne.

    JJ a hérité du goût de son père autrichien pour le classique

    Même s’il dit apprécier le « monde classique » qui fait rayonner l’Autriche au-delà de ses frontières et où “tout est très strict“ JJ veut aussi pouvoir avoir la « liberté de se défouler » et « d’expérimenter ». Il a donc jeté son dévolu sur un mélange connu sous le nom de pop opératique, une « approche interdisciplinaire et transgressant les genres qui enrichit la pensée et favorise les échanges créatifs“,  applaudit Andreas Mailath-Pokorny, le recteur de la Musik und Kunst Privatuniversität der Stadt Wien (MUK), où JJ étudie encore l’art lyrique.

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    Connaissez-vous le contre-ténor ?

     

    Le don de JJ pour les langues lui vient de sa scolarisation dans un établissement international des Emirats, où son père autrichien, un informaticien, avait monté son entreprise. C’est de lui qu’il a hérité du goût pour le classique, JS Bach et WA Mozart en tête, alors que sa mère, originaire des Philippines et cuisinière, écoutait Céline Dion et Whitney Houston. Allemand, anglais, tagalog, arabe et français: JJ peut utiliser ses quatre octaves comme bon lui semble, un atout quand le concours est aussi massivement suivi en dehors du continent européen.

    La chanteuse française Louane classée septième

    La victoire d’un artiste de formation lyrique dans ce concours est assez inédite, même si le répertoire classique a été entendu à l’Eurovision dès les années 1950 et s’est progressivement fondu dans d’autres styles avec des succès divers, le groupe italien Il Volo ayant réussi à se hisser en 2015 à la troisième place.

    La représentante française, la chanteuse Louane, avec sa chanson Maman, a terminé cette édition 2025 du concours de l’Eurovision à une “décevante“ 7e place alors qu’elle était annoncée comme l’une des favorites de cette compétition.

    Et c’est l’Autriche qui remporte l’#Eurovision2025 !

    Congratulations Austria , et bravo @louane qui nous a magnifiquement représentés !

    Retrouvez toutes les prestations de ce soir et le replay sur https://t.co/hbLxAmmRIW https://t.co/HbL6dUeOvE pic.twitter.com/xiD6iG0P21

    — Eurovision France (@EurovisionF2) May 17, 2025


    Philippe Gault (avec AFP)

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  • Esther Abrami violoniste et star des réseaux sociaux : «La musique classique, c’est l’amour de ma vie !»

    Esther Abrami sort son nouvel album intitulé Women. Véritable voyage à travers les siècles, c’est aussi une ode aux compositrices oubliées. Invitée du Journal du Classique, elle dévoile les coulisses de la création de son album et revient sur son parcours.

    Votre album, Women, déjà le 3ᵉ, est sorti il y a quelques jours. Il rassemble une quinzaine d’œuvres de différentes compositrices. Est-ce que jouer des compositrices méconnues, c’est le principe du programme que vous avez bâti ?

    On part du Moyen Âge pour aller jusqu’à aujourd’hui avec des compositrices qu’on ne connaît principalement pas. C’est une découverte ! Faire cet album, ça a été une aventure assez incroyable, extrêmement intéressante et aussi prenante ! Il y a certaines compositrices qui ont un lien avec l’Angleterre ou l’Irlande et ayant vécu et ayant étudié là-bas, c’est comme ça que j’ai commencé à les connaître. Il y a aussi eu un moment où j’ai cherché un concerto pour violon écrit par une femme. J’ai mis beaucoup de temps à le trouver ! Je me suis retrouvée vraiment dans des playlists YouTube de morceaux inconnus. Mais je ne suis pas arrivée là toute seule : cet album, il existe aussi avec toutes les recherches et les articles qu’ont fait d’autres personnes auparavant !

    Vous dites « c’est un voyage à travers les siècles raconté par celles qui ont vécu, combattu et créé par vents et marées ». C’est la colonne vertébrale de votre disque et de votre façon aussi d’aborder la musique classique ?

    C’est vrai ! Je trouve que c’est toujours très intéressant de raconter les histoires des compositeurs et des compositrices. Les anecdotes c’est souvent la seule chose dont les gens se rappelle ! Ensuite ils n’écoutent pas la musique de la même façon !

    Votre grand-mère était violoniste ?

    Je l’ai connu. Ça a été la première, à me mettre un violon dans les mains quand j’avais 3 ans. Elle m’a donné son petit violon, son 8e sur lequel elle a joué. Ce jour-là je pense qu’elle ne s’est pas imaginé que je deviendrais violoniste !

    Vous avez poursuivi vos études en Grande-Bretagne. Pourquoi ce choix ? 

    A 14 ans j’ai fini le conservatoire d’Aix-en-Provence et dans ma classe au collège, personne ne voulait faire de la musique alors je me sentais seule. On a donc demandé autour de nous et on a appris qu’il y avait des écoles en Angleterre spécialisées en musique. J’ai auditionné là-bas, et j’ai été prise ! Je suis donc partie toute seule en ne parlant pas un mot d’anglais !

    Vous dites que, la compositrice du 19 ème siècle et Pauline Viardot, et aussi présente dans votre album, a été une « influenceuse » ?

    Cela m’est venu quand j’essayais de trouver des adjectifs pour décrire toutes ces compositrices. Tout le monde connaissait Pauline Viardot dans le monde de la culture à l’époque.

    Pauline Viardot une influenceuse avant l’heure ?

    Grâce à son influence elle a réussi à faire programmer certains compositeurs en qui elle croyait !

    Qu’est-ce qui vous a donner envie de montrer la musique classique ?  

    C’est vraiment venu d’un moment de solitude. Quand j’étais au Royal College of Music, c’était dur, je travaillais énormément et je me suis sentie très seule, enfermée dans ma salle de travail toute la journée. J’ai vu des gens qui partageaient plein de choses sur Instagram. Quand j’ai commencé, il n’y avait vraiment personne dans la musique. Alors j’ai posté ma première vidéo. Et les gens ont adoré ! Ça m’a encouragé à continuer et ça a touché des personnes partout dans le monde et de pleins d’univers différents.

    Vous dites que vous avez « réussi à faire connaître et aimer la musique classique à des jeunes qui n’en avaient jamais écouté auparavant ». C’est bien une mission réussie ?

    Beaucoup de spectateur me disent que c’est la première fois qu’ils viennent à mes concerts et qu’ils écoutent ce style de musique.

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    Je suis aussi de plus en plus surprise de voir le nombre de petites filles et de jeunes filles qui viennent à mes concerts et qui suivent ce que je fais ! Donc oui c’est réussi !

    Vous dites également qu’« on dit parfois que je dépoussière la musique classique. Il faut savoir que la musique classique n’a rien de poussiéreux. » Que représente la musique pour vous ?

    La musique classique, c’est l’amour de ma vie !  Et pour revenir à la citation, je n’essaie pas de changer la musique, qui est incroyable, mais plutôt l’image qu’on peut s’en faire. Elle peut nous faire ressentir des choses très profondes.

    Du classique à l’Olympia

    C’est d’ailleurs qui m’a donné envie de devenir musicienne, ce pouvoir de faire revenir des souvenirs extrêmement intime à des personnes que l’on ne connaît pas.

    Vous serez à l’Olympia en préparation le 23 novembre à Paris. Ce n’est pas du tout une salle de musique classique, et ce n’est pas un public de musique classique. Quel programme allez-vous proposer ?

    Ce sera celui du dernier album, Women. Il y aura quand même quelques morceaux des albums précédents. Je serais accompagnée par l’Orchestre de Chambre de Toulouse et nous aurons quelques invitées surprises pendant le concert ! Ce n’est pas une salle classique, mais c’est une salle mythique ! J’ai trouvé ça assez intéressant d’amener du classique dans cette salle.

    Jean-Michel Dhuez

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