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  • Attirer les phoques avec de la musique classique, une légende finlandaise devient réalité

    Comment susciter la curiosité des phoques et mieux les observer ? Une agence de tourisme estonienne qui organise des excursions en mer Baltique a trouvé le meilleur moyen pour attirer ces gros mammifères marins : diffuser… de la musique classique !

    Une légende raconte qu’en 1894, Aleksander et Gustav Aksberg, deux frères marins finlandais, originaires de l’île d’Aski, divertissaient l’équipage en jouant du violon et de l’harmonium. Lors d’un convoyage en mer Baltique, ils se sont rendus compte qu’un groupe important de phoques suivait le bateau quand ils jouaient et que, dès que la musique s’arrêtait, ils plongeaient et disparaissaient sous l’eau.

    C’est cette belle histoire qui a inspiré l’agence de tourisme estonienne Prangli Reisid. Depuis 7 ans, lors des voyages de découverte de la côte nord du pays au bord de la mer Baltique près des îles Malusi, elle diffuse par haut-parleurs de la musique classique. Attirés par ses sons mélodieux, d’importantes colonies de phoques s’approchent, et peuvent être facilement observés par les touristes. 

    Sur sa brochure, l’agence touristique joue de cet argument historique et indique : « Lorsque nous jouons de la musique classique, les phoques nagent souvent plus près du bateau. Est-ce que ça arrive toujours ? Venez voir par vous-même ! ».

    L’histoire du Pêcheur et du Phoque racontée en musique par Elodie Fondacci

    Si aucune étude scientifique ne démontre formellement que ces mammifères marins apprécient particulièrement Mozart, Bach, Beethoven ou le grand compositeur local Arvo Pärt, il semble que ces phoques gris, particulièrement curieux, soient surtout attirés par des sons auxquels ils ne sont pas habitués dans cet environnement.

    Selon Epp Libe, guide au sein de l’agence Prangli Reisid : « Les rythmes et les harmonies de la musique classique sont calmes et fluides. Les phoques sont également très curieux, et comme il ne s’agit pas d’un son naturel dans le milieu marin, cela les pousse à s’approcher ».

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    S’il est avéré que certaines espèces animales sont plus réceptives que d’autres à la musique classique et ont inspiré de grands compositeurs (Camille Saint-Saëns, Maurice Ravel, Edvard Grieg…), le phoque tient une place à part dans le répertoire musical.

    Peut-être parce que des études scientifiques ont révélé que cette espèce, plus que d’autres, a le sens du rythme et une sensibilité particulière à la musicalité des sons. On a ainsi tous en tête La Complainte du phoque en Alaska du groupe canadien Beau Dommage (1974) ou plus récemment The Seal Lullaby (La berceuse du phoque), l’œuvre chorale du compositeur américain Eric Whitacre.

    Les fidèles de Radio Classique et leurs enfants apprécieront d’autant plus Le Pêcheur et le Phoque, une des Belles histoires en musique racontées par Élodie Fondacci sur des airs de Jean Sibelius et Ernest Chausson.

    Philippe Gault

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  • Langue française et santé mentale : pourquoi il est urgent de cesser de banaliser ces termes médicaux

    Les mots techniques relèvent de la médecine ou de la science et ont perdu aujourd’hui leur sens premier alors qu’il s’agit de termes ayant une définition clinique très précise, qu’on utilise à tort et à travers, au point de les vider de leur sens.

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    Le traumatisme est une véritable blessure physique ou psychique

    C’est le cas du mot traumatisé. En médecine et en physiologie, un trauma désigne une blessure physique grave ou un choc psychique profond, quelque chose qui laisse une trace durable sur le système nerveux.

    Aujourd’hui, on dit « j’ai été traumatisée par ce film » ou « j’ai été traumatisée par ces blagues ». On banalise ainsi quelque chose de grave, ce qui rend plus difficile la parole sur les situations véritablement traumatiques. Plus on emploie ce mot, moins il peut servir à ceux qui en ont vraiment besoin.

    Schizophrène signifie un esprit scindé en deux

    On l’entend de plus en plus, notamment dans les interviews ou en podcast : « c’est schizophrénique » pour parler d’une situation où l’on se sent partagé.

    Or, c’est un terme médical, construit sur le grec ancien, skhizein, « séparer », et phrên, « l’esprit », qui désigne un esprit scindé en deux. Mieux vaut donc éviter de l’employer en dehors du contexte médical.

    La bipolarité et l’anxiété sont de véritables maladies

    J’ai moi-même entendu dire de moi, dans les couloirs du collège : « Elle est complètement bipolaire », parce qu’il m’arrivait de m’énerver face à l’attitude de la classe. Or, la bipolarité est une maladie mentale qui nécessite un traitement et, surtout, du respect. En aucun cas elle ne devrait devenir une insulte.

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    En psychiatrie, l’anxiété est un trouble caractérisé et invalidant. Dire « je suis anxieux à l’idée de ce dîner » est donc impropre, il s’agit d’inquiétude, pas d’anxiété. Mieux vaut conserver les termes précis qui existent déjà, plutôt que d’en galvauder certains.

    Karine Dijoud

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  • Festival Deauville sur Pointes 2026 : des danseurs étoiles donnent un cours sur les célèbres planches de la station

    Ce week-end a eu lieu à Deauville (Calvados) la deuxième édition du festival Deauville sur Pointes consacré à la danse classique. À cette occasion, des centaines de danseuses et danseurs amateurs ont pu suivre un cours de danse donné par des étoiles sur les célèbres planches qui longent la plage de la station balnéaire normande.

    Pour sa deuxième édition, le festival Deauville sur Pointes a proposé, du 7 au 9 août, toute une série de manifestations consacrées à la danse classique : conférence autour de l’héritage de Rudolf Noureev, master-classe et aussi, le samedi 8 août au théâtre du casino, un gala International d’Étoiles au cours duquel était proposé un programme mêlant de grands chefs-d’œuvre du répertoire classique avec des créations contemporaines.

    Parmi les danseuses et danseurs sur scène, les étoiles Léonore Baulac (Opéra de Paris), Liudmila Konovalova (Opéra d’État de Vienne), Elisabeth Tonev (Bayerisches Staatsballett) David Motta Soares et Dinu Tamazlacaru (Staatsballett Berlin) ou encore Giorgi Potskhishvili, premier danseur du Ballet national des Pays-Bas.

    C’est à Deauville que Rudolf Noureev dansa pour la première fois après sa fuite d’URSS

    Mais l’événement le plus couru de ce festival aura été le cours de danse public et gratuit, « Classe avec les Stars », que 200 danseurs et danseuses amateurs de tous âges inscrits ont pu suivre ce dimanche sur les planches le long de la plage, devant les célèbres cabines qui portent le nom des plus grandes stars du cinéma mondial.

    À la baguette et à la barre Maria Kochetkova, ancienne danseuse étoile du San Francisco Ballet, assistée de Léonore Baulac qui a confié à France 3 : « Cela a fait plaisir à plein de gens et ça a été un moment de partage et de convivialité ».

    « Une expérience dingue ! C’est une chance inouïe qui nous a été donnée de côtoyer des étoiles, qui, en plus, ont été hyper accessibles et disponibles », ont déclaré à Ouest-France Romy et Carla, deux jeunes filles de 14 et 17 ans, enchantées d’avoir pu suivre ce cours.

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    Entre Deauville et le ballet classique, et en particulier l’école de danse russe, c’est une vieille et longue histoire.

    C’est en effet en août 1912 que l’organisation de la soirée d’inauguration du casino de la ville fut confiée à Serge de Diaghilev, le célèbre imprésario des Ballets russes. Ce soir-là Vaslav Nijinsky dansa Le Spectre de la Rose. Depuis 2014, un concours international de danse, organisé chaque année à Deauville, porte le nom du célèbre danseur russe.

    Près de 50 ans plus tard, en 1961, toujours au mois d’août, une autre icône de la danse russe, Rudolf Noureev, fit ses tout premiers pas sur une scène occidentale à… Deauville, quelques semaines après sa défection historique à son arrivée à l’aéroport du Bourget et sa demande d’asile politique pour fuir le régime soviétique.

    Au Salon des Ambassadeurs du casino de Deauville,  il interpréta un pas de deux de Don Quichotte, le ballet de Marius Petipa, lors d’un gala de bienfaisance.

    Philippe Gault

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  • Août 1944 : Von Choltitz a-t-il vraiment sauvé Paris ? Les raisons complexes qui l’ont amené à refuser l’ordre d’Hitler

    En août 1944, Dietrich Von Choltitz est envoyé à Paris par Hitler, qui le somme de « maintenir l’ordre dans la ville », avant d’exiger la destruction des 62 ponts de Paris et de sa banlieue. Qu’est-ce qui l’a conduit à se soustraire à cette injonction ? L’histoire est plus complexe qu’on la présente.

    Ecoutez l’épisode des Grands Dossiers de l’histoire en intégralité :

    Le 15 août 1944, Choltitz reçoit par radio un ordre du Führer : il faut détruire les 62 ponts de Paris et de sa banlieue. Hitler veut faire de Paris une place retranchée puisqu’il a appris l’avancée des troupes alliées.

    Mais Choltitz a vu l’état d’Hitler, puisqu’il l’a rencontré quelques jours plus tôt, et écrira plus tard : « Plus de doute, je me trouvais en face d’un fou ». Il se méfie beaucoup du commandant en chef et accueille cet ordre avec réticence. Dans ses mémoires, annotées par l’historien Jean-Charles Foucrier aux éditions Perrin, Choltitz écrit : « J’avais besoin des ponts pour les mouvements de troupes au sein de la ville ». Choltitz veut surtout préserver la possibilité pour son armée de quitter éventuellement la zone s’il le fallait.

    wikimedia commons

     

    Très vite, il reçoit le renfort de plusieurs compagnies de génie civil et d’artificiers. Il les avait réclamées pour gagner du temps, mais il les a obtenues tout de suite. Il ne peut pas donner le change bien longtemps.

    Des explosifs installés au Sénat, au ministère de la Marine, et au pont de Saint-Cloud

    Alors, Choltitz demande aux artificiers d’étudier le dynamitage de la Chambre des députés, du Sénat, du ministère de la Marine, le pont de Saint-Cloud et la gare du Bourget. Des quantités d’explosifs seront effectivement déposés dans tous ces lieux.

    On n’en met cependant pas sous la tour Eiffel, ni sous l’Arc de Triomphe, ni au Louvre, ni aux Invalides. Plus étonnant, nous dit Jean-Charles Foucrier, « les inspections quotidiennes de l’administration des ponts et chaussées n’ont relevé aucune pose d’explosifs sous les ponts parisiens ».

    Hitler ordonne de transformer Paris en un monceau de ruines

     Le 22 août, Choltitz reçoit un nouvel ordre du Führer : Paris est à transformer en un monceau de ruines. Choltitz refuse d’ordonner la retraite, malgré la pression des officiers. Une retraite désorganisée signifierait la mort de nombreux soldats, argumente–t-il.

    Le matin du 25 août 1944, les premiers chars alliés entrent dans Paris et des combats s’engagent. Dans l’après-midi, le général von Choltitz ordonne de cesser les combats. Il a tenu à maintenir jusqu’au bout les apparences d’un combat acharné, dos au mur, dans l’espoir de sauver sa famille des représailles, car sa femme, notamment, est restée en Allemagne. 

    Des regrets sincères de Von Choltitz ?

    Il est intéressant de se demander s’il a ou non sauvé Paris. Il n’a en effet pas détruit Paris, pour préserver la vie de ses soldats et celle des Parisiens, dit-il dans ses mémoires. Jean Charles Foucrier avance deux raisons supplémentaires. D’abord, il était totalement convaincu de la défaite du IIIe Reich et avait constaté à quel point Hitler était devenu fou. D’autre part, il ne souhaitait pas être exécuté par les alliés.

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    La villa de Trent Park, près de Londres, où il est détenu avec un certain nombre d’autres officiers allemands, est truffée de micros et à son insu, on va entendre Choltitz confier ceci à ses codétenus : « La pire tâche que j’ai jamais effectuée fut la liquidation des Juifs. 36000 Juifs de Sébastopol ont été exécutés. Nous avons coopéré et presque pris les nazis au sérieux. Je me sens complètement honteux ».

    Von Choltitz sera renvoyé en Allemagne en 1947, puis relâché, et il aura tout le loisir d’écrire ses mémoires et de donner sa version de l’histoire, puisqu’il ne mourra à Baden–Baden qu’à l’âge de 72 ans.

    Franck Ferrand

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  • Homère, le légendaire auteur de L’Iliade et de L’Odyssée, a-t-il vraiment existé ?

    Avec L’Odyssée, le cinéaste Christopher Nolan a conquis la planète, attirant 4 millions de spectateurs en France. L’engouement suscité par ce blockbuster rappelle l’universalité et même la modernité de l’œuvre d’Homère, écrite à la fin du VIIIe siècle av. J.-C. Mais l’aède a-t-il véritablement existé ? 

    Ecoutez l’épisode bonus des Grands Dossiers de l’histoire en intégralité :

     

    Ce qui est sûr, c’est que la langue grecque s’est formalisée avec son alphabet au cours du VIIIe siècle avant notre ère, et c’est exactement l’époque d’Homère.

    Homère serait apparu un petit siècle plus tard, au tout début du VIIe siècle av. J.-C. Dès lors, Homère existe-t-il réellement, ou bien le nom d’Homère désigne-t-il un groupe de poètes, un groupe d’aèdes, qui aurait formalisé un chant depuis longtemps transmis par voie orale ? Je serais peut-être de cet avis.

    Le récit de L’Odyssée transmis par voie orale depuis des générations

    En effet, ce qui est probable, c’est que la guerre de Troie, ou ce que l’on a appelé la guerre de Troie, a eu lieu au XIIe siècle avant notre ère. Des poètes ont très vite mythifié cette guerre et en ont fait une légende. Quand vous lisez en grec l’Iliade, vous vous rendez compte que les vers sont scandés, qu’ils sont faciles à retenir.

    A l’époque, les poètes, les aèdes comme on disait, disposaient d’une mémoire phénoménale ; ils se transmettaient donc, de génération en génération, le récit mythifié de cette gigantesque guerre.

    Dès l’Antiquité, l’existence d’Homère a été remise en question

    Puis un jour, comme on a eu les moyens de le fixer, de l’écrire, on l’a transcrit. Cette transcription date donc du VIIIe ou du VIIe siècle av. J.-C. Existe-t-il un poète qui l’aurait transcrite et qu’on pourrait appeler Homère ? On sait qu’Homère était aveugle, n’est-ce pas ? Dicitur Homerus caecus fuisse, disaient les anciens.

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    On s’est d’ailleurs beaucoup interrogé, dès l’Antiquité, sur l’existence de cet aède.

    Ce qui est possible, et même probable, c’est qu’il y ait eu un très grand aède qu’on ait appelé Homère, mais que lui-même se soit contenté de transcrire une très vieille tradition.

    Franck Ferrand

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  • Langue française : De truc à schmilblick, l’histoire des mots qui veulent tout dire

    Truc, machin, chose : ces pantonymes nous envahissent. « Pantonyme » vient du grec, onoma, le « nom », précédé de pan, pantos, qui signifie « tout », on le retrouve dans Panthéon, par exemple. Il s’agit donc d’un mot qui sert à tout, comme bidule, schmilblick ou Pétaouchnok. 

    Le schmilblick, un pantonyme inventé par Pierre Dac

    Truc, qui date du XIIIe siècle, a signifié au cours des siècles, « pousser avec force », puis désigné un jeu de carte, un savoir-faire dans un métier et un moyen mécanique au théâtre. Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’il a pris le sens qu’on lui donne aujourd’hui, celui d’un objet ou d’une personne qu’on ne parvient pas à nommer.

    Dans le même registre, on retrouve le machin, la chose, le bidule ou le schmilblick.

    Le schmilblick a été inventé en 1950 par l’humoriste Pierre Dac pour désigner un appareil qui ne sert à rien.

    Dans son sketch intitulé justement « Le Schmilblick », il le définit ainsi : « Le schmilblick des frères Fauderche est rigoureusement intégral, en ce sens qu’il peut à la fois servir de schmilblick d’intérieur grâce à la taille réduite de ses gorgomoches, et de schmilblick de campagne grâce à sa mostoblase et à ses deux glotosifres qui lui permettent ainsi d’urnapouiller les istioplocks même par les plus basses températures, et quelle que soit la nature du terrain »

    C’est ensuite Guy Lux qui a repris ce mot en 1969 pour son jeu radiophonique Schmilblick, consistant à deviner le nom d’un objet posé sur le bureau du présentateur en ne posant que des questions fermées auxquelles le présentateur ne répond que par oui ou par non.

    Le truc ou le machin tendent à désigner un objet, tandis que Pétaouchnok ou Tataouine désignent des lieux fictifs ou lointains. Pour les personnes, on trouvera Tartempion ou Madame Michu.

    Sam est l’acronyme de Sans Accident Mortel

    Sam aussi est un pantonyme. Il désigne celui qui ne boit pas d’alcool et qui peut ramener ses proches en fin de soirée. Ce nom s’est répandu grâce à une campagne française contre l’alcool au volant, dont le slogan était : « Celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas. »

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    Ce n’est pas un prénom choisi au hasard, c’est un acronyme : Sam signifie « Sans Accident Mortel ». Et notons qu’en Belgique, Sam s’appelle Bob, et Raoul au Luxembourg !

    Karine Dijoud

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  • Liban : Marina Viotti ouvrira le nouveau festival d’opéra de Beyrouth, « un phare d’espoir » dans un pays épuisé

    La première édition du Beirut International Opera Festival & Competition (BIOFC) se tiendra les 8 et 9 septembre près de la capitale libanaise. Ce nouveau festival a pour vocation d’inscrire durablement le Liban sur la carte mondiale de l’art lyrique dans un contexte géopolitique très sensible et fragile.

    « Malgré les difficultés que traverse la région, nous croyons que ce festival peut être un phare d’espoir et de résilience, la preuve que notre plus grande force réside dans la culture et la musique ». C’est par ces mots forts que les responsables du nouveau rendez-vous lyrique libanais ont présenté cet événement placé sous le haut patronage du ministère libanais de la Culture et du ministère libanais du Tourisme, et en partenariat avec l’ambassade de Suisse au Liban.

    Le festival se déroulera dans l’amphithéâtre romain de Zouk Mikael, une localité située à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Beyrouth. Dans cette magnifique enceinte, qui peut accueillir à ciel ouvert plus de 2500 spectateurs, la mezzo-soprano Marina Viotti ouvrira le festival le mardi 8 septembre accompagnée par le ténor français Ambroise Divaret, le chœur des Solistes de Beyrouth et un orchestre symphonique libanais sous la direction de Fernando Afara, le fondateur et directeur artistique du festival.

     

    Le programme de cette soirée inaugurale comprendra des extraits d’œuvres de Gioachino Rossini, Giuseppe Verdi, Georges Bizet, Camille Saint-Saëns et Jacques Offenbach. Le lendemain, mercredi 9 septembre, la chanteuse suisse animera une masterclasse en compagnie de quatre jeunes chanteurs libanais avec pour objectif de former, accompagner et ouvrir des perspectives aux artistes émergents.

    Un concours international de chant lyrique sera proposé à Beyrouth dès le printemps 2027

    Au-delà de la volonté d’en faire un rendez-vous lyrique annuel de premier plan, l’autre projet des organisateurs du Beirut International Opera Festival & Competition est de proposer, dès le printemps 2027 un concours international de chant, présenté comme la première initiative de ce type au Moyen-Orient.

    Ouverte aux candidats du monde entier, cette compétition réunira un jury composé de directeurs artistiques de prestigieux festivals et maisons d’opéra européennes, ainsi que de personnalités internationales du monde lyrique.

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    Pour Fernando Afara, le fondateur du festival, « Le BIOFC est bien plus qu’un festival. C’est un projet à long terme et un message d’espoir, porté par l’ambition de redonner à Beyrouth sa place sur la scène lyrique internationale et de créer des passerelles entre le Liban et les grandes institutions musicales du monde ».

    Beyrouth accueille sa première édition du Festival et Concours International d’Opéra.

    Fernando Afara, fondateur et directeur artistique, nous en parle.
    Son ambition: bâtir une plateforme artistique professionnelle et durable, capable d’accompagner les jeunes voix lyriques et de… pic.twitter.com/OWv5MVMAVG

    — Ici Beyrouth (@Icibeyrouthnews) July 23, 2026

    Une partie des recettes de cette première édition sera d’ailleurs reversée à la Croix-Rouge libanaise, en signe de solidarité envers le Liban et pour soutenir ses actions humanitaires.

    Philippe Gault

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  • L’écrivain Philippe Claudel révèle avoir été sollicité par Anthropic pour nourrir l’IA Claude

    L’affaire secoue le monde littéraire. L’entreprise américaine Anthropic aurait acheté, numérisé puis détruit des millions de livres, avec un objectif : apprendre à son IA Claude à bien écrire, plutôt que d’imiter le langage d’internet. Poursuivie pour violation du droit d’auteur, elle a dû verser 1,5 milliard de dollars aux auteurs et éditeurs lésés. La justice américaine vient de valider cet accord. L’écrivain, réalisateur et président de l’Académie Goncourt Philippe Claudel révèle sur Radio Classique avoir été contacté par Anthropic le mois dernier.

    Ces révélations concernant Anthropic vous choquent-elles ou, au vu des évolutions liées à l’IA, pouvait-on s’attendre à une telle affaire ?

    PHILIPPE CLAUDEL : Cela me choque, évidemment, mais sans vraiment m’étonner. Ce qui est singulier, c’est qu’au même moment, ou presque, j’ai reçu deux lettres d’Anthropic concernant deux de mes livres traduits aux États-Unis.

    En substance, on me demandait l’autorisation de les utiliser, […] l’entreprise cherchait sans doute à se mettre en conformité avec des injonctions liées à l’affaire que vous évoquez.

    Il faut donc être extrêmement vigilant. Les textes ne sont pas en libre accès : ils sont protégés par le droit d’auteur. D’ailleurs, depuis le début de l’année, je remarque dans les livres français que je lis pour le prix Goncourt, les éditeurs précisent sous le copyright qu’il est strictement interdit d’utiliser l’ouvrage à des fins d’entraînement d’une intelligence artificielle.

    Philippe Claudel : « Je suis totalement opposé à cette utilisation » 

    On voit bien que les législations essaient de rattraper les grands acteurs de l’IA pour protéger au maximum le droit d’auteur et l’intégrité des textes.

    Quand avez-vous été contacté ?

    P.C. : J’ai reçu ces deux courriers début juillet, cette année. Ils provenaient des États-Unis. Plusieurs de mes livres y ont été traduits et publiés. Ces deux lettres concernaient deux de ces ouvrages, qui avaient sans doute été utilisés, ou devaient l’être, pour entraîner ces machines.

    J’imagine un peu votre réponse, mais avez-vous donné suite ?

    P.C. : Oui. Je suis totalement opposé à cette utilisation.

    Avez-vous eu un retour ?

    P.C. : Pas encore. Nous verrons.

    Dans cette affaire, la justice américaine a estimé qu’alimenter un modèle d’intelligence artificielle générative avec des œuvres théoriquement protégées par le droit d’auteur ne constituait pas une infraction. Quelles peuvent être, selon vous, les conséquences de cette décision ?

    P.C. : C’est compliqué. Je ne suis ni [juriste] ni spécialiste du droit américain, donc je ne mesure pas exactement ce que cette décision recouvre. Mais il faut être extrêmement vigilant.

    Le droit d’auteur est un acquis relativement récent.

    En France, pendant des siècles, les textes n’étaient pas protégés, et un auteur n’était même pas pleinement propriétaire de ce qu’il avait écrit. Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle et surtout le XIXe pour voir émerger le droit d’auteur tel que nous le connaissons.

    Philippe Claudel a refusé de créer un « prix Goncourt de l’IA »

    Or c’est un acquis fragile, comme on le voit lorsque de nouvelles technologies apparaissent. On l’a constaté avec la musique : les créateurs étaient protégés de façon tout à fait efficace, puis l’arrivée des plateformes a installé l’idée que la musique pouvait être gratuite, au détriment des auteurs. Il faut donc être prudent, et uni, à la fois comme auteurs et comme législateurs français et européens, pour contrer des projets qui donnent l’impression que le texte appartient à tout le monde et n’est écrit par personne.

    Au sein de l’Académie Goncourt, parle-t-on de ces usages de l’IA dans le monde littéraire ?

    P.C.

    Oui, bien sûr. Nous en parlons assez souvent. Au tout début de ChatGPT, nous avions fait une expérience : demander à l’outil d’écrire un paragraphe à la manière de certains d’entre nous. Le résultat était affligeant. Le texte produit ne ressemblait à aucun des styles des auteurs concernés. Ce n’était donc pas très inquiétant.

    Mais tout évolue à une vitesse phénoménale. Nous avons aussi vu apparaître des demandes assez saugrenues. Il y a quelques mois, quelqu’un nous a demandé l’autorisation de créer une sorte de prix Goncourt de l’intelligence artificielle, qui récompenserait des livres générés par IA, sans recours humain.

    J’ai refusé. D’abord parce qu’il n’est pas question de multiplier ainsi les déclinaisons du Goncourt. Ensuite parce que ces textes ne sont pas produits par les machines seules : il faut leur fournir un carburant, et ce carburant, ce sont précisément les textes qu’on injecte dans les data centers avant de les faire tourner à l’aide d’algorithmes.

    Dans la sphère littéraire, la menace de l’IA n’est « pas inquiétante pour le moment »

    On n’est donc pas dans une génération spontanée de textes. Pour l’instant, au sein de l’Académie, nous n’avons pas d’inquiétude quant à une concurrence réelle de l’IA vis-à-vis de la littérature, au sens fort du terme. En revanche, il me semble tout à fait possible qu’une IA produise aujourd’hui ce qu’on appelait jadis des romans de gare ou des romans d’aéroport : des textes sans grande qualité littéraire, écrits dans une langue plate, proches d’un scénario. Là, oui, l’IA en est capable.

    À l’approche de la rentrée littéraire et des prix d’automne, prenez-vous des dispositions particulières pour contrôler les livres que vous êtes en train de sélectionner ?

    P.C. : Si vous parlez d’un contrôle visant à détecter des livres générés, en tout ou partie, par une intelligence artificielle, nous n’avons pas les moyens de connaître le fin mot des choses. Cela dit, nous recevons des textes venus, pour l’essentiel, d’éditeurs sérieux.

    Et, pour l’instant, tous les éditeurs que je connais — et je les connais presque tous — n’utilisent pas l’intelligence artificielle comme moteur, support ou adjuvant pour produire des textes littéraires. Ils ont suffisamment d’écrivains dans leurs maisons pour ne pas avoir recours, à ce stade, à ce type de technologie. Dans la sphère littéraire, la situation n’est donc pas inquiétante pour le moment.

    IA : « Nous avons un pouvoir à reprendre face à cette évolution » assure Philippe Claudel

    Récemment, vous avez signé une tribune appelant au boycott des intelligences artificielles génératives, cosignée notamment par quatre lauréats du prix Goncourt, dont Hervé Le Tellier et Annie Ernaux. On peut y lire : « Nous refusons le projet inhumain d’un dialogue ininterrompu avec les machines. » Il y est aussi question d’impact environnemental. Pourquoi avoir écrit ce texte, et quelle suite est possible selon vous ?

    P.C. : L’évolution extrêmement rapide de l’intelligence artificielle, ainsi que ses applications, semblent parfois dépasser leurs propres créateurs. […] Il faut prendre conscience que nous ne devons pas être de simples consommateurs, ni de simples victimes. Nous avons un pouvoir à reprendre face à cette évolution.

    Dans cette tribune, nous rappelions aussi que le fonctionnement de l’IA repose sur des data centers gigantesques, construits quelque part, qui participent à l’artificialisation des sols et consomment une énergie considérable. L’impact écologique est déjà très important.

    […]
    Enfin, nous faisions référence à une idée du philosophe suisse Mark Hunyadi, qui réfléchit, sur le modèle de la Déclaration des droits de l’homme, à une déclaration des droits de l’esprit humain. Comment protéger l’esprit humain, aujourd’hui, contre les manipulations, les agressions, et cette forme de déshumanisation qui conduit certains à préférer le dialogue avec une machine plutôt qu’avec un être humain — comme confident, mentor, analyste, voire amoureux ?

    Nous sommes à un moment où les enjeux écologiques, économiques, artistiques et éthiques sont capitaux. Il faut vraiment y réfléchir.

    Certains écrivains assument pourtant d’utiliser l’intelligence artificielle. Au printemps, par exemple, la prix Nobel polonaise Olga Tokarczuk a déclaré y avoir recours pour l’aider à écrire. Vincent Ravalec le revendique également. Craignez-vous une fracture dans le monde littéraire entre ceux qui utilisent l’IA, même avec parcimonie, et ceux qui refusent d’y recourir ?

    P.C. : J’aimerais savoir précisément comment Olga Tokarczuk et Vincent Ravalec utilisent l’IA. Il faudrait davantage de précisions. À partir de quand peut-on considérer qu’il s’agit d’une prothèse ?

    Beaucoup d’auteurs, et non des moindres, ont déjà reconnu s’être documentés en recopiant des pages Wikipédia, ou ont été surpris en train de le faire. Cela a été vu, su, parfois assumé. À partir de quel moment le fait de se documenter via le numérique et via l’intelligence artificielle devient-il une artificialisation de l’écriture, voire une forme de néoplagiat ?

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    Car lorsqu’on utilise une IA qui produit des textes, elle s’appuie nécessairement sur des textes existants. C’est presque une forme de plagiat 2.0. Il faut donc réfléchir à cela, et aussi à la réaction des lectrices et des lecteurs. Verra-t-on apparaître une sorte de label, comme dans l’alimentation, certifiant qu’un livre n’a pas eu recours à l’IA, au numérique ou aux technologies d’internet, tandis qu’un autre l’assumerait clairement ?

    Nous sommes dans un moment de réflexion. Personnellement, pour moi, une créatrice ou un créateur est quelqu’un qui puise en elle-même ou en lui-même, dans son observation du monde, des autres, de l’intime ou du social. C’est cela, le véritable acte créateur. Mais peut-être que cette vision sera dépassée dans un futur proche.

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  • « La Bataille de Gaulle » renouvelle le public du musée de la Libération de Paris

    Les films à succès deviennent parfois des portes d’entrée pour entrer dans l’Histoire : c’est ce qu’ont constaté les employés du musée de la Libération de Paris. Depuis le succès des deux long-métrages La Bataille de Gaulle (Partie 1 : l’Âge de Fer, Partie 2 : J’écris ton nom), le public de l’établissement s’est renouvelé.

    Ecoutez le sujet de Servane de Pastre : 

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    Les films d’Antonin Baudry ont attiré plus de 4 millions de spectateurs depuis leur sortie en salle début et fin juin. Parmi eux, certains ont eu la curiosité de pousser les portes du musée de la Libération de Paris, situé dans le 14ème arrondissement de la capitale. 

    L’équipe du film La Bataille de Gaulle à Cannes / Jean-Marc Haedrich/SIPA

    Nadine, la soixantaine, en vacances à Paris avec sa famille, avait très envie de voir ce musée : « On a vu les deux films sur le général de Gaulle, les films m’ont donné envie d’en savoir plus. Les jours de la Libération sont beaucoup plus détaillé [dans le musée] que dans le film. Là, pour le coup, on voit vraiment ce qui s’est passé ».

    Le public du musée de la Libération arrive avec de nouvelles questions

    Pierre a 12 ans, il visite le musée avec son père Nicolas. Ils ont évidemment vu La bataille de Gaulle : « L’histoire est cool et j’aime bien les retournements de situation. J’aimerais bien en savoir encore plus », explique Pierre. De passage dans la capitale, son père avait repéré le musée : « je me suis dit que ça se recoupe avec le film, pour les enfants, c’est bien ». 

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    Le succès des films d’Antonin Baudry n’a pas forcément fait grimper l’affluence, explique Sylvie Zeidman, la directrice du musée, mais le public est différent. 

    « C’est un public qui est convaincu de l’importance de cette histoire. Il vient avec d’autres questions. On a eu des interrogations sur la Libération de Paris, qui est racontée d’une certaine manière, un peu éloignée de la façon dont ça s’est passé. Et puis il y a des questions sur les personnages. Il faut redonner le cadre historique très précis dans lequel ils peuvent en quelque sorte relire ce qu’ils ont vu à l’écran ». 

    Et l’enjeu, confie la directrice, c’est bien de ne pas décevoir quand la fiction s’éloigne un peu de la réalité… 

    Servane de Pastre

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  • « Un enterrement à Ornans » de Courbet revient au Musée d’Orsay : pourquoi ce tableau a-t-il fait scandale ?

    Après plus d’un an de restauration, c’est un chef d’œuvre de Gustave Courbet qui retrouve les murs du musée d’Orsay dès aujourd’hui : Un enterrement à Ornans. Une toile monumentale pour un tel sujet, c’était du jamais-vu au milieu du XIXe siècle. 

    Paul Perrin, directeur de la conservation au Musée d’Orsay, au micro Radio Classique d’Héloïse Weisz :

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    Paul Perrin, directeur de la conservation au Musée d’Orsay, explique pourquoi l’œuvre du peintre, une toile de 3 mètres de haut sur 7 mètres de large, a scandalisé les critiques.

    « C’est presque l’œuvre fondatrice de toute la 2nde moitié du XIXe siècle, scandaleuse en son temps, révolutionnaire. Pour la première fois, vous aviez un tableau immense qui était dédié non pas à représenter les grands personnages de l’histoire, mais des bourgeois, des paysans, une communauté rurale en train de célébrer un enterrement, en plus de quelqu’un d’anonyme. C’était absolument scandaleux et nouveau pour l’époque ».

    Un enterrement à Ornans a gagné des centimètres après sa restauration !

    Il détaille les changements liés à cette restauration : « C’est un tableau qui avait une succession de vernis. La nouveauté, c’est qu’il a changé de format ! La toile est un peu plus grande de quelques centimètres ». 

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    Un enterrement à Ornans de Gustave Courbet, désormais restauré, est visible au Musée d’Orsay à partir de ce jeudi 6 août.

     

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