En janvier 1910, Paris vit l’une des plus grandes catastrophes naturelles de son histoire : la crue centennale de la Seine. Entre scènes de solidarité, paralysie urbaine et bouleversements politiques, la capitale se transforme en un étrange décor de carte postale. Retour sur cet épisode hors du commun à travers sept faits marquants.
1 – Le Zouave du Pont de l’Alma a de l’eau jusqu’au torse
L’année 1909 s’achève sous des trombes d’eau. Juin voit la neige tomber à Châteaudun, puis l’été s’étire en averses continues, et l’automne n’apporte aucun répit. Les nappes phréatiques saturent, la Seine et ses affluents gonflent. À partir du 15 janvier 1910, un défilé de perturbations traverse l’Europe. L’Yonne et le Loing, principaux affluents du fleuve, se transforment en torrents incontrôlables. Paris, alors dotée d’un réseau d’égouts moderne et d’un système de surveillance à la pointe, ne se doute pas encore de l’ampleur du désastre qui s’annonce.
COLLECTION YLI/SIPA
Le 18 janvier, le Zouave du pont de l’Alma, célèbre repère du niveau de la Seine, a les pieds dans l’eau, et les eaux monteront encore jusqu’à son torse. À 3 mètres, l’alerte est lancée, mais la ville reste confiante. Pourtant, la montée des eaux s’accélère, et la capitale bascule dans l’inédit.
2 – Paris, ville morte, un couvre-feu est instauré
Le 20 janvier, la navigation fluviale est interdite : les bateaux ne passent plus sous les ponts, les courants deviennent tumultueux. L’eau s’infiltre dans les galeries du métro, coupant la ligne 12 en construction et bientôt toutes les autres. La ville s’arrête. Les quais débordent, la cour de Rome devant la gare Saint-Lazare devient un lac, les rues les plus proches de la Seine se transforment en canaux. Un couvre-feu est instauré pour éviter les pillages dans les quartiers désertés.
3 – Comme à Venise, Paris est couverte de passerelles pour circuler
Pour permettre la circulation des piétons, des passerelles de fortune sont dressées sur tréteaux et chaises. La presse rebaptise la capitale « Paris-Venise ». Les badauds affluent, les photographes immortalisent la scène, et les cartes postales s’impriment à la chaîne.
Grandes inondations de 1910: l’Avenue Daumesnil. Paris, FRANCE – Crédits : COLLECTION YLI/SIPA
Mais derrière l’aspect pittoresque, la paralysie s’installe : centrales à air comprimé, horloges municipales, usines à gaz, éclairage public, tramways et trains cessent de fonctionner. Même le charbon manque, alors que l’hiver s’annonce glacial.
4 – La crue de tous les records : 50.000 soldats mobilisés, 200.000 sinistrés
Au plus fort de la crue, le préfet de police Louis Lépine prend les commandes. Petit homme à la barbe blanche, il coordonne sapeurs-pompiers, armée et police fluviale. 75 000 chevaux sont réquisitionnés, des centaines de barques à fond plat arrivent de Brest pour livrer pain et eau. L’armée mobilise 50 000 soldats pour construire barrages, canaux d’évacuation et passerelles.
La solidarité s’organise dans les immeubles : les habitants du rez-de-chaussée trouvent refuge à l’étage, les réfugiés affluent de banlieue. Les associations caritatives, sous la houlette de la Croix-Rouge, distribuent repas, lait, bouillon et pompes pour lutter contre les eaux. On estime à 200 000 le nombre de sinistrés.
5 – La crue de la Seine, un coup monté ?
Le président Armand Fallières visite les zones sinistrées, accompagné du chef du gouvernement Aristide Briand et du ministre Alexandre Millerand. Le gouvernement débloque 2 millions de francs en urgence, puis 20 millions pour soutenir commerçants, artisans et propriétaires. L’opposition de droite s’empare de la catastrophe pour critiquer la politique laïque et la gestion des travaux publics. Des rumeurs accusent même les entreprises juives ou allemandes d’avoir provoqué la crue par la déforestation. Aristide Briand réagit vite et commande un rapport à Alfred Picard, ingénieur des ponts et chaussées, qui conclut à l’exceptionnelle saturation des sols.
6 – Ces crues à Paris ont fait un seul mort dans la capitale, 6 en banlieue
Le 29 janvier, la Seine atteint son pic à 8,62 mètres. La décrue s’amorce, mais deux nouvelles crues suivent en février. Il faudra attendre la mi-mars pour que le fleuve retrouve son lit. Au total, 12 arrondissements parisiens sont inondés, 720 hectares submergés, 20 000 immeubles endommagés à Paris, 30 000 maisons en banlieue, et 400 millions de francs de dégâts, l’équivalent de plusieurs milliards d’euros aujourd’hui. Le bilan humain reste limité : un mort à Paris, six en banlieue.
La grande crue de la Seine de 1910 : ces inondations historiques qui ont paralysé Paris pendant des semaines
Après la décrue, Paris doit faire face à la boue, aux détritus et à la menace de maladies.
7 – Paris porte encore aujourd’hui les traces de la crue de 1910
Pourtant, les traces de la catastrophe demeurent : sur de nombreux immeubles proches de la Seine, les marques indiquant le niveau atteint en 1910 restent visibles, rappelant que près d’un million de personnes vivent aujourd’hui en zone inondable.
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Plus d’un siècle après, une question persiste et hante les esprits des Parisiens comme des experts : est-ce que cela pourrait recommencer ? Chaque hiver, ces vestiges sur les façades témoignent que la capitale n’est jamais totalement à l’abri d’un nouvel épisode d’inondation.
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Cet article Crue de la Seine à Paris en 1910 : 7 faits méconnus sur cet évènement climatique historique est apparu en premier sur Radio Classique.