L’Affaire Bétharram a-t-elle jeté la suspicion sur l’ensemble de l’enseignement catholique ? L’Education nationale a lancé des inspections dans le privé pour éviter que d’autres jeunes soient victimes d’abus. Parallèlement, l’établissement des Pyrénées-Atlantiques visé par près de 250 plaintes d’anciens élèves compte fermer son site historique et déplacer les élèves dans les autres lieux rattachés à ce groupe scolaire.
Cécile Cornudet, éditorialiste aux Echos et Jean-François Colosimo, essayiste, théologien et éditeur ont débattu de ces inspections dans l’émission Esprits Libres de ce mardi.
Le Figaro titre : « L’enseignement privé dénonce une suspicion généralisée ». L’Éducation nationale a lancé des inspections dans des établissements privés pour savoir comment ça se passe, pour être sûr que ce qui s’est passé à Bétharram ne se renouvelle pas. Et évidemment le balancier penche à l’extrême avec, dénonce Le Figaro, des questionnaires précis, des élèves écoutés par les inspecteurs sans la présence d’un adulte, les cartables fouillés. Bref, c’est le retour de la querelle scolaire ?
JEAN-FRANÇOIS COLOSIMO : Oui, c’est une tentation constante qui est inscrite dans le cerveau reptilien français de l’Éducation nationale. Cet excès de républicanisme laïciste, qui fait que l’école publique va très mal, ne peut pas supporter que l’école catholique sous contrat aille très bien. C’est le fond de l’histoire.
Et pourtant c’est déclenché par Bétharram.
J-F.C. : Bétharram c’est une horreur, mais c’est une horreur qui a une histoire. C’est aussi un passé qui rejoint d’ailleurs celui des affaires de pédophilie commises par des clercs. Aujourd’hui, l’Église catholique en France, que ce soit dans ses propres institutions ou dans ses écoles qui se revendiquent de son message, est extrêmement attentive. Et là d’un coup, on voit un déchaînement de procédures qui sont quasiment inquisitoriales. Il faut le dire. On cherche des preuves d’une suspicion qui est largement affirmée. On va jusqu’à questionner sur les pratiques religieuses. Si on veut vraiment être de retour en 1793, il faut le dire !
« L’enseignement privé attire, l’enseignement public fait fuir » selon Cécile Cornudet
Le ministère de l’Éducation nationale est allé jusqu’à reconnaître des comportements inacceptables et annoncer des recadrages sur le terrain. Les chefs d’établissement s’inquiètent de cette remise en cause du caractère propre de leur enseignement.
J-F.C. : Je crois que c’est une querelle qui n’a jamais été réglée, mais elle est d’autant moins réglée que aujourd’hui, malheureusement, l’Éducation nationale publique, de l’école maternelle au baccalauréat, assiste à un véritable désastre. Ce désastre joue en faveur d’une école catholique qui rappelle qu’elle est surtout catholique, elle n’est pas là simplement pour répondre à l’angoisse de parents qui voudraient des boîtes à bac et des boîtes de réussite. C’est une question de valeurs que promeut l’école catholique sous contrat, qui obéit à l’Éducation nationale. Des valeurs de solidarité et de charité, qui nous manquent cruellement aujourd’hui. Tout ça, on veut le faire disparaître de manière obstinée. Si véritablement les inspecteurs de l’Éducation nationale pensent qu’ils n’ont que ça à faire, nous sommes vraiment dans une forme de désastre moral.
CÉCILE CORNUDET : Jean-François Colosimo a raison : l’arrière-fond, c’est une jalousie. L’enseignement privé attire, l’enseignement public fait fuir et ça réveille. Ce n’est pas au niveau du ministre, il n’y a pas une volonté politique aujourd’hui – contrairement à certaines époques – de taper sur l’enseignement privé, de remettre en question les financements. Mais il y a chez les inspecteurs, imprégnés de cette culture de rivalité entre les deux systèmes, quelque chose qui peut se réveiller à l’occasion de scandales comme celui de Bétharram. Pour essayer de sortir de cette guerre franco-française, l’enseignement catholique a intérêt à la transparence, à l’ouverture, à faire remonter les cas qui ne vont pas, parce que c’est ça qui crée la suspicion et qui crée des délires chez certains inspecteurs. De l’autre côté, évidemment, l’école publique a intérêt à s’inspirer de ce qui se fait de mieux dans l’école privée, à remettre en avant le mérite.
L’inclusion des enfants handicapés à l’école, un sujet tabou
Il y a un sujet un peu tabou en ce moment qui crée vraiment une divergence, c’est celle de l’inclusion. L’inclusion des enfants à problèmes, handicapés, même psychologiquement. C’est une politique au départ lancée par Jacques Chirac, ultra généreuse. Il y a le besoin de ne pas enfermer ces enfants dans des institutions, mais on a été trop loin, on a fermé trop d’institutions. Le privé peut les refuser, le public ne le peut pas. Il y a plein de témoignages d’enseignants, y compris de maternelle, de petites écoles de quartier qui disent : c’est ingérable, parce qu’on a parfois 3 ou 4 enfants avec de vrais cas psychologiques dans la classe.
Et il faudrait que l’enseignement catholique partage cette charge ?
C.C. : Il faut qu’on repense de façon plus équilibrée cette politique en ne mettant pas systématiquement les enfants dans les écoles. C’est un sujet qu’on ne peut pas porter politiquement. Éric Zemmour avait un peu essayé pendant la campagne 2022, il était apparu comme un affreux facho, mais il y a un sujet. Dès que vous rencontrez un enseignant du primaire ou de la maternelle, il vous en parle.
Jean-François Colosimo, qu’est-ce qui fait que des gens parfois quittent le public pour le privé, y compris d’ailleurs des gens qui ne sont pas de religion catholique et qui mettent leurs enfants, qu’ils soient de culture arabo-musulmane ou de culture juive, dans le privé catholique ? Qu’est-ce qui fait que ça marche mieux, de l’avis de certains ?
J-F.C. : Quand on dit privé, on dit un sens de la responsabilité, une défense de la marque, une forme de concentration des forces sur des objectifs, le fait qu’on a aussi un personnel qui partage certaines valeurs. Beaucoup de parents veulent savoir où est leur enfant, ne veulent pas qu’il se trouve à la rue parce qu’un professeur est absent une fois de plus. Ils veulent, quand ils téléphonent pour avoir un rendez-vous, avoir quelqu’un au bout du fil, avoir ce rendez-vous de manière rapide. C’est aussi prosaïque que ça. Il y a autre chose, c’est qu’ils savent que malgré tout, l’Église catholique depuis Vatican II est engagée dans le respect des autres traditions religieuses ou philosophiques. Ils savent très bien que leurs enfants ne vont pas être mis dans une fabrique de petits catholiques à tout prix.
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Cécile Cornudet, la rançon de cette excellence, c’est que la concentration des problèmes et la charge politique assignée à l’Éducation nationale, c’est de résoudre maintenant quasiment tous les problèmes que les parents sont incapables de résoudre. On demande à l’école publique de former les enfants à l’écologie, au respect de la personne, de faire l’éducation sexuelle, de lutter contre la violence, d’apprendre à dire merci, bonjour, au revoir. Bref, on délègue tout à l’Éducation nationale !
C.C. : Je pense qu’il n’y a pas plus difficile aujourd’hui que le métier d’enseignant dans l’Éducation nationale. Ils sont souvent débordés. Et effectivement, on sent que le parent, la famille est quasiment un adversaire. Alors que dans le privé, plus souvent, il y a une notion de contractualisation, on échange avec vous, c’est un partenaire. Alors il ne faut pas non plus être complètement angélique, il y a des dérives dans certains établissements, forcément.
J-F.C. : Absolument, et je crois que c’est l’honneur de l’enseignement catholique de s’attacher véritablement à combattre toute forme de dérive et particulièrement des dérives…
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