Icône du féminisme et figure majeure de la littérature moderne, Virginia Woolf a transformé ses blessures intimes en chefs-d’œuvre universels. Derrière la romancière se cache une femme d’une lucidité bouleversante, à la fois brisée et visionnaire. Retour sur la vie aussi tourmentée qu’extraordinaire de cette femme pleine de ressources.
Les Cornouailles, un échappatoire à l’autorité paternelle
Née en 1882 à Londres, dans une famille cultivée mais rigide, Virginia Stephen grandit dans un univers dominé par la figure paternelle, Leslie Stephen, intellectuel autoritaire, et la soumission de sa mère, Julia. Ses frères sont envoyés dans les prestigieuses écoles anglaises, tandis qu’elle et ses sœurs reçoivent leur éducation à domicile. Entre contraintes domestiques et aspirations intellectuelles, la jeune Virginia forge son regard sur la condition féminine. Pourtant, c’est dans la lumière des Cornouailles, à St Ives, que naissent ses plus beaux souvenirs : le phare de Godrevy, la mer, la maison familiale… Autant de moments, entre la nostalgie de l’enfance et la dureté de la vie adulte, qui irriguent toute son écriture.
Virginia Woolf face au mal méconnu de la bipolarité
Fragile, hypersensible, Virginia Woolf n’a jamais caché sa fragilité mentale. Elle est suivie par une vingtaine de médecins, et souffre de crises maniaques et de dépressions sévères dès la mort de sa mère, lorsqu’elle avait 13 ans. Malgré le soutien, parfois étouffant, de son mari Leonard, elle se sent inexorablement glisser. Sa dernière lettre, adressée à celui-ci avant de se jeter dans la rivière Ouse en 1941, reste l’un des adieux les plus déchirants de la littérature : « Je sens que je vais devenir folle. […] Je ne pense pas que deux personnes pourraient être plus heureuses que nous l’avons été. » Aujourd’hui, les spécialistes la diagnostiquent comme bipolaire, un trouble autrefois méconnu.
La lecture comme premier refuge
Avant d’être romancière, Virginia Woolf était une insatiable lectrice. Son père lui ouvre très tôt la bibliothèque familiale, véritable sanctuaire où elle découvre les grands auteurs anglais. De cette passion naît une discipline intellectuelle sans relâche.
Lire pour survivre, écrire pour exister
Elle écrit pour The Guardian, puis cofonde avec Leonard la Hogarth Press en 1917, une maison d’édition indépendante où seront publiés Katherine Mansfield et Freud par exemple. L’écriture devient pour elle un combat, une forme de survie.
Une chambre à soi, une œuvre féministe avant-gardiste
Avec Une chambre à soi (A Room of One’s Own, publié en 1929), Virginia Woolf signe un texte fondateur du féminisme moderne. Elle y affirme qu’« une femme doit avoir de l’argent et une chambre à soi si elle veut écrire de la fiction. » Ce manifeste pose la question des conditions matérielles et sociales nécessaires à la création féminine.
Sophie Germain, la femme qui a défié les chiffres et les préjugés de son siècle
Pour Virginia, le génie littéraire n’a pas de sexe. Elle milite ainsi pour une écriture affranchie de la domination masculine, où la femme pense et crée pour elle-même.
Une idylle avec la poétesse Vita Sackville-West
Virginia Woolf rejette les modèles de couple imposés par son époque. Si elle forme avec Leonard un duo intellectuel fort, son cœur s’éprend de Vita Sackville-West, également écrivaine. Leur relation, à la fois amoureuse et littéraire, inspire Orlando (1928), roman où le héros change de sexe et traverse les siècles, une célébration de la fluidité et de la liberté. Virginia refuse toute identité figée : ni épouse modèle, ni militante dogmatique, ni simple victime. Elle veut être capable d’embrasser toutes les nuances de l’âme humaine.
Franck Ferrand raconte la vie de Virginia Woolf, génie de la littérature en quête de liberté, d’écriture et d’équilibre, face à ses propres ténèbres.
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