Le géant chinois, aujourd’hui, n’est pas celui auquel on s’attendait : loin d’être simplement « l’usine du monde », c’est une terre d’innovation, explique Matthieu Stefani, qui publie sur YouTube un documentaire sur la Chine. Il décrit un pays où la surveillance a changé de visage, où les travailleurs ne comptent pas leurs heures et dont les innovations sont accessibles financièrement, et donc visibles au quotidien. L’entrepreneur appelle à un sursaut des occidentaux, notamment s’agissant du travail.
Matthieu Stefani est multi-entrepreneur, créateur des podcasts Génération Do It Yourself & La Martingale. Il vient de mettre en ligne sur YouTube un documentaire intitulé « Comment la Chine est devenue imbattable ».
Vous êtes allé en Chine pour votre documentaire, vous avez rencontré des start-ups, des usines, et vous avez constaté que l’Europe était très en retard. Qu’est-ce qui vous a le plus bluffé dans cette expédition ?
MATTHIEU STEFANI : Tout le monde nous a mis en garde, l’ambassade de France nous recommande un visa J2, celui des journalistes. Nous répondons que nous sommes créateurs de contenu. Ils nous rétorquent que pour les Chinois, c’est la même chose. On part finalement sans ce visa J2. Et on se rend compte que malgré nos caméras, on entre comme dans un moulin, facilement.
Vous n’avez pas été flanqué d’un membre du Parti communiste qui vous a suivi partout ?
M.S. : C’est une bonne question. Je pense qu’en 2025, c’est beaucoup plus compliqué que ça, parce que quand on arrive en Chine, on télécharge WeChat ou Alipay car aucune application occidentale ne fonctionne. Donc le tracking n’est peut-être pas forcément physique. Cependant, quand on arrive, on prend une photo de vous et une vidéo tous les 10 mètres dans toute la Chine.
Vous constatez que Shenzhen, petite ville il y a 30 ans, est devenue une mégalopole. Tout va très vite.
M.S. : En 1980, Shenzhen, c’était grand comme Cherbourg où je suis né, 30 000 habitants. Aujourd’hui c’est 20 millions. C’est une ville futuriste avec environ 500 gratte-ciel. Quand on compare, Hong Kong apparaît comme une ville des années 2000, qui correspond à une sorte de rétro-futurisme. Shenzhen, ce n’est pas le rétro-futur, c’est le futur.
La Chine, le pays de la voiture avec 100 marques différentes
Vous dites que la Chine n’est plus un atelier, ce n’est plus seulement le lieu de la copie et de la contrefaçon, même si ça continue. C’est un lieu d’innovation aujourd’hui, et d’une innovation qui va très vite.
M.S. : On a laissé la Chine prendre tout le hardware dans le monde, donc l’électronique, les smartphones, les voitures. On voit des drones. A l’hôtel, on commande un room service, et arrive un petit robot qui vous parle, qui sonne, on ouvre et il ouvre son petit capot et on a la livraison.
Vous avez testé notamment un exosquelette qui permet de monter des escaliers très rapidement
M.S. : Ce qui est assez drôle, c’est qu’on est sur une forme d’hybridation homme-machine. Dans certaines situations, à certains âges, dans certaines situations de santé physique, ce sont des choses très intéressantes et ce sont des objets accessibles. C’est ça qui nous a vraiment à chaque fois époustouflés, c’est que le premier industriel qu’on visite, c’est un fabricant de bras articulé, comme dans les usines. C’est quelque chose qui semble très cher. Les Chinois, eux, font des bras articulés pour 1 500 €, qu’on peut utiliser comme on veut. C’est vraiment quelque chose de très courant et on sent que ça va très vite.
La Chine, désormais, c’est l’autre pays de la voiture, après les Etats-Unis du 20ème siècle. Vous avez compté 100 marques de voitures en Chine. C’est plus que le nombre de marques de voitures dans le monde.
M.S. : Au-delà du volume, ce qui m’a épaté, c’est la qualité. On a toujours cette petite connotation « made in China », qui ne semble pas terrible. En fait, allez voir les voitures chinoises, Aito, Xpeng, Xiaomi, même Huawei, les constructeurs de téléphones font des voitures. En finition, ils nous ont largement dépassés et sont loin devant Stellantis, Renault, pour des voitures qui commencent à 24 000 ! Il faut que politiquement, on ait le courage de faire ce qu’ils ont fait à un moment, c’est-à-dire refermer les frontières, en tout cas, les ouvrir avec des constructions qui doivent être des assemblages faits en Europe, des joint ventures, donc des entreprises communes, et surtout des entreprises qui sont à majorité européenne, comme ils l’ont fait pendant 20 ans.
Matthieu Stefani : « En Chine, ils aiment le travail. Quant à nous, on a une vraie défiance »
Est-ce que la Chine est encore un pays communiste ?
M.S. : C’est une bonne question. Ce que beaucoup de gens nous disent, c’est que le gouvernement travaille pour le peuple et chasse la corruption. En comparaison, on se dit qu’on est quand même en train de louper quelque chose dans nos démocraties en ce moment.
Vous dites c’est que malgré la privation de liberté, malgré le contrôle social, les Chinois ont le sentiment qu’ils ont passé un pacte avec leur gouvernement, avec une évolution du pouvoir d’achat et de la qualité de vie en contrepartie du contrôle social ?
M.S. : Exactement. Il faut faire très attention à ce que je dis, ce n’est pas que la Chine c’est mieux. Je dis juste qu’il y a des choses dont il faut s’inspirer. Ils se disent : « Vous en Europe et en Occident, vous travaillez pour les minorités. Notre gouvernement travaille pour la majorité. » C’est important de protéger les minorités. Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas protéger les minorités. Cependant, est-ce qu’ils ont complètement tort sur cet aspect-là ? Je ne suis pas certain.
La Chine en 2035 : Surpuissante ou effondrée, quel scénario économique est le plus probable ?
Qu’est-ce qu’il faut faire pour se préparer et pour essayer d’exister face à ce mastodonte ?
M.S. : Il y a deux grandes choses, je pense. Il y a une évolution politique, donc il faut être moins naïf. On a été très naïf. On s’est dit qu’on allait pouvoir tout externaliser là-bas, vivre comme des pachas et les laisser travailler. La deuxième chose, c’est qu’on vit dans un monde compétitif. Or on a ouvert les vannes et dit à la compétition « Venez chez nous », alors qu’ils travaillent trois fois plus que nous dans l’année. On a senti une sorte de wake-up call, de grand réveil sur le fait qu’on ne travaille pas forcément beaucoup. Là-bas, ils aiment le travail. Quant à nous, on a une vraie défiance.
On peut leur opposer aussi qu’en Europe, on veut protéger une norme sociale, mais vous dites dans le documentaire, qu’ils ont fait d’énormes progrès sur la prise en charge médicale, sur les soins, sur la recherche médicale, ils sont très en avance aussi, ils ne sont plus dans la copie des médicaments occidentaux.
M.S. : On voit que les hôpitaux qui sortent sont de plus en plus modernes. Après, quand on échange avec les Européens là-bas, on voit que tout n’est pas extraordinaire. Mais dans l’hôpital français, tout n’est pas extraordinaire non plus. C’est un empire qui est en train d’éclore, d’évoluer à toute vitesse, sur tous les aspects, sur l’écologie, sur la santé, sur l’éducation, les partenariats entre le privé et les universités.
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Cet article « Face à la Chine, on a été naïf : il faut travailler plus dans un monde compétitif » assure Matthieu Stefani, entrepreneur et documentariste est apparu en premier sur Radio Classique.