Dans un climat politique et social toujours sous tension, la France interroge par ses contradictions et ses blocages persistants. Invité de la matinale, Carlos Tavares, chef d’entreprise portugais et auteur d’Un pilote dans la tempête (Plon), livre son regatd sur la situation du pays et les changements qu’il estime nécessaires.
Pour Carlos Tavares, l’Hexagone souffre d’un mal profond : sa division sociale. « J’ai de la peine pour mes amis français. Ce pays a un potentiel extraordinaire et nous avons urgemment besoin de traiter la question de la cohésion sociale. […] Ce que l’on voit en ce moment, au travers des discussions sur le budget, c’est au contraire une société qui continue à se fragmenter. » Le chef d’entreprise invite la France à s’inspirer du modèle portugais, notamment sur la réforme des retraites : « Au Portugal, l’âge de départ évolue chaque année en fonction de l’espérance de vie. Donc il n’y a pas de débat sur l’âge de départ en retraite là-bas. Il y a simplement le constat que, comme l’espérance de vie évolue, il est normal que l’âge de départ en retraite évolue aussi. […] C’est un système que je trouve plutôt intéressant et dont d’autres pays pourraient s’inspirer. »
Mais selon l’invité de David Abiker, les blocages français dépassent la question des retraites. Ils sont culturels et bureaucratiques. Il s’exprime selon son expérience, lui qui a voulu construire une entreprise en France : « c’est beaucoup de papiers, de procédures, d’avis de soi-disant experts, des réunions publics […]. Nous sommes en train de consommer une quantité de ressources rares à ne rien produire, à juste lutter contre les vents contraires, la bureaucratie, la technocratie, le juridisme…. C’est un cancer qui nous tue à petit feu. »
L’écologie punitive, une impasse pour l’avenir
Carlos Tavares ne cache pas son inquiétude face à l’échec des politiques environnementales européennes. « Nulle part en Europe, un parti vert n’a pris le pouvoir. Aucun. Ceci est la conséquence d’un phénomène très simple : l’écologie qu’on nous propose aujourd’hui est punitive. » Lui-même agriculteur, il témoigne du changement climatique qu’il vit dans sa ferme portugaise : « Cela fait deux années de suite que je vis des étés à 46°C. […] Cette année, on a brûlé 220 000 hectares au Portugal, soit 3 % de la surface du pays. Il faut vivre le feu qui s’approche de votre maison pour comprendre l’urgence. » Pour lui, la clé réside dans une écologie pragmatique, fondée sur des solutions simples et efficaces : « Le parc automobile européen a un âge moyen de 12 ans. Aujourd’hui, nous pouvons remplacer les véhicules les plus anciens, qui émettent plus de 300 g de CO2/km, par des voitures modernes à moins de 100 g. C’est une transition que la classe moyenne peut se permettre. »
« Les incendies s’étendent désormais avant et après l’été, et le risque concerne toute la France » alerte Christophe Chantepy
Carlos Tavares évoque le rapport très différent à la réussite entre le Portugal et la France : « Au Portugal, on me félicite pour mon salaire. […] En France, on confond argent et usage de l’argent. Il y a un bon et un mauvais usage. » Croyant en la méritocratie républicaine, il invite les jeunes Français à être ambitieux sans quitter le pays : « Au lieu d’aller travailler en Californie, enrichissez-vous en France et faites-en un meilleur pays. »
Retrouvez tous les articles liés à l’actualité économique
Sécurité sociale : « la santé a un coût » rappelle le directeur général de la CNAM, Thomas Fatôme
La réforme des retraites « est absolument nécessaire pour les Français » selon le président du Medef Patrick Martin
Dette publique : « La France ne peut pas se permettre d’avoir des budgets à l’eau tiède » alerte Philippe Dessertine
Dette publique : « La taxe Zucman n’a aucun sens, elle risque d’affaiblir notre appareil productif » affirme Jean Peyrelevade
Cet article La France incarne « une société qui continue à se fragmenter » regrette Carlos Tavares est apparu en premier sur Radio Classique.