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C’est une initiative vertueuse et inspirante, financée personnellement par Manfred Honeck. Le grand chef d’orchestre autrichien, reconduit à la tête de l’Orchestre Symphonique de Pittsburgh jusqu’en 2033, va offrir dès cette saison des places aux étudiant(e)s qui souhaitent découvrir la musique classique.
Après la prolongation, annoncée en juin dernier, de son contrat jusqu’à 2033, Manfred Honeck deviendra le directeur musical à avoir effectué le plus long mandat, 25 ans, à la tête du Pittsburgh Symphony Orchestra (PSO) depuis sa création il y a 131 ans. Pour marquer cette nouvelle étape en Pennsylvanie, le chef d’orchestre autrichien de 68 ans a pris une initiative inédite afin de rajeunir le public.
À partir du début de cette saison, tout nouvel étudiant(e) qui s’inscrira au programme de billetterie à prix réduit de l’orchestre se verra ainsi proposer un billet gratuit pour le concert de son choix donné par le Pittsburgh Symphony Orchestra au Heinz Hall. L’abonnement à ce programme, le PSO Go, permet aux étudiants adhérents de bénéficier de deux places au prix très raisonnable de 15 dollars chacune par concert tout au long de la saison.
« Lorsque j’ai renouvelé mon contrat, j’ai longuement réfléchi à une initiative particulière et j’ai conclu qu’il était primordial d’inciter les étudiants à assister aux concerts. Un jeune qui n’a jamais entendu un orchestre en direct ne peut pas encore savoir si cette musique est faite pour lui. J’espère simplement les aider à franchir le pas de la porte. Si le prix de cette première place constitue un obstacle, alors qu’elle soit mon cadeau, et je laisserai notre musique faire le reste », a déclaré Manfred Honeck qui prendra à sa charge le coût de cette opération exemplaire.
Une initiative soutenue par la présidente du PSO, Melia Tourangeau, qui y voit également « une volonté d’étendre davantage notre présence dans la région au cours des années à venir. Il est tout à fait à l’image de Manfred de prendre personnellement cette première initiative ».
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Les étudiants concernés auront ainsi la chance d’assister gratuitement à la soirée de gala intitulée « Opening Night Gala: Beethoven and Brilliance », qui ouvrira la saison le samedi 26 septembre avec un programme consacré à des œuvres de Georges Bizet, Leonard Bernstein, Chick Corea et, surtout, au Concerto pour piano n° 5 de Ludwig van Beethoven qu’interprétera Lang Lang.
Selon le site spécialisé Slippedisc, l’initiative de Manfred Honeck a déjà inspiré son ami Fabio Luisi, le directeur musical de l’Orchestre Symphonique de Dallas qui offrira des places gratuites aux étudiant(e)s souhaitant s’abonner aux concerts de la grande formation texane.
Philippe Gault
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Comme beaucoup de secteurs touristiques cet été, les châteaux ont aussi vécu une baisse de fréquentation durant la grande saison, après plusieurs années fastes. Selon l’association des châteaux de la Loire, les différents domaines de la région ont vu une baisse moyenne de fréquentation entre 15 et 20% aux mois de juin et de juillet.
En Indre-et-Loire, au château de Chenonceau, même les pierres de tuffeau du XVIe siècle n’ont pas suffi à protéger les visiteurs de la chaleur. Si les touristes étrangers ont maintenu leurs visites, les Français ont davantage renoncé à leurs sorties, avec, pour résultat, 10 % de baisse de fréquentation au début de l’été.
« Il y a beaucoup de pièces très chaudes. On a installé des ventilateurs dans la plupart des salles, mais dans un monument historique classé, c’est la seule chose que l’on puisse faire, on ne peut pas climatiser l’entièreté d’un château, ce n’est pas possible. On a des règles architecturales à suivre », affirme Caroline Darras, directrice des projets culturels au château de Chenonceau.
Même si le domaine a aussi été victime de la chaleur, elle estime que le Château de Chenonceau a eu plus de chance que d’autres lieux.
« Chenonceau s’en tire très bien. Avec 120 hectares de bois, les visiteurs savent que s’il fait trop chaud dans le château, ils vont se promener dans les bois. On loue aussi des barques, le fait d’être sur l’eau c’est beaucoup plus agréable », note-t-elle.
La fréquentation revient peu à peu à la normale en ce mois d’août. Mais cet été 2026 va laisser des traces et amener les directeurs de domaine à revoir leur stratégie pour les années à venir.
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« La grande saison de l’été est sans doute derrière nous. On s’aperçoit que les mois de novembre et décembre, au moment des vacances de Noël sont des fortes périodes. En 2024, nous avons fait plus d’entrées en novembre et décembre qu’en juillet et août », explique Alexis Rousseau-Jouhennet, directeur du château de Valençay dans l’Indre et secrétaire général de l’association des châteaux de la Loire.
Désormais, son objectif est clair : cap sur la période des fêtes de fin d’année pour compenser le manque à gagner de la première partie de l’été.
Vincent Danilo
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En mai 1926 à Paris, l’ancien président ukrainien Symon Petlioura est assassiné en pleine rue par un compatriote qui dit vouloir venger les victimes des pogroms. Un procès retentissant aboutira à une conclusion inattendue.
Ecoutez l’épisode des Grands Dossiers de l’histoire en intégralité :
Le 25 mai 1926, dans le quartier de Saint-Michel à Paris, un homme élégant, âgé de 47 ans, sort d’un restaurant très célèbre, le Bouillon Racine. Il s’arrête devant l’étal de la librairie Gibert quand, derrière lui, un homme en tenue d’ouvrier l’interpelle et crie : « Petlioura ! ». Ils échangent quelques mots. L’ouvrier brandit alors un revolver et tire cinq coups. La victime s’effondre.
L’assassin se laisse arrêter et conduire au commissariat de l’Odéon, pendant que l’homme abattu est identifié : il s’agit de Symon Petlioura, président de l’éphémère République ukrainienne, entre février 1919 et octobre 1920. Il sera enterré au cimetière du Montparnasse, où se trouve encore sa tombe aujourd’hui. L’affaire est racontée en détail dans Le Dossier Petlioura de Gilles Antonowicz publié aux éditions du Rocher.
Petlioura est un social-démocrate. La jeune République ukrainienne se battait alors à la fois contre l’armée blanche tsariste et contre l’Armée rouge bolchevique, qui avait l’intention de l’envahir. Les républicains, puis les Blancs, ont été vaincus par les Rouges. L’Ukraine a alors été intégrée à l’Union soviétique, dès 1922, dans un système déjà dominé par Staline. Petlioura a dû partir en exil. Voilà pourquoi il se trouvait à Paris.
Au commissariat de l’Odéon, le meurtrier décline son identité : Sholem Schwartzbard, horloger à Ménilmontant. Né en Bessarabie, il a été naturalisé français quelques mois plus tôt. Il dit avoir tiré sur Petlioura parce que l’ancien président ukrainien avait ordonné des pogroms contre les Juifs d’Ukraine.
Le juge d’instruction qui examine l’affaire relève plusieurs incohérences. Il se fait une idée plus précise de l’affaire. En passant en revue les fréquentations de Schwarzbard, il découvre qu’il est membre d’une association ukrainienne subventionnée par la République socialiste soviétique d’Ukraine, autrement dit directement par Moscou. Plusieurs témoins assurent aussi qu’il fréquentait un Russe, Volodine, qui pourrait être un agent soviétique.
Le juge ne parvient pourtant pas à démontrer que Volodine aurait pu inciter Schwarzbard à tuer Petlioura. Il clôt son instruction et ne creuse pas la piste soviétique.
Schwarzbard est donc renvoyé devant la cour d’assises de la Seine tout seul. On considère que c’est l’acte non d’un fanatique isolé. En attendant, il encourt la peine de mort.
Lors du procès, plutôt que de lui chercher des circonstances atténuantes, son avocat Maître Torres – un ténor du barreau – vise l’acquittement pur et simple. Il présente Schwarzbard comme la victime, et Petlioura comme le coupable de la mort de centaines de milliers de Juifs.
Torres a même fait le voyage jusqu’en Ukraine, à la recherche d’un ordre écrit de Petlioura qui aurait ordonné les massacres. Il n’a rien trouvé de tel.
Vient alors le moment des plaidoiries finales. « Pour l’accusation, Schwarzbard a bel et bien été le bras armé des Soviétiques. La vengeance des pogroms est un faux mobile. Le vrai mobile, c’est que Staline a voulu liquider le chef potentiel d’une Ukraine libre. Et l’assassinat de Petlioura, d’ailleurs, a eu lieu treize jours après le retour au pouvoir, en Pologne, d’un Premier ministre hostile à l’URSS » écrit Gilles Antonowicz.
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Cette lecture paraît très probable, tant l’ombre de Moscou plane sur cette affaire. Mais l’avocat général ne requiert pas la peine de mort. Il suggère même aux jurés de répondre non à un certain nombre de questions, afin qu’ils puissent déclarer l’accusé coupable sans l’envoyer à l’échafaud.
Maître Torres, pour la défense, plaide quant à lui que Petlioura était responsable des pogroms et que son assassinat était justifié.
Dans la salle, des applaudissements éclatent. L’audience s’achève. Les jurés se retirent, puis reviennent une demi-heure plus tard à peine. Autant dire que les délibérations ont été extraordinairement courtes. Comme cela arrivait parfois à l’époque de la peine de mort, ils n’ont pas envie d’envoyer cet homme à la guillotine, ni même au bagne ou en prison. Ils acquittent Schwarzbard. Celui-ci émigre aux États-Unis, puis en Afrique du Sud. Il a tenté de s’installer en Palestine, mais son visa a été refusé par les Britanniques.
Franck Ferrand
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Alors que la consommation de poulet ne cesse d’augmenter, les producteurs ont du mal à suivre la demande. Focus sur le marché de la volaille.
C’est un écart qui se creuse et qui commence à inquiéter dans l’industrie agroalimentaire. En effet, les Français n’ont jamais autant mangé de poulet. L’an dernier, chacun d’entre nous a consommé en moyenne 26 kilos de poulet. C’est plus du double de ce qu’on mangeait en 2000. C’est une véritable « poulet-mania », qui contraste avec le recul de la consommation des autres viandes en France.
Depuis 25 ans, on mange un peu moins de porc, même si ce produit reste la viande la plus consommée par les Français. Et surtout, on a beaucoup ralenti sur la viande bovine avec à peine 20 kilos avalés par an et par habitant.
C’est plutôt une bonne nouvelle pour l’environnement car la production de viande blanche émet moins de gaz à effet de serre que la viande rouge. Mais le problème, c’est que la production en France n’arrive pas à suivre l’explosion de la demande. Aujourd’hui, nos éleveurs de poulets ne peuvent même pas couvrir la moitié de la consommation.
La solution pour satisfaire cette demande, c’est d’augmenter les importations. L’an dernier, la France a fait venir depuis l’étranger plus de 900 000 tonnes de poulet, soit une augmentation d’un quart des volumes si on compare à la moyenne des 5 dernières années. C’est surtout plus du double de ce qu’on est capable d’exporter.
Le solde commercial de la France dans le poulet est donc clairement négatif. Et cet appétit dévorant des Français pour la volaille, ce sont les éleveurs polonais qui en profitent le plus avec environ 1/3 de nos importations.
On se fournit également dans d’autres pays européens, mais aussi et de plus en plus en Asie, en Thaïlande notamment, et depuis peu en Chine. Car si les Chinois raffolent des pâtes, des ailes et des cuisses de poulet, ils sont en revanche un peu moins fans des filets qu’ils exportent vers l’Europe et dans des quantités de plus en plus importantes.
La consommation de volaille devrait rester élevée, surtout avec un pouvoir d’achat contraint qui pousse les Français à privilégier la viande blanche moins chère. On continuera donc à importer du poulet en grande quantité, mais cette situation pourrait pousser à terme les éleveurs français à se concentrer davantage sur leur propre marché.
Pendant des années, certains d’entre eux ont misé sur le grand export, avec des productions pour le Moyen-Orient par exemple. Aujourd’hui, ce modèle a vécu.
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Il devient plus intéressant économiquement pour la filière de fournir le marché français avec des produits plus haut de gamme. Cela nécessitera des investissements, et un changement aussi dans les méthodes d’élevage, mais à la fin, tout le monde pourrait y gagner, les consommateurs comme les éleveurs.
Romain Gueugneau
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Les Islandais s’exprimeront le 29 août sur leur relation avec l’Union Européenne. Ils répondront à cette question, inscrite sur les bulletins : « L’Islande doit-elle reprendre les négociations d’adhésion avec l’Union européenne ? » Oui ou non. Une formulation simple pour une situation complexe.
Sur la question de l’adhésion à l’UE, l’Islande est coupée en deux. Les derniers sondages donnent 46 % pour, 46 % contre : autant dire 50/50. Près de Reykjavik, un ancien marin-pêcheur interrogé par The Times résume assez bien l’état d’esprit : « Tous les jours, je change d’avis. »
Ce débat est loin d’être nouveau. L’Islande avait déjà demandé à rejoindre l’UE en 2009, juste après l’effondrement spectaculaire de son système bancaire. Les négociations avaient été interrompues en 2013.
Paradoxalement, l’Islande est aujourd’hui extrêmement intégrée à l’Europe : elle appartient à Schengen et à l’Espace économique européen. Cela signifie que les entreprises islandaises ont accès au marché unique, mais les Islandais n’ont ni eurodéputés, ni vote au Conseil de l’UE. C’est l’un des arguments des partisans du « oui » : nous sommes déjà dans le système européen, mais sans être autour de la table.
La question revient en force aujourd’hui, et pour le comprendre, il suffit de regarder la carte de visite géopolitique de l’Islande : 400 000 habitants, aucune armée permanente, entre le Groenland et les îles Britanniques, au milieu de l’une des routes stratégiques les plus importantes de l’Atlantique Nord. Cette zone porte un nom militaire : le GIUK Gap. C’est le passage que doivent emprunter notamment les bâtiments russes qui quittent l’Arctique pour rejoindre l’Atlantique.
Pendant des décennies, cette position stratégique était plutôt confortable. L’Islande est membre fondateur de l’OTAN et dispose depuis 1951 d’un accord de défense avec les États-Unis. Mais il y a désormais la guerre russe en Ukraine et surtout les déclarations répétées de Donald Trump sur le Groenland voisin.
Le ministre des Finances islandais reconnaît lui-même que cela a changé le calcul de son pays. Pour un petit État, dit-il en substance, le droit international et l’appartenance à des ensembles plus vastes constituent une protection, pas la force individuelle.
Les opposants lui répondent exactement l’inverse. Le Parti de l’indépendance rappelle que la sécurité militaire est assurée par l’OTAN et que « l’Union européenne n’est pas un bouclier magique ».
C’est finalement toute la question du scrutin : dans un monde de nouveau dominé par des grandes puissances faisant fi du droit, vaut-il mieux rester un petit État très autonome ou s’abriter davantage derrière un bloc de 450 millions d’habitants ?
La raison qui empêche encore les Islandais de rejoindre l’Union est le poisson. Cela pourrait sembler anecdotique vu de Paris. Pas en Islande. En 2025, les produits de la mer représentaient encore près de 39 % des exportations islandaises de marchandises. Et surtout, la maîtrise des eaux territoriales appartient quasiment au récit national.
Dans les années 1950, 1960 et 1970, l’Islande a même mené les fameuses « guerres de la morue » contre le Royaume-Uni. Des garde-côtes islandais coupaient les filets des chalutiers britanniques. Londres envoyait des bâtiments de la Royal Navy. Des navires se percutaient en mer. Le conflit ne s’est terminé qu’en 1976, lorsque Londres a finalement accepté la zone de pêche islandaise de 200 miles.
Autrement dit, lorsque Bruxelles parle aujourd’hui de politique commune de la pêche, beaucoup d’Islandais n’entendent pas « réglementation européenne ». Ils entendent souveraineté. C’est probablement le dossier le plus difficile des futures négociations. La politique commune de la pêche ne fait d’ailleurs pas partie de l’accord actuel qui lie l’Islande au marché unique. Et la question est loin d’être réglée.
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Voilà pourquoi le scrutin du 29 août dépasse largement la question européenne. Pendant longtemps, l’Islande pensait pouvoir bénéficier du meilleur des deux mondes : la protection américaine, l’accès au marché européen et la souveraineté sur ses ressources.
Mais avec la guerre en Ukraine, les tensions dans l’Arctique et Donald Trump au Groenland, cet équilibre paraît beaucoup moins confortable. Finalement, ce sont les nouveaux rapports de force entre grandes puissances qui pourraient pousser ce petit pays à se rapprocher davantage de l’Europe. Comme l’écrit Halldór Laxness, prix Nobel de littérature islandais : « L’indépendance vaut mieux que la viande. » A méditer…
Lukas Aubin
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À l’approche des élections législatives israéliennes et des élections de mi-mandat américaines, Benyamin Netanyahou et Donald Trump s’apprêtent à jouer leur avenir politique. Invité de la matinale, Éric Danon, diplomate et ancien ambassadeur de France en Israël entre 2019 et 2023, analyse la relation spéciale qui lie les deux pays, les tensions qui persistent ainsi que leurs stratégies respectives. Il termine en évoquant la question d’une Europe « hors-jeu » dans cette guerre au Moyen-Orient.
Alors que les États-Unis ont qualifié récemment d’acte de terreur le siège de maisons palestiniennes par des colons israéliens, et qu’Israël a refusé le plan de désarmement signé par le Hamas et présenté par les États-Unis, Éric Danon estime qu’il s’agit de « la première vraie crise, plus ou moins stratégique, entre Trump et Netanyahou ». Si « l’alliance reste extraordinairement solide » et que les deux pays partagent les mêmes objectifs, tels que la sécurité, la lutte contre l’Iran, le renseignement et la coopération militaire, leurs dirigeants n’ont néanmoins pas les mêmes aspirations et tactiques, explique le diplomate. Benyamin Netanyahou veut prouver qu’il est capable de faire la guerre « pour le plus grand bien d’Israël ». Donald Trump, de son côté, veut mettre un terme aux guerres pour être en mesure d’affirmer aux élections de mi-mandat qu’il est « l’homme de la paix ». Le président américain est par ailleurs contraint « de montrer qu’il est en tension sur le sujet avec Netanyahou » puisque de moins en moins de Républicains et d’électeurs de la base MAGA soutiennent Israël.
Éric Danon ne croit pas que Donald Trump pourrait aller jusqu’à imposer à Israël des sanctions, des menaces de sanctions ou la suspension de livraisons d’armes. L’ancien ambassadeur pense plutôt qu’il va « accélérer le passage de la loi qui permet de protéger Israël en termes de livraison d’armes pour les dix ans qui viennent ». Dans cette guerre, le président américain opère d’ailleurs un « passage du militaire à l’économie » contre l’Iran. Son objectif est donc de sanctionner tout pays qui collaborera, y compris financièrement, de près ou de loin, avec l’Iran.
Selon lui, tous les pays qui comptaient sur les États-Unis pour assurer leur défense remettent en question cette stratégie. En Israël, Benyamin Netanyahou a annoncé que le pays allait « progressivement devenir plus indépendant et autonome en matière de matériel militaire ». Dans les pays du Golfe, un accord de défense a été conclu entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie. Et l’Europe, même si elle reste l’alliée des Américains, s’affranchit de plus en plus. On assiste à une « diplomatie d’autonomisation », observe Éric Danon.
Le diplomate estime par ailleurs que la récente menace de Donald Trump de bombarder Oman ne relève que de la communication et s’inscrit plus largement dans sa manière de mener des négociations : « c’est de la communication de déstabilisation », une méthode qu’il aurait héritée du secteur privé. Et d’ajouter que « rien de tout cela n’est crédible ».
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Quant à l’Europe, Éric Danon considère que son influence dans le champ stratégique et militaire s’est peu à peu érodée pour deux raisons : d’un côté, le début de cette guerre au Moyen-Orient s’est décidé sans prévenir l’Europe, la mettant « hors-jeu », de l’autre, la préoccupation européenne, notamment en matière d’armement, est entièrement tournée vers l’Ukraine. Le fait que la France ait coupé toutes relations de nature militaire ou de coopération avec Israël la marginalise également, ajoute l’ancien ambassadeur.
Maeva Mellado
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Ileana Cotrubas, célèbre soprano roumaine au timbre si singulier, s’est éteinte à Bucarest à l’âge de 87 ans. Elle s’est illustrée dans les plus grands rôles du répertoire lyrique durant la seconde moitié du XXe siècle.
Jusqu’à ses dernières apparitions sur scène dans La Traviata à Tokyo en 1990, Ileana Cotrubas aura été l’une des plus grandes interprètes de la Violetta de Giuseppe Verdi. Un rôle qui a marqué sa carrière et a contribué à sa notoriété, notamment dans l’enregistrement qu’elle réalisa avec Placido Domingo en 1977 sous la direction de Carlos Kleiber à la tête du Bayerisches Staatsorchester à Munich.
Le ténor espagnol fut une des nombreuses grandes voix qui accompagnèrent Ileana Cotrubas régulièrement, tout comme Luciano Pavarotti avec lequel elle interpréta notamment Mimi dans La Bohème de Giacomo Puccini pour un enregistrement remarqué, encore une fois sous la direction de Carlos Kleiber à la Scala de Milan en 1979.
Née à Galați le 9 juin 1939, dans une famille de musiciens Ileana Cotrubas entre à neuf ans dans le Chœur d’enfants de la Radio roumaine et devient rapidement l’une de ses solistes avant de rejoindre Bucarest en 1952 pour poursuivre ses études musicales.
Lauréate en 1965 du concours international de Bois-le-Duc (Pays-Bas) et du prestigieux concours ARD de Munich, la jeune cantatrice entame rapidement une carrière internationale qui l’amènera à se produire sur les plus grandes scènes du monde.
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Ses débuts à la Scala de Milan en 1975 dans La Bohème furent mémorables, pour une bonne raison. Alors qu’elle se produisait en Angleterre, elle a été appelée à remplacer au pied levé Mirella Freni, souffrante. La jeune soprano roumaine est arrivée dans l’institution lombarde quelques minutes seulement avant le lever du rideau, sans avoir pu répéter, et a fait un véritable triomphe !
Du Met Opera à l’Opéra de Paris, les prestations d’Ileana Cotrubaș ont marqué durablement le public amateur d’art lyrique. Très exigeante dans le choix de ses rôles, la chanteuse roumaine n’a jamais eu un comportement de diva et s’est retirée de la scène à seulement 51 ans pour se consacrer, à partir de 1990, à l’enseignement et à la transmission de son art.
Parmi les nombreux hommages rendus depuis la disparition d’Ileana Cotrubas, celui de l’Opéra de Bucarest qui salue une artiste qui « restera dans la mémoire de l’opéra roumain et universel comme une artiste d’une rare noblesse vocale et scénique ».
Dans un communiqué, le Staatsoper de Vienne note que « grâce à la subtilité de sa voix, elle transformait les émotions et les instants les plus intimes en une musique, en une passion audible et palpable ». En signe de deuil, l’institution autrichienne a décidé d’arborer un drapeau noir.
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Faire de la Bundeswehr la première armée conventionnelle d’Europe, c’est l’ambition affichée par Friedrich Merz, le chancelier allemand. Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’Allemagne dépense beaucoup, et ça n’est pas forcément dans sa nature. Invité de la matinale, Alexandre Robinet-Borgomano, spécialiste de l’Allemagne et expert associé Allemagne à l’Institut Montaigne, analyse ce choix, les inquiétudes qu’il provoque et la volonté du pays de devenir plus souverain quant à ses investissements.
« Le réarmement allemand représente le tournant géopolitique européen le plus important depuis la chute du mur de Berlin », assure Alexandre Robinet-Borgomano. Selon l’expert, cette révolution n’est pas « en contradiction avec l’histoire allemande ».
Il explique que les inquiétudes provoquées par cette décision sont plus grandes en France et en Pologne. En France, parce que ces dernières décennies « un partage de la puissance avait été établi entre d’un côté l’Allemagne, puissance économique, et la France, puissance géopolitique et puissance militaire ». En Pologne, parce que le pays craint de se retrouver entre la puissance allemande et la puissance russe.
Mais bien que le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale se justifie, le malaise suscité « n’est pas partagé de façon équitable dans toute l’Europe », notamment par les pays baltes et scandinaves qui y voient la « possibilité pour l’Europe de s’affirmer face à la menace russe, qui est pour eux une menace directe ».
Pour acquérir de nouveaux armements, « l’Allemagne met énormément d’argent sur la table », note Alexandre Robinet-Borgomano, et une grande partie du fonds de 100 milliards d’euros pour la modernisation de la Bundeswehr est déjà épuisée. Si dans un premier temps le pays a beaucoup investi dans des équipements américains extrêmement coûteux pour remplacer ceux devenus obsolètes, « ce réarmement s’inscrit très clairement dans une volonté d’autonomisation de l’Allemagne et de l’Europe vis-à-vis des États-Unis ».
La guerre en Ukraine a profondément modifié la politique intérieure allemande. L’Allemagne « avait été traversée par les courants antimilitaristes les plus profonds » en Europe et « était le pays le plus attaché à l’équilibre des finances publiques ». Mais à peine élu, le chancelier conservateur Friedrich Merz a décidé de réformer le frein à l’endettement inscrit dans la Constitution pour permettre des dépenses illimitées en matière d’armement.
Depuis 2023, « l’essentiel des dépenses se tourne vers l’industrie allemande d’armement » et l’innovation. Parmi ces entreprises : Rheinmetall, Hensoldt, ThyssenKrupp Marine Systems ou les startups de défense tech.
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Alexandre Robinet-Borgomano observe que même si « l’Allemagne est prête aujourd’hui à entrer dans une démarche européenne sur l’industrie de défense », elle ne mentionne ni les Français ni les Britanniques dans sa dernière stratégie militaire allemande Verantwortung für Europa, traduisez « responsabilité pour l’Europe », publiée en avril dernier.
Maeva Mellado
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Le champ lexical du discours est un sujet très actuel, alors que les concours d’éloquence se multiplient à la télévision et dans les écoles d’avocats. Le discours est devenu une sorte de sport, notamment chez les jeunes, et autorise parfois quelques piques. Voici deux mots très jolis, qui cachent des méchancetés.
« Il ne cesse de lantiponner, vous ne trouvez pas ? ». Ce verbe très amusant, qui s’utilise sans complément, convient à de nombreuses situations. Il est joli, élégant et donne envie de l’employer.
Attention toutefois, car il cache un sens très négatif. En effet, lantiponner signifie se perdre en discours inutiles, tenir des propos sans intérêt.
Il a un avantage : comme personne ne connaît ce verbe, on peut l’utiliser librement, y compris pour glisser discrètement une remarque à quelqu’un sans qu’il la comprenne.
« On peut dire qu’elle sait nous entraîner dans une capucinade ». Le mot sonne agréablement, presque comme escapade, mais ce nom féminin n’évoque rien de tel : il désigne un sermon moralisateur et ennuyeux.
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Il vient des moines capucins, réputés pour leurs très longs discours. Rien à voir avec une escapade avec une jeune femme qui s’appelle Capucine !
Karine Dijoud
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En 1880, Claude Debussy fait une rencontre qui change son destin. Marmontel, son professeur au conservatoire, qui l’a déjà recommandé auprès de la mécène Marguerite Wilson-Pelouze, propose les services du jeune musicien à la comtesse von Meck, célèbre bienfaitrice de Tchaïkovski.
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Née en 1831, Nadejda von Meck a épousé à 17 ans un ingénieur d’État qui, en grande partie à l’initiative de son épouse, a amassé une fortune considérable dans les chemins de fer russes. Ils ont eu 11 enfants, Élisabeth, Alexandra, Valdemar, Julia, Lydia, Nicolas, Alexandre, Sonia, Maximilien, Michel et Ludmilla.
En 1872, son mari meurt soudainement d’une crise cardiaque en apprenant l’infidélité de son épouse. Et la même année, elle se prend de passion pour la musique de Tchaïkovski. Elle a offert au musicien russe non seulement un secours matériel manifeste, mais aussi une sorte de sécurité morale, à lui qui était tellement tourmenté par son homosexualité.
Lorsqu’elle rencontre Claude Debussy, celui-ci n’a que 18 ans. Il sait, bien entendu, qu’elle est la bienfaitrice de Tchaïkovski. Et il se trouve que ce séjour auprès de Madame von Meck va laisser une trace très durable dans la vie de Debussy. Une part de l’inspiration de ce jeune homme va lui venir de là.
La correspondance de Madame von Meck avec Tchaïkovski permet paradoxalement de suivre ses déplacements, et de comprendre dans quel univers vit Debussy entre 18 et 20 ans.
Le jeune musicien parcourt une bonne partie de l’Europe. Que fait Claude Debussy auprès de Madame von Meck ? Ils jouent du piano ensemble, des pièces à quatre mains. Il accompagne Julia lorsqu’elle chante en amateur, donne des leçons de piano à Sonia. Il développe la théorie musicale avec Alexandre. Il joue en trio avec un violoniste et un violoncelliste. Bref, il fait partie de la petite société qui gravite autour de cette dame fort riche et que la musique accompagne à chaque instant de la vie.
Cette ambiance dépayse beaucoup Debussy. Ça le dégrossit, lui qui était un peu compassé dans ses habitudes de la Nouvelle Athènes, le voilà maintenant brassé dans cette Europe cosmopolite et culturelle.
Dans sa biographie de Debussy, Edward Lockspeiser rapporte que Madame von Meck écrit à Tchaïkovski : « Hier, à ma grande joie, est arrivé mon cher Achille Debussy (Achille est le vrai prénom de Claude Debussy). Gamin de Paris, des pieds à la tête, plein d’esprit, c’est un merveilleux imitateur. Il singe, entre autres, Gounod, Ambroise Thomas de la façon la plus divertissante du monde. Il est si facile à vivre. Content de tout, il nous amuse tous énormément. Bref, c’est un être charmant ».
Et dans les mémoires de Sonia, on peut lire, « ce petit Français mince, gai, remuant, apportait beaucoup de vie à notre solennelle famille ». Nicolas parle d’un jeune homme « brun, mince, sarcastique. Il donnait des surnoms amusants à tout le monde. Il appelait notre grassouillet précepteur, le petit hippopotame en vacances. En retour, nous le surnommions le bouillonnant Achille ».
En septembre 1880, Madame von Meyck tente de faire approuver par Tchaïkovski deux compositions de Debussy, dont La Danse Bohémienne pour piano, qui est complètement rejetée par Tchaïkovski. Elle lui envoie aussi l’arrangement pour piano à 4 mains par Debussy de la Suite des Danses du Lac des Cygnes. Elle demande que l’éditeur de Tchaïkovski veuille bien les publier.
La première publication de Debussy est donc l’arrangement d’une œuvre de Tchaïkovski paru en Russie !
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Franck Ferrand
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