Le propre cousin de Louis XVI, Philippe d’Orléans, a voté la mort du monarque déchu, exécuté le 21 janvier 1793. C’est le début d’une légende noire pour celui qu’on nomme désormais Philippe Égalité… Voici 5 anecdotes pour mieux comprendre ce moment d’histoire de France, qui continue de susciter le débat aujourd’hui.
1 – Philippe d’Orléans, frère du roi, devient «Philippe Égalité»
Le 11 septembre 1792, le prince Louis Philippe d’Orléans se présente au district de son quartier Saint-Roch pour voter à l’élection des députés de la Convention. Quand on lui demande de décliner son identité, Louis-Philippe-Joseph d’Orléans découvre avec stupeur que les noms « féodaux » sont désormais interdits par la loi. L’assesseur l’inscrit donc comme « enfant trouvé ou bâtard » et lui conseille de se rendre au Conseil de la Commune pour changer de patronyme. À l’Hôtel de Ville, un fonctionnaire lui soumet une liste, sur laquelle on peut lire notamment Égalité et Publicola, en référence au consul romain Publius Valerius qui participa à la chute de la monarchie romaine. Résigné, le prince opte pour « Égalité ». Plus tard, pour imposer ce choix, il ira jusqu’à menacer ceux qui l’appelleraient Orléans, ou pire, prince ou monseigneur.
Eric Rohmer a dépeint la vie périlleuse d’une anglaise royaliste résidant en France et ses relations, tantôt tendres, tantôt orageuses, avec le duc d’Orléans, cousin de Louis XVI, mais acquis aux idées révolutionnaires. Elle parvient à le persuader de l’aider à sauver un proscrit, mais non à le dissuader de voter la mort du roi.
2 – La Révolution par ambition : l’erreur de calcul fatale
Louis-Philippe-Joseph d’Orléans est né en 1747, sept ans avant son cousin Louis XVI, avec lequel il a toujours entretenu des relations exécrables. Il faut dire que du temps de l’Ancien Régime, il s’est toujours tenu dans l’opposition. En 1789, il est élu de la noblesse aux Etats généraux, et c’est un des premiers aristocrates à rejoindre le Tiers État. Personnage central des débuts de la Révolution, certains le soupçonnent d’avoir financé et motivé en sous-main les pires trahisons. On a dit qu’il avait payé les émeutiers qui ont ramené la famille royale de Versailles à Paris, les 5 et 6 octobre 1789. Cette « légende noire » du complot orléaniste fait aujourd’hui toujours débat. Ce qui est certain, c’est que Philippe d’Orléans a vu dans les événements révolutionnaires l’occasion de donner une place prépondérante à la branche cadette des Orléans, longtemps tenue sous le boisseau par la branche aînée. Il s’est rêvé un temps régent du royaume, voire monarque d’une monarchie parlementaire à l’anglaise.
3 – Un vote pour la mort de Louis XVI qui choque jusqu’aux révolutionnaires
Raphaël d’Argent rapporte dans son ouvrage Philippe Égalité, le prince de la Révolution publié chez Tallandier : « Le 14 janvier, la Convention décida des trois questions auxquelles devaient répondre les députés. La première portait sur la culpabilité de l’ancien roi. La deuxième, sur le recours au peuple. La troisième, sur la peine. Le 15 janvier, Louis-Philippe-Joseph se rendit à la Convention et à la question « Louis est-il coupable ? », il répondit simplement « Oui ». Ce qui provoqua l’émoi de certains députés qui s’exclamèrent « Ah le monstre ! Son parent, son sang ! ». Concernant l’appel au peuple, il déclara : « Comme je ne m’occupe que de mon devoir, je dis non. » Restait la dernière question qui concernait la peine. Le prince devait voter le lendemain. Le 16 janvier dans la soirée, on procéda au vote. Lanjuinais demanda si la majorité requise pour avoir force de jugement serait des deux tiers des voix. Danton déclara que la République et la guerre avaient été décidées à la majorité et qu’il devait en être de même pour le sort du tyran. Le scrutin par appel nominal commença. Quand vint son tour Philippe Égalité monta à la tribune et expliqua son choix, ce qu’il n’était pas obligé de faire. « Uniquement occupé de mon devoir, convaincu que ceux qui ont attenté ou attenteront par la suite à la souveraineté du peuple méritent la mort, je vote la mort. » »
MARY EVANS/SIPA
Cette décision stupéfie l’assemblée. On dit que Robespierre lui-même aurait déclaré comprendre qu’Égalité se fût abstenu. Son vote régicide ne lui apporte aucun gain politique : ses adversaires le trouvent odieux, tandis que ses partisans considèrent qu’il n’a fait que son devoir. Le 19 janvier, un nouveau vote est organisé pour accorder un éventuel sursis à Louis Capet. Philippe Égalité vote de nouveau « non ». Le 21 janvier 1793, il assiste de loin, depuis un cabriolet sur le pont de la Concorde, à l’exécution de son cousin.
4 – Du régicide à l’échafaud : la trajectoire paradoxale de Philippe Egalité
Le 4 avril 1793, le fils de Philippe Égalité s’enfuit en pleine nuit et passe du côté des Autrichiens avec le général Dumouriez. Cette défection transforme immédiatement Égalité en suspect aux yeux des Montagnards. Trois jours plus tard, toute la famille est arrêtée et éloignée de Paris, envoyée au Fort Saint-Jean à Marseille. Philippe Égalité est ramené à Paris et incarcéré à la Conciergerie le 2 novembre 1793. Jugé par le Tribunal révolutionnaire le 6 novembre, quelques jours après l’exécution de sa cousine par alliance Marie-Antoinette, il est condamné à mort. Le jour même, il est guillotiné place de la Révolution. Le couperet qui s’abat sur sa nuque est le même que celui qui avait décapité le cousin qu’il avait contribué à faire condamner.
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5 – Un héritage encore contesté par les historiens
Le fils de Philippe Égalité, qui devint roi des Français quarante ans plus tard (1830-1848) sous le nom de Louis-Philippe, affirma avoir vu son père en larmes le soir du 16 janvier 1793, regrettant son vote et arguant qu’il n’avait pas eu le choix. Cette anecdote, rapportée par un roi connu pour avoir « l’anecdote facile », fut probablement inventée pour défendre l’honneur paternel.
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