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  • Verbier Festival : L’édition 2026 a battu tous les records

    La 33e édition du Verbier Festival, dont Radio Classique est le fidèle partenaire, s’est achevée le 2 août. 18 jours de représentations et plus de 230 événements qui ont permis à l’événement musical estival suisse de battre des records avec plus de 50.000 billets vendus.

    236 événements musicaux, dont 27 concerts à guichet fermé, d’immenses solistes et chefs d’orchestres parmi lesquels Martha Argerich, Khatia Buniatishvili, Renée Fleming, Alexandre Kantorow, Esa-Pekka Salonen, Sir Simon Rattle ou encore Lahav Shani. Pour sa 33e édition, le Verbier Festival avait vu grand, très grand cette année. Une ambition récompensée au-delà des prévisions les plus optimistes.

    Une programmation prestigieuse qui a porté ses fruits et un pari plus que réussi pour les organisateurs du grand rendez-vous estival valaisan. Au total ce sont plus de 50.000 spectateurs qui ont acheté des billets. Un nouveau record un an après une édition 2024 qui avait pourtant déjà vu son chiffre de fréquentation atteindre les sommets avec 46.000 billet vendus, soit une hausse de 18% des recettes de billetterie par rapport à 2024, avec 24 concerts à guichets fermés.

    Une vingtaine de concerts de l’édition 2026 à revoir sur Medici.tv

    L’Academy a elle aussi rencontré un très grand succès avec notamment une centaine de masterclasses gratuites plébiscitées par le public (70% complètes). La Verbier Festival Academy qui a décerné cette année son Prix Yves Paternot (artiste le plus prometteur) à la jeune soprano géorgienne Ana Oniani qui a enchanté le public du festival avec son interprétation remarquable de Violetta dans La Traviata de Giuseppe Verdi, sous la direction de James Gaffigan.

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    Un succès total savouré par les organisateurs du festival, François Reyl (Président du Conseil de Fondation), Martin T:son Engstroem et Hervé Boissière, les deux co-directeurs généraux qui ont déclaré : « Notre souhait de créer une immersion musicale exclusive au cœur des Alpes suisses se poursuit avec une réponse du public qui nous fait chaud au cœur. Merci à tous ces fabuleux artistes qui nous ont ébloui et une immense reconnaissance à tous celles et ceux qui nous permettent d’accomplir notre mission : partager avec exigence et générosité, la puissance et la beauté de la musique ».

    À noter que 21 concerts de cette édition 2026 du Verbier Festival peuvent être visionnés en replay sur la plateforme de streaming Medici.tv

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    La 34e édition du Verber Festival se tiendra du 15 juillet au 1er août 2027. De nombreux grands artistes présents cette année y participeront. Les rejoindront d’autres illustres interprètes classique tels que Janine Jansen, Yuja Wang, Sonya Yoncheva, Gautier Capuçon, Evgeny Kissin, Nikolaï Lugansky ou encore Klaus Mäkelä, ainsi que le pianiste de jazz américain Brad Mehldau et le multi-instrumentiste anglais Jacob Collier.

     

    Philippe Gault

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  • Le scandale du « Sacre du Printemps » : Ce qui a choqué le public parisien dans l’œuvre de Stravinsky

    En rompant avec les critères conventionnels du genre, Le Sacre du printemps marque l’entrée du ballet dans la modernité. Le public présent dans la salle du Théâtre des Champs Elysées ce 29 mai 1913 ne s’y est pas trompé, qui réserva à la partition et à la chorégraphie l’un des chahuts les plus retentissants de l’histoire de la musique.

    Ecoutez l’épisode des Grands Dossiers de l’histoire en intégralité :

     

    Le 28 mai, le soir de la générale, c’est le calme avant la tempête. Le Sacre du Printemps, ballet chorégraphié par Nijinski pour les Ballets russes de Diaghilev, est présenté à un public professionnel, en présence de Debussy, Ravel et toute la presse parisienne. Mais les spectateurs de la Première, le 29 mai, sont des mondains, membres du tout-Paris. C’est ce soir-là que tout bascule et que l’œuvre entre dans l’histoire de la musique classique.

    Le Sacre du printemps couvert par les cris des spectateurs

    L’enchaînement des perturbations est d’abord matériel et acoustique. Les premières protestations créent une réaction en chaîne. Comme le rapporte André Boucourechliev, qui a consacré un ouvrage à Stravinsky chez Fayard, « les danseurs n’entendaient plus la musique, ni les hurlements du chorégraphe qui tentait désespérément de se substituer par la voix aux repères musicaux. »

    Nijinski, depuis les coulisses, est debout sur une chaise et crie le décompte des pas aux danseurs, en vain. Selon Stravinsky, qui a dû le retenir par son vêtement, celui-ci « rage, prêt à bondir à tout moment sur la scène pour faire un esclandre ».

    Diaghilev, dans l’intention de faire cesser ce tapage, donne aux électriciens l’ordre tantôt d’allumer, tantôt d’éteindre la lumière dans la salle.

    Des spectateurs « achetés » par Diaghilev pour soutenir Le Sacre du Printemps, l’erreur fatale

    La situation est aggravée par une décision de Diaghilev : il avait distribué des billets d’arrière-corbeille, tout proches des grandes loges, à des jeunes gens chargés de soutenir l’œuvre coûte que coûte par leurs applaudissements. Fatale erreur, qui mit le feu aux poudres.

    On sait que Stravinsky se trouvait ce soir-là au quatrième rang d’orchestre, au fauteuil numéro 111. Dès les premières protestations, il quitte la salle et se réfugie dans les coulisses. Il en livrera lui-même le récit :

    «. Ces manifestations, d’abord isolées, devinrent bientôt générales et, provoquant d’autre part des contre-manifestations, se transformèrent très vite en un vacarme épouvantable. »

    Maurice Ravel « combatif comme un coq » : en pleine représentation du Sacre du Printemps, des bagarres éclatent

    Parmi les spectateurs se trouvait la peintre Valentine Hugo, qui témoignera en 1953 au micro de Georges Charensol à la radio :

    «Tout ce qu’on a écrit sur la bataille du Sacre du Printemps reste inférieur à la réalité. Ce fut comme si la salle avait été secouée par un tremblement de terre. Elle semblait vaciller dans le tumulte. Des hurlements, des injures, des ululements, des sifflets soutenus qui dominaient la musique. Et puis des gifles, voire des coups. On y voyait, entre autres, Maurice Delage, rouge grenat d’indignation ; Maurice Ravel, combatif comme un petit coq furieux ; Léon-Paul Fargue, vociférant des épithètes vengeresses vers les loges sifflantes. Je me demande comment cette œuvre, si difficile pour 1913, peut être dansée et jouée jusqu’au bout dans un tel vacarme.»

    La chorégraphie de Nijinski mise en accusation

    Une grande part de la responsabilité du scandale fut attribuée à la chorégraphie de Nijinski, et ce fut Stravinsky lui-même le premier à le souligner, rejetant ainsi une part de la faute sur son collaborateur. La seule description un tant soit peu objective du spectacle provient du critique du Times, à l’occasion de la première londonienne de l’œuvre. Ce témoin britannique, mesuré dans ses appréciations, écrit :

    «Nous avons d’abord des mouvements purement rituels, d’une nature primitive : sauter au-dessus du sol, regarder le soleil et enfin des mouvements de valeur purement émotionnelle, ni rituels ni imitatifs. Ce qui est d’un intérêt majeur dans la danse, c’est l’emploi des mouvements en contrepoint rythmique des masses. Mais le plus remarquable de tout se trouve à la fin de la première scène, où les figures vêtues d’écarlate courent sauvagement autour de la scène en un grand cercle, tandis que des masses qui se déplacent au-delà s’émiettent sans cesse en petits groupes tournant autour d’axes excentriques.»

    André Boucourechliev conclut : « On voit par ces quelques fragments que les conceptions de Nijinski ne semblent pas avoir été aussi aberrantes qu’il est admis de le croire. »

    Le Sacre du Printemps divise les mélomanes

    Dès la soirée du 29 mai 1913, deux camps se sont formés, deux partis hostiles qui poursuivront leurs joutes dans les salons, les clubs et la presse. D’un côté, les opposants horrifiés, qui considèrent la nouvelle œuvre comme la négation même de toute musique ; de l’autre, les partisans qui y voient l’aube d’une ère nouvelle.

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    Quelques mois plus tard, en novembre 1913, l’écrivain Jacques Rivière fit paraître dans la NRF un article retentissant dans lequel il accordait déjà à l’œuvre la place qui serait la sienne dans l’histoire de la musique du XXe siècle :

    «Sans violence, sans ingratitude, mais très nettement, Stravinsky se dégage du debussisme. Tout ici est franc, intact, limpide et grossier.»

    Il est intéressant, comme le note Bertrand Dermoncourt, de relever que pour un Jean Marnold qui voyait dans le Sacre du Printemps « une interprétation libérée où la danse est action elle-même, stylisée par le rythme», combien de sarcasmes s’abattirent sur l’œuvre, surnommée parfois « le massacre des tympans ». Pourtant, le temps allait faire son office, et le ballet est considéré aujourd’hui comme l’une des œuvres emblématiques du XXe siècle.

    Franck Ferrand

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  • Richelieu dans l’intimité : Amoureux des chats, il vivait entouré de « Soumise », « Lucifer » et « Perruque » !

    Les insomnies, les chats, le théâtre et les conseillers de l’ombre ne suffisent pas à résumer l’impressionnante personnalité du cardinal de Richelieu. Mais arrêtons-nous sur la présence discrète mais constante des félins dans les couloirs et les cabinets de travail.

    Ecoutez l’épisode des Grands Dossiers de l’histoire en intégralité :

     

    Lorsqu’il dictait ses lettres ou réfléchissait aux affaires de l’État, on voyait Richelieu passer sa main légèrement noueuse dans la fourrure de l’un de ses compagnons, posé sur la table ou sur ses genoux. Sa chatte favorite, très souvent sur les genoux du Cardinal, s’appelait Soumise, le nom ne s’invente pas ! Les mémorialistes rapportent que sa présence l’aidait dans ses réflexions.

    Non loin de son bureau, Richelieu avait fait aménager une chatterie : une pièce entièrement dédiée à ses félins. Parmi eux, on retiendra ces noms savoureux : Lucifer, ainsi baptisé en raison de ses nombreuses frasques, mais aussi Gazette, Perruque, Gavroche ou encore Félimare. Mais il y a aussi Ludovic le Cruel, Ludoviska, Mimi-Piaillon, Mounard le Fougueux, Rubis sur l’ongle, Serpolet, Pyrame, Thisbé, et Racan !

    Richelieu menacé par un poison présent sur le pelage d’un de ses chats ?

    Une peinture célèbre de Charles-Édouard Delort, bien que nettement postérieure à l’époque, illustre avec humour cette relation singulière.

    On y voit Richelieu et le Père Joseph penchés sur un bureau : le Père Joseph, absorbé dans un document, tandis que Richelieu, la plume à la main, observe le sol où quatre chatons, surveillés par leur mère, s’ébattent sur une carte étendue à même le sol, près d’une coupe de lait renversée. Le cardinal semble alors bien plus intéressé par les acrobaties de ses félins que par les graves confidences de son collaborateur.

    Une peinture que vous pouvez voir ici .

    Les anecdotes autour des chats de Richelieu ne manquent pas, entre histoire et légende. L’une d’elles évoque des opposants qui auraient tenté de placer du poison sur le pelage d’un des chats pour éliminer le cardinal. Une autre, plus romanesque, met en scène le chevalier de Mérancourt, condamné à mort pour avoir récidivé dans le duel, une pratique sévèrement réprimée par l’édit de 1626, qui visait à enrayer l’hécatombe parmi la jeune noblesse.

    Richelieu et les chats, les légendes ne manquent pas

    Richelieu, après mûre réflexion, avait signé l’ordonnance d’exécution et l’avait laissée sur son bureau. Le lendemain, apprenant que le chevalier s’était battu vaillamment contre les troupes espagnoles, il regretta sa décision.

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    Mais en se précipitant dans son cabinet, il apprit que l’exécution n’avait pas eu lieu : l’un de ses chats avait renversé de l’encre sur les papiers, rendant la signature illisible. Légende, sans doute, mais qui dit beaucoup de la place qu’occupe cet univers félin dans l’imaginaire collectif attaché à la figure de Richelieu.

    Franck Ferrand

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  • Festival de Salzbourg : Markus Hinterhäuser chaleureusement accueilli pour son retour comme pianiste

    Évincé subitement de son poste de directeur artistique du festival de Salzbourg au début du printemps, Markus Hinterhäuser a fait son retour dans la ville autrichienne cette semaine. C’est en tant que pianiste lors d’un récital qu’il a été accueilli avec ferveur par un public venu en nombre pour l’applaudir.

    Fin mars, le conseil d’administration du festival de Salzbourg annonçait soudainement la fin de sa collaboration avec Markus Hinterhäuser après une dégradation progressive de leurs relations liée à « une perte de confiance » réciproque. Le directeur artistique de l’événement autrichien depuis dix ans avait pourtant vu son contrat prolongé jusqu’en 2031. Le dirigeant fut alors « mis en congé » jusqu’à la fin de son contrat actuel qui courrait jusqu’au 30 septembre prochain.

    Mais c’est en tant qu’artiste et au piano que Markus Hinterhäuser a fait son retour mercredi 29 juillet au festival de Salzbourg, qui a débuté le 17 juillet et s’achèvera le 30 août, lors d’un récital qu’il avait lui-même programmé. Une représentation donnée à guichet fermé au Mozarteum pour un concert qui réunissait le pianiste de circonstance et le baryton allemand Matthias Goerne. Initialement le duo devait interpréter une sélection de lieder de Franz Schubert mais il a consacré ce récital exclusivement au Winterreise du compositeur autrichien.

    Le tribunal administratif de Salzbourg ordonne aux responsables du festival de divulguer le coût total de la mise à l’écart de Markus Hinterhäuser.

    La prestation du duo a fait un triomphe auprès du public venu très nombreux pour assister à l’événement. À la fin de la représentation, une standing-ovation a duré plusieurs minutes, autant comme un hommage à la carrière de dirigeant de Markus Hinterhäuser que pour sa performance musicale. Parmi ces spectateurs enthousiastes, la soprano lituanienne Asmik Grigorian et le chef d’orchestre Teodor Currentzis. Tous deux sont des artistes fétiches de Markus Hinterhäuser qui les a programmés cette saison, jusqu’au 26 août à la Großes Festspielhaus, dans Carmen de Georges Bizet.

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    Markus Hinterhäuser se produira à nouveau le mardi 11 août dans la grande salle du Mozarteum de Salzbourg pour interpréter, cette fois-ci avec Igor Levit, Visions de l’Amen, l’œuvre pour deux pianos d’Olivier Messiaen.

    D’ici là c’est encore de son éviction qu’il sera question à Salzbourg puisque le tribunal administratif local a enjoint le 27 juillet la direction du festival de divulguer d’ici la mi-septembre le montant total des coûts engendrés par le congé et la résiliation anticipée du contrat de son ex-directeur artistique.

    Philippe Gault

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  • Intelligence artificielle : entre singularité et régulation, les Américains face à un dilemme

    Sam Altman, le patron d’OpenAI, a affirmé cette semaine que l’IA a atteint la « singularité ». Dans le même temps, plus de mille salariés du secteur demandent de ralentir son développement. Ce paradoxe résume l’état d’une technologie qui progresse plus vite que les institutions chargées de l’encadrer.

     

    Deux visions de l’intelligence artificielle se sont télescopées cette semaine aux États-Unis.

    D’un côté, Sam Altman, le patron d’OpenAI, a affirmé que nous sommes entrés dans l’ère de la « singularité technologique ».

    L’expression désigne ce moment encore hypothétique où l’IA dépasserait l’intelligence humaine et progresserait ensuite à une vitesse devenue imprévisible.

    La course à l’IA est bien lancée

    De l’autre côté, plus de mille salariés d’OpenAI, d’Anthropic, de Meta, ou encore de Mistral viennent de signer une lettre ouverte intitulée « Ralentir la frontière ».

    Ils demandent au gouvernement américain de soutenir un effort international pour encadrer les modèles les plus avancés.

    Le contraste est saisissant. Mais à ce stade, il faut garder son calme. Aucun consensus scientifique ne permet d’affirmer que la singularité a été atteinte. En revanche, la course à l’IA, elle, est bel et bien lancée.

    Les décisions des intelligences artificielles deviennent difficiles à controler

    Les acteurs de l’intelligence artificielle réclament des règles pour les ralentir parce que leurs inquiétudes reposent sur des faits très concrets.

    Il y a quelques jours, une machine d’OpenAI a réussi à sortir de son environnement test, à accéder à Internet, puis à pénétrer les données d’une plateforme extérieure pour réussir une évaluation informatique.

    La machine ne s’est pas rebellée : elle cherchait toujours à accomplir sa mission. Mais elle a emprunté un chemin qui n’était pas prévu. La nuit dernière, l’IA Claude a fait de même.

    Le président américain réfléchit à des moyens pour contrôler les IA

    C’est précisément le problème : plus ces systèmes deviennent autonomes, plus leurs décisions deviennent difficiles à anticiper et à contrôler.

    Face à cela, Donald Trump envisage lui-même des mécanismes de contrôle, mais il refuse de brider les entreprises nationales. C’est tout le paradoxe américain : Washington veut sécuriser l’IA sans ralentir l’innovation.

    De plus, il faut bien comprendre que la demande de régulation répond aussi à des intérêts économiques. Les règles les plus contraignantes favorisent souvent les entreprises déjà dominantes.

    Le discours sur le danger de l’IA alimente la peur

    Meta ou Anthropic possèdent les ressources pour s’y conformer, mais une jeune entreprise en serait beaucoup moins capable. Encadrer les modèles les plus puissants peut donc protéger la société, mais aussi fermer le marché.

    Enfin, attention : parler constamment d’IA incontrôlables contribue à en augmenter la valeur. Le discours sur le danger devient lui-même un argument commercial. C’est de la communication.

    Une gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle serait donc nécessaire, mais extrêmement difficile à mettre en place.

    L’Europe tente de réglementer l’IA

    L’IA est devenue l’un des principaux terrains de la rivalité entre les États-Unis et la Chine. Pour Washington, ralentir reviendrait à prendre le risque de laisser Pékin prendre l’avantage.

    Pour la Chine, accepter des règles définies par les Américains reviendrait à consacrer leur domination technologique.

    De son côté, l’Europe tente de construire une troisième voie fondée sur la réglementation. Elle dispose d’un pouvoir normatif important, mais reste en retrait dans la fabrication des modèles les plus avancés.

    De leur côté, les Nations unies peuvent organiser le dialogue, mais elles ne possèdent ni les moyens de contrôler les laboratoires privés ni la capacité d’imposer des inspections aux grandes puissances.

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    Alors, il existe bien un précédent : le contrôle international du nucléaire. Celui-ci repose sur des matières physiques que l’on peut mesurer, des installations que l’on peut inspecter et une institution, l’AIEA, chargée d’en vérifier l’usage.

    Le problème est qu’une IA tient dans des centres de données privés et elle évolue presque chaque semaine sous forme de code. Elle est beaucoup plus difficile à enfermer dans un traité.

    L’IA n’a peut-être pas encore dépassé l’humanité. Mais elle avance déjà plus vite que les institutions qui réfléchissent encore sur la manière de l’encadrer.

    Lukas Aubin

     

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    ONU : Quelle place la musique occupe-t-elle dans les relations internationales ? Avec Frédéric Ramel, professeur en sciences politiques à Sciences Po Paris

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  • ONU : Quelle place la musique occupe-t-elle dans les relations internationales ? Avec Frédéric Ramel, professeur en sciences politiques à Sciences Po Paris

    Tous les 24 octobre, un concert a lieu au siège de l’ONU à New York afin de marquer l’anniversaire de l’institution. Frédéric Ramel, professeur en sciences politiques à Sciences Po Paris et auteur de 10 œuvres musicales à l’ONU. Une diplomatie du sensible, chez Biblis Inédits, aux éditions du CNRS, était l’invité de la matinale de Radio Classique ce vendredi. Il revient sur les enjeux qu’incarne la musique dans un des plus hauts lieux de la diplomatie internationale et montre comment celle-ci reflète l’histoire de l’organisation.  

     

    Qu’est-ce que ces concerts du 24 octobre nous disent de l’ONU que les discours officiels ne disent pas ?

    FRÉDÉRIC RAMEL : Ils nous disent qu’il existe un rite musical chaque année lors du 24 octobre.

    Il peut y avoir des frictions, des tensions, mais les États s’entendent entre eux pour laisser la parole à la musique, symbole de l’harmonie.

    L’harmonie n’est pas toujours au rendez-vous sur le plan politique, mais sur le plan du rite et du symbole, il est important de rappeler la place qu’occupe la musique dans les relations internationales.

    Frédéric Ramel : « La musique nous dit comment célébrer l’universel »

    Ce n’est pas un hasard si celui qui est à l’origine de ce rite, l’un des grands secrétaires généraux des Nations Unies, Dag Hammarskjöld, associait étroitement l’ONU à une nouvelle forme politique autant qu’à une nouvelle forme esthétique et artistique.

    En quoi la musique, dans son style et ses choix artistiques, est-elle elle aussi politique à l’ONU ?

    F.R. : Elle nous dit comment célébrer l’universel, ou du moins en donner une représentation par les sons.

    Ce qui est intéressant, c’est qu’à l’origine du rite, il y a une répartition du programme : pour la Journée des droits de l’homme, c’était essentiellement de la musique traditionnelle ; pour le 24 octobre, essentiellement de la musique classique.

    « L’ONU cherche à se rapprocher des sociétés et du Sud global » affirme Frédéric Ramel

    Et cette musique classique, jusqu’aux années 1990 et jusqu’à l’arrivée de Kofi Annan, un autre grand secrétaire général, était essentiellement occidentale, avec comme répertoire privilégié celui du XIXe siècle, le romantisme, ou de la première moitié du XXe siècle.

    On y associait également des commandes : certains secrétaires généraux ont demandé à des compositeurs, je pense en particulier à Benjamin Britten ou à Pablo Casals, d’écrire pour ces concerts.

    Frédéric Ramel : « La communication peut passer par la musique »

    À partir de 1997, Kofi Annan a cherché à élargir le répertoire aux variétés mondialisées et aux musiques traditionnelles pour dire autrement l’universel.

    Cela témoigne aussi d’une institution qui cherche à se rapprocher des sociétés, du Sud global, et à donner une autre couleur acoustique à l’universel.

    Parmi les 10 œuvres évoquées dans votre livre, il y a Dosti d’Ali Azmat, jouée le 24 octobre 2001. Ce concert a fait date à l’ONU : que raconte-t-il ?

    F.R. : Nous sommes quelques semaines après le 11 septembre, événement traumatique pour les États-Unis mais aussi pour le système international : Al-Qaïda a frappé sur le sol américain des symboles politiques majeurs.

    La musique permet aux Etats de montrer une autre image d’eux-mêmes sur la scène internationale

    À ce moment-là, le djihadisme semblait rimer avec islam. Tout le geste politique et esthétique du 24 octobre est alors de dire que l’islam ne se résume pas aux djihadistes, d’autant plus que le djihadisme corsète la manière de concevoir le rapport à la musique avec des règles extrêmement rigides.

    Avec ce rock soufi du groupe pakistanais, il s’agit de montrer que des alliages sont possibles entre la tradition soufie et ses poèmes d’un côté, et le rock d’inspiration occidentale de l’autre.

    Une autre façon de dire que la communication peut passer par la musique, et de donner une autre image de l’islam.

    La musique peut aussi servir de soft power pour le pays qui parraine chaque année le concert ?

    F.R. : Absolument. L’organisation du concert dépend d’un État parrain, en lien étroit avec les départements de la communication globale.

    « Il y a des tentatives de créer des œuvres d’inspiration nouvelle » explique Frédéric Ramel

    Ces dernières années, on voit apparaître de nouveaux États, comme le Qatar, qui cherchent à promouvoir une marque, un nation branding musical, une autre façon de se montrer sur la scène internationale.

    Lors du concert de 2019, le Qatar a mis en avant la chanteuse Dana al Fardan avec une chanson intitulée Hope, chanson à caractère humanitaire qui dit aussi quelque chose d’intéressant : les Occidentaux ne seraient pas les seuls à incarner des gestes et des actions humanitaires.

    Votre livre montre que cette idée de l’universel musical à l’ONU a beaucoup évolué, c’est moins qu’avant un mythe exclusivement occidental. Est-ce que ça le reste quand même ?

    F.R. : La musique occidentale reste importante, la 9e Symphonie de Beethoven demeure l’œuvre la plus jouée depuis 1953, date de la mise en place de ce concert.

    La 9e Symphonie de Chostakovitch est une critique du totalitarisme

    Mais la quête de l’universel, comme le dirait le philosophe Souleymane Bachir Diagne, c’est un universel à construire ensemble.

    Il y a des tentatives de créer des œuvres d’inspiration nouvelle, à la croisée de la musique occidentale et des musiques traditionnelles.

    Je pense en particulier à Yo-Yo Ma et à son Silk Road Project, qui constitue lors de ces concerts du 24 octobre une autre façon de dire l’universel par la musique.

    Parmi les concerts marquants, il y a aussi la 9e Symphonie de Chostakovitch, qui a fait polémique et suscité la colère de Staline. Pourquoi a-t-elle suscité les foudres du dirigeant soviétique ?

    F.R. : Staline attendait, après la Seconde Guerre mondiale, que Chostakovitch compose une 9e symphonie à sa gloire, comme Beethoven l’avait fait, une œuvre célébrant la victoire contre l’Allemagne nazie et la grandeur du régime.

    « Les sons sont mis de côté dans notre appréhension du monde » déplore Frédéric Ramel

    Or, cette œuvre très courte est tout sauf grandiloquente : douce-amère, elle constitue une critique musicale du totalitarisme.

    Elle a été jouée deux fois aux Nations Unies, et ce n’est ni l’Union soviétique ni la Russie qui en a été l’État parrain, ce sont les États-Unis en 1965, dans un climat de détente, puis l’Autriche en 2000, pour signifier que dans la période post-guerre froide, certaines œuvres peuvent rassembler l’Est et l’Ouest précisément parce qu’elles sont des critiques du totalitarisme.

    Pourquoi avoir choisi la musique plutôt que le cinéma, la littérature ou la peinture pour raconter l’ONU et sa diplomatie ?

    F.R. : Nous vivons dans un monde qui accorde un privilège à l’image, et les sons sont quelque part mis de côté dans notre appréhension du monde.

    Frédéric Ramel : « Les régimes autoritaires sont contre une certaine conception du multilatéralisme » 

    Or, je trouve que les sons et l’acoustique sont fondamentaux, on le voit dans cette volonté d’habiter le monde et cet enjeu de la dégradation de l’environnement aujourd’hui.

    Je pense que nous avons perdu une qualité d’écoute, et l’écoute est fondamentale, à la fois pour nous en tant qu’êtres humains, mais aussi en politique.

    En redonnant aux sons leur place, j’ai voulu montrer que les États eux-mêmes sont sensibles à cette dimension, malgré les tensions. C’est pour remettre les sons au cœur de la réflexion politique que j’ai voulu écrire ce livre.

    Beaucoup reprochent aux Nations Unies leur impuissance. La critique vous paraît-elle justifiée, ou attend-on simplement de l’ONU ce qu’elle n’a jamais eu les moyens de faire ?

    F.R. : Dag Hammarskjöld avait cette belle formule : les Nations Unies ne sont pas là pour nous emmener au paradis, mais pour nous délivrer de l’enfer.

    « Les Nations Unies ont encore un rôle à jouer » affirme Frédéric Ramel

    Les Nations Unies sont aujourd’hui critiquées essentiellement par des régimes autoritaires. Ceux-ci ne sont pas forcément contre le multilatéralisme en tant que tel mais contre une certaine conception du multilatéralisme.

    Pour eux, le multilatéralisme se limite à la coexistence des États, alors qu’il peut aussi désigner la convergence normative et la nécessité de gérer ensemble des enjeux communs, comme les enjeux climatiques.

    On oublie souvent que les Nations Unies ont joué un rôle fondamental dans la vie quotidienne.

    « L’élection d’un nouveau secrétaire général va susciter un nouvel élan » affirme Frédéric Ramel

    Elles se sont impliquées dans la régulation des télécommunications, l’action humanitaire, les opérations de paix qui sont aujourd’hui extrêmement décriées. Les Nations Unies ont encore un rôle à jouer.

    Cependant, deux questions se posent. Tout d’abord celle de la représentation : il faut donner une place plus importante aux États du Sud. Et ensuite celle de l’efficacité, qui est bien réelle mais insuffisamment communiquée.

    On oublie par exemple que pour 65 % des conflits où les Nations Unies sont présentes, la présence des Casques bleus a un bilan positif.

    Frédéric Ramel : « Organiser ce concert, c’est avoir foi dans le multilatéralisme »

    La critique est aisée, mais les Nations Unies restent un élément fondamental de notre monde contemporain.

    Le concert a été annulé trois fois depuis sa création, dont l’an dernier pour les 80 ans de l’ONU. Est-ce que cela en dit long sur ce que sont les Nations Unies aujourd’hui ?

    F.R. : Oui, le silence et l’absence sont parfois tout aussi significatifs que l’organisation d’un concert. L’énergie n’était pas là l’année dernière pour l’organiser. J’espère que l’élection d’un nouveau secrétaire général va susciter un nouvel élan.

    « Les grandes puissances se rendent compte que l’ONU peut encore jouer un rôle »

    Il y a dans la musique une forme d’espérance, et organiser ce concert, c’est aussi avoir foi dans le multilatéralisme.

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    Ce changement de secrétaire général pour janvier prochain peut-il insuffler un nouveau souffle à l’organisation ? Parmi les 6 candidats, y a-t-il un favori ?

    F.R. : C’est difficile à dire à ce stade, il peut encore se passer beaucoup de choses d’ici l’élection. La question clé reste celle du consensus entre les 5 membres permanents, je me garderai bien de donner un pronostic.

    Ce que je peux dire, c’est qu’on attend un nouveau souffle, mais aussi un véritable engagement des États.

    Et même dans le contexte actuel, les grandes puissances, en particulier la Chine et la Russie, se rendent compte que le Conseil de sécurité et les Nations Unies peuvent encore jouer un rôle, notamment lorsque Donald Trump cherche à en limiter l’impact.

     

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    0 min
  • Langue française : « être au taquet », « changer de cap », 5 expressions maritimes que vous utilisez sans le savoir

    Notre quotidien est rempli d’expressions maritimes que nous employons parfois sans même nous en apercevoir. Petit tour d’horizon de ces métaphores venues de la mer qui ont envahi notre langage courant.

     

    Être à la dérive, un terme très concret désignant un bateau sans direction

    Aujourd’hui, être à la dérive s’emploie pour parler d’une personne perdue ou d’une situation qui échappe à tout contrôle. Mais à l’origine, c’est un terme bien concret : un bateau à la dérive est un bateau qui flotte sans gouvernail ni direction.

    De même, changer de cap signifie modifier radicalement sa direction, comme un navire qui oriente sa proue vers un nouveau point de l’horizon.

    Être au taquet, une expression professionnelle née du domaine de la voile

    Très présente dans l’univers professionnel, cette expression signifie être à fond dans quelque chose, très motivé et déterminé. Dans le domaine de la voile, le taquet est un morceau de bois ou de métal autour duquel on enroule les cordages. Servant à bloquer, il a donné naissance, au sens figuré, à l’idée d’être au maximum de ses capacités, d’avoir atteint une limite.

    Être vent debout, l’expression préférée des médias

    Très employée dans le milieu journalistique, cette expression signifie aujourd’hui s’opposer fermement à quelque chose. À l’origine, elle désigne le fait que le vent souffle directement de face, entravant la progression du bateau.

    Avoir le vent en poupe, le succès n’est plus seulement maritime

    Aujourd’hui synonyme de succès et de réussite, cette expression puise sa source dans la navigation : lorsque le vent pousse le navire par l’arrière — la poupe — il facilite sa progression.

    Naviguer à vue, une accusation familière chez les politiques

    Considérée comme familière dans son usage actuel, cette expression signifie avancer sans véritable plan. À l’origine, elle désignait le fait de naviguer sans instruments, en se fiant uniquement à ce que l’on peut voir.

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    Le domaine maritime est une véritable source d’inspiration pour la langue française. Des expressions comme être dans le même bateau, être à flot, couler ou encore rester à quai témoignent de l’influence durable du vocabulaire de la mer sur notre façon de parler et de penser.

    Karine Dijoud

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  • Incendies en Gironde : Comment les hôpitaux font-ils face à une crise de cette nature ? Les explications de Vincent-Nicolas Delpech, directeur général du CHU de Bordeaux

    Annoncé « stabilisé » depuis mercredi, le feu en Gironde a néanmoins contraint plus de 200 000 personnes à être évacuées dans des conditions exceptionnelles. Vincent-Nicolas Delpech, directeur général du CHU de Bordeaux, était l’invité de la matinale de Radio Classique ce jeudi. Il revient sur la gestion de cette crise hors norme : comment son établissement a pu accueillir en moins de 24h des centaines de patients supplémentaires, et ce qu’il anticipe pour les jours à venir.

     

    Vous avez dirigé plusieurs établissements hospitaliers avant Bordeaux. Avez-vous déjà dû faire face à une crise de cette nature ?

    VINCENT-NICOLAS DELPECH : Je suis un vieil hospitalier. J’ai dirigé plusieurs hôpitaux, notamment l’hôpital Necker Enfants Malades, puis un groupe d’hôpitaux parisiens, au plus fort des crises que l’on a pu connaître, notamment les attentats de 2015 et le COVID.

    Mais cette crise là à Bordeaux est tout à fait particulière, elle a une dimension hors norme parce qu’elle combine plusieurs facteurs.

    Vincent-Nicolas Delpech : « Évacuer 220 000 personnes, c’est une opération très complexe »

    Il y a d’abord son ampleur : 220 000 personnes ont été déplacées sur un territoire considérable.

    Ensuite l’imprévisibilité de la cause : ce feu n’est toujours pas fixé, on ne connaît pas sa direction ni les territoires qui vont être concernés.

    Et enfin, c’est d’une complexité opérationnelle majeure : évacuer 220 000 personnes, des hôpitaux, des résidents en EHPAD, c’est une opération très complexe. C’est cet ensemble qui rend cette crise vraiment très particulière.

    « Les CHU sont préparés à la crise, ça fait partie de notre ADN » affirme Vincent-Nicolas Delpech

    250 lits ont été créés très rapidement dans votre établissement. Comment avez-vous fait ? Étiez-vous préparé ?

    V-N.D. : On est toujours préparé, notamment dans les CHU, à la crise. Ça fait partie de notre ADN, de notre mode d’organisation. On s’entraîne très régulièrement à des plans pour un accueil massif de patients.

    Mais là, c’était autre chose. Il a fallu créer, en 24 heures exactement, 243 lits supplémentaires.

    Pour cela, il faut deux choses : des ressources humaines médicales et soignantes, et puis une logistique millimétrée. C’est tout un dispositif qui a permis d’armer ces lits supplémentaires.

    Ces ressources humaines, vous ne les aviez pas sur le moment. Vous avez lancé un appel aux volontaires, et plusieurs milliers de professionnels de santé ont répondu. Auriez-vous pu vous en passer ?

    V-N.D. : Non. Nous sommes au milieu de l’été, beaucoup de professionnels du CHU sont en congé.

    « Les hospitaliers sont fatigués par les épisodes caniculaires »

    Le plan blanc a été déclenché vendredi, ce qui nous permet de réquisitionner le personnel, mais j’ai préféré faire appel au volontariat.

    Les gens doivent se reposer : on a traversé des séquences caniculaires à Bordeaux, les hospitaliers sont fatigués, ils doivent pouvoir prendre leurs vacances.

    Ce pari s’est révélé le bon puisque 4 250 volontaires se sont manifestés. Au moment où je vous parle, 430 d’entre eux sont effectivement au travail pour armer les 250 lits.

    Quel type de patients devez-vous prendre en charge ? Beaucoup de personnes âgées évacuées d’EHPAD ? Avez-vous mis en place des dispositifs spécifiques ?

    V-N.D. : Oui, c’est une crise très particulière dans la mission du CHU. Il y a peu de blessés directs du feu.

    Un hub médicalisé a été mis en place dans le Parc des Expositions à Bordeaux

    Le CHU de Bordeaux a en charge de s’occuper de tous les sapeurs-pompiers blessés. Nous en avons accueilli beaucoup depuis le début, mais heureusement pas de blessés graves jusqu’ici.

    Le vrai sujet de cette crise, c’est d’organiser l’évacuation des patients venant de cliniques, d’hôpitaux ou d’EHPAD.

    C’est inhabituel, surtout dans l’ampleur qu’on évoque. Il y a eu 1 100 personnes accueillies dans un hub énorme, le Parc des Expositions de Bordeaux.

    Vincent-Nicolas Delpech : « Il y a eu plus de 40 EHPAD évacués, ce qui est énorme »

    Il a fallu médicaliser ce hub, puis réorienter ces personnes vers des structures ouvertes en urgence. On ne peut pas accueillir durablement des personnes âgées dépendantes sur des lits de camp dans un hub.

    Vous avez notamment dû remettre en service un bâtiment d’EHPAD qui avait fermé il y a quelques semaines seulement ?

    V-N.D. : Oui. Nous avions reconstruit un EHPAD à Lormont, et l’ancien bâtiment existait toujours. On voyait bien que le nombre d’évacués allait augmenter et qu’on aurait besoin de lits supplémentaires car il y a eu plus de 40 EHPAD évacués, ce qui est énorme.

    Dans la nuit de vendredi à samedi, à 3h du matin, j’ai contacté mon adjoint Jordan Leon, responsable de la gériatrie, et la présidente de la CME, le professeur Nathalie Salles, qui a contacté le docteur Floccia, la responsable des gériatres. Nous avons décidé de rouvrir l’ancien bâtiment.

    « Il n’y a pas eu d’augmentation du passage aux urgences à cause de la fumée » affirme Vincent-Nicolas Delpech

    Toute la mécanique s’est enclenchée : on a réquisitionné 30 soignants volontaires, il y a eu 24 rotations logistiques pour apporter les lits, les équipements, le linge, les tenues professionnelles, les repas, la pharmacie, et pour faire une remise en eau et en électricité.

    À 8h du matin, le hub était informé qu’il pouvait envoyer les résidents, et dès 9h40 les premiers résidents étaient installés.

    C’est une mobilisation générale, très organisée, très méthodique, qui permet au système de santé de répondre à des crises de cette ampleur.

    Vous l’avez dit, il y a peu de blessés directement liés aux incendies. Observez-vous chez les patients des effets liés à la fumée et une augmentation des problèmes respiratoires ?

    V-N.D. : Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Nous avons eu beaucoup d’appels sur le 15, sur la régulation du SAMU, car la population est évidemment anxieuse face à l’impact des fumées qui, cette nuit encore, étaient très fortes à Bordeaux.

    2,5 millions de masques FFP2 ont été distribués à la population bordelaise

    Mais il n’y a pas eu d’augmentation du passage aux urgences ni de cas de pathologies pneumologiques liées aux fumées.

    Je reste prudent : nous suivons jour après jour les indices de qualité de l’air, nous renforçons nos lits de médecine, notamment en pneumologie.

    Les masques ont été distribués et les consignes de port du FFP2 pour sortir ont été rappelées à la population. Pour l’instant, ce point est sous contrôle.

    Avez-vous assez de masques ?

    V-N.D. : Oui. Nous avons distribué 550 000 masques à l’ensemble des professionnels de santé, et 250 000 supplémentaires sont livrés en fin de semaine.

    « En situation de crise, il ne faut surtout pas suspendre les activités d’un CHU » explique Vincent-Nicolas Delpech

    Par ailleurs, pour la distribution à la population sur l’agglomération bordelaise, le chiffre est de 2, 5 millions, ce qui répond aux besoins.

    Cette mobilisation générale a-t-elle eu une influence sur les autres activités habituelles du CHU ? Avez-vous dû déprogrammer des opérations ?

    V-N.D. : En situation de crise, il ne faut surtout pas suspendre les activités d’un CHU, d’autant que le CHU fait de la médecine qui n’est faite nulle part ailleurs.

    Vincent-Nicolas Delpech : « Cette crise est anxiogène et crée des drames »

    Dans la nuit de vendredi à samedi, alors même qu’on armait ces 243 lits supplémentaires et qu’on déployait des médecins et soignants sur le hub, nous avons poursuivi notre activité de recours et réalisé deux greffes, dont une greffe de foie.

    Sur la suite de l’été, attendez-vous des séquelles non pas physiques mais psychologiques causées par ces incendies ?

    V-N.D. : Oui, nous en sommes convaincus. Cette crise est anxiogène et crée des drames. Quand vous perdez votre maison, vous êtes moralement et psychologiquement touché.

    « Ce sont le repos, l’organisation et la solidarité interne qui permettent de durer en phase de crise. »

    Nous nous préparons, en lien avec le centre hospitalier Charles Perrens, à renforcer notre offre de soins en santé mentale, avec des psychiatres, des psychologues, des infirmiers spécialisés, pour prendre en charge une demande qui sera, à mon avis, très importante dans les jours et semaines à venir.

    Nous sommes le 30 juillet, à la moitié des vacances d’été. Pourrez-vous maintenir un tel fonctionnement exceptionnel si nécessaire ?

    V-N.D. : C’est un vrai sujet dans toute crise, tenir dans la durée. Comment faisons-nous pour faire en sorte que le dispositif de la crise puisse s’inscrire dans le temps nécessaire de la crise ?

    Cela suppose une organisation des ressources humaines rigoureuse, avec des rotations, que ce soit pour les membres de la cellule de crise qui fonctionnent 24h/24, ou dans les services.

    « Il faut renforcer le SAMU et les urgences face aux épisodes caniculaires » alerte Vincent-Nicolas Delpech

    Nous avons mis en place une cellule dédiée qui organise ces plannings et veille à ce que volontaires comme permanents disposent du temps de repos nécessaire. Ce sont le repos, l’organisation et la solidarité interne qui permettent de durer en phase de crise.

    Il a fait 40°C hier à Bordeaux. Craignez-vous que les fortes chaleurs s’ajoutent aux effets des incendies et provoquent un afflux plus important de personnes âgées ?

    V-N.D. : Nous avons observé lors des dernières séquences caniculaires une augmentation d’activité du SAMU et des urgences.

    Il faut renforcer ces services car on sait que les conséquences des épisodes caniculaires se font avec un léger décalage de quelques jours, dû aux personnes affaiblies qui arrivent dans nos services.

    Une baisse des températures est attendue dans les prochains jours

    Nous maintenons donc des moyens de renfort aux urgences et au SAMU. Cela dit, les prévisions annoncent une baisse de température dès la fin de journée et pour les jours suivants, donc on espère que l’impact sera limité.

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    Si des auditeurs souhaitent aider votre CHU ou les hôpitaux, que peuvent-ils faire concrètement ?

    V-N.D. : Pour les professionnels de santé, une adresse mail générique de soutien est disponible : [email protected].

    Pour les autres, la ville de Bordeaux recense tous les bénévoles pouvant prêter main-forte sur l’ensemble de l’agglomération et de la Gironde.

    La Fondation des Hôpitaux et Brigitte Macron nous ont proposé leur aide, et nous allons recevoir des équipements complémentaires grâce à la Fondation.

     

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  • La FIFA veut ouvrir son capital à des investisseurs privés

    Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a annoncé mardi qu’il envisageait d’ouvrir le capital de la FIFA, fédération à but non-lucratif, à des investisseurs privés, afin d’en maximiser les revenus. Cette annonce provoque une nouvelle polémique qui s’ajoute à celles qui ont marqué la Coupe du Monde 2026. 

     

    La FIFA, qui organise la Coupe du monde, est une fédération à but non-lucratif, donc en théorie, ils ne peuvent pas ouvrir leur capital à des investisseurs privés car ils deviendraient une entreprise qui doit réaliser des bénéfices pour rémunérer ses actionnaires.

    Mais Gianni Infantino qui a plein de riches idées a trouvé la parade. Il propose de créer une filiale détenue en grande partie par la Fifa.

    Avec cette filiale, la FIFA récupèrerait 4 milliards de dollars

    Cette filiale, valorisée à 20 milliards de dollars, pourrait commencer par céder 20% de son capital à des investisseurs.

    La FIFA récupèrerait ainsi un peu plus de 4 milliards. Avec cet argent, Infantino pourrait ainsi redistribuer tout de suite quelques dizaines de millions aux fédérations nationales pour qu’elles développent le football dans leur pays, et la société aurait aussi des moyens pour développer le foot mondial.

    On vient déjà de passer la Coupe du Monde de 32 à 48 pays, et on pourrait passer à 64. Il serait possible aussi de lancer de nouvelles compétitions, comme une vraie Coupe du Monde des clubs.

    Gianni Infantino se comporte comme un dirigeant totalitaire

    Cette idée suscite cependant la polémique. Déjà parce que le football, qui est le sport le plus populaire de la planète, ne manque pas d’argent.

    Il y a bien sûr des championnats qui génèrent plus d’argent que d’autres, mais c’est comme en économie, il y a des pays plus riches que d’autres.

    Ensuite, parce que le président de la Fifa se comporte comme un dirigeant totalitaire. Il n’y a pas de contre-pouvoirs, pas d’assemblée : une fois élu, il fait un peu ce qu’il veut.

    Là il veut imposer une transformation majeure et il n’en a visiblement parlé à aucune des grandes fédérations. Il met tout le monde devant le fait accompli.

    Le président de la FIFA veut affaiblir l’Europe

    Ensuite il y a un côté clientélisme à la Fifa qui met mal à l’aise. La rumeur, hier, c’était que le président donnait jusqu’au 19 septembre aux fédérations pour approuver ou non son projet qui ne semble pas discutable sur les détails.

    Et ceux qui voteront en faveur toucheront des dizaines de millions, tandis que les autres rien ou beaucoup moins.

    La Fifa, c’est un peu plus de 200 fédérations. Chaque voix compte et les voix des petits pays ne comptent pas moins que celles des gros pays.

    Pour être réélu président l’an prochain pour un nouveau mandat, ce personnage qui avait trahi et planté un couteau dans le dos de Michel Platini quand il était son secrétaire général à l’UEFA donne l’impression de s’acheter des amitiés en distribuant de l’argent.

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    Son objectif est visiblement d’affaiblir l’Europe et les compétitions européennes en déplaçant les dépenses des diffuseurs vers des compétitions contrôlées par la Fifa.

    On va voir s’il arrive à passer en force, ou s’il a poussé le bouchon trop loin. Dans tous les cas, il risque de provoquer une guerre civile dans le football mondial.

    David Barroux

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  • Andrea Bocelli a chanté pour la paix devant le pape Léon XIV

    Le ténor italien Andrea Bocelli, accompagné de jeunes choristes, a chanté ce mercredi à l’occasion d’une prière pour la paix présidée par le pape Léon XIV à Castel Gandolfo, dans le cadre des célébrations du huitième centenaire de la mort de saint François d’Assise.

    Ce moment de communion, baptisé « Cantique de la Paix », s’est déroulé mercredi 29 juillet dans les jardins de la résidence d’été des papes près de Rome, où se trouve le centre de formation à l’écologie du Vatican « Borgo Laudato Si » (Village Loué sois-tu). Ce temps de prière chorale, ponctué de chants et de lectures, visait à « implorer le don de la paix dans le monde, en s’inspirant du message universel du Cantique des Créatures » de saint François d’Assise, selon un communiqué du Borgo Laudato Si’ et de la Fondation Andrea Bocelli.

    En costume de cérémonie noir, le chanteur d’opéra, accompagné des jeunes choristes de sa fondation ABF Voices portant un polo blanc, a chanté devant le pape Panis Angelicus (César Franck), Dolce é sentire mais également Amazing Grace en anglais. « Mes chers jeunes amis, pendant que vous chantiez, avez-vous remarqué comment la musique nous a tous entraînés dans l’expérience de quelque chose de nouveau, de plus grand que ce que chacun d’entre nous aurait pu créer seul ? C’est l’expérience de la beauté », a lancé Léon XIV aux jeunes choristes.

    Les jeunes membres du chœur ABF Voices sont originaires de Terre Sainte, d’Ouganda, d’Haïti et d’Italie

    Certains des 164 jeunes de cette formation musicale, provenant de Terre Sainte, d’Ouganda, d’Haïti et d’Italie et dont les histoires personnelles ont souvent été marquées par la guerre, la pauvreté ou la souffrance, ont ensuite récité une prière en diverses langues au chef de l’Église catholique. « Dans le chant, ils découvrent un langage commun capable de créer proximité et espérance », a expliqué Andrea Bocelli, cité dans le communiqué.

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    Saint François d’Assise (1182-1226), le fondateur des franciscains et précurseur du dialogue interreligieux, est aussi considéré comme le père de l’écologie moderne, avec son « Cantique des créatures », une célèbre prière qui loue toutes les créatures, dont le frère Soleil, la sœur Eau et la mère Terre.

    Andrea Bocelli and a choir of children from Uganda, the Holy Land and Italy sing Amazing Grace for Pope Leo XIV today in Castel Gandolfo. pic.twitter.com/oRZ2YK3DtS

    — Catholic Sat (@CatholicSat) July 29, 2026

    Le texte de cet ami des animaux et de la nature commence par « Laudato si » (Loué sois-tu), le titre choisi par le pape François pour son encyclique parue en 2015, un plaidoyer remarqué pour une « écologie intégrale » liant environnement et justice sociale.

    Philippe Gault (avec AFP)

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