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Les Ukrainiens sont ces derniers jours descendus dans la rue pour manifester contre le renvoi du ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov, qui a modernisé l’armée ukrainienne et a contribué à ses récentes victoires. Ces manifestations puis le recul du président Zelensky montrent que même en pleine guerre, la démocratie reste à peu près préservée.
Tout part d’un remaniement gouvernemental surprise. La semaine dernière, Volodymyr Zelensky a décidé de ne pas reconduire son ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov, seulement six mois après sa nomination.
À 35 ans, cet ancien ministre du Numérique était devenu le visage de la modernisation militaire ukrainienne, avec les drones, l’innovation technologique, des achats militaires plus transparents et un commandement plus souple.
Mais Fedorov était en conflit ouvert avec le chef des armées, Oleksandr Syrsky, un général formé à l’école soviétique, surnommé « le Boucher », et partisan d’un commandement beaucoup plus vertical.
Zelensky a expliqué que les deux hommes ne pouvaient même plus s’asseoir autour de la même table. Il a donc tranché en faveur de Syrsky et écarté Fedorov. Le problème est qu’il n’a pas convaincu une partie de l’opinion publique.
Les Ukrainiens sont donc descendus dans la rue, parce qu’ils ont interprété cette décision comme la victoire de la vieille garde militaire sur les réformateurs. Pendant plusieurs jours, des milliers de personnes ont manifesté à Kyiv et dans d’autres villes : des jeunes, mais aussi des vétérans, des militaires et des proches de soldats.
Ils réclamaient le retour de Fedorov, le départ de Syrsky et une armée mieux adaptée à la guerre des drones. Un sondage indiquait d’ailleurs que 61 % des Ukrainiens s’opposaient au renvoi de Fedorov.
Et la rue a fait plier Zelensky. Après plusieurs jours de consultations avec les principaux commandants, le président a finalement limogé Syrsky. Il l’a remplacé par Mykhaïlo Drapaty, 43 ans, un général de terrain favorable à l’innovation, à l’initiative des officiers et à une plus grande responsabilité des chefs envers leurs soldats. Fedorov, lui, n’a pas retrouvé son ministère. C’est donc un recul présidentiel très net, mais pas une capitulation complète.
Cette crise montre qu’en Ukraine, même sous la loi martiale, le président ne dispose pas d’un blanc-seing.
Les élections sont certes suspendues, le pouvoir est fortement concentré et certaines libertés sont restreintes. Pourtant, la société civile demeure puissante et une mobilisation populaire peut encore faire modifier une décision stratégique.
C’est une différence fondamentale avec la Russie. À Moscou, une contestation publique de cette ampleur contre une décision militaire serait réprimée. À Kyiv, Zelensky a écouté, consulté, puis reculé.
Désormais, la question est de savoir si cela annonce de prochaines élections présidentielles. Pour le moment, la législation ukrainienne les interdit tant que la loi martiale demeure en vigueur.
Mais la période préélectorale a finalement peut-être déjà commencé. Cette crise fait émerger les figures de l’après-guerre : Fedorov, Drapaty, Zaloujny ou encore Boudanov. La bataille militaire prépare aussi la future bataille politique.
Paradoxalement, cette crise intervient alors que l’Ukraine retrouve une certaine initiative militaire. Les avancées russes ont fortement ralenti et Kyiv multiplie les frappes en profondeur contre les raffineries, les dépôts de carburant et les réseaux logistiques russes.
Désormais, la pression sur la Russie est réelle. Moscou a dû limiter ses exportations et le gouvernement russe a abaissé sa prévision de croissance pour 2026 à seulement 0,4 %. La guerre que Vladimir Poutine voulait maintenir loin du quotidien des Russes est dans tous les foyers. On est loin de l’effondrement mais le Kremlin est en difficulté.
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Finalement, c’est comme si les deux pays se regardaient dans un miroir inversé : en Russie, le pouvoir cherche à dissimuler ses faiblesses et interdit les manifestations. En Ukraine, la société débat publiquement de la manière de gagner contre Poutine et Zelensky plie face à la pression populaire.
Finalement, la force d’une démocratie en guerre ne réside pas dans l’unanimité, mais dans sa capacité à rester contestable. A l’inverse la faiblesse d’un régime autoritaire empêche la contradiction et Vladimir Poutine semble de plus en plus seul au sommet du Kremlin.
Lukas Aubin
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Au 12e jour de bombardements intensifs entre les États-Unis et l’Iran autour du détroit d’Ormuz, le conflit se déporte également en mer Rouge. Deux pétroliers saoudiens ont été visés cette nuit par les rebelles houthis, ce qui change la dynamique du conflit selon Dominique Trinquand qui était l’invité de la matinale de Radio Classique ce jeudi. Ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU et auteur D’un monde à l’autre, aux éditions Robert Laffont, il explique que les Houthis se détachent ici de Téhéran pour agir de manière autonome contre l’Arabie Saoudite, ce qui contribue à l’enlisement du conflit.
Sur ce point, est-ce qu’un nouveau front est en train de s’ouvrir dans ce conflit ?
DOMINIQUE TRINQUAND : Oui. Il faut se souvenir que les Houthis bloquaient déjà le détroit de Bab el-Mandeb depuis plusieurs années.
Cette fois, l’action est différente : elle s’articule autour de l’antagonisme entre l’Arabie Saoudite et les Houthis. Ce détroit de Bab el-Mandeb est moins crucial que celui d’Ormuz pour les pays du Golfe. Ce sont essentiellement les trafics Asie-Europe qui y transitent pour aller vers le canal de Suez et la Méditerranée.
Mais depuis le blocage d’Ormuz, l’Arabie Saoudite cherche à exporter son pétrole à partir d’un port en mer Rouge en direction de l’Asie. Les Houthis, en guerre contre l’Arabie Saoudite depuis longtemps, mettent donc à exécution leur menace d’empêcher ces bateaux de passer.
Les Houthis reprennent de la vigueur, est-ce que c’est beaucoup plus sérieux cette fois-ci ?
D.T. : C’est plus sérieux vis-à-vis de l’Arabie Saoudite, mais pas nécessairement vis-à-vis de tout le monde. La mission européenne qui est dans la région pour escorter les bateaux a d’ailleurs soutenu que les cibles qui pouvaient être visées par les Houthis sont l’Arabie Saoudite, les États-Unis et Israël, pas les autres.
On voit aussi que les Houthis sont à la fois des disciples de Téhéran et des acteurs autonomes : sur cette opération, ils ne répondent pas à une injonction iranienne, ils suivent leur propre politique locale.
Les États-Unis estiment le coût de la guerre en Iran à près de 38 milliards de dollars depuis le 28 février. Donald Trump réclame 67 milliards supplémentaires pour renouveler les stocks de munitions et remplacer les équipements. Washington a-t-il les moyens financiers de mener cette guerre dans la durée ?
D.T. : Washington a les moyens. La dette américaine est colossale, mais une hausse supplémentaire ne changera pas fondamentalement la donne.
En revanche, concernant la population américaine, c’est un autre sujet. L’inflation aux Etats-Unis est le double de celle en France, et l’essence à la pompe a dépassé la barre des 4 dollars, ce qui est significatif pour des Américains habitués à des prix très bas.
Il y a donc une difficulté avec la population américaine : elle a élu Donald Trump pour ne plus faire la guerre, or, il fait la guerre et en plus elle coûte aux Américains.
Il y a aussi un enjeu à moyen terme : chaque année, l’administration américaine est dans l’incapacité à payer ses budgets, c’est le shutdown. Avec des élections en novembre, un shutdown avant le scrutin serait catastrophique pour le gouvernement américain.
Ces 67 milliards demandés par Pete Hegseth représentent plus que le budget annuel de la défense française, dans la perspective d’un budget défense porté à 1 500 milliards annuels, soit une hausse de 44 %.
Pour un président qui ne voulait pas faire la guerre, investir autant dans ce que Pete Hegseth appelle lui-même le « ministère de la Guerre » pose un problème à l’électorat, même si le cœur des MAGA soutient toujours Trump.
Et qu’est-ce que cela nous dit sur l’état de l’arsenal américain ?
D.T. : Cela nous dit d’abord que les matériels actuellement mis en œuvre, comme Patriots, Tomahawks, sont extrêmement sophistiqués et très longs à produire. Un missile Tomahawk, c’est un an de fabrication. Reconstituer les stocks prend donc du temps et coûte très cher.
Dans ce conflit, les Américains en ont consommé énormément alors que le président pensait initialement régler l’affaire en cinq semaines. Ce n’est pas le cas, il va falloir durer, et pour durer, il faut des capacités industrielles, d’où l’autorisation de produire des Patriots en Ukraine, car l’industrie américaine ne suit pas le rythme.
Face à cela, la Chine vient de sortir trois sous-marins en une semaine et sort des porte-avions et des navires à grande cadence.
Techniquement, on peut débattre de leur niveau de performance, mais leur capacité de production est sans commune mesure avec celle des États-Unis, qui, dans le domaine naval notamment, font appel à des pays tiers faute de pouvoir produire au rythme voulu.
Sur la base des échanges de tirs récents, qu’est-ce que cela nous dit de l’état de l’arsenal iranien ?
D.T. : On ne parle pas de la même guerre. Ce qui compte pour l’Iran, c’est la capacité de nuisance. Ce n’est pas d’envoyer mille missiles, mais d’en tirer trois ou quatre par jour, de façon répétée, avec des missiles balistiques manœuvrants de plus en plus perfectionnés. On l’a vu en Jordanie, ces missiles frappent des bases américaines et les défenses anti-aériennes ne les interceptent pas systématiquement.
Les Iraniens jouent aussi sur le temps : Trump a des élections en novembre, eux non. Et après avoir réprimé violemment les manifestations, le risque d’une révolution à court terme est faible.
Cela dit, l’économie iranienne est en très mauvais état. Combien de temps le régime peut-il tenir face à la pression constante américaine ? Avec le blocus, le pétrole ne sort plus et donc se stocke. Au bout d’un moment, il y a un problème de stockage, il faut fermer les puits, et à partir de ce moment là toute l’économie iranienne en souffre.
Les Etats-Unis voulaient changer le régime iranien au départ. Il n’en est plus question maintenant ?
D.T. : Au départ, même si cela reste discutable, on pense que les Américains avaient adopté la vision de Netanyahou : il faut changer le régime. Très rapidement, cela a dérivé. Et le détroit d’Ormuz est devenu, d’une certaine façon, la bombe atomique iranienne, quelque chose d’incontournable.
Le renversement du gouvernement iranien reste, à mon sens, la seule clé pour changer réellement la situation. Mais ça n’en prend pas le chemin.
Téhéran tient, et dispose de cette arme de pression absolue qu’est le détroit d’Ormuz, ce qui fait que le monde entier regarde l’échec américain dans cette affaire. Le détroit d’Ormuz fermé, il bloque les économies asiatiques et celles du Golfe qui doivent inventer d’autres routes pour s’en sortir.
Justement, les pays du Golfe, comme l’Arabie Saoudite, la Jordanie, Bahreïn, le Koweït, sont également visés ces dernières semaines. Comment vont-ils s’adapter à cette nouvelle donne ?
D.T. : Tout d’abord, ils ne voulaient pas de cette guerre, elle est faite contre eux.
Ils refusent d’y être mêlés directement. Les Émirats ont bien frappé ponctuellement en Iran, en riposte à des frappes qu’ils avaient subies, mais sans s’inscrire dans l’opération américaine.
Ensuite, ils doivent se diversifier. Diversifier leurs voies d’exportation, d’abord. L’Arabie Saoudite se tourne vers la mer Rouge ; le port de Fujaïrah, de l’autre côté du Golfe, sert aux Émirats arabes unis.
Mais ils doivent aussi diversifier leurs alliances : les Américains viennent de proposer d’aider l’Arabie Saoudite à développer des centrales nucléaires afin de garder ces pays dans leur orbite car Washington est très déçu de la façon dont les choses évoluent dans la région.
Il y a un autre pays, évidemment : Israël. Comment expliquer sa relative discrétion depuis une semaine et demie ?
D.T. : Pour deux raisons. La première est que les Iraniens eux-mêmes ne veulent pas provoquer Israël. Les derniers missiles tirés en Jordanie visaient Aqaba, à proximité immédiate d’Eilat en Israël, le message implicite étant : « On pourrait vous frapper, on ne le fait pas. »
La seconde est que le sujet prioritaire de Netanyahou est le Liban. Il s’y passe des choses importantes actuellement : le président Aoun a rencontré Trump, et les Américains ont enfin compris, avec les Israéliens, que le désarmement du Hezbollah ne peut pas se faire contre le gouvernement libanais, mais avec lui. Il va falloir soutenir le Liban dans cette action
Pour l’instant, ce sont les États-Unis et Israël qui soutiennent Beyrouth dans cette démarche. À terme, ce seront probablement les Italiens, les Français, les Européens, une réunion se tient d’ailleurs à Rome sur ce sujet, qui devront prendre le relais pour aider le Liban à désarmer le Hezbollah.
Deux diplomates français ont pu rentrer en France hier après leur arrestation musclée par le régime iranien. Le Quai d’Orsay a dénoncé des actes d’intimidation extrêmement graves. Quel message les autorités iraniennes voulaient-elles faire passer ?
D.T. : D’abord, il faut souligner qu’il est difficile de savoir qui, exactement, sont les autorités iraniennes. Le guide suprême n’a pas été vu. Ce sont les Gardiens de la Révolution, la frange dure, qui le font parler. D’autres, en parallèle, cherchent à négocier.
Ces diplomates français s’occupaient essentiellement de sujets culturels qui sont en opposition frontale avec le gouvernement des Pasdarans. On peut donc penser que c’est la frange dure qui a agi, tandis que la faction favorable à la négociation a ensuite obtenu leur libération pour essayer d’arranger les choses. Cet épisode illustre bien les tensions internes au sein du gouvernement iranien.
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Et la France dans tout ça ? Le porte-avions Charles de Gaulle est rentré à Toulon il y a deux semaines après plusieurs mois d’opérations. Peut-on imaginer qu’il soit redéployé, lui ou d’autres navires, dans la région ?
D.T. : Le porte-avions, je ne le pense pas. En revanche, d’autres navires sont déjà sur place : des dragueurs de mines, notamment, avec des Français, des Britanniques, des Allemands. Ils ont mis du temps à arriver, n’étant pas à propulsion nucléaire, mais ils sont dans la région.
Les Européens ont ainsi signifié leur disponibilité pour contribuer à la libération du détroit d’Ormuz une fois qu’un accord sera trouvé. En attendant, ils patientent. Mais je le rappelle : c’est aux Américains de négocier cet accord avec les Iraniens, ce sont eux qui sont à l’origine du blocage du détroit d’Ormuz.
Les États-Unis, qui ont négocié ce cessez-le-feu en juin avec les Iraniens, n’ont-ils pas péché par naïveté dans la gestion de ce conflit ?
D.T. : J’irais plus loin que la naïveté. Ils ont cru Netanyahou au départ et se sont aperçus que ça ne fonctionnait pas, ce qui explique d’ailleurs que Netanyahou soit tenu à l’écart des négociations actuelles.
Quant à cet accord très bizarre, d’abord signé électroniquement, ce qu’on n’avait jamais vu, puis renégocié, puis paraphé à Versailles. Je me demande sincèrement si la version en farsi correspond à la version en anglais. Je n’en suis pas sûr car ils ne se comprennent pas sur ce sujet là.
Les Américains pensaient que l’Iran était à bout et allait accepter leurs conditions. C’est l’inverse qui s’est produit : Téhéran tient ferme. C’est un affrontement de volontés, et la volonté iranienne est pour l’instant plus forte que la volonté américaine, contrainte par une opinion publique qui n’est pas franchement favorable à cette guerre.
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Deutsche Grammophon (DG) et Medici.tv ont annoncé ce mercredi s’associer pour offrir à leurs abonnés une expérience musicale classique de qualité à un public plus large à travers le monde
À l’occasion du Verbier Festival, dont la 33e édition se déroule du 16 juillet au 2 août et dont Radio Classique est partenaire, Deutsche Grammophon, le légendaire label jaune, pionnier de l’industrie musicale classique et du jazz depuis plus de 125 ans, et la plateforme de streaming Medici.tv ont annoncé un partenariat visant à proposer des contenus vidéo en direct, des enregistrements audio et des produits dérivés à leurs abonnés dans le monde entier.
Ce n’est pas un hasard si les deux entités ont annoncé ce partenariat lors du grand festival suisse avec lequel elles entretiennent une relation fructueuse. Depuis 15 ans, Medici.tv diffuse en direct plus d’une vingtaine de programmes vidéo lors de chaque édition du festival et constitue la plateforme audiovisuelle de référence pour la musique du festival. Parallèlement, le label Verbier Festival Gold, fruit d’une collaboration entre le Festival de Verbier et DG, a constitué un catalogue impressionnant de plus de 50 albums et préserve le patrimoine sonore du festival.
Filiale du groupe LVMH (comme Radio Classique), Medici.tv, fondé en 2008, est la première plateforme mondiale de streaming vidéo dédiée à la musique classique, au jazz et à la danse, forte d’un riche catalogue vidéo et de capacités de production complètes. Deutsche Grammophon, label référence pour les mélomanes, qui dépend du groupe Universal Music, gère une boutique en ligne de musique classique de premier plan ainsi que la plateforme STAGE+ qui donne accès à un vaste choix de produits dérivés, de vinyles et de musique numérique, parmi les plus recherchés.
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Pour Cloé Falgas, directrice exécutif de medici.tv, a déclaré: «Deutsche Grammophon et medici.tv partagent la conviction essentielle que la grande musique n’est pas simplement consommée, elle se vit ». Tandis que Clemens Trautmann, président de DG rappelle que «Depuis 1898, Deutsche Grammophon a apporté avec succès l’art intemporel à un public mondial » et se félicite de ce partenariat qui « signifie qu’ensemble nous rendrons le monde des classiques et du jazz plus disponible et accessible ».
Deutsche Grammophon and https://t.co/Y5eLSwLaZ9 announce partnership – Gramophone https://t.co/TKAt0M3cHH
— Gramophone (@GramophoneMag) July 22, 2026
Au-delà du Festival de Verbier, les abonnés des deux entités pourront également profiter de concerts de l’Orchestre de Philadelphie (Philadelphia Orchestra) et de son célèbre directeur musical, Yannick Nézet-Séguin, artiste du label Deutsche Grammophon, ainsi que d’autres concerts et émissions exclusifs proposés par certains des plus grands artistes classiques et de jazz actuels.
Philippe Gault
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Cinq ans après le supplice de Rouen, une femme apparaît près de Metz et prétend être Jeanne d’Arc. Des frères, abusés ou complices, aux villes crédules, en passant par des seigneurs intéressés, l’histoire de Claude des Armoises est celle d’une imposture qui en dit long sur la puissance du mythe johannique.
Ecoutez l’épisode des Grands Dossiers de l’histoire en intégralité :
Le 20 mai 1436, dans le village de La Grange-aux-Ormes, près de Saint-Privat, non loin de Metz, une femme apparaît. Elle se fait appeler Claude. Mais déjà, on murmure un autre nom, celui que les flammes de Rouen étaient censées avoir consumé pour toujours. L’effet est immédiat. On veut la voir, l’interroger, l’éprouver. Lui ressemble-t-elle ? Quelle est sa voix, son maintien ? Est-ce qu’elle sait monter à cheval, manier les armes ?
Le jour même, deux hommes arrivent à La Grange-aux-Ormes : Pierre et Jean du Lys, les frères de Jeanne d’Arc. Ils croyaient leur sœur morte sur le bûcher. La chronique messine rapporte alors, avec une simplicité désarmante :
« Ils croyaient qu’elle avait été brûlée, mais lorsqu’ils la virent, ils la reconnurent et elle aussi les reconnut. »
Il faut comprendre qu’au XVe siècle, l’identité repose avant tout sur la reconnaissance par les proches. On est celui que les siens avouent pour tel. Et ici, ceux qui reconnaissent Claude sont les propres frères de la Pucelle.
On peut cependant s’interroger sur leur bonne foi. Depuis la mort de Jeanne, la famille du Lys avait perdu l’état de grâce dans lequel elle avait vécu quelques mois : l’or, les titres, les charges, jusqu’au nom lui-même, tout ce que la cour de Charles VII avait accordé à la famille avait disparu. Si la Pucelle ressuscitait, les protections, les cadeaux, les hautes audiences, et peut-être même une place dans le jeu politique de l’époque, reviendraient avec elle. Sans les accabler, force est de constater que Pierre et Jean du Lys avaient tout intérêt à reconnaître en Claude leur sœur Jeanne.
Quoi qu’il en soit, la reconnaissance produit ses effets. Claude reçoit un cheval, des vêtements d’homme et une épée. Elle n’est plus une femme étrange apparue près de Metz : elle est désormais Jeanne d’Arc ressuscitée. Plus tard, elle sera même reconnue par l’ancien compagnon d’armes de la Pucelle, Gilles de Rais, et la ville d’Orléans lui remettra 210 livres « pour le bien qu’elle a fait à la ville durant le siège ».
La suite de l’aventure révèle pourtant un personnage fort éloigné de l’image de la Pucelle. Le 6 août 1436, la ville de Cologne enregistre l’entrée d’une « Pucelle de France ». Mais l’inquisiteur Henrik Kalteisen rapporte que Claude se montre en habit d’homme, porte les armes et fréquente les banquets et les bals avec une liberté qui ressemble peu à l’éthique et au comportement de la vraie Jeanne d’Arc. On lui prête même des tours de magie : un verre brisé puis reconstitué, une nappe déchirée retrouvée entière.
C’est en se mêlant d’une querelle ecclésiastique que Claude commet une erreur fatale à sa crédibilité. À cette époque, l’archevêché de Trèves est disputé entre plusieurs prétendants. Claude choisit de soutenir le candidat pro-bourguignon, Ulrich de Manderscheid : un choix proprement invraisemblable pour celle qui se prétend être Jeanne d’Arc, cette même Jeanne qui s’était si âprement battue contre tout ce que représentait la Bourgogne.
L’inquisition s’empare de l’affaire et prononce l’excommunication de Claude. Celle-ci parvient néanmoins à quitter discrètement la ville de Cologne.
Pour restaurer sa réputation compromise, Claude est mariée à Robert des Armoises, chevalier lorrain d’une cinquantaine d’années, veuf, sans fortune mais de bonne noblesse. Le 7 novembre 1436, un acte officiel la désigne sous le nom de « Jeanne du Lys, Pucelle de France ». Elle n’est plus une simple rumeur aux marges du royaume : elle entre dans les écritures, devient une épouse officielle, une dame installée.
Il reste une épreuve décisive : la rencontre avec le roi lui-même, Charles VII. L’entrevue est fixée à l’été 1440. Un texte, tardif mais unique, rapportant les confidences du chambellan du roi, en livre le récit.
Pour la piéger, Charles VII met en scène une répétition de la célèbre rencontre de Chinon, où Jeanne avait jadis reconnu le Dauphin dissimulé parmi ses courtisans. Il commande à l’un de ses gentilshommes de se présenter à sa place, tandis que lui-même se tient en retrait sous une treille dans un jardin. Claude ne se laisse pas duper et s’approche du vrai souverain, qui lui dit : « Pucelle, ma mie, soyez la très bien revenue, au nom de Dieu, qui sait le secret qui est entre vous et moi. »
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À ces seuls mots, une allusion à un secret que seule la vraie Jeanne pouvait connaître, la fausse Pucelle s’effondre, se jette aux genoux du roi et « confessa toute la trahison ». Le masque tombe. Claude des Armoises est démasquée.
Franck Ferrand
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Alors que les prix du carburant avaient baissé début juillet avec le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, la reprise du conflit et ses répercussions sur le détroit d’Ormuz font de nouveau grimper les prix à la pompe, une flambée qui ne risque pas de diminuer de sitôt.
On savait déjà que l’été serait chaud, mais on espérait que la température allait retomber dans les stations-services. Manque de chance, les prix à la pompe, qui avaient commencé à rebaisser, recommencent à monter.
Le Gazole est repassé au-dessus des 2 euros le litre. Le Super est à 1,96 en moyenne et il devrait lui aussi repasser au-dessus des 2 euros.
On peut se réjouir, en se disant qu’en avril le Diesel était à plus de 2,30 euros. Mais on peut aussi se désoler, en se rappelant qu’on était retombé à 1,86 début juillet et que l’an dernier, on tournait autour de 1,50 pour le litre de diesel.
40 ou 50 centimes de plus sur un litre, ça peut ne pas paraître énorme, mais quand on fait en moyenne 10 000 km par an comme la plupart des ménages, on parle d’un surcoût de plusieurs milliers d’euros. Cela va faire mal au porte-monnaie, et le pire, c’est qu’il y a en fait aujourd’hui peu d’espoir de voir le prix du plein rebaisser rapidement.
Si les prix ont grimpé ces derniers mois, c’est à cause de la guerre dans le Golfe et du blocage du détroit d’Ormuz. Même si en Europe on consomme peu de pétrole en provenance du Golfe, cette région représente 20% de la production mondiale, et si ce robinet se ferme, cela impacte les cours mondiaux.
Avec la trêve et les négociations de paix annoncées fin juin, la situation s’était détendue. Mais depuis, le conflit a repris et les tankers ne passent qu’au compte-gouttes.
Seuls trois bateaux par jour osent actuellement traverser le détroit d’Ormuz, contre une dizaine quelques jours après la signature d’un cessez-le-feu entre l’Iran et les Etats-Unis, et une cinquantaine en février, avant le début du conflit.
Par conséquent, le baril, qui était retombé autour de 60 dollars, est remonté au-dessus de 90 dollars. On n’est pas aux 115 dollars du début de la guerre, mais les prix vont sans doute rester durablement élevés parce que les stocks sont aussi plus bas qu’en février.
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Les pays ont puisé dans leurs réserves stratégiques et aujourd’hui, il faut les remplir à nouveau, ce qui exerce une pression à la hausse sur la demande mondiale.
La situation est aussi plus compliquée parce que l’Ukraine multiplie les attaques de drones sur les raffineries en Russie.
Et comme une bonne partie de notre Diesel vient de Russie, si leurs capacités de raffinage sont affectées, ils réduisent leurs exportations pour répondre à leur demande intérieure.
David Barroux
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À peine la séquence de la loi d’urgence agricole refermée, l’exécutif planche maintenant sur le budget pour l’an prochain, dans un contexte périlleux, celui de l’enjeu de la présidentielle et des finances publiques dans le rouge. François Ecalle, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes et ancien rapporteur général de l’institution, était l’invité de la matinale de Radio Classique ce mercredi. Il revient sur les enjeux du budget 2027 et insiste sur la nécessité de faire des économies pour réduire le déficit public.
Sébastien Lecornu affirme dans un entretien à Paris Match dévoilé ce matin : « Je ne suis pas très optimiste sur les objectifs de déficit pour l’an prochain ». Pas très optimiste, c’est un euphémisme ?
FRANÇOIS ECALLE : Oui, c’est un euphémisme. Il faut d’abord avoir conscience du fait que nous sommes en train de perdre le contrôle de la dette publique. Le déficit est tellement important qu’elle augmente mécaniquement en euros, mais aussi en pourcentage du PIB, elle va plus vite que l’activité économique.
Plusieurs rapports récents montrent que si nous ne faisons rien, nous serons à 130 % du PIB vers 2030, puis nous dépasserons le niveau de la dette italienne, grecque, etc.
Pour le moment, les marchés ne s’inquiètent pas trop car ils pensent que la BCE interviendra de toute façon. Mais nous sommes à la merci d’une crise qui peut arriver très soudainement, dans un an, dans cinq ans, dans dix ans, et il ne faut pas prendre ce risque.
Il faut donc, dès le budget 2027, prendre des mesures pour réduire le déficit public. Et là, on peut effectivement être pessimiste parce que la campagne présidentielle a déjà commencé et les uns et les autres ont commencé à faire des promesses. Il sera très difficile d’obtenir un accord, ou au moins une abstention, sur un budget 2027 un peu ambitieux en matière de redressement.
Que se passerait-il si aucun accord n’est trouvé d’ici l’hiver ?
F.E. : Il y a deux textes aussi importants l’un que l’autre : le budget de l’État et la loi de financement de la sécurité sociale, qui est peut-être encore plus importante que le budget de l’État.
Si aucun accord n’est trouvé, une première solution parfois évoquée serait que le gouvernement prenne des ordonnances pour appliquer son programme. Cela ne s’est jamais fait dans l’histoire et on ne sait pas très bien dans quelles conditions ce serait possible.
Je suis prêt à parier que nous aurons une loi budgétaire spéciale mais que, contrairement à cette année, où la loi de finances a été votée en février, cette loi budgétaire spéciale s’étendra jusqu’après les élections, soit à la moitié de l’année.
Ce n’est pas sans conséquence : pour les gestionnaires publics et tous ceux qui dépendent des marchés de l’État, c’est une grande source d’incertitude.
Et sur le fond, le véritable enjeu pour l’année prochaine est celui des dépenses sociales. On est dans une situation où l’inflation est forte, et si on ne fait rien, ces dépenses pourraient augmenter de 10 à 15 milliards du simple fait de leur indexation automatique sur l’inflation.
S’il n’y a pas de loi de financement de la sécurité sociale prévoyant une sous-indexation ou une désindexation, on aura beaucoup de dépenses supplémentaires.
En revanche, sur le budget de l’État, la loi budgétaire spéciale peut permettre de faire quelques économies. On l’a vu en début d’année, lorsqu’elle a été appliquée très strictement par le ministère du Budget, mais on ne sait pas très bien comment ça se passerait si elle durait six mois.
Des arbitrages ont déjà été rendus sur le budget de fonctionnement de l’État : la défense est préservée, l’écologie également, qui devrait recevoir un milliard d’euros supplémentaire, l’intérieur, la justice. Est-ce un bon choix ?
F.E. : Ce que montre surtout cette esquisse de budget, c’est d’abord l’augmentation de la charge d’intérêt de la dette : 12 milliards d’euros entre la loi de finances initiale pour 2026 et ce projet pour 2027, c’est énorme.
Ensuite, il y a un deuxième poste qui augmente beaucoup pour des raisons liées au contexte international qui est la défense, avec 6 milliards supplémentaires.
Sur tous les autres crédits, la hausse est très faible, une baisse en euros constants, avec quelques ministères qui ont une petite croissance de leur crédit, comme la justice ou l’éducation. Le ministère qui perd le plus est le ministère du Travail : 2 à 3 milliards de crédits en moins, mais on ne sait pas encore sous quelle forme ces économies se matérialiseront.
C’est une esquisse raisonnable, mais je le répète : le véritable enjeu pour l’année prochaine, ce sont les dépenses sociales et les dépenses des collectivités locales.
Il y a davantage d’économies à faire dans les collectivités locales que dans les services de l’État, car côté État, on tombe très vite sur l’éducation, l’armée, la police, la justice, des secteurs où les économies ne sont ni faciles ni toujours souhaitables.
Les collectivités locales seront de nouveau mises à contribution. Beaucoup se plaignent de devoir se serrer la ceinture. Peuvent-elles le faire encore ? Où trouver cet argent ?
F.E. : Ce n’est pas à nous de le décider, ce sont les élus locaux qui doivent arbitrer si les économies porteront sur le recrutement d’agents, l’entretien des parcs, la construction d’une salle de sport, etc.
La seule chose que peut faire l’État, c’est réduire les ressources qu’il leur transfère : il leur apporte environ 50 milliards par an en subventions, auxquels s’ajoutent des impôts affectés.
Les collectivités répondent que c’est la compensation de la suppression de la taxe d’habitation et d’autres transferts. On a un débat inextricable entre l’État et les collectivités sur la responsabilité du déficit.
Le vrai sujet, c’est que si l’on veut faire des économies, il faut s’attaquer aux postes les plus importants en matière de dépenses publiques : les retraites, qui représentent 26 % des dépenses publiques, la santé, 20 %, et les collectivités locales, 20 %.
Les dépenses de fonctionnement de l’État et de ses agences ne représentent que 13 % du total, dont la moitié pour l’éducation et les armées.
Quatre économistes ont été missionnés par Bercy et ils esquissent un scénario catastrophe : 125 milliards d’euros à trouver d’ici cinq ans pour stabiliser la dette. Est-ce que le levier des prélèvements obligatoires est inévitable ?
F.E. : Je pense qu’il faudra effectivement s’y résigner. L’effort pour stabiliser la dette est chiffré à 125 milliards par ces quatre économistes, mais il est sans doute sous-estimé.
En matière militaire, ils considèrent que les dépenses supplémentaires qu’il va falloir faire à l’horizon 2030 sont celles qui sont prévues par la loi de programmation militaire. Mais la nouvelle cible de l’OTAN correspond à des dépenses militaires à 3,5 % du PIB, on en est encore très loin.
Et si l’on voulait respecter nos engagements sur les émissions de gaz à effet de serre, ce sont 30 à 40 milliards de dépenses publiques supplémentaires à l’horizon 2030. Donc en réalité, si l’on respecte nos engagements internationaux, l’effort à faire sur les autres dépenses est plutôt de 150 milliards que de 125. C’est considérable.
Et on voit bien que, politiquement, c’est extrêmement difficile de toucher aux retraites, à la santé et aux collectivités locales. On n’y arrivera donc pas uniquement par des économies. Il faudra augmenter les prélèvements obligatoires. Les économies sur les dépenses devraient rester majoritaires, mais une hausse des impôts sera inévitable.
Et quels impôts seront augmentés ?
F.E. : Je pense qu’il ne faut pas trop augmenter les impôts sur les entreprises, car elles ont déjà des problèmes de compétitivité malgré les aides dont elles bénéficient.
On peut revoir les allègements de cotisations sociales sur les bas salaires, revoir le crédit d’impôt recherche, et gagner quelques milliards, pas des dizaines.
Ensuite, ce seront les ménages : en fonction de leur capacité contributive, les plus aisés devront payer davantage. Mais à terme, il faudra bien augmenter un impôt à assiette large. Il n’y aura alors que deux candidats : la TVA et la CSG.
Sébastien Lecornu évoque aussi la question des niches fiscales. Cela fait une trentaine d’années qu’on s’y penche sans résultat. Quelles pistes de travail sont réellement intéressantes ?
F.E. : Le débat a été ouvert à la fin des années 90, après une période de forte hausse de ces dépenses fiscales. On les a un peu stabilisées en pourcentage du PIB, mais à un niveau très élevé : elles représentent environ 100 milliards d’euros aujourd’hui, et les remettre en cause n’est pas simple.
Quelles sont les principales dépenses fiscales aujourd’hui ? Le crédit d’impôt recherche, sur lequel on peut faire quelques économies, mais il faut continuer à inciter les entreprises à innover.
Le crédit d’impôt emploi salarié à domicile coûte environ 6 milliards : on peut sans doute économiser 1 à 2 milliards en abaissant le seuil.
Mais on va ensuite tomber sur des dispositifs comme l’abattement de 10 % pour les retraités qui ne sont pas faciles à toucher non plus.
Il y a aussi un paramètre imprévu : le surcoût de l’activité de nos forces armées dans le Golfe, la situation à Ormuz, les prix de l’énergie. A-t-on encore une marge de manœuvre pour contrecarrer ces effets néfastes sur l’économie ?
F.E. : La croissance reste encore un peu résiliente, mais elle n’est pas brillante. On peut craindre pour 2026, et surtout pour 2027, une croissance très faible, ce qui signifie moins de recettes publiques et mécaniquement un déficit qui s’accroît.
Si la croissance de 2026 est à 0,5 %, on peut compenser par des économies supplémentaires. Mais si l’activité ralentit davantage, il ne faut pas essayer de compenser à tout prix : vouloir faire encore plus d’économies ou encore plus de hausses d’impôts dans une conjoncture très mauvaise peut être totalement contre-productif.
À un certain point, il faut laisser jouer les stabilisateurs automatiques, c’est-à-dire laisser le déficit augmenter et se rattraper plus tard.
Des mesures ciblées pour les gros rouleurs et pour les foyers modestes ont été décidées au printemps par le gouvernement. C’était la bonne solution ?
F.E. : Je pense que le gouvernement a bien géré cette crise énergétique, par rapport à ce qu’il avait fait il y a deux ou trois ans lors de la forte hausse des prix d’énergie consécutive à l’agression russe en Ukraine.
Cette fois, les mesures prises sont ciblées, temporaires, et n’ont pas coûté trop cher pour le moment. J’espère qu’il continuera dans cette direction si les prix remontent à nouveau.
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Vous écriviez le mois dernier dans Les Échos que la France avait déjà réalisé des efforts d’ampleur, entre 1993 et 1998 ainsi qu’entre 2011 et 2015. Est-ce encore possible en 2027 et dans les années à venir ?
F.E. : En termes de réduction du déficit public, l’effort à accomplir serait d’environ 3 points de PIB, ce qui implique des économies encore plus importantes puisque tendanciellement les dépenses augmentent naturellement.
Cet effort de 3 points, on l’a fait dans les années de préparation à l’euro, entre 1993 et 1998, et au début des années 2010 après la crise des dettes souveraines.
Ce qui est nouveau et rend la tâche encore plus difficile aujourd’hui, au-delà du contexte politique, c’est qu’on a beaucoup de nouvelles dépenses à financer : militaires, environnementales, etc.
Par ailleurs les taux d’intérêt ne sont plus les mêmes. Entre 2010 et 2015, ils baissaient : on était dans une situation paradoxale où la dette augmentait en euros mais où la charge d’intérêt diminuait. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui.
Le taux d’intérêt à 10 ans est aujourd’hui proche de 4 %, un niveau très élevé, alors qu’à la fin de la décennie précédente, il était quasiment nul, voire légèrement négatif.
Ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est que lorsque les taux montent, l’effet sur la charge d’intérêt est progressif : nous avons encore des obligations émises à des taux quasi nuls, donc la charge n’est pas encore si élevée que ça. Mais elle va augmenter rapidement dans les années qui arrivent.
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Le saxophoniste américain Plas Johnson est mort à l’âge de 94 ans. Musicien de jazz réputé, il est surtout célèbre pour avoir interprété le solo du célèbre thème musical des films et de la série animée de La Panthère rose.
On ne l’a appris que cette semaine mais c’est le 15 juillet que Plas Johnson est mort chez lui à Los Angeles, 6 jours avant son 95e anniversaire. Né à Donaldsonville (Louisiane) en 1931, fils d’un saxophoniste et joueur de banjo professionnel et d’une pianiste, il avait fait ses débuts sur scène à l’âge de 10 ans, se produisant comme chanteur avant d’apprendre le saxophone.
D’abord spécialisé dans le jump blues et le R&B avant de devenir un saxophoniste ténor respecté sur scène comme en studio, Plas Johnson intégra The Wrecking Crew, un collectif de musiciens de studio très recherchés à Los Angeles dans les années 60-70. Durant cette période, il a notamment accompagné des légendes de la musique comme Frank Sinatra, Nat King Cole, Ella Fitzgerald, Barbra Streisand, Marvin Gaye ou encore Peggy Lee.
Plas Johnson était réputé pour la qualité de ses solos dont il disait : « Ça semblait toujours faire remonter le disque d’un autre cran. Je pouvais faire des solos dans huit bars mais j’aurais pu le faire dans 12 bars, et j’avais l’habitude de faire des remplissages derrière le chanteur ». C’est d’ailleurs grâce à ce talent pour les solos qu’il est remarqué par Henry Mancini lorsqu’il fut amené à composer la musique du premier des films de La Panthère rose en 1963.
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Henry Mancini n’a d’ailleurs jamais caché qu’il avait pratiquement écrit le thème de The Pink Panther en pensant au son si particulier du saxophoniste. « Plas avait exactement le son et le style que je recherchai », écrivit le compositeur dans son autobiographie, soulignant que deux prises d’enregistrement avaient suffi et que « Quand nous avons terminé, tout le monde a applaudi, même les musiciens des cordes ». Compliment que Plas Johnson compléta avec malice en ajoutant : « Et ça veut dire quelque chose car Ils n’applaudissent jamais pour rien ! ».
Ce solo marqua à jamais la carrière de Plas Johnson qui a réenregistré le thème de La Panthère rose en 2004 pour un album hommage à Henry Mancini (Ultimate Mancini), puis à nouveau pour le remake du film de Blake Edwards sorti en 2006 avec Steve Martin. Plus de quarante ans après la création de cette pépite, c’est toujours Plas Johnson qui était sollicité pour obtenir ce son et ce souffle uniques.
Philippe Gault (avec AFP)
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Les crédits de l’État subventionnant 28 structures du spectacle vivant qui avaient été gelés dans le cadre des efforts budgétaires demandés à chaque ministère pour 2026 vont finalement leur « être versés » d’ici la fin de l’année, a indiqué ce mardi l’entourage de la ministre de la Culture.
Interrogé par l’AFP, l’entourage de Catherine Pégard a détaillé que cette partie des crédits non versée, soit « la somme de 10 millions d’euros », serait « versée au second semestre ». Le 3 juillet, l’annonce du gel de leur subvention, à hauteur d’environ 13%, à ces 28 théâtres nationaux, centres dramatiques, maisons d’opéra et orchestres sur tout le territoire avait été une douche froide, à la veille de l’ouverture du Festival d’Avignon.
Une forte mobilisation s’en était suivie pour demander un « moratoire sur les coupes budgétaires » dans le spectacle vivant subventionné: interpellations d’Emmanuel Macron par de grands noms de la mise en scène depuis la cour d’honneur du palais des papes, rassemblements, assemblées générales, et pétition. La CGT Spectacle avait même appelé, il y a quatre jours, à une semaine d’actions à la rentrée, avec un appel à la grève à partir de la fin septembre.
« La ministre verra prochainement les acteurs du secteur culturel, les collectivités locales et les élus, ainsi que les artistes, pour établir ensemble une trajectoire pour l’année 2027 », a indiqué l’entourage de la ministre de la Culture, Catherine Pégard. De quoi satisfaire les représentants des institutions concernées. Ainsi Richard Brunel, à la tête de l’Opéra de Lyon, a exprimé son « soulagement », tout comme Matthieu Dussouillez, son collègue de l’Opéra de Nancy-Lorraine.
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Pour autant, ces 28 structures, qui devaient recevoir leur subvention de l’État en deux temps en 2026, auront tout de même subi sur l’ensemble de l’année une coupe d’environ 3% à 3,5% en raison d’un versement moins important que prévu au premier semestre, selon plusieurs d’entre elles. À l’avenir, le monde du spectacle vivant réclame de voir la culture représenter 1% du budget total de l’État (contre 0,7% environ aujourd’hui).
La CGT Spectacle attend pour sa part des réponses précises sur une autre revendication, celle d’un « moratoire sur les coupes budgétaires ». Elle réclame aussi de revoir à la hausse le budget alloué au Fonpeps, principal dispositif d’aides à l’emploi. De ce fait, le syndicat maintient son appel à une semaine d’actions la semaine du 21 septembre, avec un appel à la grève à partir du 26 septembre.
Philippe Gault (avec AFP)
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Les chiffres ne sont pas bons pour les récoltes de blé : une récente étude d’Argus Media estime que la récolte de blé française en 2026 ne dépassera pas les 30,8 millions de tonnes. Cette baisse est notamment due aux épisodes caniculaires de ces derniers mois, mais aussi au contexte géopolitique tendu.
La première estimation du ministère de l’Agriculture annonçait la semaine dernière 32 millions de tonnes. On va vers un repli de 3 à 4 % par rapport à 2025. Mais surtout, ce qui est beaucoup plus frappant, c’est qu’on était à 40 millions de tonnes en 2015 et en 2019.
Les raisons de cette baisse sont essentiellement météorologiques. Trop de pluie cet hiver, trop de sécheresse cet été, ce qui impacte les rendements à l’hectare.
Et puis comme les cours mondiaux ne sont pas très bien orientés, on est passé de plus de 400 euros la tonne en 2022, au début de la guerre en Ukraine, à moins de 200 euros aujourd’hui.
En parallèle, le prix des intrants monte : le cours des phytosanitaires et des engrais grimpe quand le pétrole et l’énergie sont plus chers. On a donc un blé qui coûte plus cher à produire et qui rapporte moins, ce qui fait que les agriculteurs ont parfois préféré miser sur autre chose que le blé. En termes de surfaces consacrées au blé en France, on est au quatrième point le plus bas en 20 ans.
Cependant, il ne faut pas trop s’inquiéter de cette baisse. Déjà parce que les marchés des céréales sont cycliques. On a eu deux ou trois bonnes années, là on en a deux ou trois mauvaises.
Ensuite après le record de 40,9 millions de tonnes en 2015, on était tombé à moins de 28 millions de tonnes l’année suivante. En 2024, on était à 26 millions de tonnes, soit moins que ce qu’on va avoir cette année. On n’est pas sur un déclin structurel irrémédiable mais sur une tendance pas très bonne.
Mais il faut rester vigilants parce que la France a déjà perdu une bonne partie de son industrie et il ne faudrait pas qu’elle perde son agriculture, qui souffre mais qui reste forte et qui dispose de sacrés atouts.
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L’aléa climatique frappe tout le monde, mais on ne doit pas tirer une balle dans le pied de nos agriculteurs. Les fermes sont des entreprises, les prix sont mondiaux, nous n’avons pas de marges dessus. Il faut donc que la France soit compétitive, qu’on ne nous assomme pas avec dix fois plus de normes que nos concurrents immédiats.
Il faut une stratégie, des priorités, des investissements. Sur l’eau par exemple, la France n’en manque pas mais elle n’est pas forcément aux bonnes quantités, au bon endroit, au bon moment. Il nous faut une stratégie sur l’eau qui soit pragmatique et pas dogmatique comme c’est trop souvent le cas chez nous, et on vient de le voir lors du débat sur la loi d’urgence agricole.
Si on se mobilise, on peut accomplir de grandes choses. Notre balance commerciale agricole est un point fort historique et cela repose sur les produits laitiers, l’alcool et les céréales. Il faut donc qu’on se batte pour cette filière.
David Barroux
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Andy Burnham, 56 ans, maire du Grand Manchester, a succédé hier à Keir Starmer, ancien Premier ministre du Royaume-Uni. Laetitia Langlois, maître de conférences en civilisation britannique à l’université d’Angers, était l’invitée de la matinale de Radio Classique ce mardi. Elle décrypte les défis qui attendent le « roi du Nord » : une croissance économique faible, un pays profondément divisé et la concurrence de Reform UK et de son leader Nigel Farage.
Quelle Angleterre représente Andy Burnham ?
LAETITIA LANGLOIS : L’Angleterre est un pays profondément divisé entre le Nord et le Sud : le Nord populaire a beaucoup souffert de la désindustrialisation au moment des politiques brutales de Margaret Thatcher, tandis que le Sud, avec Londres, est prospère, riche, il attire les start-ups, la finance et les services.
Andy Burnham, c’est l’homme du Nord, l’homme de Manchester, on l’appelle d’ailleurs le « roi du Nord ». C’est quelqu’un qui a toujours voulu ancrer sa politique nationale à partir de ce qu’il a accompli à Manchester, et il en a beaucoup parlé hier lors de son discours d’investiture devant Downing Street.
Qu’est-ce qui le distingue de son prédécesseur, Keir Starmer ?
L.L. : Beaucoup de choses. Keir Starmer était un homme sérieux, et c’est certainement ce qui lui a permis d’accéder au pouvoir : après les frasques de Boris Johnson et l’instabilité politique des conservateurs, les électeurs britanniques avaient besoin de ce sérieux.
Le problème, c’est que ce sérieux s’est transformé en une personnalité fade, austère et terne. Ce n’était pas un bon communicant politique.
C’est tout le contraire avec Andy Burnham : c’est un habile communicant, qui saura mettre en récit ses mesures et sa vision pour le Royaume-Uni. Il a par ailleurs une philosophie politique bien distincte, bien à lui, qui offre un contraste saisissant avec Keir Starmer.
Andy Burnham a donné les grandes lignes hier lors de sa prise de fonction. « Je sais que les Britanniques en ont assez de la politique. Je vous ai entendus, et je serai honnête : nous n’avons pas fait assez, nous devons être meilleurs. Donnons une nouvelle direction à ce pays, l’unité, afin que la Grande-Bretagne croie de nouveau en elle. » Dans quel contexte politique, économique et social arrive Andy Burnham ?
L.L. : C’est un contexte extrêmement difficile. Économiquement, c’est un pays qui n’arrive pas à se remettre de multiples crises : le Brexit, voté en 2016 et officiel en 2020, le Covid, la guerre en Ukraine, autant de crises qui ont affaibli l’économie britannique.
Aujourd’hui, la croissance est atone et le chômage remonte dans un pays qui était pratiquement en plein emploi.
Mais le plus grand défi, c’est l’unité du pays : il est très violemment divisé sur des questions d’identité nationale, d’immigration et d’avenir du Royaume-Uni à l’international. C’est au travers de politiques sociales, économiques et territoriales qu’Andy Burnham vise à retrouver cohésion et unité.
Andy Burnham prône une décentralisation du pouvoir : une antenne du 10 Downing Street doit ouvrir à Manchester. Est-ce un remède pour stabiliser le Royaume-Uni post-Brexit ?
L.L. : C’est en tout cas ce qu’il entend mettre en place pour remédier aux inégalités sociales extrêmement fortes qui divisent le pays et empêchent sa cohésion.
Pendant des années, la théorie du ruissellement, qu’on connaît aussi avec Emmanuel Macron, a prévalu : l’idée qu’un Sud très riche, avec Londres en son centre, bénéficierait au reste du pays. Or c’est faux.
Dès que vous quittez certaines zones du Sud, vous retrouvez des villes comme Birmingham, ou des régions comme le Pays de Galles et l’Écosse, qui sont extrêmement pauvres et qui ne se sont jamais remises de la désindustrialisation provoquée par les politiques brutales de Margaret Thatcher.
En réponse au thatchérisme, Andy Burnham propose autre chose : le Manchesterism, un socialisme pro-business, avec les services publics au centre de l’action politique.
Nigel Farage, leader de Reform UK, reste en tête des intentions de vote. Est-il en mesure de perturber le mandat d’Andy Burnham ?
L.L. : Oui, absolument. Il a perturbé les autres gouvernements, travaillistes comme conservateurs, et il va s’y employer avec Andy Burnham.
Là où Burnham a une carte à jouer, c’est qu’il est populaire, charismatique et un très bon communicant, comme Farage.
Mais c’est Nigel Farage qui a le vent en poupe depuis des années, c’est lui qui tient le débat politique et dont les thèmes dominent la scène nationale. Il n’est pas près de laisser sa place et sera encore plus féroce qu’auparavant.
Il y a un paradoxe : le poids des pro-Brexit reste important, et en même temps on sent que l’Angleterre regrette amèrement ce choix de 2016.
L.L. : Oui. Le Brexit a accentué des fractures qui existaient déjà, des fractures devenues de véritables guerres culturelles.
S’il y a toujours des gens qui sont pro-Brexit et souhaitent s’isoler, il y a aussi énormément de Britanniques qui avaient voté pour lui et qui regrettent aujourd’hui amèrement, comprenant que s’éloigner de l’Union européenne, dans un monde ultra-polarisé et conflictuel, était très certainement une erreur.
D’ailleurs, Keir Starmer a tout fait pour se rapprocher de l’Union européenne, notamment de la France, puisqu’il s’entendait très bien avec Emmanuel Macron, avec lequel il a co-fondé la coalition des volontaires.
Un homme de 28 ans comparaît aujourd’hui pour le meurtre d’Ann Widdecombe, ancienne députée et porte-parole de Reform UK. La police britannique évoque une motivation politique ou terroriste. Qu’est-ce que cela nous dit du climat actuel au Royaume-Uni ?
L.L. : Cela nous dit à quel point ce qui relevait du débat est devenu un conflit politique d’une violence extrême, poussant des individus à commettre des meurtres au seul motif d’un désaccord politique.
Ce n’est d’ailleurs pas le premier : en 2016, lors de la campagne pour le référendum, la députée travailliste pro-Europe Jo Cox a été assassinée à coups de couteau par un homme qui criait « Britain First ».
Il y a un climat politique extrêmement tendu au Royaume-Uni, où l’autre est devenu l’ennemi à abattre parce que ses idées sont jugées inacceptables. C’est vraiment inquiétant, et c’est aussi un défi qu’Andy Burnham devra relever : apporter davantage de sérénité dans la vie publique britannique.
Parmi les dossiers brûlants, il y a les grands enjeux diplomatiques. La coalition des volontaires, bâtie par Keir Starmer et Emmanuel Macron pour soutenir militairement l’Ukraine, est-elle menacée ?
L.L. : Non, pas du tout. Il existe un vrai consensus, dans les deux grands partis traditionnels, travailliste et conservateur, autour de l’Ukraine.
Boris Johnson a été le premier à se rendre auprès de Zelensky pour lui apporter son soutien. Starmer a fait de même, et Andy Burnham fera exactement pareil.
Par ailleurs, Burnham est très pro-européen, il avait même lancé à un moment l’idée de Rejoin, rejoindre l’Union européenne, ce qui ne se fera évidemment pas dans un futur proche. Mais il aura à cœur de poursuivre l’engagement européen de son prédécesseur.
Et avec les États-Unis, Andy Burnham a-t-il la stature pour gérer les grands dossiers diplomatiques avec un allié aussi imprévisible que Donald Trump ?
L.L. : Ça va être compliqué, car il vient d’arriver. D’un côté, il bénéficie de la fraîcheur et de la nouveauté, ce qui lui donnera une popularité dans les premières semaines.
De l’autre, il n’a jamais eu à gérer un personnage comme Donald Trump. Burnham est habile et intelligent, il va essayer de gérer l’homme, mais tout dépendra des premières rencontres.
Au Royaume-Uni, la « relation spéciale » avec les Etats-Unis reste un paradigme diplomatique fondamental, donc Andy Burnham fera tout, je pense, pour le mettre dans sa poche.
Keir Starmer avait refusé dans un premier temps que l’armée américaine utilise ses bases militaires pour la guerre en Iran. Andy Burnham serait-il capable d’en faire autant ?
L.L. : Starmer n’a pas refusé très longtemps, il a cédé assez vite, car il est difficile de dire non aux partenaires américains. Burnham pourrait envisager ce type de bras de fer si les relations sont tendues, s’il y a une hostilité entre les deux hommes.
Ils sont politiquement aux antipodes. Mais je doute qu’un bras de fer durable avec les États-Unis soit souhaitable, ni pour le Royaume-Uni, ni pour l’Europe.
Est-ce la dernière chance pour les travaillistes de rester au pouvoir, face à la montée du populisme et à l’élection dans trois ans ?
L.L. : Dans trois ans, selon le bilan d’Andy Burnham, l’hypothèse Nigel Farage à Downing Street ne serait absolument pas farfelue. Est-ce la dernière chance des travaillistes ? C’est difficile à dire, en trois ans, il peut se passer énormément de choses, et la politique britannique réserve toujours des surprises.
Ce qui est vrai, c’est que les travaillistes ont misé toutes leurs cartes sur Burnham, qui a longtemps été une figure très secondaire du parti, ayant plusieurs fois tenté d’en prendre la tête sans y parvenir.
C’est son moment de gloire. Il va tout faire pour le concrétiser en un moment important pour le Royaume-Uni. Mais il arrive dans un contexte très difficile : croissance atone, pays divisé et enflammé.
S’il réussit, il peut en effet gagner 2029, mais c’est loin d’être acquis, et Nigel Farage attend dans l’embuscade.
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On parle des travaillistes, on parle de Farage, et les conservateurs, où en sont-ils ?
L.L. : Les conservateurs, aussi stupéfiant que cela paraisse, n’existent plus vraiment. Leur voix est inaudible, parce que c’est Reform UK qui occupe désormais l’espace de la droite, une droite radicale, certes, mais qui a attiré les anciens électeurs conservateurs.
Il y a eu beaucoup de défections de figures éminentes du parti conservateur vers Reform UK, au niveau des ministres comme des députés.
Cet espace politique d’une droite conservatrice, anti-immigration, pro-business, est désormais entièrement occupé par Reform UK, qui a complètement cannibalisé un parti conservateur qui n’arrive plus à exister sur la scène nationale alors qu’il a dominé la politique britannique pendant des décennies.
Andy Burnham est catholique à la tête d’un État majoritairement anglican. En quoi cela peut-il peser dans son mandat ?
L.L. : Je ne pense pas que cela pèse. Au Royaume-Uni, la religion reste très en dehors de l’espace politique, contrairement aux États-Unis.
Cela dit, si le Royaume Uni est un pays anglican, il y a aussi une population catholique importante, notamment dans le Nord et en Écosse, donc des électeurs pourraient se sentir enfin représentés.
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