Hors de question de la passer en pantoufles ou devant la télévision : la retraite, c’est une nouvelle vie qui commence ! Et dans ce Dictionnaire amoureux de la retraite « heureuse », – car tout est là -, Jean-Loup Chiflet a bien l’intention de nous donner de A à Z les 1000 façons de la mettre à profit.
Elodie Fondacci s’est entretenue avec Jean-Loup Chiflet.
E.F : Jean-Loup Chiflet, bonjour. Vous êtes écrivain, vous êtes éditeur, bien connu des lecteurs pour votre espièglerie, mais ce n’est pas cette casquette-là qui nous intéresse aujourd’hui. Non. Vous êtes surtout un retraité heureux, et c’est en tant que tel que vous avez pris la plume pour écrire chez Plon ce Dictionnaire amoureux de la retraite heureuse. Est-ce que vous me le confirmez ? Vous êtes un retraité heureux ?
J-L.C : Oui, absolument, je suis un retraité heureux et un retraité depuis très longtemps !
C’est très important que vous souligniez le côté heureux. Quand un ami m’a suggéré de faire un « Dictionnaire amoureux de la retraite », j’ai d’abord pensé : « C’est une bonne idée ». J’avais déjà fait deux Dictionnaires amoureux, celui de l’humour et de la langue française, et puis mes camarades de Plon avaient l’air d’estimer que cela pourrait marcher. Et puis, je me suis mis à réfléchir et à travailler. Et au bout de 15 jours, je suis revenu voir l’éditeur, un peu piteux, en disant : « Le Dictionnaire amoureux de la retraite, c’est difficile, qu’est-ce que je peux dire ? » Alors, on a changé le titre pour Dictionnaire amoureux de la retraite heureuse. Et comme mon fonds de commerce, c’est quand même la langue et surtout l’humour, je me suis fait plaisir. Donc c’est un livre qui est a priori drôle et grâce auquel j’ai découvert beaucoup de choses. A commencer par le fait que j’étais un retraité heureux. Et je l’explique.
Les Espagnols ont un très joli mot pour caractériser la retraite, ils l’appellent la « jubilación »
E.F : Alors pourquoi êtes-vous si heureux ?
J-L.C : Parce qu’après m’être beaucoup penché sur le problème, j’ai assumé de donner un grand coup de pied dans les clichés habituels du retraité. Les pantoufles, la télé, les petits enfants, jouer aux boules, ce n’est pas mon truc. J’ai trouvé une phrase très intéressante d’un humoriste anglais qui disait : « This is the first day of the rest of your life ». « C’est le premier jour du reste de ta vie ». Et c’est vrai ! J’ai découvert que la retraite, c’était une nouvelle vie. On n’est ni jeunes ni vieux. On n’est pas des survivants. On a maintenant, depuis 1900, trente ans d’espérance de vie en plus ! Force est de constater, pour reprendre le mot de mon camarade Pasacal Bruckner qui a beaucoup écrit sur la vieillesse, que la retraite c’est un véritable « été indien ». Et le but de ce livre, c’est d’expliquer comment on peut le vivre au mieux. D’ailleurs, les Espagnols ont un très joli mot pour caractériser la retraite, ils l’appellent la « jubilación ». En français, la jubilation. Tout est dit ! Donc j’ai voulu expliquer comment on peut se concentrer sur ces années gagnées, expliquer que tout était à nouveau possible.
Qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas un livre technique.
Ce n’est surtout pas un livre technique, parce qu’en ce moment, expliquer comment fonctionne la retraite, c’est impossible, ça change tous les jours ! Moi j’ai surtout insisté sur le fait que la retraite c’était une revanche. Une revanche sur toutes ces années de travail sans RTT, toutes ces vacances qui n’en étaient pas, tous ces voyages qu’on n’a pas pu faire, etc. Alors je me suis fait vraiment plaisir. J’ai abordé tout ce qui était possible. Comment apprendre l’anglais, l’aquagym. Les voyages, les ateliers d’écriture, les petits boulots possibles, la main verte. Comment faire attention aux arnaques Comment voyager, comment s’acheter un camping-car ?
Et je parle aussi, bien sûr, de sujets sérieux.
Une entrée traite par exemple de la « Silver économie ». J’ai beaucoup lu Serge Guérin, le sociologue qui a inventé ce terme dans un livre qui s’appelle Les Quincados. Silver économie, c’est un jeu de mots où on joue en même temps avec le côté « argenté » des cheveux gris, et le côté « argent » en tant que revenus. Il explique que les retraités c’est un nouveau marché que tout le monde voudrait exploiter.
Il y a un autre article qui s’appelle « Centenaire », parce que j’ai découvert quelque part qu’actuellement, un enfant sur cinq qui naît sera centenaire. Donc, il faut s’y préparer.
E.F : Si on n’est pas encore concerné par la retraite, en effet, on finira tous par l’être ! Finalement, ce livre, c’est une liste exhaustive d’activités possibles que l’on peut faire et de loisirs à découvrir.
J-L.C : Exactement. Alors je dis : apprenez à cueillir des champignons, allez à la chasse, achetez-vous un chat si vous n’en avez pas, ou un chien. Faites de la chirurgie esthétique, pourquoi pas, mais faites attention ! Je propose aussi de s’inscrire dans une chorale, ou dans les nombreux clubs des anciens. De faire des dictées, de partir en croisière… J’ai pensé bien sûr au bricolage, au jardinage. Je n’ai pas la main verte, mais je me suis fait conseiller. J’ai fait un grand article sur les discours : le discours d’adieu par exemple, quand vous allez partir à la retraite, on va vous offrir un tas de cadeaux inutiles. Comment répondre ? Comme je vous le disais, c’est la retraite heureuse et c’est aussi la retraite humoristique !
EF : Il y a même des conseils sur la vie amoureuse.
Je fais en effet des allusions aussi à « la vie affectueuse », parce que la retraite, ce n’est pas du tout la fin de la vie amoureuse. On se souvient tous de la belle chanson de Serge Reggiani, « La femme qui est dans mon lit n’a plus vingt ans ». Donc je parle beaucoup de la sexualité parce que c’est une chose qui m’intéresse beaucoup. Et j’ai même trouvé un texte de Benjamin Franklin qui est très amusant, que j’ai mis à l’article « Maîtresse ». Je ne connaissais pas son côté aussi drôle et humoristique. Dans les années 1700 et quelques, il écrit une lettre à un ami, en lui conseillant de prendre des maîtresses d’un certain âge, parce qu’elles n’ont plus d’exigence et qu’elles sont sympas ! J’espère que les enfants n’écoutent pas !!
Et puis, il n’y a pas que des choses forcément heureuses. J’ai fait un article qui évoque le « divorce gris ». Ça s’appelle, paraît-il, les « divorces gris », parce que la retraite est une période, et ceci explique cela, où les divorces sont assez fréquents, parce que l’homme et la femme se retrouvent seuls. J’ai même des chiffres. Il y avait 17% de divorces de retraités en 1996. Je crois que maintenant, en 2016, en 2017, on avait atteint 38%. Alors, je donne des conseils. Effectivement, quand on se retrouve avec sa chérie ou son chéri tous les matins, à ne pas savoir que faire, il faut en parler. Tous les psys le disent : il faut analyser. Vous voyez que ce n’est pas seulement un livre rigolo. Il y a un article sur l’ennui, parce que l’ennui peut être bénéfique. Un sur la solitude aussi, qu’il faut regarder en face.
Mais rassurez-vous, dans l’ensemble c’est un livre quand même très réjouissant, léger, drôle, a priori, et d’après ce que l’on m’a expliqué chez Plon… à un prix relativement abordable ! Donc je pense que c’est vraiment le cadeau idéal pour celui ou celle qui part à la retraite !
Cet article « La retraite, c’est une nouvelle vie », entretien avec Jean-Loup Chiflet est apparu en premier sur Radio Classique.