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La nouvelle présidente du Pérou, Keiko Fujimori, a été investie hier à la tête du pays. Fille d’Alberto Fujimori, ancien président du Pérou connu pour son coup d’État de 1992 qui lui avait permis de mettre en place un pouvoir autoritaire, elle souhaite rétablir une stabilité politique dans le pays et faire des États-Unis un allié.
Cette arrivée au pouvoir est un moment historique pour le pays. À Lima, la capitale, Keiko Fujimori a reçu l’écharpe présidentielle devant le Congrès, vingt-six ans après la chute de son père, Alberto Fujimori. Elle devient la première femme élue à la présidence du Pérou.
Il lui aura fallu quatre campagnes pour y arriver : 2011, 2016, 2021, et 2026. Mais c’était de justesse, elle a remporté le second tour avec seulement 49 641 voix d’avance sur le candidat de gauche Roberto Sánchez.
Sur dix-huit millions de suffrages exprimés, l’écart atteint seulement 0,27 %. Son adversaire refuse toujours de reconnaître sa victoire.
Keiko Fujimori n’est pourtant pas une nouvelle venue dans le paysage péruvien. À dix-neuf ans, elle était devenue la première dame après la séparation de ses parents en 1994.
Son père, président de 1990 à 2000, reste associé à deux choses : le redressement économique du pays, et surtout le coup d’État de 1992 qu’il avait lui-même fomenté, pour créer un système autoritaire marqué par la corruption et les violations des droits humains. Il avait par la suite passé seize ans en prison. Le fujimorisme repose donc sur cette double mémoire.
Pour ses partisans, on parlera d’efficacité économique et de restauration de l’ordre. Pour ses adversaires, d’autoritarisme et d’impunité.
C’est tout le paradoxe : Keiko Fujimori incarne une rupture historique par son sexe, mais une profonde continuité par ses idées et son nom.
Son principal défi est de mettre fin à l’instabilité politique chronique du Pérou. 8 présidents et 21 premiers ministres se sont succédé au cours de la dernière décennie. Aucun chef de l’État n’a terminé un mandat complet depuis 2016.
Le Parlement est généralement morcelé et les présidents gouvernent sans majorité stable. Dans ce contexte, le Congrès a pris l’habitude d’utiliser la destitution comme une arme politique.
Keiko Fujimori part néanmoins avec un atout. Force populaire est le premier parti du nouveau Parlement et ses 22 sénateurs suffisent à bloquer une destitution, qui exige une majorité des deux tiers.
Mais elle ne contrôle aucune des deux chambres à elle seule. Pour gouverner, elle devra trouver des alliés et son avenir se jouera au Congrès. C’est là qu’elle devra trouver une majorité pour faire voter ses réformes et éviter la destitution.
C’est tout le paradoxe péruvien : la polarisation nourrit la demande d’un pouvoir fort, tout en empêchant les coalitions nécessaires pour gouverner.
Il suffit de regarder une carte électorale. La victoire de Fujimori repose sur la capitale, Lima, et la diaspora, tandis que les régions rurales et andines ont largement choisi l’opposant Roberto Sánchez. Pour stabiliser le Pérou, elle devra donc réconcilier des territoires qui ne votent plus pour le même pays.
Son arrivée annonce également un virage géopolitique d’abord vers Washington. Keiko Fujimori a qualifié les États-Unis d’ « allié » et souhaite rejoindre le Bouclier des Amériques, l’initiative de Donald Trump contre les organisations criminelles transnationales.
Son choix de Carlos Espá comme ministre des Affaires étrangères renforce ce signal : le nouveau chef de la diplomatie a travaillé pendant quinze ans à l’ambassade américaine à Lima.
Pour la Maison-Blanche, le Pérou pourrait devenir un partenaire contre les trafics, mais aussi pour sécuriser les minerais stratégiques.
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Bien sûr, cette orientation accompagne le retour de la droite dans plusieurs pays latino-américains, de l’Argentine de Javier Milei au Chili de José Antonio Kast.
Elle ne signifie pourtant pas que Lima peut choisir Washington contre Pékin. La Chine reste le premier partenaire commercial du Pérou depuis plus d’une décennie.
Un exemple : l’entreprise publique chinoise Cosco contrôle 60 % de la société qui exploite le port de Chancay, la nouvelle porte maritime entre le Pérou et l’Asie.
De fait, Fujimori ne pourra se détourner ni de la Chine ni des États-Unis. Et donc tout l’enjeu est là. Pour elle, il s’agira de trouver un équilibre géopolitique entre les deux géants, car, même si elle regarde vers Washington d’un point de vue politique, l’économie péruvienne, elle, est déjà tournée vers la Chine.
Lukas Aubin
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Le film De la Comédie-Française est sorti la semaine dernière au cinéma. Réalisé par Martin Darondeau et Bertrand Usclat, il a été coécrit par Pauline Clément, 546e sociétaire de la Comédie-Française, qui y incarne une metteuse en scène. Invitée de la matinale de Radio Classique ce mercredi, elle explique qu’elle a voulu transmettre sa passion du spectacle vivant et désacraliser le métier de comédien, en en montrant les coulisses ainsi que toutes les failles dans un film humoristique.
Au théâtre, on parle souvent de l’intention qu’on met en jouant. Quelle est l’intention derrière ce film ?
PAULINE CLÉMENT : Personnellement, j’avais envie de faire un pont entre mes deux mondes. Je suis à la Comédie-Française depuis onze ans, et ça fait encore plus longtemps que je fais des sketchs humoristiques sur Internet.
À un moment, je me suis rendu compte que ces deux chemins prenaient beaucoup de place dans ma vie et je rêvais de les fusionner, ce qui a donné ce film.
Dès qu’on a commencé à écrire, l’idée était que ce soit drôle et populaire, pas réservé aux théâtreux.
On écrivait ça en pensant à l’amour qu’on avait pour le spectacle vivant, pour cette forme artisanale qui consiste à venir devant des gens avec une perruque, faire des personnages, raconter des histoires, le direct quoi.
Cette idée est née il y a combien de temps ?
P.C. : Il y a peut-être deux ans et demi, mais on a mis du temps à la faire. Au début, on voulait faire une série avec tous les acteurs de la Comédie-Française : on en voulait 60, on voulait tourner dans tous les recoins de la Comédie-Française, mais le bâtiment est tellement énorme qu’on n’aurait jamais pu tout filmer. On avait les yeux plus gros que le ventre
Ce projet avait du mal à se faire, et les producteurs qui nous aidaient, ceux qui avaient produit Yannick, nous ont proposé de réaliser un film sur quelque chose qu’on écrirait, qui pourrait se tourner rapidement dans un seul élan, et du coup on est partis dans cette direction.
C’est inspiré de faits réels ?
P.C. : Il y a plein de petits détails qui le sont. Tous les endroits où on va sont vrais, sauf la cantine parce que la vraie donne sur les colonnes de Buren et filmer cela, c’est très coûteux, d’autant plus que c’est un endroit très fréquenté aussi, donc on l’a replacée au foyer du public.
Mais l’atelier costume, on l’a vraiment emprunté, et les équipes ont dû partir ce jour-là. Et beaucoup d’anecdotes sont vraies.
Il y a 400 personnes dans cette maison, ça grouille. À une époque, j’oubliais tout le temps mon badge, et on me demandait ma carte d’identité alors que ça faisait très longtemps que j’étais là, on ne me remettait pas. Ça nous a amusés et on a inventé cette scène.
Est-ce que l’idée était de montrer que derrière les actrices et acteurs d’élite de la Comédie-Française, il y a aussi des humains avec leurs failles, leurs vulnérabilités ?
P.C. : Oui, c’est ça, c’est aussi désacraliser ces métiers là. Quand on va voir un spectacle, on n’imagine pas le nombre de problèmes qu’il peut y avoir derrière.
On peut ne plus avoir le texte, l’autre acteur n’est pas rentré, on a bafouillé, et souvent on se dit que c’est horrible, qu’il y a eu un gros silence alors qu’en réalité le public n’a rien remarqué.
On a donc parlé de ces petits problèmes là, et c’est toujours un peu drôle ce décalage entre les grandes robes de Shakespeare et les petits problèmes pourris du quotidien.
Vous faites partie de la troupe depuis plus de dix ans. Comment on se sent à trois heures d’une première ?
P.C. : Je déteste les premières, je trouve ça très dur, sauf quand on a fait des filages en public et qu’on a déjà expérimenté la pièce de bout en bout devant des gens.
On ne sait pas s’ils vont rire, s’il y aura un grand silence, comment ils vont réagir. Parfois, on ne sait même pas si la pièce va fonctionner.
J’imagine ceux qui ont joué Le Soulier de Satin, qui dure huit heures, leur première devait être terrifiante. Ils ne devaient pas savoir à quel point ce serait complet.
Avant chaque première, le texte et les mouvements ne sont pas encore ancrés complètement. Le corps n’a pas encore la mémoire de l’avoir fait en spectacle. C’est très stressant.
Et ça peut être perturbant quand vous attendez une réaction du public à un moment précis et qu’elle ne vient pas, ou au contraire, qu’il rit là où ce n’était pas censé être drôle ?
P.C. : Oui. La dernière fois, à un spectacle, à la fin d’une phrase, j’ai entendu des rires alors que j’étais hyper sérieuse dans mon jeu, et je ne m’y attendais pas du tout. En fait, les spectateurs avaient bien suivi la situation, bien saisi la scène d’avant, et ce rappel les a fait rire.
C’est toujours marrant ce genre de moment où on se dit qu’ils ont tout compris alors que le texte était assez rude.
En tournée avec La Puce à l’oreille, il y avait des applaudissements sur les changements de décor parce qu’on les faisait en dansant, une idée de Lilo Baur, la metteuse en scène.
Dans certaines villes, le public applaudissait en rythme, comme si c’était le climax du spectacle. Et dans d’autres, pas du tout. C’est toujours drôle.
Et il faut encaisser ces réactions ou non-réactions tout en restant concentré sur le jeu, les intentions, le texte.
P.C. : Oui. Parfois on peut même se faire un petit regard entre nous, on sait qu’on a fait un bide, et on peut même en rire tellement c’est énorme parfois.
Est-ce que vous avez dû vous forcer, avec les autres sociétaires du film, à être stressés, maladroits, fébriles, voire désagréables dans le film, ou c’est venu naturellement ?
P.C. : Ce ne sont pas que des sociétaires dans le film, il y a aussi des pensionnaires qui y ont joué.
En fait, tous les personnages rappelaient à chacun quelqu’un. On se disait tous que cette habilleuse, on l’avait déjà rencontrée. Tout le monde avait un imaginaire de ces personnages, donc ce n’était pas difficile.
Au contraire, les acteurs arrivaient avec des idées en plus : « J’en ai croisé un comme ça, et en plus il faisait ça. »
Laurent Stocker, en lisant son personnage, a tout de suite dit qu’il était sûr que son personnage donnait des cours de théâtre, qu’il était professeur, et ça me faisait rire de l’imaginer, parce que c’est vrai, c’était évident que ce personnage était professeur.
Vous l’avez tourné en combien de temps ?
P.C. : En quinze journées. C’était rapide, ce n’est pas à refaire. C’était chouette parce qu’on se connaissait tous et qu’on était dans notre lieu, mais je pense qu’il ne faut pas que tous les films se fassent en quinze jours.
On n’a pas de recul, pas le temps de réfléchir. On tournait aussi avec un enfant et on n’avait pas le temps d’attendre qu’il arrête de pleurer, d’autant plus qu’on n’avait pas le budget pour en avoir deux, comme ça se fait souvent avec des jumeaux.
Il y avait trois prises par axe, donc ce qu’on tournait serait obligatoirement dans le film.
Est-ce que tourner ce film a constitué une forme de thérapie ?
P.C. : Oui, je pense. Quand il y avait des embûches pendant la préparation du film, ça permettait de prendre du recul. On se disait que c’était comme dans le film, que c’était le film dans le film. Ça nous faisait rire.
Et même sur scène, on panique pour des choses qui, quand on les raconte après, s’avèrent drôles, ce n’était pas si grave.
Dans le film, on se demande vite si la pièce va avoir lieu, sinon il faut trouver 25 000 € pour indemniser la Comédie-Française. C’est réel ?
P.C. : Oui, c’est dans nos contrats : si un spectacle ne se joue pas de notre faute, hors hospitalisation et assurance, on doit rembourser la recette de la salle, soit environ 25 000 €, ce qui correspond à toutes les places qui ont été vendues.
Et cette clause met une forme de pression ?
P.C. : De toute façon, il y a toujours une pression à oublier, parce qu’on joue en alternance. À Richelieu, quatre spectacles tournent et ne se jouent jamais le même jour : on peut jouer le lundi, puis le mercredi, puis le mardi la semaine suivante. Donc on peut s’embrouiller.
Le week-end, c’est parfois 14h et 20h30. Si on croit jouer à 20h30 alors que c’était 14h, c’est stressant.
Moi, je note tout sur mon agenda, je revérifie. Et après chaque représentation, je redis toujours « à vendredi hein ? », une petite phrase pour ancrer la prochaine date, parce que j’ai peur de m’embrouiller.
Le film a été primé à l’Alpe d’Huez : quatre récompenses, dont le prix spécial du jury et le prix du public. Vous vous y attendiez ?
P.C. : Non. C’était la première fois qu’on le montrait vraiment à un public, on avait fait avant une projection Unifrance, très internationale, et c’était la première fois que le film était vraiment fini.
On avait aussi fait une projection spéciale pour les salariés de la Comédie-Française. Un régisseur m’avait dit qu’il avait trouvé le film drôle, mais que c’était tellement nous qu’il ne savait pas si ça allait parler à d’autres gens. Quand il m’a dit ça, je me suis demandé s’il n’avait pas raison.
Mais lorsqu’on a vu que tout le public adhérait, et qu’en plus on a obtenu le prix du public, je me suis dit que chacun s’y reconnaissait. En avant-première dans différentes villes, des gens nous disaient : « Je travaille à l’hôpital, ça nous a vraiment fait penser à nous. »
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Est-ce que l’idée était aussi de rendre accessible cette institution, parfois perçue comme élitiste et parisienne ?
P.C. : Quand on avait déposé le dossier pour la série, elle a été refusée en partie parce qu’on parlait de théâtre, on nous disait que c’était trop niche et qu’il n’y avait pas assez d’action. On a renforcé l’écriture, renvoyé le dossier, et on nous a redit que le problème, c’était le théâtre.
À partir de là, on s’est dit : on va parler de théâtre, mais on va vraiment faire attention à ce que ce soit pour tout le monde, parce que le théâtre, c’est tout le monde.
On a tous été au théâtre avec l’école, à glousser tout en haut du balcon, et à la fin on accroche et on adore. Ce n’était pas tant une volonté de changer une image, c’était juste notre version à nous du spectacle vivant et de la Comédie-Française.
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À l’occasion des commémorations du 25e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, l’orchestre Philharmonique de New York (NY Phil), sous la direction de Gustavo Dudamel, et le Soldiers’ Chorus, l’ensemble vocal de la fanfare de l’armée américaine, donneront un concert gratuit le 11 septembre prochain au Perelman Performing Arts Center
C’est sur les lieux même où les attentats du 11 septembre 2001 ont fait des milliers de morts après l’attaque aérienne terroriste contre les tours du World Trade Center qu’aura lieu ce grand concert gratuit. Précisément au Perelman Performing Arts Center (PAC NYC), le grand centre culturel new-yorkais qui porte le nom du milliardaire Ronald Perelman, un des plus généreux contributeurs au financement de sa construction décidée trois ans après le drame et achevée en 2023 au… 6 World Trade Center.
Selon les organisateurs (NY Phil et PAC NYC) de cet événement historique et hautement symbolique, ce concert sera « un hommage aux héros qui vivent parmi nous – des familles des victimes à celles et ceux qui, inspirés par les attentats du 11 septembre 2001, ont choisi de servir leur pays –, nous célébrons leur héritage et ce que signifie répondre à l’appel ».
Au programme de ce concert, intitulé Sounds of Remembrance (Sons du souvenir), des extraits du Quatuor à cordes en fa majeur de Ludwig van Beethoven dans l’arrangement de Leonard Bernstein, de Candide, l’opérette du même Bernstein, de la Sérénade pour cordes de Piotr Ilitch Tchaïkovski, l’Adagio pour cordes de Samuel Barber et la Bachiana Brasileira n°4 d’Heitor Villa-Lobos. En première mondiale, sur commande de l’orchestre philharmonique de New York, sera également joué le morceau Nous les vivants, spécialement composé pour l’occasion par Julia Adolphe et Safiya Sinclair.
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À la tête du Philharmonique de New York on retrouvera Gustavo Dudamel, quelques jours avant sa prise de fonction officielle (le 30 septembre pour un gala inaugural au David Geffen Hall) en tant que directeur musical et artistique de la grande formation américaine. Les 24 chanteuses et chanteurs du Soldiers’ Chorus seront dirigés par le capitaine Jac’kel Smalls qui a rejoint l’Orchestre de campagne de l’armée américaine en septembre 2025 en tant que responsable du chœur des soldats.
Philippe Gault
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Le Rassemblement national s’est imposé ces dernières années comme le premier parti politique en France, avec déjà 35% des intentions de vote au premier tour de l’élection présidentielle de 2027. Depuis la succession de Marine le Pen à son père, le parti a su rallier de nouveaux électeurs autour d’un sentiment de déclassement et d’insécurité culturelle.
Le Rassemblement national écrase la concurrence. Aucune autre force politique n’est en mesure aujourd’hui de lui tenir tête.
Il n’y a qu’à voir les sondages pour la prochaine présidentielle : la candidature de Marine Le Pen est promise à des scores élevés, 35% au premier tour. Cela ne s’est pas vu depuis des décennies, et c’est surtout le double de Édouard Philippe pour l’instant, qui se situe autour de 17%.
Beaucoup de personnes affirment que les sondages se trompent toujours, que le RN ne gagnera pas à la fin.
C’est notamment ce qu’a dit Emmanuel Macron il y a quelques jours : « Méfiez-vous des sondages. Je connais beaucoup de gens qui étaient élus en juillet 2016. Ce n’était pas les mêmes forcément qu’on a retrouvés en mai 2017. »
Tout peut arriver, mais le RN a bien recueilli 33,2% des voix au premier tour des législatives de l’été 2024, et c’est significatif.
Depuis que Jean-Marie Le Pen a passé le relais à sa fille, en 2011, le RN n’a pas seulement changé de taille, il a changé de nature, ce qui explique un tel succès électoral.
C’est ce que raconte une note passionnante du politologue Pascal Perrineau publiée ce mois-ci pour la Fondapol : les digues sociales et culturelles qui contenaient la progression du parti ont fini par céder. C’est la fin des citadelles imprenables dans l’opinion.
Le RN progresse chez les seniors, les diplômés du supérieur, les cadres, des électorats qui lui étaient jusqu’à présent structurellement réfractaires.
Le parti réussit une sorte de synthèse entre un socle de fidèles, qui sont des Français issus des classes populaires, en difficulté financière, qui votent RN depuis longtemps, et puis des ralliés, qui eux ont déposé un bulletin RN pour la première fois dans l’urne en 2024. C’est la clé de la réussite du RN.
Ce ralliement ne repose pas sur des déterminants sociologiques ou économiques.
Tous ces gens ont en partage un profond sentiment de déclassement. Sans doute pour des raisons différentes, mais les électeurs fidèles comme les ralliés estiment qu’ils vivent moins bien aujourd’hui qu’avant.
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Pascal Perrineau parle d’insécurité culturelle, de sentiment de déclin ou encore de manque de reconnaissance sociale. S’ajoute à tout cela le désordre politique, en particulier après la dissolution incomprise de l’été 2024.
Après tout, Marine Le Pen est celle qui incarne le mieux l’opposition au macronisme. Elle a affronté à deux reprises le président sortant dans un duel au second tour. Certainement que rien n’est gagné d’avance, mais il sera de toute évidence difficile de déloger le RN des avant-postes.
Richard Flurin
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Alors que Volodymyr Zelensky est attendu à Washington aujourd’hui pour rencontrer Donald Trump, le vent semble tourner aux Etats-Unis concernant la guerre en Ukraine. Une partie du mouvement MAGA, et notamment des influenceurs, sont en train de changer d’avis sur l’Ukraine, dans un contexte de guerre avec l’Iran, pays soutenu par le Kremlin.
Le déplacement du président ukrainien aux États-Unis intervient dans un contexte particulier. Depuis plusieurs semaines, Donald Trump affiche une irritation croissante à l’égard de Vladimir Poutine, tandis que certains relais très influents du trumpisme commencent à revoir leur jugement sur la guerre.
Laura Loomer, l’une des influenceuses les plus radicales de l’écosystème trumpiste et relais du narratif pro-russe, a répondu à une interview depuis un abri antiaérien de Kyiv.
Elle a reconnu alors s’être trompée sur la réalité de ce qu’il se passe en Ukraine après avoir rencontré Volodymyr Zelensky et découvert les bâtiments détruits par les frappes russes.
Celle qui décrivait encore l’Ukraine comme un pays dominé par les nazis reconnaît désormais avoir été trompée par la propagande du Kremlin. Son revirement est spectaculaire, mais elle n’est pas seule.
Tim Pool, autre podcasteur très suivi à droite, affirme maintenant que l’Ukraine lutte pour sa survie contre « un dictateur maléfique » et qu’une victoire ukrainienne est nécessaire.
Il faut cependant éviter de parler d’une conversion généralisée. Tucker Carlson et Candace Owens restent très hostiles à Kyiv. Le monde MAGA est donc en train de se fracturer.
Ce retournement intervient au moment où l’Ukraine a changé de stratégie. Pendant longtemps, Kyiv s’adressait aux Européens et aux Américains avec le langage du droit international et de la défense de la démocratie.
Dans l’Amérique de Donald Trump, cela ne suffisait plus. Les Ukrainiens ont donc appris à parler directement à l’écosystème MAGA. Cette nouvelle stratégie porte un nom : c’est la « diplomatie des influenceurs ».
En Ukraine, Laura Loomer a par exemple été conduite dans un monastère chrétien endommagé par un drone russe et elle a rencontré un rabbin ukrainien.
Les autorités locales en ont profité pour lui souffler un autre récit : la Russie de Vladimir Poutine est proche de l’Iran, ennemi central d’une partie de la droite américaine. Le message est taillé pour son public.
L’Ukraine n’est plus présentée comme une démocratie lointaine qu’il faudrait aider au nom de grands principes, mais comme une nation chrétienne attaquée par un axe hostile aux États-Unis.
Ce glissement accompagne celui de Donald Trump. Le président américain, qui pensait pouvoir imposer rapidement la paix, est irrité devant le refus de Vladimir Poutine de mettre fin à la guerre.
Il a d’ailleurs salué publiquement l’entretien de Laura Loomer avec Zelensky. Dans l’univers MAGA, les influenceurs sentent très vite les déplacements du centre de gravité politique. Ils les suivent, mais peuvent aussi les accélérer.
La Russie est donc en train de perdre du terrain dans la bataille culturelle au sein du mouvement MAGA.
Pendant des années, Vladimir Poutine a offert à la droite radicale américaine une image séduisante : celle d’un dirigeant fort, orthodoxe, souverainiste et opposé au progressisme occidental.
Par opposition, l’Ukraine était présentée comme un État corrompu, nazi et condamné à engloutir l’argent du contribuable américain. Ce récit a profondément pénétré les médias pro-Trump.
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Mais la guerre dure aussi en Iran, à mesure que les bombardements se poursuivent. Dès lors, le partenariat entre Moscou et Téhéran devient plus difficile à ignorer.
Comment admirer Poutine comme défenseur de l’Occident chrétien lorsqu’il soutient le principal adversaire régional d’Israël et des États-Unis ?
Volodymyr Zelensky connait cette contradiction et il cherchera très probablement à s’y immiscer aujourd’hui à Washington. Il n’a pas besoin de convertir tout le mouvement MAGA.
Il lui suffit de convaincre assez de voix influentes autour de Donald Trump pour rendre le soutien à l’Ukraine compatible avec « America First ».
Lukas Aubin
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Alors que les incendies vont s’intensifier ces prochains jours en Gironde à cause d’un nouvel épisode caniculaire, les Canadairs sont mobilisés tous les jours pour lutter contre la progression des flammes. Éric Durand, pilote de Canadair et secrétaire général adjoint du Syndicat national des personnels navigants de l’aéronautique civile (SNPNAC), était l’invité de la matinale de Radio Classique ce mardi. Il détaille les raisons pour lesquelles seulement deux Canadairs ont été mobilisés en Gironde pour lutter contre les incendies et affirme que ses équipes continueront de se battre avec les moyens qu’elles ont.
Seulement deux appareils ont été déployés pour lutter contre ce feu qui a ravagé 42 000 hectares en Gironde alors que la France en compte douze. Comment ça s’explique ?
ÉRIC DURAND : Malheureusement, même si le feu hors norme de la Gironde est le plus gros qu’on ait jamais connu, il y a d’autres endroits en France, notamment dans le Sud-Est, qui nécessitent l’emploi des Canadairs.
On est donc obligé de répartir nos forces au sein de la sécurité civile pour lutter efficacement contre tous les feux qui sévissent actuellement.
Deux, c’est effectivement peu, mais c’est aussi dû au fait que nous n’avons pas l’ensemble des Canadairs et des Dash disponibles. On fait avec ce qu’on a.
Plusieurs appareils sont en maintenance actuellement ?
ÉD. : Oui, tout à fait. La maintenance est obligatoire et normale. Ces avions sont extrêmement sollicités, et comme une voiture, ils doivent passer en révision.
En fonction de l’activité et de la dureté du travail, les révisions sont plus ou moins rapprochées. Pour les Canadairs, c’est toutes les 75 heures de vol.
Normalement, les visites se font la nuit : les mécaniciens à Nîmes travaillent toutes les nuits, ils font un travail remarquable pour sortir les avions le plus rapidement possible, et le jour, ils gèrent les arrivées et les départs.
Cependant, comme sur une voiture, des pièces cassent parfois. Et c’est là qu’est le vrai problème : certaines pièces de Canadair sont quasiment introuvables sur le marché.
J’imagine que ces 75 heures sont vite atteintes en ce moment ?
ÉD. : Oui, les avions font environ 10 heures de vol par jour. Donc au bout d’une semaine, une semaine et demie, ils rentrent en maintenance. Mais attention, c’est une révision, pas une réparation.
Si tout va bien au cours de la révision, l’avion rentre le soir, la révision est faite dans la nuit, et le lendemain matin, il est prêt à repartir. Il n’y a pas de souci.
Est-ce que cette révision peut vraiment être faite en quelques heures alors que ces appareils ont en moyenne 30 ans ?
ÉD. : Oui, tout à fait. Il n’y a aucun rapport entre l’âge et la durée de révision. 30 ans, pour un avion, ce n’est pas vieux, les avions de ligne ont une moyenne d’âge similaire.
Si les avions sont bien entretenus et que les révisions sont faites à temps, ce qui est le cas, il n’y a aucun souci. Les avions ont presque une durée de vie illimitée.
Mais peut-on dire, au vu de la situation, avec plus de 116 000 hectares parcourus par les flammes depuis le début de l’année selon les chiffres du Premier ministre Sébastien Lecornu, que les Canadairs sont sursollicités cette année ?
ÉD. : Ils sont particulièrement sollicités, mais ils sont faits pour ça. On n’a pas connu en France un été aussi impacté par les incendies depuis très longtemps.
Les années précédentes, on arrivait à juguler un peu plus les incendies, des départs de feu étaient stoppés très tôt par les pompiers sans nécessiter l’intervention des avions.
Mais quand on ajoute la sécheresse des sols et de la végétation, le moindre départ de feu a le potentiel de devenir extrêmement violent.
Cet hiver, on n’a pas pu sortir l’ensemble de la flotte de maintenance hivernale pour des raisons que je ne maîtrise pas totalement, car elles sont propres aux maintenanciers.
Du coup, les mécaniciens sont encore mobilisés sur ces avions et moins disponibles pour les révisions nocturnes.
Mais je sais qu’ils font tout ce qu’ils peuvent avec les moyens limités que leur donne leur direction.
C’est quand même difficile à entendre en ce moment que des appareils sont encore en maintenance hivernale.
ÉD. : Oui, c’est difficile. Ça fait trois ans que nous alertons notre direction sur ce sujet.
La direction de la sécurité civile fait également tout ce qui est en son pouvoir pour accélérer la sortie de phase hivernale, mais on se heurte à un système qui n’est même pas spécifiquement français, c’est un système international.
Dans le monde de l’aéronautique, que ce soit la fourniture de pièces détachées ou les matières premières, tout est compliqué à obtenir et les délais s’allongent partout.
On peut en parler des heures, malheureusement, mais l’état de fait est là. Maintenant, il faut surtout penser à toutes ces personnes évacuées en région bordelaise et dans le Var, et se battre avec les moyens qu’on a. On est professionnels, c’est ce qu’on fait.
Justement, quand on parle de pièces de rechange, de quoi s’agit-il concrètement ?
ÉD. : Par exemple, comme sur une voiture où la pompe à eau ou l’alternateur peut lâcher, sur un moteur d’avion, vous pouvez avoir une pompe hydraulique, une génératrice qui tombe en panne, ou une tuyauterie hydraulique qui se casse sous l’effet des sollicitations répétées.
Il faut alors la changer. Il existe des sociétés spécialisées capables de refaire ces pièces, mais ça prend du temps.
En aéronautique, les opérations de maintenance sont beaucoup plus strictes en termes de vérification, pour assurer la sécurité des pilotes en vol.
Ça prend du temps, et je suis le premier attristé que ce temps ne soit pas compatible avec l’urgence vécue par les déplacés de la région bordelaise.
On espère que ça ira mieux dans les jours et semaines qui viennent, parce que notre but, c’est d’aller combattre ces feux sur tout le territoire.
Dès le 19 juin, votre syndicat a adressé un courrier à la direction de la sécurité civile, alertant sur le manque de disponibilité des Canadairs cet été. Vous avez alerté assez tôt ?
ÉD. : Oui, ça fait trois ans qu’on alerte. La direction prend en compte nos alertes et nous assure faire tout ce qui est en son pouvoir.
Le ministre de l’Intérieur, M. Laurent Nuñez, l’a dit lui-même : il savait que l’été serait compliqué. La situation a été prise en compte.
Mais aujourd’hui, on est face à des éléments naturels qui nous dépassent. Il y a un moment où il faut se concentrer sur le combat.
Ce qui compte, c’est de limiter et, si possible, d’arrêter les destructions, mais surtout de protéger les populations : c’est l’essence de notre métier.
Si on peut protéger les forêts, on le fera, mais le but est de se défendre au mieux avec les moyens qu’on a.
En parlant de moyens, des renforts humains, terrestres et aériens de pays européens arrivent. Est-ce devenu nécessaire face au manque de disponibilité des Canadairs ?
ÉD. : Ce principe d’entraide européenne existe depuis plusieurs années et il n’est pas dû à un manque de moyens de la France. Il ne faut pas le voir comme ça.
C’est une entraide bienvenue entre pays : cette année, c’est la France qui a besoin d’aide ; les années précédentes, nous sommes allés aider la Grèce, l’Italie.
C’est une évolution très positive. Et quand on voit la rapidité avec laquelle les pays européens sont venus nous aider, le système fonctionne très bien.
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Dans quel état se trouvent vos collègues déployés dans les airs, en Gironde, et même en région parisienne à Fontainebleau ?
ÉD. : On est tous dans le même état : professionnels, avec un système de temps de vol limité qui nous permet de tenir dans la durée.
En été, on alterne généralement deux jours d’alerte et un jour de repos. Je sors justement d’un jour de repos, je vais être d’alerte deux jours, je serai certainement engagé sur les feux aujourd’hui, je rentrerai ce soir fatigué, je me reposerai, et je repartirai demain.
Le système est résilient. Certains pilotes ont atteint leur limite mensuelle d’heures de vol et ont besoin d’un repos supplémentaire, mais ils sont remplacés par d’autres pilotes qui ont moins d’heures au compteur.
On s’entraîne l’hiver pour ça, c’est l’essence de notre métier, et on est tous prêts à en découdre avec les feux de forêt.
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Contrainte de renoncer à une représentation d’Aida à Rome en raison d’un gros mal de gorge, Aleksandra Kurzak a été accusée, sur les réseaux sociaux, de mentir pour pouvoir poursuivre ses vacances dans le Midi de la France. Dans une vidéo, publiée sur Instagram et Facebook, la soprano polonaise prouve qu’elle avait bien perdu sa voix et demande à ce qu’on arrête de la harceler pour si peu.
Le 22 juillet, Aleksandra Kurzak devait chanter Aïda de Giuseppe Verdi aux côtés de Ludovic Tézier, Angela Meade, Luciano Ganci, et Alex Esposito au Teatro dell’Opera de Rome mais, victime d’une extinction de voix, la cantatrice a dû déclarer forfait et a été remplacée par la soprano espagnole Yolanda Auyanet. Quelques jours plus tard, une photo montrant Aleksandra Kurzak entrant dans une pharmacie à Antibes a provoqué une déferlement de commentaires sur les réseaux sociaux.
Dans ces commentaires, la chanteuse est notamment accusée d’avoir menti sur son état de santé afin de pouvoir poursuivre ses vacances dans sa résidence secondaire sur la Côte d’Azur avec ses enfants et son mari Roberto Alagna plutôt que d’aller chanter à Rome. Des accusations jugées outrageantes par la chanteuse polonaise qui a tenu à faire une mise au point dans un post vidéo publié le 25 juillet sur ses comptes Instagram et Facebook.
Dans ce message, intitulé « Stop haters & Disbelief » (Ça suffit, les haineux et les sceptiques), Aleksandra Kurzak s’étonne qu’un(e) artiste doive prouver être « au fond de son lit, avec 40° de fièvre et quasi-mourant » pour justifier d’un forfait en raison d’un souci de santé (laryngite) et ajoute : « On ne peut même pas apparaître sur une photo nous montrant dans la vie quotidienne sans qu’on nous accuse de mentir ».
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La chanteuse est même allée, dans cette vidéo, jusqu’à tenter péniblement de pousser la note pour prouver que, deux jours après l’annulation de sa participation au concert de Rome, elle n’était pas apte à chanter. Ce qui semble évident. « Je suis ici mais ma voix est ailleurs », constate-t-elle.
À la fin de son message, Aleksandra Kurzak dit espérer pouvoir retrouver sa voix pour chanter, à nouveau dans Aïda, pour trois représentations aux Arènes de Vérone les 30 juillet avec Seokjong Baek dans le rôle de Radamès, et les 9 et 23 août puis avec son mari Roberto Alagna qui interprétera le rôle du capitaine espagnol dans la version de l’opéra de Giuseppe Verdi mise en scène en 1963 par Franco Zeffirelli. Des messages publiés sur les réseaux sociaux laissent à penser que la soprano, arrivée à Vérone, est à nouveau en pleine forme et en mesure d’assurer ces prestations.
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Philippe Gault
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De 1879 à 1912, un simple employé des postes, Ferdinand Cheval, construit tout seul à Hauterives, dans la Drôme, son « palais idéal ». Décidé à y reposer avec son épouse après sa mort, le refus des autorités ne l’empêchera pas de fabriquer son tombeau.
Ecoutez l’épisode des Grands Dossiers de l’histoire en intégralité :
Il existe au cœur de la Drôme, à Hauterives, un lieu pour les elfes comme sorti d’un conte presque hors du temps. C’est un palais sans âge, sans style bien défini, qui tient du palais oriental et du château médiéval, du temple hindou, du Chalet suisse, du tombeau en forêt. C’est une sorte d’encyclopédie pétrifiée, comme un monde qui nierait le temps, un ensemble insensé, composite, de fontaines, de grottes, de pierres, de coquillages et d’illustrations.
Cet édifice de 26 mètres de long sur 12 de large, et autant de haut, est né non seulement de l’imagination, mais aussi de la patience, voire de l’acharnement d’un simple facteur de campagne, Joseph Ferdinand Cheval. Cette construction inhabitable est peuplée de tout un bestiaire assez incroyable : une pieuvre, une biche, un caïman, un éléphant, un pélican, un ours, des oiseaux. Mais il y a aussi des figures plus humaines, des géants tels que Jules César, Vercingétorix et Archimède, des fées, des personnages mythologiques et même Adam et Ève.
Le décor emprunte à l’architecture un certain nombre de ses références : des cascades, des colonnes, des frontons qui ressemblent tantôt à des frontons indiens, tantôt à quelque chose de plus gréco-romain. Côté ouest, Cheval reproduit dans des niches une sorte de chalet suisse, la Maison Blanche, la Maison Carrée d’Alger, un château du Moyen Âge. Dans cet imaginaire à la fois naïf et totalement débridé, on trouve même une mosquée ouvrant sur la partie intérieure.
À droite de son palais, il construit un tombeau égyptien. Et il se dit qu’il pourra peut-être un jour être enterré là, avec son épouse. Il n’aura pas cette satisfaction : on va lui refuser cette autorisation.
Cela ne l’empêche pas de se construire son propre tombeau. Inutile de vous dire que ce ne sera pas une simple pierre tombale.
Voici ce qu’il écrivait à ce sujet : « Après avoir terminé mon palais de rêve à l’âge de 77 ans et 33 ans de travail opiniâtre, je me suis trouvé encore assez courageux pour aller faire mon tombeau au cimetière de la paroisse. Là encore, j’ai travaillé 8 années d’un dur labeur et j’ai eu le bonheur d’avoir la santé pour achever ce tombeau appelé Le tombeau du silence et du repos sans fin. »
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Il sera achevé en 1922. Il était temps, puisque le facteur mourra le 19 août 1924.
Le Palais idéal a été classé Monument historique en 1969 par le ministre de la Culture André Malraux qui a déclaré : « qu’est ce que le palais idéal ? C’est le seul exemple en architecture d’art naïf. L’art naïf est un phénomène banal, connu de tous, mais qui n’a pas d’architecture. En un temps où l’art naïf est devenu une réalité considérable, il serait enfantin de ne pas le classer, quand c’est nous, Français, qui avons cette chance de la posséder, la seule architecture naïve du monde, et attendre qu’elle se détruise. »
Franck Ferrand
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La 113e édition du Tour de France s’est terminée hier sur une nouvelle victoire de Tadej Pogacar, avec le Belge Remco Evenepoel deuxième, le Mexicain Isaac Del Toro en troisième place et le Français Paul Seixas quatrième. Mais sur le plan économique, ce sont surtout les entreprises qui bénéficient de cet événement hautement médiatisé pour augmenter leur notoriété.
Les gagnants du Tour de France sont avant tout les cyclistes : ceux qui gagnent gagnent de l’argent. Pogacar, qui a terminé avec le maillot jaune sur les épaules, a empoché 500.000 euros.
Les autres maillots distinctifs, le vert pour le sprint, le maillot à pois pour le grimpeur, le blanc pour le plus jeune, c’est seulement 20 à 25.000 euros, c’est déjà beaucoup plus modeste.
Après, passée la vingtième position, on n’empoche pas plus de 1.000 euros. Ça ne fait pas beaucoup pour plus de 3.000 km d’efforts et plus de 50.000 mètres de dénivelé positif.
Au total, le Tour verse un peu plus de 2 millions et demi d’euros de primes, et la tradition veut que les coureurs qui gagnent mettent leurs primes dans un pot commun pour partager avec le reste de l’équipe.
En effet, le vélo n’est pas un sport individuel : on a besoin d’équipiers, de mécano, de kiné et de chauffeurs.
Le Tour, c’est la vitrine du cyclisme, et si on brille sur cette épreuve, on peut négocier un joli contrat annuel. On estime que Pogacar touche autour de 12 millions par an en primes et salaire.
Mais les vrais gagnants économiques, ce ne sont pas les sportifs mais les entreprises, qui surfent sur la popularité du Tour.
Déjà il y a Amaury Sport Organisation (ASO), qui a le même propriétaire que le journal L’Equipe. C’est elle qui détient le Tour et qui a fait de ce qui est l’une des plus grandes épreuves sportives détenue par une famille une vraie machine à cash.
Derrière il y a les sponsors. Si LCL, l’ex Crédit Lyonnais, est partenaire du maillot jaune depuis 40 ans c’est parce que le Tour est bon pour leur image et pour mobiliser les équipes en interne.
C’est un événement populaire qui traverse toute la France. Leclerc, qui sponsorise le maillot à pois et qui en distribue des milliers tous les jours, l’a bien compris.
Comme l’événement est mondial, les sponsors sont aussi de plus en plus internationaux.
Decathlon, qui finance une équipe pro, arrive à doper son image sportive mais aussi à mettre en avant ses vélos haut de gamme Van Rysel, qui ont gagné une étape au sprint pour la première fois.
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CMA CGM, qui est l’autre sponsor de l’équipe de Paul Seixas, a aussi gagné énormément en visibilité. Sur leurs réseaux sociaux corporate, qui ne s’adressent d’habitude qu’aux professionnels de la logistique et du transport, ils ont eu plus de 5 millions de visiteurs.
Le vélo ça ne coûte que quelques dizaines de millions d’euros par an et c’est un sport très visible car c’est l’un des derniers qui soit diffusé gratuitement à la télévision et le nom des équipes est celui de leur sponsor.
Pour les entreprises c’est mieux que le foot, dans lequel les joueurs captent toute la valeur en jouant pour des équipes qui portent le nom de villes.
David Barroux
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Depuis mercredi dernier un incendie d’une ampleur exceptionnelle ravage la Gironde : au moins 42 000 hectares ont été parcourus par les flammes, et plus de 3600 dans les Landes. Christophe Chantepy, expert en défense des forêts contre les incendies au sein de l’Office national des forêts (ONF), était l’invité de la matinale de Radio Classique ce lundi. Il détaille le rôle de l’ONF dans les incendies et souligne la difficulté d’estimer en temps réel l’avancée des feux et leur étendue exacte.
Est-ce que vos équipes interviennent aux côtés des pompiers ?
CHRISTOPHE CHANTEPY : Pas directement. Le travail de l’ONF est essentiellement un travail de prévention et de surveillance.
On a un très gros travail de patrouillage des forêts, pour aller sensibiliser le public, contrôler la réglementation, notamment les interdictions d’emploi du feu, de travaux ou de pénétration dans les massifs.
On fait aussi de la primo-intervention sur les feux naissants avec certains de nos véhicules qui sont équipés de 600 litres d’eau, dans l’attente de l’arrivée des pompiers,
Une fois que le feu est actif, nous avons des missions d’accompagnement et d’appui au commandant des opérations de secours. Nos techniciens de terrain connaissent bien le site : ils peuvent guider les moyens de secours, établir des cartographies, et contribuer à anticiper la progression du feu. Mais nous ne faisons pas de lutte directe.
Vous dites bien connaître le terrain, mais concrètement, qu’est-ce que ça signifie ?
C.C. : Connaître le terrain, c’est savoir quelles voies d’accès et quelles pistes sont carrossables pour les camions-citernes feux de forêt, afin qu’ils puissent avancer au plus près pour mener les attaques.
C’est aussi identifier les points d’eau pour alimenter ces camions.
Il faut également connaître les vulnérabilités du territoire : les peuplements forestiers n’ont pas la même composition, le même âge, ni le même comportement face au feu.
Et enfin, c’est connaître les enjeux à protéger, comme les habitations, les installations classées, etc.
Sur un incendie de plus de 42 000 hectares comme celui de Gironde, comment se passe ce travail de cartographie, sur le plan matériel et temporel ? Faut-il actualiser les données presque heure par heure ?
C.C. : Sur des très grands feux comme celui-là, qui dégagent énormément de fumée, il est difficile de savoir précisément où se trouve le feu sur plusieurs dizaines de kilomètres de périmètre.
On le fait avec une combinaison de moyens : l’ONF accompagne les pompiers au sol pour identifier les zones déjà parcourues par le feu ; la sécurité civile s’appuie sur des avions de surveillance, notamment le Bengale, pour survoler et localiser le front ; les pompiers effectuent quotidiennement des reconnaissances en hélicoptère Dragon et au sol, ils sont sur les flancs pour lutter.
C’est la synthèse de tout cela qui permet au commandant des opérations de secours d’avoir la situation tactique la plus précise possible.
Mais sur un feu de plus de 40 000 hectares en phase active, il reste difficile d’avoir une image complète en temps réel.
C’est souvent une fois le feu éteint qu’on obtient une surface précise, avec la distinction entre zones parcourues et zones effectivement brûlées. Le chiffre de 42 000 hectares évoqué jusqu’ici sera donc forcément affiné.
Le ministre de l’Intérieur a parlé d’une situation exceptionnelle. C’est également le sentiment de vos équipes sur le terrain ?
C.C. : Oui. Si on prend du recul au niveau national, après deux mois sans pluie et trois canicules à plus de 40°C, on constate que tout type de peuplement peut véritablement brûler, et pas seulement en Gironde.
L’historique de ce début d’année, notamment du mois de juillet, nous montre que, que ce soit dans le Var, les Pyrénées-Orientales, le Diois, la Drôme ou en région parisienne, des feux de plus de 2 000 hectares sont possibles partout.
Quatre-vingts départements ont connu un feu de plus de 10 hectares, ce qui est notable.
Et globalement, au-delà de l’incendie de Saumos qui représente à lui seul plus de la moitié des surfaces parcourues, rien que sur l’ensemble du début d’année, on a déjà quasiment pulvérisé la moyenne habituelle : les surfaces sont trois à quatre fois supérieures à celles de 2025, et nous avons dépassé celles de 2022 qui était pourtant une année de référence.
Revenons sur cet incendie en Gironde, parti mercredi : il y a eu plus de 3 000 hectares parcourus en 24 heures, 42 000 aujourd’hui. Comment l’expliquer ? Pourquoi cette forêt des Landes est-elle si vulnérable ?
C.C. : Les facteurs qui permettent l’éclosion et la propagation des feux sont multifactoriels et hiérarchisés.
Le plus important, c’est le niveau de sécheresse de la végétation. Compte tenu des épisodes caniculaires et de l’absence de pluie, la teneur en eau des végétaux est actuellement très basse en France.
Le deuxième facteur, ce sont les conditions météorologiques en température, en hygrométrie, en vent, qui ont été particulièrement difficiles lors des premiers jours de l’éclosion du feu de Saumos.
Vient ensuite la quantité de combustible, qui est cette année particulièrement importante dans les Landes et en Gironde : un hiver pluvieux et un printemps doux ont favorisé un fort développement de la végétation, qui était bien verte en mai avant de devenir très vulnérable avec la sécheresse.
La continuité du combustible est également un facteur clé : plus le combustible est continu, plus le feu se propage facilement de proche en proche.
C’est une caractéristique marquée du massif landais, qui est un très grand massif résineux avec peu de discontinuités, notamment agricoles. On a une très grande entité, ce qui participe à cette vulnérabilité.
Enfin, on a des facteurs secondaires comme la topographie, la nature de l’essence et son adaptation aux situations.
On a une diversité d’essence assez faible dans le massif landais, mais c’est à relativiser car elle est très adaptée aux conditions difficiles d’un sol sableux, hydromorphe car humide en hiver et sec en été. On a peu d’essences qui s’adaptent à cela, mais elle peut présenter une combustibilité élevée.
Cela dit, par rapport à tous les facteurs précédemment évoqués, le point principal reste bien la sensibilité de la végétation et la continuité du combustible, et c’est sur ce volet là que le massif landais est fragile.
Est-ce que on retrouve cette continuité du massif landais ailleurs en France ?
C.C. : Le massif landais est le plus étendu en surface d’un seul tenant en Europe, ce qui le rend particulièrement concerné.
On a d’autres grands massifs en France, notamment dans les Alpes et les Pyrénées, mais leur degré altitudinal les rend a priori un peu moins exposés aux feux, bien que 2026 nous montre que des forêts d’altitude à plus de 1 000 mètres brûlent malheureusement très bien, avec en plus une accessibilité très difficile qui complique la lutte.
Dans les autres régions françaises, la part de l’agriculture est plus forte, ce qui cloisonne le massif forestier : les terrains agricoles représentent souvent une zone où le combustible est réduit, ce qui permet aux feux de perdre en intensité et aux pompiers de s’y appuyer pour lutter dans de meilleures conditions de sécurité.
Un mot revient souvent avec cet incendie en Gironde : le feu convectif. On parle même d’un 6e niveau pour les pompiers. Pouvez-vous nous expliquer concrètement ce que c’est ?
C.C. : Un feu devient convectif quand, par la puissance qu’il dégage, il crée une colonne de fumée, une colonne de convection, qui monte dans les strates de l’atmosphère et génère sa propre météo, son propre vent.
Cela en fait un feu très erratique, qui se déplace de manière inhabituelle. Classiquement, un feu est guidé par la topographie et le vent ambiant. Un feu convectif, lui, peut aller dans toutes les directions.
Dans cette colonne de convection, la puissance générée propulse des morceaux de matière ligneuse en combustion, ce qu’on appelle des brandons incandescents et qui sont l’équivalent de braises, qui peuvent être projetés dans toutes les directions et provoquer autant de nouveaux départs de feu simultanés.
Cela crée une immense difficulté pour les forces au sol comme pour les forces aériennes, notamment parce que la fumée est un obstacle majeur pour les pilotes des avions bombardiers d’eau.
Ce type de feu convectif, est-ce que vous redoutez qu’il devienne plus fréquent ?
C.C. : Au-delà de le redouter, on le constate déjà. L’année passée, sur le feu de Ribaute dans l’Aude, on a eu des colonnes de fumée très importantes avec une phase convective.
On redoute effectivement une plus grande fréquence et récurrence de ces feux, parce que leur puissance est liée à la quantité de matière et à son état de sécheresse, et avec le changement climatique, on observe des étés de plus en plus chauds et secs.
La végétation devient chaque année plus vulnérable et, quand elle est présente en grande quantité, elle est propice à des feux qui partent plus rapidement et deviennent plus puissants, jusqu’à atteindre parfois ce stade convectif.
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Faut-il changer quelque chose dans la gestion des Landes pour éviter de nouveau ce type d’incendie géant ?
C.C. : Il y a deux sujets distincts. D’abord, la reconstitution des zones brûlées : il est souvent nécessaire d’attendre, afin d’analyser comment se comporte la régénération naturelle et d’explorer la possibilité de diversifier les essences, dans le contexte du feu de forêt, mais aussi et surtout du changement climatique. Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
Ensuite, il y a la gestion de l’existant : le massif landais présente une vulnérabilité liée à la continuité de son peuplement et la nature de son essence.
On ne va pas pour autant retirer une essence résineuse bien en place pour la remplacer par une autre dont on ne maîtrise pas l’adaptation au sol, d’autant plus que les échecs de plantation sont fréquents.
Ces résineux sont bienvenants et la question de leur renouvellement se posera en temps voulu. En revanche, sur la question de la continuité, cloisonner davantage le massif reste une piste à envisager sérieusement.
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